Chapitre 34 : Après la victoire

Par Isapass

Chapitre 34 : Après la victoire

 

Venzald

 

La grande salle du Conseil, encore déserte, résonnait d’échos solennels. Les deux flambées qui brûlaient dans les cheminées monumentales ne suffisaient pas à adoucir l’atmosphère coupante qui régnait dans la pièce. Dans la nuit, la température avait chuté drastiquement. Venzald se posta devant l’une des fenêtres et se débarrassa de la cape qu’un valet lui avait apportée en courant après l’avoir vu en surcot. Il avait perdu l’habitude d’être servi, l’empressement des domestiques le mettait mal à l’aise. D’autant qu’après la gêne de la veille, au moment du coucher — il s’était dirigé sans réfléchir vers son ancienne chambre, avant de réaliser qu’Elvire la partageait maintenant avec son frère —, une armée de servantes avait préparé pour lui les appartements de son père, sur ordre du vieil intendant. Le fantôme d’Einold et le souvenir de son épouvantable agonie l’avaient accompagné jusqu’aux petites heures, chassant un sommeil déjà improbable qui avait pourtant fini par le terrasser à l’aube. Et ce matin, un valet se tenait à son chevet quand il avait ouvert les yeux, prêt à l’aider pour sa toilette ; il avait bondi en cherchant son épée, effrayant le pauvre garçon, avant de se rappeler où il était.

La fenêtre donnait sur le sud, surplombant les étages de Terce, le fleuve et la plaine où fleurissaient encore les milliers de tentes des deux armées. Pourtant, son regard ne dépassa pas les carreaux. Le givre les étoilait de formes si parfaites qu’elles en semblaient surnaturelles. Personne à ses côtés à qui montrer ces minuscules merveilles. Alix les aurait adorées. Elle aurait soufflé sur le verre jusqu’à en faire fondre une. Mais elle n’avait pas été conviée au Conseil à cause de son jeune âge ; elle n’avait même pas protesté, d’ailleurs. Le chagrin l’avait rendue presque muette. Quant à Themerid, il n’aurait pu se tenir assez près pour contempler les étoiles avec lui. Abreuvé de la potion d’Ensgarde et d’Iselmar depuis leurs retrouvailles, il ne souffrait pas, mais les deux garçons ne maîtrisaient pas la puissance du phénomène que leur proximité déclenchait. Ils en étaient réduits à rester éloignés l’un de l’autre en tentant d’ignorer le bruit de fond — pensées, présences, sensations — qu’ils percevaient, quand ils ne voulaient qu’une chose : s’étreindre et ne plus se lâcher. Venzald se remémorait les leçons de Tamen Back, l’espérite ; sans doute les deux frères pourraient-ils, à force d’entraînement, rendre leurs corps et leurs esprits plus hermétiques, assourdir les échos qui les assaillaient. Mais pour l’heure, ils ne contrôlaient pas grand-chose. Ils avaient tenu la longue conversation qui avait occupé la plus grande partie de leur journée à plusieurs étages d’intervalle, ce qui n’avait pas aidé Venzald à se concentrer. Il se sentait comme détaché de tout, y compris des affaires du royaume qui requéraient pourtant toute l’attention possible. Il avait cependant tenu son rôle de souverain, puisque c’était maintenant le cas. Il faudrait encore attendre quelques jours pour la cérémonie officielle du couronnement, mais dans les faits, Themerid et lui étaient rois, et c’était sur leurs épaules que reposait la reconstruction de Cazalyne.

Enfin, le prince détacha ses yeux des cristaux pour contempler l’agitation en contrebas. Dans la lumière orange du soleil déclinant, des valets nettoyaient l’esplanade à grande eau pour en chasser les traces de sang. Plus loin, des Terciens démolissaient la barricade, emportant les gravats vers les faubourgs à reconstruire ; les débris de bois alimentaient quelques grands feux où travailleurs et passants se réchauffaient quelques instants en bavardant. Les mines étaient réjouies, les rires faciles et de loin en loin, on entendait le refrain de la chanson de Themerid s’élever aux carrefours. Venzald avisa une charrette qui s’éloignait en brinquebalant vers l’extérieur de la ville, chargée des derniers cadavres de la bataille qui avait duré jusqu’au crépuscule, la veille. Une petite fraction de pélégris était restée insensible au pouvoir des princes ; ils avaient continué à se battre sous les ordres des Érudits, jusqu’à ce que le surnombre de leurs adversaires les oblige à se rendre ou à mourir. D’après Albérac, les événements s’étaient déroulés de la même manière sur la plaine. Une fois l’armée du Haut-Savoir réduite à néant, la chasse aux Érudits avait commencé. À l’exception d’une minorité qui restait introuvable — en fuite, sans doute —, les officiers de l’Ordre étaient morts ou enfermés à la prison du marché, attendant d’être interrogés.

Le prince sentit la présence de Themerid qui approchait, accompagné d’autres participants. En entrant, il esquissa un pas vers Venzald, puis se ravisa avec un sourire contrit qui ne parvenait pas à masquer son excitation. Apparemment, l’idée de présider leur tout premier Conseil le réjouissait. La faible dose d’herbe-à-voler contenue dans la potion n’y était sans doute pas pour rien. Tant mieux : Venzald avait la sensation que son corps était constitué de briques. Au moins, un des deux nouveaux souverains se montrerait à la hauteur. D’ailleurs, Themerid se dirigea machinalement vers le siège qu’avait toujours occupé Einold. Il hésita avant de s’asseoir, avec un regard vers son frère.

– Prends cette place, le rassura celui-ci. Ça ne me dérange pas.

Venzald gagna l’autre bout de la longue table et se laissa tomber sur le fauteuil le plus éloigné.

