Chapitre 43

Notes de l’auteur : Bonjour ! Exceptionnellement, je me sers de cet espace pour faire une annonce : à partir de vendredi, nous allons publier avec Modeste Contesse un crossover de quelques chapitres entre Le Prince déchu et La Table des Sept (je précise qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu l'un ou l'autre pour comprendre) ^^ Il s'intitule Le Jeu des alliances !

Sur ce, bonne lecture !

TW : Violence

— Alexander, mon garçon, tout va bien ?

Alexander releva la tête vers celui qui veiller sur l’orphelinat depuis plusieurs décennies. Le vieil homme le regardait avec sollicitude.

— Oui, souffla-t-il. Ne t’inquiète pas, Papy…

Cela faisait plusieurs jours qu’il était revenu vivre à l’orphelinat, prenant soin des enfants et occupant son esprit par l’exécution des tâches domestiques. Malgré cela, il ne parvenait pas à combler le vide béant qui avait envahi sa poitrine. L’optimisme qui l’animait d’ordinaire s’était tout simplement évaporé.

L’homme s’assit sur le banc de pierre à côté de lui. Devant eux, les enfants jouaient avec entrain et les cris d’amusement retentissaient dans tout le jardin de l’orphelinat. Il aimait chacun de ces petits, s’occupait d’eux, leur offrait la tendresse que la vie leur avait ôtée.

Mais Alexander avait une position particulière dans son cœur. Il l’élevait depuis sa naissance. Il n’avait que quelques heures de vie lorsqu’il l’avait trouvé sur le pas de la porte. Il l’avait vu grandir, se construire dans un monde où il était difficile de se faire une place lorsque l’on venait d’un simple orphelinat. Il l’avait vu progressivement enterrer ses failles et ses peurs. À la place, on ne discernait plus que ses sourires et sa volonté d’avancer, donnant à voir un jeune homme avec le cœur sur la main . Et le vieillard savait que ce cœur recelait une fragilité bien enfouie.

Longtemps, Alexander avait eu du mal à se détacher de cet endroit. Celui qu’il considérait comme son grand-père n’avait pourtant cessé de le pousser à voler de ses propres ailes. D’autant plus que le jeune homme avait un talent rare pour la magie. Lorsque le vieil homme avait appris par le biais des rumeurs qu’Alexander s’était enfui avec le prince régicide, il avait été partagé entre une inquiétude folle et un certain bonheur de le voir enfin s’envoler.

Il avait été heureux de le retrouver bien sûr, en bonne santé de surcroît. Lorsqu’il était venu leur rendre visite, il ne l’avait jamais vu si épanoui, comme s’il avait trouvé ce qui lui avait manqué durant tant d’années. Et pourtant, quelques heures plus tard, il l’avait vu revenir, l’air meurtri. Il ne lui avait pas exactement raconté ce qu’il s’était passé, mais le vieil homme avait deviné l’essentiel et gardait depuis un œil inquiet sur Alexander.

— Tu as le droit d’être malheureux. Ce n’est pas une faiblesse.

Alexander ne répondit rien, se contentant de regarder les enfants s’amuser. Ses yeux émeraude étaient envahis par une tristesse qui lui était peu coutumière.

— J’ai échoué en tant que Protecteur, dit-il finalement. Mais j’ai surtout échoué à protéger celui que j’aime… (Il laissa sa phrase en suspens, hésita un instant, puis reprit d’une voix mal assurée.) À le protéger.

Il posa une main sur son visage, comme pour dissimuler ses émotions au regard des autres. Le vieil homme fronça les sourcils.

— Pourtant, tu es parti à sa demande.

— Je doute qu’il ait eu le choix, souffla Alexander.

Il reposa sa main sur sa cuisse, serrant le tissu de son pantalon. Il laissa passer quelques instants avant de reprendre.

— Je me sens en colère, contre ceux qui le torturent depuis des années. Et c’est injuste, mais je lui en veux également d’avoir cédé face à eux.

