Chapitre 39

Notes de l’auteur : Bonjour ! C'est encore un chapitre très sombre, mais qui clôt définitivement l'arc des bas-fonds...

TW : Angoisse / Drogue / (Mention de) viol

Une violente bourrasque projeta Sebastian contre le mur, qui trembla sous la force de l’impact.

— Si tu dois utiliser des artefacts, assure-toi qu’ils soient suffisamment puissants, cracha Altaïs.

Des bruits de pas retentirent à l’extérieur et des coups résonnèrent contre la porte. Sebastian ne répondit pas tout de suite, et Altaïs leva une main, l’air menaçant. Aussitôt, des dizaines de cristaux de glace acérés se matérialisèrent autour de Sebastian, qui lança d’une voix forte :

— Je ne veux pas être dérangé !

Les pas rebroussèrent chemin, et ils se retrouvèrent à nouveau seuls. Altaïs s’approcha, sa magie s’agitant furieusement autour de lui. Les meubles et les objets se renversèrent sur son passage. Il fit un geste de la main en direction de la porte, et celle-ci se couvrit d’une épaisse couche de glace en quelques instants.

Sebastian se redressa, l’air mauvais.

— Tu penses être sorti d’affaire parce que tu as fait un petit tour de magie ?

Altaïs bougea avec une vitesse fulgurante, aussi rapide qu’un courant d’air. Son pied s’écrasa sur le ventre de Sebastian, qui se retrouva à nouveau plaqué contre le mur. Son coup manquait de force, mais il était vif et précis. Il grimaça furtivement quand un éclair de douleur traversa son pied d’appui, sa cheville blessée.

Sebastian dut s’en rendre compte, car sa propre magie frappa le sol, là où se tenait Altaïs un instant plus tôt. Celui-ci recula de quelques pas, et le fixa avec haine.

— Tu ne poseras plus jamais un seul doigt sur moi ! gronda-t-il.

— Oh si, rétorqua l’homme. Et quand j’en aurai fini avec toi, tu souhaiteras seulement que j’abrège tes souffrances d’une mort rapide !

Altaïs frappa à nouveau, toujours aussi vif. Son poing heurta violemment la pommette de Sebastian avant qu’il ne recule, pour se remettre hors d’atteinte. L’homme poussa un cri de rage et tendit sa main devant lui. Une vague de magie s’en échappa, aussi tranchante qu’une lame affutée.

Altaïs bondit sur le côté, l’esquivant de justesse, mais une ligne de feu apparut tout de même sur sa joue. Il aurait préféré avoir une arme, mais il ne savait pas où s’était perdue la dague que Sebastian lui avait retirée. Sans doute était-elle tombée quelque part.

Il asséna un nouveau coup, aussi insaisissable que le vent. Mais cette fois, il n’eut pas le temps de reculer que Sebastian lui attrapait brutalement le poignet, l’enserrant d’une poigne de fer. Altaïs le frappa, mais sans élan, il ne causa aucun dommage. L’homme ricana face à ses efforts vains. Son poing heurta violemment la joue du prince, qui serait probablement tombé si Sebastian ne le tenait pas fermement.

— Et maintenant ? demanda-t-il, moqueur. Que vais-je faire de toi ?

Altaïs releva ses iris pâles vers son visage. Du sang recouvrait sa lèvre à l’endroit où celle-ci s’était fendue suite au coup de Sebastian.

— Et maintenant je te tue, souffla-t-il.

Le rire de Sebastian s’étouffa alors qu’un froid glacial l’envahissait soudain. Il abaissa son regard vers sa main, qui enserrait toujours le poignet d’Altaïs, et découvrit de la glace serpentant lentement sur sa peau, remontant de plus en plus haut sur son bras. Il eut un mouvement de recul, mais il était trop tard. La glace ne s’arrêtait plus.

— C’est fini.

Altaïs posa un regard indéchiffrable sur Sebastian, alors que celui-ci s’effondrait à genoux, le corps rongé par le froid.

— Tu ne pourras plus faire de mal désormais.

Sebastian releva les yeux vers Altaïs, et un rictus étrange déforma ses lèvres.

