Chapitre 4 - Les lettres

Par Soah
Notes de l’auteur : N'hésitez pas à me faire vos retours de fond et de forme, ils me sont toujours extrêmement précieux ! :)

— Mademoiselle Nayla, votre révérence manque d'élégance. Recommencez encore. 

Je relevai la tête vers l’instructrice, acquiesçant avec diligence. Je pris grand soin de me tenir droite, de contrôler le tremblement de mes mains qui écartaient délicatement le bas de ma robe grise puis de baisser légèrement la tête, mais pas trop. La professeure émit un petit raclement de gorge, signe que cette fois-ci, je lui avais donné satisfaction. Sans demander mon reste, je filai droit vers mon pupitre et sortis mes affaires. Dans la file des jeunes filles qui n'avaient pas encore témoigner leurs respects, je vis Claire. Je me retins de lui faire un signe, un simple échange de regard me suffit à comprendre qu'elle briguait la place à côté de moi.

Nous assistions à notre cinquième leçon pour maîtriser les lettres et selon notre tutrice, dame Ùln, nous étions toutes en bonne voie. Bien que l'apprentissage n'était pas toujours une chose aisée, j'appréciais la douce fatigue qui s'installait dans mon corps après avoir travaillé. Et, par-dessus tout, je n'avais pas envie de décevoir lady Agn. Je lui avais fait une promesse et je comptais bien la tenir, c'était une question de fierté. 

— Salut, chuchota Claire, profitant du grincement de son pupitre lorsqu'elle l'ouvrit. 

Je lui répondis d'un petit signe de la main et d'un sourire que je le voulais le plus discret possible – les bavardes étaient sévèrement punies en classe. D'une légère poussée, je fis rouler ma plume sur le bord du bureau. Un léger tremblement de la jambe la fit tomber, me permettant de me pencher dans la direction de mon amie. 

— Ca va ? demandai-je dans un souffle, on mange ensemble ? 


Je me redressai rapidement, affûtant à nouveau le bout de la plume, comme si de rien n'était. Claire se contenta de replier son petit doigt ainsi que son annulaire sous sa paume : c'était le code que nous avions convenu pour dire oui. Mon cœur se mit à battre un peu plus fort et je sentis le sang affluer vers mes joues. Claire était ma première vraie amie et la découverte de ce lien, de ce qu'il impliquait, me faisait toujours extrêmement plaisir. Même les plus petites choses, comme la promesse d'un déjeuner partagé, me mettait en joie. Soudainement, les talons de la professeure claquèrent contre le bois de l'estrade depuis laquelle elle donnait la classe. La dernière des apprenties se hâta vers un pupitre de libre. 

— Si vous le voulez bien, mesdemoiselles, nous allons commencer la leçon du jour, déclara-t-elle en balayant l'assemblée de son regard sévère. 

Baguette de bois en main, lèvres pincées, la professeure nous considéra ainsi pendant quelques secondes avant de se retourner vers le tableau noir. Elle traça avec soin les lettres et runes du jour que nous devrions copier et apprendre. Elle expliqua soigneusement la prononciation de chacun des symboles et présenta les combinaisons possibles avec ce que nous savions déjà. Une fois la présentation faite, nous nous penchâmes toutes sur nos pupitres pour commencer à écrire dans le plus grand des silences. 

Les premiers tracés furent fastidieux, mais mon poignet se délaya petit à petit. Je me concentrais pour ne pas faire de taches malheureuses avec l'encre. Je n'aimais pas que mes exercices soient sales et j'appréciais encore moins de recevoir des remarques à ce sujet. Claire était moins rigoureuse, mais également plus imaginative, elle trouvait toujours une histoire a raconter avec les petits accidents qui parsemaient ses feuilles. 

— Puis-je voir vos exercices, mesdemoiselles ? 

Prise par surprise, je manquai de faire tomber une grosse goutte sombre sur le vélin. La professeure Ùln se tenait à mes côtés, me surplombant de toute sa hauteur. Après avoir dégluti, je reposai la plume dans son écrin, puis cherchais ce qui m'avait été demandé. Claire fit de même, un air étrange sur le visage : les joues de mon amie étaient légèrement rouges et son regard fuyant. 

— Vous devriez accentuer les déliés sur cette ligne, Nayla. Celle-ci manque de précision et celle-là également. Vous referez quatre rangés de chaque en plus de vos lignes du jour. 

— Oui, madame. 

L’institutrice me rendit ma petite liesse de feuille et je notai dans un coin de mon esprit que j'avais des devoirs en plus. Cependant, j'étais heureuse de voir cette charge de travail supplémentaire diminuer progressivement avec le temps, cela voulait dire que je progressais. Au tout début des leçons, j'avais tellement de choses à refaire que j'avais passé de longues heures à veiller, assise à mon bureau, avec une bougie et un lait chaud pour seul compagnie, pour tout finir à temps pour le lendemain. Je repris mon ouvrage après avoir soigneusement fixé la façon dont les lettres étaient dessinées sur le tableau. J'allais tremper ma plume dans l'encre lorsque les deux mains de la professeure cognèrent contre le bois du bureau voisin. 

— Décidément, c'est une maladie chez vous ! Qu'est-ce qui vous prend à tout le temps écrire de cette main-là ? Vous n'arriverez jamais à écrire des courriers digne de ce nom comme ça, regardez donc ce que vous me rendez, c'est du travail de cochon ! 

Claire baissa les yeux tandis que dame Ùln laissait tomber la liasse d'exercice sur son bureau. Aucune lettre n'était vraiment jolie et lorsqu'elles étaient correctement formées, l'encre avait bavé comme si on l'avait frotté avant qu'elle ne puisse sécher. À plusieurs reprises j'avais déjà vu ma voisine prendre sa plume de la main gauche et non de la main droite comme on nous l'avait enseigné lors des premiers cours. 

— C'est juste que... commença Claire d'une petite voix. 

— C'est juste que rien du tout ! À genoux sur l'estrade ! tonna l'instructrice en faisant siffler sa baguette dans cette direction. 

Ma gorge se serra tandis que je vis mon amie se lever et se diriger vers le devant de la salle. Normalement, je ne devais pas regarder, faire comme si de rien n'était et me concentrer sur ce que j'avais à faire. Mais je ne détournais jamais le regard lorsqu'elle était punie, tout comme elle ne m'abandonnait pas lorsque c'était moi qui étais à cette place. Claire prit place à genoux et tendit les mains en avant. Un premier coup zébra l'air et s'abattit sur ses doigts. Elle se mordit les lèvres pour ne pas crier. 'Courage' articulai-je silencieusement, le ventre noué, tandis que la professeure armait son deuxième coup. Nous ne nous quittâmes pas du regard pendant toute la punition. Dame Ùln lui attacha ensuite le bras gauche dans le dos puis l'envoya à nouveau à sa place. Ce n'est qu'à ce moment-là, qu'elle se permit de laisser échapper quelques larmes silencieuses, mélangeant eau et encre sur son parchemin. 

D'autres filles eurent le droit de recevoir une correction, celles qui avaient l'audace de se plaindre recevaient cinq coups de plus par jérémiades. Je m'estimai réellement chanceuse de ne pas être à leur place aujourd'hui. Soudain, on toqua à la porte, suspendant dans un silence presque religieux la punition d'une élève. Lady Noïra suivit de son assistante fit son entrée. Nous nous levâmes de nos chaises pour la saluer, comme le voulait l'étiquette. Notre professeure, quant à elle, se fendit d'une révérence impeccable.

— Dame Ùln, je suis navrée d'interrompre votre leçon, néanmoins j'ai une nouvelle des plus importantes à faire parvenir à vos élèves, déclara-t-elle en s'avançant vers l'estrade.

— Je vous en prie, répondit la concernée en laissant sa place. 

La gamine qui était punie fut relâchée et rejoignit son pupitre, elle bénissait sans doute l'arrivée inattendue de l'intendante. En tout cas, c'est ce que moi j'aurais fait.

— Mesdemoiselles, je suis venue vous annoncer que la date de la cérémonie vous octroyant vos noms d'adulte a été fixée. Sa majesté notre reine ainsi que moi-même avons enfin statué sur chacune d'entre vous.

Un silence balaya la classe suite à cette déclaration. J'échangeais un regard avec Claire, l'excitation couvait dans ses pupilles rougies par les pleurs. En abandonnant nos prénoms d'enfants, nous devenions des membres à part entière de l'organisation : à moins d'une faute grave, nous ne pourrions plus être répudiées ou dégradées au rang de servantes du castel. 

— Vous serez présentée à notre roi ainsi qu'à son épouse et bien entendu à la cour royale lors de cette occasion, dans un mois lors de la pleine lune. Je compte sur chacune d'entre vous pour avoir un comportement irréprochable d'ici-là.

