Chapitre 4 - Ordres et chaos

La fin de journée s’annonçait.

            La lumière de l’astre déclinant se teintait peu à peu d’orange, tandis que les premiers oiseaux nocturnes commençaient à entamer leurs chants. Les rues de Maranola étaient cependant déjà vides. Les habitants, à peine revenus de leurs expéditions dans les bois, avaient renoncés aux plaisirs nocturnes à cause du mauvais temps.

            Venzio attendait que les derniers signes de vie s’éteignent. Le mercenaire ne pouvait compter que sur son ouïe, la plaque d’égout et le plafond au-dessus de lui ne lui permettant pas de savoir quelles étaient les allées et venues de la ville.

            Il essayait de bien faire malgré l’impatience de la fillette à ses côtés. Elle s’agitait et tirait nerveusement sur la manche du mercenaire. Elle avait caché le bas de son visage dans un vêtement, afin de supporter au mieux les émanations des souterrains. Venzio ne prenait plus garde à ce genre de désagréments, depuis le temps qu’il les parcourait pour ses diverses missions aux quatre coins du royaume. 

                Lochras et ses hommes ne venaient pas dans cette partie des égouts. Heureusement, car la petite fille donnait à présent des coups de pieds rageurs dans une pierre, et le bruit des ricochets contre les murs produisaient un puissant écho.

            – Je sais que c’est pénible, chuchota Venzio. Mais on ne peut pas prendre le risque de se faire repérer. (Puis après quelques instants, il ajouta :) Je n’entends plus rien, on va pouvoir sortir.

            Le mercenaire souleva lentement la lourde plaque de fer, et risqua un œil à l’extérieur.

            Rien. La rue était à priori déserte. Seul un léger brouillard était présent.

            Venzio poussa entièrement la plaque, et à l’aide de ses bras, sauta des égouts. Après une dernière inspection, il se pencha pour attraper la fillette et la hisser jusqu’à lui.

            Elle frissonna au contact du brouillard, mais apprécia de respirer à nouveau l’air extérieur.

            Venzio l’entraina aussitôt dans une petite ruelle adjacente. Il n’y avait que quelques mètres entre ici et l’auberge où le mercenaire résidait, mais il fallait malgré tout prendre garde.

La guilde était surtout active de nuit, heure à laquelle les menus larcins se profilaient. Mais Venzio savait pertinemment que ses membres ne se terraient pas pour autant durant la journée.

            Les Arpenteurs pouvaient être n’importe où, et ils n’hésiteraient pas à attaquer s’ils apercevaient le mercenaire en compagnie d’une enfant ressemblant étrangement à la description que leur avait fourni leur mystérieux commanditaire.

            Le duo déboucha dans l’arrière-cour de l’auberge. Venzio sortit une clé de sa poche, lui permettant d’accéder à l’établissement par les cuisines.

Le mercenaire avait informé le patron de ses allées et venues hasardeuses et fréquentes, et il avait exceptionnellement accepté – mais avec quand même une certaine réticence – de lui fournir un double des clés.

Ils traversèrent la salle commune et le couloir dans l’obscurité, et en prenant garde à être le plus silencieux possible. Ce fut finalement sans encombre qu’ils rejoignirent la chambre de Venzio. Celui-ci se permit alors un profond soupir de soulagement.

– Il y a une salle de bain si tu veux, dit-il en désignant la porte sur sa gauche. Prends ça avec toi.

La petite se saisit du vêtement que lui tendait Venzio. Une vielle tunique qu’il prenait toujours avec lui, au cas où il lui faudrait changer d’apparence pour une raison ou une autre. Et ce, bien qu’il préférât largement ses chemises et son manteau.

Le mercenaire constata que l’aubergiste lui avait laissé un plateau repas. C’est avec joie que l’enfant accueillit la part que Venzio lui proposait, tandis qu’il dégustait lui-même son repas avec un plaisir non feint. La petite se précipita ensuite vers le lit, et se roula dans les draps.

Le mercenaire voulut alors contacter la princesse. Il partit s’isoler dans la salle de bain pour ne pas déranger la fillette, sortit le cube de sa poche, et l’examina. Fort heureusement, il ne semblait pas avoir été endommagé par leur fuite face aux androïdes. Aucune imperfection ne venait troubler ses faces. Mais il était plus froid qu’auparavant.  

– Votre Altesse.

Rien. Le cube ne sembla pas réagir quand Venzio appela.

– Votre Altesse ?

Son second essai se ponctua lui aussi par un échec. Dans le doute, il appuya sur toutes les faces de l’objet, le secoua, et appela encore une fois la princesse. Soit elle ne pouvait lui répondre, soit le cube était bel et bien endommagé, expliquant son changement de température.

Enervé, Venzio le jeta contre le sol. Il reprit espoir quand il crut que l’objet se mettait à briller, mais dû se rendre à l’évidence quand il comprit que ce n’était là que le reflet de la lune à travers la vitre.

Il devrait probablement avoir recours à la bonne vieille méthode pour contacter la princesse. Un passage au poste de police pour lui envoyer une lettre s’avérerait nécessaire.

Il se saisit du papier à lettre qu’il conservait toujours avec lui, et rédigea les derniers évènements de manière brève, mais concise. Il marqua la lettre du sceau des agents royaux, et se rendit à l’écurie de l’auberge. Il y trouva le garçon en charge de s’occuper des chevaux, et le réveilla sans ménagement.

– Hé petit, ça te dirait de gagner un peu d’argent ? (Encore endormi, ce dernier hocha faiblement de la tête). Tiens, voilà une lettre à remettre d’urgence au poste de police.

Le garçon haussa un sourcil surpris en remarquant le symbole qui ornait la lettre, et plus encore un voyant les quatre pièces d’or que lui remettait le mercenaire.

– Allez dépêche-toi !

Le gamin ne se fit pas prier davantage.

Venzio remonta dans sa chambre, et découvrit la petite étendue sur le lit, plongée dans un profond sommeil. Il récupéra un des oreillers, et s’allongea par terre, son manteau en guise de couverture.