— Que tu crois, railla-t-il. Tout restera à jamais gravé dans tes souvenirs. Où que tu ailles, quoi que tu fasses, dès qu’on te touchera… Je serai présent à chacun de tes pas.

La glace avait atteint son épaule et se propageait vers son cœur et vers son visage. Altaïs l’observa sans que la moindre émotion ne vienne troubler son regard. Quelques instants plus tard, il ne resta plus devant lui qu’une statue de glace.

— Mais d’autres ne connaîtront pas cette souffrance, murmura-t-il tristement.

De la buée s’échappa de sa bouche. La glace se répandait maintenant sur le sol, sur les murs, refroidissant drastiquement la température ambiante. Altaïs ne contrôlait plus sa magie. Il ferma douloureusement les yeux. La colère avait laissé place à un vide béant.

Il jeta un bref coup d’œil vers la porte bloquée, qui devrait lui faire gagner un temps considérable. Puis, il se dirigea vers la seule fenêtre de la pièce et l’ouvrit d’un geste tremblant. Il était suffisamment svelte pour s’y faufiler, et il n’était qu’à deux étages au-dessus du sol. Il devait seulement faire attention à bien se réceptionner. Il enjamba le rebord, et se laissa tomber dans le vide.

 

***

 

Lug attendait avec une angoisse grandissante. Les minutes défilaient, mais rien ne se passait. La magie d’Altaïs restait obstinément silencieuse. À tel point qu’il commençait à douter du plan qu’il avait proposé. Le prince était le seul à pouvoir atteindre Sebastian sans qu’ils n’aient à subir de lourdes pertes, car l’homme ne résisterait jamais à la tentation que représentait Altaïs. Mais Lug avait conscience qu’il l’avait pour cela envoyé dans la gueule du loup. Seul, les mains liées, avec pour unique arme une petite dague capable de tout trancher.

Il savait le jeune homme puissant et doté d’une volonté sans faille, d’autant plus que Natt lui avait confirmé qu’il avait retrouvé l’usage de sa magie. Mais malgré ce qu’avait affirmé Altaïs, son esprit parviendrait-il à supporter de se retrouver face à l’un de ses bourreaux ?

Une pointe de culpabilité l’envahit. Les choix les plus importants étaient parfois les plus durs à faire et les plus lourds à porter.

Pourtant, à cet instant, il fut tenté d’ordonner à se hommes d’intervenir. Il leva lentement une main, et…

La magie d’Altaïs explosa dans l’air avec colère. Lug se redressa vivement et poussa un soupir de soulagement. Quelques longues minutes passèrent encore, puis il sentit la magie du jeune homme se calmer. Il entendit le faible grincement d’une fenêtre qui s’ouvre. Il n’hésita pas un instant avant de disparaître, alors qu’une brève lumière éclatait dans la rue.

 

***

 

Lug rattrapa Altaïs à moins de deux mètres du sol et disparut à nouveau dans un flash. Ils réapparurent bien plus loin, à la lisière des bas-fonds. Mais alors que leurs pieds heurtaient le sol, Altaïs le repoussa brutalement.

— Écarte-toi !

Ses jambes se dérobèrent, incapables de le porter, et Lug se précipita à ses côtés, prenant garde à ne pas le toucher. Natt sortit aussitôt de l’ombre, où il s’était dissimulé en les attendant, mais resta figé face à la scène qui se déroulait sous ses yeux. Altaïs était agité de tremblements incontrôlables et haletait désespérément à la recherche d’air.

— Que s’est-il passé ? demanda Lug au prince.

— Je l’ai tué…

Il fut soudainement pris d’un haut-le-cœur, mais ne parvint qu’à vomir un filet de bile. Lug échangea un regard inquiet avec Natt. Altaïs était visiblement en proie à une crise de panique.

Natt s’agenouilla près de lui.

— Altaïs !

Sa voix claqua sèchement dans l’air, mais son frère ne sembla pas l’entendre. Il suffoquait.

— Concentre-toi sur ta respiration.

Respirer.

Altaïs tenta d’inspirer profondément, mais il hoqueta douloureusement et ses doigts se refermèrent brusquement sur le sol, griffant la terre et la pierre.

— Altaïs.

La voix de Natt résonna plus doucement.

Respirer.

Le prince ferma les yeux, à la recherche d’une chevelure blonde et d’un doux regard émeraude. Il inspira, lentement. Oublier la douleur. Expira. Oublier le dégoût. Inspira à nouveau. Oublier la peur. Expira. Oublier la honte.

Respirer.

Il ne sut pas combien de temps passa lorsqu’il rouvrit enfin ses yeux baignés de larmes.

— Je suis désolé de t’avoir infligé ça, murmura Lug.

Altaïs secoua faiblement la tête. Un sanglot lui échappa.

— Aide-moi, supplia-t-il d’une voix cassée, en regardant son frère droit dans les yeux.

Natt acquiesça doucement, et tendit ses doigts vers le front du jeune homme, l’effleurant à peine. Il le rattrapa agilement lorsqu’Altaïs bascula en avant. Puis, il se releva et le souleva comme s’il ne pesait rien.

Natt tourna son regard vers Lug.

— Je pense que cela suffira pour ce soir. Je viendrai te voir demain pour faire le point.

Lug se redressa et ses yeux ambrés se posèrent sur Altaïs avec inquiétude.

— Fais attention à lui.

Le regard de Natt s’abaissa à son tour vers le visage endormi de son frère.

— Quelqu’un prendra bien mieux soin de lui.

 

***

 

Cela faisait des heures qu’Alexander tournait en rond dans les appartements leur ayant été attribués. Il maudissait Natt de l’avoir empêché de les accompagner. Il maudissait Lug de n’avoir pas trouvé d’autre moyen que de faire appel à Altaïs. Et il n’était pas loin de maudire son compagnon, pour avoir accepté sans hésitation de se précipiter dans ce piège.

Altaïs pouvait affirmer ce qu’il voulait et faire face à tout ce qui lui tombait dessus avec une volonté infaillible, Alexander connaissait mieux que personne les cassures de son âme. Parce qu’il le voyait s’effondrer lorsqu’ils étaient seuls. Parce qu’il était témoin de la violence de ses cauchemars. Qu’il se jette ainsi dans la gueule du loup, sans même pouvoir l’accompagner, le rendait fou.

Quelques coups discrets résonnèrent contre la porte. Alexander se précipita pour l’ouvrir. Natt apparut dans l’encadrement, portant dans ses bras son frère, inconscient.

— Que s’est-il passé ? demanda vivement Alexander, rongé par l’inquiétude.

Natt entra dans le salon.

— Il est seulement endormi.

Les sourcils du Protecteur se froncèrent et Natt lui jeta un regard en biais.

— Il me l’a demandé, précisa-t-il en se dirigeant vers la chambre.

— Que s’est-il passé ? répéta Alexander, d’un ton dangereusement calme.

— Ce qui devait être fait.

Natt déposa précautionneusement Altaïs sur le grand lit. Il revint dans le salon, fermant derrière lui la porte de la chambre.

— Vous l’avez envoyé tuer Sebastian, murmura Alexander.

— Oui.

Alexander le plaqua violemment contre le mur, l’air furieux. Natt conserva son visage imperturbable, mais ne se déroba pas.

— Êtes-vous complètement stupide ? gronda le Protecteur d’une voix sourde.

— J’ai fait ce qui était le mieux pour limiter les pertes tout en m’assurant que les bas-fonds retrouvent un semblant d’équilibre.

Entre autres.

— Vous avez encore une fois sacrifié votre frère !

— Je ne l’ai obligé à rien.

Le poing d’Alexander s’écrasa violemment contre le mur, à quelques centimètres du visage de son ancien supérieur. Natt ne cilla pas.

— Ne me faites pas croire un seul instant que vous ignoriez où il a été retenu et ce que Sebastian représentait pour lui !

Il ne nia pas.

— Dites-moi au moins que vous ne l’avez pas envoyé seul là-bas !

Le silence de Natt fut éloquent et Alexander dut faire appel à tout son sang-froid pour se retenir de le frapper, mais il ne put refouler un cri de colère. Il s’éloigna de quelques pas, inspirant profondément.

