Chapitre 4

Par Aube26
Notes de l’auteur : Bonne année, bonne santé et meilleurs vœux à tous ! En espérant que cette nouvelle année soit mieux que la précédente et vous apporte tout ce que vous souhaitez avoir ^^

L'inconnu avala les derniers mètres qui les séparaient d'un bond. Il atterrit sur Margot de tout son poids et la plaqua au sol. La jeune femme se débattit comme elle le pouvait. En vain. Elle n'était qu'un insecte face à un entomologiste. À bout de forces, à bout de souffle, elle cessa tout mouvement et fusilla de son regard le plus noir l'inconnu à la force herculéenne.

— Arrête de me regarder comme si j'avais fait quelque chose de mal, ricana l'homme aux longs cheveux platine. Si tu n'as plus ta mémoire, ta vie ne vaut plus rien. Tu n'as pas plus de valeur qu'un Mimagi-Konta ! Ton pouvoir est endormi et tu ne peux pas t'en servir !

Mais qu'est-ce qu'il raconte celui-là ? C'est censé être un rêve... mon rêve et pourtant je ne comprends pas la moitié de ce qu'il raconte !

— Tu sens bon, souffla-t-il dans son cou, en reniflant et en léchant sa peau tendre.

Un long frisson dévala son échine. La brune était tourmentée, déchirée entre deux sentiments contradictoires : frapper le plus fort possible cet homme écœurant ou se laisser aller dans ses bras... Cette dernière envie lui donnait envie de vomir et faisait dresser ses cheveux sur sa tête. Tony occupait déjà son cœur... Alors pourquoi l'envie de s'offrir à un autre que celui qu'elle aimait lui venait à l'esprit !

— Tu ferais un bon casse-croûte !

— Quoi ?!

Margot se débattit alors qu'elle sentait l'emprise de l'inconnu se resserrer sur elle. Son esprit ruait et se cabrait comme un cheval fou tandis qu'une présence envahissante pénétrait ses pensées. Que se passait-il !

L'homme s'éloigna d'elle et plongea son regard dans le sien. Ses iris étaient aussi écarlates que le sang et ses sourcils argentés s'étaient froncés sur son front. Le vent souffla et ses cheveux s'envolèrent, dévoilant une paire d'oreilles pointues.

— Vos oreilles...

— Oups, ricana l'inconnu avec amusement. Le vent est un traître !

Puis il plongea en avant, toutes dents dehors, comme s'il s'apprêtait à la mordre. Margot ferma les yeux.

Tony n'est pas à mes côtés cette fois-ci... Même si c'est un rêve, je ne veux pas voir ma dernière arriver. Mais finalement, peut-être que cet évènement est une bonne chose : le choc me permettra de me réveiller ! Oui, je serai à l'hôpital, entourée de tous mes proches. Ce rêve est trop affreux, dangereux, effrayant pour le continuer... Je veux me réveiller !

Un hurlement la fit sursauter. Un poids mort lui coupa la respiration. La jeune femme ouvrit les yeux, à la fois surprise et paniquée, et observa ce qu'il se passait autour d'elle. Son assaillant était couché sur elle, inconscient. Un homme blond aux yeux bleus la fixait, son corps tremblant comme des roseaux sous les coups du vent. Ses courts cheveux dévoilaient une paire d'oreilles pointues.

— Qui... qui êtes-vous ?

L'étrange homme aux oreilles en pointe la fixa d'un air absent avant de faire un bond et de s'approcher d'elle d'un pas hésitant. Il s'accroupit à sa hauteur, poussa de toutes ses forces l'inconnu qui avait voulu l'attaquer, puis la fixa.

— Poussez-le avec moi, tremblota sa voix fluette, il n'est qu'évanoui... S'il venait à se réveiller avant que nous soyons loin, je crains pour nos vies.

Margot hocha la tête et obéit à ce drôle de personnage. Lorsqu'elle fut enfin libre de ses mouvements, elle bondit sur ses pieds et talonna son sauveur sans aucune hésitation. Son réveil ne serait pas pour tout de suite...

Leur course folle semblait ne jamais s'arrêter. La jeune femme avait les poumons en feu, ses jambes se faisaient de plus en plus cotonneuses et son cœur martelait sa poitrine dans un rythme endiablé. Les arbres défilaient à vive allure. La lune semblait les suivre de ses pâles rayons. Et les nuages les filaient depuis le ciel.

