Chapitre 3 – Visites en série

Par jubibby

« Mariage royal ».

Seuls ces deux petits mots avaient été inscrits en haut du parchemin qu’Édouard, confortablement installé au-dessus de son cabinet de travail, avait déroulé devant lui. Sa plume semblait s’être figée en pleine action, incapable d’esquisser le moindre mot supplémentaire. Le prince observait l’encre qui recouvrait la pointe, se demandant si la goutte qui s’y trouvait finirait par trouver le chemin du papier qui l’attendait. Il était comme fasciné par ce spectacle, bien plus que par les déblatérations de Gustave qui se tenait debout près de la fenêtre à meneaux.

Le précepteur était venu à lui ce matin-là, comme il le faisait trois jours par semaine depuis des années. L’homme de petite taille devait avoir le double de l’âge d’Édouard. Toujours coquettement vêtu, un plastron bleu ciel par-dessus son épaisse chemise blanche en lin, les cheveux mi-longs à la couleur dorée attaché en arrière par un ruban noir, il dénotait parmi les autres habitants du palais. Lui ne s’était jamais laissé aller au fil des ans, profitant de ses rares permissions pour entretenir son élégance notoire.

Gustave avait pensé intéresser le prince en lui parlant de l’histoire et des coutumes qui entouraient les mariages royaux. Mais, au lieu de cela, l’esprit d’Édouard s’était mis à errer, retraçant le fil des événements qui l’avait conduit jusqu’ici. Catherine avait beau avoir quelque peu apaisé ses tourments, il avait passé la nuit à se demander à quoi ressemblerait son futur. Il avait imaginé la reine Blanche de bien des manières : tantôt fillette aux caprices incontrôlables, tantôt vieillarde à l’humeur bougonne, tantôt jeune femme à la timidité excessive. Le sommeil l’avait fui des heures durant alors qu’il tentait de trouver un sens à ce mariage et à sa vie.

Édouard fut tiré de ses pensées par la goutte d’encre qui s’abattait au milieu du parchemin qu’il avait laissé presque vierge. Il sourit en songeant qu’elle au moins avait trouvé le chemin de la liberté.

– Mon prince ?

Édouard releva la tête en direction de Gustave qui le regardait d’un air désapprobateur. Il ne broncha pas à l’énoncé de son titre, habitué à ce que son précepteur l’employât. Paradoxalement, il appréciait ce sens aigu du protocole : après tout, Gustave gratifiait bien Catherine d’un « Madame la lingère » et les soldats d’un « Messieurs les gardes ». Il ne le traitait pas bien différemment des autres habitants du palais avec ce « mon prince ».

Édouard secoua la tête en constatant que Gustave le regardait toujours fixement. L’homme s’était toujours montré d’une patience extrême envers lui mais le prince s’en voulait de ne pas l’avoir écouté cette fois-ci.

– Je suis navré, je crois que mes pensées sont ailleurs ce matin.

– De toute évidence. Votre père a insisté pour que je vous mette au fait de vos obligations concernant votre mariage futur mais il semblerait que le moment soit plutôt mal choisi.

Mal choisi, cela était certain. Mais y aurait-il seulement un meilleur moment pour parler de tous ces sujets pompeux qui désintéressaient Édouard ? Sans doute que non… Il devait se rendre à l’évidence : il n’avait d’autre choix que de jouer son rôle, que cela lui plaise ou non. Le temps n’y changerait rien. Mais la connaissance lui permettrait peut-être de mieux accepter son sort. Peut-être son précepteur pourrait-il le renseigner ?

– Gustave ?

– Oui, votre altesse ?

– Que savez-vous au sujet de la reine Blanche ?

Le précepteur posa son regard empathique sur Édouard, comme s’il cherchait à le sonder de l’intérieur.

– Que voulez-vous dire par là ?

– Ne faites pas l’innocent, je vous en prie. Si mon père vous a demandé de m’inculquer nos traditions ancestrales concernant les mariages royaux, alors il vous a certainement dit ce qui m’attendait. Est-ce que je me trompe ?

Le prince put voir Gustave frémir légèrement, juste avant de se ressaisir. Visiblement, il avait visé dans le mille : l’homme savait pour son mariage avec la reine Blanche.

– Vous savez très bien que je ne puis rien vous cacher. Votre père m’a en effet parlé de votre union à venir. Il est tout naturel que vous vous interrogiez sur celle qui sera un jour votre femme mais permettez-moi de reformuler ma question : que souhaitez-vous savoir sur elle ?