— Vous allez le détruire, dit-il lentement. Un jour viendra où il ne pourra plus supporter tout ce qu’il se retrouve obligé d’encaisser depuis des années.

— Il est de sang royal, cela implique des sacrifices.

Alexander le foudroya du regard.

— Si vous tenez un tant soit peu à lui, laissez-le partir.

Natt ne répondit pas immédiatement, et lorsqu’enfin il prit la parole, le visage d’Alexander se décomposa.

— Vous savez bien que c’est impossible.

Natt tourna les talons, un inhabituel pincement au niveau du cœur. La mort dans l’âme, Alexander le regarda faire, avant de se diriger lentement vers la chambre.

Altaïs était allongé sur le lit, endormi. Ses traits fins étaient lisses, dépourvus de toute émotion. À cet instant, il était semblable à l’une des nombreuses statues de marbre du palais. Alexander s’assit sur le matelas. Ses doigts se resserrèrent furieusement autour des draps lorsqu’il aperçut la lèvre meurtrie du prince. L’envie de frapper quelque chose, ou quelqu’un, surgit à nouveau, plus violente que jamais.

Doucement, il s’allongea près d’Altaïs, et posa sa tête contre son épaule, l’esprit envahi par de sombres pensées.

 

***

 

Altaïs tremblait de manière incontrôlable, couvert de sueur froide. Sans doute la fièvre était-elle en partie responsable. Mais il savait qu’il s’agissait surtout de la conséquence du manque. Cela faisait trop longtemps que la drogue n’avait pas envahi son organisme. Trop longtemps qu’il luttait contre.

Appuyé contre le mur dans un coin de sa chambre, il avait ramené ses genoux contre sa poitrine. Le moindre mouvement était douloureux, le moindre choc qui heurtait son corps engendrait une vague de souffrance intolérable. Ses autres sens étaient également affectés. La lumière trop vive brûlait ses rétines. La plus infime odeur lui donnait envie de vomir. Chaque son résonnait dans son crâne avec autant de force qu’une enclume.

Il avait atteint un point critique. Il savait que s’il résistait encore un peu, son corps accepterait l’absence de drogue.

La porte de sa chambre s’ouvrit avec un grincement. Il ne redressa même pas la tête, trop épuisé pour cela. Il savait de toute façon qui venait d’entrer. Le pas lourd de Sebastian s’arrêta juste devant lui.

— Tu es vraiment dans un sale état, se moqua-t-il.

Il s’accroupit près de lui et passa une main dans ses mèches sombres, tirant dessus pour le forcer à relever la tête. Altaïs laissa échapper un gémissement de douleur.

— C’est douloureux, n’est-ce pas ? susurra Sebastian. Je sais à quel point tu souffres… Il te suffirait de prendre cette drogue pour que cela s’apaise…

Altaïs détourna la tête.

— Tu sais que je ne le ferai pas, souffla-t-il.

Depuis plusieurs jours, Sebastian ne parvenait plus à lui injecter cette satanée drogue. Parce que sans qu’il ne parvienne à comprendre pourquoi, sa magie semblait soudainement se réveiller et le protéger, avant de disparaître dès que l’homme s’éloignait.

Altaïs était en train de gagner ce combat. Sebastian avait perdu trop de temps, sans doute parce qu’il pensait être capable de le faire plier.

— Dommage… Tu supporterais plus facilement ce qui t’attend cette nuit.

Altaïs frémit à peine. Cela faisait deux ans qu’il endurait les viols répétés de l’homme et de quelques-uns de ses amis. Et ce n’était pas la première fois qu’il se retrouvait dans cet état. Sebastian l’avait déjà privé plusieurs fois de drogue pour le plaisir de le voir supplier.

L’homme fit glisser un doigt sur sa joue, et Altaïs ne put retenir un nouveau tremblement, de dégoût cette fois-ci. Le doigt releva légèrement son menton.

— Regarde-moi… Je veux que tu saches à qui tu appartiens.

Les iris pâles étaient voilés, et paraissaient le traverser sans le voir.

— Je ne t’appartiendrai jamais.

