Chapitre 5

Notes de l’auteur : Un nouveau compagnon pour notre cher Gabriel, un compagnon qu'il attendait depuis longtemps :)

A la sonnerie, Gabriel avait déjà franchi la porte de sortie. Il avait remis sa capuche sur sa tête et se dirigeait désormais vers le parking de l'école. À cette heure-ci, aucun fumeur ne se trouvait sur le parvis. Il laissa son regard parcourir les places de stationnement. La voiture rouge de sa mère n’était pas là. Il vérifia l'heure sur son portable. 12h01.

Elle n'arrivait jamais en retard d'habitude. Il resserra sa prise sur l'appareil quand il entendit les jeunes de l'école sortir du bâtiment. Le stress commençait à se manifester et l'attitude du futur adulte montraient l’anxiété dans laquelle le mettait cette situation. Son attention convergea vers ses converses. Il n'avait d'autres choix que d'attendre Gloria. Il habitait à 10 minutes en voiture, il ne pourrait jamais faire le chemin du retour. De toute façon, il ne connaissait pas le chemin à emprunter. Il était entièrement dépendant de sa mère.

- Hum... Gabriel, il entendit une voix murmurer dans son dos.

Il se retourna brusquement, surpris d'entendre son prénom provenant de la bouche de la fille qui lui avait adressé la parole en classe. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle fasse une nouvelle tentative le concernant. Du coin de l’œil, il aperçut des filles ricaner à leur encontre, comme s'ils faisaient partie d'un cirque. Il n'appréciait pas du tout les regards qu'elles leur lançaient, ça le mettait mal à l'aise. Il se renfrogna dans son pull.

Son interlocutrice semblait capter cette attention et il remarqua des rougeurs recouvrir ses joues rebondies. Elle orienta ses yeux vers le sol bétonné, comme si elle avait été prise en faute. Il ne voyait désormais plus qu'une touffe rousse, et non le regard vert plein de timidité auquel il avait eu affaire quelques secondes plus tôt.

- Je pourrais te faire visiter si tu veux.

Sa voix avait perdu le peu de confiance qu'elle possédait. La jeune fille était elle aussi la source de moquerie au lycée, à cause de son poids au-dessus de la moyenne. Ceux avec qui elle avait été au collège avaient commencé à l'appeler la "grosse Bertha" suite à un cours sur la Grande guerre et depuis, on l'affublait de cet horrible surnom.

Elle se dit que l'approcher avait peut-être été une mauvaise idée de sa part. Il devait la trouver aussi grosse que les autres... Elle avait honte de l'avoir abordé désormais.

- J'aimerais beaucoup, répondit Gabriel.

Il avait répondu sans y réfléchir plus que ça. Il ne s'était pas interrogé sur ses intentions ou autre. Il avait juste répondu comme le ferait n'importe qui. En réalité, il ne voulait pas lui causer plus de peine. Gabriel avait été élevé dans l'optique d'aider son prochain. Il ne pouvait pas refuser cette main qu'elle lui tendait. Le jeune homme se dit qu'il s'occuperait des conséquences plus tard.

D'ailleurs, le sourire qu'elle lui envoya en retour raffermit un peu plus sa position. Il était persuadé d'avoir fait le bon choix, du moins, pour le moment.

Un coup de klaxon brisa la bulle dans laquelle les deux camarades se trouvaient. Une jeune femme à la crinière similaire intimait Charlotte à rejoindre le véhicule. Cette dernière salua donc son futur ami avant de monter côté passager. Il n'était pas difficile d'imaginer les deux femmes partager un lien de parenté tant elles se ressemblaient. Il ne put apercevoir le visage de l'aînée correctement mais de là où il était, il la trouvait plutôt jolie. Il suivit du regard la petite voiture blanche s'engager sur la route.

Son attention fut ensuite happée par la voiture rouge de sa mère. Celle-ci affichait un sourire jusqu'au oreilles. Gloria avait beaucoup angoissée à l'idée de laisser son fils à l'école, mais le voir ainsi communiquer, avec la gente féminine qui plus est, elle ne pouvait être plus comblée. L'objet de ses attention, quant à lui, se rua à ses côtés, la capuche éternellement vissée sur la tête.

