Chapitre 4 : Un appel de la Capitale

Le lendemain, Kyan se réveilla pensif. La veille, avant de dormir, il avait eu une discussion avec Céleste au sujet de cette situation.


 

—Et qu'allons-nous faire maintenant ? Avait demandé Kyan. Est-ce qu'on a interféré l'histoire ?

—Aucune idée, avait répliqué Céleste. Pour l'instant, nous devons rester prudents et ne pas nous mêler des affaires d’Ankinée. On pourrait changer le cours de l'histoire d'un simple geste.

— Mais… on pourrait empêcher sa mort, changer le destin. Que l’histoire se conclut d'une meilleure façon.

— Je ne tenterais pas, à ta place. Nous ne savons pas comment rentrer chez nous, et si nous prenons trop de place dans l'histoire, qui sait quelles seraient nos chances de partir ? Plus discrets nous serons, et plus facile sera notre sortie.

—Alors, nous ne resterons que des spectateurs ?


 

Céleste avait hoché la tête, et ainsi s’était terminée la soirée. Mais Kyan n'avait pas eu une nuit calme, car il n'avait cessé de penser à Ankinée. Il ne pouvait se résoudre à laisser s'en aller vers une mort certaine, et cela était encore plus grand maintenant qu'elle était en chair et en os. Elle avait l'air tellement réelle, et tout était tangible, ici, jusqu'au lit et aux couvertures. Était-ce vraiment un simple roman ? Était-ce un fantasme tout droit sorti de ses esprits ? Si cette histoire n’était que de l'imaginaire d'un écrivain, et qu'il n’était que dans un songe, alors, il pouvait y mettre son grain de sel. N’était-ce pas normal, en tant que fan, que de s'impliquer dans une de ses histoires favorites ? Il ne voulait pas qu'être un spectateur pour elle. Il avait croisé son regard, et son cœur avait raté un battement. Il s'en souvenait depuis la veille, et en y repensant il ressentait cette petite chaleur dans le cœur.


 

Non, il ne pouvait pas laisser ce scénario comme il était. Au diable la trame initiale, et au diable cet auteur impitoyable envers ce tendre personnage. Il allait l'aider, n'en déplaisait à Céleste ou Zoya. Mais il ne pourrait pas le leur dire directement, parce qu'il était sûr qu'ils allaient l'en empêcher. Il devait rester naturel, voilà tout. Telle avait été la conclusion de ses réflexions nocturnes : aussi le matin se réveillait-il calmement. Ils firent leur toilette du matin avec un sceau d'eau et des serviettes qui étaient à leur disposition puis rejoignirent Ayse, Zoya et Ankinée dans la pièce à vivre. Elles étaient toutes trois assises à table et prenait le petit-déjeuner. Sur la table, il y avait ce qui ressemblait à du lait, des pâtisseries locales, et des morceaux de pains. Ayse mangeait énergiquement une des pâtisseries en buvant du lait. Zoya tenait sa tasse de lait entre les mains. Ankinée finissait de manger un morceau de pain, et son bol de lait était déjà vide.


 

—Bonjour, vous deux, les salua Ayse entre deux bouchées. Asseyez vous et mangez. Servez vous ce que vous voulez.


 

Kyan s'assit et se saisit d'un gâteau. Lorsqu'il le goûta, il reconnut un goût d'amande mélangé à de la cannelle. Il se servit ensuite une tasse de lait, et poursuivit son repas, content de reconnaître des aliments familiers. Quelques minutes plus tard, on frappait à la porte. Ayse se leva pour aller ouvrir, puis revint une minute plus tard, une enveloppe cachetée à la main. Lorsque Kyan aperçut le cachet, il le reconnut aussitôt, et ses yeux s'écarquillèrent. Non seulement ce passage ne faisait pas partie du roman, mais en plus ce cacher lui était trop familier pour fermer les yeux.


 

—Ankinée, tu as reçu cette missive.


 

La jeune fille haussa les épaules, visiblement surprise. Elle se saisir de la lettre qui lui était tendue, puis observa le cachet. La voyant ainsi, sa mentor répondit à la question qui n’était pas posée :


 

—C'est le sceau de la famille Arakel.


 

En entendant ce nom, Kyan retint un grognement. Dans cette série de livres, il ne connaissait qu'un seul personnage répondant à ce nom de famille, et il ne l’appréciait guère. Mais recevoir un message de ce personnage n’était pas censé arriver. Leur arrivée, à Zoya, Céleste et lui, avait-elle suffi à changer le cours de l'histoire ? Ce ne pouvait être que ça. Ankinée ouvrit la lettre, puis en lut le contenu. Lorsqu'elle l'eut fini, elle baissa la lettre, quant à lui, il était suspendu à ses lèvres.


