Chapitre 30. Vivre pour s'envoler

Par dcelian
Notes de l’auteur : Bonjour !!
Me revoilà en force pour annoncer un grand retour ! Je vais pouvoir maintenir un bon rythme pour quelques semaines encore, alors vous pouvez vous attendre à voir un chapitre par semaine, qui sait, pourquoi pas ? (je ne promets rien, j'ai bien compris que c'était trop audacieux pour moi ;-;)
J'espère que ce chapitre vous plaira. Il contient pas mal de choses...importantes. Vous comprendrez en l'ayant lu c:
Merci d'être toujours là, et à bientôt !

Perdu en pensées, loin dans ses souvenirs, Soa ne voit que trop tard arriver la petite silhouette qui lui rentre dedans en courant à plein régime. Le choc est peu brutal cependant, et bientôt tous deux reculent, reprennent de la distance, se désétourdissent. La jeune femme qui cherche son souffle face à lui est d’un petit gabarit, solide pourtant, regard assuré, pétillant. Elle s’excuse vivement, il s’excuse timidement. S’excusent. Sourient bêtement.

— Je ne m’attendais pas à croiser qu’unqu’un par ici ! Tu ne prends pas part aux festivités ?
Ses mots, ses beaux vêtements, sa posture, tous ces détails filent à vive allure dans la tête de Soa qui soupçonne que cette fille ne vient pas des quartiers pauvres. Impossible. Pour avoir constaté l’état de délabrement des rues malfamées de la rive gauche, il sait désormais les stades de misère que ses habitants peuvent atteindre. Mais alors, que fait-elle ici, cette imprévue ? Elle semble sincèrement curieuse, ça se lit dans ses expressions naturelles et la vivacité avec laquelle elle s’exprime. Pourtant, le tableau est étonnant : personne de la rive droite ne s’aventure habituellement dans ces labyrinthes de gris et de crasse, alors forcément, oui, ça étonne. Il décide de lui répondre avec prudence.

— Je...n’aime pas beaucoup les foules. J’ai préféré rester à l’écart. Et v...toi ? Tu n’as pas l’air d’habiter ici...
Elle rit. Admet. Et lui fait remarquer qu’elle pourrait lui retourner l’affirmation. Il se tait et rougit, pris au dépourvu.

Elle lui tend alors une main ouverte pleine de bonnes intentions, et son expression se fige dans ce qui pourrait être la joie des nouvelles rencontres, que Soa peine à comprendre mais saisit néanmoins comme sa chance. Cette arrivante pourrait bien lui être utile.

— Théa, enchantée !

— Soa.

— Alors d’où est-ce que tu viens, Soa ? Qu’est-ce qui t’amène dans notre charmante ville ?
A nouveau, il hésite. Mais il ne peut pas se méfier de tout le monde : il se méfie déjà de tout, ce serait épuisant. Et le visage de Théa dit ses bonnes intentions, bien qu’il y ait encore une part de mystère à éclaircir derrière sa présence ici et sa course tête baissée. Il se contentera d’aller à l’essentiel.

— Je viens du Nord, je...suis de passage ici. Je cherche à remonter les traces de ma famille... Je pense pouvoir en trouver à Rune.
Et c’est vrai. Il est parcouru d’un tremblement, secoué, ébranlé. C’est vrai. C’est ça, la volonté initiale, le point de départ, le moteur dissimulé. Ça a toujours été ça. Sur le chemin, les quêtes des autres se sont mêlées à la sienne, on croyait pouvoir collaborer et associer nos douleurs, mais c’est impossible, c’est.......impossible. Il n’est rien de plus intime que la douleur. Là où elle frappe, elle ne frappe que vous, et ce qu’elle parvient à arracher est alors indicible car aussi profondément terrible que personnel. Soa tremble et se souvient.

— Ah, la famille... Enfin, c’est incroyable ! Tu viens du Nord ? Sacré bout de chemin... Et du coup tu ne connais rien à la ville, et tu te demandes pourquoi les habitants paradent, c’est ça ? Tu viens tout juste d’arriver ?

— Oui... » il murmure, mais il est ailleurs, désaxé. « Oui, c’est ça.

