Chapitre 4 : Herman - Coup de foudre pour un athlète

« Every breath you take and every move you make
Every bond you break, every step you take, I'll be watching you
Every single day and every word you say
Every game you play, every night you stay, I'll be watching you

Oh, can't you see you belong to me
How my poor heart aches with every step you take
Every move you make, and every vow you break
Every smile you fake, every claim you stake, I'll be watching you »

Every breath you take, The Police

 

Arthur faisait partie du passé, j’avais la tête libre pour me concentrer sur la fin de mes études. J’ai terminé un stage de six mois et j’ai enchainé avec un autre de quatre mois tout en terminant la rédaction de mon mémoire pour l’obtention de mon diplôme.

L’année 2015 a marqué un véritable tournant dans mes relations avec les hommes. Pendant longtemps, Maman m’a encouragé à faire des rencontres, faire des expériences, explorer le champ des possibles. Elle voulait que je profite de ma jeunesse au lieu de me fixer trop vite dans une relation. En 2015, c’était chose faite. Je n’ai jamais fait autant de rencontres « amoureuses ». Je n’ai pas abordé cette année en me disant que j’allais en « profiter » sans m’attacher à qui que ce soit, c’est juste que mon chemin a croisé des personnes qui ne sont pas restés dans ma vie. Je ne te parlerai pas de tous mes amours transitoires, mais seulement des plus marquants, dont Herman, un athlète professionnel expatrié qui provoquera en moi un grand déclic.

Mon diplôme en poche, j’ai obtenu un CDD de six mois en tant qu’assistante de communication. J’étais heureuse de débuter dans la vie active sans passer par la case demandeur d’emploi. Mais j’ai vite déchanté car c’était loin d’être ce que j’imaginais pour mon premier emploi. Je me sentais surqualifiée, je m’ennuyais et craignais que cette expérience ne constitue un frein à mon évolution future. J’avais accepté en pensant que je n’irais pas jusqu’à la fin du contrat car en parallèle j’étais dans un processus de recrutement avec une entreprise internationale du secteur des boissons. Après un mois et demi d’entretiens et une étude de cas, je n’ai pas été retenue face à une candidate qui avait postulée en interne. J’étais tellement sûre d’être choisie que j’ai vécu ce refus comme un véritable échec personnel. J’étais rejetée par l’entreprise pour laquelle je rêvais de travailler depuis des années et devais me résigner à exécuter des missions que je jugeais abrutissantes par rapport à mon niveau d’études et mes capacités. J’avais le sentiment de ne rien valoir et j’ai commencé à déprimer. Je n’avais plus goût à travailler et envie de pleurer à chaque fois que l’on me confiait une tâche. Ne pouvant pas rester ainsi pendant six mois, j’ai décidé de me faire accompagner par un psychologue, Greg.

Cette thérapie a été la démarche la plus bénéfique de ma vie. J’avais 26 ans, en quelques mois j’étais passée d’étudiante à jeune diplômée puis jeune active. Une redéfinition de mon identité qui marquait le début d’un nouveau chapitre dans ma vie, une étape dont je rêvais depuis l’adolescence.  Je touchais enfin un vrai salaire, j’étais beaucoup plus libre. Toutefois, le rejet de ma candidature m’avait totalement ébranlé. Durant les six mois de consultation, j’ai appris à différencier l’estime de soi, de la confiance en soi et l’affirmation de soi. J’ai découvert que j’avais une basse estime de moi-même, je ne me donnais pas assez de valeur. Je me trouvais nulle, pas assez bien ce qui était à l’époque l’entreprise de mes rêves. Comme si c’était un club privé dont je n’avais pas droit à l’accès. Je manquais également de confiance en moi, même si grâce au Jiu Jitsu j’avais réussi à investir mon corps et avoir beaucoup moins peur du monde, je gardais de nombreux doutes quant à mes compétences et mes capacités à faire certaines choses. Enfin, j’avais de grandes difficultés à m’affirmer, surtout lorsqu’il s’agissait de dire non. J’ai donc compris que si j’étais si affectée par ce recrutement raté et mon poste sous qualifié, c’était parce que je m’identifiais à ce que je faisais. J’étais mon métier, je trouvais mon métier nul, j’étais nulle. Ce qui au fond n’est pas totalement de ma faute. En effet, à la question « Que fais-tu dans la vie ? » tout le monde répond « Je suis nom du métier ». Or ce n’est pas le cas, mon métier c’est ce que je fais, pas ce que je suis. Ma valeur est ailleurs, elle dépasse tout ce que je peux faire aujourd’hui ou que j’ai pu réaliser avant. Si un jour je ne fais plus ce métier, la personne que je suis et la valeur que je me donne ne doivent pas changer. À partir du moment où j’ai compris cela, grâce à Greg, je ne me suis jamais plus dévalorisée. Bien sûr, ça ne s’est pas fait en un jour, c’est un processus de plusieurs années, mais je m’efforce chaque jour de n’avoir que des paroles bienveillantes à mon égard.

Greg m’a aussi aidé à assumer ma féminité. Entre 2013 et 2015, j’ai pris conscience que je suscitais du désir sexuel sans qu’il y ait de sentiments amoureux derrière et me retrouvais face à des comportements que je ne savais pas gérer, comme avec Viktor.

Cela faisait deux ans que j’étais hôtesse d’accueil au sein d’un club sportif et j’avais eu l’occasion de croiser de nombreuses personnalités plus ou moins importantes. En autre, j’ai eu l’occasion d’aller prendre un verre avec un comédien qui après avoir passé une heure à ne parler que de lui ne m’a plus jamais recontacté. Je reconnais que j’étais très intimidée par lui et que je ne savais pas vraiment quoi lui dire. Il devait probablement s’ennuyer et c’est pour cela qu’il a meublé la conversation en ne parlant que de sa vie d’artiste. Rien de traumatisant, mais son intérêt pour moi avait eu le mérite de gonfler mon égo à l’époque. J’étais déçue qu’il ne me laisse pas une autre chance, mais j’ai compris plus tard qu’il n’était pas célibataire comme il le prétendait.

Grâce à ce job d’hôtesse, j’ai eu également l’occasion de sympathiser avec le directeur d’une entreprise de divertissement, un homme d’une soixantaine d’années et très gentil. Il appréciait que je l’appelle par son nom lorsque je l’accueillais, et pour me remercier de lui offrir mon sourire il m’avait offert des bons à valoir dans son entreprise auxquels il avait joint sa carte de visite. Je lui ai envoyé un mail pour le remercier et à partir de là il m’offrait régulièrement d’autres bons pour moi et mes amies lorsque je venais accompagnée.

Mon CDD arrivant à sa fin, je l’ai sollicité pour un entretien réseau afin d’obtenir des pistes pour trouver mon prochain emploi. Il a pris le temps de regarder mon CV et m’a expliqué qu’il n’avait pas d’opportunité à me proposer malheureusement, puis il m’a fait visiter son entreprise. Nous nous sommes retrouvés seuls dans une pièce faiblement éclairée et très éloignée des bureaux. Après m’avoir montré le fonctionnement d’une machine, il a commencé à me caresser les cheveux, puis à m’embrasser sur le front. J’ai arrêté de parler, mon visage s’est fermé et je n’ai plus bougé. J’étais pétrifiée. Je ne savais pas quoi faire, ni quoi dire, mais j’étais certaine que je ne voulais pas de ça. Ce jour-là, j’étais pourtant habillée en jean, mais l’épisode de Viktor se répétait. Comme quoi, ça n’a rien à voir avec la tenue que l’on porte. Cet homme avait l’âge d’être mon grand-père, je n’avais jamais laissé entendre que j’étais intéressée par lui de cette manière. Voyant que je n’étais pas à l’aise, il a arrêté. Nous sommes sortis de la salle et il m’a raccompagné directement vers la sortie. Il était visiblement gêné, puis il m’a dit « Je suis désolé, mais c’est de ta faute, tu es tellement jolie » En d’autres termes, pour ne pas perdre la face, il me reprochait d’être un objet de tentation plutôt que de reconnaître que son comportement était inapproprié.

Petite sœur, sache que rien n’est jamais gratuit avec les hommes. Pendant des mois, il m’a fait profiter d’avantages que je n’avais pas demandé, mais je les avais acceptés naïvement tout en étant reconnaissante et respectueuse. Cependant, c’était sans me douter qu’il utilisait son statut pour me mettre dans une position où je devrais lui être redevable et qu’il tenterait de m’en faire payer le prix de cette manière.  Aussi, sache que le fait d’être jolie n’est pas de ta faute, tu es comme tu es et ce n’est pas un prétexte pour que l’on te touche sans ta permission, ça ne justifie pas que l’on porte atteinte à ton intégrité physique. Encore une fois, il appartient aux hommes de se contrôler et de s’assurer que tu acceptes de recevoir leurs avances.

