Chapitre 4 : chez Venacup

Par Drak

Nous nous sommes tous donné rendez-vous à la place de la Concordance.

Comme à mon habitude, je suis en avance. Les autres membres de la bande arrivent petit à petit, au compte-gouttes.

Je lève les yeux sur la statue de la Déesse ornant la fontaine centrale. D’après les prêtres, fécondée par le vide, elle aurait enfanté le monde avant de créer les êtres vivants à partir de mottes d’argile, leur donnant à chacun un rôle.

Toi, tu naîtras riche et crouleras sous l’opulence.

Toi, tu naîtras pauvre et mourras dans le caniveau.

Je n’aime pas la Déesse.

Pourtant, je ne méprise pas les membres de la bande que je vois baisser les yeux devant la statue en marmonnant des prières. Libre à eux d’y croire encore.

Moi, j’ai arrêté quand ma génitrice m’a abandonné.

 

 

Tout le monde est là, ça y est. 

C’est ce moment qu’Eddy choisit pour se montrer, sortant d’une ruelle sombre, de la démarche des chefs sûrs d’eux.

« La bande est au complet ? »

Évidemment qu’elle l’est !

En réalité, Eddy est dans le coin depuis un moment déjà. Attendant patiemment, afin d’arriver comme par hasard, le moment où tout le monde sera présent, ce qui donne l’illusion qu’à peine arrivé, il est prêt. Une stratégie simple, mais efficace, pour augmenter son aura de chef fort.

Tous les gars de la bande hochent la tête et roulent des mécaniques pour montrer qu’ils sont prêts à l’action.

« Alors, allons-y. On a un vieux à dévaliser. »

 

 

Proche du fleuve qui traverse la ville, la demeure de Venacup est une imposante structure de pierre mate et de bois solide, surmontée d’une toiture de tuiles bordeaux on ne peut plus classique. Aucune fioriture dans ce bâtiment compact pensé comme un bloc inhospitalier aux visiteurs. 

Le commerçant a la réputation de gérer son empire financier d’une main d’acier aussi dure que l’est sa misanthropie assumée. Sans compter sa cupidité, commune à ceux qui possèdent beaucoup.

Nous contournons la maison jusqu’à sa face sud. Là, davantage camouflés par l’ombre projetée d’un bâtiment voisin, nous démarrons réellement l’opération.

Jean, notre membre le plus fort, déroule la corde qu’il transporte sur son épaule et arme son bras, prêt à lancer le grappin accroché à l’extrémité. Robin, notre spécialiste de la visée se poste à ses côtés, prend un instant pour analyser le mur face à nous puis guide le bras  de Jean afin qu’il soit dans le meilleur angle pour atteindre la fenêtre de l’étage.

« Lance. »

Il obéit sans hésitation. 

Le grappin décrit une courbe gracieuse avant de retomber sur le rebord de la fenêtre, s’y arrimant. Il tire dessus deux fois pour en tester la solidité puis hoche la tête, satisfait.

Eddy et moi montons en premier, puis les Reptiles entament à leur tour l’ascension, les uns après les autres. 

La première étape est une réussite impeccable.

L’intérieur est à l’image de l’extérieur : le couloir où nous pénétrons est étroit, dépourvu d’ornements ostentatoires, les lampes ne sont pas allumées, ce qui plonge les lieux dans une froide obscurité.

« Cet endroit me donne la chair de poule… » gémit l’un des plus jeunes.

Eddy prend la parole :

« On se sépare par groupe de deux ou trois. Si vous êtes en danger, vous sortez le plus vite possible. Mission réussie ou pas, on se retrouve tous à la base à 3 heures du matin au plus tard. »

Obéissants, les Reptiles se dispersent. 

Je sais que j’ai promis à ma mère de garder un œil sur Eddy, mais à cause de nos egos respectifs, lui et moi avons tendance à ne pas faire un très bon duo durant des opérations comme celle-ci. Je préfère donc le laisser partir avec Jean, tandis que je me retrouve seul avec Adrien, un garçon blond au sourire frondeur, réputé pour sa vitesse et son agilité. Il est trop fonceur, mais bien plus gérable.

 

Nous nous enfonçons dans les entrailles de la maison. Adrien trottine sans réfléchir jusqu’à une première porte, tandis que plus prudent, je scrute le plus petit centimètre carré de notre environnement.

Le blond actionne la poignée, passant la tête par l’ouverture.

« C’est juste une salle de bain. »

Effectivement, en regardant par-dessus son épaule, je découvre une salle avec du carrelage bleu clair, où trône une grosse baignoire blanche dont les pieds de bronze sont en forme de patte de rapace.

« Rien d’intéressant ici. »

Nous continuons donc notre progression.

 

 

*

Une femme penchée sur un parchemin lève soudain les yeux de sa lecture et fixe le coffre ouvert devant elle.

« Qu’est-ce que… ? »

Il a bougé. Son regard est tourné vers le haut, comme fixant quelque chose à travers le plafond.

« …Qu’avez-vous ? »

Elle n’espère pas de vraie réponse, aussi est-elle surprise d’entendre :

« Je pressens quelque chose d’intéressant… »

Il y a comme un sourire dans cette voix.

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