Édouard entrouvrit la bouche pour répondre avant de se raviser. Il y avait tant de choses qu’il ignorait sur sa future fiancée qu’il ne savait plus vraiment par où commencer. Il reposa sa plume asséchée dans son encrier et détourna le regard en direction de la cheminée où un feu crépitait. Ses yeux glissèrent un peu plus à droite et se posèrent sur la tapisserie étendue juste à côté.

– La Grande Guerre, murmura-t-il.

Gustave lui en avait parlé à de nombreuses reprises mais le prince n’y avait jamais prêté plus attention que cela. Cette Guerre lui semblait si lointaine et les raisons qui l’avaient causée si obscures qu’il n’avait jamais réellement interrogé son précepteur à ce sujet. Peut-être était-il temps d’y remédier ? Après tout, si leurs deux royaumes devaient s’unir, alors Édouard ne pouvait ignorer le plus tragique de leurs différends. Il écarta le regard de la tapisserie et tourna la tête en direction de Gustave.

– Racontez-moi une fois de plus ce que vous savez sur la Grande Guerre.

Le précepteur soupira devant la question du prince. Combien de fois lui avait-il déjà relaté ces événements ? Sans doute bien trop à son goût.

– Il y a environ deux décennies de cela, notre royaume était gouverné par votre grand-père, feu le roi Philippe. Nous vivions en paix avec nos voisins et votre père, à peine plus âgé que vous ne l’êtes aujourd’hui, apprenait son rôle de futur roi. Un matin d’hiver, la nouvelle de la mort du roi Edmond nous parvint. Son fils, le prince Henri, accéda au trône alors que sa femme attendait leur premier enfant. Pour une raison que j’ignore, les troupes de Calciasté menées par le roi Henri envahirent le Sud du royaume en passant par les montagnes de Galmur seulement quelques semaines après son couronnement.

Gustave marqua une pause. Il s’assit sur la banquette de pierre qui avait été creusée dans l’épaisseur du mur sous la fenêtre à meneaux et laissa son regard glisser vers les jardins. Édouard pouvait voir la lassitude et la tristesse se dessiner au coin de ses lèvres.

– De sanglants combats ravagèrent notre territoire des mois durant. Beaucoup d’enfants devinrent orphelins, de part et d’autre de la ligne de front. C’est au cours de la bataille dépeinte par cette tapisserie que les rois Philippe et Henri perdirent la vie, mettant ainsi fin à cette Guerre que nul n’avait vu venir.

– C’est à ce moment-là que mon père est devenu roi, n’est-ce pas ?

Le précepteur tourna sa tête en direction du prince. Ses yeux étaient brillants, son émotion palpable. Il lui était de toute évidence pénible de parler de ces événements. Qu’avait-il pu perdre au cours de cette Guerre ?

– C’est exact, répondit-il.

– Et l’enfant à naître du roi Henri n’était autre que la reine Blanche, n’est-ce pas ?

– Exact, une fois encore.

– Ainsi donc elle n’est pas beaucoup plus âgée que moi, murmura Édouard comme pour lui-même.

Gustave opina du chef pour confirmer cette affirmation. Voilà qui était une nouvelle rassurante songea le prince en repensant à la vieillarde mal lunée qui avait hanté une partie de sa nuit. Mais, pourtant, il avait le sentiment de ne pas être beaucoup plus avancé.

– Que savez-vous d’elle ? Je veux dire, non en tant que souveraine mais en tant que personne ?

Édouard vit son précepteur les lèvres pincées, hésitant.

– Je crains de ne pas avoir la réponse que vous attendez à cette question. Je ne connais nullement la reine Blanche, mais je puis vous dire une chose. Proposer ce mariage qui vous liera bientôt seulement quelques mois après son accession au trône est le signe d’une grande sagesse. Celui d’une femme qui cherche à apaiser les rancœurs d’autrefois pour construire un avenir meilleur à l’ensemble de vos sujets. Je crois qu’il s’agit là d’une philosophie que vous partagez, mon prince ?

