Chapitre 4

Notes de l’auteur : Bonjour à tous !

Je vous présente un nouveau chapitre de l’histoire d’Elena, j’espère qu’il vous plaira autant que les précédents.

J’accueille avec plaisir tous vos commentaires et remarques :)

Bonne lecture et bonne semaine !

Perchée sur une chaise, Elena attrape la boîte de Grant. « Hm… voyons voir… Jelly Bean et cookies aux noix de pécan. Si avec ça, je ne vais pas mieux, on ne peut plus rien pour moi ! » Elle range la boîte à sa place et remet la chaise derrière le bureau. Elle est seule à l’accueil ce matin, Grant n’arrivera pas avant 14h. Elle décide de profiter du calme de la matinée pour travailler un peu sur ses cours. Elle installe son ordinateur portable, ses livres, son énorme mug de thé noir à la bergamote et ses sucreries sur le bureau du guichet. Elle s’assoit et soupir : enfin tranquille. Elle va pouvoir avancer un peu dans ses révisions dans le calme. Elle allume son ordinateur, prend son mug à deux mains et s’enfonce dans son fauteuil de manière à envoyer à tout son corps le signal ultime de la sérénité dite : « préconcentration ».

Durant toute la matinée, Elena essaie par tous les moyens de se concentrer, avalant des litres de thé et se resservant plusieurs fois dans les trésors de Grant. Mais elle ne parvient pas à empêcher son esprit de divaguer. Tantôt perturbée par son dernier cauchemar, qui lui a laissé la sensation si réelle de brûler. Chaque fois qu’elle ferme les yeux, elle peut sentir les brûlures sur son corps et les liens lui ronger les poignets. Elle se sent alors immédiatement suffoquer et s’empresse d’ouvrir les yeux et de se focaliser sur autre chose pour oublier. Tantôt ressassant son étrange rencontre avec cette vieille dame, visiblement folle. Enfin, folle… qui est-elle pour la juger ? Elle que tout son entourage s’accorde à prendre pour une dingue. Que lui voulait-elle ? Plus étrange encore, comment connaissait-elle son prénom ? Et pourquoi la voix dans sa tête a-t-elle choisi pile ce moment-là pour faire son grand come-back ?

Elle ne parvient pas à s’ôter de la tête que cette vieille femme paraissait véritablement sincère et préoccupée. Elle ne peut pas nier non plus qu’une part d’elle, infime, très, très infime s’est immédiatement sentie apaisée par cette présence. Comme lorsque nous rencontrons un vieil ami que nous n’avons pas vu depuis très longtemps, mais dont nous étions très proches.

« Mon Dieu, déjà 12h00 ! Et je n’ai encore rien fait… Je n’y arriverais jamais… Ahh… Bon, pause déj’ ! Je serais plus performante cette après-midi, on y croit. Haut les cœurs. »

Elena se lève et attrape son sac à main sous le bureau, sort de la bibliothèque et ferme à clef après avoir déclenché l’alarme.

Elle se rend au Joe’s Takeaway, prend place à table et attend qu’une serveuse vienne prendre sa commande, en se plongeant dans la carte des menus.

« Bonjour mademoiselle. Qu’est-ce qu’on vous sert, aujourd’hui ? lui demande la petite serveuse blonde, visiblement peu encline à la bonne humeur, en mâchant ostensiblement son chewing-gum goût fraise.

– Euh… Eh bien, ce sera un petit Fish and chips avec une portion d’ail frit et un Bubble Tea goût passion, s’il vous plaît.

– C’est noté, je vous amène ça d’ici… une dizaine de minutes. » Elle s’éloigne en direction des cuisines après avoir noté la commande d’Elena sur son petit carnet.

Le restaurant est vide aujourd’hui. Il n’y a qu’elle et deux autres clients. L’un mange avidement son burger en consultant sa montre toutes les deux minutes. Il est visiblement pressé ou en retard. L’autre mange sa salade tout en étant concentré sur son ordinateur. Elena songe qu’il ne doit même pas savoir ce qu’il mange, tant son travail l’absorbe. Elle regarde par la fenêtre à laquelle elle est collée et se laisse elle-même absorber par la contemplation de l’extérieur. Le temps est nuageux, mais pas pluvieux, la rue bordée de maisons aux murs lessivés par les pluies tombées au fil des ans, fourmille de passants en pause déjeuner. Un jeune homme en jogging l’air fatigué, promène son setter qui urine contre une bouche d’incendie. Une jeune femme perchée sur de hauts talons et vêtue d’un tailleur-pantalon se presse dans la rue, oreillettes sans fils dans les oreilles, et semble ne plus percevoir le monde qui l’entoure au point de rentrer dans cette vieille dame qui cherche quelque chose dans son sac à main en attendant son bus. La jeune femme, trop occupée à parler seule, ne prend même pas la peine de s’excuser et laisse dans son sillage une vieille dame ahurie et outrée par cette jeunesse qui ne respecte vraiment plus rien.

