Chapitre 41

Notes de l’auteur : Bonjour ! Je vous souhaite une bonne lecture ^^

Alexander se redressa sur ses coudes et son regard se posa sur le jeune homme allongé à ses côtés. Un doux sourire effleura ses lèvres lorsqu’il repensa à leur nuit pleine de tendresse. Contrairement à son habitude, Altaïs n’avait pas remis son haut après leurs ébats, visiblement rassuré par la peau chaude d’Alexander contre la sienne.

Il observa les courbes de son compagnon, en partie dissimulées par les draps. Ses iris émeraudes remontèrent vers son visage endormi. Les mèches ébènes s’étalaient paresseusement sur son front, créant un contraste saisissant avec son teint d’albâtre. Ses traits fins paraissaient apaisés, ce qui était suffisamment rare pour être souligné.

Alexander le trouvait beau.

Mais il savait que cette tranquillité apparente n’était qu’éphémère. Il ne faudrait pas longtemps pour qu’Altaïs soit à nouveau pourchassé par ses démons. Il était déjà surprenant que son sommeil soit si paisible. Alexander ne se souvenait plus à quand remontait la dernière nuit où il n’avait pas fait de cauchemar. D’autant plus que sa confrontation récente avec Elaran l’avait laissé vulnérable un long moment.

Altaïs lui avait seulement dit que l’homme avait tenté de s’insérer dans son esprit, comme s’il s’agissait d’une chose tout à fait anodine. Mais Alexander avait bien vu la peur tapie au fond des prunelles céruléennes.

Alexander déposa un tendre baiser sur l’épaule d’Altaïs, inspirant son odeur avec bonheur. Celle-ci lui évoquait un champ de fleurs au printemps. Le prince bougea doucement, et ses paupières s’ouvrirent lentement, sensibles à la lumière baignant la chambre. Alexander lui adressa un sourire éclatant, mais celui-ci se ternit légèrement lorsqu’Altaïs referma les yeux, une grimace déformant ses traits réguliers.

— Ça ne va pas ?

— Si, ne t’inquiète pas.

Alexander ne fut pas dupe, mais il n’insista pas. Altaïs parlait rarement lorsqu’il y était forcé.

— Vers quelle heure retrouves-tu Maximilien ?

— Je ne vais pas tarder.

Le visage d’Alexander s’illumina. Il allait passer la journée à l’orphelinat et cela le remplissait de bonheur. Maximilien l’accompagnait de manière officielle, pour veiller à sa protection. Ce qui avait beaucoup fait rire Altaïs lorsqu’il l’avait appris. « C’est plutôt toi qui le protégeras si vous vous retrouvez en difficulté », avait-il lancé, à mi-chemin entre l’humour et le sarcasme. Alexander avait haussé les épaules, amusé. Il était tout simplement content que Maximilien l’accompagne, puisqu’Altaïs pouvait difficilement sortir du palais. Car là où le prince était solitaire et constamment sur ses gardes, Alexander était profondément sociable et aimait la compagnie des autres.

Il sortit du lit et se dirigea vers la salle d’eau. Le regard d’Altaïs s’attarda sur son dos musclé, mais une douleur sourde résonna à nouveau dans son crâne et son visage se crispa. Cela lui arrivait de plus en plus souvent ces derniers temps. Comme si des centaines d’aiguilles transperçaient sa tête. Il se recroquevilla légèrement sous les draps et ferma les yeux.

« Je sais ce que tu as fait. »

Il se redressa en sursaut. Il ne sentait pourtant la magie d’Elaran nulle part. Il ne l’avait pas revu depuis qu’ils s’étaient croisés dans la cour du palais, et visiblement son oncle n’avait pas cherché à le trouver. Mais il avait un mauvais pressentiment. Or, il avait appris à se fier à son instinct.

Un soupir de lassitude lui échappa et il rejeta la tête en arrière. Ses iris pâles se perdirent dans le blanc du plafond dépourvu d’ornements, à l’exception d’un grand lustre. Il devait tenir, jusqu’au jour fatidique. Il devait se focaliser sur la colère et sur la haine, mettre la peur et la douleur de côté, oublier ce qui le hantait nuit et jour.