Édouard acquiesça. S’il était destiné à devenir roi, alors il voulait mettre sa position à profit pour que chacun de ses sujets puisse vivre une vie heureuse, loin de toute misère. Il sentit un poids quitter sa poitrine en songeant que la reine Blanche pouvait partager sa bonté d’âme. Se pouvait-il que cette Guerre si cruelle qu’ils n’avaient pas connue ait développé chez eux un sentiment profond de charité ? Comme s’il était de leur devoir de réparer les torts qui avaient pu être commis des années plus tôt ?

Le prince croisa le regard de son précepteur qui le fixait toujours, attendant une réponse de sa part. S’il se sentait soulagé, il y avait une question qui le taraudait encore.

– Mon père m’a dit que la reine Blanche n’était devenue reine que récemment. Je me demandais… Pourquoi seulement maintenant ?

– Certainement attendait-elle le bon moment pour assumer pleinement son rôle de souveraine. Qui plus est, j’ai ouïe dire que la santé de sa mère était déclinante. Peut-être était-il temps de la soulager de ses fonctions de régente ?

– Peut-être, en effet…

Les pensées se bousculaient dans la tête d’Édouard tandis qu’il comprenait la manière dont Calciasté avait pu être géré au cours des vingt dernières années. Une chose, toutefois, continuait de le laisser pensif.

– Puis-je vous poser une dernière question ?

– Je vous en prie.

– Lors de nos leçons, vous m’avez enseigné que seuls les héritiers mâles pouvaient devenir roi en dehors de toute union. Pourtant, Blanche est devenue reine avant de proposer un mariage entre elle et moi. Comment cela est-il possible ?

Gustave ne put réprimer une grimace tandis qu’Édouard formulait cette question. Avait-il dit quelque chose de mal ?

– Me permettez-vous de parler franchement ? demanda le précepteur.

– S'il-vous-plaît.

– La vision de la société défendue par vos aïeux dans la conception de la royauté est pour ainsi dire… archaïque. Le rôle des femmes n’est pas seulement de donner une descendance aux hommes qui nous gouvernent, qui nous nourrissent, qui nous habillent ou qui nous protègent. Je crois qu’il est au contraire bien plus fondamental que cela. Nos voisins l’ont compris il y a bien longtemps, permettant à ses princesses de devenir reines sans la nécessité impérieuse qu’un homme se tienne à leur côté. Oh, ne rougissez pas mon prince, ajouta-t-il tandis qu’Édouard sentait le sang affluer dans ses joues. Vous n’êtes pas responsable des règles édictées par ceux qui vous ont précédé. Mais vous avez le pouvoir de les changer, de faire évoluer les mentalités. Si ce que je viens de vous dire vous a touché autant que je le crois, alors je puis affirmer que vous êtes sans nul doute plus prêt à assumer cette charge que vous ne le croyez.

Gustave adressa un sourire sincère au prince qui n’avait pas perdu une miette de sa tirade. Était-il réellement en mesure de changer les choses, comme son précepteur le suggérait ? Il aurait aimé croire son rôle aussi simple mais avait-il seulement la possibilité d’agir en tant que prince héritier ? Ou serait-il contraint d’observer son père toute sa vie durant, en attendant le moment où il accèderait au trône ? Peut-être pourrait-il essayer de lui parler, de porter à son attention des sujets qui lui tiennent à cœur…

Le précepteur se leva subitement et s’approcha du cabinet de travail où Édouard était toujours installé. Il baissa la tête en direction du parchemin où avaient été inscrits les deux mots « Mariage royal » et croisa le regard du prince. Le jeune homme ne lut aucune désapprobation dans ces deux yeux verts qui le dévisageaient.

– Je crois que vous savez à présent l’essentiel concernant votre futur mariage. Nous reprendrons cet entretien ultérieurement, lorsque vous aurez retrouvé un semblant d’attention pour noter les traditions que vous devrez respecter au cours des prochains mois.

Édouard acquiesça. Bien qu’il jugeât soporifique la plupart des échanges avec son précepteur, celui-ci lui avait fait un bien fou. Rares étaient les personnes qui osent s’adresser à un souverain avec une telle franchise. Cette prise de parole débridée était-elle le signe que Gustave le considérait comme un adulte capable de se faire sa propre opinion, de s’affranchir du carcan dans lequel on l’avait fait grandir ?

– Merci, Gustave, finit-il par répondre.