Il tenta d’entrer en communication avec Etel, mais ne recevait toujours aucune réponse. Dépité, il s’endormi d’un sommeil profond, bercé par le hululement d’une chouette sauvage.

 

*

 

            Venzio se réveilla en sursaut.

            Il observa la chambre baignée dans le noir, et le reflet de la lune sur le parquet. Plus que le bruit, c’était plutôt son absence totale qui l’inquiétait. Proche de la campagne, Maranola était sujette aux désagréments que pouvaient engendrer l’activité nocturne des animaux, notamment les oiseaux et les rats. Pourtant, le cri de la chouette ne résonnait plus.

            Prudent, Venzio jeta un regard circulaire sur la chambre, mais ne détecta rien d’anormal. Il s’empara lentement de l’un de ses sabres, dissimulé sous son oreiller. Une fois sûr que son mouvement ne fit rien sortir des ombres, il rejeta son manteau et se leva.

            Le mercenaire tendit l’oreille. Seul son souffle lui répondait. Inquiet, il s’approcha du lit, et observa la fillette. Sa poitrine se levait et s’abaissait de manière régulière, signe qu’elle était toujours profondément endormie. Il prit garde à ne surtout pas la réveiller. Inutile de la faire paniquer.

            Venzio s’approcha de l’une des fenêtres. La lueur de la lune donnait une allure spectrale à la rue, la plongeant dans une lumière gris-bleue. Le mercenaire étudia son environnement, à la recherche de silhouettes se mouvant dans l’ombre. 

            Rien.

Pourtant, il sentait du mouvement dans l’air.

Ils n’étaient pas seuls.

            Venzio réfléchit à toute vitesse. Que faire ? S’enfuir ? Ce serait la porte ouverte au danger. Si lui et l’enfant se réfugiaient dans les égouts, ou même dans une ruelle un peu à l’écart, leurs agresseurs s’en donneraient à cœur joie. Pas un seul témoin ne viendrait les déranger.

            Rester dans l’auberge alors ? La présence des autres clients et des propriétaires était probablement ce qui avait retenu les intrus d’agir pour le moment. Venzio détestait cependant l’idée de rester enfermé ici, à attendre un affrontement qui viendrait d’une manière ou d’une autre.

            Mieux valait maitriser un minimum la situation. Avec un peu de chance, leurs adversaires n’avaient pas encore compris qu’ils étaient repérés.

            Il secoua doucement la petite, et posa sa main sur sa bouche pour l’empêcher de crier. Elle se détendit cependant en reconnaissant le mercenaire. 

            – Lève-toi doucement et habille-toi, murmura-t-il dans son oreille. On doit partir à tout prix.

            Fort heureusement, elle comprit immédiatement l’urgence de la situation, et s’habilla en hâte. Le duo emprunta le couloir de l’auberge, et franchit la porte des cuisines quelques instants après, celle-là même par où ils étaient venus quelques heures auparavant. 

            Venzio se sentit alors épié. La sensation d’une dizaine de paires d’yeux rivées sur lui lui donna des frissons. La sensation désagréable s’intensifia au fur et à mesure qu’ils s’enfoncèrent dans les rues. Le mercenaire risqua un regard par-dessus son épaule.

            Cette fois il les percevait très clairement. Ils les poursuivaient par les toits.

Comprenant qu’ils étaient repérés, Venzio choisit à dessein d’emprunter les grands axes, là où ils étaient plus susceptibles d’être vus par des témoins. Il voulait atteindre le poste de police, et tant pis pour l’existence secrète de la petite.

Il lui fallait de l’aide. Il était à présent persuadé que leurs poursuivants étaient plusieurs, et Venzio n’était pas idiot au point de jouer les héros.  

Il était cependant persuadé de l’identité de ceux qui en avaient après eux.

Les salauds ! jura Venzio.

Les Arpenteurs. Il reconnaissait leur manière d’agir, pour avoir plusieurs fois travaillé avec eux.

Pas de quoi être surpris cependant. Lochras avait très clairement dit qu’il récupérerait l’enfant, peu importe qu’il lui faille supprimer Venzio au passage.

Soudain, une silhouette se planta devant les fuyards. Probablement lassés de cette course-poursuite, les Arpenteurs avaient décidé de passer à l’action.

– Tiens tiens… Mais qu’avons-nous là ?

L’homme qui venait de s’exprimer pointa une lourde épée menaçante vers le duo. Son visage recouvert d’ignobles cicatrices, et son œil vitreux à moitié aveugle ne laissait aucun doute sur son identité.

– Fargus. Tu n’as pas lésiné sur les moyens.

Les autres Arpenteurs se révélèrent à Venzio. Ceux-ci étaient sortis de leurs cachettes, et se rassemblaient sur les toits, pendant que d’autres bloquaient les rues adjacente, empêchant toute retraite.

– Où est Lochras ? demanda Venzio. Je m’attendais à le voir en personne, et pas à ce qu’il envoie son second. D’habitude il aime capturer lui-même ses proies.

– Il a mieux à faire, renchérit Fargus. Il s’occupe de prévenir en personne notre commanditaire. Dans quelques heures, l’enfant sera à lui. C’est gentil de nous l’avoir amené Venzio, ricana le second.

Un sourire déformé par ses cicatrices orna son visage. Il regarda la fillette avec une lueur perverse dans le regard. La petite se réfugia derrière le mercenaire, cachant son visage dans son manteau.

– Comment nous as-tu repéré ? voulu savoir Venzio.

– Ho allons ! C’est évident ! Personne ne peut s’aventurer dans Maranola sans que nous ne connaissions ses faits et gestes. Qu’il s’agisse de l’extérieur ou des égouts. Même les rats ne peuvent échapper à notre regard.

– Les égouts ? Mais je croyais que…

– Que tu avais soigneusement évité notre territoire ? ricana Fargus. Ho Venzio… Tu crois vraiment qu’on te dit tout ? La guilde est plus étendue et influente que tu ne le crois. Il a suffi de graisser correctement la patte de l’aubergiste pour qu’il te balance… (Fargus détourna subitement le regard, et après un instant de silence :) ATTRAPEZ-LES !

