Chapitre 31. (partie 2)

Par dcelian

Il a déambulé pendant un temps, laissant ses pas le guider secrètement. Et puis le voilà, finalement, il a traversé toute cette longue allée sinistre, approchant lentement de la lumière et des éclats, et il fusionne à présent avec la foule, prend part au corps commun, se laisse entraîner. Ici, tout se meut en permanence, rien n’est immobile, chacun vaque, vole, virevolte, c’est une valse infinie dont les danseurs échangent continuellement de place. Les runiens sont parés pour l’occasion : chacun revêt un déguisement fantasque, et les accoutrements qui défilent sous les yeux de Soa l’enivrent de leurs couleurs flamboyantes. Enfants, parents, tous portent un masque qui dissimule le regard, plus ou moins décoré, si bien que chacun rit avec de parfaits inconnus. On tend l’un d’eux à Soa qui s’en saisit. L’accessoire recouvre son visage aux deux-tiers, laissant sa bouche et son menton à découvert, et est orné de belles arabesques étincelantes. Il a la sensation de faire tache, parmi les paradeurs affublés de tissus aux reflets et nuances éthérés, avec ses vêtements sobres. Une musique festive résonne dans toute la grand-rue, étourdissante, reproduisant en des sons la joie éparpillée et confuse des milliers de participants. S’abandonnant à la cohue, il glisse entre les gens et leurs sourires en passant tout à fait inaperçu.
Ici, là, on lui donne à manger et à boire, et il ignore l’heure mais meurt de faim, alors il accepte timidement.

Une fois repu, ses idées reprennent place, il s’ancre à nouveau, retourne au présent, observe avec plus d’attention. Autour de lui, la foule est un serpent géant. En s’y faufilant, Soa dispose du point d’observation rêvé.
Des centaines de magasins ambulants, des brocantes-miracle qui disparaissent la nuit venue, des chariots emplis d’objets magiques, bordent la rue et proposent des articles invraisemblables, d’un genre nouveau qu’il ne connaît pas. Bercé par les mouvements tout autour, il observe, ébahi, les merveilles runiennes. Une nouvelle fois, l'avancée technologie de la ville l'impressionne : il n'a jamais vu pareils gadgets et ustensiles. Dans les étals, ces outils issus d’une science inconnue sont mélangés à des babioles supposément enchantées. Ces alliages étonnants reflètent parfaitement ce qu’il a déjà constaté dans cette ville déroutante : une dualité immuable. Chaque élément qui constitue Rune est frappé de ce sceau ambigu, confortant l’idée que personne n’est jamais ce qu’il semble être. Tout le monde y est dissimulé derrière des masques et des costumes, et le but de ces festivités est double lui aussi. Il y a les réjouissances, bien sûr, la musique, les couleurs, l’atmosphère irréelle, mais il y a autre chose : c’est cette volonté pernicieuse de jouer la vie, déguisé en quelqu’un d’autre. Rune est un théâtre, une pièce cent fois répétée : chacun de ses acteurs a poli un rôle social et convenable, un rôle pour la scène et les spectateurs crédules qui s’étire et s’étend selon les besoins, un rôle de mièvreries et de faux-semblants. Mais lorsque le rideau tombe, la scène est plongée dans le noir, et les comédiens ont tôt fait de se réfugier dans les recoins les plus sombres pour changer de parure et se reproduire sur des planches différentes : celles du secret et du tabou. Théa et ses raisons inconnues, Eliane et sa remise étrange, Charlie – le mystère.
Rune, ville des charmes et des illusions, dissimule en tout et chacun une identité secrète qu’il lui faudra percer à jour s’il souhaite comprendre la mécanique d’ensemble et trouver ce qu’il y cherche. La vengeance, les liens. Les réponses. Soa réalise enfin que, dès le premier instant où il a franchi les Plaines centrales, dès qu'il a passé la barrière géographique, atteint la cité du Sud, il a lui aussi mis les pieds sur cette scène dangereuse, et chaque instant passé ici l’empêtre un peu plus dans les fils de ses pantins.

Maude, l'énigme boiteuse, Léanne, Le Porc Rouge, qui n'est pas sans rappeler la fête de Rune, Aiag, Gaïa : le Sud du Comté est plongé dans une profonde ambivalence.

Dès lors, il faut tout repenser : la ville, les rives, les quartiers, le Consistoire, chacun de ces éléments dissimule ses propres ténèbres. La traversée du Désert aurait pu le lui faire comprendre : il ne s’agit pas simplement là d’un quartier pauvre et misérable. Le Désert est une petite société, dont les membres vivent si discrètement qu’ils en deviennent invisibles.

C’est décidé : il commencera par là. Il ira les déterrer.

***

Léanne s’est refermée immédiatement. Si l’armure s’était entrouverte, elle s’est rabattue aussi sec, et Gaëlle a failli y laisser quelques doigts au passage. Elle croyait pourtant son mentor capable de tout endurer, de dominer ses rages et émotions fortes en gardant un silence austère, elle comprend seulement maintenant qu’elle se trompait : Léanne est peut-être quelqu’un de froid au naturel, mais ça ne l’empêche pas de devenir glaciale.

Les silences sont déjà lourds lorsqu’elle les brise enfin, les yeux perdus ailleurs, sombre.

— Les Ombres ne sont pas animales, Gaëlle. Toute notion de pitié ne te conduira qu’à ta propre perte avec elles. Leur faim est insatiable, la mort est le seul moyen de les en libérer. Leur seule rédemption.

Puis, comme traversée par un reste d’humanité, elle fixe son regard sur Gaëlle à nouveau.

— Écoute, je sais comment se déroule la Traque au Nord. On nous l’apprend, ici, on nous parle de votre Loi et de vos Ombres, mais c’est toujours accompagné d’un rire sarcastique. Que veux-tu, la génération précédente de Traqueurs détestait profondément vos coutumes, et distribuait sans compter son mépris à votre égard. Je ne cautionne pas cet état d’esprit. Je n’ai pas de temps à perdre à dédaigner quiconque. Mais si leur méthode était mauvaise, leur propos comportait un fond de vérité : le Nord et le Sud sont deux pôles différents, Gaëlle, et les Ombres qui sillonnent nos terres ne sont en rien comparables à celles qu’on trouve par chez vous. Le Nord compte, parmi ses dangers les plus notoires, des Sorcières et des Gobelins. C’est à peu près tout, n’est-ce pas ?

Gaëlle est contrainte de l’admettre. Oui, « c’est tout. » Le souvenir puissant du Gobelin de Grimard se rappelle à elle. « C’est tout. » Et bordel, c’est déjà pas mal.

— Ici, c’est différent. Les Feux-follets, les Skelts, tu as déjà rencontré deux nouveaux types de créatures. Tu voulais savoir si la mort était la juste sentence, la seule sentence applicable les concernant ? J’ai deux réponses à t’apporter, mais je préfère te prévenir, ces deux réponses conduisent à la même conclusion : oui. La première, c’est le danger. Les Feux-follets, par exemple. Physiquement inoffensifs, ils sont à l’origine de bien des incendies destructeurs, en particulier dans les Plaines, où le soleil est déjà brutal à lui seul lors de la saison chaude. Dans le meilleur des cas, ces incendies ruinent les fermiers et agriculteurs en les privant de leurs récoltes. Dans le pire, ils engendrent des accidents, voire des morts. Ces créatures sont très difficiles à déloger parce que profondément cramponnées dans le sol ou les murs, et leur couper les pattes est mortel, comme tu as pu le constater. De plus, elles se reproduisent extrêmement rapidement en usant de spores qu’elles diffusent dans l’air, invisibles et inodores. Je te mets au défi de trouver une solution contre elles qui n’implique pas de les éliminer.