— Es-tu sûr que c’est à lui que tu en veux ?

— Non…

Alexander hésita un instant.

— Il vit dans un monde où il ne peut se permettre aucune faiblesse. Et je suis devenu cette faiblesse.

Le vieil homme esquissa un doux sourire.

— N’est-ce pas le propre de l’amour de devenir la faiblesse de l’autre ? N’est-il pas la tienne ?

Alexander ne répondit pas. Son regard se perdait dans le vague, traversant les enfants comme s’ils n’étaient pas là.

— Et si nous ne pouvons pas avoir de faiblesse ? murmura-t-il finalement.

Ses mots s’égarèrent dans la brise, et ses cheveux blonds dansèrent un instant autour de son visage.

 

***

 

Altaïs entra silencieusement dans le Grand Temple et abaissa sa capuche. L’endroit était bien heureusement désert. Encore plus vaste que celui d’Arenell, il était tout aussi impressionnant. Le marbre blanc semblait avoir absorbé la lumière durant des siècles et brillait d’une douce lueur sans avoir besoin d’être baigné par les rayons du soleil ou de la lune. Il lui fallut quelques instants pour s’arracher de sa contemplation et remonter l’allée cernée de colonnes finement ouvragées. Ses yeux se posèrent avec fascination sur la statue qui représentait une femme, incarnation de la Magie, et dont le regard paraissait observer chaque visiteur. La Mère qui veillait.

Altaïs inclina respectueusement la tête face à la statue.

— Vous apportez beaucoup de colère et de haine, jeune prince.

Il se retourna brusquement, mais constata qu’il était seul. La voix venait de partout et de nulle part à la fois, se répercutait sur les murs et les colonnes, laissant derrière elle un long écho.

— Je suis à la recherche de réponses, répliqua-t-il fermement.

Il sentit comme un courant d’air tournoyer autour de lui.

— La vengeance n’est pas la bienvenue ici.

— Je ne…

Le courant d’air se fit soudainement plus brutal et Altaïs se tut. Un souffle effleura sa peau, mais il resta immobile.

— Vous marchez dans les ténèbres, jeune prince.

Il fit volte-face en direction de la statue et vit une femme sortir de l’ombre. Ses cheveux d’une blancheur immaculée encadraient son visage, mais celui-ci était de ceux auxquels on ne peut attribuer aucun âge. La tresse caractéristique des prêtres glissait sur son épaule, se confondant avec la robe blanche ceinte d’une corde dorée. Ses yeux bruns se posèrent sur Altaïs avec une lueur indéchiffrable, et celui-ci soutint sans faillir le regard de la Grande Prêtresse.

— Je cherche des réponses, répéta-t-il.

— Et si je vous offrais plutôt la paix ?

Altaïs cilla. Il se sentait envahi d’une étrange torpeur tout à coup. Comme si… Comme si toutes ses émotions lui étaient soudainement ôtées. Ses paupières s’alourdirent. Son corps ne paraissait plus habité que par une étonnante quiétude, et une douce tendresse.

Il lutta pour garder les yeux ouverts, mais les choses se dédoublaient anormalement devant lui. Quelque chose n’allait pas. Il se sentait dépouillé de tout ce qui faisait de lui un être humain.

— Ça suffit ! cria-t-il.

Il refusait d’abandonner sa colère, sa haine, sa douleur, sa peur… Car sans elles, il n’avait plus rien.

Tout lui revint si brutalement qu’il tomba à genoux. Le choc fit vibrer son corps et il serra les dents. La Grande Prêtresse le contempla avec tristesse.

— Êtes-vous sûr de vouloir cela pour votre avenir ?

— Vous ne comprenez pas…

Altaïs leva vers elle un regard déchiré.

— Je n’ai plus d’avenir.

— Alors, pourquoi chercher des réponses ?

— Pour en finir.

La Grande Prêtresse ne sut comment interpréter ces mots. Sans doute le jeune homme lui-même ne le savait pas.

— Suivez-moi.