Il sentit le matelas s’affaisser à ses côtés, et des bras rassurants l’enlacèrent. Il se tendit légèrement, mais finit par s’y abandonner totalement au bout de quelques secondes.

— Tu préfères que je reste ?

Altaïs esquissa un sourire.

— Non, tu meurs d’envie d’y aller.

— Ne te mets pas dans une situation inextricable pendant mon absence.

— Je ne…

Le regard moqueur d’Alexander le dissuada de terminer sa phrase. Celui-ci porta une main douce vers son visage et caressa tendrement sa joue. Puis, il posa délicatement ses lèvres sur celles d’Altaïs.

— À ce soir.

Son souffle se perdit dans leur baiser.

 

***

 

— L’Émissaire est arrivé !

Aliss releva la tête vers le domestique avec un grand sourire et reposa aussitôt les documents qu’elle était en train d’étudier. Elle se leva rapidement, et traversa son bureau en quelques enjambées.

— Amenez-le dans le Grand Salon, dit-elle.

Elle comptait bien accueillir cet émissaire comme il se devait. Adhara, qui ne digérait toujours pas cette affaire, lui en avait confié la responsabilité, pensant naïvement que cela ne mènerait de toute manière à rien. Elle allait lui prouver le contraire.

Elle réajusta les voiles de sa robe, et sortit de la pièce d’un pas pressé. Elle traversa les grands couloirs du palais, ne prêtant pas attention à l’agitation habituelle ou aux lourds nuages gris qui s’accumulaient dans le ciel.

Arrivée devant le Grand Salon, elle ouvrit la porte d’un geste sûr… Et resta figée par la surprise. Ses yeux outremer s’écarquillent légèrement face à la jeune femme installée dans un fauteuil. Celle-ci se leva aussitôt et inclina respectueusement le buste.

— Princesse, la salua-t-elle.

Aliss entra dans la pièce et referma la porte derrière elle.

— C’est donc vous l’Émissaire choisie par le peuple ?

La jeune femme esquissa un sourire.

— En effet, même si je conçois que cela puisse vous surprendre.

Aliss s’avança vers elle et l’invita à se rasseoir d’un geste de la main, puis elle prit elle-même place dans l’un des fauteuils. Quelques instants plus tard, un domestique entrait en portant un plateau de friandises. Il le posa sur une table basse avant de disparaître.

— Je m’appelle Béryl, reprit la jeune femme lorsqu’elles furent à nouveau seules.

— Je m’attendais plutôt à voir un homme d’un certain âge.

Béryl émit un soupir amusé.

— Cela a bien failli arriver. Mais j’ai eu l’appui de personnes influentes.

— Comme ?

Aliss attrapa l’une des assiettes sur lesquelles étaient posés de petits gâteaux.

— Mon père, qui est un médecin très réputé en ville, autant pour ses dons de Guérisseur que pour ses prises de position.

— Je vois…

Au fond, cela ravissait Aliss. Elle avait bien souvent été déçue par le manque d’intérêt des femmes de la noblesse pour la politique et leurs préoccupations qu’elle jugeait futiles. Qu’une autre femme, d’un âge proche du sien de surcroît, soit devenue l’émissaire du peuple faisait miroiter sous ses yeux la promesse de changements.

— Et pourquoi avoir fait ce choix ?

— Pour changer les choses, je l’espère. Notre système est sur le point de s’effondrer.

Aliss l’observa pensivement. Béryl avait l’air avenante, volontaire. Une détermination sans faille se lisait dans ses prunelles mordorées. Elle appréciait cela. D’autant plus si la jeune femme parvenait à rassembler le peuple. Altaïs avait certes réussi à l’apaiser, mais pour clore définitivement cette guerre civile, la population avait besoin d’unité.

— Quelles sont vos revendications ?

— Le roi doit arrêter de se tenir sur un piédestal. Il doit marcher aux côtés du peuple, non au-dessus. C’est pour cela que je vous suggère dans un premier d’instaurer un conseil réunissant des ambassadeurs de toutes les régions d’Aeldor. Un conseil avec un vrai pouvoir décisionnaire.