 

Le Conseil commença peu après. Quelques-uns des participants étaient rompus à l’exercice, mais d’autres n’auraient jamais pensé y être conviés un jour. Aux côtés de Themerid, Conrad occupait deux places à lui tout seul ; puis venaient le seigneur Julius de Bazas et son épouse Odile, l’ancienne gouverneure d’Avrin, Iselmar de Lans, le ministre agronome dont la loyauté aux Kellwin avait été prouvée, le commandant de la garde royale d’Einold et enfin, à la droite de Venzald, Albérac. En face, Elvire était assise entre son mari et son père. De l’autre côté de Godmert, Renaude avait accepté d’assister à ce premier Conseil, tout en prévenant que ce serait sans doute le seul. Suivaient Lancel, dont le teint gris faisait peur à voir, puis Calur, le bouchevreux, qui n’en revenait pas de siéger à cette table, tout comme le peintre qui avait créé les affiches de la résistance avec Themerid. À gauche de Venzald, Pique-Cerle semblait ne vouloir qu’une chose : fuir. Le garçon se promit de ne plus le solliciter, car son grand-père acceptait pour lui faire plaisir, mais paraissait à la torture. Ensgarde avait refusé l’invitation, à l’instar des maîtres-juristes qui tenaient à la neutralité imposée par leur confrérie.

Malgré la victoire sur l’Ordre et le terme d’une ère sinistre, tous les visages affichaient la compassion ou la gravité. La mort de Warin et celle de Flore, que beaucoup des participants connaissaient, avaient marqué les esprits. Venzald revit l’horrible scène : dès la fin des combats, il avait envoyé chercher Godmert dans les rues en liesse. Soutenu par son jumeau qu’il avait silencieusement informé, il avait brisé l’euphorie de son ancien tuteur et de ses filles — il les avait brisés tout court, d’ailleurs — en leur annonçant que Flore était morte. Tous trois s’étaient figés, comme si les mots du garçon n’avaient aucun sens ; puis un mugissement de corneux fou avait émergé de la gorge de Godmert, tandis qu’Alix éclatait en sanglot et qu’Elvire se recroquevillait sur elle-même. Quand le seigneur de Hénan avait su que le corps de sa fille avait été découvert à côté d’Abzal, il avait fallu que Venzald revive toute la scène à voix haute, pendant que Themerid et les jeunes femmes le retenaient en s’accrochant à lui, pour qu’il renonce à l’idée d’étrangler le régent de ses mains. Et encore ne s’était-il résolu attendre que pour rester avec ses cadettes éplorées. Depuis, son visage violacé de colère et de chagrin, les yeux rougis d’Elvire anéantissaient toute envie de sourire.

– Je vous remercie d’avoir accepté notre invitation, commença Themerid. Venzald et moi, nous avons fait appel à chacun de vous, car vous avez tous joué un rôle important dans la libération du royaume. Et nous comptons sur vous pour rebâtir Cazalyne. Plus grande encore qu’elle ne l’était du temps d’Einold. Plus juste et plus resplendissante.

Odile de Bazas afficha un large sourire en faisant mine d’applaudir, mais elle interrompit son geste en adressant un regard désolé à la future reine, en face d’elle.

– Nous n’en sommes pas encore là, cependant. Malgré notre confiance en ce qui concerne la prochaine moisson et l’effet de la yérélithe, la famine est toujours préoccupante. Madame la gouverneure, si vous le voulez bien, vous serez en charge de recenser les ressources alimentaires du royaume et d’en organiser la distribution. Les Hauts-Collèges de Tercebrune n’ont pas encore livré leurs richesses, il reste de l’albrui en Hiverine et quitte à s’endetter, nous en achèterons davantage à l’Ostreterre. Le ministre agronome veillera aux prochaines récoltes.

La gouverneure s’inclina pour montrer qu’elle acceptait la tâche. Venzald, impressionné, contemplait l’aplomb de son frère. Celui-ci se tenait debout malgré sa jambe blessée, dominant l’assemblée comme si ç’avait toujours été sa place. Les mots sortaient de sa bouche sans une hésitation. Quoique… Ses yeux se troublèrent un bref instant, égaré, tandis que ses épaules s’arrondissaient imperceptiblement. L’effet de la potion qui s’estompait ? Ou son mollet qui se rappelait à lui ?

– J’ai oublié… quoi d’autre ? demanda-t-il en croisant les yeux de son frère.

Venzald se leva à son tour pour lui venir en aide, ignorant le frisson désagréable dans sa nuque quand les têtes se tournèrent vers lui.

– Terce a beaucoup souffert, dit-il. Il faudra organiser sa reconstruction, en profiter pour assainir les faubourgs et les rives de la Carenfère.

Il regarda vers Bazas qui rougit en reculant dans son fauteuil.

– Seigneur Julius, mon père vous a anobli en récompense des travaux que vous avez entrepris et financés, jadis. Vous aimez cette ville, vous l’avez démontré. Voudriez-vous prendre ce rôle ?

L’homme acquiesça, les yeux brillants. Venzald se tourna vers son épouse.

– En attendant que les murs soient rebâtis, beaucoup de Terciens n’ont plus de toits, les orphelins sont nombreux, les prisonniers affaiblis. La reine Almena avait veillé à la construction des hospices de la ville et il y a les écoles des filles, héritage de l’Ordre, pour accueillir les nécessiteux. Dame Odile, souhaitez-vous prendre soin de ces gens ? Nous aurions voulu que Dame Renaude vous aide dans cette tâche, ajouta le prince en s’inclinant vers la nourrice. À elle de décider.

La vieille femme se redressa dans son fauteuil.

– J’accepte, dit-elle d’un air de défi.

Puis elle sourit à Odile de Bazas dont l’enthousiasme éclatant rejaillissait sur l’assemblée. Même sur le visage d’Elvire, une petite lueur apparut.

– Quand le royaume souffrira moins, reprit Themerid, nous profiterons des Hauts-Collèges, des immenses bibliothèques de l’Ordre, de leurs laboratoires, pour renforcer l’instruction sur tout le territoire. Nous avons pensé que ce rôle pourrait revenir au seigneur Elric d’Albérac…

– … s’il se sent capable de l’assumer, avec la transparence qui s’impose, ajouta Venzald en dévisageant le précepteur.

Tandis que les participants s’interrogeaient muettement par-dessus la table, Albérac lui rendit son regard, inspira longuement, puis hocha la tête avec réserve. Pendant ce temps, Themerid avait saisi la main d’Elvire.