Il se releva et s’exécuta en silence. Elle le conduit vers une porte, dissimulée par l’autel. Elle l’ouvrit, révélant un petit cloître. Le doux chant d’oiseaux retentit autour d’eux alors qu’Altaïs plissait légèrement les yeux face au soleil éclatant qui baignait l’endroit. Un étang au milieu reflétait la lumière, la réfléchissant sur les feuilles vertes des arbres. À de nombreux endroits, des fleurs s’étaient ouvertes, profitant des températures plus agréables qui avaient envahi la capitale en ce début de printemps. Altaïs dut reconnaître que le lieu avait quelque chose d’apaisant.

La Grande Prêtresse l’invita à prendre place sur l’un des bancs et il s’y assit avec délicatesse, comme s’il avait peur de briser la quiétude de l’endroit.

— Je vous connais depuis votre naissance.

Il était en effet habituel que les Grands Prêtres assistent aux naissances d’enfants dans la famille royale. Celle d’Altaïs avait été particulièrement tragique, et le visage du jeune homme s’assombrit légèrement alors qu’il fixait l’étang devant lui.

— La venue au monde d’un Fils de la Magie est toujours un évènement exceptionnel.

— Je n’ai pas demandé à naître ainsi, répliqua Altaïs à voix basse.

La Grande Prêtresse émit un soupir teinté de tristesse.

— Vous n’êtes pas né à la bonne époque.

Le silence les enveloppa un instant, seulement brisé par le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles.

— Les Fils et Filles de la Magie apparaissent toujours pour une raison précise. Vous savez ce que disent les légendes des anciens disent à ce sujet : ils viennent lorsque l’équilibre de la Magie est menacé.

— Est-ce le cas aujourd’hui ?

Un moineau se posa sur le sol, juste devant eux. Altaïs esquissa un sourire attendri.

— Vous connaissez déjà la réponse, n’est-ce pas ? Cela fait plusieurs décennies que le peuple est malheureux. La politique de la royauté se durcit d’année en année, et face à cela, la Magie ne peut que pleurer pour ses enfants.

Altaïs leva une main devant lui, deux doigts tendus. Le moineau n’hésita pas et vint s’y installer.

— Donc je suis censé rétablir cet équilibre ? Je ne suis pas persuadé d’être le meilleur choix pour cela, répondit-il avec un sourire amer.

— Vous avez pourtant déjà commencé. Vous êtes devenu le symbole d’une révolte, vous avez su apaiser le peuple en imposant des solutions.

— C’était de la politique. Je ne vois pas le rapport avec ce statut de Fils de la Magie, et encore moins avec la couleur de mon aura.

— Savez-vous pourquoi les Enfants de la Magie ont une aura mêlée, comme la vôtre ?

Altaïs se contenta de secouer la tête. Le moineau s’envola.

— Dans ce monde, tout est question d’équilibre. Rien n’est totalement blanc ou totalement noir.

— L’éternel combat de la lumière contre l’obscurité, murmura Altaïs avec une pointe de cynisme.

— Parfois, pour maintenir cet équilibre, il faut détruire et reconstruire. Le noir et le blanc fonctionnent rarement l’un sans l’autre. Vous représentez l’équilibre.

Altaïs leva pensivement les yeux vers le ciel. Il n’y avait pas un nuage à l’horizon, comme souvent à cette saison.

— Et si l’équilibre est rompu malgré tout ?

— Vous avez appris à craindre votre magie.

— C’est faux ! protesta-t-il.

La Grande Prêtresse tourna la tête vers lui, l’air sévère.

— Vous redoutez de donner raison à vos tortionnaires. Vous avez enfoui une part de votre magie au plus profond de votre âme.

Altaïs resta muet. Rien que l’idée de se laisser envahir par l’obscurité faisait naître un frisson glacial le long de son dos.

— Vous avez une âme pure, mais vous vous laissez dévorer par votre haine.

Altaïs baissa la tête. Le bout de sa botte dessina des motifs abstraits sur le sol. Sans sa haine et sa colère, il avait peur de n’être rien de plus qu’une coquille vide.