Quand mon contrat s’est terminé en juin, j’ai dû me résoudre à envisager de déménager sur Paris pour y trouver ma prochaine opportunité. Je n’avais aucune envie de quitter le sud, mais les postes en communication se faisaient très rares. Avec deux prêts étudiants à rembourser, je ne pouvais pas me permettre de rester sans emploi trop longtemps. Un recruteur ma repéré sur Twitter et m’a mise en relation avec un cabinet de conseil. J’ai passé un entretien durant le mois de juillet, mais ce n’était pas encore gagné. Dans l’attente d’une réponse, j’ai décidé de me changer les idées en m’inscrivant sur Tinder, réputée être « l’appli de baise ». Je voulais me faire ma propre opinion sur cette application et surtout ne pas me focaliser sur ma recherche d’emploi. Ce n’était pas pour le sexe, j’étais plutôt dans l’optique de faire des rencontres et entamer une relation sérieuse si je trouvais une perle rare.

C’est ainsi que Herman est entré dans ma vie. Quand je pense que notre rencontre reposait sur le choix binaire de « zapper » à gauche pour dire non ou à droite pour dire oui, je me dis qu’il s’en est fallu de peu pour que les deux années qui suivront soient plus paisibles.
J’ai été la première à lui dire oui, après quelques minutes d’hésitation sur ses photos. Il me donnait l’impression d’être plus petit que moi, ce qui pouvait me poser un problème du haut de mes 1,73 m. Je ne le trouvais pas spécialement beau, mais malgré sa tête large et ses traits grossiers il dégageait un certain charisme, un magnétisme inexplicable duquel je n’arrivais pas à me détourner. De plus ses photos témoignaient pour lui d’une vie richement remplie, Herman sur le terrain, Herman en costume cravate, Herman en interview, Herman en photo dans un magazine. Il se faisait un peu mousser, mais il m’intriguait.

Moins d’une heure plus tard, il a dit oui à son tour et nous avons commencé à échanger par messages. D’abord, les présentations classiques et redondantes. Lui, Herman, 31 ans, athlète professionnel et businessman expatrié, en vacances chez sa famille. Moi, Petra, 26 ans, à la recherche d’un nouvel emploi dans la com’. Nous avons passé trois heures à discuter et je dois avouer que je passais une agréable soirée en sa compagnie virtuelle.

Je devais normalement être en rendez-vous avec un autre qui a annulé au dernier moment car il était bloqué dans les embouteillages à 2h de route. Il m’avait proposé de reporter au lendemain, mais j’ai décliné prétextant avoir d’autres plans. « Sympa » me répond-il. Alors que je voulais lui faire comprendre que j’avais d’autres choses de prévues, il a interprété le mot « plans » comme un rendez-vous avec un autre homme ou tout simplement « un plan cul », peut-être même qu’il s’est imaginé que j’en voyais plusieurs, ce qui n’était pas le cas. En vérité, je n’avais pas vraiment envie de le rencontrer. Il ne me plaisait pas tant que ça, mais encore une fois j’étais incapable d’être directe. J’ai donc passé la soirée chez moi, à manger japonais devant un film tout en zappant, jusqu’à tomber sur Herman.

Il se trouve que je connaissais deux personnes de son entourage professionnel que j’avais rencontrées lors d’un événement deux mois plus tôt. Le fait d’avoir des relations en commun a influencé son intérêt pour moi au-delà de mon physique, mais aussi avoir fait des études quasi-similaires, dont un passage en faculté de droit suivi par des études dans des écoles du même groupe.  

« Vif », c’est le mot que j’ai utilisé pour le caractériser au bout de quelques heures de discussion. Il est rare, sur cette application, de discuter avec quelqu’un ayant du répondant et de ne pas tomber dans des banalités. Le pire, c’est probablement les fautes d’orthographe du type « Salut ! Sa va ? ». Éliminatoire d’entrée de jeu. Avec lui, c’était différent. J’avais à peine le temps de répondre à sa première question, qu’il m’en posait déjà deux autres. Il semblait s’intéresser sérieusement à moi et quand mes réponses lui plaisaient il me disait que je marquais des points. Le courant passait entre nous.

Il a fini par me proposer que l’on se rencontre le lendemain et j’ai accepté puisque je n’avais pas réellement d’autres plans.
Je me suis endormie avec le sourire aux lèvres, j’avais hâte de le rencontrer. C’était un dimanche, nous avions rendez-vous en fin d’après-midi dans le centre-ville. Je ressentais comme des papillons dans mon ventre rien qu’en pensant à lui et cela ne m’était pas arrivée depuis Martin. Puis, le moment tant attendu est arrivé.

Le mois d’août démarrait avec des températures caniculaires. J’avais opté pour une petite robe d’été à bretelles fines de couleur rose pâle et il est arrivé habillé d’un bermuda vert et d’un t-shirt bleu qui révélait parfaitement sa carrure d’athlète avec ses épaules et ses biceps rondement musclés. Herman avait un physique rassurant : 1,77 m pour 84 kg. Il dégageait une confiance en lui inébranlable, il avait cette présence dans le monde qui lui donnait une espèce de puissance indéfinissable. J’étais éblouie.

Après un échange de bises, nous avons commencé à marcher à la recherche d’un bar sympa et surtout ouvert un dimanche. J’avais le sentiment que rien ne pouvait m’arriver avec lui. D’ailleurs, il semblait être quelqu’un de très protecteur notamment lorsque nous avons croisé ce que l’on appelle des « punks à chiens » marchant en sens inverse. D’un seul geste, il m’a saisi par la taille pour échanger de place afin de m’éloigner des chiens. Il n’y avait pourtant pas de danger immédiat, ils faisaient leur vie de leur côté, mais j’avais apprécié qu’il se soucie de ma sécurité.

Nous avons fini par nous installer au roof top d’un hôtel. Il me parlait de sa vie, comment il en est arrivé à s’expatrier, comment il avait choisi le sport dans lequel il s’était professionnalisé. Un choix fortement influencé par son père. J’observais sa manière d’être, de se tenir avec aisance et d’occuper l’espace. Je détaillais les traits de son visage, sa tête large et ronde, ses cheveux châtains foncés et légèrement bouclés, son regard couleur noisette, vif et rempli de certitudes, ses lèvres dédaigneuses. Il avait un air de bucheron canadien avec une barbe d’une semaine.

Je l’écoutais attentivement décrire ses occupations en tant que businessman et ses ambitions. Il savait déjà à l’époque où il voulait aller dans sa vie. Encore deux ans sous contrat avec son club et il prenait sa retraite pour se consacrer entièrement à son entreprise. En attendant, il venait déjà de conclure un très gros deal dont il n’était pas peu fier. Je ressentais toute son énergie et cette volonté indomptable de conquérir le monde. Trois ans plus tard, je lirai un article de journal à son sujet le qualifiant de « pitbull », et soulignant ses talents de commercial. Quand il veut quelque chose, il fait tout pour l’avoir.

À mes yeux, il représentait tout ce que je recherchais chez un homme. Quand je rêvais de ma vie idéale, je m’imaginais me marier avec un ancien athlète, acheter une maison à M’as-tu vu Plage, fonder une famille, et avoir un grand chien. Je rêvais d’un genre de famille Beckham du sud de la France et ensemble nous serions puissants.

Il était ambitieux, il m’inspirait la sécurité et la stabilité que je n’avais pas trouvées avec Martin. J’avais envie d’être la femme qu’il choisirait pour être à ses côtés dans cette vie « fun » comme il la décrivait lui-même. Cela ne faisait même pas 24h que j’avais fait sa connaissance, comment pouvais-je envisager ma vie avec lui aussi rapidement ?
Pour la première fois, j’étais en train d’expérimenter le coup de foudre.

Je lui ai demandé ce qu’il faisait après notre rendez-vous, il m’a répondu qu’il repartait. Sa réponse m’a étonnée, mais soit. Le rendez-vous se passait bien, alors nous avons poursuivi autour d’un dîner. C’était le genre de rendez-vous que l’on n’essaie pas de quitter sous un faux prétexte et qui se passe tellement bien que le temps semble filer.
Après le repas, il m’a proposé de me raccompagner chez moi, et alors que l’on se dirigeait vers le parking, au beau milieu de la rue il a attrapé ma main pour me tirer vers lui, puis il m’a embrassé. « L’endroit était beau alors j’ai saisi l’occasion » m’a-t-il dit.
Tout d’un coup, le temps a semblé ralentir, alors que j’étais assise côté passager, mes sens étaient comme décuplés. D’abord son parfum dont je pouvais m’enivrer dans l’habitacle de la voiture. Puis, je l’observais dans chacun de ses mouvements, je regardais attentivement son biceps droit se contracter et être mis en valeur par la manche de son t-shirt qui l’entourait. Enfin, la musique qui s’est mise en marche au démarrage :

« Is someone listening ?
Okay
Let me tell you the story
Of that guy
First you loved,
Then you promised
Was losing control,
Crazy night,
Intense … 
»[1]

Ça ne faisait pas de doute, j’avais beaucoup d’attirance pour Herman et mon esprit sublimait chaque instant passé en sa présence.