Le précepteur lui adressa un signe de tête et, sans un mot, tourna les talons en direction de l’antichambre. Édouard se leva aussitôt et s’approcha de la tapisserie qui l’avait tant intrigué lors de cet entretien. Il ne prêta pas attention à la porte qui claquait tandis que Gustave quittait ses appartements. Non, il était comme captivé par le spectacle dépeint par les fils de laines entrelacés. La bataille de Malavenne : les étendards des rois Philippe et Henri de part et d’autre de la vallée, le sol jonché des cadavres de ceux qui avaient péri au combat. Et au centre, les deux souverains se battant pour la victoire de leur royaume.

Édouard fut tiré de ses pensées par un coup frappé à la porte de sa chambre que Gustave avait laissé ouverte. Il tourna la tête dans cette direction et put voir Charles qui se tenait dans l’entrebâillement. Le capitaine s’avança vers lui, un air soucieux barrant son visage pourtant d’ordinaire si jovial.

– J’avais prévu de venir te voir avant de prendre mon service, j’ai profité du départ de ton précepteur pour entrer. J’espère que je ne te dérange pas ?

– Nullement.

Charles observa la tapisserie qu’Édouard étudiait quelques instants plus tôt. Il porta instinctivement la main à son front, caressant la mèche blanche qui venait perturber sa chevelure noire.

– Tu y étais, n’est-ce pas ?

Les lèvres du capitaine tressautèrent légèrement.

– J’y étais, en effet. Comment oublier la bataille qui m’a valu ça ? dit-il en désignant ses cheveux blancs.

– Était-ce si terrible qu’on le dit ?

Charles tourna la tête vers Édouard, plongeant ses yeux noirs dans les siens.

– Pire encore. Je pensais que savoir manier une épée me sauverait mais l’entraînement au combat n’est rien face à une véritable bataille. Je n’étais pas prêt à affronter cela…

Les yeux du capitaine se voilèrent tandis qu’il se remémorait ces souvenirs difficiles. Ceux qui avaient participé à la Grande Guerre n’en parlaient que rarement, à tel point qu’il était impossible de mesurer tout ce qu’ils avaient pu perdre alors. Édouard détourna le regard et observa la représentation du roi Henri, le corps transpercé par une épée, sa couronne prête à tomber.

« Apaiser les rancœurs d’autrefois ». Les mots de Gustave résonnèrent à l’intérieur d’Édouard. Se pouvait-il que bien des années plus tard, certains gardent des griefs à l’encontre de leur ennemi d’antan ?

– Est-ce que tu leur en veux ? demanda le prince à mi-voix.

– Leur en vouloir ?

– À ces hommes que tu as combattus ? Au roi Henri ?

Charles laissa échapper une grimace tout en réfléchissant à la question.

– Je crois que j’ai longtemps maudit Calciasté pour la Guerre qu’ils avaient provoquée. J’aurais alors tout fait pour me venger, pour tuer tous ceux qui avaient pris la vie des personnes auprès de qui j’avais combattu. Et puis mon cœur a guéri de ses blessures et j’ai réalisé que tout cela était vain. On ne lave pas du sang avec davantage de sang.

Un mince sourire étira les lèvres du capitaine. Les années avaient passé depuis cet épisode et il était évident que le jeune écuyer qu’il avait été alors avait grandi de cette expérience. Édouard réalisa subitement qu’il n’avait pas été digne de son ami en le rejetant la veille, lorsqu’il avait appris son mariage arrangé avec la reine Blanche.

– Je suis désolé pour hier, lui dit-il. Je n’aurais pas dû te laisser comme je l’ai fait.

– Oh, ne t’excuse pas pour cela. On a tous des jours meilleurs que d’autres. Je venais voir si tu te sentais mieux ?

Mieux. Pourrait-il seulement se sentir mieux un jour, lui, condamné à vivre une vie qui ne lui appartenait pas ? Cela lui semblait difficile à dire… Certains jours étaient sans doute moins pire que d’autres, voilà tout.

– Mieux qu’hier, oui. J’ai eu la nuit pour digérer la conversation que j’ai eue avec mon père.

– Qu’a-t-il pu te dire qui t’ait mis dans un tel état ? Je doute que la permission qu’il t’a accordée y soit pour quelque chose, non ?

– En partie.

Édouard soupira. Charles serait bientôt au courant de son mariage à venir, autant le lui dire lui-même.

– Mon père a décidé de me marier. À la reine Blanche, ajouta-t-il en détournant les yeux vers la tapisserie.

– La… reine Blanche ? Comme la princesse Blanche, de Calciasté ?

– Celle-là même.