— On peut dire que tu as bien choisi ton moment : on est en pleines célébrations, c’est l’anniversaire annuel de la ville. Enfin, j’imagine sans mal que ça fasse beaucoup pour un étranger, et la fête peut facilement être perturbante quand on vient d’un plus petit coin... Un tour d'ici, ça te dit ? »
Il revient alors au présent, étonné. En quelques secondes seulement, Théa semble avoir pleinement pris conscience de son problème et en chercher activement les solutions. Cette propension folle à s’oublier soi-même pour aider un parfait inconnu suscite en Soa une profonde fascination, accompagnée d’une gratitude soulagée : il se sent écouté, ni plus ni moins. Mais préfère rester prudent.

— Et...et toi ? Pourquoi... »
Théa secoue la tête et claque plusieurs fois de la langue en signe de désapprobation :

— Attends, chaque chose en son temps. D’abord : ta famille. »
Elle jette un regard circulaire puis reprend son interrogatoire :

— Quels sont tes projets ? Est-ce que tu as un toit pour dormir ? De quoi manger ? Besoin de quelque chose ?

— Ah, euh...c’est gentil, merci. J’ai un logement...temporaire. Mais j’aimerais trouver un travail. Pour pouvoir me débrouiller seul...

— Je vois. Et pour ta famille, tu as des pistes, quelque chose, n’importe quoi ? Tu sais à qui demander, quoi chercher ?

— Non...pas exactement. Mais cet endroit, c’est...immense. Difficile de savoir par où commencer. »
Il baisse la tête, penaud. C’est la stricte vérité. Il est venu ici sans plan, sans idée, sans rien, et ça ne lui ressemble pas plus que ça ne lui plait.
Théa ne répond pas tout de suite, semble réfléchir intensément. Puis elle reprend :

— Bon, alors voilà le topo : pour ce qui est de trouver du travail, ça risque d’être compliqué. Ta seule chance, c’est de dégoter quelque chose dans une des boutiques qui longent la grand-rue, mais je ne me ferais pas d’illusion à ta place : ces postes sont très prisés et les affaires des commerçants ne sont pas au beau fixe, surtout alors que la saison hivernale approche. Le reste, tu peux oublier directement. Tu ne seras jamais embauché dans la rue marchande de la rive droite, sans parler du théâtre ou de l’école, et je te déconseille vivement le poste de domestique. En revanche, il y a beaucoup d’endroits libres par ici, si tu cherches absolument à te loger. Je ne te parle pas d’un grand confort : ce sont des nids de misère, mais beaucoup d’appartements sont inhabités. Ce n’est pas sans risque : si l’Inquisition te tombe dessus, ça risque de te coûter cher. En espérant que ça se limite à un prix...ce qui est loin d’être garanti...

— Attends... »
Il l’interrompt maintenant parce que trop de questions se forment déjà dans son esprit. Voilà maintenant quelques temps que les intrigues s’étaient recouvertes d’autres soucis plus pressants, plus terribles aussi. Il les avait mises entre parenthèses, repoussées à plus tard, et finalement, ce qu’il craignait le plus, la peur qui le rongeait intimement depuis le début, depuis le tout début, depuis l’embrasement de ses parents, cette peur s’est réalisée sournoisement, profitant d’un instant de faiblesse : il a perdu intérêt. La vengeance s’est fait ronger par des pensées parasites et avides de la remplacer. Il les a laissé faire. Laissé dévorer. L’ombre de ses parents toujours là, quelque part, mais trouble, floue, indiscernable, et leurs visages peu à peu disparaissaient pour le libérer d’un fardeau aussi lourd qu’essentiel à son regard. C’est cette lassitude qu’il a ressentie en mettant les pieds à Rune, ce tourbillon de vide qui menace de le happer brutalement, lui promettant un oubli total, un retour à zéro, un renouveau dont Soa ne veut pas mais contre lequel il est fatigué de lutter.
Et puis Théa est arrivée. Elle l’a percuté et, peut-être, a réussi à relancer ce qui s’était arrêté en lui. Le voile sombre qui opacifiait le passé se lève à mesure qu’elle lui parle, qu’elle lui parle de cette ville étrange et nouvelle, de ses secrets, et le frisson qui l’avait quitté bientôt le saisit à nouveau. C’est un frisson étrange, promesse d’aucune joie ni épopée, d’aucun miracle, mais synonyme d’une mécanique familière, rassurante. Les temps changent, bien sûr, les gens changent aussi. Soa qui rêve, ne rêve plus. Il s’ancre dans le noyau ferme du présent, oublie les autres démons.