Un frisson extatique fila dans l'air, nous nous retînmes de faire le moindre bruit quand bien-même cela nous démangeait, comme un chien lutterait avec des puces. Le regard de l'intendante nous détailla toute et je crus voir un léger sourire s'esquisser sur ses lèvres lorsque ses yeux rencontrèrent les miens. Lady Noïra déclara qu'il était temps qu'elle prenne congé, salua poliment notre professeure et quitta la salle. Madame Ùln poussa un soupir, marmonnant des choses à propos de l'enseignement des bonnes manières et légèrement contrariée, car elle savait qu’a présent, il nous serait presque impossible de nous concentrer sur nos lignes d'écriture. Et elle avait raison. Une énergie malicieuse s'était glissée dans chacune de nous tant et si bien que l'heure du déjeuner fût avancée. 

— Nayla, restez deux minutes avec moi, je vous prie, déclara la professeure alors que j'allais passer la porte. 

— Bien madame, répondis-je en adressant une grimace peu rassurée à Claire. 

Mon amie déclara qu'elle m'attendrait dans le couloir, mais cela ne me rassurait pas pour autant. Dame Ùln attendit que tout le monde soit sorti pour pleinement reporter son attention sur moi. Je déglutis un peu, inquiète de ce qui allait être dit : avais-je eu un mauvais comportement ? Allais-je être punie ? 

— Bien que vous soyez une élève appliquée, vous avez encore beaucoup de lacunes. Ces lacunes ne peuvent porter préjudice à notre cheffe, êtes-vous d'accord mademoiselle ? demanda-t-elle, les lèvres légèrement pincées. 

Je hochais la tête, je ne pouvais qu'être d'accord avec elle. Je faisais de mon mieux, mais ce n'était sans doute pas suffisant. 

— Je vais donc prendre la liberté de vous donner des cours particuliers après les heures de classes journalières. Les erreurs de vos camarades ne seront pas un poids pour elle, tout au plus des anecdotes charmantes. Mais pour vous, en tant que personne choisie par notre reine, ce n'est pas la même chose. Vous comprenez ? 

— Oui. 

En réalité, je ne comprenais pas vraiment. Jusqu'a présent, aucun adulte ne m'avait traité différemment des autres aspirantes, que ce soit nos professeurs où même les gardes du palais. Même au sein du groupe que nous formions, personne ne semblait s'intéresser au fait que lady Agn avait porté son choix sur moi. Certaines m'enviaient sans doute les privilèges qui m'avaient été accordés, comme le fait d'avoir ma propre chambre, mais personne ne verbalisait publiquement la chose. Toutefois, l'institutrice sembla apprécier ma réponse et me congédia d'un geste de la main. 

— Alors ? Qu'est-ce qu'elle te voulait ? Les portes sont trop épaisses pour entendre correctement ! déclara Claire en fonçant sur moi. 

Elle passa son bras sous le mien juste avant de commencer à me tirer vers le réfectoire. Un gargouillement offusqué s'extirpa de mon ventre puis du sien, nous provoquant un éclat de rire trop rare entre ces murs. 

— Je vais devoir assister à des cours supplémentaires, à cause du fait que... Enfin, tu vois. 

Je n'aimais pas dire que j'étais la disciple officielle de la reine des Corbeaux. Être mise en exergue ne me plaisait guère. Et puis même si je n'avais pas envie de décevoir lady Agn, depuis la nuit où elle m'avait choisie, je ne l'avais pas revue. Et ce, malgré la proximité de nos chambres respectives. Je ne me sentais donc pas encore étroitement liée à elle, son importance ne m’éclaboussait pas encore d'une manière significative. Cela dit, je ne me plaignais pas de cette situation distante : l'idée d'être seule en tête-à-tête avec ce regard me glaçait le sang. 

— Je suis bien contente de ne pas être à ta place alors ! J'en ai assez de recevoir des coups sur les doigts pour un oui ou pour un non ! soupira Claire en roulant légèrement des yeux. 

C'est sur ses mots que nous poussâmes la porte de la salle à manger. Le temps du déjeuner était un des rares moments où nous pouvions nous mêler au reste de la vie du château. Gardes, employés, résidents du château et Corbeaux venaient tous pour profiter du savoir-faire des cuisinières. On pouvait même croisé la famille royale, ponctuellement, disait-on. De longues tables en bois étaient dressées et la couleur des nappes désignaient l'endroit où chacun devait prendre place. Un joyeux brouhaha composé de discussions animées et de ragots animait la salle. Au fond de la salle, tout prêt de la table des notables, notre classe était déjà attablée. Les plats circulaient avec entrain parmi les convives sous l'œil légèrement critique de Corbeaux plus âgées. 

Aussi discrètement que possible, nous nous assîmes au bout d'un banc. Contrairement à d'autres filles de ma classe ou Claire, je ne remplissais jamais mon assiette de beaucoup de nourritures. Les vieilles habitudes avaient la vie dure avec moi : même si cela faisait plusieurs mois que j'avais quitté Sessrùn, mais je n'oubliais pas que là d'où je venais, la nourriture n'était pas acquise. Je songeai à ma mère, me demandant si elle avait pu récolter tout ce que nous avions semer avant mon départ. Peut-être déjeunait-elle aussi, en ce moment-même, dégustant un peu de viande séchée et les premières pousses de pissenlit. J'avais hâte de parachever mon apprentissage de l'écriture pour lui envoyer des nouvelles à elle, mais aussi à Yda. 

— Nayla, tu rêves ? me demanda Claire en tirant sur ma manche.

— Pardon, tu m'as dit quelque chose ? articulai-je en relevant le nez de mon assiette. 

— Rien d'important, a quoi tu pensais ? À la fête qui arrive ? Oh, comme j'ai hâte ! Il paraît qu'on verra même les princes !

— Je pensais à ma mère, elle me manque un peu... avouai-je en grignotant un morceau de salade. 

— Si tu te plais pas ici, tu peux toujours retourner dans ton trou paumé ! Personne ne te retient, fayote ! siffla Mira, une de nos proches voisines de table.

Je plissai le nez, prête à répondre quelque chose, mais ma cible avait déjà reporté son attention sur autre chose ou quelqu'un d'autre. Claire tendit la main vers moi et serra mon avant-bras doucement. 

— Ne fais pas attention à elle, moi aussi ma famille me manque parfois. 

— Merci, répondis-je d'une voix laconique. 

Je savais que Claire mentait, sa famille ne lui manquait pas le moins du monde. Lors de nos premiers jours ensemble, elle m'avait dit être née dans une région un peu plus à l'ouest de la capitale, dans une famille pauvre. Elle était la troisième enfant d'une fratrie de sept filles. Sa mère était, d'après mes souvenirs quelqu'un de gentil, mais son père, lui, n'avait pas été tendre avec elle ou ses sœurs. Ainsi, Claire avait vu l'opportunité de devenir une Corbeau comme une façon de gagner sa liberté. Si elle avait été une gamine normale, l'année prochaine elle aurait déjà été mariée à un type de son village contre une dote. Même devenir servante pour récurer les latrines valait mieux que de rester là-bas, m'avait-elle dit. 

— On devrait se dépêcher, les cours reprennent bientôt ! Tu ne finis pas ta volaille ? s'exclama mon amie en lorgnant sur mon assiette. 

— Non, vas-y si tu la veux. 

La fin de ma cuisse de poulet voyagea de mon assiette à la sienne sans attendre. Même si je savais que je ne devais pas y prêter attention, l'intervention de Mira m'avait coupé l’appétit. Je laissai mon regard traîner dans la salle, la grande horloge indiquait en effet que le déjeuner était sur le point de se terminer. Mon attention fut ensuite accrochée par le visage familier d'un garde, celui qui m'avait accompagné jusqu'au bureau de Lady Noïra. Si je me souvenais bien de son nom, il s'appelait Bromn. Au milieu de sa conversation animée, il détourna le regard vers moi et me décocha un sourire. Lui non plus ne m'avait pas oubliée. Savoir que j'avais un autre allié en plus de Claire me donnait du baume au cœur. Je rangeai avec soin mes couverts avant de quitter la table, suivant le reste des élèves vers la salle de classe. 

L'après-midi était généralement consacré aux connaissances générales à propos du monde. J'aimais tout particulièrement ces cours car ils étaient dispensés par un prêtre du nom d'Alm, un érudit d'un autre pays. Cependant, bien qu'il fût né sur une autre terre, il connaissait notre histoire et nos traditions sur le bout des doigts, qu'il nous contait avec son accent chantant. Il était également le seul homme autorisé à nous instruire. Notre enseignant n'aimait guère nous faire classe d'une manière classique, ainsi nous abandonnions toujours nos plumes et pupitres en bois pour former un cercle autour de lui. Lorsque la fantaisie le prenait, nous allions même parfois faire classe dans les jardins. Aujourd'hui, le cours se déroulait sur les tapis moelleux de la grande bibliothèque du château. 