Gaëlle réfléchit, elle réfléchit vite, mais là, tout de suite, rien ne vient, rien du tout. Elle secoue la tête, piteusement.

— Je t’épargne les Skelts, qui sont un problème bien plus dérangeant encore. Tu vois où je veux en venir ? Mais ce n’est pas tout, Gaëlle. Tu es devenue mon apprentie sans connaître précisément les enjeux qui sont en train de naître dans nos terres, or tu ne peux pas tout ignorer car j’estime que cela serait trop dangereux pour ta propre sécurité. Je ne te livre donc pas ces informations pour que tu te mettes en tête de sauver le monde, mais simplement pour que tu sois consciente que quelque chose se trame. Parce que c’est le cas, Gaëlle, et c’est ma deuxième réponse à ta question.
Quelque chose se trame. Le vol des oiseaux est perturbé : les troubles enracinés vrombissent, menaçants, dans leurs sombres abris. Et les Ombres le sentent, elles le sentent mieux que quiconque. Se saisissent de l’occasion. Je ne sais encore rien, ou trop peu de choses, mais je sais au moins cela : il ne fera pas bon être sans défense, lorsque la saison froide frappera enfin à la porte du Comté.

Sur ces sombres imprécations, Léanne se tait. Gaëlle la soupçonne de mentir, un peu. Elle pense qu’elle en sait plus qu’elle ne le dit, mais elle refuse de lui reprocher sa discrétion. Même si elle n’approuve pas cette méthode, elle comprend au fond, elle comprend que Léanne cherche à la préserver. Gaëlle sait, elle, qu’elle est capable d’endurer la vérité, et même : que ça la motiverait probablement. Ce Traqueur dans les bois. Ces mystères inconnus. Tout ça crie la Traque, et Gaëlle se demande un instant comment elle a pu penser l’abandonner. Mais tout de même, ce que dit Léanne, ça ne lui plaît pas, pas du tout, même. Et peut-être qu’elle l’a perçu, parce que quand elle reprend, sa voix s’est... ? Peut-être ? Un TOUT petit peu, du moins ? adoucie ? HA ! Le miracle Gaëlle.

— Gaëlle, mon but n’est pas pour autant de faire de toi ma remplaçante future, ni de te manipuler. Construis tes propres expériences. Tu penses pouvoir sauver les Ombres en les faisant prisonnières, c’est ton choix. Il ne s’appliquera pas ici, car tu n’es pas en mesure de décider de mon fonctionnement, mais tu es libre du tien. Tu as pitié des maudits que je fauche ? J’espère que ça durera. Je ne crois en rien, mais si c’était le cas, j’aurais prié pour toi.

Piquée, sa curiosité. Elle croyait que les habitants du Sud étaient de loin les plus fervents croyants du Comté.

— En rien ? Et l’Inquisition tolère ça ?

Et alors... Non, pas possible. Gaëlle en aura vu, des choses, dans sa vie, parce que là, à l’instant ? Un hoquet peut-être ? Mais non. Elle rit. Oh, c’est un petit rire, un rire de rien, tout léger, déjà soufflé, mais tout de même... Un rire. HA ! Victoire, alors. Victoire sur cette âme glauque et rigide. Elle en viendra à bout, c’est certain.

— L’Inquisition n’est pas obligée de tout savoir.

— Hé ben ! Je dois dire que c’est une surprise. Et plutôt agréable, avec ça ! Je ne vous voyais pas mentir à l’Inquisition. Ça me plaît bien, je crois !

— Qui parle de mentir ? J’appelle ça une omission.

Elle rit-hoquète à nouveau, et Gaëlle l’accompagne. C’est profondément déroutant. Elle ne se départit pas un seul instant de son attitude rigoureuse, aucune inflexion dans sa voix ne trahit le moindre humour, et malgré tout, c’est incontestable : Léanne plaisante. Pourtant, quand elle reprend, le sérieux retombe aussitôt. Et Gaëlle se souvient aussitôt de la crainte qui l’avait habitée la première fois qu’ils l’ont rencontrée, Soa et elle. Se souvient de la colère hivernale.