Sa voix était à peine plus élevée qu’un murmure. Sebastian attrapa ses poignets et les plaqua violemment contre le mur.

— Bien sûr que si…

Altaïs secoua faiblement la tête.

— Tu as peut-être mon corps, mais cela s’arrête là.

Parler devenait difficile.

— Demain, je contacterai Elaran… Je doute qu’il soit ravi de ce que j’aurai à lui dire.

Une ombre traversa le visage d’Altaïs. L’enfer n’était pas prêt de s’arrêter. Il allait seulement changer de visage.

Sebastian posa l’une de ses mains sur la tunique, et la délaça habilement, révélant la peau claire parsemée de traces de violence. Altaïs n’essaya même pas de le repousser, il avait conscience que ses forces l’abandonnaient. S’il voulait traverser la nuit qui l’attendait, il était obligé de se ménager. La honte l’envahit brusquement à cette pensée. Il allait le laisser faire. Sebastian se redressa.

— Lève-toi, ordonna-t-il.

Altaïs ne bougea pas. Il luttait déjà pour rester conscient. Sebastian émit un claquement de langue agacé et le releva de force. Le jeune homme ne tenait pas debout. Il le jeta sur le lit sans douceur, lui arrachant un nouveau gémissement.

— Je te laisse une dernière chance… Prends cette drogue, tu sais que la douleur sera atroce si tu ne le fais pas. Et je te jure qu’à la fin de cette nuit, tu regretteras de ne pas m’avoir écouté.

Les iris de la couleur du ciel s’éclairèrent d’une étrange lucidité lorsqu’il souffla :

— Jamais…

Sebastian émit un soupir rieur.

— Comme tu veux.

Quelques instants plus tard, Altaïs étouffait un premier cri en serrant les dents. Une larme roula sur sa tempe avant de se perdre dans ses mèches sombres, alors qu’il fixait obstinément le plafond.

 

Altaïs se réveilla brusquement. Il se redressa en hoquetant alors que tout ce qu’il s’était passé la veille lui revenait de plein fouet. Sa respiration se coupa sous le choc.

— Altaïs !

Une main douce se posa sur son bras, mais il la rejeta violemment. Il ferma les yeux. Il ne voyait rien d’autre que le salon de Sebastian et les mains de l’homme sur son corps. Encore. Il avait pourtant espéré que cela ne se reproduise plus jamais. Ses ongles s’enfoncèrent dans sa peau, la griffant sans pitié dans l’espoir de faire disparaître cette sensation. Il voulait oublier. Que les viols qu’il avait subis sortent de sa tête.

— Altaïs… Je suis là. Écoute-moi.

La voix était chaude, chaleureuse, emplie d’une tendresse infaillible. Une douce magie envahit le corps du jeune homme et, lentement, le souffle d’Altaïs se calqua sur celle d’Alexander.

— C’est fini, murmura ce dernier. Il est mort. Il ne te touchera plus jamais.

Altaïs rouvrit les yeux, mais son regard baigné de larmes semblait encore ailleurs. De longues minutes passèrent, dans un silence entrecoupé par la respiration haletante du prince. Celle-ci finit par s’apaiser, mais ses iris pâles fixaient toujours le vide.

— Je pensais être prêt, lâcha-t-il finalement du bout des lèvres. Je pensais pouvoir lui faire face, me débarrasser d’une partie de mes cauchemars. Mais…

Sa voix s’étrangla. Alexander ne l’interrompit pas, lui laissant le temps de récupérer son souffle. Puis, le jeune homme reprit la parole, déroulant le fil des évènements, comme si raconter ce qu’il s’était passé lui permettait d’alléger le poids qui pesait sur son cœur. Il buta sur plusieurs mots, et sa voix flancha à de nombreuses reprises.

Mais Altaïs, dont la plupart des souvenirs étaient verrouillés depuis des années, parvenait pour la première fois à poser des mots sur un évènement qui l’avait cruellement marqué. Alexander l’écouta, réprimant la rage qui montait en lui et permettant à Altaïs de se délaisser un instant de la sienne.