– Voulez-vous l’aider dans cette grande entreprise ?

Surprise, Elvire parut sortir d’une sorte de torpeur. Elle finit par acquiescer d’un sourire sincère dont la tristesse planta une aiguille dans le ventre de Venzald. 

– Oui, je… j’aimerais beaucoup, souffla-t-elle.

– Cazalyne aura besoin d’un grand prévôt, bien sûr, continua Themerid. Seigneur Godmert, nous avons pensé à vous. Voulez-vous de cette charge ?

Godmert fixait la table, absent, depuis le début du Conseil. Il tourna sa figure crispée vers le prince comme si la proposition le hérissait, puis se reprit. Il se leva en s’inclinant.

– J’en suis honoré, dit-il d’une voix éraillée qui serra encore la gorge de Venzald. J’accepte.

– Le seigneur Iselmar est réintégré comme médecin des Cimiantes, poursuivit Themerid, et il aura à sa charge la formation des jeunes guérisseurs du royaume. Une missive a été envoyée au seigneur Barnoin d’Elmond, le grand prévôt d’Einold, pour lui demander d’accepter le poste de ministre des Finances. Quant au seigneur Lancel, nous souhaitons lui confier une mission particulière auprès des anciens pélégris. Beaucoup vont rejoindre leur famille, mais certains n’ont plus rien et ne savent pas faire grand-chose. Il faudra leur apprendre un métier, les orienter vers l’armée si c’est ce qu’ils veulent, trouver comment les loger. Et s’assurer qu’ils ne font pas l’objet de représailles. Vous les connaissez mieux que personne ici.

L’ancien Érudit donna son accord d’un signe de la main et d’un regard reconnaissant. On aurait dit qu’il s’abstenait d’ouvrir la bouche pour ne pas hurler de douleur.

– Mes princes, demanda soudain timidement Julius de Bazas, toutes ces entreprises sont prometteuses et je me réjouis d’en faire partie, mais elles vont coûter très cher. Comment comptez-vous les financer ?

La question ayant divisé les deux frères pendant un long moment, Themerid interrogea Venzald des yeux pour obtenir son accord.

– C’est ton idée, répondit celui-ci, je te laisse l’expliquer.

– Eh bien, commença Themerid un peu gêné. Nous n’avons pas encore évoqué le sujet du Haut-Savoir. Nous pourrions faire d’une pierre deux coups. Si nous avons triomphé de l’Ordre à l’intérieur de nos frontières, il prospère toujours en Marmane, doté d’une puissance financière qui pourra lui permettre, un jour ou l’autre, de réaliser ses souhaits de conquête. Ce n’est pas le jeune roi Païem qui leur obéit au doigt et à l’œil ni la Rémance encore plus ravagée que nous par la famine qui l’en empêcheront. En revanche, notre alliance commerciale avec l’Ostreterre nous laisse espérer une aide militaire de leur part. Quoi qu’il en soit, avec ou sans eux, le seigneur Conrad, assisté par Calur et par le commandant de la garde royale, s’occupera de lever une armée qui passera les cimes de l’Altamonte pour attaquer les Érudits chez eux et dissoudre définitivement la plaie qu’ils représentent. S’il faut pour cela faire tomber Païem de son trône et annexer Marmane, mettre en place un protectorat, nous le ferons. Et si cette campagne se déroule comme prévu — ce dont nous ne doutons pas — nous en ramènerons assez de blé pour tenir jusqu’aux moissons, et assez d’or, celui de l’Ordre, pour réaliser nos projets. Venzald et moi y participerons pour éviter au maximum les effusions de sang.

Plusieurs visages exprimèrent la perplexité, voire un léger malaise, car si tous avaient entendu le discours des princes et admiré son effet, la veille, le phénomène restait difficile à concevoir, y compris pour les devineurs. Cependant, nul ne se risqua à demander des précisions sur le sujet.

– Nous… notre armée épargnera la population marmanienne ? questionna dame Odile, soucieuse.

– Non seulement nous l’épargnerons, mais si nos renseignements sont exacts — et nous nous en assurerons auparavant en envoyant des espions —, notre intervention les libèrera également de l’oppression du Haut-Savoir. Car les Grands Maîtres Érudits qui gouvernent l’Ordre ont beau être Marmaniens, ils n’ont pas plus d’égards pour le peuple de leur royaume que pour celui de Cazalyne.

Un murmure d’approbation courut autour de la table.

– Visionnaire… marmonna Albérac entre ses dents, un sourire amusé sur les lèvres.

– Il se débrouille bien, ton frère, aussi, commenta fièrement Pique-Cerle en se penchant vers son petit-fils.

Ainsi, Venzald était le seul à envisager cette nouvelle guerre avec répugnance ? Il ne savait pas bien pourquoi d’ailleurs, si ce n’était qu’il y avait suffisamment à faire à l’intérieur de Cazalyne. Au moins se consolerait-il en profitant des paysages de Marmane que le maître d’étude avait toujours vantés. En tout cas, la séance avait été fructueuse : chacun avait accepté son rôle et toutes leurs propositions semblaient remporter l’unanimité. Ou peut-être que les nouveaux ministres et conseillers ne voulaient pas risquer leur place en contredisant leurs jeunes souverains ? Non, ils les avaient choisis justement parce qu’ils seraient capables de les ramener à la raison. Est-ce qu’Albérac, Godmert ou Conrad seraient restés cois si leurs protégés de toujours menaçaient d’envoyer le royaume à vau-l’eau ? Certainement pas. Les discussions allaient bon train en cette fin de Conseil, et toutes paraissaient enthousiastes. L’humeur risquait pourtant de retomber : le lendemain, à l’aube, les victimes des deux camps seraient incinérées en dehors de la ville, au-delà de la Carenfère lors d’une grande cérémonie de funérailles.

Venzald regarda vers Godmert. Ses traits se tendaient à nouveau et la couleur de sa figure montrait la rage qui bouillait dans sa tête.

– Il ne faut pas laisser Godmert se charger seul des prisonniers, dit-il à son frère. Il va les transformer en charpie.

Themerid approuva d’un signe du menton.