Arrivé dans ma rue, je lui ai signalé mon appartement pour qu’il s’arrête et me dépose, mais visiblement il n’était pas dans l’optique de me laisser descendre comme ça de sa voiture, et repartir de son côté comme annoncé plus tôt dans la soirée. Il a cherché une place pour se garer, puis en voyant ma réticence, il me dit « Tu le veux ou pas ? » J’ai répondu « Oui », il m’a embrassé sur la joue et m’a dit « Alors on y va ».

Oui, j’avais envie de passer plus de temps avec lui, mais s’il restait pour la nuit je savais ce que cela impliquait, du sexe, sauf que je n’en voulais pas, pas tout de suite. Je n’avais pas envie de conclure ce premier rendez-vous en couchant avec lui, je voulais prendre mon temps. Mais encore une fois, je n’ai pas su m’affirmer, je l’ai laissé rester. Je craignais de ne plus jamais le revoir si je lui demandais de rentrer chez lui. Alors nous sommes descendus de la voiture et il a été prendre son sac dans le coffre. J’étais étonnée de voir qu’il avait prévu de quoi passer la nuit au cas où, ou à coup sûr. Je savais qu’en le laissant entrer chez moi il serait difficile de l’empêcher de me toucher.

Je partageais mon logement avec ma colocataire et sa chienne, qui étaient déjà couchées quand nous sommes rentrés. Une fois installés dans ma chambre, nous avons commencé à nous embrasser puis à nous déshabiller. Il était allongé sur moi et j’ai enroulé mes jambes autour des siennes puis d’un coup sec je les ai tendus ce qui lui a fait perdre ses appuis et m’a permis de me sortir de son emprise. Une technique apprise en combat au sol. Bien sûr, il ne s’y attendait pas et il m’a regardé avec étonnement. Je me suis redressée et lui ai dit que tout cela allait trop vite pour moi. Il m’a regardé droit dans les yeux et d’une voix ferme et déterminée il m’a dit « Je vais aller prendre un préservatif dans mon sac et on va faire l’amour. »

Je n’ai rien pu répondre. J’ai simplement acquiescé de la tête. J’ai consenti à ce rapport, mais je ne le désirais pas, en tout cas pas à ce moment-là. Maintenant ou plus tard, qu’est-ce que cela change ? La tension érotique entre nous était incontestable, mais en ne précipitant pas les choses nous aurions pu apprendre à nous connaître davantage, aller au-delà de l’attirance physique, laisser nos vraies personnalités apparaître. J’aurais pu décider plus tard si oui ou non je le désirais toujours. Il me plaisait beaucoup, mais la peur de le voir s’énerver ou qu’il ne veuille pas me revoir si je me refusais à lui m’a poussé à céder sans plus de discussion. À aucun moment je ne me disais que si à cause de mon refus il ne voulait plus de moi il y avait de toute manière d’autres poissons dans l’océan. Parce qu’en vérité, on ne sait jamais quand arrivera le prochain et le désespoir dans l’attente nous pousse parfois à faire des choses que l’on ne désire pas vraiment.

« Tu n’auras plus besoin de l’application maintenant. » m’a-t-il dit avant que l’on s’endorme. J’ai pensé que c’était sa manière de me dire qu’il me voulait pour lui seul et qu’éventuellement une vraie relation allait commencer entre nous. Je n’ai pas beaucoup dormi, mais j’étais bien avec lui, près de lui. Il s’était endormi avec une main posée sur mes fesses et j’aimais ça. Je me sentais lui appartenir.

Il devait partir le lendemain matin. J’aurai tellement aimé qu’il reste avec moi. Pendant qu’il se préparait, je restais silencieuse. Je n’arrivais pas à parler. Il se demandait ce qui m’arrivait et c’est vrai que j’agissais de manière étrange. La vérité c’est que je tombais déjà amoureuse de lui et je craignais de ne plus avoir aucunes nouvelles de lui après son départ. J’étais pétrifiée à l’idée qu’il ait pris ce qu’il voulait et qu’il ne m’oublie une fois passé la porte.

Avant de partir, il s’est allongé sur mon lit et je me suis assise sur le bord à côté de lui. Il m’a raconté encore quelques anecdotes sur son travail et sa vie à l’autre bout du monde. Puis, j’ai pris ses mains qui étaient sèches et abîmées par la musculation et j’ai commencé à lui passer de la crème hydratante. Il n’a plus rien dit, il était docile et détendu. Quand j’ai eu terminé il a dit qu’il n’aimait pas trop comment ses mains collaient, mais je sais qu’il a apprécié ce moment d’attention et de soin. Puis l’heure du départ a sonné et je l’ai raccompagné à sa voiture. Je ne parlais toujours pas. Il a rangé son sac dans le coffre, il s’est approché de moi et a pris mon visage entre ses mains pour m’embrasser très tendrement.

« Kiss me hard before you go
Summertime sadness 
» [2] 

Et il est parti.

En rentrant, je lui ai envoyé un message accompagné d’une photo de moi prise la veille juste avant notre rendez-vous. « Ne m’oublie pas ». Il a répondu également avec une photo de lui également, et un simple « Ok :) ». J’étais sur un nuage. Il ne quittait plus mes pensées. Me souvenant de sa remarque de la veille, j’ai supprimé mon profil de l’application et je l’ai désinstallée de mon téléphone. Je pensais que je ne trouverais pas mieux que lui et de toute manière il représentait déjà tout ce que je recherchais. Alors, j’ai décidé de lui être exclusive pensant que c’était réciproque puisqu’il me l’avait demandé implicitement.

Sachant qu’il s’envolait pour le Canada deux jours après, je lui ai souhaité un bon voyage par message, mais il ne l’a pas lu. J’ai pensé qu’il était déjà parti, mais qu’il me répondrait dès qu’il aurait du temps.

Trois jours ont passé, puis cinq, puis une semaine sans un signe de sa part. Je ne dormais plus depuis son départ, excitée par ce sentiment amoureux, je revivais notre soirée dans ma tête encore et encore, je m’enivrais de son odeur laissé sur les draps et je m’impatientais face à son silence, tandis que je le voyais actif sur Instagram.

Au bout de douze jours j’ai décidé de réinstaller Tinder sur mon téléphone et de m’inscrire même sur une seconde application. Je m’étais rendue à l’évidence, c’était l’histoire d’un soir et il ne me rappellerait pas. S’il voulait que je sois à lui, il ne m’aurait pas laissé sans nouvelles au risque qu’un autre m’accapare. Il était temps que je l’oublie en rencontrant d’autres personnes.

Alors que je recommençais à zapper, j’ai eu la surprise de tomber à nouveau sur son profil. D’après la distance indiquée, il se trouvait toujours au Canada mais il était en train de zapper par chez moi. Dans la seconde qui a suivie, il m’a envoyé une vidéo sur WhatsApp. C’était un extrait d’un concert du festival auquel il avait assisté. La chanson disait « I will wait, I will wait for you »[3]. Il avait aussi écrit « Bonjour du Canada je ne t’oublis pas ». Mon cœur a fait un bond dans ma poitrine. Me faisait-il passer un message au travers de cette chanson ? Je l’ignore. Mais avec un seul message, il avait réussi à effacer mes doutes et à ranimer mes sentiments pour lui. Je ne lui ai pas répondu immédiatement, j’ai attendu quelques heures avant de le remercier pour cette pensée. Juste derrière il m’a répondu « Heureux d’avoir ton bonjour au réveil ». Je n’ai pas engagé la conversation. Je restais déçue par son silence durant les deux semaines qui venaient de s’écouler, j’ai voulu mettre à mon tour de la distance, pour ne pas lui montrer que je l’attendais. Je voulais faire comme si j’étais occupée pour voir s’il chercherait à se rapprocher, mais il n’en a rien été il est resté silencieux encore une semaine.

