Chapitre 4 : Entre Terre et Ciel

Par arno_01
Notes de l’auteur : Un petit chapitre donnant doucement quelques indices.

Un équilibre s'était établi dans la relation entre les six amis. Chacun participant avec son caractère à divertir, déranger, chamailler le reste du groupe. Mickaël passait son temps à provoquer n'importe qui en duel. Davvy lui tenait tête bien plus que les autres, mais jamais il n'avait eu le dessus. Même quand tous se mettait contre lui, Mickaël s'en sortait toujours indemne, digne de son titre de Gardien de la guerre.

Entre chaque excursion ils se reposaient dans la cité, l'explorant dans tous les sens. Davvy passait le plus clair de son temps dans la salle du Livre. Les lumières qui dansaient l'amenaient dans un état de grande sérénité. Même s’il ne comprenait pas les écrits, leurs importances transpiraient de la pierre, tout comme l’eau qui en suintait. Une douce musique se faisait même entendre quand le garçon restait assez longtemps dans la salle. Elle aurait pu ressembler à ce qu'on pouvait écouter dans des églises ou des temples, même si aucun instrument existant n'aurait pu produire ces sons.

« Ah Davvy ! tu es là. Elle est magnifique cette salle, non ? Mystérieuse, douce, chaude. » El, était apparu derrière Davvy. La journée avait été éprouvante, ils étaient sortis malgré un vent violent, changeant sans cesse de direction. Puis la pluie les avait tous surpris, le froid aidant, c'était devenu de la neige, puis de la grêle. Davvy était venu alors ici se reposer.

Il n'avait pas entendu El arriver, mais cela ne le surprenait plus, les anges ne faisaient aucun bruit. Comme il n'y avait qu’eux six dans tous le bâtiment, Davvy s'attendait toujours à ce que l'un ou l'autre apparaisse.

« Oui, elle est belle. J'aime bien les lumières qui dansent, et la musique que j'entends parfois. »

A peine Davy avait-il finit sa phrase qu'El se mit à crier, et à voler en tous sens, oubliant toute la retenue qu'il avait toujours eu pour cette salle.

« Pas croyable tu entends aussi la musique. Tu sais que cette salle est le deuxième lieu le plus important après la Plaine de l'Annonciation ? Aucun autre ange, à part moi, n'avait jamais entendu la musique. » El débitait ces paroles de plus en plus vite, sans prendre le temps de respirer. « Tu te rends compte ? C'était la première des toutes les salles. Elle abrite notre plus grand trésor, à nous les anges. A toi aussi bien sûr, c'est ton trésor, cette salle. 

- STOP, El. Moins vite, je n'arrive pas à suivre. Et reprend ton souffle, rajouta Davvy, quand El arriva enfin à stopper son flux continu de paroles. »

El lui expliqua que la salle racontait l'histoire des anges, depuis bien avant leur venue sur la Terre. Le Livre dessinait chacun des anges, leurs rôles, leurs comportements, et leurs importances. Davvy avait-il remarqué que le premier ange décrit était El, lui-même. Quand Davvy lui dit, qu'il n'arrivait pas à lire la langue des anges, El failli s'étrangler dans son propre flot de parole. Il lui fallut cinq bonnes minutes pour s'en remettre.

« C'est vrai que tu ne connais pas notre langue ! Les murs de cette salle, sont les pages du Livre, il est écrit toute notre histoire, chacun de nos noms, chacune de nos actions sont écrites ici. Ce Livre est la voie qui nous a conduits ici, et aussi celle qui nous conduira ailleurs. Il est important que tu puisses le lire. Mais … »

El s'était arrêté, suspendu au vide, dans une position improbable. Ses ailes rabattues ne lui servaient pas à voler, il ne touchait pas le sol ni ne tombait. Il semblait s'appuyer sur l'air de la salle. Les boules de lumière dansaient autour de lui, comme autant de papillon.

« Moi je suis le gardien de la voie, la lumière qui l'éclaire. Lors de nos grandes fêtes, j'enseigne aux autres ce que dit le livre, et quand l'heure sera venue, le livre nous ouvrira une nouvelle voie. Mais toi, je t'apprendrais notre langue, je t'apprendrais à lire le Livre, je ferais de toi le Maphteach. »

Ainsi El appris à Davvy la langue des anges. Il apprit à la parler, à la lire. Elle ne pouvait pas être écrite, sauf sur le Livre par El lui-même. Peu à peu, entre les vols, au milieu des saisons qui vont et qui viennent, Davvy pu lire le livre, qui commençait ainsi :