Aliss esquissa un sourire appréciateur. Tout en maintenant la royauté présente depuis des temps immémoriaux, le peuple devait désormais avoir une place dans le pouvoir politique. Le problème était plutôt de convaincre Adhara et le reste de la noblesse.

Elle croisa élégamment les jambes. Cette émissaire était décidément très intéressante, et cette discussion promettait de l’être tout autant.

 

***

 

Alexander ne put retenir un rire joyeux lorsque l’un des enfants de l’orphelinat se jeta dans ses bras. Quelques pas en retrait, Maximilien esquissa un sourire amusé.

— Mais t’étais où ? s’exclama l’enfant.

Alexander posa une main remplie d’affection sur sa tête.

— Je faisais des choses de grandes personnes.

L’enfant le regarda avec émerveillement.

— Comme quoi ?

Le sourire d’Alexander s’agrandit face à la curiosité innocente de l’enfant.

— Tu sauras quand tu seras une grande personne, le taquina-t-il.

L’enfant protesta, pour la forme, mais il paraissait trop heureux de revoir le jeune homme pour lui en tenir rigueur plus de quelques instants. Il lui attrapa la main avec entrain.

— Viens ! Papy sera trop content de te voir !

Et il l’entraina derrière lui jusqu’à l’orphelinat.

— Je reste ici, cria Maximilien avec un signe de la main.

Alexander y répondit, gêné de l’abandonner ainsi, mais heureux de retrouver cet endroit qui lui était cher. Il était d’une certaine manière de retour à la maison. La pierre usée par le temps et qui laissait passer tous les courants d’air lui avait manqué. Les rires des enfants qui succédaient aux larmes aussi. Beaucoup arrivaient durement marqués par la vie et se reconstruisaient là, avec la tendresse que pouvaient leur apporter d’autres âmes passées par la même voie.

Alexander n’avait pas connu cela. Il avait été abandonné quelques heures après sa naissance seulement, et si cela l’avait longtemps tourmenté et avait fait apparaître chez lui une peur irrationnelle de l’abandon, il n’avait pas été malheureux. Il s’était construit sa propre famille. Et il avait trouvé Altaïs.

Son visage s’illumina. Un jour peut-être pourrait-il amener le prince ici.

 

***

 

Aliss s’accouda au balcon de ses appartements, profitant de la douce brise de cette fin de journée. Sa rencontre avec Béryl lui donnait de l’espoir pour l’avenir. Si le peuple avait choisi une femme pour le représenter, peut-être qu’elle-même ne serait pas condamnée à exaucer les souhaits de son frère en passant sa vie dans un mariage dont elle ne voulait pas.

Elle ne comprenait pas pourquoi la royauté et la noblesse s’enfermaient dans un mode de pensée rétrograde. Elle ne comprenait pas non plus pourquoi les différences étaient si peu tolérées, pourquoi ceux qui ne rentraient pas dans le moule étaient rejetés si violemment. On lui avait ordonné de se taire parce qu’elle était une femme. Elle avait vu son cousin se faire humilier parce qu’il aimait les hommes. Parce que sa magie était différente aussi.

Il y avait pourtant eu une époque, il y a si longtemps, où Aeldor était un royaume ouvert.  Certaines de ses aïeules avaient été reines. Comment celui-ci avait-il pu à ce point se refermer sur lui-même ? Il s’était coupé de ses voisins, avait fermé les yeux sur ses défauts, avait entamé une véritable chasse aux sorcières. Comment les choses avaient-elles ainsi pu changer en seulement quelques siècles ? Peut-être même quelques décennies… Pouvaient-elles seulement évoluer ? Combien de morts faudrait-il encore pour cela ? Combien de vies déchirées, de destins brisés ?

Ses pensées dérivèrent un instant vers Altaïs. On lui avait dénié la moindre place dans ce monde. Et Aliss savait que leurs efforts, aussi intenses soient-ils, ne pouvaient rien y changer. Ils n’avaient pas ce pouvoir.

— Tu as l’air bien triste pour quelqu’un qui a vu l’un de ses souhaits être réalisé.