            Venzio ne maitrisa alors plus rien.

            Une dizaine d’Arpenteurs se jeta sur lui, le noyant sous une masse de vêtements sombres. Seuls ses incroyables reflexes le sauvèrent.

            Il désarma un premier adversaire, et lui assena un puissant coup à la mâchoire, qui craqua de manière inquiétante. Le mercenaire fit ensuite volte-face, pour plonger son sabre dans l’œil d’un autre Arpenteur. Celui-ci s’effondra, sans vie. Venzio n’avait pas de remords, l’heure n’était plus à la clémence et aux pourparlers.

            Les échanges se poursuivirent impitoyablement. L’acier heurta l’acier, dans un fracas insupportable. Venzio était coriace, mais chaque fois que l’un de ses adversaires se retrouvait au sol, un autre prenait sa place. Heureusement, des années de combats sur les champs de bataille avaient aiguisé ses sens, si bien qu’il ne tarda pas à reprendre l’avantage. N’en déplaise à Fargus, qui observait la scène en retrait. 

            Soudain, Venzio réalisa qu’il n’apercevait plus la fillette. Prit dans le feu de l’action, le mercenaire n’avait pas pensé une seule seconde à la mettre en sécurité. Il la retrouva quelques instants plus tard, recroquevillée dans un espace réduit. Celui-ci était trop petit pour que quelqu’un d’autre qu’elle y accède.

            Venzio était rassuré, il n’aurait pas pu s’occuper à la fois d’elle et des Arpenteurs.

            Cela ne dura pas. Détourner le regard lui avait été fatal, l’un de ses ennemis en avait profité d’une ouverture pour passer derrière lui, et lui assener un violent coup sur l’arrière du crâne. Venzio se retrouva un genou à terre, mais n’en avait pas fini pour autant. Il commença à se relever, prêt à en découdre, avant de recevoir un nouveau cadeau d’un Arpenteur.

            Vaincu, le mercenaire se retrouva gisant sur le sol, la figure en sang. Son arcade sourcilière était ouverte et saignait abondamment. Fargus le saisit par les cheveux et lui redressa violemment la tête.

            – Cette fois-ci, t’as perdu mon gars, cracha-t-il.

            Deux Arpenteurs s’avancèrent, chacun tenant la fillette par un bras. Celle-ci se débattait, et mordit l’un de ses ravisseurs au bras, qui répondit par une claque monumentale, assommant la petite.

            – Hey ! Faite gaffe ! les sermonna Fargus. Il nous la faut entière.

            Venzio sentit alors une lame contre sa gorge. Fargus n’attendait que le moment où il pourrait ôter la vie du mercenaire.

            – Debout ! ordonna-t-il. Lochras décidera de ton sort.

            Venzio voulu agir lentement, encore sonné, mais il n’obtient qu’un nouveau coup de l’un des Arpenteurs.

            – Plus vite !

            La troupe se dépêcha de rejoindre les rues adjacentes, tout en prenant garde à ne pas faire davantage de bruit.

            Soudain, un vrombissement vint rompre le silence. Il était lointain, et quasi imperceptible, mais suffit pour que Venzio s’en inquiète. Il releva la tête, cherchant du regard la direction d’où venait le bruit.

            – Baisse la tête !

            Fargus frappa le crâne de Venzio avec le manche de son épée, arrachant un cri de douleur à ce dernier.

            Le vrombissement se rapprochait. Le mercenaire en était sûr à présent.

            – Les gars… articula Venzio. Il faut… s’en… s’enfuir ! Ils arrivent !

            Il fut projeté au sol.

            – Putain Venzio… Je savais que t’étais un crétin, mais de là à pas savoir quand il faut se taire ou non… Foutez-lui un sac sur la tête ! Je veux plus l’entendre !

            Venzio se débattit avec l’Arpenteur qui s’était approché, muni d’une large bande de tissus tachée de sang depuis longtemps séché.

            – Fargus ! E… coute-moi bon sang ! On est me…nacé ! On va se… se faire tuer si on reste là !

            Les dernières paroles de Venzio furent couvertes tandis que le vrombissement s’approchait de plus en plus, et que les androïdes se dévoilaient enfin.

            Ils flottaient tous les trois au-dessus du groupe, leurs réacteurs produisant un incroyable vacarme. Ils semblaient avoir du mal à être stables, l’un d’eux avait un bras tordu dans un angle impossible, et qui pendouillait mollement le long de son corps. Probablement des conséquences de l’attaque de l’enfant.

            – Bordel ! jura Fargus. C’est quoi cette merde !

            – Des androïdes ! répondit Venzio. Ils veulent notre mort !

            – Ha ouais ? Hé ben qu’ils essaient !

            Le second se la jouait gros dur, mais Venzio voyait ses mains qui se serraient et se desserraient sur son épée, pour qu’elles arrêtent de trembler face aux machines. Il ne faisait aucun doute que l’Arpenteur déguerpirait à la moindre occasion.

            Ses hommes aussi regardaient les androïdes avec appréhension. Certains avaient même déjà pris la poudre d’escampette en reconnaissant la technologie concordienne. Face à elle, ils étaient bien inutiles avec leurs simples épées.

            – C’est quoi ça Venzio ?! s’écria Fargus.

Le second avait saisi le mercenaire par la nuque et lui criait au visage, l’aspergeant de postillons.

– C’est toi qui les as amenés ici ?!

Venzio ouvrit la bouche pour parler, mais sa voix se perdit lorsque le premier tir jaillit. Il toucha le toit d’une maison, éclatant les tuiles et brisant une pierre, dont les morceaux tombèrent vers les deux hommes.

L’un des visages de métal s’illumina alors de bleu :

– Ceci est un avertissement. Donnez-nous l’enfant.

Fargus resserra son étreinte sur le mercenaire.

– L’enfant ? C’est elle qu’ils veulent ?! dit-il en se tournant vers ses acolytes, qui tenaient toujours la fillette évanouie.