— Il y a beaucoup de choses qu’on ignore encore l’une de l’autre. Mais non, je ne crois en rien : si Dieu existait, il n’aurait pas eu la cruauté maligne d’engendrer les Ombres.

***

Retournant sur ses pas, Soa s’est engouffré dans le Désert une nouvelle fois. Les sens en éveil, attentif à tout, fenêtres, coins de rue, portes entrouvertes, mais rien. Peut-être Théa lui a-t-elle menti, au fond ? Difficile d’être certain qu’elle ne jouait pas un rôle, elle aussi. Pourtant, il a cet instinct qui ne trompe pas, ce frisson dans le dos qui dit qu’il est surveillé minutieusement, qu’aucun de ses gestes ne passe inaperçu. Il déambule, vagabonde, sans vraiment de direction en tête, explore plutôt. Cherche, sans vraiment savoir quoi chercher. Faut-il qu’il fasse le premier pas ? Qu’il attende qu’on vienne à lui ? Il ne peut pas rester ici indéfiniment.

Après plusieurs dizaines de minutes vaines, Soa décide finalement de faire demi-tour. Il n’a pas de temps à perdre et le Désert lui est pour le moment hermétique. Il reviendra une fois la nuit tombée, peut-être ce petit monde s’éveille-t-il sous la lune. Pivote. S’arrête aussi sec. Là, juste en face de lui, à quelques mètres, le binôme d’enfants disparus, subitement réapparus. Sans un bruit, sans un mouvement qui aurait attiré son attention. Plantés dans le sol. Le fixant étrangement. Lugubres. Soa ne tremble pas pourtant, ne se laisse pas intimider. Rend le regard qui lui est adressé.

Subitement et d’une seule impulsion, les deux silhouettes se retournent et s’en vont en courant dans les rues sales. Soa se demande bien quel parent inconscient laisse ses enfants arpenter le Désert sinistre et nauséabond sans protection. Et puis, parce que ce n’est pas le moment d’y réfléchir, il secoue la tête et se lance à leur poursuite.

Étonnamment rapides quand on constate la taille de leurs jambes, les loupiots s’éloignent tandis qu’il court, tourne ici, là-bas, respire à grands coups pour tenter de garder la cadence. Lorsqu’ils s’arrêtent enfin, Soa reconnaît la rue qui conduit à la place de la sorcière. Les farceurs le fixent à nouveau, et, sans hésitation, entrent dans une des maisons. Soa s’arrête. La bâtisse est construite sur cinq étages, tout en hauteur et maigrichonne. À Pryven, à Grimard, aucun édifice habité n’est aussi immense, pourtant ici, ça semble être la norme, car toutes les maisons du Désert sont alignées sur le même schéma, plus ou moins sales, plus ou moins abimées. Soa peine à comprendre comment les habitants les plus pauvres de la ville peuvent disposer d’aussi grands domiciles.

Les deux enfants ont disparu. Est-ce une invitation à les suivre, ou une façon de lui indiquer qu’il n’est pas le bienvenu dans ce quartier ? Sont-ils des sortes de messagers, ou plutôt des oiseaux de mauvais augure. Derrière eux, la porte n’est pas refermée entièrement. Il hésite.

Dans la cuve du Désert, aucun air ne circule, aucune brise pour rafraîchir ses idées, alors, malgré le froid qui saisit le Comté, il transpire, à moins que ce ne soit l’angoisse de la suite, de l’après. Son corps semble avoir pris une décision, approchant prudemment du battant resté entrebâillé. Il décide de les poursuivre. Soa s’aligne sur cette décision. En restant en surface de Rune, il ne dénichera jamais les reliques enfouies. La seule solution qui s’offre à lui est de s’enfoncer dans les profondeurs, côtoyer les abysses, car c’est seulement sous leurs ténèbres qu’il parviendra à se dissimuler, seulement dans leurs énigmes qu’il trouvera les réponses tant espérées. Il franchit l’entrée.

L’intérieur est plongé dans le noir, malgré la porte qu’il n’a pas refermée. Soa met un temps à s’y habituer. Après plusieurs secondes silencieuses, les formes se dessinent enfin. Le rez-de-chaussée n’est manifestement pas habité, ou du moins il ne ressemble en rien à quelque chose d’habitable : une petite pièce vide, exigüe et rectangulaire, dont le seul décor consiste en un escalier, au fond, à l’aspect dangereusement frêle, s’enfonçant dans les étages supérieurs. Dans les coins, Soa remarque également de grosses boîtes dont il ne distingue pas le contenu, entassées dans des piles maladroites et envahissantes.

Avec précaution, il progresse. Lentement. Un pas puis un autre, s’assure de limiter, sous lui, les craquements du plancher vieilli. Pas de trace des volatils volatiles. Il s’enfonce dans la pièce.

Soudain, la porte claque violemment derrière lui, et les ombres dévorent tout. Il est propulsé dans un noir absolu et s’immobilise aussitôt. Il était certain d’être seul dans la pièce. Un courant d’air ? Non, le vent ne souffle pas sur le Désert, il l’a constaté par lui-même, alors c’est forcément quelqu’un. Un piège ? Par des enfants ? Soa n’aime pas la tournure que prennent les événements, mais il est contraint à l’inaction car rendu aveugle. Son seul espoir est que l’inconnu ayant rebouché sa sortie de secours ne le distingue pas dans les ténèbres, lui non plus.

Rien ne bouge. L’air est empli de tension, et rien ne bouge. Alors Soa prend l’initiative, il se déplace discrètement, courbé, limitant le plus possible l’espace qu’il occupe dans la pièce. Rase les murs, le sol. Sans un bruit. Atteint bientôt la porte.

Tout à coup, un objet en bois s’abat brutalement sur l’arrière de son crâne. La douleur est aigue, puis disparaît subitement. Il s’évanouit.

***

Léanne ne lui laisse aucune pause, aucun répit, elle frappe et frappe encore jusqu’à l’épuisement, mais l’épuisement ne vient jamais, alors elle frappe encore. Gaëlle résiste un instant, chute, se relève et résiste un peu plus avant de chuter à nouveau. Son corps meurtri, couvert de plaies, éraflures, lui demande un répit. Elle est essoufflée, à bout, et Léanne montre elle-même des signes de fatigue : ses assauts sont plus espacés, moins vigoureux aussi. Mais les jambes tremblantes de Gaëlle sont bien incapables d’en tirer parti, et ne pas rester à terre est maintenant devenu son seul combat.
Le souffle, disait son mentor. Il faut qu’elle apprenne à utiliser son souffle et sa tête. Alors quoi, elle respire, ne sait pas, qu’est-ce qu’on attend d’elle au juste ? Léanne n’a donné aucune instruction, elle a frappé, simplement. Ça pourrait faire quelques minutes, des heures, ou des jours peut-être, aucune différence : elle ne semble jamais s’arrêter.

Le choc métallique de leurs armes résonne dans les Plaines comme seul perturbateur d’un calme majestueux. Elles sont seules, seules entre les pousses gigantesques qui frémissent sous le vent frais et la forêt de Rune aux formes et murmures inquiétants. Les jours s’écourtent tandis que le temps se fait plus incisif. Elle sent les gouttes de sueur sur son corps refroidir. L’hiver, dans les collines, serait bien plus supportable. Ici, il mord sauvagement, avide, et Gaëlle, qui n’y est pas habituée, frissonne de plus belle. La luminosité faiblit déjà, le ciel se couvre et devient terne, l’ambiance est pesante. L’hiver ne sied guère au renouveau. Elle préfèrerait s’enterrer, hiberner jusqu’aux chaleurs prochaines. Quelque chose de sombre, de silencieux, se propage sur le Comté tandis que la sentence de la nuit bientôt s’abattra.