– Il reste un dernier sujet, désagréable, annonça-t-il en pinçant le nez. Les interrogatoires des Érudits doivent être entamés rapidement, ainsi que celui du régent. Plus tôt ils seront interrogés, puis jugés, plus vite Cazalyne pourra passer à autre chose. Bien entendu, cela relève des responsabilités du grand prévôt, mais il y a fort à faire et si l’un de vous acceptait de l’assister, cette tâche ingrate serait plus facile.

Godmert ouvrit la bouche, mais avant qu’il se soit exprimé, Albérac leva la main.

– Je vous aiderai, déclara-t-il à la surprise de Venzald qui ne l’avait jamais envisagé dans un tel rôle.

– Bien, répondit le grand prévôt, nous commencerons demain matin, après les funérailles.

 

***

 

Alix

 

Pendant le séjour à Rizia, un ancien du village des espérites s’était éteint, emporté par l’âge. Au grand étonnement d’Alix, son corps n’avait pas été incinéré sur un bûcher, mais enterré dans un trou à la tête duquel une haute pierre plate avait été levée. Le nom du défunt y était gravé, ainsi qu’une jolie formule pour se souvenir de lui. La jeune fille avait trouvé sinistre cette fosse où l’on avait déposé le vieil homme enveloppé d’un drap, avant de jeter sur lui de grandes brassées de terre comme si on voulait le cacher. L’idée de pourrir dans le sol lui avait donné des frissons, mais la pierre lui avait plu.

Les funérailles de l’espérite, célébrées sous un ciel d’un bleu pur et accompagnées de chants qui parlaient de voyage, lui revenaient étrangement en mémoire dans l’aube grise et silencieuse, face au bûcher sur lequel reposait le corps de Flore. La fosse, surtout, occupait ses pensées. Cela voulait-il dire qu’elle aurait préféré que sa sœur soit mise en terre ? Ou était-ce seulement le reflet de ce qu’elle ressentait ? Ce vide froid, sombre, nauséabond…

Elle ne l’avait même pas revue. Si elle était moins triste ou si elle avait encore six ans, elle en aurait tapé du pied de frustration. Ça avait parfois donné de bons résultats, notamment auprès de son père qui finissait souvent par céder. Aujourd’hui, elle aurait beau gémir, bouder ou battre des cils, il ne pourrait pas lui accorder son vœu. Il était presque raisonnable, pourtant : une heure avec Flore, juste pour rattraper deux ans d’absence. Juste pour supprimer cette sensation qu’elle laissait partir une inconnue. Pour lui montrer comme elle avait grandi aussi. Sa sœur aurait été fière d’elle, sûrement, mais elle aurait voulu l’entendre de sa bouche. Elle avait toujours pensé qu’elle ressemblait pour moitié à Elvire et pour moitié à Flore. Une synthèse des deux. Elle s’efforçait d’imiter ce qu’elle préférait chez chacune d’elle. L’un de ses modèles n’était plus, comment deviendrait-elle adulte ?

Mais c’était faux bien sûr, une heure ne lui aurait jamais suffi.

Le vieil intendant du château tendit le long flambeau à Godmert. Celui-ci resta immobile quelques instants, puis s’en saisit d’une main si tremblante que la flamme vacilla. Il crispa les doigts sur le bois et parcourut les cinq pas qui le séparaient du bûcher. Il demeura là, planté sous les flocons qui voletaient, ses larges épaules arrondies par le choc, la moustache tombante et le ventre avachi. Alix avait surpris, il y a longtemps, une phrase de Flore qui lui avait donné l’impression que Godmert aimait moins son aînée que ses cadettes. Le spectacle de cet homme brisé, vieilli en quelques heures, prouvait que sa sœur avait tort. Ça aussi elle aurait voulu le lui dire. Enfin, d’un geste forcé, il abaissa la torche vers la paille. La combustion se propagea à l’intérieur du bûcher, dégageant une épaisse fumée blanche sous l’effet des huiles parfumées qui embaumèrent l’atmosphère d’une puissante odeur de camphre et de lavande. Les volutes dissimulèrent le corps avant qu’il soit mordu par les crocs rougeoyants du feu. Autour d’eux, de hautes flammes crépitantes s’élevaient déjà des centaines de bûchers identiques, crachant des vapeurs si épaisses qu’elles formaient des piliers entre ciel et terre. L’air se chargeait de senteurs piquantes, un peu étourdissantes, mais préférables à celles des chairs carbonisées. La silhouette massive de Godmert, enveloppée dans son manteau, pencha soudain vers l’avant comme s’il allait s’écrouler dans la fournaise. Elvire courut jusqu’à lui, s’accrocha à son bras et se mit à pleurer sur son épaule. Le spectacle de son colosse de père abattu par la peine était insupportable ; Alix s’approcha de Venzald qui la serra contre lui. Ils s’étaient soutenus pendant deux ans ou presque, et malgré ses plaisanteries au sujet de ses sentiments pour Flore, elle savait à quel point il souffrait, lui aussi. Dans le chagrin, c’était de lui qu’elle se sentait proche, sans s’expliquer pourquoi. Ou plutôt si, elle le devinait : l’affection du garçon pour Flore rejaillissait un peu sur elle puisque c’était sa sœur et qu’elle lui ressemblait. Et cela renforçait les liens presque fraternels qu’avait tissés leur enfance commune, puis leur voyage. On n’a jamais assez de frères ou de sœurs, surtout s’ils disparaissent.

Elle pensa pour la centième fois à sa mère, Mélie, toute seule au castel. Elle ne recevrait la nouvelle que demain ou même le jour suivant et serait elle n’aurait personne pour affronter le choc, le temps de rallier Terce. Les larmes d’Alix redoublèrent en inondant ses joues.

À présent, des cendres se détachaient du bûcher. Elles ressemblaient aux flocons, mais s’élevaient quand ceux-ci descendaient vers la terre. Ensuite, là-haut, un courant léger les emportait vers l’ouest. Vers Arc-Ansange.