Venzio fut à nouveau coupé dans son élan par un second tir. Cette fois-ci, les machines avaient visé le sol, juste à côté des deux Arpenteurs.

– Hé patron ! Nous on veut pas d’ennuis avec eux !

Les deux hommes lâchèrent l’enfant, dont le corps inerte vint s’échouer sur le sol. Ils s’enfuirent sans demander leurs restes, rejoignant leurs camarades qui avaient déjà tous fuis. Fargus tenta de les faire rester, mais aucune de ses menaces n’eut d’effet.

Son regard hésitait en permanence entre Venzio, l’enfant, et les androïdes, ne sachant à quoi accorder sa priorité. Il lâcha alors Venzio et agrippa les cheveux de l’enfant, qui se réveilla sous la douleur.

– Vous la voulez ? Alors venez la chercher !

L’idiot ! pensa Venzio. Si pour une fois il avait choisi d’être couard et non obsédé par l’appât du gain…

Malheureusement, l’Arpenteurs avait fait son choix, et chargeant la fillette sur son épaule, courut se mettre à l’abri, ignorant les protestations de l’enfant qui le frappait avec ses petits poings.

Venzio se releva en chancelant, et s’élança à leur poursuite, aussi vite que ses vertiges le lui permettaient. Il croisa en chemin plusieurs habitants en tenues de nuit. Alertés par le vacarme, ils s’étaient rassemblés devant leurs maisons, cherchant ce qui avait interrompu leur sommeil. Le mercenaire songea à leur dire de fuir, mais donna priorité à Fargus et la petite. Les Maranoliens comprendraient d’eux-mêmes en voyant les androïdes qui poursuivaient désormais leurs proies.

L’Arpenteur avait rejoint la place du beffroi. Il tourna rapidement à gauche pour rejoindre les rues adjacentes, surveillant tantôt les androïdes, tantôt Venzio.

Sauf que ce dernier avait disparu. Fargus se crut débarrassé de lui, à tort, puisque le mercenaire le percuta de plein fouet au détour d’une rue. Comprenant qu’elle était la direction suivie par l’Arpenteur, Venzio avait pris un raccourci, coupant ainsi la route à Fargus. Ce dernier se réceptionna sur la mâchoire et hurla quand une de ses dents se délogea dans son emplacement pour rejoindre la liberté des rues de Maranola. Quant à l’enfant, elle parvint à échapper à l’emprise de son ravisseur, et courut se réfugier dans les bras de son sauveur. 

Hélas, un troisième tir les arrêta avant même qu’ils ne commencent à s’enfuir.

Les trois androïdes flottaient au-dessus d’eux, attendant qu’ils se rendent. Venzio n’avait aucune idée de ce qu’il fallait faire. S’enfuir était inutile et ne ferait que les épuiser davantage. Que pouvait-il faire contre eux avec ses misérables sabres, là où les technologues possédaient des armes au potentiel destructeur inimaginable. Il n’était pas Magisner

Son seul espoir était l’enfant qui agrippait son manteau. Encore fallait-il qu’elle maitrise ses pouvoirs, ce qui ne semblait pas être le cas dans la mesure où elle ne tentait absolument rien pour les sortir de ce pétrin.

– Enfoiré !

Venzio jeta un regard surpris vers Fargus. Celui-ci s’était relevé et tendait son épée vers le mercenaire de manière menaçante, ignorant le filet de sang qui s’écoulait de sa bouche vers son menton.

– CELA A ASSEZ DURE ! DONNEZ-NOUS L’ENFANT OU NOUS PROCEDERONS A VOTRE EXECUTION !

Les trois androïdes s’exprimèrent de concert, arrachant des gémissements au trio qui se couvrait les oreilles.

– La ferme ! cria Fargus à leur intention. Cette gosse est à moi vous entendez ! A moi !

Avant de lancer l’un de ses couteaux dans leur direction. Celui-ci ne fit que rebondir mollement sur le torse de l’un des androïdes.

– Très bien, murmura ce dernier.

Il leva la main, et tira un rayon en direction de Fargus. L’Arpenteur sentit une incroyable brûlure sur tout son corps, avant d’être tout bonnement réduit en cendre. Seule son épée réchappa à l’attaque, et retomba sur le sol dans un bruit métallique. 

L’incompréhension se lisait dans le regard du mercenaire. Il n’avait pas cru les androïdes capables de cela. Effacer toute trace d’un individu en un instant. Pour les avoir vus se battre à plusieurs reprises, Venzio savait que même les Magisners n’auraient pu y arriver aussi facilement.

Les androïdes avaient évolué depuis la dernière fois où le mercenaire les avait croisé, il y a dix ans, quand il était encore jeune soldat. Et à présent, c’était sur lui qu’ils pointaient leurs armes.

« A quoi bon résister ? » lui aurait dit Etel. « T’opposer à eux ? Ils te réduiront en cendre et prendront la gamine. Autant coopérer et sauver notre peau. Ne te comporte pas comme un imbécile héroïque. »

Sauf qu’Etel n’était pas là. Et que Venzio était bien un imbécile héroïque.

Le mercenaire sortit ses sabres, et se plaça en position d’attaque face aux machines, faisant barrière de son corps pour protéger l’enfant.

Les androïdes se regardèrent… et se mirent à rire. Trois échos distincts, déformés par les visages métalliques, et la distance qui séparait le mercenaire de Concordium, soit un océan entier. Les trois soldats concordiens anonymes, qui l’observaient depuis leurs postes, se moquaient éperdument de Venzio, et de sa pitoyable tentative pour impressionner ses adversaires. Même leur arracher une once de respect semblait impossible. 

Le mercenaire n’abandonna pas pour autant, et les défia du regard. Puis soudain, l’un d’eux se détacha du groupe et fonça sur lui. Il attrapa le mercenaire par la gorge, et le souleva, avant de repartir en direction des airs.