Pendant trop longtemps, le prince n’avait tenu que grâce à sa colère. Aujourd’hui, il parvenait enfin à accepter de ne plus lutter seul.

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petite_louve
Posté le 03/09/2021
Encore un chapitre très bien mené, avec des descriptions au top, comme toujours ‘ les émotions se transmettent aux lecteurs et on souffre avec Altaïs qui n’a pas surmonté ses traumatismes et c’est naturel. Ce n’est pas en tuant Sébastian que les souvenirs s’effaceront. Je comprends aussi la colère d’Alex, je serai dans le même état que lui à sa place !!

Bravo pour l'écriture !
Mathilde Blue
Posté le 08/09/2021
Coucou !

Oui clairement, Altaïs a beau se débarrasser de Sebastian, ça ne suffira pas pour qu'il surmonte ses traumatismes (au contraire même)... Et la colère d'Alex est tout à fait légitime dans la mesure où Natt a clairement sacrifié son frère...

À tout de suite :*
Cherry
Posté le 19/08/2021
Saluuuuuuuut ! je me fais un plaisir d'être ton 300ème commentaire pour le Prince Déchu :) c'est incroyable le cap que tu as franchis ^^ je me rappelle de la bonne vieille époque, en novembre...

Alors que dire ? Que dire ?! Je ne vais pas encore me plaindre ou t'accuser même si j'en ai très envie

Je suis heureuse que ce Seb soit mort, mais je suis mitigée... Les traumatismes d'Altaïs disparaitront pas pour autant. MAIS y'a un truc qui me dérange un peu. Du genre... les dernières paroles de Seb sont pas très naturelles, quand on s'apprête à mourir on n'est pas aussi calme et maîtrisé que ça. Limite Seb s'y attendait ! Je le voyais plutôt paniquer et injurier Altaïs. Au lieu de ça, je trouve qu'il est mort comme un méchant de conte de fées avec des paroles un peu clichés.... Je trouve que sa mort manquait de naturel.

Mais Natt et Altaïs sont vraiment trop mim's ensemble, c'est exactement ça qu'on voulait. En fait, il a fallu à Natt 39 chapitres pour enfin réagir. Bravo bonhomme :/ Leur relation est très conflictuelle mais je sens qu'ils seront toujours là l'un pour l'autre malgré leurs différends.

"Mais Lug avait conscience qu’il l’avait pour cela envoyé dans la gueule du loup. Seul, les mains liées, avec pour unique arme une petite dague capable de tout trancher." euh sérieux ? C'était ça leur plan ? je suis pas DU TOUT convaincue, vraiment c'est un plan ultra dangereux et y'a pas de plan B. C'est très inconscient de leur part... Je m'attendais à une meilleure préparation en amont, surtout que Natt est issu de l'armée, donc il doit avoir de meilleurs idées et stratagèmes

"— Quelqu’un prendra bien mieux soin de lui." Alex a officiellement été validé par la famille d'Altaïs :D c'est une bonne nouvelle ça

"— Il est de sang royal, cela implique des sacrifices." j'étais pas d'accord sur le coup, mais avec du recul c'est vrai. Et je pense qu'Alex peut pas comprendre cette mentalité vu qu'il est pas issue de la même classe sociale qu'Altaïs. J'imagine qu'il aura bientôt cette prise de conscience, ce serait intéressant de voir la différence d'éducation entre A et A

"À cet instant, il était semblable à l’une des nombreuses statues de marbre du palais." : cette phrase me rappelle trop le chapitre 1, parce qu'Alex l'avait déjà comparé à des statues de marbre il me semble, mais voilà, c'est juste trop romantique T_T on dirait qu'il retombe amoureux de lui à chaque chapitre, je fonds littéralement (give him a standing ovation)

"il s’allongea près d’Altaïs, et posa sa tête contre son épaule, l’esprit envahi par de sombres pensées." : je commence à me poser des questions sur la santé mentale d'Alex, parce que depuis le début il est le plus stable des deux si je puis dire, et il a toujours été fort. Mais là, s'il a des pensées sombres, c'est inquiétant et alarmant........ tu m'avais dit qu'il était en crise d'existence, et j'y croyais pas trop parce que je ne le voyais pas