Il a fini par me recontacter pour me dire qu’il serait de retour le 21 août et voir si j’étais tentée de le revoir. J’ai accepté, mais j’essayais de rester détachée malgré tout.
J’avais rencontré d’autres hommes entre temps. Aucun d’entre eux ne me plaisait autant que lui. Je m’étais contentée d’aller prendre un verre avec certains ou manger avec d’autres, mais rien de plus. Pas de baiser, pas de sexe. Aucun d’eux n’arrivait à la cheville de Herman. J’avais envie de croire que c’était le bon, celui qu’il me fallait, celui avec qui j’allais faire ma vie.

Néanmoins, durant toute cette période de silence, j’ai été prise d’un sentiment de doute lorsque j’assistais au mariage d’une amie. Pendant la cérémonie à la mairie, je ne pouvais m’empêcher de me demander si j’avais vraiment envie de rencontrer mon futur mari sur Tinder. On pouvait faire mieux en termes de romance. Ce n’était pas le genre d’histoire que l’on raconte à un mariage. Il n’y a pas d’anecdote amusante et attendrissante dans le fait de dire que l’on a « matché » sur « l’appli de baise » numéro une. Mais ce n’est que mon avis, il y en a que ça ne gêne pas.

Je doutais aussi de la possibilité d’une relation avec Herman. Je craignais d’avoir ruiné toutes mes chances d’avoir une relation sérieuse parce que nous avions couché ensemble dès le premier rendez-vous. Sur ce point-là, je me rassurais en me disant que c’était possible puisque j’assistais au mariage d’une amie dont c’était l’histoire. La différence c’est qu’elle avait rencontré son mari lors d’une soirée, mais ça suffisait à me redonner espoir.

Cependant, depuis Arthur c’était une question qui me préoccupait de plus en plus. Coucher le premier soir pouvait-il aboutir à un mariage et une famille ? Jusqu’à Arthur, je ne me souciais pas de savoir si cela aurait des conséquences sur la relation ou l’opinion que l’autre aurait de moi. Je pensais qu’au XXIème siècle, les femmes étaient libres de disposer de leur sexualité et de succomber à un homme qui leur plaît dès le premier soir, puisqu’à l’inverse je n’ai pas de préjugés vis-à-vis d’un homme qui couche le premier soir. De plus, lorsque l’on résiste les hommes disent que l’on est vieux jeu, c’est bien la preuve que ça n’a pas d’importance ? Ce n’est que plus tard que je comprendrai que tout cela fait partie d’un jeu et qu’il faut résister.

Le soir de son arrivée, je devais aller prendre un verre avec un ami de l’école qui a annulé à la dernière minute, mais je suis quand même sortie seule. Il voulait que je l’attende toute nue sur mon lit et moi je ne voulais pas, il m’avait déjà assez fait attendre comme ça. Il est arrivé chez moi avant que je ne sois rentrée. Il m’a saisi par la taille pour m’embrasser passionnément et c’était bon, tellement bon. Nous sommes entrés et il a voulu rattraper immédiatement les deux semaines et demi qui venaient de passer.
J’ai été agréablement surprise qu’il me passe le bonjour de la part de Jean, une de nos connaissances communes. Il lui avait donc parlé de moi. J’ai eu le sentiment d’avoir de l’importance à ses yeux.
Nous nous sommes allongé l’un près de l’autre et je lui ai demandé s’il connaissait une certaine Chloé.

« C’est mon ex. Pourquoi ?

- Elle a visité mon profil LinkedIn et j’ai vu que tu étais dans ses relations aussi.

- Ah, tu es surveillée !

- Comment elle pourrait savoir qui je suis ?

- Quelqu’un nous a peut-être vu l’autre jour. Elle vit ici.

- Ça fait combien de temps que vous n’êtes plus ensemble ?

- Depuis le début de l’année.

- Et vous êtes restés ensemble combien de temps ?

- Huit ans. »

Il était célibataire depuis seulement six mois environ après huit ans de relation. C’était en fait la seule femme qu’il avait fréquentée officiellement durant sa vingtaine. J’ai réalisé qu’il n’était peut-être pas prêt à se remettre dans une relation sérieuse.

« Quoi ? me demande-t-il en voyant mon air dépité.

- C’était une longue relation.

- Oui, mais c’est terminé.

Il a attrapé son téléphone, un message vocal attendait. Il a commencé à l’écouter et il a coupé en plein milieu, « Tu vois, je m’en fou. »

J’ai pu reconnaître de loin une voix de femme en train de pleurer. Il semblait être au clair dans sa tête. Cette histoire aussi longue qu’elle ait été faisait partie du passé. Pas question d’écouter des pleurnicheries, pas question de remuer le passé. Il avance et il profite de l’instant présent.

Au bout de quelques minutes, je lui ai demandé si l’oreiller lui convenait. J’avais de gros oreillers qui parfois me donnaient des torticolis, même Maman ne les aime pas et amène toujours le sien quand elle me rend visite. Je lui ai demandé son avis :

« Pourquoi j’ai d’autres choix ? me dit-il.

- Oui j’en ai d’autres, tout le monde n’aime pas les oreillers épais.

- Comment ça, qu’est-ce que ça sent ?

Il s’est retourné sur le ventre en prenant l’oreiller contre son nez.

- Ça ne sent rien » lui dis-je.

Il pensait que je faisais référence à d’autres hommes alors que je parlais de manière générale, tout le monde n’aime pas les gros oreillers. J’ai simplement voulu être attentionnée, prendre soin de lui et de son confort. Faire en sorte qu’il se sente bien chez moi. J’étais agacée qu’il fasse le mec jaloux alors qu’il ne m’avait donné aucunes nouvelles pendant deux semaines. Je me suis lâchée.

« Et puis merde ! J’ai rencontré d’autres personnes. Je suis une femme courtisée, tu vois. J’ai même matché avec un gars avant de me rendre compte que c’était ton pote, un certain Nick.

- C’est mon coloc.

- Il avait l’air plus petit que moi, alors j’ai supprimé le match sans lui adresser la parole.

- Effectivement, il n’est pas grand » dit-il en rigolant. Il s’est tourné vers moi, il a posé sa main sur ma joue qu’il a tapoté en me regardant dans les yeux. La Petra d’aujourd’hui le mettrait à la porte direct, sans ménagement. Il n’y a pas un homme sur cette terre qui me donnera une semi-claque et dormira ensuite dans mon lit. Mais j’étais jeune et amoureuse …

« Pourquoi tu fais ça ?

- Parce que tu te fais mes potes, me répond-il

- Je ne me fais pas tes potes. Je ne lui ai même pas parlé. »

L’atmosphère s’est tendue. Alors qu’il m’avait proposé de faire une sortie ensemble la prochaine fois qu’il viendrait, soudainement il n’en était plus question sous prétexte qu’il n’était plus disponible. Je n’ai pas cherché plus loin, mais ce n’est que plus tard que j’ai compris que j’avais été très maladroite, notamment en laissant entendre que j’avais couché avec d’autres hommes en son absence. Ce qui n’était pas du tout le cas. Les choses étaient moins graves qu’elles n’y paraissaient. Alors que par orgueil j’ai voulu lui faire comprendre que son silence m’avait blessé, je lui ai involontairement fait croire que j’étais une fille volage, pas fiable que l’on ne présente pas à son entourage. C’est comme si j’étais rentrée dans la catégorie des filles d’un soir ou deux, au lieu d’être la femme d’une vie. Fichu orgueil !

J’aime à croire que tout aurait été différent par la suite si j’avais eu le courage de lui dire réellement ce que j’avais sur le cœur, plutôt que de rester sur un non-dit.

« Herman, je n’ai rien fait.
Quand tu es partie j’ai supprimé mon compte Tinder. Je n’avais pas besoin de chercher plus ou autre chose. C’est toi que je voulais. Mais tu es parti et tu n’as plus donné de nouvelles. J’étais vexée et j’ai voulu passer à autre chose, puisque tu semblais m’avoir oublié après avoir eu ce que tu voulais.  Je me suis donc remise sur l’application. Pour ne pas penser à toi, ne pas penser au boulot, ne pas penser à tout ce qui m’angoisse ni aux incertitudes que tu fais naître en moi.
La vérité, c’est que je ne fais que ça, penser à toi. Je pense à toi tout le temps, je me demande ce que tu fais, où tu es, avec qui, est-ce que tu penses à moi, et ça me rend malade de t’imaginer avec une autre. Tu ne quittes pas mon esprit, tu es entré dans ma tête, dans ma peau et tu n’en sors pas. Je n’ai aucune détermination dans ma volonté de te résister. Je ne veux que toi.
Pardonne –moi si je t’ai laissé penser que tu ne comptais pas pour moi. Tu comptes.
L’ennui, c’est qu’avec toi, je ne sais pas être moi.
Mais c’est toi que je veux et personne d’autre. 
»
La question est de savoir s’il aurait été prêt à entendre ses mots. Ça aurait peut-être été un peu trop intense.  