Les regards des deux hommes se croisèrent, Édouard guettant la réaction de son ami. Sa réponse ne se fit pas attendre.

– Je comprends mieux ta soudaine morosité. Qui voudrait être contraint de passer le reste de ses jours avec une femme ?

– Tu dis cela uniquement parce que je serai marié avant toi, répondit le prince dans un sourire. Que fais-tu de Roselyne, la tavernière ?

– Oh, Roselyne, ma mie. Voilà si longtemps que je ne l’ai pas vue que je crains qu’elle ne m’ait oublié. Tu devrais aller la voir lors de ta permission, déguster ses spécialités et me rappeler à son bon souvenir au passage. Qu’elle me saute dans les bras lorsqu’il sera mon tour de quitter ces murs pour quelques heures.

– Si seulement mon père avait pu te désigner pour m’accompagner ! Au lieu de cela, je devrai passer ma journée avec Hans et Carl. Ces deux-là sont si discrets d’ordinaire que je dois bien avouer ne pas savoir grand-chose d’eux…

– Il n’y a qu’une chose à savoir : Hans est aussi muet que Carl est bavard. Ne le lance jamais dans une discussion ou tu risques d’entendre tes oreilles siffler des heures durant.

– Sage conseil, répondit Édouard tandis qu’un sourire étirait ses lèvres. Je tâcherai de m’en souvenir le moment venu. Merci d’être passé, ajouta-t-il.

– Tout le plaisir était pour moi. Sur ces belles paroles, je ferais mieux de te laisser. Personne ne viendra rappeler au capitaine qu’il est en retard pour son service mais mieux vaut ne pas donner un mauvais exemple pour garder l’ordre parmi nos rangs.

– Tu as raison. Mais n’oublie pas que tu me dois toujours un combat à l’épée.

– Je n’oublie pas ma revanche, répondit-il d’un rire moqueur. Je ne voudrais pas que tu crois que j’aie peur de t’affronter après ta victoire de l’autre jour.

Édouard lui rendit son sourire tandis que le capitaine tournait les talons pour rejoindre la salle des gardes. Le prince s’écarta de la tapisserie et s’approcha de son cabinet de travail où il attrapa le parchemin qu’il n’avait guère utilisé lors de son entretien avec Gustave. Il entendit le claquement de la porte de l’antichambre et fut surpris d’entendre des bruits de pas provenant de la pièce voisine. Il se retourna promptement et leva les yeux en direction de la personne qui s’était introduite dans ses appartements.

– Catherine ! s’exclama-t-il en reconnaissant la vieille lingère.

– Édouard ! J’ai apporté votre déjeuner mais il fallait que je vous vois avant cela.

– Vraiment ?

– Vraiment. Votre père m’a informée de votre excursion à venir à Castelonde. Il m’a demandé de vous trouver des vêtements qui vous feraient passer inaperçu, j’ai pensé que vous voudriez les essayer ?

Un sourire étira les lèvres du prince.

– Vous avez pensé juste.

– Parfait ! Attendez là un instant, je reviens de suite.

La vieille lingère disparut dans l’antichambre et revint quelques instants plus tard, une pile de vêtements entre les bras. Elle se dirigea tout droit vers le lit, y posa le tout et attrapa une épaisse chemise à la couleur ocre totalement délavée.

– Enfilez-la, que nous voyons si elle vous va.

Édouard saisit le vêtement que Catherine lui tendait et s’approcha du lit. La vieille lingère se recula, le laissant ôter la chemise qu’il avait sur le dos. Il enfila la vieille guenille et sentit aussitôt que quelque chose n’allait pas.

– Je ne suis pas certain que celle-ci convienne.

La vieille lingère attrapa son menton d’une main tandis qu’une moue dubitative se dessinait sur son visage. Elle se dirigea vers la cheminée, attrapa le petit miroir sur pied qui s’y trouvait et le plaqua contre sa poitrine. Le prince pencha la tête pour observer son reflet, écartant les bras et les ramenant le long de son corps pour juger de l’aspect qu’il donnait vêtu de la sorte. Le tissu lui tombait sur les mains et flottait tout autour de son torse, lui donnant l’air d’avoir perdu beaucoup de poids.

– Beaucoup trop grand, reconnut Catherine tandis qu’il en arrivait à la même conclusion. Il y en a une autre, juste en dessous. Essayez-la pour voir.