« Le peuple des anges est mené par le premier du ciel, à travers les multiples mondes, afin de suivre la Voie qu'il leur a été dessinée. Le premier, seigneur des vents et des tempêtes, parcours la voie en tête, suivi de près par les quatre Archanges. Chacun d'eux détient une vérité, qui avec celle détenue par d'El, permet d'ouvrir les portes entre les mondes. A eux cinq ils sont les clés des portes. »

* * * * * * *

Alors que Davvy revenait de la Salle du Livre, où il venait de passer plusieurs heures, il alla chercher El, pleins de questions résonnant dans sa tête. Ce dernier se trouvait en plein milieu d'un débat entre Gabrielle et Raphaël. Comme à leur habitude aucun des deux ne voulait céder quoique ce soit à l’autre. Chacun semblait s’obstiner à obtenir le titre de plus têtu du groupe. Ce jour-ci, la querelle concernait la couleur utilisée pour la Grand Fêtes des Sephiroth : le jaune ou le mauve ? A peine Davvy était-il rentré dans la salle, qu'il fut pris à partis, et sommé de donner son avis sur le champ.

« Je ne sais pas, quelle couleur aviez-vous utilisée la dernière fois ? », lança-t-il plus pour se donner le temps de réfléchir à comment contourner la question, que par réel intérêt pour la réponse. Mais ce fut un silence, qui lui revint en pleine face, se propageant à partir d'El, puis Raphaël et Gabrielle. Enfin il gagna les murs de la salle, assourdissant tous les échos. Puis l'ensemble de la cité, submergeant les bruits des ailes fendant le vent, les cris de mouettes ou d'albatros. Même la mer, et les icebergs se turent dans une soudaine immobilité.

Alors que tous les éléments se brisaient encore, et encore, contre ce silence, El semblait en proie à une véritable peur intérieure. La question semblait au-dessus de ses forces, de ses moyens. Finalement, il brisa le silence qu'il avait lui-même créé :

« L'année dernière la couleur pour la fête était ...

- Le jaune !!! Gabrielle n'avait pas laissé El finir, tellement certaine de sa réponse, le mot s'était échappé.

- Non, c'était le mauve c'est pourquoi cette année doit être le jaune, lui contredit Raphaël. Rappelle-toi Davvy tu étais là avec nous ! »

Raphaël, et Gabrielle, n'en démordaient pas. Le débat fut arrêté lorsque Davvy proposa d'utiliser les deux couleurs, en même temps. S'en suivirent des heures de débat pour régler chaque détail. Ni Gabrielle ni Raphaël n'en démordaient. Même Ratziel fut invité à se joindre aux discussions, qu'il refusa comme à son habitude dès qu'elles étaient trop mouvementées.

Les choix décidés, chacun des archanges partit commencer les préparatifs, laissant Davvy et El seuls. L'adolescent put alors lui poser les questions qui lui brûlaient les lèvres depuis qu'il lisait le livre :

« El, comment c'était avant que vous veniez sur Terre ? Le monde où vous étiez avant, il était comment ? »

Un second silence s'installa, cette fois perturbé par des coups sourds, et graves. Davvy prit tout d'abord ces sons pour des coups de tonnerre, car le ciel allait en s'assombrissant, jusqu'au moment où il vit un stoës au lointain exploser en des milliers de pierres. Le silence était accompagné d'une immobilité totale, les anges suspendus au ciel par des filaments invisible, les oiseaux avec les becs ouverts ressemblant à des parodies de monstres. Seul El bougeait, il tentait de respirer, inspirant sans cesse, en quête d'un air qui lui manquait. De plus en plus bruyante, saccadée, sa respiration était le seul autre bruit en dehors des stoës qui explosaient régulièrement, les uns après les autres, à rythme de plus en plus rapide.

« El, si tu ne veux pas y répondre, ce n’est pas grave tu sais. Prend ton temps respire doucement, voilà doucement. » Davvy tentait de paraître calme, ne pas laisser sa propre panique se refléter dans son visage. Il fallut plusieurs minutes à El pour se calmer, sous les conseils prodigués, un peu désespérément, par Davvy. Quand El pût de nouveau bouger, il se rassit sur son trône, avec la lenteur et l'imprécision d'un vieillard lutant pour sa survie.

« Davvy, tu devrais arrêter de poser des questions sur avant, sur le passé. Le passé ne nous amènera rien pour aujourd'hui. Ce n'est pas lui qui nous dira quoi faire, ni qui fera souffler les vents sur lesquels voler. Et puis, J'AI OUBLIE ! »

La dernière phrase avait été jetée, crachée, avec une force de conviction, les arches grincèrent sur son passage. Il s'agissait d'une profession de foi, aussi claire et limpide que du cristal. Et tout aussi fragile. Une simple phrase sur laquelle était bâti tout un empire, et une grande amitié.