Mathéis s’accouda à la balustrade, à quelques centimètres de sa sœur.

— Pas encore. Il faudra l’aval d’Adhara, et avec lui rien n’est sûr.

Le jeune homme ne répondit pas tout de suite et ses yeux se perdirent dans le vague. Depuis deux ans, les choses lui paraissaient si étranges.

— Est-ce la seule chose qui t’inquiète ?

La tristesse envahit le visage d’Aliss, mais elle ne répondit pas. Mathéis posa la tête sur son épaule. Leur relation était ainsi. Aliss agissait, avec son caractère flamboyant. Mathéis apaisait ses doutes, avec son tempérament tranquille. Lorsqu’ils étaient enfants, Aliss ne ratait jamais l’occasion de faire des bêtises, et Mathéis faisait ensuite les yeux doux pour que leurs parents oublient tout. Il n’aimait pas être sur le devant de la scène. Être dans l’ombre de sa sœur, si lumineuse, lui convenait. Quand elle passait ses journées à s’occuper de la politique du royaume, lui préférait parcourir la ville et aider ceux qu’il pouvait.

— Au moins, nous serons ensemble, souffla-t-il.

 

***

 

Le soleil descendait doucement dans le ciel tandis qu’Alexander se dirigeait vers les appartements d’Altaïs avec un sourire. Cette journée lui avait fait un bien fou. Revoir l’orphelinat, après ce qui lui semblait être une éternité, l’avait revigoré. Le vieil homme qui veillait sur l’endroit l’avait retrouvé avec une émotion palpable. Ils avaient longuement parlé. Alexander lui avait raconté un certain nombre de choses, sans entrer dans les détails pour autant, et l’homme lui avait fait part de son soulagement. Il avait également passé un moment avec les enfants, jouant avec eux avec plaisir. Cela lui avait profondément manqué.

Il n’était plus qu’à quelques pas de la porte des appartements lorsqu’une douce mélodie lui parvint. Il reconnut sans difficulté la harpe d’Altaïs, mais fronça les sourcils. Les notes créaient une symphonie déchirante, empreinte de tristesse.

Il poussa la porte et ses yeux émeraude furent immédiatement attirés par Altaïs, assis derrière sa harpe. Celui-ci ne bougea pas, ne leva pas la tête. Son visage ne reflétait qu’une froide indifférence, et Alexander fut envahi par un mauvais pressentiment.

— Tout va bien ?

Sa voix était hésitante. Altaïs ne répondit pas, et ses doigts continuèrent de virevolter sur les cordes de l’instrument avec adresse. Alexander s’approcha, plus anxieux qu’il ne voulait l’admettre. Altaïs pinça soudainement l’une des cordes un peu trop fort, et la note résonna longuement autour d’eux alors qu’il arrêtait de jouer. Il releva enfin les yeux vers Alexander, et ce dernier faillit reculer sous le coup de la stupeur.

Jamais il n’avait vu une telle froideur à son égard dans le regard pâle.

— Altaïs…

Le jeune homme se leva lentement, et ôta des plis imaginaires sur ses vêtements.

— J’aimerais que tu partes.

Sa voix était bien trop calme, et son visage bien trop fermé. Ses paroles mirent plusieurs secondes à atteindre Alexander, qui s’était figé.

— Tu as entendu ? insista Altaïs, l’air agacé.

Alexander ne comprenait pas ce qui était en train de se passer. Le matin même ils s’étaient quittés avec un sourire tendre.

— Je…

Il ne parvenait pas à trouver ses mots. La situation lui semblait trop surréaliste pour cela.

— Tu ?

— Pourquoi ? souffla-t-il.

Altaïs le fixa un instant de son regard aussi froid que le blizzard. Et lorsqu’il reprit la parole, Alexander eut l’impression de sentir son sang geler dans ses veines.

— Parce que je ne veux plus te voir.

Une douleur intolérable lui broya soudainement le cœur. Ce n’était pas possible. Altaïs ne pouvait pas être sincère. Il s’était forcément passé quelque chose durant son absence.

— Je ne te crois pas !