Peut-être demanderait-elle à son père de trouver une pierre plate, comme chez les espérites. Elle y ferait inscrire le nom de Flore avec une jolie phrase. Peut-être le refrain de la chanson, tiens : « Il est temps de se libérer »... Mais décidément, Alix n’aurait voulu pour rien au monde que Flore soit laissée dans un trou. Le feu la dissolvait dans le ciel de Cazalyne et peut-être plus loin. Elle serait partout ; et si sa petite sœur pensait à elle, elle n’aurait qu’à écarter les bras pour attraper le vent, en haut d’une colline.

 

***

 

Elvire

 

La servante la débarrassa de sa cape de fourrure, puis sortit sans un mot en refermant la porte. Assise sur le lit, Elvire fixa sans la voir une arabesque du tapis durant un long moment, l’esprit brouillé, divaguant sur des détails insignifiants. Peut-être pouvait-elle s’étendre, s’assoupir quelques heures ? Aucune obligation n’exigeait qu’elle se fasse violence.

Tout à coup, un effluve de camphre monta jusqu’à son nez. Elle se rua vers la toilette en se couvrant la bouche, mais son estomac ne voulut rien rendre, hormis des élancements douloureux. À grands gestes fébriles, elle se déshabilla entièrement, malmenant les effets chargés du parfum écœurant avant de les jeter par terre. Le bouffetin doublé de livère blanc et le surcot de brocard satiné dont on l’avait affublée ne lui ressemblaient pas, de toute façon. Elle ne serait pas cette reine-là. Fouillant dans une malle, elle trouva une tenue de garçon. Ainsi vêtue, elle aurait pu retrouver Flore devant les archives pour se faufiler au-dehors par le souterrain, vers l’échoppe du chouvre. Ou se glisser jusqu’à la salle d’armes pour ferrailler avec Lancel. Que lui aurait-il dit, s’il avait été là, maintenant ? L’aurait-il serrée dans ses bras ? Embrassée ? Une pointe de curiosité germa dans ses pensées, puis s’évanouit. Comme le reste.

Saisie par un besoin viscéral, elle sortit des appartements, arpenta corridors et escaliers sans répondre aux révérences contrites des domestiques, puis s’enfonça vers le sous-sol désert. Elle hésita un instant devant la porte des archives, redoutant de devoir adresser la parole à quiconque, mais la pièce était vide. Sous l’étagère du fond où elle l’avait laissé plusieurs lunes auparavant, elle trouva le grand rouleau de papier sur lequel elle avait passé tant de temps. Dans un tiroir, elle dénicha de quoi écrire. Elle déposa le tout sur l’une des tables de travail, s’assit, puis déroula le parchemin. Lorsqu’elle fut prête, elle plongea d’une main tremblante la plume dans l’encrier, tapota le verre pour chasser le trop-plein. Du bout de l’index gauche, elle suivit les ramifications de l’arbre jusqu’au nom de Flore. Avec une application infinie, elle inscrivit dessous, à droite de son jour de naissance, la date de sa mort. La plume fut écartée pour ne pas tacher le papier. Elvire souffla doucement sur les chiffres. Quand l’encre devint mate, elle posa une main dessus et le front sur la table, sa bouche se crispa en découvrant ses dents, et la tristesse déborda. Elle pleura longtemps en silence, les épaules agitées de spasmes, l’esprit rivé sur cette date de fin comme si c’était aussi la sienne et celle du monde entier.

Une main se posa sur son dos. Elle reconnut l’odeur de Themerid. Le prince s’assit à ses côtés, sur le banc. Sans un mot, il la prit dans ses bras et la serra contre lui. Il était resté droit pendant les funérailles, pour Venzald et pour elle, mais ses lèvres pincées révélaient son chagrin. Ses rapports avec Flore étaient parfois tortueux, mais Elvire n’avait jamais douté qu’il l’aimait. Son contact l’apaisa ; ils échangèrent un sourire tendre. Soudain, il se pencha sur elle et l’embrassa. Un baiser timide et sage qui produisit sur Elvire le même effet que son étreinte : une main fraîche sur une brûlure ou une cape de laine aux premières gelées. Elle se souvint de la transe dans laquelle l’avaient transportée les lèvres de Lancel. Étrangement, elle n’arrivait pas à décider ce qu’elle préférait. Flore aurait choisi le commandant, sans hésiter, songea-t-elle. Cette pensée dessina un léger sourire sur son visage.

– J’ai menti, souffla Themerid en baissant le front. Je t’aime. Depuis longtemps.

Il planta ses yeux dans les siens. Elvire fut émue par le contraste entre son regard de la veille, au Conseil — un regard de souverain, assuré et direct — et celui qui lui adressait maintenant, plein d’espoir et de doute.

– Tu es venue me libérer, dans la tour, poursuivit-il, tu as pris des risques pour moi, et tu étais inquiète. Est-ce que tu m’aimes aussi ?

Elvire reposa la tête sur son épaule en soupirant.

– Je ne sais pas. Je t’aime, bien sûr, mais je ne sais pas de quelle manière. Quoi qu’il en soit, je m’inquiète pour toi et je te protège, comme tu l’as fait pour moi. Je me l’étais juré quand vous avez quitté Arc-Ansange.

Elle attrapa sa main.

– Excuse-moi. Ce n’est pas ce que tu attendais.

– Rien ne presse, dit-il en haussant les épaules. Mais je ne renonce pas.

Un rire bref, un peu amer, franchit ses lèvres.

– Je devrais peut-être envoyer le seigneur Lancel en convalescence dans sa propriété, en Altamonte.

Elvire rosit, mais ne répondit pas. Quelque part dans son ventre, une petite braise rougeoya : il possédait vraiment ce pouvoir, même si elle aurait détesté qu’il en abuse. Sur un signe de lui, Lancel pouvait quitter Terce demain. Ce serait un bien ou un mal ? Elle trancherait une autre fois.

Themerid désigna le parchemin qui s’était enroulé sur lui-même.

– Qu’est-ce que c’est ?

– La reconstitution de l’arbre généalogique des Kellwin. Je l’avais tracé à mesure de mes recherches lorsque nous nous demandions qui l’Ordre voulait placer sur le trône.

– Impressionnant ! Je ne savais pas que tu avais autant progressé.