Gaëlle chute, encore. Grogne.

Le tintement strident d’une clochette interrompt alors toute tentative de complainte. Léanne rengaine aussitôt sa lame et souffle un coup.

— Allez Gaëlle, debout. Ta première Traque en tant qu’apprentie t’attend.

 

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dodoreve
Posté le 17/07/2022
C'est re-moi ouèche

"Il y a les réjouissances, bien sûr, la musique, les couleurs, l’atmosphère irréelle, mais il y a autre chose : c’est cette volonté pernicieuse de jouer la vie, déguisé en quelqu’un d’autre. Rune est un théâtre, une pièce cent fois répétée : chacun de ses acteurs a poli un rôle social et convenable, un rôle pour la scène et les spectateurs crédules qui s’étire et s’étend selon les besoins, un rôle de mièvreries et de faux-semblants. Mais lorsque le rideau tombe, la scène est plongée dans le noir, et les comédiens ont tôt fait de se réfugier dans les recoins les plus sombres pour changer de parure et se reproduire sur des planches différentes : celles du secret et du tabou." C'est peut-être très subjectif mais je trouve que cette info est simplement "donnée" là où on se demande comment on arrive à cette conclusion, en quelque sorte ? C'est bien écrit mais pour le dire autrement, j'ai l'impression que cette info est donnée de manière très neutre, et pas teintée par le récit lui-même ou la présence du personnage. Pourtant avant il y a déjà "Ces alliages étonnants reflètent parfaitement ce qu’il a déjà constaté dans cette ville déroutante : une dualité immuable. Chaque élément qui constitue Rune est frappé de ce sceau ambigu, confortant l’idée que personne n’est jamais ce qu’il semble être." donc ce n'est pas "absent", mais je sais pas, j'ai trouvé ça très frontal comme paragraphe ? Après parfois tu sais je chipote sur des détails pour pas grand-chose, donc je me permets d'attirer ton attention dessus, voilà, mais on pourra en rediscuter.

Bon, pour les Feux Follets tu savais que ça me dérangeait, et je comprends le raisonnement de Léanne. En même temps ce qu'elle ne dit pas frontalement c'est que "c'est eux ou nous", c'est-à-dire qu'elle fait le choix de sauver les humains : c'est logique vu la situation, mais ça reste un choix, alors qu'elle semble présenter les choses comme si l'élimination allait de soi ? Ce serait terrible, mais on pourrait s'imaginer que les humains s'adaptent à leur présence et la fuie, plutôt que de les éliminer. Ok ce serait pas commode et les éliminer c'est plus "logique", mais ça reste un point de vue anthropocentré et dont la solution n'est en rien "objective". Après ça m'étonne pas qu'elle passe sous silence ces détails, parce que je la déteste (lol déso).

"il ne fera pas bon être sans défense, lorsque la saison froide frappera enfin à la porte du Comté." Winter is coming lol

"HA ! Victoire, alors. Victoire sur cette âme glauque et rigide. Elle en viendra à bout, c’est certain." Bon, je t'avoue que je trouve le moment tout de même très tendre. C'est le miracle Gaëlle, ça aussi. <3

"Tout à coup, un objet en bois s’abat brutalement sur l’arrière de son crâne. La douleur est aigue, puis disparaît subitement. Il s’évanouit." OH
Bah alors ptit père ??? Je m'y attendais pas
QUI OSE ???