Venzio aperçu le sol s’enfuir à toute vitesse, tandis qu’il agrippait par réflexe le bras ennemi. Il sentit l’air lui fouetter les cheveux, tandis qu’il pensait à le faire rentrer dans ses poumons, à cause de la main glacée qui lui enserrait le cou. Ses pieds battaient désespérément dans le vide, à la recherche d’un support. Les moqueries du soldat concordien résonnaient toujours dans ses oreilles. Le mercenaire se retrouvait ainsi, pendu par la gorge au-dessus du vide, à la merci d’un ennemi qui aurait tôt fait de se lasser de jouer avec lui et de le lâcher. Il ne put que contempler sa propre terreur qui se reflétait dans le visage d’acier.

– Tu veux jouer au héros ? Parfait, cracha l’androïde. Nous avons pour mission de ramener l’enfant au plus vite, mais toi… On me pardonnera bien de m’amuser un peu. Le terrain et les affrontements directs me manquent depuis que l’on nous a imposé ces ridicules robots !

La machine le lâcha. Le hurlement de Venzio résonna dans la nuit, avant d’être brutalement interrompu par le toit que le mercenaire percuta. Il se réceptionna sur son épaule, qui se déboita. Venzio remercia malgré tout la chance. La chute lui aurait été fatale s’il y avait eu plus de deux mètres entre lui et le toit. Puis il réalisa soudain que ce n’était que le début. Le robot l’attrapa par son épaule encore valide et l’envoyer valser quelques mètres plus loin, jusqu’à ce qu’une cheminée n’interrompe le vol plané du mercenaire.

Sonné, ce dernier se tenait immobile sur les tuiles brisées. Incapable de se relever, il ne put que constater avec sa vision troublée, l’androïde qui avançait vers lui. Une lame avait surgi de l’un de ses bras, qu’il comptait enfoncer sans attendre dans le corps du mercenaire.

Une violente secousse l’en empêcha. Venzio sentit la maison bouger, et vit une partie des tuiles déjà abimées se déchausser et s’entrechoquer. Quant à la terrible machine elle perdit l’équilibre, et glissa sur les tuiles jusqu’à tomber du toit. Un terrible bruit de ferraille tordu indiqua à Venzio que l’androïde avait percuté le sol. Il avait lui-même failli tomber, mais s’était raccrocher au dernier moment à la gouttière. Il risqua une tête au-dessus du vide, et constata avec un sourire satisfait que le soldat ne parvenait pas à se relever, et semblait avoir perdu le contrôle de son engin. Ses cris de frustration furent comme une douce musique aux oreilles du mercenaire.

Il en allait autrement pour les deux autres machines. Le sortilège de la fillette n’avait pas été suffisant pour les rendre inerte. Elles se relevaient mais se firent plus prudentes, redoutant une nouvelle attaque de la part de cette enfant décidément trop sous-estimée. D’autant que leur mécanique était dangereusement enrayée suite à cette nouvelle démonstration de force.  

Soudain, des cris se firent entendre. Depuis le toit, Venzio apercevait les Maranoliens qui se rassemblaient sur les trottoirs, les yeux rivés sur ce qui semblait être un affrontement entre une enfant et deux personnes en armure intégrale. La police tentait de se frayer un chemin, poussant sans ménagement les habitants, et leur ordonnant de se réfugier chez eux, ou de partir à l’opposé de la bataille.   

Les androïdes se retrouvaient pris en porte à faux entre une enfant instable et une garnison de policiers qui se rapprochait à grands pas.

Venzio se relevait de sa chute, faisait abstraction de la douleur qui tambourinait dans son crâne. Il apercevait la fillette au milieu de la rue. Son petit corps tremblait de peur, et ses gémissements plaintifs arrachèrent un pincement au cœur du mercenaire.

Puis soudain, l’atmosphère dans l’air changea. Venzio constata avec surprise que ses cheveux et ses poils se hérissaient tous seuls sur son corps, tandis qu’un fourmillement désagréable parcourait ses membres. Il ne tarda pas à trouver la source de ce désagrément. Plusieurs mètres sous lui, la fillette criait à nouveau.

            Son corps fut soudain pris de violents soubresauts. Puis il sembla au mercenaire qu’il crépitait. Une nouvelle décharge de magie allait frapper. Sauf que cette fois-ci Venzio pressenti qu’elle serait bien moins inoffensive que la dernière fois, sans doute à cause des petits éclairs jaunes qui semblaient vouloir jaillir à tout prix hors de la fillette.

            Les androïdes durent le sentir, puisqu’ils reculèrent de plus en plus. Ils voulurent fuir par les airs, mais leur équipement refusait de répondre à leurs sollicitations. Le mercenaire se précipita à l’autre bout du toit et hurla pour se faire entendre des Maranoliens et des policiers qui s’étaient arrêtés.

            – FUYEZ !

            Le reste de ses mots disparurent dans l’explosion. Un formidable bruit sourd couvrit tous les cris de panique des habitants. Il sembla au mercenaire que la terre s’ouvrait en deux. Mais il ne put le voir, car une violente lumière jaune avait envahi son champs de vision, l’obligeant à fermer les yeux pour ne pas finir aveugle. Il sut cependant qu’il ne se trompait pas lorsque le toit pencha dangereusement vers le sol. Venzio enfonça ses ongles dans la gouttière jusqu’à s’en faire mal, mais il ne put empêcher son corps de se retrouver suspendu au-dessus du vide – pour la deuxième fois en quelques minutes.    

            Le mercenaire risqua un œil vers le sol. Il jura que celui-ci était fendu en deux par une profonde fissure. Venzio chercha un point d’appui sur la maison, mais changea d’avis quand il entendit la structure craquer de manière inquiétante, et pencher davantage. Le mercenaire ne se retenait plus qu’à la force de ses doigts.

            Puis la gouttière céda.

            Venzio chuta à vive allure vers le sol, suivit de près par une partie du toit. Une pierre frappa alors sa tête, le faisait sombrer dans l’inconscience avant même de toucher le sol. Il se réveilla brutalement quelques instants plus tard, lorsque sa jambe se retrouva écrasée sans prévenir par un quelque chose de lourd. Il eut un aperçu rapide du chaos qui avait gagné Maranola, avant que tout ne redevienne noir.  