C.......léa.   ?

L’appel des racines.

Renaît enfin.

Et le vent, qu’il avait oublié, semble souffler soudain pour accompagner son impulsion.

— Viens. » Théa l’interrompt soudain dans ses pensées. « Je vais tout te montrer, tu comprendras mieux.

***

Scindée en deux, voilà ce qu’elle est. Et ce n’est pas à son habitude, Gaëlle, toujours entière, toujours décidée, déterminée, cette fois, elle ne sait pas. Il y a la colère, déjà, cette colère terrible, brûlante, logée dans son corps alourdi, colère brutale, qu’elle croyait éteinte. C’est une colère-monde, une colère qui à force de se taire ne s’est plus tue. Qui voudrait rendre le mal au centuple,

cracher sur les flammes,

montrer les dents,

mordre les chiens,

tuer leurs maîtres,

briser les os.

Retourner la terre.

Et puis il y a Léanne. Léanne au silence cru, imperturbable, Léanne qui se tait mais qui en dit long en se taisant. Qui lui parle de cette colère, et qui, étrangement, semble la comprendre tout en la méprisant. Il y a chez elle cette ambiguïté, d’un côté le talent aiguisé, fascinant, terrifiant, qui murmure pour elle toute l’expérience accumulée, et les souffrances qui vont avec. Et de l’autre, le détachement. Une distance de sécurité, un rempart infranchissable, un vide, c’est ça, Léanne est enfermée dans un vide, et Gaëlle est troublée par cet artifice qu’elle n’a jamais ni employé ni appris à le faire. Troublée parce qu’il fait de Léanne une personnalité dure, froide, antipathique, alors qu’elle entrevoit en elle plus que cette façade.
Alors Gaëlle ne sait pas. Elle ne sait pas, bordel, ne sait pas quoi faire, quoi penser. Elle ne comprend pas. Parce qu’elle le hait, ce vide, elle hait tout ce qu’il représente et engendre. Comme si les Ombres prenaient de la distance avant de trancher la tête de leurs victimes, comme si elles avaient pris de la distance avant de lâchement s’attaquer à son vieux maître et de rompre son corps esseulé.

Pourtant, à chaque fois qu’elle voit Léanne, Gaëlle voit son vieux maître aussi. Et elle déteste cette image, parce qu’ils n’ont rien à voir, et parce qu’il est mort, depuis longtemps déjà, mort et loin, alors à quoi bon trifouiller sa mémoire maintenant, merde. Mais elle ne comprend pas. Pourquoi cette fascination étrange ? Pourquoi cet attrait mystérieux pour cette femme aux antipodes d’elle et de ses principes, de tout ce qu’elle a toujours appris ? Et pourquoi ce rapprochement avec Fillus, lui qui était sage, et s’illustrait par-dessus tout par sa volonté admirable de ne pas renchérir aux crimes abominables des Ombres ? Lui qui épargnait la moindre vie, si dangereuse soit-elle, tandis que Léanne rompt ce tabou sans frémir. Et après quoi ? Tuer n’est jamais un acte insignifiant. Elle ne le sait que trop bien, parce que ses propres mains sont tâchées d’un sang qu... RAH ! C’est pas la question. Peu importe ce qui s’est passé, ce qui compte c’est maintenant. Et maintenant, elle ne veut pas tuer, ne peut pas tuer. C’est ce que Léanne lui demande, pourtant.
Alors elle est de retour au point de départ : pourquoi est-ce qu’elle éprouve quoi que ce soit d’autre que du dégoût envers cette femme aux méthodes immondes ?

Face à elle, Léanne ne dit rien, comme toujours. Aucun bruit. En bordure des Plaines centrales, le ciel est souvent dégagé, et le soleil pointe timidement son nez incandescent dans la fraîcheur de l’hiver approchant, caresse bienvenue sur sa peau abimée. Ses rayons restent faibles, toutefois, et elle réprime des tremblements en frottant frénétiquement ses bras.