- Alors, mon chéri, elle s'est bien passée cette journée ?

La mère de famille entama cette conversation sans plus de préambule. Elle n'en pouvait plus de savoir comment la matinée de son petit dernier s'était déroulée. Elle en déduit qu'elle s'était plutôt bien passée vu les rougeurs qui coloraient ses joues.

- C'était super long.

Rien de bien différent à ce que son fils aîné avait l'habitude de commenter lorsqu'elle l'interrogeait lors du repas. Cependant, elle avait besoin de s'assurer que tout se soit bien passé.

- Personne n'est venu... t'embêter ? 

Ce sujet était délicat à aborder, mais il était de son devoir en tant que parent de connaître tous les états d'âmes de son fils, notamment ceux qui pourraient le blesser, aussi physiquement que mentalement. Si tel avait été le cas, la culpabilité finirait de l’anéantir.

- Quand est-ce qu'on va à la LPA ?

Gabriel avait changé de sujet parce qu'il ne voulait pas penser, plus qu'il ne le faisait déjà, au passé. Puis, ce n'était pas comme s'il pouvait dire à quel point les regards le blessaient. Il ne voulait pas faire disparaître le sourire qui avait incurvé le visage de sa mère. Elle était enfin heureuse. Il ne pouvait pas lui enlever ça.

- Après manger, ton père a réussi à se libérer.

Gloria laissa couler pour cette fois-ci. Il n'avait pas l'air effondré au point de s'enfermer dans sa chambre, c'était plutôt un point positif. Il avait même l'air content de cette journée, bien qu'aucun trait de son visage ne laisse penser cela. 

D'ailleurs, quand ils rentrèrent à la maison, il ne se réfugia pas immédiatement dans son antre. Il s'installa directement à table. Le brun était affamé. Il n'avait plus l'habitude de se cantonner à des heures fixes pour manger. Il avait beaucoup de chance d'avoir un système immunitaire qui lui permettait de rester mince malgré sa grande gourmandise.

Le repas, des frites accompagnées d'un bon steak, reposait sur la table. De la fumée s'échappait toujours et l'odeur le fit saliver. Il s'empressa de prendre sa part et de l'engloutir en un rien de temps. Dans la foulée, son père les rejoignit et ils mangèrent en petit comité.

Gabriel était excité à l'idée d'avoir un chien. Marcus, toujours vêtu de son costume, partageait le même entrain. Seul Gloria ruminait dans son coin à cette idée. Elle avait l'impression que les deux hommes s'étaient ligués contre elle. Néanmoins, son fils était content et c'est tout ce qui lui importait.

Dès que les couverts furent placés dans le lave-vaisselle, la tribu prit la route pour le refuge. Gabriel était si occupé à penser à son nouveau compagnon qu'il oublia les marques sur son visage. Ce ne fut qu'en rentrant dans le bâtiment qu'il s'en rappela. Le regard que lui lança l'employé l'obligea à remettre sa capuche. Les parents ne remarquèrent pas le changement d'humeur chez leur fils.

- Bonjour, que puis-je faire pour vous ?

- Nous voulons adopter un chien, lui renseigna Marcus.

- Vous avez déjà une race particulière en tête ?

- Un petit chien, s'empressa de répondre Gloria. Nous voulons un animal calme et propre.

Suite à ces mots, l'homme appela une bénévole pour la visite. Une jolie brune se présenta à eux, et le système de Gabriel s'arrêta momentanément. Il l'avait vu quelques heures plus tôt, dans la voiture de Charlotte ! Heureusement pour lui, elle ne semblait pas le reconnaître.

La visite commença donc plein d'entrain, la bonne humeur de la jeune fille dépeignant sur une famille potentielle. Contrairement à ce que le gringalet pensait, elle avait bel et bien reconnu l'inconnu qui avait discuté avec sa sœur. Sa posture et sa capuche lui avaient mis la puce à l'oreille. En le découvrant d'aussi près, elle ne s'attendait pas à voir une cicatrice lui barrer le visage. Ses lunettes et sa capuche en dissimulaient une bonne partie mais la marque était si imposante qu'elle était impossible à manquer. Elle n'osait penser aux remarques désobligeantes qu'il pouvait recevoir au quotidien.