 

*

 

            Venzio sentit que son corps était engourdi. Ses muscles étaient courbaturés, et ses membres lui semblaient extrêmement lourds. Un goût métallique emplissait sa bouche. Le mercenaire passa sa langue sur ses dents, et reconnu la saveur caractéristique du sang. Il devait être plus amoché qu’il ne le pensait. Venzio ouvrit lentement les yeux, et les referma aussitôt en découvrant l’éblouissante lumière. Il recommença, et parvint cette fois à les garder ouvert. La tête se mit à lui tourner quand il tenta de se relever. Là encore, il dut s’y reprendre à deux fois avant d’y parvenir.

            Le mercenaire se trouvait dans un lit. Il portait toujours ses vêtements, mais ils étaient en partie déchirés. Un épais bandage enserrait sa cuisse gauche, ainsi que sa tête, là où il avait été violemment frappé. Quant à ses autres plaies, elles avaient été nettoyées.

            Il scruta la salle où il se trouvait. Une dizaine de lits comme le sien s’alignaient le long des murs, sauf celui du fond, là où une grande fenêtre laissait passer la lumière responsable de son mal de crâne. Les lits étaient tous pris. La plupart des occupants étaient endormis, ou encore inconscients. Venzio remarqua un jeune garçon quelques couchages plus loin. Il avait un bandage autour de la tête, et jouait avec plus ou moins d’entrain avec des cubes de bois.

            – Hé petit, où est-ce qu’on est ? demanda Venzio.

            L’interpellé se tourna vers lui.

            – Dans une auberge monsieur.

            – Quoi… Une auberge ?

            – Oui, reprit l’enfant. Ils ont rassemblé une partie des blessés ici. Il y a des guérisseurs et des médecins partout. Dans cette pièce, il y a les gens soignés. 

            Le garçon retourna à ses cubes, mettant fin à la discussion. Venzio prit alors la mesure de l’ampleur de la situation.

Bon sang, si ça se trouve il ne reste rien de Maranola, pensa-t-il.

Le mercenaire quitta son lit. Sa cuisse protesta et lui arracha un gémissement, mais il ignora la douleur et sorti de la pièce.

Les autres chambres de l’auberge lui apportèrent le même constat : des blessés gisaient sur les lits alignés, dans des états plus ou moins graves. Un brouhaha venant d’en bas se faisait entendre. Venzio emprunta les escaliers – non sans souffrir à chaque pas – et déboucha dans la salle commune. L’endroit s’était transformé en une sorte d’infirmerie improvisée. Les blessés graves étaient alignés sur des couches de fortunes, sur lesquelles se penchaient des médecins, ou toute autre personne ayant des compétences médicales.

Le comptoir du bar s’était changé en une réserve. Des dizaines de remèdes en tout genre s’y alignaient, et disparaissaient au fur et à mesure qu’ils étaient utilisés. Des bénévoles s’efforçaient d’aider du mieux qu’ils le pouvaient, amenant des cataplasmes, réconfortant les blessés, et communiquaient avec les familles qui ne retrouvaient pas l’un des leurs, et parfois même les invitaient à bien vouloir rester dehors, pour ne pas gêner les soins.

Venzio observait la scène d’un œil lointain. Non pas que la scène ne lui suscitait aucune émotion, mais en tant qu’ancien soldat, il avait connu bien pire sur les champs de batailles. La guerre contre Concordium était loin d’être récente. En revanche, il n’aurait pas imaginé que les androïdes avaient commis tant de dégâts. Il avait été bien trop occupé à fuir avec l’enfant. Il s’en voulait de ne pas y avoir pensé. Que l’ennemi pouvait les retrouver, et qu’il n’hésiterait pas à détruire la ville pour leur mettre la main dessus.

Comment avait-il fait d’ailleurs ? Les soldats concordiens pouvaient-t-ils suivre la magie à la trace ? A moins que cela ne soit grâce à un de leur procédé scientifique. Venzio avait entendu dire que les « chercheurs », comme ils se faisaient appeler, pouvaient suivre certain individus grâce à leur « énergie », quoique cela veuille dire.

Alors qu’il suivait du regard un corps que l’on recouvrait d’un drap, et que l’on s’empressait d’évacuer de l’auberge, le mercenaire fût heurté par une bénévole. Ayant peu d’équilibre à cause de sa jambe, il tomba, mais parvint à se réceptionner tant bien que mal.

– Qu’est-ce que vous faites ici vous ?! cria la jeune femme. Nous sommes débordés ! Si vous êtes blessé, retournez dans votre lit ! Si vous venez pour un proche, il va falloir attendre !

Venzio se redressa en s’appuyant à la rambarde des escaliers, non sans adresser un regard noir à la jeune femme. A sa place, Etel lui aurait envoyé une réplique bien cinglante.

L’altercation le ramena cependant à la réalité.

Etel. La fillette. Disparus tous les deux. La voix n’était toujours pas revenue.

– Etel ? Bon sang, répond ! Pourquoi je t’entends plus !

Un guérisseur le regarda de manière étrange. Sans doute le croyait-il en plein délire à cause d’une fièvre, ou du choc.

– Calmez-vous monsieur, dit-il d’une voix apaisante. Vous avez perdu un proche ?

– Je... non, oui… Enfin presque. Vous ne pouvez pas m’aider. Mais… Il y avait une fillette avec moi. Elle était encore là quand je me suis évanoui.

Le médecin posa une main sur l’épaule du mercenaire en un geste rassurant.

– Ne vous inquiétez pas… Elle ne doit pas être bien loin. Elle a dû se mettre à l’abri et n’ose pas encore sortir. Les enfants ont de la ressource ! s’exclama-t-il avec un petit rire. Décrivez là moi, il y deux autres tavernes reconverties, mais peut-être est-elle passée par ici ?

– Blondes, yeux bleus, environ dix ans, et habillées de vêtements trop grands pour elle.

– Ca ne me dit rien. Quel est son nom ?