— Suis-moi. »
Le ton neutre de Léanne reprend le dessus sur les songes. Inaffecté. A croire qu’elles papotaient simplement entre amies dans ce jardin encadré de piquets d’argent. Elle est partie, déjà, persuadée de retrouver Gaëlle sur ses talons.
Mais Gaëlle n’est pas sur ses talons, elle est paumée, perdue, complètement à l’ouest. Léanne. Une énigme, un puzzle, mais très secret, et dont on sent sans comprendre comment que les pièces sont enterrées pour de bonnes raisons. Léanne est un orage, un orage dont la menace de s’abattre est perpétuelle, jamais loin, mais qui ne frappe pas. Sa seule rumeur suffit à manifester une présence qu’on ne conteste pas. De ce silence grondant se dégage une tension curieuse, à la fois dangereuse, meurtrière, et très calme aussi, la tension d’un souffle, ou plutôt non : la tension juste avant le souffle, juste avant de pouvoir respirer à nouveau. Une tension qui perturbe l’air tout autour.

Léanne disparaît à l’angle de la maison. Gaëlle toujours plantée là, résolument, comme une punition. Mais une punition de qui, au juste ? Qui est-ce qu’elle punit, là, comme une abrutie, à rester ancrée dans la terre pendant que son apprentissage lui tourne le dos ? Elle soupire. Allez ma grande. Règle numéro six, hein...
D’un pas lent, elle se met en marche. Contourne à son tour la bâtisse.

Surprise, elle découvre alors que Léanne possède un plus grand terrain qu’elle ne le croyait : de l’autre côté des murs, une vieille grange trône incertaine, ouverte aux quatre vents, ainsi qu’une serre dissimulant manifestement toutes sortes de plantes. La Traqueuse est déjà hors de son champ de vision, mais la porte entrebâillée de sa grange suggère le chemin à suivre. Et... Non. Ah NON ! C’est hors de question. Mais si... Si, si, c’est certain, même, il faut croire qu’elle n’avait pas encore totalement perdu la raison, tout à l’heure, parce que........les flammes. Le feu introuvable, le feu dans les murs, le feu au bruissement mouvant. Il vient de là, c’est sûr. Et ça..... – crépite, crépite. Encore. Cette fois, Gaëlle refuse de se laisser berner, ou distancer, elle va prendre les braises par surprise, tiens ! Oui, c’est ça qu’elle va faire. Elle se précipite vers le vieux bâtiment, les pieds toujours nus frottant contre l’herbe fraîche du matin.

***

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Sklaërenn
Posté le 04/08/2022
Coucou, je suis de retouuuuuuuuur ( pas pour te jouer un mauvais touuuuuur ) désolé, j'ai été pas mal occupée, du coup, j'ai pas pu venir plus tôt ;-; mais ze suis là maintenannnnnnnnnnnnnnnnt :D

« Perdu en pensées, loin dans ses souvenirs, Soa ne voit que trop tard arriver la petite silhouette qui lui rentre dedans en courant à plein régime. » Ouiiiiiiii, je savais que c'était Sooooooooaaaaaaaa-chou~

« Pour avoir constaté l’état de délabrement des rues mal famées de la rive gauche, il sait désormais les stades de misère que ses habitants peuvent atteindre. » Pas d'espace entre mal et famées ;)

« — Bon, alors voilà le topo : pour ce qui est de trouver du travail, ça risque d’être compliqué. Ta seule chance, c’est de dégoter quelque chose dans une des boutiques qui longent la grand-rue, mais je ne me ferais pas d’illusion à ta place : ces postes sont très prisés et les affaires des commerçants ne sont pas au beau fixe, surtout alors que la saison hivernale approche. Le reste, tu peux oublier directement. Tu ne seras jamais embauché dans la rue marchande de la rive droite, sans parler du théâtre ou de l’école, et je te déconseille vivement le poste de domestique. En revanche, il y a beaucoup d’endroits libres par ici, si tu cherches absolument à te loger. Je ne te parle pas d’un grand confort : ce sont des nids de misère, mais beaucoup d’appartements sont inhabités. Ce n’est pas sans risque : si l’Inquisition te tombe dessus, ça risque de te coûter cher. En espérant que ça se limite à un prix...ce qui est loin d’être garanti... » Ahah, comment elle l'assomme d'info, le pauvre ne va pas suivre :')

J'ai adoré le changement d'ambiance entre les deux point de vue. Celui de Soa avec l'effervescence de la ville, sa rencontre avec cette petite si vive et parlante contrairement à lui et celui de Gaëlle, plus calme en apparence, mais tempétueux à l'intérieur.
dcelian
Posté le 05/08/2022
Coucou !!! Ravi de te revoir par ici, et t'excuse pas, y a aucun souci :)