Alors qu’elle se perd dans l’observation de ce petit monde en effervescence comme si elle n’en faisait pas partie, elle pense apercevoir la vieille dame étrange de l’autre jour. Surprise, elle a un mouvement de recul et vérifie. Le bus passe juste devant ses yeux et il n’y plus une trace de la vieille « dingo ». Elena secoue la tête, elle va vraiment devoir se reposer, au risque de définitivement perdre la tête…

« Un petit Fish and chips, supplément ail frit et un Bubble Tea ?

– Oui, merci.

– Je vous encaisse maintenant, si ça ne vous dérange pas.

– Très bien, pas de problème. Par carte s’il vous plaît.

– Super. 10 € s’il vous plaît. »

Elena lui tend sa carte, paye sans contact, la serveuse lui souhaite un bon appétit et s’éloigne. Elle déguste son repas avec gourmandise, s’essuie la bouche, les doigts, se pose une minute et s’en va.

 

L’après-midi est un peu plus productive. La bibliothèque étant très peu fréquentée, elle parvient finalement à se concentrer et obtient même l’aide de Grant, chargé de l’interroger sur ses connaissances moyennant un double café liégeois pour toute rémunération. Elena est soulagée : elle a enfin réussi à travailler un peu et elle a, contre toute attente, passé une excellente journée grâce à la complicité de son collègue préféré. La crise de ce matin est déjà bien loin, classée sans suite.

« À plus, Grant ! Merci pour le coup de main. Je te revaudrai ça, promis ! Joignant l’acte à la parole, elle fait claquer une bise sonore sur la joue du jeune homme qui se la frotte immédiatement faisant mine d’être dégoûté.

– J’espère bien ma grande, j’espère bien ! j’attends mon latte avec impatience… Rentre bien, fais attention à toi. »

 

Sur le chemin du retour, Elena se sent plus légère. Enfin prête à affronter ces foutus examens semestriels ! Elle profite de l’air frais de fin de journée et du calme de Drogheda, musique dans les oreilles.

Alors qu’il ne lui reste plus que quelques ruelles à traverser, son attention est attirée par un petit chat entièrement noir, à l’exception d’une tache blanche ornant sa poitrine, avec des yeux vert émeraude. Le regard de ce chat l’intrigue autant qu’il l’hypnotise, il lui semble irrationnellement familier. Elle se perd dans ce vert brillant, comme si le chat pouvait, par télépathie, communiquer avec elle, sonder son âme, la « voir » réellement.

Elena s’accorde à offrir quelques caresses au félin, qui ronronne à se briser les cordes vocales, se roulant sur le sol en présentant son abdomen à la jeune femme, se tortillant de plaisir. Le comportement plus qu’amical de l’animal amuse Elena qui se laisse séduire par ces habiles manœuvres.

« Qu’est-ce que tu es beau toi, dis-moi ! C’est un gentil chat, ça ! Oups, chatte. Pardon, Madame Minette. » La chatte la fixe, se redresse et se frotte contre ses jambes, comme on acterait une nouvelle amitié.

            Elena se relève à son tour et tente de chasser de ses vêtements les poils déposés par sa nouvelle amie. « Mademoiselle, je dois vous laisser, il faut que je rentre chez moi. Croyez bien que je le regrette ! » Et après, une dernière caresse d’adieu, elle se remet en marche.

            La chatte ne semble pas d’avis à la laisser partir si facilement. Elle la suit, au pied, comme un adorable petit chien. Elena tente de la faire fuir sans parvenir à faire renoncer l’animal qui semble particulièrement déterminé à se faire adopter. La jeune étudiante, se penche pour vérifier d’éventuels signes d’appartenance : pas de collier, pas de tatouage non plus… Reste à vérifier si elle est pucée… Elle n’est qu’à cinq minutes à pied du vétérinaire le plus proche, il ne s’agit que d’un tout petit détour. Et c’est pour la bonne cause. Elena prend le chat dans ses bras et se dirige vers la clinique vétérinaire.