Venzio ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun son n’en sorti. Il n’en savait rien. Il réalisa qu’il n’avait pas pris le temps de lui demander. Ni même qu’ils avaient échangé le moindre mot. Il avait simplement déduit qu’elle était trop choquée, mais peut-être était-elle muette ?

– Je ne sais pas, avoua-t-il. Je venais de la rencontrer.

Le médecin haussa un sourcil surpris, mais ne dit rien.

– Retournez vous reposer, nous vous préviendrons si nous la trouvons d’accord ?

Plutôt que de suivre les conseils de l’homme, Venzio le contourna et couru vers la porte. Hors de question pour le mercenaire de rester clouer au lit. Il entendit le médecin l’appeler derrière lui, mais il l’ignora. Rester passif n’était pas dans ses habitudes. L’enfant était sous sa protection, il avait pour mission de la ramener, et de la protéger des androïdes qui la poursuivaient.

Avec un peu de chance, elle était encore à Maranola.

Ou du moins ce qu’il en restait.

Difficile de croire que de tels dégâts aient pu être provoqués par une simple course poursuite. Les rayons destructeurs des androïdes avaient détruit tout un pâté de maison. Les murs s’étaient écroulés sur les voies, et les toits avaient tout bonnement disparus. Mais ce n’était rien comparé au désastre causé par la magie de l’enfant. Sa perte de contrôle s’était manifestée en un puissant déferlement d’énergie, qui avait éventré le sol de la ville. Le sol affaissé en pente raide donnait sur un trou béant. On pouvait aisément imaginer un géant venu du ciel qui aurait donné un coup d’épée dans le sol, séparant la cité en deux.

Venzio tourna à droite, longeant la crevasse pour rallier l’autre bout de la ville, là où il avait vu la fillette pour la dernière fois. Il croisait régulièrement des citoyens, occupés à fouiller les décombres pour en extraire les gens coincés. Malheureusement, il était parfois déjà trop tard.

Le mercenaire détourna le regard. Il n’avait pas le temps d’aider ces malheureux. Il passa devant la place principale de la ville, reconverti en morgue géante. Des dizaines de cadavres, parfois méconnaissables, s’alignaient sur le sol. Venzio voulu à nouveau les ignorer, mais une dépouille retint son attention.

Il eut du mal à le reconnaitre, à cause de la plaie sur son front qui avait fait couler une importante quantité de sang sur son visage. Mais l’uniforme le lui confirma. Il se pencha sur le corps de Jonas. En plus de sa blessure, le jeune homme avait vu une partie de son corps être écrasée par un éboulement. Venzio était persuadé qu’il s’était fait cela en voulant sauver quelqu’un.

Il regretta de ne pas avoir été plus aimable avec lui, de ne pas avoir pris le temps de mieux le connaitre. Les désirs de Jonas n’auraient peut-être pas été réalisés, mais ils auraient pu devenir amis.

Dépité, Venzio recouvrit le corps du policier, et continua sa route. Il était plus secoué qu’il ne le pensait.

– Etel ?

Rien. La voix restait obstinément muette.

L’absence d’Etel le perturbait. Il se sentait comme un enfant perdu, qui aurait lâché la main d’un de ses parents et se serait égaré dans un endroit inconnu.

Le mercenaire continua son chemin, et parvint rapidement là où lui et l’enfant avaient été attaqués. Il fouilla les décombre, appela la petite, et questionna toutes les personnes qui croisèrent sa route. Pas un signe de l’enfant.

Pourvu qu’elle se soit simplement enfuie. Après tout elle a toute sorte de pouvoirs, peut-être que l’un d’eux lui a sauvé la vie ? 

Venzio allait reprendre ses recherches, quand il sentit soudain une intense chaleur sur son torse. Redoutant une blessure qui serait passée inaperçue, il ouvrit son manteau à la recherche de sang, mais découvrit à la place une lumière bleue venant de sa poche intérieure. Le cube confié par la princesse.

Celui-ci brillait et vibrait dans la main du mercenaire. Ce dernier chercha comment l’activer, quand la voix de l’altesse sortit de l’objet.

– Monsieur Salomon ?

– Je suis là.

– Que s’est-il passé ? Où étiez-vous ? le pressa-t-elle. Il y a eu un terrible incident à Maranola ! Et vous êtes resté obstinément silencieux. J’exige un rapport.

– J’avais retrouvé l’enfant. Mais les technologues l’ont retrouvé également. Apparemment, ils sont après elle, et n’ont pas hésité à détruite la ville pour lui mettre la main dessus.

Venzio préféra passer sous silence les dégâts causés par l’enfant. Indirectement, il se sentait responsable de la destruction de la ville. Inutile de recevoir des reproches de la princesse.

– Et où sont-ils désormais ?

– Je l’ignore. Dois-je les rechercher ? Ainsi que l’enfant ?

La princesse balaya sa question d’une main rageuse.

– Inutile. Vous en avez bien assez fait comme ça, répliqua-t-elle qu’une voix cassante. Je vous avais demandé d’être discret, et vous n’avez rien trouvé de mieux que de l’amener à Maranola. Mes troupes sont en route. La ville va être placée en quarantaine, au cas où l’ennemi s’y cacherait, pendant que des soldats fouilleront toute la région. Je vous ordonne de rester à Maranola jusqu’à nouvel ordre.

Le cube s’éteignit. La princesse avait été dure, mais Venzio ne pouvait qu’admettre qu’elle avait raison. Il avait sérieusement mal joué son coup.

Il n’avait cependant pu s’empêcher de remarquer, durant leur conversation, que la jeune femme ne paraissait nullement surprise de l’implication de Concordium dans la traque de la petite. Celle-ci n’avait rien d’une enfant égarée. Elle faisait partie intégrante de la guerre qui se jouait depuis des lustres entre les deux nations, ou du moins Venzio le pressentait-il.

Le mercenaire repensa à tous ceux qu’il n’avait pu aider, faute d’y être autorisé. Il était condamné à suivre aveuglement les ordres. Il avait parfois du mal à se regarder dans un miroir.