Ouiiiii c'était bien Soa haha, jolie déduction.
Effectivement, elle l'assomme pas mal d'informations, et puis du coup je vous assomme aussi indirectement. J'espère que c'est pas trop ? De toute façon, on aura l'occasion d'y revenir par la suite, tout ça reste une introduction à cette nouvelle ville qui sera le théâtre de bien des actions à suivre :)

Tant mieux si le rythme t'a plu et si le parallèle des deux points de vue fonctionne pour toi :D Merci pour ta correction, et merci d'être toujours là avec tes commentaires et ta bonne humeur, ça me fait super plaisir *-*
dodoreve
Posté le 09/07/2022
COUCOU JE SUIS DANS LE TRAIN

« Elle s’excuse vivement, il s’excuse timidement. S’excusent. Sourient bêtement. » Alors ça : ça ressemble à un coup de foudre. Mais je ne pose pas de question, puisque je n’attends aucune réponse (refuse d’en avoir même).

(« petite mort » juste, je me demandais si tu connaissais la connotation sexuelle de l’association de ces deux mots ? Je préfère attirer ton attention là-dessus au cas où, même si dans tous les cas ça me choquerait pas si ce n’était pas volontaire, que ce soit parce qu’on y pense ou parce qu’on n’y pense pas.)

LOL Soa qui aligne plus d’une phrase en réponse à une inconnue, c’est le turfu en fait → J’en ris mais je remarque aussi qu’il aurait tout simplement pu répondre « non » à la question posée. Est-ce que le fait de ne pas donner une réponse si courte correspond donc pour lui au fait de répondre avec prudence ? Que ce cheminement de pensée soit exposé ou non (ce qui n’est pas le cas pour l’instant mais l’un et l’autre sont pertinents) c’est typiquement le genre de détail qu’on relève au moins inconsciemment dans notre perception du personnage je trouve. Tout ça pour dire que je trouve ça rigolo, voilà.

« Mais il ne peut pas se méfier de tout le monde : il se méfie déjà de tout, ce serait épuisant. » ahahah

« Elle lui tend alors une main ouverte pleine de bonnes intentions, et son expression se fige dans ce qui pourrait être la joie des nouvelles rencontres » / « Et le visage de Théa dit ses bonnes intentions » → Je me demandais si là ça n’aurait pas été chouette aussi pour nous de voir par nous-mêmes à quoi ça ressemble plutôt que de savoir ce qu’il en retient (un peu du show don’t tell quoi), mais c’est peut-être un choix de ta part de ne conserver surtout que les impressions de Soa !
(Voyez je réclame)

« Et c’est vrai. Il est parcouru d’un tremblement, secoué, ébranlé. C’est vrai. C’est ça, la volonté initiale, le point de départ, le moteur dissimulé. Ça a toujours été ça. » Ahh alors ça je trouve ça cool. Déjà je pense que pour une histoire longue, ça mange pas de pain de rappeler ce genre de choses (même si je te rassure on savait déjà ce qu’il en était et que le gars faisait pas juste une rando). Ensuite je trouve ça cool parce que : c’est vrai. Et qu’il n’a pas de raison de le cacher. Je pense que trop souvent à tort parfois, on a envie de conserver ce côté méfiant du personnage/héros solitaire qui va vouloir tout cacher jusqu’au bout alors qu’en fait non, c’est tout à fait possible de raconter sa vie à tout va ! (en deux lignes c’est déjà pas mal)

« c’est impossible, c’est.......impossible. » alors là c’est juste arbitraire et purement subjectif mais je t’avoue ne pas accrocher à ces points de suspension en happy hour, parce que je ne sens pas trop leur rattachement au texte. On sent Soa qui hésite sans avoir besoin de tant ? En même temps je ne peux pas m’empêcher de me dire : pourquoi pas. Pourquoi qu’on serait limité.es en ptipoints. Mais voilà, je me permets de relever parce qu’il y a quelques cas d’autres envolées graphiques dans ton texte et que les raréfier peut aussi les mettre en avant (après je sais pas dans le fond c’est bien toi qui sait où tu en veux et tout quoi)

« Il n’est rien de plus intime que la douleur. Là où elle frappe, elle ne frappe que vous, et ce qu’elle parvient à arracher est alors indicible car aussi profondément terrible que personnel. Soa tremble et se souvient. » Les deux premières phrases auraient déjà été cool sans la dernière, mais celle-ci rend l’ensemble très dynamique et frappant je trouve ! Et puis ça rattache le côté un peu général et moral au cœur de ton histoire.