— Le salut à toutes mes chères petites. Qui peut me rappeler ce dont nous avons parler la dernière fois, hum ? demanda-t-il en nettoyant ses bésicles à l'aide de sa robe.

Presque toutes les mains – dont la mienne, se levèrent avec enthousiasme. Le prêtre considéra chaque paume en l'air avec un sourire avant de se poster devant une élève. Il l'invita a parler d'un mouvement de la tête. La jeune fille, Ewa, si je me souvenais correctement de son prénom, se leva et se plaça au centre du cercle tandis qu'Alm prenait sa place. 

— Nous avons parlé du père de notre Roi, Teodor III dit 'Le Boucher' et des grandes guerres qu'il avait mené pour étendre le royaume des Os. Vous nous avez également parlé de Zamarad, le pays qui se trouve au-delà de la Mer Déchue. 

— Ma foi, c'est exacte ! Bravo. Tu peux retourner à ta place. Qui peut me dire comment se nomme la personne qui gouverne ce pays, Nayla ? 

— Le sultan Sal'im IV dit le 'Chasseur', il est le fils du sultan Ahmet II, répondis-je après avoir prit place au centre du cercle. 

— Excellent ! Puisque nous savons tous cela et que j'ai ouï dire que vous avez reçu une bonne nouvelle aujourd'hui, que pensez-vous d'un peu d'histoire des Corbeaux ? 

Il trouva la réponse à sa question dans nos yeux brillants de curiosité. Il esquissa un sourire avant de demander à un garde de lui apporter un fauteuil. Une fois confortablement installée, la magie de l'histoire pouvait advenir. 

— Je suppose que comme toute bonne histoire, il faut la commencer par le tout début, n'est-ce pas ? Savez-vous comment est né votre sororité et pourquoi votre cheffe est-elle désignée sous le nom de reine bien qu'elle ne gouverne pas ? 

C'était une excellente question, je n'y avais jamais prêté attention jusqu'alors. Cela dit, il était vrai que lady Agn était désignée sous ce titre alors que nous n'appelions jamais l'épouse de notre roi, 'la reine'. Un rapide coup d'œil sur les autres membres du cercle m'indiqua que je n'étais pas la seule à ne pas avoir la réponse. 

— L'Histoire raconte qu'il y a très longtemps, un roi du pays des Os prit comme épouse une femme aussi belle que le jour et mystérieuse comme la nuit. Le pays était encore une jeune pousse parmi les grands de ce monde et son choix surprit tout le monde : la personne sur qui le suzerain avait jeté son dévolu était une roturière. Cependant, les années passantes, cette reine certes avenante et d'une rare intelligence ne put lui donner un enfant... 

Le prêtre laissa planer un silence à la fin de sa phrase, un artifice bien inutile car toute l'assistance – et même les gardes qui se trouvaient là, était déjà conquise par la mise en bouche de l'histoire qu'il racontait.

— On fit venir médecins, rebouteuses, prêtres étrangers et chamanes : tous avaient la même réponse, la souveraine était stérile. Dévastée par la nouvelle, la reine décida de marquer le deuil d'un enfant qu'elle ne verrait jamais et commença à s'habiller en noir. La nouvelle de son ventre froid se répandit dans tout le royaume et les complots visant à renverser le jeune roi, déjà nombreux, se multiplièrent. 

Mon cœur se serra un peu, j'éprouvai de la compassion pour l'ancienne reine. Je ne réalisais pas vraiment la réalité de la condition que nous partagions ; mais être subitement amputée de cette possibilité tandis que l'on appelait un enfant de ses vœux les plus chers, devait être une chose terrible.

— La reine décida alors de renoncer au roi. Bien qu'elle l'aimait de tout son cœur, elle ordonna au monarque d'annuler leur mariage et de prendre une autre épouse, une femme qui pourrait offrir un héritier au trône des Os afin d'assurer la stabilité du royaume. La mort dans l'âme, le roi s’exécuta... Mais prit la décision de ne pas totalement renié son ancienne compagne, car il avait une absolue confiance en son jugement.

Il suspendit le récit pendant quelques secondes, le temps qu'un imperceptible sourire soulève les commissures de ses lèvres devant toutes nos mines concentrées et avides de la fin de l'histoire. 

— Il décida également par respect pour cette dernière, que sa nouvelle épouse ne porterait pas le titre de reine. On raconte que la première Reine et l'antique roi s'aimèrent pour le restant de leur vie, sans pour autant pouvoir se toucher par égard pour sa nouvelle épouse. C'est également pour cela que les Corbeaux sont destinées à rester célibataires, en l'honneur de la toute première femme qui a porté les ailes noires. Néanmoins, la légende ne dit pas comment l'organisation a été créée, ni comment le sang sombre a été découvert... Et votre reine ne souhaite pas me confier ces secrets, malheureusement !

Je baissai le nez vers mes vêtements sombres, qui aurait cru qu'une histoire aussi tragique pouvait être à l'origine de traditions maintenant séculaires ? Quelques jeunes filles dans l'assemblée poussèrent un soupir, trouvant que c'était un récit terriblement romantique. Loin de trouver quelconque beauté dans ces malheurs, je me fis la promesse silencieuse de ne jamais tomber amoureuse pour ne pas avoir a connaître le même chagrin que la reine d'antan.  

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Zig
Posté le 15/04/2020
"je notai dans un coin de mon esprit que j'avais des devoirs en plus." : Alors... petit conseil... toujours marquer dans son agenda, TOUJOURS (*toussote* déformation professionnelle).

Alala... le bon vieux temps... comme je le regrette... (:D)

Plus sérieusement : c'est très malin, comme manière d'amener plus d'informations au lecteur. Je trouve ça rondement mené, et on en apprend davantage sur l'univers sans que ça fasse encyclopédie ou lourd résumé indigeste.
Les dialogues sont tellement naturels... cay une merveille.

Ici encore, j'ai trouvé quelques défauts dans le début (des phrases trop longues, des répétitions), mais ça disparaît assez rapidement... C'est marrant, j'ai vraiment l'impression que tu t'échauffes avant de monter en puissance xD

Sinon... l'ambiance globale me fait beaucoup penser à L'Assassin Royal (tout en s'en écartant beaucoup !), étant donné que c'est une série que j'adore d'un amour sans bornes... forcément... j'adore aussi La Reine des Corbeaux.

D'ailleurs, j'ai aussi kiffé le mythe mis en place... très jolie histoire cohérente, poétique et intrigante.

Je ne suis vraiment pas déçue d'avoir mis le nez ici !
Soah
Posté le 17/04/2020
L'Assassin Royal est une de mes références pour ce roman, du coup, je pense que ça se sent un peu pour ceux qui connaissent :p
Je suis touchée que tu remarques que je fais beaucoup d'efforts pour intégré naturellement du WorldBuilding ! xD C'est pas facile de réussir à faire passer la pilule sans briser le contrat d'immersion TT--TT"

Mon petit coeur dokidokite à l'idée que tu passes un bon moment, merci <3
Alice_Lath
Posté le 05/04/2020
Oooh, sacré apprentissage. N'empêche, la pauvre, je suis un peu dépitée que les origines de l'histoire soient aussi patriarcales huhu attention, ça tombe très bien, c'est très bien amené, juste mon côté de goût personnel qui a envie de dire: GO NAYLA, DEFONCE LES TOUUUS! (wesh un ptit côté croisades je sais huhu). J'aime aussi beaucoup retrouver les apprentissages stricts de l'époque, avec un cadre très bien décrit, et toujours ce vocabulaire.... eh ben, j'apprécie toujours autant!
Soah
Posté le 07/04/2020
L'univers de la Reine des Corbeaux est vachement patriarcale, c'est assez fait exprès. A la base, l'idée de cette histoire m'est venue à propos d'une conversation sur le fait que dans certaines cultures les filles étaient envoyées à l'écart quand elles avaient leurs règles... Du coup, je me suis dit "mais qu'est-ce que ça ferait si y avait tout une culture de l'enfantage importante et qu'il y a des pauvres nanas qui peuvent pas?" ; le but c'est un peu de pointé combien ça peut être cruel le monde envers les femmes de tous horizons.
Mais Nayla, elle défoncera tout, voyons ! :'D
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 04/04/2020
Coucou Soah !

Voici un chapitre qui fait un office de bloc d'information dans la narration.
Je l'ai trouvé interessant car il apporte du contexte historique dans ton monde.