— Je crois que j’ai oublié quelque chose, murmura-t-il. Mais je ne parviens pas à retrouver la moindre trace de ces souvenirs…

Le visage de la Grande Prêtresse se teinta de tristesse.

— Vous avez beaucoup souffert. Trop.

Elle parut chercher comment formuler ce qui allait suivre.

— Il n’est pas surprenant qu’à un moment ou à un autre votre esprit n’ait pas supporté ce qui vous était infligé. Le meilleur moyen de vous protéger a été d’enfouir l’intolérable là où personne n’y aurait accès, pas même vous.

Les poings d’Altaïs se refermèrent légèrement sur le blanc de pierre. À quel point son esprit avait-il été mutilé ?

— Et que puis-je faire pour briser les verrous qui pèsent sur mes souvenirs ?

— Vos souvenirs, votre magie… Vous avez la clé. Tout est là, quelque part au fond de vous. Mais encore faut-il que soyez prêt.

La Grande Prêtresse se leva. Altaïs l’imita pour lui faire face.

— Comment savez-vous tout cela ?

Elle esquissa un sourire sibyllin.

— Vous êtes un livre ouvert, jeune prince.

Elle fit quelques pas en direction de l’intérieur du temple, mais se retourna finalement vers Altaïs.

— Vous ne devriez pas rejeter votre Protecteur. Vous allez vous détruire.

 

***

 

Alexander buta dans une petite pierre et celle-ci roula sur le sol avec un bruit sourd. La nuit était tombée depuis longtemps, mais, incapable de trouver le sommeil, il avait décidé de sortir se promener. Autant profiter du fait que le couvre-feu était enfin levé.

Il ne savait pas pourquoi, mais ses pas l’avaient guidé jusqu’à la bâtisse abandonnée où il avait trouvé Altaïs au bord de la mort. Décidément, ses pensées ne cessaient de le ramener vers le prince…

Il rentra dans l’édifice où il s’était rendu si souvent durant son enfance, accompagné par ses compagnons de jeux. Le décor était le même que plusieurs mois auparavant. Tout était resté figé.

Il aurait aimé connaître la presse au summum de son activité. Il savait qu’un journal avait longtemps occupé l’endroit, au temps où ceux-ci étaient légion dans le royaume. Avant que la royauté ne choisisse de tous les supprimer pour avoir le monopole de l’information. Un soupir lui échappa. Décidément, la royauté lui posait de plus en plus problème.

Il contourna les restes du comptoir et poussa une porte grinçante. Il s’attendait presque à voir une silhouette recroquevillée contre le mur. Mais il n’y avait personne.

« Je peux t’emmener là où tu seras soigné. »

« Non… Je t’en supplie. »

Une ombre traversa son visage. Tant de choses avaient changé depuis cette nuit-là.

Soudain, quelque chose siffla dans l’air. Il se retourna vivement, et seuls ses réflexes lui permirent de se décaler à temps. Un instant plus tard, une dague fusait et s’enfonçait dans le mur derrière lui, aussi facilement que dans du beurre.

Puis, le noir tomba. Il frissonna lorsqu’il comprit à quoi il se retrouvait confronté, mais ne perdit pas son calme. Le voile obscur était la signature des assassins. Un bouclier apparut autour de lui, juste à temps pour qu’une seconde dague ricoche dessus. Il esquissa un sourire narquois.

Il ne voyait rien, mais il n’allait certainement pas se laisser faire. Cet assassin aurait bien du mal à passer son bouclier et il était suffisamment endurant pour tenir un long moment. L’obscurité l’empêchait de bouger, pas de se défendre.

Des bruits de pas retentirent devant lui, il leva une main et projeta un poing invisible vers la source des sons. Il se mordit violemment la lèvre lorsqu’une lame déchira sa cape et sa tunique au niveau de son bras. L’assassin avait profité de la faille de son bouclier. Celle qui apparaissait au moment où il attaquait.