J’étais tellement heureuse qu’il soit là que j’ai très peu fermé l’œil de la nuit trop occupée à le regarder dormir. J’étais en totale admiration devant lui. Je voulais qu’il soit à moi pour de vrai. En attendant, il fut mien le temps de deux nuits. Au milieu de la nuit, il a eu le sommeil agité et il m’a donné un coup de coude. J’ai poussé un cri de douleur et il s’est excusé immédiatement en m’embrassant sur le bras comme on donne un bisou magique à un enfant. J’ai trouvé ça adorable.

Le lendemain matin, avant d’aller prendre sa douche il a sorti ses vêtements de son sac, un pantalon chino et une chemise complètement froissée. Je me suis dit « Il ne va pas oser ? »  Mais si, il voulait que je lui repasse sa chemise. Je ne voulais pas le faire et j’ai même tenté de résister. Je ne suis ni sa mère, ni sa femme et encore moins sa femme de ménage. Mais il m’a supplié prétextant qu’il ne savait pas repasser. Il s’est quand même permis de regarder l’étiquette de recommandation pour me dire de ne pas mettre le fer trop chaud. Quel culot ! Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé qu’il m’aimerait si je faisais des choses pour lui par gentillesse. Je croyais au fond qu’il se dirait que j’étais bonne à marier. Alors qu’il n’en est rien, ce n’est pas ça qui fait qu’un homme aime une femme. Cependant, si je l’avais laissé partir avec sa chemise froissée, qu’est-ce que ça aurait dit de moi ? Que j’étais une chieuse ? Que j’étais une femme indépendante et insoumise ? Je ne voulais pas être soumise. Je ne voulais pas me plier à ses désirs sachant qu’il ne donnait rien en retour.

Je l’ai regardé se préparer. Il était en train de déambuler tout nu dans mon appartement et je l’observais, je mémorisais chaque parcelle de sa peau, chaque muscle de son corps, ses épaules larges, son dos, ses fesses rebondies, sa ceinture d’Apollon, sa poitrine solide. Si j’avais été malhonnête, je l’aurais pris en photo discrètement, mais à la place je l’ai gravé dans ma mémoire à tout jamais. Il avait un corps magnifique, il était dans la fleur de l’âge. Même nu, il était élégant et avait une allure de triomphe. Pas vulnérable pour deux sous.

Il est parti. Il avait oublié ses vêtements de la veille et je l’ai appelé pour qu’il revienne les chercher, mais plus tard j’ai regretté, j’aurais voulu garder ses affaires, garder son odeur, garder une part de lui, à défaut de le posséder lui.
Quelque chose me disait que cette fois-ci je n’aurai pas plus de nouvelles de sa part que la dernière fois. Je savais que nous n’étions pas dans une relation. C’est pourquoi le soir même un de mes ex venait chez moi, Francesco. C’était un trentenaire avec des origines italiennes, on s’était rencontré plusieurs mois auparavant dans la rue de manière très inattendue. Je marchais tranquillement et j’avais remarqué qu’il me regardait de loin. Je lui avais souri en lui demandant si on se connaissait et il s’était approché pour engager la conversation. À partir de là nous nous sommes fréquentés pendant deux mois et il a mis un terme à la relation parce qu’il n’avait pas de temps à me consacrer. C’était un entrepreneur, j’admirais cela chez lui.  Nous avons discuté une petite heure ensemble. Je lui ai parlé de Herman et à quel point il me plaisait. En toute amitié, il m’a fait comprendre qu’il fallait que je redescende sur Terre. Herman n’était pas un homme sérieux selon lui. Connaissant le monde du sport et la distance qui nous séparait, il disait qu’il était venu chercher du sexe le temps des vacances et rien d’autre. Maintenant, il allait repartir chez lui à l’autre bout du monde et m’oublier. Il y avait peu de chances qu’il cherche une copine sérieuse.

Malgré tout ce qu’il me disait, je ne pouvais pas lutter contre mes sentiments pour Herman. Ceci dit mes sentiments ne m’ont pas empêché de coucher avec Francesco ce soir-là. Francesco m’a appris qu’il s’était remis en couple avec son ex. Une femme qu’il avait connu à l’étranger et qui l’a suivi en France malgré qu’ils n’étaient plus ensemble. Il m’avait confié qu’il ne trouvait pas son compte avec elle en matière de sexe. Ça ne donne peut-être pas cette impression, mais pour ma part je recherchais éperdument l’amour n’importe où j’étais susceptible de le trouver. J’avais eu le coup de foudre pour Herman et s’il ne me témoignait pas d’intérêt mais que Francesco voulait de moi j’étais prête à l’oublier. Je voulais partager ma vie avec quelqu’un. Je croyais que si sexuellement Francesco trouvait son compte avec moi, il m’aimerait et finirait par me choisir.

Je me trompais évidemment. Un soir, Francesco a reçu un appel d’une femme et sa copine l’a mis à la porte. Il m’a appelé pour me faire part de la situation. Il m’a confié que ça lui faisait de la peine de voir sa copine en souffrance à cause de lui et il a décidé de ne plus me revoir. Il l’aimait. Deux ans plus tard, ils se sont mariés. Sans la connaître, j’admire la ténacité de sa copine et surtout sa tolérance car malgré tous ses défauts et ses infidélités qu’elle lui connaissait, elle l’a quand même pris pour époux.

J’ai essayé de maintenir le contact avec Herman, mais jamais il ne répondait à mes messages. Je suis partie à Rome pour fêter mes 27 ans. J’ai adoré cette ville, et j’ai trouvé les italiens très accueillants et sympathiques. Je suis partie toute seule, mais à aucun moment je ne me suis sentie esseulée. Il y avait toujours quelqu’un pour m’aborder dans la rue, notamment des hommes. Je pense que c’est le meilleur endroit où aller si on a envie de se sentir comme la plus belle femme du monde. « Tous les hommes veulent avoir une histoire d’amour avec toi » m’avait dit un de mes prétendants. Je pense que par histoire d’amour il sous-entendait du sexe, mais je ne le prenais pas trop au sérieux. Avec du recul, je me dis que si c’est réellement ce que j’inspire à la plupart des hommes que je croise, j’ai plutôt intérêt à être sélective pour déceler ceux qui veulent une véritable histoire d’amour de ceux qui veulent une histoire d’un soir.

Et puis, j’ai rencontré Marco. Un quarantenaire divorcé, père de deux garçons qui parlait couramment français. Me voyant marcher seule essayant de m’orienter avec une carte en papier, il m’avait interpellé depuis son scooter pour me proposer de m’aider. En faisant connaissance, je lui ai dit que c’était mon anniversaire et il m’a donné ses coordonnées me laissant le choix de le contacter si je voulais sortir dîner.

Ce que j’adore en Italie, c’est le respect du principe « les hommes proposent, les femmes disposent ». Je sentais que je pouvais refuser de le voir sans risquer d’être insultée parce que je l’aurais éconduit. En fin de journée, je l’ai rejoint pour aller dîner dans une trattoria romana[4], puis après le dîner il m’a déposé à mon arrêt de bus. Nous nous sommes embrassés, ou plutôt, j’ai eu droit à un lavage de mes amygdales. C’était écœurant. Le mythe du séducteur italien réduit à néant.

Je n’avais pas de sentiments pour Marco et même si croiser sa route m’a permis d’avoir un anniversaire inoubliable, il n’en demeurait pas moins que j’étais toujours amoureuse de Herman. Je n’avais que lui à l’esprit. Je suis rentrée en France, Marco continuait à m’écrire et me téléphoner, il me disait que je lui manquais et me demandait si c’était réciproque. J’ai été honnête et lui ai dit que je pensais à quelqu’un d’autre, ce qui m’a valu d’être traitée de fille facile.

Tu vois ça petite sœur ? La plupart des hommes sont des spécialistes des relations sans lendemain. Ils sont capables d’embrasser une femme, de coucher avec elle simplement pour le plaisir alors même qu’ils en aiment une autre et puis disparaître. Pourquoi je n’aurais pas le droit d’en aimer un autre, mais de profiter de ma vie et de faire des rencontres en attendant ? Pourquoi me juger et m’insulter pour un comportement qu’ils considèrent tout à fait normal quand c’est eux qui le font ?

J’ai sollicité Jean, ma relation commune avec Herman, pour un entretien réseau et il a gentiment accepté de me recevoir. J’espérais avoir des tuyaux pour ma recherche d’emploi et peut être trouver une opportunité me permettant de rester plutôt que de déménager à Paris. J’étais toujours dans un processus de recrutement avec le cabinet de conseil mais j’optimisais le temps avec l’espoir d’un miracle.