Ce soir-là, quand il s'endormit Davvy, n'avait reçu aucune réponse à ses questions. A part celle de savoir qu'il ne les poserait jamais plus à El. Et puis peut-être n'étaient-elles pas aussi importantes que cela. Il ferait sûrement mieux de les oublier lui aussi, pour leur bien à eux six. Et ainsi de nouveau, il oublia ces questions.

* * * * * * *

Pour la fête des Sephiroth, tous les Anges s'étaient réunis sur la grande place, devant le sanctuaire du Livre. La place où Davvy tentait de fuir les anges, quelques temps auparavant – un temps qui semblait à Davvy vieux de plusieurs années, déjà ces souvenirs se faisaient fades, vidés de leurs couleurs, de leurs réalités.

El, ses quatre Archanges, et Davvy, se tenaient sur le petit balcon du bâtiment qui dominait la place. Les chants emplissaient toute la place, autant que les anges. Aucun instrument ne se faisait entendre, mais les battements des ailes rythmaient les chants. Quand El déploya ses propres ailes, le silence retomba sur l'assemblée, et les battements d'ailes se firent moins bruyant, à peine un murmure porté par le vent. Il se mit alors à parler, ses paroles faisaient écho, sur les murs d'ailes blanches :

« Anges de la cité ! Messagers des vents ! Nous sommes ici pour fêter les Sephiroth, comme il se doit, et comme nous l'avons toujours fait. Depuis bien avant notre venu sur Terre, et pour bien longtemps après notre départ, nous fêterons ce jour. Mais aujourd'hui est parmi toutes les autres fêtes, la plus joyeuse, car je vous présente la clé des portes ! »

En disant cela, El s'était dégagé, et d’une main montrait Davvy à tout l'assemblée. Et les anges se mirent à chanter, à rugir « Maphteach ! Maphteach ! Davvy ! Maphteach ! », dans un son qui n'en finissait pas.

Davvy ne comprenait pas ce qui se passait. Il avait déjà assisté à des assemblées aux côtés d'El, des quatre Archanges. Mais jamais il n'avait été mis en avant, se restreignant au rôle de simple spectateur.

Quand les clameurs se furent calmées, El repris la parole : « Il est en effet écrit au tout début du Livre : « Le premier, seigneur des vents et des tempêtes, parcours la voie en tête, suivi de près par les quatre Archanges, et le Maphteach. Le Maphteach viendra de la Terre, et seul lui saura ouvrir les portes pour continuer le voyage." »

Les anges l'acclamèrent alors, comme un véritable sauveur, un prophète de ce monde, une promesse de l'au-delà. Depuis ce jour-là, El ne quitta jamais Davvy. Durant le reste de cette fête, quand tous les anges s'étaient rassemblés pour voler, tournoyant autour des offrandes lâchés vers la mer, El ne l'avait pas lâché des yeux.

* * * * * * *

La cité s'était stationnée, suspendu en l'air, non loin des côtes, les six amis avaient volé tout le jour, toute la nuit éclairée par la lune, et le jour suivant encore. Ils avaient volé au-dessus des bancs de dauphins, de poisson et de baleine. En les voyants les dauphins s'étaient mis à sauter de plus en plus haut comme pour les acclamer, et les anges à voler de plus en plus bas pour les encourager. Les dauphins – les anges des mers selon Gabrielle – avaient sauté par-dessus eux, manquant de se déséquilibrer les uns les autres.

Fatigué par de tels jeux, les six amis se reposèrent sur une plage de sable blanc, dorant sous le soleil brûlant. Depuis la fête des Sephiroth, ils avaient beaucoup voyagé, la cité avec eux, passant du nord au sud, du sud au nord. Ils s'étaient frottés aux rugissants du Pacifique, aux alizés. Même El niño avait rugis dans les couloirs de la cité.

Mais pas un seul instant, il n'avait été question d'ouvrir des portes, de voyages au-delà du monde, ou de clé. Davvy n'avait d'ailleurs pas l'impression d'être plus que lui-même. Il ne savait pas plus ouvrir des portes que tout un chacun. Il ne connaissait pas non plus de porte qui conduise entre les mondes, ni même de porte qui soit assez grande pour faire passer toute la cité.

Alors qu'ils étaient las tous les six, fatigués des vols incessants, profitant du repos, Davvy alla parler de ses questions à Raphaël. L'archange n'était jamais à cours de bon conseil, et semblait capable de venir à bout de n'importe quelle énigme ou question.

« Non, Davvy, je ne connais pas où se trouve la prochaine porte. C'est El qui mène la voie, c'est avec lui qu'il faudrait voir ces questions, non ? » Tandis qu'il parlait, de son unique œil il désignait El qui s'approchait, marchant lentement sur le sable.