Alexander était certain que cet assassin jouait avec lui. Dans ce cas… Il fit disparaître son bouclier. Rester immobile ne servirait à rien. L’air siffla à nouveau prêt de lui, mais cette fois la dague ricocha sur sa peau. Sa magie se matérialisa alors, aussi tranchante que du verre, et elle tournoya autour de lui. Puisqu’il ne pouvait pas voir, sa magie irait partout.

Cela fonctionna, car un bref cri de douleur retentit. Mais un instant plus tard, il recevait un puissant coup de pied en pleine poitrine et se retrouva projeter au sol. Le type de bouclier qu’il utilisait durcissait suffisamment sa peau pour que les lames soient inoffensives, mais cela ne le protégeait pas des coups. Sa magie s’échappa à nouveau de sa main, mais cette fois il manqua son coup. Il serra les dents.

Il n’eut pas le temps de se redresser qu’un nouveau coup l’envoya rouler sur plusieurs mètres. Il grimaça de douleur. Sa magie jaillit, mais il échoua encore une fois. L’assassin devait avoir compris. Il abaissa totalement ses défenses, et une dague écorcha sa joue, suivie dne droite bien placée. Ignorant la souffrance, il tendit la main et ses doigts accrochèrent un tissu qu’il tira vers lui.

Sans hésiter, il dégaina un poignard caché dans sa botte — il pensa brièvement qu’Altaïs avait bien fait d’insister pour qu’il dissimule une arme sur lui —, et l’enfonça dans la première chose qui se présentait à lui.

Un hurlement retentit, alors qu’il sentait un liquide chaud gicler sur son bras. Aussitôt, le voile noir qui recouvrait sa vue se leva. Son poignard s’était profondément enfoncé dans la jambe d’un homme, dont le visage était masqué par une capuche. Celui-ci voulut lui porter un coup mortel, mais il heurta violemment le bouclier qu’Alexander avait fait réapparaître.

Comprenant que la situation n’était plus en sa faveur, l’assassin arracha le poignard d’un mouvement brusque et le laissa tomber au sol avant de tourner les talons et de s’enfuir, aussi rapide qu’une ombre. Alexander se releva d’un bond dans l’espoir de le rattraper, mais il vacilla dangereusement. Il eut juste le temps d’apercevoir un étrange tatouage sur la main de l’assassin, puis celui-ci disparut.

Les coups qu’il avait reçus étaient violents et particulièrement bien placés. Il se laissa glisser contre le mur le plus proche. Sa vision était trouble. Mais il ne pouvait pas rester ici. Il devait retourner à l’orphelinat, où il avait posé de solides runes de protection. Car il ne doutait pas que l’assassin reviendrait achever sa tâche.

 

***

 

Altaïs tourna une page de l’ouvrage qu’il lisait. Sa rencontre avec la Grande Prêtresse ne l’avait absolument pas éclairé sur le moyen de briser les verrous qui pesaient sur ses souvenirs. Il continuait donc ses recherches à la bibliothèque, malgré la fatigue et l’heure avancée, mais l’espoir se faisait de plus en plus mince. De toute manière, il préférait passer sa nuit ici plutôt que de s’abandonner à ses cauchemars. Ceux-ci avaient redoublé d’ardeur depuis le départ d’Alexander, aussi se contentait-il de somnoler quelques heures çà et là, lorsque son corps épuisé ne tenait plus.

Un léger courant d’air agita ses mèches sombres autour de son visage et il se redressa. La brise lui parlait. Il se leva brusquement, repoussant sa chaise sans douceur, mais il n’eut pas le temps de faire quelques pas qu’un voile obscurcissait soudainement sa vue. Son cœur rata un battement lorsqu’il se retrouva plongé dans les ténèbres. Son corps s’immobilisa, paralysé.