C’est Bertrand, un jeune commercial, qui m’a accueilli en attendant que Jean soit disponible. Je suis ressortie de cette entrevue avec un annuaire de contacts, mais pas d’opportunité, ni de piste concrète. Quelques heures plus tard, Bertrand m’a écrit pour me proposer un rendez-vous. Il était beau garçon, mais faisait très jeune adulte à peine sorti des études. Dans ma quête de l’amour je lui ai laissé sa chance malgré tout. Nous nous sommes donc revus une première fois dans un bar à vin. J’ai très vite remarqué qu’il n’avait pas beaucoup de conversation. Il m’a raccompagné chez moi en voiture et nous nous sommes embrassés avant de nous quitter. Puis nous nous sommes revus une seconde fois. Il m’avait invité chez lui, me promettant de me faire des sushis maison pour le dîner. Arrivée à son appartement, c’est plutôt Sushi Shop qui a assuré le dîner, n’ayant pas eu le temps de cuisiner.

J’étais à quelques semaines de mon départ pour Paris, après quatre mois d’entretiens, le cabinet de conseil avait finalement décidé de me recruter. Nous avons donc parlé de ma future entreprise et il m’a demandé le montant de mon salaire. Je ne le lui ai pas caché. Voyant que j’allais gagner plus que lui, il a justifié cet écart par le fait d’être dans des régions différentes. Comme si le métier que j’exerçais et mes compétences n’avaient aucun impact. J’étais une femme qui gagnait 500€ de plus que lui, mais c’était uniquement grâce au fait de travailler dans la capitale. Consternant. Je ne comprenais pas l’intérêt de sa remarque. Ce n’est pourtant pas une compétition et nous ne faisions pas les mêmes métiers. C’était vraiment désolant à entendre.

On a terminé de manger, il a commencé à m’embrasser puis il a voulu passer à la vitesse supérieure. C’est là que je me suis retrouvée dans un dilemme. J’avais envie de laisser une chance à Bertrand, mais je pensais toujours à Herman et il n’y avait qu’avec lui que je voulais être en vérité. J’avais beau lui écrire, essayer de lui montrer que je ne l’oubliais pas, il ne répondait pas. Il fallait que j’aille de l’avant de toute évidence.

Je me suis enfermée dans la salle de bain de Bertrand et je réfléchissais en me regardant dans le miroir. Est-ce que je voulais coucher avec lui ? Est-ce que notre histoire avait un avenir ? Si je le faisais, est-ce que ça détruisait à tout jamais mes chances d’être avec Herman ? Est-ce qu’il restait des chances seulement ? Il fallait que je me sorte de cette situation. J’ai rejoint Bertrand, il m’attendait, allongé sur son lit à moitié nu, un préservatif caché sous l’oreiller. J’ai commencé par m’occuper de son entre-jambes, j’ai pris ses testicules dans ma bouche et je les ai pressées si fort qu’il m’a demandé d’arrêter. Je l’ai laissé me pénétrer et il a très vite débandé, anesthésié par la douleur que je venais de lui infliger. Je me suis rhabillée et je suis rentrée chez moi. Je ne voulais pas coucher avec Bertrand sans être sûre que ça allait être sérieux sachant que je partais quelques semaines plus tard, et sachant qu’en plus lui et Herman se connaissaient.
Comme tu peux le voir, petite sœur, j’avais toujours des difficultés à m’affirmer au point que j’utilisais des stratagèmes tordus pour me sortir de situations dont je ne voulais pas.

Bertrand m’a proposé que l’on se revoit et j’ai accepté pensant que finalement il était peut-être sérieux. Il m’avait proposé une date, mais n’avait pas arrêté d’horaire, ni de lieu. J’ai tenté de le contacter pour confirmer le rendez-vous, pas de réponse, alors que je voyais sur Instagram qu’il était en train d’aimer des photos au même moment. Il avait donc son téléphone entre les mains, il voyait mes messages lui parvenir en direct, mais il choisissait de m’ignorer. Je lui ai renvoyé un ultime message lui disant que c’était terminé et que je ne souhaitais pas le revoir. Il a répondu immédiatement !
Il ne pouvait pas le nier, la preuve était là, il se moquait de moi. J’étais à quelques jours de mon déménagement et je ne voulais pas m’encombrer d’une relation qui ne mène nulle part. Je n’avais pas de temps, ni d’énergie à perdre avec quelqu’un qui n’était visiblement pas assez intéressé par moi pour me respecter ou ne serait-ce qu’être poli.

À Paris, je commençais un nouvel emploi, un nouveau chapitre de ma vie. Je n’avais pas encore d’appartement à moi, j’étais hébergée par de la famille dans le Val de Marne, totalement à l’opposé de mon lieu de travail. J’allais connaître les joies du métro, boulot, dodo avec 1h30 de trajet matin et soir et deux correspondances. J’étais ravie et ne regrettais pas du tout mes vingt minutes de vélo que je faisais avant pour aller travailler. (Rire ironique)

J’entamais une nouvelle phase de ma vie, mais pour autant Herman ne quittait toujours pas mes pensées. Chaque chose que je faisais était en rapport avec lui, comme s’il était là, que ce soit ma manière de m’habiller et de me maquiller pour aller travailler ou ma motivation à aller faire du sport pour rester belle à ses yeux. J’allais même jusqu’à acheter de la lingerie en imaginant l’effet que telle couleur ou tel modèle aurait sur lui. Mais tout ça ne servait à rien si je ne lui avouais pas mes sentiments. 

J’ai alors pris mon courage à deux mains et je lui ai envoyé un message, une vraie déclaration où je lui disais qu’il comptait pour moi et que j’étais désolée si j’avais été maladroite la dernière fois que l’on s’est vu. Et pour conclure, je lui demandais directement s’il envisagerait une relation entre nous. Une fois le message envoyé c’était trop tard pour revenir en arrière. Je n’arrêtais pas de surveiller mon téléphone. J’avais envie de me cacher dans un trou et ne plus jamais en sortir tellement j’étais embarrassée et dans l’incertitude. Puis, il m’a répondu. Mon cœur battait si vite quand j’ai vu que c’était lui. J’étais heureuse et en même temps j’appréhendais terriblement ce que j’étais sur le point de lire.

Il disait qu’il avait bien aimé le temps que l’on avait passé ensemble. Très vite, il a voulu détourner la conversation et m’a demandé des photos de moi et je lui ai en est demandé aussi. En pleine saison sportive il avait totalement séché par rapport à l’été dernier. Il n’en était pas moins, ni plus attirant, c’était juste impressionnant de le voir ainsi. Je n’avais aucune préférence, il me plaisait tel qu’il était.

J’étais néanmoins vexée qu’il ne me demande pas comment j’allais alors que nous étions au lendemain des attentats du Bataclan. C’était pourtant le signe qu’il n’avait pas d’intentions sérieuses à mon égard, il ne s’intéressait pas à ma vie, ni à mon bien-être.

J’ai recentré nos échanges sur le sujet qui m’intéressait. Je voulais être dans une vraie relation avec lui et j’avais besoin de connaître sa position avant d’aller plus loin dans l’intimité virtuelle. Il a prétexté que la distance rendait les choses impossibles. Ayant eu une relation de presque quatre ans à distance avec Martin, ça ne me faisait pas peur. Je lui ai demandé d’y réfléchir.

Les jours ont passés. Je pensais à lui en permanence. Il ne me donnait aucunes nouvelles. Ce qui rendait l’attente encore plus longue. Sans vraiment réfléchir à ce que je faisais, ni ce que cela révélait, j’ai observé ses activités sur Instagram. Je ne me rendais pas compte que mon comportement était malsain. Je voulais savoir quels comptes il suivait. Quelles photos il aimait et commentait. Qui interagissait avec lui. Bien sûr, je m’attachais surtout à savoir si d’autres filles lui tournaient autour. C’est comme ça que j’ai découvert qu’une fille en particulier avait son attention. Il aimait ses chaussures à pompons. Il aimait un bol de soupe. Il aimait ses vacances sur île paradisiaque avec l’hashtag #WishYouWereHere[5]. Je vérifiais toutes les photos. Je cherchais. Je fouillais. Je l'observais. Je le surveillais. Je le traquais…
Il lui donnait es j’aimes et ses commentaires alors que moi je n’avais rien de sa part. S’il ne se prononçait pas c’est parce qu’il y en avait une autre dans sa vie qui avait l’avantage de vivre tout près de lui. J’ai senti mon cœur se fendre en deux. Blessée, je lui ai écrit pour lui épargner de me donner sa réponse au sujet de notre « relation ». Il n’a même pas cherché à comprendre mon revirement. Il a lu mon message et n’a pas daigné répondre.

