Chapitre 4 : Dans la montagne

Par Isapass

Chapitre 4 : Dans la montagne

 

Quand la louve et la fillette entrent dans un bois de sapin, Nahele s’arrête.

– Reste bien derrière moi, dit-elle.

Chumani n’a pas le temps de demander pourquoi, car un loup paraît entre deux arbres, puis un deuxième, et encore un autre. Bientôt, elles sont cernées par la meute. Ce sont de grands loups des montagnes. Ils sont maigres, mais puissants. Ils n’ont pas l’air contents de voir la fillette.

Un loup gris s’avance, il boite. C’est Isha, le chef.

– Que fais-tu avec une humaine, Nahele ? interroge-t-il. Les hommes sont nos ennemis. Ils nous chassent et nous tuent. Hanska, attrape-là !

Un loup noir comme la nuit, aussi haut qu’un poney, bondit vers Chumani et lui fait face. Son attitude est menaçante, pourtant, il semble hésiter à obéir à l’ordre du chef. La louve blanche en profite pour s’interposer.

– Cette petite n’est pas dangereuse ! Elle a sauvé mon petit-fils. Elle cherche la source des saisons pour que cet interminable hiver s’arrête. Et je l’accompagne. Nous aussi nous aurions bien besoin du printemps. Nous avons si froid dans les collines.

Le vieux chef reste silencieux un moment, puis se détourne à contrecœur :

– Justement, dans deux jours, s’il ne fait pas plus chaud, nous descendrons dans la plaine. Si les guerriers de sa tribu nous en empêchent, nous nous battrons pour nous défendre. Quant à vous, je vous laisse aller : ce petit bout de femme n’est pas un danger. Cependant, les hommes et les loups ne se sont jamais alliés. Vous ne trouverez pas la source.

Isha s’éloigne en boitant, suivi par la meute.

Ainsi les loups ont aussi peur des hommes que les hommes craignent les loups, songe Chumani. Les uns attaquent les autres en pensant se défendre. Mais comment sortir de cette guerre ?

 

La vieille louve et la fillette sont reparties. Elles ont atteint la tête de l’ours et grimpent le chemin escarpé vers le creux qui forme l’œil. Le froid est de plus en plus intense. Chumani grelotte et la fatigue pèse sur tout son corps.

Le chemin rétrécit encore, il court sur le flanc de la montagne, le long du précipice. Elles s’y engagent prudemment, pas à pas.

Tout à coup, Chumani glisse sur une plaque de neige. Elle bascule dans le vide, mais la louve a bondi et la rattrape par la manche.

Suspendue au-dessus de l’à-pic, la petite fille est terrorisée.

– Nahele, aide-moi, supplie-t-elle, les yeux fixés sur l’étoile noire. Peux-tu me tirer vers toi ?

Hélas, l’animal a tout juste la force de ne pas la lâcher. Si elle bouge, elle va glisser. De grosses larmes coulent sur les joues de Chumani, aussitôt emportées par le vent.

Soudain, elle pousse un cri : sur le chemin, à quelques pas de Nahele, une imposante silhouette sombre est apparue, haute comme un poney. La fillette reconnaît Hanska, le grand loup noir qui l’a attaquée.

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