- Voici Caligula, un carlin plutôt sympa quand on apprend à le connaître, dit-elle en désignant le petit animal qui se trouvait derrière les barreaux.

Gabriel l'observa sans montrer un grand intérêt. La visite se poursuivit et des noms de chien en tout genre défilèrent. Gloria se prit d'affection pour plusieurs d'entre eux tandis que son mari gardait une parfaite impartialité jusqu'à ce qu'il croise un regard particulier. Il laissa sa famille suivre la jeune femme pour s'attarder sur un box en particulier. Le chien dont il était question était couché dans un coin, à l’abri du soleil. L’œil valide de l'animal suivit l'avancé du cinquantenaire jusqu'à la porte de sa cage.

- Gaby, viens par ici, l'interpella le père de famille.

Son fils se ramena rapidement pour voir la "bête" qui avait conquis Marcus. Quand il rencontra l'expression malheureuse qu'il arborait, il sentit son cœur fondre. Sa vision altérée lui donnait encore plus de charme.

- Vous êtes tombé sous le charme de Pikachu. C'est l'un de mes chouchous ici !  Confia la bénévole en ouvrant la grande cage.

La tête de l'animal s'était redressée à la voix de la jolie brune. Sa queue remua de bonheur quand elle s'approcha de son protégé poilu. Il se laissa volontiers caresser par elle. La petite famille, quant à elle, n'osa pas s'approcher. Elle attendait les instructions à suivre.

- C'est un beagle que nous avons recueilli récemment. Nous supposons qu'il a un peu plus de 1 an. Son nom lui vient de l'éclair qui se dessine sur son dos. 

Elle les invita à la rejoindre et les parents poussèrent leur garçon à créer ce premier contact. Ce dernier retira sa capuche afin de paraître moins menaçant. Il avança prudemment de peur d'effrayer l'animal. Il s'agenouilla toujours aussi lentement et tendit une main vers le pelage doux. Il toucha d'abord le dos de l'animal, où la fameuse zébrure se trouvait, puis prolongea sa caresse jusqu'à la croupe. Ses poils étaient plus rêches qu'à première vue mais il se dit qu'après un bon shampoing, il n'y aurait plus aucun problème.

Il croisa le regard de l'animal et il fut certain d'avoir trouvé son compagnon. Il effleura sa tête et laissa s'échapper un soupir de soulagement quand il vit le chien fermer les yeux, acceptant son toucher.

- On dirait que le choix est fait, commenta la jolie brune en se redressant.

Elle arborait désormais un sourire aussi brillant que le soleil. Marcus approuva ses dires d'un hochement de tête et sa femme tentait avec peine de retenir les larmes qui menaçaient de ruiner son maquillage. Son fils était si différent en présence de Pikachu. Elle se maudit à cet instant de ne pas avoir cédé plus tôt. Si tel avait été le cas, son Gaby aurait peut-être échappé à ce besoin constant de solitude.

Avec ce nouveau membre dans la famille, elle espérait voir son fils briser son cocon afin de prendre son envol. Elle ne souhaitait rien d'autre que le bonheur de ses fils.

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Maud14
Posté le 16/03/2021
Hello ! Merci pour ce chapitre trop mignon! (ça donne presque envie d'adopter un chien.... :O )
ET honnêtement, à mon avis c'est une bonne idée d'accueillir une petite bête poilue pour Gabriel! Petite mention pour le prénom "Caligula assez stylé pour un chien ahah
Hâte de lire la suite :)
Taranee
Posté le 14/03/2021
C'est un chapitre très touchant, j'ai hâte d'en apprendre plus sur le passé de charlotte... Peut être que tu aurais dû appuyer un peu plus sur le fait que la mère de charlotte (c'est bien ça ?) travaille dans ce refuge... A moins que ça n'ai pas d'importance particulière pour la suite de l'histoire...
L'attitude de Gabriel juste après les cours, est très réaliste, cette fierté qui l'empêche d'avouer que ça ne s'est pas trop mal passé finalement...
Audrey.L
Posté le 14/03/2021
Coucou !
C'est bien un membre de sa famille qui travaille dans un refuse mais pas sa mère ^^ Tu en sauras plus dans les prochains chapitres ;) merci beaucoup pour ton commentaire et ta lecture !
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