J’ai repris le cours de ma vie, quelques semaines, avant de replonger à nouveau. Je voulais me battre pour gagner son cœur. Je savais qu’il revenait en France à Noël et qu’il y avait une soirée à laquelle il serait présent avec d’autres athlètes. Je me suis donc arrangée pour avoir une entrée par l’intermédiaire de Jean. Je n’étais pas sûre à 100% qu’il y serait et je ne voulais pas demander confirmation à Jean, et encore moins à Bertrand, mais je tentais ma chance quand même.

J’ai tourné en rond une bonne demi-heure avant d’être à deux doigts de partir. Un homme m’a abordé en me demandant si j’étais une femme d’athlète car selon lui j’étais assez belle pour en être une. C’était assez flatteur, même si définir la beauté comme critère d’accession au statut de WAG[6] est assez réducteur, même si c’est souvent le cas. Il se disait artiste peintre et prétendait peindre avec son pénis. Au moins, j’avais quelqu’un avec qui discuter.

Puis je l’ai enfin aperçu à quelques pas de moi. Il était là. Herman. Je ne voyais plus que lui, tout autour de moi c’était flouté, je n’entendais plus rien. Tout ce que je voulais c’était lui parler. J’ai prié le peintre de m’excuser pour pouvoir aller le saluer. Au fond de moi je me disais « Lui ! Lui, j’ai envie d’être sa femme ». Je me suis approchée de Herman, nous nous sommes fait la bise et comme il discutait avec quelqu’un nous n’avons pas échangé. Je suis restée dans les parages au cas où il viendrait vers moi. Il ne l’a pas fait. J’ai vérifié mon téléphone, il m’avait envoyé un message :

« Surpris.. :)

- Moi aussi.

J’étais réellement surprise de le voir, je n’y croyais plus.

-  T’es là longtemps ? me demande-t-il.

- Jusqu’à demain

- Ce fut court…dommage

- Tu es déjà parti ?

- Oui. Mais tu as l’air de bien aimer un des mecs de mon staff, me dit-il.

- Quel mec ?

- Bertrand

- Je l’apprécie.

J’avais discuté quelques minutes avec Bertrand au cours de la soirée, peut-être nous avait-il vu ensemble.

- Je sais oui

- Ça te dérange que je lui parle ?

- Que tu couches avec oui. »

Je ne sais pas ce qu’on lui a raconté, mais ce n’était pas fait pour lui donner une bonne image de moi. Et visiblement, Bertrand n’a jamais entendu la phrase « a gentleman doesn’t kiss and tell », un gentleman n’embrasse pas pour aller se vanter. Vu comment la soirée avec Bertrand c’était terminée la dernière fois que je l’ai vu, je pense qu’il s’est permis d’embellir les événements sans révéler qu’en réalité il n’a rien pu faire puisque je lui avais compressé les testicules. Ça, il s’était bien gardé de le dire. Herman m’a quand même proposé que l’on se voit le lendemain.

Je dormais à mon ancien appartement, ma colocataire et ma remplaçante me laissaient profiter de mon canapé clic-clac que j’avais laissé. Le lendemain matin, j’ai laissé Herman venir mais sans le laisser entrer puisque ce n’était plus chez moi. Nous sommes allés dans sa voiture pour discuter. Il m’en voulait d’être sortie avec Bertrand, m’accusant de vouloir me faire tout le monde. Ce qui n’était pas le cas. Je lui ai rappelé que c’est lui qui ne répondait pas à mes messages et il est arrivé que Bertrand s’est rapproché de moi. Tout ce que je voulais c’était trouver l’amour et j’explorais les opportunités qui se présentaient à moi. Il a justifié son silence par le décalage horaire. Je savais bien que s’il voulait me répondre il l’aurait fait. Même quand je lui ai demandé de réfléchir à la possibilité d’être ensemble il n’avait pas répondu. À ce propos, il m’a dit qu’il n’avait rien compris à ma réaction et qu’il a préféré laisser couler.  

« Je sais qu’il y a une autre fille.

- Il n’y en a pas qu’une il y en a plusieurs, marmonna-t-il.

Se sentant jugé, il me retourne l’argument que moi aussi je cumule les conquêtes.

- Non, mais tu fais ce que tu veux et d’ailleurs je t’encourage à avoir plusieurs copines.

Oui, je l’encourageais à voir plusieurs filles. Pourquoi ? Parce que je partais du principe qu’il était dans une phase où il voulait consommer puisqu’il sortait d’une relation de 8 ans. Je voulais qu’il consomme tout ce qu’il veut pour être disponible pour une relation sérieuse avec moi quand il serait prêt. L’ennui, c’est que je refusais de croire que je n’avais plus aucune chance que ça fonctionne puisqu’il m’avait déjà consommé.

- Je veux être avec toi.

- Ça c’est impossible, me répondit-il du tac au tac.

- Pourquoi ?

- Parce que ce n’est pas réaliste avec la distance et je n’ai pas l’intention de venir vivre en France et encore moins à Paris.

- Et si c’était moi qui venais ?

- Si tu venais ce serait magnifique, mais c’est impossible. Je suis réaliste. On n’entre pas là-bas facilement.

- Mais j’ai envie de me battre.

- Il n’y a pas à se battre c’est impossible, qu’il me répète.

Personne ne peut me dire que je ne peux pas faire ce que je veux. Il a posé sa main sur ma cuisse en disant qu’il comprenait que ça puisse me blesser dans mon égo, mais qu’il fallait être réaliste. Ce matin-là, la seule chose qui l’avait motivé à venir c’était la perspective de coucher avec moi, au lieu de ça, il se retrouvait dans une voiture à discuter avec moi d’une relation dont il n’avait pas envie. Il a coupé court à cette conversation qui ne le menait pas là où il voulait et il est reparti. De mon côté, j’ai récupéré quelques affaires à mon ancien appartement et j’ai repris la route pour rentrer chez Maman.

Notre conversation tournait encore dans ma tête. « Si tu venais ce serait magnifique, mais c’est impossible… ».

« Si tu venais, ce serait magnifique ».

« Ce serait magnifique ».

Je ressentais encore la chaleur de sa main posée sur ma cuisse comme une empreinte et sa voix me dire « ce serait magnifique ». C’est tout ce que je voulais garder de ce moment passé avec lui. Pourtant, il avait été clair en me disant que nous deux c’était impossible et qu’il ne reviendrait pas. Il m’avait dit que ça ne servait à rien de se battre. Mais tout ça je l’ignorais, puisqu’hypothétiquement « ce serait magnifique » si j’étais expatriée comme lui.

Cette phrase résonnait en moi de deux manières. D’un côté elle me donnait beaucoup d’espoir, l’idée de vivre dans le même pays ne semblait pas lui déplaire, mais d’un autre côté je me sentais mise au défi. Je refusais de croire qu’il m’était impossible d’aller m’installer dans un autre pays sous prétexte que les modalités d’accès y sont très strictes. Si lui et des milliers d’autres pouvaient le faire, pourquoi pas moi ? Je me suis forgée l’objectif personnel d’y arriver. J’allais trouver un moyen d’y aller, pas nécessairement pour être avec lui, je savais que les chances qu’il se mette en couple avec moi étaient faibles, mais au moins je serais près de lui, à espérer qu’il s’intéresse sérieusement à moi car après tout ça avait fonctionné pour la copine de Francesco. Elle avait traversé l’Atlantique pour le récupérer. Il fallait que je parvienne à aller là-bas par moi-même pour avoir la fierté de me prouver que je pouvais le faire et puis, j’arrivais à me convaincre que si j’y arrivais, même sans être en couple avec lui, ce serait une expérience notable pour mon CV.

De retour à Paris, j’ai mis en place un plan d’action qui me permettrait de trouver du travail là-bas. J’ai d’abord commencé par apprendre la langue locale, puis j’ai candidaté pour suivre une formation en Summer School à HEC en management du luxe, un secteur très porteur dans son pays. Le dossier envoyé, il ne restait plus qu’à être sélectionnée et trouver le financement. J’étais déterminée.

J’ai essayé de maintenir le contact avec lui, mais il ne répondait à aucun de mes messages. Puis je l'ai confronté : 

« - Pourquoi tu m’ignores ?

– Je ne t’ignore pas mais tu m’avais sous la main la semaine dernière et t’as passé ton tour.

– Donc tu ne t’intéresses à moi que pour le sexe.

– Quand je t’ai en face ça me vient à l’esprit oui... C’est trop facile de me demander mon temps alors que quand nous étions ensemble tu m’as repoussé.

– Donc faut accepter de coucher avec toi pour te voir et discuter ?