 

—Un certain Mihran Arakel demande à ce que je vienne le consulter, au palais d’Élégare.

—Au palais d'Élégare ?! Répéta Kyan, hébété.


 

Il ferma la bouche tout de suite après, regrettant ses mots. Élégare était la capitale du royaume, et Ankinée ne devait s'y rendre que bien plus tard dans la série. Selon ses amis et lui, ils n’étaient encore qu'au début de la série. Il n’était donc pas normal qu'elle fusse si vite invitée à se rendre au palais.


 

—Et oui, le palais royal, répondit Ayse. Je consulte régulièrement le fils de cette famille, mais hélas je ne pourrais pas me déplacer pour les prochaines consultations. J'ai beaucoup à faire à Silenis. Beaucoup de patients attendent ma venue, et depuis que je suis Maître dans la Guilde des Mèges, j'endosse de plus en plus de responsabilités.


 

Elle sourit :


 

—Je lui ai donc parlé de toi, et je l'ai visiblement convaincu de te consulter.

—Pour quelle raison peut-il être consulter ? Questionna Céleste.

—Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Ajouta Zoya.


 

Ce fût Ankinée qui répondit :


 

—La Guilde des Mège regroupe les médecins, guérisseurs, mais aussi des érudits. On demande souvent aux membres de la Guilde des consultations. Un membre se rend chez une personne pour qu'elle puisse entendre ses soucis et questionnements, et ce afin de les résoudre.


 

Elle reporta ensuite son regard vers Ayse :


 

—En revanche, je ne sais pas pourquoi il en a besoin.

—Il nous est impossible de dire à tous les problèmes d'un consulté. N'oublie pas que cela reste très personnel, voire intime. Viens avec moi, je vais t'en parler seule à seule.


 

L’élève et la mentor se dirigèrent vers leur chambre, et prirent soin de fermer la porte derrière elle. De la pièce à vivre, les trois amis ne pouvaient rien entendre de leur conversation. Kyan ne quittait pas la porte des yeux, tandis qu'il s'adressait à Céleste et Zoya :


 

—Vous croyez que c'est normal qu'elle parte si vite a la capitale ?

—Bien sûr que non, répondit Zoya. Est-ce de notre faute ?

—Impossible, dit Céleste. Cela fait moins de vingt-quatre heures que nous sommes à Aradæïa, une lettre de la capitale ne peut pas arriver si rapidement à Silenis.

—Mais comment se fait-il que l'histoire ne se déroule pas comme prévu ? Soupira Kyan. Je m’inquiète de plus en plus.

—Nous devons rester en retrait, dit Céleste. Nous ne sommes pas de ce monde, nous n'avons rien à faire à part partir.

—Et s'il arrivait du mal à Ankinée, ou à quelqu’un d’autre ?

—Ils ne sont que des personnages.

—Même s'ils sont devant nous, en chair et en os ? L’interrogea Zoya.


 

Il y eut quelques secondes de silence, car l’adolescent semblait hésiter. Personne ne savait ce qu'ils étaient en train de vivre, et aucun ne savait quelle était la bonne décision à prendre. Céleste n'eut pas le temps de parler que Ayse et Ankinée revinrent dans la pièce à vivre.


 


 

—Je pars en voyage pour Élégare, dit Ankinée. Je dois rencontrer cet homme.


 

Son visage se fit moins sérieux, plus doux lorsqu'elle s'adressa aux trois adolescents les yeux dans les yeux :


 

—Venez avec moi. Vous pourrez visiter la capitale. Et vous rencontrerez aussi la famille royale.

—Tu nous invites, nous ? Demanda Kyan en se pointant du doigt.

—Qui d'autre inviterais-je ? Vous m'avez aidé juste hier, je veux vous aider à intégrer et vivre à Aradæïa. Vous y serez heureux, vous n'aurez plus à craindre pour vos vies.


 

Ses paroles furent suivies d'un silence embarrassant. Kyan, Zoya et Céleste échangeaient des regards gênés. Comment lui dire qu'ils ne comptaient pas vivre ici ? Kyan n’aimait pas mentir à ceux qu'il appréciait, et il ressentait une certaine affection pour Ankinée. Il ne parvint pas à répondre, prolongeait le silence en attendant que l'un de ses amis réponde.


 

—Alors partons, dit Zoya en souriant.

—Avant cela, vous devez préparer vos affaires. De quoi voyager et se nourrir pour quatre personnes, les coupa Ayse.