Il s’y refusait. Altaïs éclata de rire, un rire froid, mordant, qui le transperça aussi sûrement qu’une arme.

— Tu devrais pourtant…

Cette fois, une vague de colère envahit Alexander.

— Que s’est-il passé ? gronda-t-il en faisant un pas vers le jeune homme.

Le visage d’Altaïs se durcit à nouveau et le Protecteur sentit l’air se refroidir autour de lui. Parfait, s’il devait pousser Altaïs dans ses retranchements pour obtenir la vérité il le ferait.

— Je ne vois pas pourquoi tu insistes tant. Ma réponse était plutôt claire pourtant : je ne veux plus te voir.

Alexander frappa violemment le rebord de la cheminée et retint un sifflement de douleur. Il peinait à maîtriser sa fureur, et l’indifférence moqueuse d’Altaïs ne l’aidait absolument pas. Pourtant, ce dernier sursauta légèrement.

— Tu te fiches de moi ? Tu penses vraiment réussir à me faire avaler ça ?

Une lueur étrange traversa les yeux clairs du prince, mais trop furtivement pour qu’Alexander parvienne à en saisir le sens.

— Oui ! asséna-t-il, davantage sur la défensive. Je te remercie d’avoir accompli ta mission de Protecteur, mais désormais celle-ci est terminée.

Les mots d’Altaïs lui firent mal. Sincère ou non, le prince savait parfaitement où appuyer pour le blesser.

— Ne me fais pas croire que c’est la seule chose qui nous unissait ! riposta-t-il.

— Tu veux parler des moments plus charnels que nous avons partagés ? C’était agréable, mais cela s’arrête là.

Alexander ignora la douleur qui pulsait dans sa main et fit plusieurs pas en avant, furieux. Altaïs l’observa faire, sans bouger.

— Arrête ! Tu sais parfaitement qu’il n’y avait pas que ça !

Altaïs émit un claquement de langue agacé.

— Ne me dis pas que tu crois encore au prince charmant…

— Arrête !

Altaïs sursauta à nouveau, de manière quasiment imperceptible. Alexander avait crié.

— Que t’a dit Elaran ? reprit-il, plus calmement.

Altaïs plissa légèrement les yeux.

— Il n’a rien à voir avec cela, répliqua-t-il.

Alexander était persuadé que le jeune homme lui mentait, avec un aplomb impressionnant par ailleurs. Il le connaissait désormais trop bien pour ne pas voir au-delà du masque. Quelque chose clochait.

— Sors d’ici, conclut Altaïs.

Leurs regards s’accrochèrent, se défièrent. Alexander effaça l’espace qui les séparait.

— Non, souffla-t-il.

Une lueur troublée traversa brièvement le visage d’Altaïs. Il recula d’un pas.

— Écarte-toi.

Cela sonnait comme un avertissement, mais Alexander devina qu’il était en train de percer l’épaisse armure qu’Altaïs avait érigée autour de lui.

— Non, répéta-t-il. Je ne pars pas, je ne te laisserai pas.

Il tendit une main douce vers Altaïs. Clac. Le son se répercuta dans toute la pièce lorsque le prince le repoussa brutalement.

— Ne me touche pas !

Son masque se craquela pour laisser entrevoir une peur sourde. Alexander recula brusquement, trop stupéfait par cette réaction. S’il pouvait affirmer de façon plus ou moins sûre qu’Altaïs lui mentait depuis le début de leur conversation, sa réaction à cet instant était bien trop spontanée pour ne pas être sincère.

Le doute l’envahit soudainement. Que s’était-il passé durant son absence ? À quel point Altaïs pensait-il ce qu’il disait ?

— Va-t’en, murmura ce dernier. Ne m’oblige pas à utiliser la force.

La douleur revint violemment lui enserrer le cœur, à tel point qu’il eut envie de vomir.

— S’il te plaît… Quoi qu’il se soit passé, nous pouvons l’affronter ensemble…

Altaïs se retourna, et s’approcha de la fenêtre.

— Va-t’en, répéta-t-il.