– Donc faut accepter de te voir et discuter des heures à distance pour coucher avec toi ?

– C’est ton seul objectif ?

– Je n’ai pas d’objectif tu as passé ton tour.

– Vu comment tu me rejettes maintenant, j’ai sûrement bien fait.

– Oui sans doute. »

C’était dur à encaisser. J’ignorais qu’il était capable d’être aussi virulent verbalement. Ce fameux article sur lui auquel j’ai fait référence me révélera qu’il est également comme ça dans les affaires. Parfois dur et vexant notamment quand quelque chose ne lui plaît pas et  il n’aime pas du tout perdre. Je m’étais refusée à lui la dernière fois que l’on s’est vu et ça lui était insupportable.

J’étais choquée et blessée par sa manière de me traiter. « Tu as passé ton tour », c’est ignoble de dire ça. Comme s’il faisait sa tournée et que je l’avais raté. Il m’était impossible de lui donner une autre perception de ce que pourrait être une relation avec moi au-delà du sexe.

Honnêtement petite sœur, je ne recommande le coup de foudre à personne. J’ai fini par comprendre qu’avoir un coup de foudre ne signifiait pas que la personne était mon âme-sœur ; le coup de foudre n’était pas nécessairement réciproque, il n’y a pas de puces dans les deux cerveaux qui s’activent en même temps au premier regard ; et enfin, le coup de foudre ce n’est pas de l’amour, c’est une obsession. Imagine toi face à quelqu’un qui est obsédé par toi, franchement ça fait peur.

Herman me décevait, mais j’étais tellement éprise de lui que j’étais prête à patienter encore avant de revenir à la charge. C’était irrationnel, j’étais irrationnelle.

Je l’ai mis en pause, sans pour autant l’oublier, il n’allait pas se défaire de moi aussi facilement, mais c’était sans me rendre compte que psychologiquement j’étais en train de décliner. La chute sera douloureuse, mais elle n’est pas pour tout de suite. En attendant, je te colle cette chanson dans la tête :

« No
No es amor
Lo que tú sientes
Se llama obsesión
Una ilusión
En tu pensamiento
Que te hace hacer cosas
Así funciona el corazón »[7]

 

*****

 

[1] Paroles de Goodbye de Feder.

[2] Summertime sadness de Lana Del Rey.

[3] I wil wait du groupe Mumford and Sons

[4] Taverne romaine en italien.

[5] J’aimerais que tu sois là en anglais.

[6] Wife And Girlfriend : femme et petite amie. Acronyme utilisé pour désigner les compagnes de sportifs.

[7] Obsesión par Aventura.

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Ysaé
Posté le 05/05/2020
Salut !
Je crois que je n'ai plus de mots assez élogieux pour décrire ton récit : tu finirais par ne plus me croire!

J'ai vécue la même chose que toi, et j'avais l'impression de revivre les affres d'un amour non partagé à travers tes mots.
C'est tellement bien dit, cette descente intime aux enfer, où l'on se fait des films (le scène catastrophique où tu ne retiens que les deux mots positifs), où l'on se transforme en une autre personne complètement folle, prête à toutes les humiliations et tous les sacrifices.

Cette perte d'objectivité, cette tristesse...

C'est d'une justesse !
Je vais conseiller à toutes les femmes que je connais de lire ton témoignage, c'est bouleversant.

J'apprécie que tu ne verses pas dans l'analyse psychologique de tes partenaires, que tu nous laisses nous faire notre propre opinion à travers leurs actions. Ça aurait alourdi le récit.

De même, j'aime beaucoup les details sur ta vie professionnelle par ailleurs, ce nest pas juste l'histoire de tes amours, c'est l'histoire de ton apprentissage de la vie.

Merci encore !
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 05/05/2020
Hello Ysaé,

Merci pour ta lecture et ton commentaire. Je suis vraiment touchée par tout ce que tu dis et que tu veuilles recommander mon histoire à ton entourage ...
(Va plonger sa tête dans le sable comme une autruche).
Du coup, je me dis qu'il faut absolument que je le retravaille, corrige encore les fautes, la ponctuation etc ... J'envisage aussi de revoir le découpage : transformer les chapitres en parties et faire à l'intérieur des mini chapitres de 1500 mots en moyenne pour rendre la lecture plus digeste.
En tout cas, je te remercie de ne pas t'être découragée face aux 10K mots :D

L'amour peut rendre malade, mais le coup de foudre rend fou. Même si j'ai souffert de cette expérience, je suis contente qu'elle m'ait permis de déconstruire un peu cette idée reçue que le coup de foudre est la plus belle manière de tomber amoureux. FAUX ! Bon, je ne veux pas faire de mon cas une généralité, mais pour ma part, j'ai été vaccinée XD

J'ai essayé au maximum de ne me concentrer que sur ma propre analyse psychologique. Ce qui déjà n'est pas une mince affaire.
J'espère ne pas être tombée dans le piège de l'analyse avec le chapitre suivant (Chapitre 5-Louis). C'est un cas un peu particulier ... Tu me diras :)

Merci encore pour ta lecture !
MbuTseTsefly
Posté le 02/02/2020
Bonjour Petra, j'ai lu quelques chapitres de ton récit et si c'est un univers qui m'est presque totalement étranger, mes lectures romantiques sont assez limitées, j'apprécie comment tu tires des leçons de chacun de ces récits, les apprentissages retenus. Le style est très clair, peu romancé, c'est plutôt une relation des évènements. Cela dépend à quoi tu destines ton texte mais j'ai envie de dire, n'hésites pas de mettre des couleurs, de jouer avec les mots et les humeurs. Le fait que ce soit très autobiographique donne un peu l'impression de faire intrusion dans ton histoire personnelle ce qui rend difficile de le commenter. C'est courageux de ta part.
Ce chapitre-ci a plus de coquilles que les précédents, il manque surtout quelques virgules et dans le dernier dialogue:
– Je ne t’ignore pas mais m’avas sous la main la semaine dernière et t’as passé ton tour.
"tu m'avais"?
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 02/02/2020
Hello MbuTseTsefly,

Merci d'avoir pris le temps de lire mon récit et merci pour ton commentaire.
C'est vrai que c'est un récit très personnel, et je comprends que ce soit compliqué de le commenter. Mon objectif est de partager mon expérience et les leçons que j'en ai tirées avec ma petite sœur, et de manière générale, avec toute femme qui se sentira concernée. Ça me touche beaucoup que tu trouves ma démarche courageuse et je te remercie de me le dire.

Je suis très preneuse de commentaires et conseils pouvant m'aider à travailler la structure du texte et à affiner mon style d'écriture.
Pourrais-tu m'expliquer plus en détails, s'il te plaît, ce que tu entends par mettre des couleurs, jouer avec les mots et les humeurs ?
Comme je tiens absolument à m'améliorer, je voudrais être sûre de bien comprendre ton conseil afin de l'appliquer :)

Enfin, merci pour le signalement des coquilles et problèmes de virgules :D
MbuTseTsefly
Posté le 02/02/2020
J'ai pris un extrait de ton texte pour voir comment faire. D'abord j'ai pensé à plus d'adjectifs mais finalement je pense qu'il suffit simplement de simplifier les phrases, d'en retirer le superflu pour rendre plus dynamique. C'est important aussi de varier les longueurs de phrase. Des phrases courtes, rapides montrent par exemple l'excitation, la légèreté ou la vitesse, des phrases longues, des répétitions par exemple pour un conflit où on entend pour la nième fois les mêmes arguments ou justement ces arguments alignés sans ponctuation. C'est surtout une question de variation.
Lors d'un cours d'écriture que j'ai suivi, un exercice consistait à rédiger un texte et ensuite à sabrer dedans pour ne retenir que l'essentiel. On écrivait souvent avec la contrainte d'un maximum de mots. C'était difficile mais le résultat était en effet plus dynamique ou plus suggestif - la part d'imagination du lecteur est importante.
MbuTseTsefly
Posté le 02/02/2020
L'extrait que j'ai remodelé - ça se discute mais l'idée est de le simplifier:
Mon diplôme en poche, j’ai obtenu un contrat temporaire d’assistante de communication dans une institution publique et j’étais heureuse de débuter dans la vie active sans passer par la case chômage. Je déchantai rapidement : surqualifiée pour ce poste, je m’ennuyais et craignais que cette expérience ne freine ma carrière (future).
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 02/02/2020
Merci MbuTseTsefly d'avoir pris le temps de m'éclairer.
C'est vrai que c'est plus dynamique ainsi. Je comprends tout à fait ce que tu veux dire.
Merci encore ! Je n'ai plus qu'à aiguiser mon sabre et alléger un peu tout ça :D
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