* * * * * * *

« Mais bien sûr, Davvy, tu as raison ». Tout en criant de joie, El les menait tous les six à la salle du Livre. Sur la plage, Davvy s'était ouvert à El, des questions qu'il se posait concernant la porte. El les avait alors directement ramenés vers la cité. Les vents les portants à une vitesse qu'ils atteignaient rarement.

« Regardez, c'est effectivement écrit, dès les premières lignes du Livre, et ce depuis toujours ». El leur montrait le début du livre, où l'on pouvait désormais lire :

« Le peuple des anges est mené par le premier du ciel, à travers les multiples mondes, afin de suivre la Voie qu'il leur a été dessiné. Le premier, seigneur des vents et des tempêtes, parcours la voie en tête, suivi de près par les quatre Archanges, et le Maphteach. Le Maphteach viendra de la Terre. Et avec les cinq anges, ils rechercheront la porte à travers le monde. Seul le Maphteach saura ouvrir les portes pour continuer le voyage. »

« Moi, je suis le premier du ciel, poursuivit El, toi Davvy tu es évidemment la Maphteach, la clé. Vous, Raphaël, Ratziel, Gabrielle et Mickaël êtes les quatre Archanges protecteurs. À nous six, nous devons nous mettre à la recherche de la porte, afin de partir de ce monde vers le prochain. »

Tous furent conquis par la joie qu'affichait El, et la nuit fut une longue discussion, tous les six, sur les possibles lieux où trouver cette porte qui leur permettraient de continuer le voyage.

* * * * * * *

Dans les semaines qui suivirent, ils se mirent alors à la recherche de la porte parcourant le monde, dans tous les sens. Qu'importait l'ordre, qu'importait les chances de trouver, seul comptait la recherche. La recherche de cette porte qui allait les amener ailleurs, vers d’autres horizons, vers un autre monde.

Pour la première fois, les hommes virent El poser les pieds sur leur monde, toujours accompagnés de ces quatre archanges, et de Davvy.          Les recherches semblaient toujours se dérouler dans le même ordre. Raphaël, la fougue dans l'âme, était pressé, et n'accordait son attention qu'à peu de chose. Même les plus grandes merveilles du monde étaient désuètes à ses yeux. Mickaël lui ne quittait jamais El, trois mètres au plus loin – et seulement dans les régions désertes.

Au final, avec Davvy, seuls Gabrielle et Ratziel était vraiment impliqués dans cette recherche. Échafaudant les uns les autres des théories de moins en moins vraisemblables, mais toutes plus amusantes, excitantes.

Ils visitèrent ainsi tous les grands sites du monde, que les hommes avaient construit : Temple de Bangkok, Parthénon d'Athènes, Pyramides d'Egypte, ou cités Incas. Puis tous les sites naturels qui pourraient contenir une telle porte. El commandait parfois au vent d'assécher un lac, pour y voir le fond ou de fondre des glaciers pour percer leurs mystères.

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Μέδουσα
Posté le 15/04/2021
Bon, ça faisait longtemps que je m'en doutais, sachant qu'il est le premier humain à se trouver dans la Cité des Anges et qu'il y vit désormais, mais désormais, avec cette histoire de mélodie dans la salle, on sait maintenant que Davvy est vraiment spécial. Une espèce d'élu, certainement !

Mais combien de temps s'est écoulé ? Je me demande même si Davvy vieillit encore...

J'écis ce commentaire le long de ma lecture -c'est plus simple pour moi- et bon, je crois que je suis fixée, Davvy est bien une sorte d'élu, ahah.

L'histoire s'éclaircit définitivement, on commence à avoir une idée d'où tu nous emmènes, reste à savoir quel est ce fameux voyage et de quels mondes il est question.

En tout cas, j'apprécie toujours ton histoire, encore davantage, d'ailleurs, puisque je ne m'attendais pas à ce déroulement :)
arno_01
Posté le 17/04/2021
C'est intéressant d'avoir des retours, car les lecteurs portent parfois plus d'attention à certaines partie / informations que moi, en tant qu'auteur.
Cela donne des idées sur comment rebondir parfois. Tes remarques me donnes quelques pistes, qu'il faudra que j'explore.

Mais, à ce chapitre du livre, le déroulement n'est pas encore vraiment fixé....

Allez, histoire de te donner un peu d'indice (ou pas), une de tes remarques et super, super pertinente. (les autres sont peut-être un peu des détours que prend le livres - et sur lesquels je rebondis peut-être pas assez)
D'ailleurs, c'est plutot cool que tu l'aie ressenti, à ce stade du récit - c'est à dire avant que l'information soit écrite noir sur blanc.

Merci pour tes commentaires,
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