"Ta première Traque en tant qu’apprentie t’attend." OUWWWWW

Bon, j'ai chaud donc je n'ai pas tous mes neurones, mais autant te dire que j'ai hâte de lire la suite parce que ce passage est de ceux qui donnent juste envie d'arriver à l'après, parce que les petits indices et petites choses se mettent peu à peu en place. Mais bon, je devrais pas attendre beaucoup, du coup ?? Ou sinon ça me laissera le temps de rattraper mon retard sur l'histoire de Louison (héhé)

À plus tard ouèche
dcelian
Posté le 18/07/2022
RE-coucou ouèche

Alors pour le paragraphe sur Rune-théâtre : jsuis pas d'accord avec toi. Je vois ce que tu veux dire quand tu trouves qu'il est assez "neutre" scénaristiquement parlant, et qu'on voit pas trop le rapport avec Soa, mais en réalité Soa a déjà fait ça plein de fois, quand même. Il a pas mal ces réflexions d'ensemble, donc ça tombe pas de nulle part non plus, en tout cas sur la forme. Sur le fond non plus, je trouve pas que ça tombe de nulle part en vérité. Les masques, le Désert, Théa, Eliane et Charlie = il a rencontré pas mal de personnes et d'éléments déjà qui portent cette marque double. Peut-être que ça intervient un peu trop tôt, mais ça me paraît pas complètement hors de propos non plus, il a quand même déjà pas mal d'exemples pour venir appuyer son propos, et ces exemples c'est TOUS les gens qu'il a rencontrés jusqu'à présent, même si ça fait pas beaucoup, on est sur du 100% quoi. Voilou, jsais pas trop si ça te convainc, dis-moi !

Je COMPRENDS ton point de vue pour les Feux-follets mais clairement : non là tu chipotes parce que tu veux à tout prix faire de Léanne une personne méchante. Elle est TRAQUEUSE alors forcément dans son métier et son idéologie de BASE y a aucune cohabitation possible entre les humains et les Ombres, elle a déjà choisi le camp des humains en s'engageant dans cette voie, et Gaëlle a choisi le même. Donc on peut pas dire qu'elle "omet" de mentionner ça, elle fait juste son métier là. Mais j'ai bien compris que tu l'aimais pas ;-;
C'est ballot quand même, moi je la trouve intéressante. Elle permet de confronter les certitudes, et elle apporte un nouveau point de vue sur la Traque ! Toi qui rêvais de combats entre Traqueurs, justement,, elle a déjà permis d'assister à l'un d'entre eux ;)

""il ne fera pas bon être sans défense, lorsque la saison froide frappera enfin à la porte du Comté." Winter is coming lol"
bhaha c'est vraiment ça, en plus j'ai même pas vu GoT SUPER

"Bon, je t'avoue que je trouve le moment tout de même très tendre. C'est le miracle Gaëlle, ça aussi. <3"
AMEN WOO hahaha jpeux te dire que c'est pas une petite victoire cette concession

""Tout à coup, un objet en bois s’abat brutalement sur l’arrière de son crâne. La douleur est aigue, puis disparaît subitement. Il s’évanouit." OH
Bah alors ptit père ??? Je m'y attendais pas
QUI OSE ???"
Oué rohh pti loulou là c'est pas des manières :c

Ecoute moi aussi j'ai bien hâte de lire la suite (lol), et normalement si je continue sur mon rythme ça devrait arriver en fin de semaine encore une fois !!!

Merci pour la lecture fulgurante, et à supervite !!
dodoreve
Posté le 18/07/2022
"Alors pour le paragraphe sur Rune-théâtre : jsuis pas d'accord avec toi. Je vois ce que tu veux dire quand tu trouves qu'il est assez "neutre" scénaristiquement parlant, et qu'on voit pas trop le rapport avec Soa, mais en réalité Soa a déjà fait ça plein de fois, quand même. Il a pas mal ces réflexions d'ensemble, donc ça tombe pas de nulle part non plus, en tout cas sur la forme. Sur le fond non plus, je trouve pas que ça tombe de nulle part en vérité. Les masques, le Désert, Théa, Eliane et Charlie = il a rencontré pas mal de personnes et d'éléments déjà qui portent cette marque double. Peut-être que ça intervient un peu trop tôt, mais ça me paraît pas complètement hors de propos non plus, il a quand même déjà pas mal d'exemples pour venir appuyer son propos, et ces exemples c'est TOUS les gens qu'il a rencontrés jusqu'à présent, même si ça fait pas beaucoup, on est sur du 100% quoi. Voilou, jsais pas trop si ça te convainc, dis-moi !" Je vois mieux ce que tu veux dire et de toute façon c'est toi qui a raison sur ta propre histoire. :') Peut-être qu'ici encore c'est la faute à pas avoir ce qui précède suffisamment en tête au moment où j'y arrive ? Toujours est-il que si ça peut t'aider à voir mon cheminement de pensée, à aucun moment je n'ai pensé à Eliane et Charlie par exemple, comme si ce paragraphe montrait à la fois la découverte et l'interprétation directe, plutôt qu'une déduction qui prend ses racines plus tôt. Mais encore une fois : ça peut être une question de ressenti et de toute façon c'est toi qui a raison !