"le souffle d’Altaïs se calqua sur celle d’Alexander." : wow, ils sont en synchronisation comme s'il y avait du bluetooth entre eux xD je me demande si c'est possible, mais dans ce cas ça voudrait dire que leurs petits cœurs battent en rythme ?! mais c'est un million de fois plus mignon

"Aujourd’hui, il parvenait enfin à accepter de ne plus lutter seul." T-T c'est une phrase très puissante

Petite coquille : "Pourtant, à cet instant, il fut tenté d’ordonner à se hommes d’intervenir." : SES hommes

Je suis contente qu'Altaïs ait fait un pas en avant en tuant Seb et qu'il se confie à Alex, parce que ça montre sa volonté de vouloir aller de l'avant, mais parfois confronter son agresseur peut être encore plus douloureux, alors je me demande si c'était le bon choix... Surtout au vu de la crise de panique d'Altaïs qui intervient après. Se venger en tuant, c'est pas une bonne option (mais qui suis-je pour dire ça sachant que mon histoire est pas mieux ?) même si je sais que c'était pour libérer les bas fonds de son emprise ! Mais faire couler du sang n'est jamais une bonne option, surtout si ce sont des personnes avec des traumatismes qui se salissent encore les mains pour le bien-être des autres.

Lol, j'ai l'impression d'être contradictoire mais je pense à pleins de choses dans ma tête, c'est l'ébullition totale xD et puis j'ai l'impression de parler comme une grand-mère moralisatrice

à très bientôt ^^

des bisouilles à la cerise <8
Mathilde Blue
Posté le 20/08/2021
Coucou :D Ohlala t’as raison, ça passe vite le temps T_T J’ai l’impression que novembre était il y a une éternité !

« Alors que dire ? Que dire ?! Je ne vais pas encore me plaindre ou t'accuser même si j'en ai très envie »
Waouh, ce doit être la première fois que tu te retiens xD

Alors concernant ce qui te pose problème au sujet des dernières paroles de Sebastian, il n’est pas du genre à paniquer de cette manière même si sa mort est proche. Il a conscience qu’il vit une vie dangereuse, et il est très « joueur », donc il comprend qu’il a perdu, mais ses paroles ce sont un peu sa façon de rappeler à Altaïs qu’il ne gagnera jamais vraiment face à lui, quand bien même il le tue. Est-ce que ça éclaire un peu les choses sous un angle différent ?

Et oui, la relation entre Natt et Altaïs évolue enfin un peu (dommage qu’il faille en arriver là pour ça…), et montre que Natt n’est pas aussi indifférent qu’il le laisse croire !

« C'était ça leur plan ? je suis pas DU TOUT convaincue, vraiment c'est un plan ultra dangereux et y'a pas de plan B. »
En fait le problème de leur plan, c’est qu’il reposait en grande partie sur le mental d’Altaïs, qu’ils ont tous surestimé (si Altaïs n’avait pas paniqué, il y avait de grandes chances pour que ça tourne rapidement en leur faveur), quant au plan B il y en avait un (si Lug avait fait appelé ses hommes), mais il impliquait des morts.

« j'étais pas d'accord sur le coup, mais avec du recul c'est vrai. Et je pense qu'Alex peut pas comprendre cette mentalité vu qu'il est pas issue de la même classe sociale qu'Altaïs. »
Effectivement, Alex voit les choses très différemment, mais pour le coup ça ne relève pas seulement de leur différence de classe sociale, mais aussi du fait que son but est de voir Altaïs heureux peu importe ses origines royales.

« cette phrase me rappelle trop le chapitre 1, parce qu'Alex l'avait déjà comparé à des statues de marbre il me semble, mais voilà, c'est juste trop romantique T_T on dirait qu'il retombe amoureux de lui à chaque chapitre, je fonds littéralement (give him a standing ovation) »
Oui c’était un petit clin d’œil au premier chapitre T_T Et il y a un peu de ça, ils s’aiment un peu plus chaque fois qu’ils se voient T_T

« je commence à me poser des questions sur la santé mentale d'Alex, parce que depuis le début il est le plus stable des deux si je puis dire, et il a toujours été fort. Mais là, s'il a des pensées sombres, c'est inquiétant et alarmant........ tu m'avais dit qu'il était en crise d'existence, et j'y croyais pas trop parce que je ne le voyais pas »
Ben maintenant tu le vois du coup x) Mais blague à part, la violence omniprésente dans ce château et la souffrance d’Altaïs ont forcément un impact sur lui, même s’il est le plus stable des deux depuis le début.