« quand on vient d’un plus petit coin... Un petit tour, ça te dit ? » Bon je relève quand même au cas où, y’a une répétition de « petit », mais après tu t’en étais peut-être déjà aperçu en te disant qu’après tout, c’était un dialogue. Mais voilà, je relève, si besoin !

« Mais préfère rester prudent.s » Je sais pas si c’est une erreur de typo mais dans tous les cas ça m’a fait rire cette possibilité inclusive de se considérer simplement soi ou accompagné, en même temps.

Mololo pauvre Soa qui se fait emporter par ses pensées après le flot de questions de Théa ! (ou pauvre Théa du coup ?) En tout cas c’est marrant parce que je me disais que Théa et Cléa ça pouvait être un peu proche, donc ton « C.......léa. ? » m’a pas mal parlé en isolant un peu le son final. Au passage : les phrases qui suivent, j’adore.

Rololo retrouver Gaëlle et sa colère : d’office bam je passe des questions tout dans l’air de Soa au retour brut et vivement partagé à Gaëlle comme si c’était toujours resté (ahah). J’aime trop ce début d’ailleurs, il est super bien écrit, et je la sens vraiment avec la fin : « Qui voudrait rendre le mal au centuple, / cracher sur les flammes, / montrer les dents, / mordre les chiens, / tuer leurs maîtres, / briser les os. / Retourner la terre. » (trop fan)

Ah je trouve ça cool que Gaëlle s’interroge sur sa fascination étrange pour Léanne tout en étant énervée, je trouve que ça prend plutôt bien par la main mes propres ressentis tout en les orientant certainement dans le sens qui t’intéresse !

« Léanne est un orage, un orage dont la menace de s’abattre est perpétuelle, jamais loin, mais qui ne frappe pas. Sa seule rumeur suffit à manifester une présence qu’on ne conteste pas. De ce silence grondant se dégage une tension curieuse, à la fois dangereuse, meurtrière, et très calme aussi, la tension d’un souffle, ou plutôt non : la tension juste avant le souffle, juste avant de pouvoir respirer à nouveau. Une tension qui perturbe l’air tout autour. » ça j’aime beaucoup et ça me calme aussi, plutôt que rager, je fais comme Gaëlle : j’observe.

Elle est très intrigante cette fin. Question de détail, je relève juste un truc de rien du tout : « Elle se précipite dans le vieux bâtiment, les pieds toujours nus frottant contre l’herbe fraîche du matin. » → l’herbe est dans le bâtiment ou vers le bâtiment ? Toujours est-il que j’aime beaucoup cette sensation alors je dis oui quoi qu’il arrive. En tout cas vraiment, moi qui étais imperméable à respecter Léanne tant qu’elle nous respectait pas avec Gaëlle (lol) je me calme petit à petit, déjà parce que j’ai pris un peu de recul en relisant la fin de ton dernier chapitre, et parce que comme je le disais dans ma dernière remarque, tu nous prends très bien par la main pour accompagner l’évolution du ressenti de Gaëlle à son égard, avec ses questions etc. Et son énervement, quand même, mais qui n’est pas stérile et sans orientation. J’aime beaucoup quand elle comprend pas comme ça, aussi parce que (je te l’ai déjà dit d’ailleurs) ça accompagne toujours très bien notre propre incompréhension !

Bref, mon train arrive bientôt et je sombre de fatigue (en réalité j’ai fini par venir ici parce que je ne pouvais plus travailler, addict que je suis), donc je vais devoir me réserver la fin pour plus tard. Comme quoi c’était un avantage certain de diviser tes chapitres, hein ! J’espère ne pas trop traîner pour le reste tout de même : je veux savoir ce qui se trame, on m’a teasé bien des choses, et comme tu dois savoir maintenant je supporte pas le suspens en suspend.
À très vite j’espère ! (enfin sur ton histoire, parce que sinon j’en doute pas trop)
dcelian
Posté le 10/07/2022
COUCOU DANS LE TRAIN MOI C'EST CELIAN (pardon)

Merci d'avoir fait un tour par ici alors que tu roulais. J'ai toujours du mal à me dire que des gens lisent ce truc, mais alors en plus dans le train, je trouve ça carrément magique. Tu fais voyager mon histoire ! C'est pas rien, ça c:

BON en lisant ton com' je réalise que OUPS je m'étais un peu emballé je crois et je me suis peut-être pas assez relu parce didon toutes ces coquilles là c'est n'importe quoi, j'espère que la suite était plus propre que ce bourbier....
Merci d'avoir tout relevé, ça m'aide beaucoup beaucoup <3

Hahaha le coup de foudre n'est-ce pas. Non mais je vois ce que tu veux dire, effectivement c:

Tu posais une question super pertinente sur la méfiance de Soa et sur le fait qu'il dévoile quand même pas mal de chose malgré elle. De mon point de vue, Soa est quelqu'un d'assez naïf, (Cléa le soulignait d'ailleurs la dernière fois qu'ils se sont parlé), donc il a plutôt tendance à facilement accorder sa confiance aux gens. MAIS comme là il vient d'arriver dans une grande ville-mystère, que ce qu'il y voit est totalement inconnu, et qu'il est concrètement bien perdu, il se replie un peu sur lui-même et se "méfie" ouais. Mais en réalité c'est une demi-méfiance quoi, un mélange entre son naturel plutôt ouvert aux autres et le sentiment qu'il faut prendre garde dans ce nouvel environnement.
D'ailleurs quand on regarde en arrière, toutes les rencontres qu'il a faites jusqu'à présent étaient hyper naturelles pour lui, et il est certes pas bavard mais il accorde sans souci sa confiance à de purs étrangers (que ce soit Gaëlle au début, Jeanot et Marise, Maude, Ash...)
Voilou c:

En revanche comme tu le relèves juste après, il est plutôt en confiance avec les gens mais il se méfie des "choses", c'est-à-dire de tout ce qui n'est pas humain quoi lol (ça fait beaucoup)

"« Elle lui tend alors une main ouverte pleine de bonnes intentions, et son expression se fige dans ce qui pourrait être la joie des nouvelles rencontres » / « Et le visage de Théa dit ses bonnes intentions » → Je me demandais si là ça n’aurait pas été chouette aussi pour nous de voir par nous-mêmes à quoi ça ressemble plutôt que de savoir ce qu’il en retient (un peu du show don’t tell quoi), mais c’est peut-être un choix de ta part de ne conserver surtout que les impressions de Soa !
(Voyez je réclame)"
>> TU FAIS BIEN !
Hahah non mais en vrai je vois ce que tu veux dire. Et en même temps : je sais pas. En fait c'est un truc un peu étrange dans mon histoire : le narrateur est externe (la plupart du temps), mais en même temps il adopte toujours le point de vue du personnage qu'on suit. Je pense que ça a un nom hé, mais jle connais pas. Peut-être que c'est juste l'inverse d'un narrateur omniscient ENFIN BREF onsenfou : ça explique juste pourquoi j'apporte ces précisions, c'est parce que certes la narration est externe, mais ici elle se repose uniquement sur ce que Soa voit. Après je comprends aussi cque tu veux dire.
En fait je pense que j'aurais naturellement pas apporté ces précisions pour un personnage "normal", mais là c'est le personnage d'un interlude, donc ils sont traités un peu différemment ? Comme Théa n'est pas amenée à rester sur le long terme, ça me dérange pas d'en dire un peu plus sur elle que je l'aurais fait normalement. Si ça fait sens. Fiou qu'est-ce que je blablate aujourd'hui

"(« petite mort » juste, je me demandais si tu connaissais la connotation sexuelle de l’association de ces deux mots ? Je préfère attirer ton attention là-dessus au cas où, même si dans tous les cas ça me choquerait pas si ce n’était pas volontaire, que ce soit parce qu’on y pense ou parce qu’on n’y pense pas.)"
Alors tu fais bien de me le dire : je savais pas du tout et c'est assez hilarant. Je pense que c'est pas incohérent avec ce qu'il évoque dans l'absolu, mais ça colle pas trop à l'esprit du personnage alors je vais changer ça, mercey (et merci pour cette info super drôle)