Elvire caressa la nouvelle inscription, dans le coin inférieur.

– J’avais besoin… de faire quelque chose de concret. Pour réaliser qu’elle était vraiment partie.

Dès que ses larmes se remirent à couler, Themerid referma ses bras autour d’elle en la berçant.

Il s’écarta en entendant des pas. Aussitôt entrée, Alix courut jusqu’à sa sœur pour la serrer contre elle. Elle n’avait pas tout à fait rattrapé la taille d’Elvire et son visage portait encore un peu la rondeur de l’enfance sous ses taches de rousseur. Pourtant, si sa peine était bien visible, elle ne tremblait pas. C’était elle qui réconfortait Elvire et non le contraire. C’était peut-être elle, la plus courageuse, en fin de compte.

Venzald entra à son tour et se figea près de la porte en portant la main à sa tempe. Avec un haussement d’épaules, Themerid franchit la distance qui les séparait pour soutenir son frère. La force avec laquelle ils s’étreignirent montrait à quel point ils s’étaient manqués et combien cette obligation de rester éloignés devait leur peser. Ils ne tardèrent pas, cependant, à s’écarter avec regret, comme étourdis par tout ce qu’ils percevaient.

– En vous cherchant, nous avons croisé un des maîtres-juristes, dit Venzald en tendant à son jumeau une épaisse liasse. Il m’a annoncé que leur enquête sur Baudri de Kelm était terminée et qu’ils ratifiaient l’officialisation de sa mort. Voici leur compte-rendu.

Themerid écarquilla les paupières sous l’effet de la surprise, puis il saisit les parchemins qu’il commença à compulser. Venzald s’approcha des deux sœurs. Elvire ne s’était pas encore faite à son visage plus mûr, pourtant les signes de fatigue et de peine y étaient évidents.

– Je sais à quel point tu aimais Flore, dit-elle en lui prenant le bras. Crois-moi, elle aussi.

Le rictus douloureux du garçon la dissuada d’insister. Il se laissa tomber sur le banc et s’absorba dans la contemplation de l’arbre généalogique. Petit à petit, la détresse fit place à la concentration. Il se mit à suivre les branches de l’index, marmonna plusieurs « mort, lui aussi » ou « trop éloignés ». Alix questionna sa sœur des yeux, mais celle-ci lui fit signe de se taire. Elle sentait qu’il se passait quelque chose d’important. Comprenait-il quelque chose que ses nombreux examens ne lui avaient pas révélé ? Finalement, le regard de Venzald se figea sur la gauche du document. Il ouvrit soudain la bouche comme si l’air lui manquait.

– Themerid ! appela-t-il avec un accent de panique.

Celui-ci leva les yeux, mais au lieu de s’enquérir de ce que son frère lui voulait, il souffla :

– Je sais qui est Baudri de Kelm.

Le cœur battant, Elvire attendit une suite qui ne vint pas, puis elle se rendit compte que les garçons échangeaient sans parler et qu’ils semblaient de plus en plus effarés. Alix la devança :

– Expliquez-nous, bon sang !

– À la prison, vite ! fut la seule réponse qu’elles obtinrent.

 

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Jowie
Posté le 08/08/2020
Hey Isa !


On ressent vraiment l'ambiance aigre-douce de l'après bataille. Leur camp est victorieux, mais il y a beaucoup de pertes et de dégâts, des être chers qui sont partis. Et maintenant, il faut reconstruire et regarder vers l'avenir, mais ce n'est pas facile.

J'ai remarqué que j'ai de la peine à retenir les noms des personnages tertiaires comme Julius et Odile Bazas; vu comment tu en parles, je suis certaine que tu les avais déjà mentionnés mais ma mémoire est vraiment inutile quand elle le veut ^^'

La première partie (du point de vue de Venzald) est, à mon avis, assez longue et dense et pourrait être condensée, je pense, sans perdre d'informations importante. Par exemple en démarrant la scène en pleine assemblée ou en donnant une idée de l'atmosphère ou de ce qui se passe dans une scène sans tout relater (ex: résumer quelles charges ont été données à qui et en mettant en avant les moments importants de l'assemblée en avant par les dialogues). Je ne sais pas si c'est clair et ce sont juste des idées comme ça; tu sauras ce qui convient à ton histoire ou pas :)

Le passage avec Alix et le corps de Flore qui devient fumée est touchant. On sent à quel point Alix a mûri et comme plus rien ne sera comme avant. C'était vraiment poignant!

Je suis contente que Themerid et Elvire se soient plus ou moins réconciliés, à leur manière et pauvre Lancel, il ne sera jamais bien vu à la cour maintenant, en tant qu'amant de la reine :S

Ahhh le cliffhanger de la fin! Je n'ai aucune idée de qui ça pourrait être; je ne sais plus qui a été jeté en prison ou pas et je ne sais pas non plus comment ils sont arrivés à leur conclusion mais je ne doute pas que tout s'éclairera au prochain chapitre !

Je me réjouis de découvrir le dénouement :D

à tout bientôt !

Remarques:

“Il avait perdu l’habitude d’être servi, l’empressement des domestiques le mettait mal à l’aise. “→ petit détail: j'aurais plutôt mis un point-virgule entre les deux phrases, mais c'est subjectif.

