Chapitre 3 : Vers l'ouest ou vers le nord

Par Isapass

3 – Vers l’ouest ou vers le nord

 

Alix

 

Les voix de Venzald et de maître Elric qui chuchotaient à côté d’elle s’insinuèrent jusqu’à Alix et, très lentement, elle émergea du sommeil. Elle ne reconnut pas la minuscule pièce aveugle où ils se trouvaient lorsqu’elle entrouvrit les paupières, puis se souvint des derniers évènements : le navire qui les avait abordés, les hommes armés qui les avaient contraints à abandonner la barque de Pique-Cerle et enfin, l’endroit où on les avait enfermés sans leur donner d’explications. Ils avaient cogné contre la porte, demandé ce qu’on leur voulait et qui étaient leurs ravisseurs, crié pour obtenir des réponses. Leur tapage avait porté ses fruits puisque deux marins à la carrure effrayante avaient rouvert le battant, juste le temps de leur intimer le silence en les menaçant de leurs lames. Quand Alix — qui n’aimait pas obéir sans plus d’explication — avait fait mine de protester encore, Albérac l’en avait empêchée d’un geste. Figés au milieu de la pièce, les prisonniers n’osaient plus bouger. Ils avaient mis longtemps à se reprendre et, prudemment, s’étaient assis à même le plancher contre les parois de bois. Malgré la tension, Alix avait senti une fatigue palpable qui descendait sur elle comme une coulée de boue épaisse. Son corps était pesant, ses gestes lents, son esprit s’embrumait. Une petite voix lui soufflait que ce n’était pas le moment, mais elle avait si peu dormi depuis une lune sur le fond inégal de la barque que le sol plat sur lequel elle marchait ressemblait à un matelas de plumes. Quand finalement elle avait distingué dans un coin un tas de couvertures, elle s’y était pelotonnée et s’était aussitôt endormie.

    

– Quelqu’un est venu ? demanda-t-elle à mi-voix en s’étirant. Est-ce qu’ils ont enfin expliqué pourquoi ils nous avaient enfermés ?

Venzald secoua la tête, puis il lui adressa un sourire qu’il voulait rassurant, mais sa propre inquiétude y était si lisible que l’angoisse d’Alix remonta d’un cran.

– Nous n’avons pas fait tout ce chemin pour rien, quand même ? chuchota-t-elle d’un ton pressant. Ils n’ont pas d’uniformes, ce ne sont pas des pélégris ! Vous croyez qu’ils vont nous livrer à l’Ordre ?

Personne ne répondit, mais Pique-Cerle se releva péniblement et vint s’asseoir à côté d’elle.

– Courage, petite demoiselle, souffla-t-il. Y sera bien temps de se mettre la rate au court-bouillon quand on en saura plus. Vous avez bien fait de dormir, c’est encore comme ça qu’on a le moins peur !

Il prit sa main entre ses doigts abîmés de pêcheur pour la tapoter gentiment. Alix le remercia d’un sourire, puis jeta un coup d’œil à Ensgarde. La rebouteuse, comme à son habitude, restait indéchiffrable. Impossible de savoir si elle s’inquiétait ou non. Pourtant, tout à coup, elle tourna la tête vers Venzald et son visage s’anima. Alix suivit son regard et comprit aussitôt pourquoi : les yeux du prince avaient pris la couleur bleu pâle de ceux de Flore. Ses traits figés par la sidération, il paraissait absent, à mille lieues du navire et de leur prison de fortune. Sa respiration s’accéléra, il crispa les mains sur sa poitrine comme pour attraper un objet qui s’y serait posé et fixa le vide devant lui.

Non, pas le vide, pensa Alix, il regarde quelque chose ! Ou quelqu’un…

Sous les yeux fascinés de ses compagnons, les lèvres du garçon remuèrent. Il murmurait les mêmes syllabes indistinctes, en boucle, jusqu’à ce qu’ils entendent son filet de voix :

– Elvire… Elvire…

Le cœur d’Alix battait si fort qu’il en était assourdissant. Il voyait sa sœur ? Allait-elle bien ? Que faisait-elle ? Elle sursauta quand Ensgarde chuchota, assez fort pour couvrir la litanie de Venzald :

– Écoutez !

La jeune fille perçut des chocs qui résonnaient dans la structure du navire jusqu’à le faire vibrer, puis de nombreux pas au-dessus d’eux. L’un des hommes qui les avaient menacés plus tôt déverrouilla leur cellule et passa la tête par l’ouverture.

– Un bruit et vous êtes morts, cracha-t-il avant de refermer derrière lui.

La jeune fille retint un gémissement alors que le fracas des pas se rapprochait ; de nombreuses personnes se répandaient du pont jusqu’aux cales, semblait-il. Le navire avait été abordé par un autre. Des portes claquaient, des cris fusaient. Un instant, Alix songea que c’était peut-être le salut : fallait-il se signaler pour être libérés ? Ou était-ce l’inverse ? Après tout, si leurs geôliers ne les avaient pas tués, peut-être qu’ils comptaient les épargner. Leurs injonctions au silence visaient-elles à leur sauver la vie ? