Chapitre 5

Enola hésita. Elle regarda autour d’elle, cherchant la silhouette masculine entr’aperçue depuis sa fenêtre. Pourquoi le coffre était-il offert à la vue de tous ?  

Elle prit le sac, puis s’enfuit.

Vingt mètres plus loin, essoufflée, elle s’accroupit et déposa le sac remuant entre ses genoux. Puis l’ouvrit.

À l’intérieur se trouvait un petit chiot. Battu. Roué de coups. Il portait encore trace de la malveillance des hommes. De l’homme qu’elle avait observé. Car c’était lui, sans aucun doute, l'homme sans âme.

Mais pourquoi avoir enfermé, et peut-être volé ce pauvre animal sans défense ? Car il y avait bien une raison ?

Enola se réfugia chez son oncle, qui était au téléphone. Il raccrocha, et dit à la jeune fille sur un ton rassurant : « La situation de ton père s’est améliorée. Tu vas pouvoir rentrer chez toi, ainsi que ton frère. »

Enola hésita à lui parler du trafic qu’elle avait découvert, mais elle se dit qu’il n’y pouvait rien faire.

Et elle ?

*

Alain Hendarson entra dans le laboratoire avec dix minutes de retard. C’était un espace d’environ trois-cents mètres carrés construit en béton dans un ancien parking désaffecté. Car, bien sûr, c’était un laboratoire clandestin.

Alain savait tout ça, et s’en moquait. Car il travaillait ici pour une et une seule raison : la paie alléchante de fin de mois, ainsi que la prime « pour ne rien dire à personne de l’existence du labo », qui, elle-même, était très élevée.

Comment ce laboratoire gagnait donc autant d’argent ?

Alain n’en savait rien. Il faisait simplement le ménage dans les locaux côté bureaux et salle de repos. Il n’avait jamais pénétré dans le labo à proprement parler : les salles d’expérimentation.

Mais il venait de découvrir quelque chose d’ahurissant. Il devait aller prévenir la police. Ou quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui ne dirait jamais que c’était Alain qui avait découvert ceci.

Un ancien ami.

Ou plutôt, une amie.

*

Le père d’Enola s’était enfin remis. Elle et son frère allaient rentrer chez eux. Elle se demanda si tout ce manège, depuis une semaine, avait réellement un sens. Et si l’alcool n’était pas la raison de l’hospitalisation du père d’Enola ?

Elle réfléchit. Si l’alcool avait sa part de responsabilité dans toute cette histoire, son père aurait été soumis à une cure, laquelle aurait duré plus qu’une petite semaine.

Le frère de la lycéenne hurlait dans la pièce en face : « Pan, pan ! Crève, sale garde ! Tu ne pourras jamais vaincre le meilleur agent secret de tous les temps ! » Enola soupira. Une chose était certaine, son père n’était pas le seul à mériter une cure.

Son oncle les appela, car il voulait qu’ils préparent leurs valises respectives pour rentrer chez eux. C’est alors que l’on toqua à l’entrée.

Enola entendit une porte s’ouvrir, distingua quelques mots, et la porte se referma. Il y eut des bruits de pas, puis l’oncle Charles entra dans la pièce, suivi de près par un petit bonhomme.

Ce dernier avait de petits yeux bruns et bridés, un gros nez qui ne collait pas avec le reste, et de courts cheveux noirs.

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