“Un baiser timide et sage qui produisit sur Flore le même effet que son étreinte” → Ce n'est pas plutôt Elvire, ici ?
Isapass
Posté le 08/08/2020
Coucou Jowie !
T'inquiète pas pour les personnages tertiaires : ce n'est pas fondamental. Odile et Julius de Bazas apparaissent dans le tome 1, lors du bal donné pour les 15 ans des princes, puis une ou deux fois au cours du tome 2 parce qu'ils font partie de la résistance. Ça ne change pas grand chose ;)
Je suis d'accord avec toi : le premier point de vue n'est pas terrible, il faudra que je le retravaille. Je me suis un peu laissée aller sur les introspections de Venzald, et ensuite c'est un peu monotone. Je retravaillerai tout ça, masi là, j'avoue que j'ai hâte de terminer XD, j'en perds toute rigueur ! Je note ton idée d'alterner entre dialogues et narration pour les attributions des tâches.
Ah ça me fait plaisir, si tu trouves qu'on sent qu'Alix a mûri ! Je voulais effectivement donner cette impression, sans pour autant le dire puisqu'on est dans un de ses points de vue. Elle a aussi vécu pas mal de choses, alors ça doit aider.
En ce qui concerne Elvire et Themerid, c'est vrai que ce n'est pas encore très net, mais j'aime bien cette indécision. Je pense même supprimer le passage où Elvire s'aperçoit qu'elle est amoureuse de Themerid ou au moins l'atténuer. Après tout, elle a bien le droit de balancer entre Themerid et Lancel, surtout qu'ils ne se ressemblent pas du tout et que les deux ont leur charme XD
Tu n'as aucune idée, vraiment ? Malgré le cliffhanger ? Pourtant, il ne reste plus beaucoup de candidats ;)
Bon ceci dit, tu sauras très bientôt ! Je vais commencer le chapitre aujourd'hui, je devrais réussir à le finir dans la semaine qui vient.
Argh... l'interversion Elvire/Flore... Correction immédiate !
Merci pour ta lecture et ton retour ! Je me garde la lecture de tes chapitres pour ce soir ou demain ♥
A très vite !
Notsil
Posté le 07/08/2020
Coucou !
Quoi de mieux qu'un nouveau chapitre avant les vacances ? ^^

Mais ce cliffhanger, ah !!!! C'est sadique / bien vu ^^

Un chapitre de retour au calme et de projections vers l'avenir. On est vraiment sur la douleur d'avoir perdu Flore, j'aime beaucoup le questionnement enterrement / incinération, le côté "mettons des trucs qui sentent bons" d'ailleurs ^^

Themerid volontaire pour aller attaquer Marmane... je ne m'attendais pas à ça. Oh l'idée est bonne d'aller rançonner le Haut Savoir, mais, sur les terres où il est maitre, où il connait le terrain et où la population le soutient (j'imagine), chaud...

Bon, sur le "à la prison, vite !" je me suis dit "zut en fait le manteau bleu est le régent", mais mais... Albérac y est aussi pour aider Godmert.

Curieuse de savoir ce que va donner la confrontation.

Sinon j'ai aimé la raison qui pousse Elvire à aller voir les archives, ce qui pousse à l'effet boule de neige final.