Pardonne-moi si je suis passée à côté de l'info mais, même si on se doute que Nayla a quelque chose de spécial puisque c'est son PDV, j'ai l'impression qu'on ne sait pas trop ce qu'elle a de plus que les autres. Un peu comme si c'était un peu trop facile pour elle. Mais il y a peut-être un truc que je n'ai pas bien compris. Si tu veux bien m'éclairer, sauf si ça me spoile bien sûr lol

A très vite sur les chapitres suivants :)
Soah
Posté le 04/04/2020
Coucou Petra !
Merci d'être toujours là ! <3

C'est tout à fait volontaire que l'on ne sache pas pourquoi elle a été choisie. C'est quelque chose qui est expliqué dans des chapitres plus lointains :) Du coup, c'est tout à fait normal que ça te semble "facile" : c'est entièrement voulu !

A bientôt ~
Sami
Posté le 22/03/2020
C’est très bien écrit, on dirait que je lis un vrai bouquin ! C’est du haut niveau, bravo !
J’aime beaucoup l’histoire : très captivante avec des personnages qui semblent vraiment réels.
La seule chose qui me dérange c’est le texte non justifié. :-)
Soah
Posté le 04/04/2020
Hello Sami !
Désolée je n'avais pas vu ton commentaire avant, j'espère que tu me pardonneras ! :)
Je suis ravie que tu apprécies mon histoire et je suis touchée par tes compliments.
Je ne sais pas si l'on peut justifier le texte sur PA, mais je tâcherais d'y penser à l'avenir :)
Merci encore.
Litchie
Posté le 24/02/2020
Hello !

J'aime bien la relation amicale entre Claire et Nayla. C'est doux, c'est simple, je sens que ça va mal se terminer XD. Comme Audrey-Lys, je trouve juste dommage le côté un peu "cliché" des deux professeurs (l'une très sévère et adepte des punitions et l'autre très ouvert et court inhabituel etc.). Mais ça reste un bon chapitre :D Quelques petites coquilles :

 Dans la file des jeunes filles qui n'avaient pas encore témoigner leurs respects, je vis Claire. --> Témoigné
 On pouvait même croisé la famille royale --> Croiser
 a quoi tu pensais ? --> à
 c'est exacte ! --> Exact
 Mais prit la décision de ne pas totalement renié son ancienne compagne
--> Renier
Soah
Posté le 25/02/2020
Coucou :D
Haha, Claire et Nayla, c'est assez... Spécial, on va dire ! Mais je n'en dit pas plus c:
Je note que le côté très manichéen des deux professeurs est peut-être gênant ><" Lors de la réécriture, j'essayerais de mettre plus de nuances là-dedans !

Merci pour les coquilles, si vilaines et méchantes à mon coeur <3
AudreyLys
Posté le 04/09/2019
Coucou^^
J'ai bien aimé ce chapitre. Il expose bien le quotidien de Nayla et a un rythme doux (même si ce n'est pas mon truc mais c'est purement personnel). J'aime aussi la manière dont tu oppose deux méthodes d'apprentissage et dont tu défends la seconde, même si la première me parait un peu trop caricaturale.
J'ai repéré quelques coquilles :
-mais mon poignet se délaya -> délia
-Le regard de l'intendante nous détailla toute -> toutes
-car elle savait qu’a présent -> à
-Être mise en exergue ne me plaisait guère. Et puis même si je n'avais pas envie de décevoir lady Agn, depuis la nuit où elle m'avait choisie, je ne l'avais pas revue. -> "guère" me parait trop soutenu pour le reste du texte, je mettrais tout simplement "pas". La phrase suivante est pour moi mal formulée, je pense que le "même" est en en trop, je mettrais "Et puis je n'avais pas envie de décevoir Lady Agn. Depuis la nuit où elle m'avait choisie, je ne l'avais pas revue."
-On pouvait même croisé la famille royale -> croiser
-elle aurait déjà été mariée à un type de son village contre une dote. -> alors il me semble que ce sont les parents de la fille qui donne la dot (sans e)
-que j'ai ouï dire -> ouïe (il me semble)
-mais être subitement amputée de cette possibilité tandis que l'on appelait un enfant de ses vœux les plus chers -> je trouve cette fin de phrase mal formulée.

Autre chose : je trouve que le prénom de l'amie de Nayla, Claire, détonne vraiment au milieu des autres. Il fait très francophone (et est commun en plus) au contraire de Nayla, Noïra, Agn et Hida. Tu fais ce que tu veux bien sûr mais je trouve que ce serait bien de changer ce nom.