« wow, ils sont en synchronisation comme s'il y avait du bluetooth entre eux xD je me demande si c'est possible, mais dans ce cas ça voudrait dire que leurs petits cœurs battent en rythme ?! mais c'est un million de fois plus mignon »
Bah y a pas de raison que ce ne soit pas possible x) C’est comme essayer de s’aligner sur le rythme des pas de quelqu’un ^^

« c'est une phrase très puissante »
Altaïs progresse T_T

Après c’est certain que la vengeance n’est pas forcément la meilleure option, surtout pour Altaïs qui se laisse facilement engloutir par ses émotions. Il n’était pas forcément prêt non plus, même s’il le voulait le croire, mais il voulait avancer et pour lui c’était la seule façon d’y parvenir… Mais il est loin d’être guéri de ses traumatismes…

Plein de bisouilles <3 (On t'a toujours dit que des fois tu ressemblais à une grand-mère :p)
dodoreve
Posté le 18/08/2021
Henlo ! J'ai trouvé ce chapitre plus dur à lire que le précédent, mais si au moins l'arc des bas-fonds est terminé, c'est un vrai soulagement. Altaïs s'est surmené, je ne sais pas si c'est parce que je lis en fin de journée mais ça m'épuise de me projeter en lui. ô_ô
La mort de Sebastian est apaisante sans l'être, enfin elle ne véhicule aucune "satisfaction" dans le sens où il reste évidemment traumatisé... enfin comme lui, je préfère le savoir mort, et c'est assez fou que malgré ses difficultés au début, Altaïs ait su retrouver sa force à ce point confronté à lui.
Un truc que j'ai beaucoup aimé autrement, c'est la manière dont Natt est à ses côtés quand il le retrouve, qu'il l'aide à respirer, et qu'il l'endort à la fin à la demande de son frère. Comme l'évolution de leur relation me parle forcément ça m'intéresse beaucoup, parce que c'est un grand pas vers la confiance. ^^
Le souvenir est assez terrible évidemment, et tu mentionnes le verrou qui était posé sur la mémoire d'Altaïs : il est directement question d'Elaran, alors est-ce que ça changera quelque chose ? Sachant que légalement ou non, la prochaine étape c'est un peu de congeler tonton ?
Bref, comme toujours hâte de lire la suite, surtout si elle s'annonce moins dure que ce qu'on a eu là (on est dans un palais remplis de shlags mais c'est plus facile à vivre que ça). Bonne semaine et à bien vite <3
Mathilde Blue
Posté le 18/08/2021
Coucou !

Oui ce chapitre était assez dur… Tu imagines ma joie lorsque j’ai dû l’écrire… Moi aussi j’étais épuisée T_T À l’origine le souvenir d’Altaïs ne venait que plus tard, mais finalement je trouvais plus approprié de le placer ici, afin de clore définitivement la partie sur les bas-fonds. Mais oui Altaïs a trouvé la force d’affronter Sebastian et de le tuer !

Je suis d’accord avec toi sur l’évolution de sa relation avec Natt, ils ont enfin fait un pas en avant ! Natt n’est pas aussi indifférent avec son frère qu’il ne le montre…

En ce qui concerne le souvenir d’Altaïs, en soi celui-ci est toujours verrouillé, mais c’est vrai que la suite peut prêter à confusion : ce qu’Altaïs raconte à Alexander concerne ce qu’il vient de vivre, il ne peut toujours pas briser les verrous sur les souvenirs qui remontent à avant leur rencontre (plus ceux qui inculpent Elaran pendant la fuite).

Merci pour ton commentaire, j’espère que la suite te plaira <3 On arrive sur la dernière ligne droite !
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