Très hâte d'avoir le fin mot de l'histoire, du coup ^^
Isapass
Posté le 08/08/2020
Il paraît que le cliffhanger est un peu violent, oui... XD Mais promis, je vais l'écrire rapidement, le dernier chapitre ;)
En effet, le but de ce chapitre était de donner les perspectives pour la suite : je ne voulais pas terminer sur la bataille en laissant au lecteur le doute sur la capacité des princes à gouverner correctement (et à tenir les promesses de vie meilleure :) Là, j'espère que ça donne l'impression qu'ils sauront faire).
La conquête de Marmane, ça me paraissait correspondre à un univers médiéval où ce n'était pas rare. De toute façon c'était soit conquérir, soit être conquis, hein :) Et en plus, ça résout aussi le sujet de l'Ordre. A titre personnel, je suis évidemment contre cette conquête, mais je ne voulais pas d'une fin trop manichéenne. Ca reste un contexte féodal.
Je ne dirai rien sur ta remarque : "je me suis dit "zut en fait le manteau bleu est le régent", mais mais... Albérac y est aussi pour aider Godmert", mais je pense que tu pourras passer la relire à la fin du prochain chapitre... ;) Comme ça tu pourras comprendre pourquoi elle me ravit !
J'avoue que je suis assez fière de la raison que j'ai trouvé de faire revenir Elvire aux archives, héhé :)
Merci pour ta lecture et ton retour (et bonnes vacances, du coup !)
Tac
Posté le 07/08/2020
Salut Isa !
Je trouve le chapitre un petit peu inégal : je crois percevoir que tu étais plus à l’aise sur les pdvs des sœurs plutôt qu’au début. Mais au niveau fond ça se tient, je crois, bien que cette affaire de levée d’armée soit discutée très simplement comme si c’était ultra facile à faire. J’ai le souvenir de la saga des Rois Maudits de Maurice Druon où justement ça parle beaucoup de guerroyer, en comparaison ça me fait un peu bizarre, quand même. Après tu pourrais évacuer la chose en disant « on discutera des détails plus tard » ou un truc du genre. En bref, je pense que le premier point de vue possède une bonne matière, il fait son taf de premier jet. Je trouve cependant qu’il manque de souplesse, j’ai eu du mal à ressentir les relations entre les personnages, la dynamique de groupe… je trouve que ça manque un peu d’ambiance. Rien que des corrections n’arrangeront pas, donc !
« Quant à Themerid, il n’aurait pu se tenir assez près pour contempler les étoiles avec lui. » Je sais pas pourquoi je m’attendais à ce que cette phrase signifie : T et V auront beau se tenir l’un à côté de l’autre, ce ne serait jamais aussi près qu’avant (quand ils étaient liés) et que du coup ça ne serait jamais « assez près » pour eux.
« qui requéraient pourtant toute l’attention possible. Il avait cependant tenu son rôle de souverain, puisque c’était maintenant le cas » : je n’aime pas trop la succession du pourtant et du cependant, ça ne sonne pas très habile à mes oreilles. Et la fin, « c’était le cas » je trouve que c’est bancal grammaticalement.
« Themerid et lui étaient rois » j’ai lu « étaient rôtis » xD j’en peux plus de moi-même
« Une fois l’armée du Haut-Savoir réduite à néant, » je trouve que ce n’est pas très clair : ça peut vouloir dire que l’armée a été démantelée parce que les pélégris ont retourné leur veste (cf chapitre précédent) ou que l’armée est morte terrassée par l’armée des princes. J’imagine que c’est un mélange des deux mais je crois que tu devrais éclaircir un peu au niveau formulation.
Y a grave un potentiel de partir sur un récit d’addiction avec Themerid qui prend de l’herbe-à-voler ! (oui oui je sais on est à l’avant-dernier chapitre)
Le coup des fauteuils : ils ne peuvent pas se mettre chacun au bout de la table ? les deux extrémités président (même si l’un est dans le fauteuil d’Einold et l’autre non). Si c’est ce que tu voulais dire, je trouve que « le fauteuil le plus éloigné » traduit mal l’idée.
« Et encore ne s’était-il résolu attendre » oups
Isa, tu me fais bondir. Pourquoi c’est la femme de Julius qui s’occupe des orphelins et des nécessiteux ? Pourquoi c’est son mari qui fait tous les travaux de construction ? Nous sommes à l’avant dernier chapitre : je sais que tu aimes les classiques, mais pour le coup tu finis sur une forte note genrée, et cela me déplaît absolument. Tu n’es pas obligée de changer, personne ne peut t’obliger à le faire, et je sais que tu n’aimes pas me décevoir donc je sais que ce que je te dis là va avoir un impact et ça s’inscrit dans les débats que nous avons eu dernièrement, mais pour le coup, je peux pas ne pas réagir, et puisque tu voulais de l’honnêteté : pour moi de lire cela, ça me déçoit du roman. Si je ne te connaissais pas et que je lisais ça dans un livre édité, cet élément-là viendrait renforcer toute mon interprétation féministe de la mort de Flore.
Je veux pas dire mais ton chapitre devrait s’appeler « le népotisme des princes » xD
Oh la la je ne m’attendais pas du tout à cet esprit de conquête ! Bon pourquoi pas, c’est une solution à la crise, mais bon… faut aussi de l’argent pour lever les armées hein
« – Bien, répondit le grand prévôt, » le nouveau grand prévôt ? je crois que ce serait bienvenu de souligner la nouveauté de la tâche (ça fait cinq minutes qu’il l’est quand même)
ALIIIIIIIIX :’( Pour le coup, le larmoyer dans les chaumières, il marche à fond sur moi. Je trouve que c’est si touchant. Je te déteste.
« Un baiser timide et sage qui produisit sur Flore le même effet que son étreinte » Heu… oups ?
« comme étourdis par tout ce qu’ils percevaient. » je te conseillerais de mettre juste « comme étourdis »
Ahlalalala ce cliffhanger… C’est fou que ça se finisse dans un chapitre ! Faut que je me prépare à l’idée, ton histoire m’a quand même accompagnée toute l’année, ça va être une page qui se tourne !
Plein de bisous !
Isapass
Posté le 08/08/2020
Hello Tac !
Oui, tu as raison, le passage du conseil fait un peu trop "liste des rôles assignés". Je le sentais en écrivant mais pour une fois, j'ai vraiment botté en touche en me disant "on verra plus tard pour l'ambiance". Et d'accord avec toi aussi pour la simplicité en ce qui concerne l'armée à lever. Ceci dit, le sujet ne m'intéresse pas spécialement, mais je peux effectivement mettre une petite phrase pour l'évacuer.
"Quant à Themerid, il n’aurait pu se tenir assez près pour contempler les étoiles avec lui" : ton interprétation de cette phrase est intéressante... mais il n'y avait pas de deuxième sens ;) Elle dit juste que les jumeaux ne peuvent pas, pour l'instant, se tenir l'un à côté de l'autre, et ça leur pèse. Il n'est même pas question, pour l'instant, de comparer avec la période où ils étaient fusionnés.
Je note tes remarques sur la forme, je regarderai. Mais non, les princes ne sont pas "rôtis" ;)
Je peux te retourner le compliment : Tac, tu me fais bondir ;) Comme dit sur messenger, j'ai réfléchi à la manière d'éviter d'attribuer la tâche "orphelins et nécessiteux" à une femme, alors que par rapport à l'intrigue, c'est ce qu'il y a de plus logique. Et plus j'y réfléchis plus je me dis que je n'y ai réfléchi que pour éviter de me faire taper sur les doigts, alors que de mon côté, cette répartition ne me choque pas : je n'ai pas dit que la mission consistait à donner la béquée aux enfants ni s'asseoir au chevet des malheureux. Je ne fais pas d'elle une aide-soignante. Donc plutôt que de modifier mon intrigue du tome 1 comme tu me le suggérais, je vais développer la description de la mission, qui consiste à réhabiliter les bâtiments, à se coordonner avec la gouverneure pour l'approvisionnement et avec son mari pour les éventuels travaux, et tout ça dans l'urgence. Bref, pas vraiment de tout repos.
Je pense que je ne te convaincrai pas, mais quitte à garder l'esprit ouvert, je pense qu'il ne faut pas s'arrêter au premier niveau, mais regarder aussi ce qu'il y a derrière le soi-disant cliché.
"le népotisme des prince" : c'est fait exprès. On est toujours dans une royauté et même si les princes vont améliorer les choses, je ne comptais pas non plus raconter la création d'une démocratie. L'esprit de conquête me paraît normal dans un univers médiéval où la loi universelle était quand même pas mal "manger ou être mangé". Ce qui fait d'eux des souverains avisés, dans le contexte, et c'est ça que je voulais montrer. Ça ne veut pas dire que j'approuve à titre personnel, évidemment.
Le pov d'Alix ne visait qu'à émouvoir, donc très contente si ça marche :) J'aime beaucoup Alix et elle n'a pas eu droit à tant de pov que ça, finalement.
Et oui, un chapitre seulement ! Je te cache pas que j'ai un peu la pression parce qu'en un chapitre, il va falloir que j'explique pas mal de choses et que je flippe un peu d'oublier un truc. Mais d'un autre côté, je n'ai presque pas relu mon tome 2 au fur et à mesure, et (c'est énorme à dire), je sais que je vais oublier des détails et qu'il faudra que je peaufine en correction. Et aussi, je sais déjà que je déporterai une partie des explications que je vais donner dans ce premier jet du dernier chapitre plus en amont dans l'histoire. Enfin je verrai d'après les retours, mais peut-être que trop d'explications, ça risque d'être indigeste.
J'ai dû commencer l'écriture du tome 2 en septembre, donc en effet, ça fera pile un an.
Merci pour ta lecture et ton retour ! Et t'inquiète, je suis toujours ouverte à la discussion ;)
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