"Elle est TRAQUEUSE alors forcément dans son métier et son idéologie de BASE y a aucune cohabitation possible entre les humains et les Ombres, elle a déjà choisi le camp des humains en s'engageant dans cette voie, et Gaëlle a choisi le même." Beh là tu vois c'est clairement léanno-logique mais ça me viendrait certainement pas à l'esprit d'abandonner un certain recul du fait de ma profession. Et si ta profession elle a tort ? Tu peux ne jamais t'en rendre compte sous prétexte que tu te complaisais dans un aveuglement professionnel.

Après je râle pas après une incohérence : je râle sur des questions de principe. Donc ça la rend humaine, en quelque sorte, et c'est bien que je puisse détester un peu un personnage (tout en voyant bien que oui c'est pas une caricature de méchanceté, ce sont ses principes que je déteste avant tout blablabla).
Est-ce que j'ai le droit de tendre un briquet sous sa chaussure pour voir si ça prend feu ?
(lol je rigole je suis sage je ferais jamais ça)
dcelian
Posté le 18/07/2022
OUI, c'est pas impossible de prendre du recul par rapport à sa profession. Mais là, c'est pas vraiment une question de raison ou tort, elle pense pas particulièrement avoir raison, elle considère juste absolument pas les Ombres comme des "êtres vivants", du fait qu'ils font quand même de sérieux dégâts du côté des Hommes (qu'elle aime pas forcément beaucoup plus d'ailleurs). Du coup elle les élimine quoi, mais pour elle c'est littéralement l'équivalent de nettoyer une tâche d'huile sur son plan de travail hein, y a zéro différence si ce n'est le danger quoi. Alors certes je comprends bien que ça te parle pas puisque t'aimes bien les bêtes et tout, mais déjà les Ombres c'est pas forcément des bêtes : regarde les Sorcières. Et quand t'as une sorcière qui tue des gens, tu te dis pas forcément, "roh, ils ont abusé ces gens aussi, ils pourraient essayer de cohabiter en fuyant les Sorcières toute leur vie" lol
Enfin voilà après effectivement c'est pas une incohérence scénaristique mais juste une divergence de point de vue entre elle et toi !
dodoreve
Posté le 18/07/2022
En l'occurrence l'exemple des Sorcières me conforte dans ma position : je n'aurais pas envie de les tuer sans y réfléchir à deux fois ou tenter de discuter avec elles. Mais quand tu dis que pour Léanne les Ombres ne sont même pas des êtres vivants, je me dis qu'elle est vraiment bien enfoncée dans une certaine manière de voir le monde, plus directe aussi que mes "et si...?". Je lui pardonne pas mais je comprends mieux ahah

Sinon j'ai relu le passage sur Rune/théâtre et j'ai trouvé ça beaucoup plus clair ! En plus ça met bien en valeur tout ce qui s'est passé jusqu'ici, donc même si je suis une bûche dans cet art je suppose que scénaristiquement c'est bien ! (en tout cas l'impression est bonne)
dcelian
Posté le 20/07/2022
Tant mieux, et merci encore :>
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