Venzio n’oublierait jamais son séjour à Port-Cavenas l’an dernier. Envoyé enquêter au sujet d’un vol de tissus précieux, il avait fini par découvrir que les « criminels » étaient en réalité une mère de famille récemment veuve, contrainte au vol pour survivre et nourrir ses enfants. Jamais Venzio n’oublierait son regard suppliant alors qu’il l’emmenait en prison et abandonnait les enfants à leur triste sort. Il s’en était voulu à l’époque de ne pas avoir aidé les petits, et s’était alors promis que plus jamais il ne laisserait un enfant souffrir.

Il tenait enfin l’occasion de se repentir.

Pas question que qui que ce soit face du mal à la fillette. Il se fichait pas mal des conséquences, il la retrouverait et la protégerait. Bien décidé, Venzio jeta son cube dans la crevasse, où il ricocha longuement avant d’atteindre le fond.

Il devait maintenant trouver le moyen de sortir de Maranola.

 

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arno_01
Posté le 26/08/2020
J'ai lu toute la suite de récit d'une traite ! ton univers est vraiment pleins de bonne idées, et la tension présente tout au long, on arrive pas à lâcher.

Je vais repasser dans les jours qui viennent sur quelques chapitres te donner quelques impressions précises les concernant. Mais assurément tu tiens là une histoire fabuleuse, pleine de rebondissements.

La salle de bain 'privative' dans l'auberge m'a surpris. Dans l'époque médieval de telle pièce n'existait pas. c'était plutôt des baquets d'eau chauffé qui était monté et disposé directement dans la chambre. Je conçois le besoin d'isoler Venzio, mais le faire aller dans le couloir aurait pu suffire, non ?
(après cela reste un point de détail)

Le coup des 'enfants de Port-Cavenas', me donne trop l'impression de "l'excuse" montée de toute pièce. C'est quelque chose qui ne transpire pas jusqu'à présent dans le récit. En lisant cela, j'ai trop l'impression que c'est uniquement mis pour justifier son 'trahison' vis à vis de la Reine, et non quelque chose qui est constitutif de lui même. On ne le voit pas avant, faire attention à d'autres enfants, à des orphelins dans la rue.
On remarque quelques fois qu'il se pose la question sur l'avenir de la fillette, si la donne à la Reine, mais je pense que 'les enfants de Port-Cavenas' (qui est le pivot de sa 'trahison') arrive un peu trop vite.
Après c'est un avis personnel, et mets le en lumière avec l'avis des autres.
Benebooks
Posté le 27/08/2020
Merci pour ton retour précieux ! Pour ce qui est des "enfants de port cavenas" cela n'apparaissait pas à l'origine, mais on a fait remarquer que la trahison de venzio venait trop brusquement et qu'il fallait un cheminement de pensées et une vraie justification à son geste.... du coup je ne sais plus quoi faire \0/
Filenze
Posté le 25/07/2020
Bonjour :)

Alors vraiment ces androïdes-drones téléguidés à distance me donnent une rage pas possible. Tu les a vraiment réussis!

De même que la scène de destruction dans la ville et le chamboulement que cela entraine, j'ai trouvé que c'était très très réussi. Les auberges en infirmerie, juste ça, cela nous donne une idée de l'ampleur des dégâts.
Le petit passage dans l'auberge tout au début, avant que les Arpenteurs arrivent, je l'ai trouvé un petit peu long. On sent que tu veux expliquer pourquoi Venzio s'est réfugié là et pas ailleurs, qu'il est stressé, qu'il n'a pas vraiment d'autres options, la relation avec la fillette aussi... Mais comment dire, c'est vraiment une impression personnelle, je me dis que justement ça serait l'occasion de prendre une posture narrative un peu plus descriptive et distante, pour économiser ta plume haletante quand les Arpenteur arrivent. Tu vois ce que je veux dire? (ça n'engage que moi, et franchement ça n'est pas un truc hyper important, juste une idée que je voulais te partager).

Pour les coquilles :)
Venzio poussa entièrement la plaque, et à l’aide de ses bras, sauta des égouts. Après une dernière inspection, il se pencha dans les égouts pour attraper la fillette, et la hisser jusqu’à lui. Petite répétition de égout :) peut-être supprimer le second?

pas avoir été endommagé par leur fuite contre les androïdes : leur fuite face aux androïdes? (je suis pas sure de moi pour celui là)

Maranola était sujette aux désagréments que pouvaient engendrer l’activité nocturne des animaux, notamment les oiseaux nocturnes et les rats. petite répétition de nocturne, il faudrait trouver une périphrase.

Ho Venzio… Tu crois vraiment que l’on te dit tout ? = que penses tu de "qu'on te dit tout?", comme c'est un dialogue ça rend la phrase plus orale non?

Ils s’enfuir sans demander leurs restes, rejoignant leurs camarades qui avaient déjà tous fuis. = ils s'enfuirent

Fargus se cru débarrassé de lui, à tort, puisque le mercenaire le percuta de plein fouet au détour d’une rue = se crut (j'aime beaucoup la construction de cette phrase! : D )

J’avais retrouvé l’enfant. Mais les technologues l’ont retrouvé également. Apparemment, ils ont après elle, et n’ont pas hésité à détruite la ville pour lui mettre la main dessus. = ils Sont après elle

Venzio va donc s'opposer à son Altesse, je vais voir la suite avec joie!
Benebooks
Posté le 25/07/2020
Salut !
Merci pour ce commentaire !

Concernant la fameuse scène qui te pose problème, je suis assez d'accord avec toi, il était prévu que je la modifie et que j'en fasse plutôt une scène où Venzio et la fillette commencent à tisser de premiers liens

J'espère que la suite te plaira, en plus j'ai presque fini d'écrire le roman dans son entier !
Filenze
Posté le 25/07/2020
*_* finir un roman : tu as toute mon admiration. Oui, je continue tranquillement ma lecture :D :D et ça me plait :)
Benebooks
Posté le 25/07/2020
Tu me sembles pourtant bien partie avec le tien ! Il n'y a pas de raison que ne puisse pas le finir ! courage ;)
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