Un coup de pied le projeta violemment contre une étagère, et il eut le réflexe de se laisser tomber au sol. Il entendit la dague se planter dans le bois, juste au-dessus de lui. Elaran avait donc décidé de se débarrasser de lui…

Il avait bien choisi l’endroit. Altaïs n’osait pas utiliser sa magie dans la bibliothèque. Le risque de détériorer les précieux documents qu’elle abritait était trop grand. Il ne tenait ni à brûler, ni à noyer, ni à faire valser tous les ouvrages se trouvant là.

Un léger courant d’air écarta la deuxième dague et l’envoya choir au sol. Il se releva rapidement, mais il n’eut pas le temps de faire un pas qu’une main se refermait soudainement autour de sa gorge, le plaquant contre la haute étagère avec force. Il hoqueta, mais ses doigts griffèrent violemment le bras qui le tenait et libérèrent une vague de magie glaciale. L’assassin recula brutalement et Altaïs en profita pour se faufiler sur le côté.

L’obscurité le gênait, insinuait en lui une peur paralysante. Mais il ne pouvait pas se permettre d’y être soumis. Sa vie en dépendait. Il connaissait l’endroit par cœur, et sa magie pouvait le guider.

— Tsss… Ne pense pas pouvoir t’échapper, susurra une voix grave.

Un instant plus tard, il retint difficilement un cri alors qu’une lame déchirait violemment son flanc. Il posa aussitôt une main sur sa peau. Le sang coulait déjà abondamment. Pourquoi n’avait-il pas senti ce poignard arriver ? Il recula précipitamment de plusieurs pas, lorsqu’un coup dans son dos l’envoya au sol. Il ne comprenait pas d’où venaient les mouvements, et la panique menaçait de le submergeait.

L’assassin le retourna brusquement et s’assit à califourchon sur son bassin pour l’empêcher de bouger. Altaïs ne les vit pas, mais il entendit des chaînes sortir du sol et immobiliser ses mains. Il se débattit violemment, mais ses pieds ne frappèrent que le vide.

— Chut… C’est bientôt fini…

Il voulut hurler lorsqu’il sentit la pointe d’une dague taillader son bras, mais aucun son ne franchit la barrière de ses lèvres.

— Chut… répéta l’assassin.

Altaïs sentit les larmes lui brûler les yeux. La douleur, le corps appuyé contre le sien, l’obscurité. Les chaînes qui entravaient ses mains gelèrent brusquement et éclatèrent en morceaux. Altaïs utilisa toute sa force pour faire pivoter son bassin et sa main s’illumina d’une flamme rougeoyante. L’homme hurla lorsque celle-ci entra en contact avec son visage et s’écarta. Vif, Altaïs dégaina le petit poignard dissimulé sous la manche de sa tunique et lui trancha la gorge.

Le sang éclaboussa son visage et le voile obscur se volatilisa. Il vit l’homme s’effondrer au sol. Il se releva brusquement, pour s’éloigner, mais ses jambes se dérobèrent et il s’effondra. Il ne put retenir une grimace de douleur, une main fermement appuyée contre son flanc.

Son sang s’écoulait sans s’arrêter. L’assassin ne l’avait pas raté. Ou peut-être que si, il avait volontairement épargné ses organes vitaux. Mais ça ne l’empêcherait pas de se vider lentement de son sang.

Un sourire amer se dessina sur son visage maculé de traces écarlates. Allait-il vraiment mourir ici ? C’était assez risible après tout ce qu’il avait vécu. Il avait survécu à Elaran pour finalement se faire tuer par un vulgaire assassin.

Il s’adossa à une étagère. Ses paupières s’alourdissaient. Un froissement lui fit baisser les yeux, et il retira une petite feuille qu’il avait soigneusement pliée et dissimulée entre sa peau et la ceinture de son pantalon. La feuille se teinta rapidement de rouge, se mélangeant à l’encre sombre. Une lueur douce éclaira brièvement son regard avant que ses paupières ne se ferment lentement. Il ne voulait pas mourir, plus maintenant qu’il avait trouvé une raison de vivre, mais avait-il seulement le choix ?

Mais alors qu’il s’apprêtait à s’affaisser, la feuille s’illumina. Un grand courant d’air l’entoura soudainement, et il disparut, ne laissant qu’un cadavre derrière lui.