"« Et c’est vrai. Il est parcouru d’un tremblement, secoué, ébranlé. C’est vrai. C’est ça, la volonté initiale, le point de départ, le moteur dissimulé. Ça a toujours été ça. » Ahh alors ça je trouve ça cool"
Hahaha ben moi je trouve ça cool que tu trouves ça cool, voilà. Non mais effectivement là je sentais que c'était un bon moment pour remettre une petite couche sur ce point non négligeable ! Et oui, c'est carrément louche quand le héros veut faire son outsider là et qu'il cache tous les détails le concernant. Surtout qu'encore une fois, ça colle pas du tout à Soa ! Enfin certes il a un peu de mal à parler de manière générale, mais il est pas misanthrope pour autant. Au contraire, même !
dcelian
Posté le 10/07/2022
"« c’est impossible, c’est.......impossible. » alors là c’est juste arbitraire et purement subjectif mais je t’avoue ne pas accrocher à ces points de suspension en happy hour, parce que je ne sens pas trop leur rattachement au texte. On sent Soa qui hésite sans avoir besoin de tant ? En même temps je ne peux pas m’empêcher de me dire : pourquoi pas. Pourquoi qu’on serait limité.es en ptipoints. Mais voilà, je me permets de relever parce qu’il y a quelques cas d’autres envolées graphiques dans ton texte et que les raréfier peut aussi les mettre en avant (après je sais pas dans le fond c’est bien toi qui sait où tu en veux et tout quoi)"
>> Alors oui ! tu fais bien de me dire ça, effectivement. A ce stade c'est encore un peu flou, ces petits points, c'est vrai. C'est bien de savoir que tu trouves ça pas nécessaire pour le moment. Je vais les laisser quand même. lol cet irrespect non mais en fait il faut que je les laisse. Ces petits points vont finir par me servir, et ils vont accompagner Soa pendant quelques temps. Ils symbolisent (c'est le cas de le dire) parfaitement ce que je vais essayer de mettre en place, donc voilà ! Tu me diras en lisant la suite si ça te paraît devenir plus cohérent c: (oui ceci est un nouveau teasing KESSTUVAFER)

"« Il n’est rien de plus intime que la douleur. Là où elle frappe, elle ne frappe que vous, et ce qu’elle parvient à arracher est alors indicible car aussi profondément terrible que personnel. Soa tremble et se souvient. » Les deux premières phrases auraient déjà été cool sans la dernière, mais celle-ci rend l’ensemble très dynamique et frappant je trouve ! Et puis ça rattache le côté un peu général et moral au cœur de ton histoire."
trobien merci c'est PARF' <3

"« Mais préfère rester prudent.s » Je sais pas si c’est une erreur de typo mais dans tous les cas ça m’a fait rire cette possibilité inclusive de se considérer simplement soi ou accompagné, en même temps."
HAHAH c'était bien une erreur mais effectivement c'est pas mal du tout

GAËLLE OUI LA COLERE hahaha (toujours)
Trobien que le passage-poème t'ait plu, je me permets d'en souligner le génie parce qu'il est pas de moi lol, ça vient de Trois Ombres, une BD incroyable de Cyril Pedrosa !! J'y ai juste ajouté une petite touche personnelle, mais c'est clairement de lui malgré tout !
Je mets assez souvent dans cette histoire des petits morceaux d'autres histoires, et je persiste à me dire que c'est un hommage. Peut-être que les tribunaux des droits d'auteur verront la chose sous un autre angle. oh well ;-;

AHHHH TOP TOP TOP
Jsuis trop content si tu trouves qu'on va dans une direction qui te plaît avec Léanne. C'est un personnage vraiment différent des autres mais j'aime de plus en plus l'écrire, et je trouve aussi que c'était chouette de creuser son rapport avec Gaëlle c:
ça m'a fait particulièrement plaisir que tu me dises "je me calme", c'est exactement ce que j'espérais réussir à faire avec ce chapitre sur elles deux : un apaisement. Trop chouette !

(et à la fin c'est juste une bêtise de ma part : elle se précipite VERS le bâtiment, et pas dedans, d'où l'herbe sous les pieds !)

MERCI pour ta lecture et mille fois navré pour ce pavé du turfu (je sais pas d'où il sort, vraiment) ! Je file répondre au reste, zoubix <3
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