Alexander ne bougea pas, alors le jeune homme tourna à demi la tête vers lui et ajouta d’une voix glaciale :

— Maintenant.

Sa magie l’entoura soudainement, écrasant l’espace sans difficulté.

— Je n’hésiterai pas à te blesser.

Le visage d’Alexander se durcit et il acquiesça sèchement.

— Très bien. Je te dis adieu alors.

Sans attendre de réponse, il tourna les talons, ouvrit brutalement la porte et la claqua derrière lui, le cœur en miettes. Altaïs le regarda faire et resta immobile un long moment, seul dans le salon de ses appartements. Puis, lentement, il se laissa glisser contre le mur. Son masque vola en morceaux et il éclata en sanglots, aussi déchirants qu’incontrôlables.

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petite_louve
Posté le 08/09/2021
Un début tendre et adorable. Une plutôt bonne nouvelle du côté d'Aliss, à voir comment les choses évoluent de ce côté là. Un Alex qui passe une bonne journée et soudain, tout s'effondre =O Arrête de les séparer, ça finit toujours mal !
Mais que s'est-il passé !? Comment peux-tu les séparer ainsi, après tout ce qui s'est passé !
Après les migraines d'Altaïs, on se doute qu'il va se passer quelque chose, mais d'aussi violent émotionnellement ! Surtout que leur relation était maintenant bien établie. Tu continues de nous surprendre et de briser nos petits coeurs de lecteur ! J'ai hâte d'avoir la suite et le fin mot de l'histoire !
Mathilde Blue
Posté le 08/09/2021
Désoléééééée, mais peut-être qu'ils vont finir par réfléchir et comprendre que ce n'est pas une bonne idée de se séparer (même si pour l'instant c'est mal parti)... C'est vrai qu'ils étaient bien posés tous les deux, ça arrive un peu violemment (non, ce n'était absolument pas le but, je ne vois pas de quoi tu parles) ^^

Merci pour tes adorables commentaires et à bientôt :D
Grisélidis80
Posté le 04/09/2021
J'ai l'impression qu'Adhara ne sera pas d'accord pour introduire une instance démocratique dans le système politique en place.
C'est sans doute un vieux préjugé mais pour nous surprendre, il va peut être réveiller le gentil démocrate qui sommeille très profondément en lui.
C'est probable que ce soit Elaran qui soit à l'origine du revirement d'Altaïs mais vu la profondeur de ses différents traumatismes, un choc psychologique semble également en cause.
Concernant le verrou entourant ses souvenirs, ce serait trop prévisible que ce soit Elaran qui soit en cause, il pourrait aussi bien y avoir un marionettiste derrière le marionettiste.
Mathilde Blue
Posté le 08/09/2021
Coucou !

Non en effet, ce n'est pas trop le genre d'Adhara de favoriser la démocratie x)

En ce qui concerne le revirement d'Altaïs, je ne peux rien dire pour l'instant, mais les deux sont plausibles en effet !

Quant au verrou qui entoure les souvenirs d'Altaïs, en fait je ne crois pas qu'il y ait réellement de surprise ou non, dans la mesure où il a déjà dit plus ou moins explicitement qu'Elaran est responsable ^^'

À bientôt !
Gabhany
Posté le 03/09/2021
Oh là là je me demande bien ce qui s'est passé pour qu'Altaïs soit aussi cruel ! Je suis sûre qu'il est possédé par Elaran. Dans le chapitre précédent, j'étais contente qu'on revienne un peu sur les souvenirs bloqués du prince, ça faisait un moment qu'on n'en avait pas parlé et c'est quand même important pour son avenir et pour l'histoire ! Je me demande d'ailleurs si l'attitude d'Altaïs n'est pas en rapport avec ça. Elaran lui aurait fait du chantage du genre "si tu le quittes, je te rends tes souvenirs". Comme toujours d'ailleurs, je souhaite joyeusement les pires souffrances du monde à Adhara et Elaran ^^ J'ai trouvé l'entrevue d'Aliss avec l'émissaire assez intéressante mais en fait, ça m'a donné l'impression qu'elle tombait un peu à plat au milieu de toutes les querelles familiales et les affects personnels, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire ? Comme ça fait plusieurs chapitres qu'on suit les membres de la famille royales au niveau personnel, l'impact de cette scène est un peu amoindri.
À bientôt pour la suite !
Mathilde Blue
Posté le 08/09/2021
Coucou !