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Gabhany
Posté le 30/09/2021
Un chapitre intéressant et qui revient aux origines de l'histoire, si je puis dire ! Je suis contente qu'Altaîs s'intéresse enfin à la façon dont il pourrait libérer ses souvenirs. C'est très pertinent de suggérer qu'il a lui-même jeté le voile sur ses souvenirs je trouve. Et Cette double tentative de meurtre... hum hum y'en a vraiment un qui mérite des baffes XD
Je file lire la suite !
Mathilde Blue
Posté le 02/10/2021
Coucou !

Eh oui, Altaïs est bien déterminé à libérer ses souvenirs ! Reste à trouver comment... On se demande bien qui mérite des baffes xD
Grisélidis80
Posté le 18/09/2021
Altaïs est bien avancé avec les révélations de la prêtresse...
Au moins, on sait définitivement qu'il ne doit pas se séparer d'Alex, ce dont on se doutait déjà.
J'espère qu'ils sauront comment se retrouver
Mathilde Blue
Posté le 19/09/2021
Coucou !

Haha oui, chaque fois qu'ils se séparent ça se passe mal, ils vont peut-être finir par comprendre que ce n'est pas la meilleure chose à faire x)

À bientôt !
petite_louve
Posté le 16/09/2021
Encore un chapitre bien mouvementé pour Altaïs et Alex ! Toujours de grandes aventures quand ils sont séparés et on les quitte tous les deux plutôt en mauvais état =O
Dans la description des émotions d'Alex, on ressent encore une fois sa tristesse et son désespoir par rapport à sa rupture avec le prince. On sent qu'il veut s'occuper l'esprit pour oublier, mais ce n'est pas possible... Ne pas pouvoir se permettre d'avoir des faiblesses est bien compliqué ! Mais personne n'est infaillible !

Altaïs a toujours plein de question et il n'a pas vraiment trouvé de réponse au temple. J'imagine sa frustration. La Prêtresse a dit une chose intéressante quand même : il ne doit pas rejeter son protecteur, au risque de les détruire ! J'espère que ça le fera vite réagir même si on ne sait pas ce qui lui arrive à la fin !

C'est quoi cette feuille =O ? On veut savoir ! J'ai hâte de lire la suite !

A bientôt !
Mathilde Blue
Posté le 19/09/2021
Coucou :D

Mouvementé ? Je ne vois pas ce que tu veux dire, c'est tout mignon, tout doux... Bon d'accord j'arrête les mensonges, ce chapitre c'est le bazar x)
Je suis contente que les émotions d'Alex soient bien retransmises ! Et effectivement, il est bien difficile de ne pas avoir de faiblesse...

Quant à Altaïs, il ne trouve pas ce qu'il cherche, et puis après tout, que cherche-t-il vraiment ? Mais espérons qu'il réagira à cette tentative d'assassinat et comprendra qu'à priori vaut mieux qu'il soit avec Alex tout de même ^^

Pour la feuille, le seul indice que je peux te donner c'est que tu l'as déjà vue ;)

C'est toujours un plaisir de lire tes commentaires, à bientôt !
dodoreve
Posté le 15/09/2021
Ces notes d'auteur me sidèrent plus les unes que les autres x) Pour celles-ci j'ai lu, successivement "projet trop chouette avec une autre Plume aka ModesteContesse-que-je-n'ai-pas-lue-mais-que-je-sais-sur-le-forum-qu'elle-est-curieuse, alors projet trop chouette, c'est chouette que les Plumes fassent des trucs ensemble !" et "au fait ce soir vous allez souffrir vos morts parce qu'il va y avoir du sang ok"
...ok ;-;

"Cela faisait plusieurs jours qu’il était revenu vivre à l’orphelinat" Pour te dire mon niveau d'appréhension, j'ai lu qu'il était revenu "ivre" et je me suis dit qu'on était vraiment au fond du trou

"Et si nous ne pouvons pas avoir de faiblesse ?" Je ne sais pas si j'ai bien compris cette question, que j'aurais tendance à lire comme "Et si nous pouvions ne pas avoir de faiblesse ?" (sous-entendu : ce serait quand même plus pratique et moins douloureux). Mais est-ce qu'il faut la comprendre comme une question sur les gens qui n'ont pas de faiblesse et donc pas d'amour : "Et si nous ne pouvons pas avoir de faiblesse, qu'est-on au juste ?"