Après ce qui lui sembla être des heures, son sauveur lui fit signe de ralentir. Il sortit du sentier pour se cacher dans les fourrés. Margot le suivit et s'immobilisa à ses côtés, derrière un arbre, alors qu'il guettait le sentier.

— Nous l'avons semé, je crois, dit-il après un long silence. Que fait une Mimagi-Konta aussi loin de la ville ?

En disant cela, il s'était retourné vers elle, une expression sévère – bien que peu crédible à cause de ses traits doux et fins – collée sur son visage.

— Qu'est-ce qu'une Mi... Mima... enfin ce que vous avez dit que je suis ?

Le jeune homme ouvrit grand les yeux et la fixa comme si elle était la dernière des idiotes.

— Un Mimagi-Konta est un être dépourvu de magie et incapable d'apprendre à maîtriser le Thu'um.

— Le Thu'um ?

Margot était de plus en plus perdue à cause de tous ses termes qu'il employait et qui lui étaient inconnus. Il se gratta la tête, comme embêté par toutes ses questions.

— Tu ne sais pas non plus ce que c'est ?

Elle secoua la tête de gauche à droite avec une moue gênée. Elle venait à peine de rencontrer une personne qui ne semblait pas hostile qu'elle l'ennuyait déjà à cause de son ignorance...

— Ce n'est pas grave, finit-il par dire, un sourire bienveillant collé sur ses lèvres. Tu te rappelles au moins de qui tu es ?

— Je m'appelle Margot. Et vous ?

— Nikka. Je suis un Elfe des plages.

Margot papillonna des paupières. La chute avait dû être bien plus brutale que ce qu'elle pensait pour que son subconscient crée de toutes pièces un monde imaginaire... au point d'y incorporer des végétaux et animaux qui n'étaient pas sur Terre ainsi que des êtres surnaturels.

— Mais c'est impossible... souffla-t-elle, le regard perdu.

— Heu... Si, mais on n'en voit jamais parce qu'ils préfèrent rester sur l'archipel Filargywi. Les Elfes n'aiment pas vraiment se mélanger aux autres, rit-il nerveusement.

La jeune femme cligna des paupières, peu convaincue par ses paroles. Nikka se détourna d'elle, comme s'il cherchait quelque chose. Un sourire étira ses lèvres, puis il ferma les yeux. Ses oreilles prirent une teinte rosée. De la terre s'étira un serpent de sable suivit d'un filet d'eau. Margot resta sans voix alors qu'une petite mare se formait à ses pieds et que du sable fin s'infiltrait dans les trous de ses sandales. Elle reporta son regard sur son sauveur et eut un hoquet de surprise en le voyant. Son visage avait viré à l'écarlate et la pointe de ses oreilles était si violette qu'on aurait pu penser qu'une infection y couvait.

— Monsieur Nikka ! s'écria-t-elle lorsqu'elle le vit sur le point de s'écrouler.

Il ouvrit les yeux et ses oreilles reprirent une teinte normale. Sa respiration était hachée et ses yeux pleuraient du sang. Il la fixa un instant, reporta son attention sur la cuvette d'eau salée qu'il venait de créer avant de revenir poser ses iris océan sur la jeune femme.

— Margot, d'où venez-vous ?

— Je ne sais plus...

— Pas à moi. Au vu de vos réactions, vous vous souvenez parfaitement de toute votre vie. D'où venez-vous, Margot ?

Elle se mordit les lèvres. Même si cet homme, cet Elfe, lui avait sauvé la vie, elle n'était pas encore tout à fait sûre de pouvoir lui faire confiance. Cependant, le regard avec lequel il la sondait, la posture qu'il avait adoptée pour lui faire face et le silence dont il faisait preuve en attendant sa réponse la convainquirent.

— Je viens de la Terre.

Un sourire remplit de compassion et d'empathie étira les lèvres de l'Elfe.

— Comme vous avez dû le constater, Margot, nous ne sommes pas sur Terre...

— En effet, le coupa-t-elle. Ce rêve est on ne peut plus réaliste ! Tout ce que je ressens est tangible, tout ce que je pense est crédible. C'est la première fois que je fais un rêve lucide !

— Non, Margot, souffla-t-il. Vous n'êtes pas dans un rêve, mais dans un monde bien réel. Vous êtes sur Horswentia.

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