Haha tes hypothèses sont intéressantes ^^ Je crois qu'on devrait avoir assez de monde pour fonder avant la fin un club des gens qui souhaitent les pires souffrances à Adhara et Elaran x)

Pour la rencontre entre Aliss et l'émissaire, je vois ce que tu veux dire, je sais déjà que je veux réécrire ce passage, et le déplacer éventuellement, mais je ne sais pas encore comment et où :/ Ni même si c'est réellement pertinent de la garder, donc je ne sais pas encore, il faut que j'y réfléchisse !

À bientôt :D
dodoreve
Posté le 02/09/2021
Moooh ce début tout en douceur ! D'un côté merci parce que ça fait du bien mais de l'autre pas merci parce qu'une douceur qui se conclut par une séparation, aussi courte soit-elle ? Tu nous as trop habitués à les craindre pour qu'on le sente bien x)
J'en ris, mais d'ailleurs est-ce que les personnages n'en sont pas conscients eux aussi ? Alexander demande à Altaïs s'il ne préfère pas qu'il reste mais à ce moment ça fait plus affectif que "logique", alors que là oui c'est devenu "logique" qu'à la moindre séparation il se passe quelque chose qui ne va pas du tout, faudrait qu'ils soient un peu plus stratégiques les cocos ^^ En plus je me dis qu'Elio leur aurait bien conseillé ça, ou du moins qu'il les apaiserait un peu dans leurs tourments, si seulement il était là ! ;-;
"Alexander ne fut pas dupe, mais il n’insista pas. Altaïs parlait rarement lorsqu’il y était forcé." J'ai bien aimé ces deux petites phrases, discrètes mais si respectueuses dans le bon sens sur lequel elles reposent, et pour autant si difficile à relire quand on sait la tournure que prend le reste du chapitre... Je m'étonne qu'Alexander n'ait pas songé à se mettre en danger pour tester Altaïs jusqu'au bout d'ailleurs, parce que sur toute la durée du passage c'était évidemment gros comme une maison qu'Altaïs n'était pas sincère. Et pourtant "S’il pouvait affirmer de façon plus ou moins sûre qu’Altaïs lui mentait depuis le début de leur conversation, sa réaction à cet instant était bien trop spontanée pour ne pas être sincère." > ça c'était dur.
Rolala Altaïs, noooon >< J'ai cru qu'il était possédé par Elaran tellement c'était trop cruel. J'espère bien qu'Alexander ne va pas laisser les choses se passer comme ça, et qu'ils ne vont pas l'un et l'autre considérer que c'était "LA solution" pour aller mieux ô_ô
Ma curiosité est bien piquée en attendant. Vivement le prochain chapitre, en espérant qu'ils ne le passeront pas à se morfondre sans agir...? ;-;
Des bisous, bonne semaine d'ici là <3
Mathilde Blue
Posté le 02/09/2021
Coucou :D

Cette scène toute douce m'avait un peu brisé le coeur quand je l'avais écrite parce que je savais ce qui allait arrivé après :'( Après c'est vrai que toutes leurs séparations se passent mal, désolée xD
Je ne suis pas sûre qu'ils en aient eu conscience sur le moment, ils étaient un peu dans un modo "tout va bien ces derniers jours", mais de manière générale ils ont toujours un peu du mal à se séparer ^^ Oui c'est vrai que ça leur aurait fait du bien qu'Elio soit là T_T
Pour rebondit sur ta réflexion sur le fait qu'Alex aurait pu se mettre en danger pour faire réagir Altaïs, je crois tout simplement qu'il est trop gentil pour penser à faire ce genre de chose x) Surtout qu'à la fin de la conversation, il ne parvient plus à dissocier le vrai du faux chez Altaïs... Désormais, que vont-ils bien pouvoir faire chacun de leur côté ? ^^

Merci pour ton commentaire et à la semaine prochaine <3
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