 

            « Non, je suis formelle, cette petite chatte n’a pas de puce d’identification… Ce n’est pas faute de faire des campagnes de sensibilisation chaque année pourtant. Il faut croire que les gens ne prennent toujours pas conscience de l’importance de protéger ces pauvres petites bêtes… Enfin… Que souhaitez-vous faire d’elle ? La fourrière ne passera pas avant demain matin, je peux la garder au cabinet en attendant… À moins que vous n’ayez déjà craqué pour ses jolis yeux, évidemment… Mon Dieu, que t’as de beaux yeux, toi ! Une vraie petite beauté ! Alors ?

– Je pense que la fourrière ne sera pas nécessaire. Je vais la garder avec moi et demain je mettrais quelques affichettes dans le quartier pour retrouver ses propriétaires. Ne sait-on jamais…

– Très bien, mademoiselle ! Prenez bien soin d’elle ! Si j’étais à votre place, je me ferais peu d’espoir quant à retrouver ses maîtres… Quand on n’est pas capable de faire identifier son animal, en général on ne se fatigue pas trop pour le retrouver non plus…

– Hmm. On verra bien. Merci beaucoup, bonne soirée. »

Après l’avoir saluée à son tour, la vétérinaire lui ouvre la porte.

           

Elena arrive finalement chez elle, pleine de l’appréhension de la réaction de sa mère à la vue de cette petite surprise pleine de poils. « Il va falloir qu’on fasse équipe toutes les deux, elle ne va pas être facile à convaincre, c’est une coriace, ma mère… » L’animal vient coller son museau humide dans son cou, comme pour l’encourager à franchir le seuil.

« Maman ? Papa ? Il y a quelqu’un ?

– Elena ? On est au salon. »

            Elle expire profondément et entre dans la pièce.

« Mais qu’est - ce que c’est que ce truc ?

– Un chat… Enfin, je crois, ironise-t-elle. Elle voit un sourire en coin se dessiner sur la bouche de son père, signe qu’il sent que la bataille va être animée.

– Sors-moi ce truc, d’ici ! Pas de bestiole sous ce toit, c’est la règle. Ça l’a toujours été et tu le sais très bien. Non, non, c’est hors de question. En plus, il va me mettre des poils partout…

– Elle…

– Pardon ?

– Ce n’est pas “il”, c’est “elle”. Et je sais que tu as toujours refusé d’avoir un animal à la maison. Je ne te demande pas de l’adopter ou de t’en occuper, seulement je reviens de chez le vétérinaire, elle n’est pas identifiée et ne porte pas de collier. La vétérinaire voulait la mettre en fourrière ! Tu te rends compte ? Regarde cette bouille… On ne peut pas accepter de mettre cette pauvre petite puce en fourrière… Ce ne serait pas très chrétien, lui oppose-t-elle avec une moue suppliante. »

Sa mère soupire et s’apprête à répondre fermement, mais Brian lui coupe l’herbe sous le pied :

« Aisling, ma chérie, ta fille n’a pas tout à fait tort… Ce ne serait pas très charitable de notre part de fermer la porte de notre foyer à cette pauvre petite créature sans défense, ajoute-t-il, adressant un clin d’œil complice à Elena. Et puis, tu ne peux pas nier que la présence de ce petit protégé pourrait faire le plus grand bien à notre fille. Les bienfaits de la ronron thérapie sont scientifiquement reconnus…

– Dès demain, je m’occupe de coller des affichettes pour retrouver ses propriétaires, jure-t-elle. »

Aisling observe sa fille, puis son mari, semble réfléchir, peser le pour et le contre, juger des plaidoyers des deux complices… Ses yeux se posent finalement sur le chat.

« Arf… Comme vous voudrez. Mais ne comptez pas sur moi pour m’occuper de cette chose ! Et que mes vêtements ne se retrouvent pas couverts de ses poils, sinon oust ! abdique-t-elle. »

            Père et fille échangent un regard complice et laissent exploser leur joie en silence dans le dos de la mère de famille. Brian fait signe à sa fille de monter son petit compagnon dans sa chambre avant que sa femme ne change d’avis et elle s’exécute avec le sourire, ravie de sa victoire.

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