Voilà c'est tout. À bientôt et bonne continuation^^
Soah
Posté le 05/09/2019
Piou piou !
Merci d'avoir prit le temps de me laisser un petit mot ! :D
Après le début punchy, j'essaie de temporiser les évènements, que l'univers soit bien à plat ; mais les prochains chapitres sont un peu plus énergiques ! Après c'est vrai que la Reine des Corbeaux, c'est un roman beaucoup plus "posé" que Givre par exemple !
Quant aux méthodes, malheureusement, c'est quelque chose qui se faisait beaucoup à une certaine époque - pas de mon temps, mais du temps de mes grands-parents. Je n'invente hélas rien ^-^"

Merci pour les coquilles et les notes ! Je me pencherais dessus dés que je peux.


C'est vrai que ça fait un peu franco-français comme prénom ; je pourrais sans doute juste alterner l'orthographe de Claire pour lui donner un petit côté plus... "fantastique" ? c'est vrai que je n'y avais pas songé.

Merci beaucoup à toi :D
AudreyLys
Posté le 05/09/2019
Piooouuuu
Oui je sais que ça se faisait beaucoup... je voulais dire que vu que le chapitre présente clairement une bonne et une mauvaise méthode d'éducation (en tout cas elles sont jugées ainsi) ça pourrait être moins caricaturale... évidemment tu fais ce que tu veux, si tu estimes que ça doit être ainsi, je m'incline

Hum tu pourrais essayer des variantes comme Chiara, Clarisa, Klara, Clarie... Personnellement je trouve que Clarisa lui va bien.
Sorryf
Posté le 24/08/2019
Chouette, la suite!
L'apprentissage est pas tres fun et je plains la pauvre gauchère. Mais c'est super que l'heroine se sour fait une amie \o/
J'ai bien aimé l'histoire de l'origine de la reine des corbeaux!
Soah
Posté le 25/08/2019
Contente de lire que tu es toujours là pour me lire, ça me fait vraiment plaisir, comme toujours ^v^/

Je suis aussi contente que ça t'ait plus ! J'ai encore 3 ou 4 chapitres d'avance ! Mais il va falloir que je me dépêche un peu ! xD
Et que je me mette au plan de Givre ! ;n;
Flammy
Posté le 23/08/2019
Coucou !

Bon, j'ai lu la suite d'une traite dans les transports en commun, du coup, j'ai pas pu trop prendre de notes, désolée ^^" Notamment, dans chaque chapitre, il doit y avoir deux/trois fautes où tu te trompes d'homonymes ou tu mets des mots qui ont une prononciation très proche. Si j'ai le courage, j'irai essayer de les retrouver ^^

Sinon, que dire de plus ? J'ai vraiment beaucoup aimé ma lecture ! Le voyage jusqu'à la capitale, le recrutement, les premiers cours... Ca se lit vraiment tout seul et c'est vraiment intéressant ^^ Pour la cérémonie, je me doutais qu'il se passait quelque chose, mais passer directement à la position d'apprentie reine =o C'est du rapide ! Je serais curieuse de savoir ce que l'intendante a décelé pour donner ce conseil à la reine.

D'ailleurs, j'aime beaucoup la légende autour de la première Reine, et le fait que l'épouse du roi ne soit pas Reine. Ca donne vraiment de la consistance et une histoire à tout monde ^^ Et en même temps, il n'y a pas que ça, je trouve qu'il y a beaucoup de détails qui rendent le monde vivant, et pour ça chapeau !

Bref, je suis curieuse d'en savoir plus et de voir cette fameuse cérémonie, ne serait-ce que pour avoir le nouveau nom de Nayla ^^

Bon courage pour la suite. Pluchouille zoubouille !
Soah
Posté le 25/08/2019
Coucou Flammy !

Ne t'en fais pas pour les notes ! Je suis contente que tu aies lus le tout d'une traite - quelque part, ça veut dire ça t'a plut, non ? :D
Je suis désolée pour les fautes, je suis une grande étourdie et ma capacité de relecture est pas folle ! ^--^""

Ca me fait réellement plaisir ce que tu me dis ! Et je vois que certains mystères que j'ai voulu distillé accroche un peu l'oeil à la lecture :D

Merci beaucoup et j'espère que les prochains chapitres continuerons de te plaire!

Un énorme merci pour ton soutien, tes commentaires et ton avis. Ca m'est vraiment précieux.
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