 

Ils passèrent ensuite une bonne partie de la journée à rassembler leurs affaires. Silenis était une ville remplie de ressources : ils trouvèrent la plupart de ce dont ils auraient besoin au marché, la nourriture comme les vêtements de voyage. Lorsqu'il vit Ankinée et Ayse payer des vêtements pour eux, Kyan se sentit redevable. Il désirait qu'elles ne s'encombrent pas de lui, et qu'il puisse aider la jeune fille du mieux qu'il put. Elle était cependant, à l'image de sa mentor, une fille qui avait un certain caractère et qui ne voulait faire que ce qui lui plaisait, et il doutait que le lui dire allait faciliter son désir de l'aider.

Entre deux stands de vêtements de voyage, Zoya posa une question :


 

—Ayse, Ankinée. Quelles sont vos runes ?


 

Ayse ne masqua pas son rire alors qu'elle répondait :


 

—Ma rune est Mannaz, de l'élément Lumière.

—Ma rune est du même élément, répondit son apprentie. C'est Sowilo.


 

Cela était étrange de l'entendre le dire, alors qu'il l'avait déjà lu dans le premier tome des Chroniques d'Aradæïa. Cela était si réel, mais en même temps il ne pouvait s’empêcher de l'imaginer comme un film, avec des personnages qui avaient déjà leurs répliques toutes prêtes sur un script. Il devait s’ôter l’idée du crâne, car elle était bien en face de lui, comme le reste des personnes et du paysage autour. Il ne put s'interroger plus longtemps sur cette expérience de déjà vu : ils devaient encore préparer leur voyage. Cela leur prit encore le reste de la journée, en grande partie parce que Zoya, Céleste et Kyan n'avaient aucune affaire. Puis, quand ils eurent fini, le soleil était en train de se coucher.


 

Alors qu'ils dînaient, Ayse en profita pour donner des dernières recommandations pour le voyage. Elle passa en revue les gestes à avoir, le fait d'avoir une carte du royaume sur soi, la présence de danger, les façons de dormir en sécurité la nuit, et bien d'autres conseils encore. Elle tourna ensuite la tête vers les trois lycéens :


 

—Vous savez voyager un peu, leur dit-elle. Vous venez bien d'une nation étrangère.

—Oui, bien sûr, répondit Kyan, hésitant.

—Mais les environnements auxquels nous sommes habitués sont totalement différents de ceux de ce royaume, ajouta Zoya.

—Je comprend, acquiesça Ayse. Comme c'est le premier voyage d’Ankinée, je m’inquiète un peu…

—Nous veillerons sur elle, lui assura Céleste en souriant.


 

Passé le dîner, ils allèrent se coucher. Le lendemain, les trois adolescents avaient pris leurs sacs de voyage, et allaient quitter la maison. Avant de partir, Ayse donna une carte du pays à Ankinée, puis la serra fort dans ses bras. Suite à ces au revoir émouvants, Ankinée, Zoya, Céleste et Kyan prirent la route pour Élégare.

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Notsil
Posté le 05/01/2021
Coucou !

J'ai vu l'avalanche de chapitres, je prends enfin le temps de m'y remettre :)

J'aime beaucoup les questionnements de Kyan, puis cette modification de la trame initiale du roman.

J'ai trouvé le passage sur les consultations un peu répétitif par moment, et j'aurais aimé que ça soit parfois Kyan qui fasse les révélations (pour le cachet par ex, on était dans ses pensées on aurait pu avoir sa signification ^^).

Et donc Ankynée qui file vers son destin plus rapidement que prévu.

Qui est ce Mihran ? Kyan et les autres le savent-ils ? Genre savent-ils que c'est un traitre, un futur méchant, un antagoniste ? ^^

En tout cas ils vont partir en voyage et avoir l'occasion de faire plus ample connaissance. J'espère qu'ils ont fait un peu de camping ;)
Encre de Calame
Posté le 05/01/2021
Coucou !

Merci pour ton commentaire :3

Pour le cachet et la lettre, alors ça fait partie des éléments qui ne sont pas de la trame initiale du roman.

Et Mihran est le protagoniste du roman d'origine xD Kyan ne l'aime pas c'est tout
Hugo Melmoth
Posté le 27/12/2020
Bonjour Encre de Calame !

Cela faisait longtemps que j'attendais la suite de ton roman, quand j'ai vu que tu avais publié une douzaine de chapitres le même jour. J'en suis très heureux !
Ce chapitre me plait et est très bien écrit et tu mènes bien cette histoire, quoique ce n'en soit (pour moi) que le début.
J'aime décidément bien ce roman, et je suis décidé à le lire jusqu'au bout !

A très bientôt,
H.M.
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