"Il connaissait l’endroit par cœur, et sa magie pouvait le guider." J'aurais trouvé ça cool que tu illustres en quoi elle le guide, par exemple je me dis que la résonance de l'air peut être une manière de savoir où se trouvent les obstacles ? Mais bon c'est du détail :)

>:O C'est quoi cette feuille ? Est-ce que j'ai oublié quelque chose ? Est-ce que c'est une feuille magique qui le renvoie à Alexander ? ou à Elio ? ou à quelqu'un de gentil ? C'est quoi sa raison de vivre si c'est pas Alexander et c'est quoi qui lui a fait comprendre que c'était sa raison de vivre ?

Tant. de. questioooooons. Ahhhhhh. J'ai trouvé ça cool qu'ils se fassent tous les deux attaquer par des assassins, aussi parce que ça montre évidemment qu'ils s'en seraient sorti s'ils avaient été ensemble. Mais la fin m'intrigue trop ! Tellement hâte de voir la suite ! (Pardon sincère de manquer d'originalité comme ça d'un commentaire à l'autre D: )
Bonne semaine à toi (: !

"celui qui veiller sur l’orphelinat" veillait*
"Elle le conduit vers une porte" conduisit*
"et se retrouva projeter au sol" projeté*
"suivie dne droite bien placée" d'une*
"et la panique menaçait de le submergeait" submerger*
"Il vit l’homme s’effondrer au sol. [...] et il s’effondra." répétition
Mathilde Blue
Posté le 19/09/2021
Coucou :D

C’est vrai que vu comme ça, mes notes d’auteur sont légèrement absurdes sur les bords x) Ta description est parfaite (et m’a beaucoup fait rire) xD

« Pour te dire mon niveau d'appréhension, j'ai lu qu'il était revenu "ivre" et je me suis dit qu'on était vraiment au fond du trou »
Désolée de t’avoir plongé dans cet état (je ne dirais pas que ce n’était pas voulu, mais peut-être pas de cette manière quand même ^^)

« Je ne sais pas si j'ai bien compris cette question, que j'aurais tendance à lire comme "Et si nous pouvions ne pas avoir de faiblesse ?" (sous-entendu : ce serait quand même plus pratique et moins douloureux). Mais est-ce qu'il faut la comprendre comme une question sur les gens qui n'ont pas de faiblesse et donc pas d'amour : "Et si nous ne pouvons pas avoir de faiblesse, qu'est-on au juste ?" »
Alors la première lecture est juste ! Alex dit justement ça dans le sens « et si c’est trop dangereux pour nous d’avoir des faiblesses », enfin tu vois l’idée !

« J'aurais trouvé ça cool que tu illustres en quoi elle le guide, par exemple je me dis que la résonance de l'air peut être une manière de savoir où se trouvent les obstacles ? Mais bon c'est du détail :) »
C’était bien grâce à l’air, c’est vrai que comme il utilise plus ou moins cette capacité pour sentir d’où viennent les armes par exemple, je n’ai pas pensé à repréciser ici, mais tu as raison !

« C'est quoi cette feuille ? »
En ce qui concerne cette feuille, tu as de bonnes hypothèses ;) Le seul indice que je peux te donner c’est que tu as déjà vu cette feuille ^^

Oh mais non vraiment j’adore tes commentaires, ils me mettent toujours du baume au cœur <3 Merci pour tes retours hebdomadaires <3

Oups, j’ai laissé passer quelques coquilles, je vais corriger ça ^^

À très vite :D
Vous lisez