Édouard acquiesça et se retourna à la recherche de cette autre chemise. Il la trouva, au milieu de pantalons salis par la suie, et la passa par-dessus ses épaules. Il se sentit tout de suite plus à son aise dans ce vieux vêtement et se retourna vers la vieille lingère. Il examina son reflet dans le miroir qu’elle tenait et sourit en voyant que malgré sa couleur passée, la chemise était parfaitement taillée pour lui. Il leva les yeux vers Catherine qui souriait également.

– Un jeune homme on ne peut plus ordinaire. Essayez donc les pantalons pour parfaire votre tenue !

L’enthousiasme de son ancienne nourrice avait gagné Édouard. Elle s’amusait de ce jeu, et il devait bien avouer qu’il y prenait lui aussi goût.

– N’oubliez pas la bienséance, Catherine. Je ne vais tout de même pas retirer mon pantalon devant vous.

– Et vous, n’oubliez pas qui changeait vos langes alors que vous n’étiez qu’un enfant. Il n’y a rien là-dessous que je n’aie déjà vu, rétorqua-t-elle en riant.

Édouard ne put s’empêcher de rire devant cette plaisanterie pourtant pleine de vérité. La vieille lingère au regard malicieux haussa les épaules et se retourna, le laissant à son intimité tandis qu’il poursuivait ses essayages. Le prince dut enfiler pas moins de trois pantalons avant de trouver celui dans lequel il était le plus à l’aise. La propreté de sa tenue laissait à désirer mais peu importait : personne ne le reconnaîtrait ainsi. Un large sourire fendit le visage de Catherine.

– Je crois que vous êtes fin prêt !

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Eryn
Posté le 14/10/2020
Coucou !
Je te mets ici ma prise de notes :

" Le prince observait l’encre qui recouvrait la pointe, se demandant si la goutte qui s’y trouvait finirait par trouver le chemin du papier qui l’attendait." C’est joliment formulé ^^
« – Que voulez-vous dire par là ?
– Ne faites pas l’innocent, je vous en prie. » Je ne comprends pas trop cette réponse : il ne fait pas l’innocent, il lui demande juste de préciser sa question…
Ok, en lisant la suite… pourquoi pas.
Intéressant l’histoire de cette guerre passée, je me demande s’il n’y a pas des choses qui n’ont pas été dites, on a l’impression que c’est plus compliqué que ça…
« Les yeux du capitaine se voilèrent tandis qu’il se remémorait ces souvenirs difficiles. » ça fait redondant de mettre « se voilèrent » et « difficile » : Si ses yeux se voilent, on comprend que ce sont des souvenirs difficiles ^^
« Se pouvait-il que bien des années plus tard, certains gardent des griefs à l’encontre de leur ennemi d’antan ? » Bah oui, c’est certain : 20 ans c’est pas si long…

«  Pourrait-il seulement se sentir mieux un jour, lui, condamné à vivre une vie qui ne lui appartenait pas ? «  Je comprends le malaise, mais pour l’instant il ne fait que se plaindre…
« La vieille lingère disparut dans l’antichambre et revint quelques instants plus tard, une pile de vêtements entre les bras. Elle se dirigea tout droit vers le lit, y posa le tout et attrapa une épaisse chemise à la couleur ocre totalement délavée.
– Enfilez-la, que nous voyons si elle vous va.
Édouard saisit le vêtement que Catherine lui tendait et s’approcha du lit. La vieille lingère se recula, » = Répétition « la vieille lingère » Encore deux lignes en dessous.

Sans ça, je commence à apprécier Edouard, même si je me demande si ce début d'histoire n'est pas un peu long, après je comprends aussi qu'il faille prendre le temps de poser le décor...
jubibby
Posté le 14/10/2020
Coucou !

Merci pour ta vigilance sur les répétitions, je vais corriger ça.

Tu n'es pas la première personne à trouver qu’Édouard se plaint beaucoup, il va falloir que je retravaille la narration parce que ça n'est pas du tout l'effet souhaité ^^"
Contente de lire que tu commences à l'apprécier malgré tout !

Et oui, mon début d'histoire est lent, je sais que ça peut rebuter mais, comme tu le dis, j'ai besoin de poser certains éléments avant de pouvoir rentrer dans le vif. J'espère que ça n'est pas trop long non plus, n'hésite pas à me donner ton ressenti là-dessus dans les prochains chapitres !

A plus et merci pour ton commentaire :)
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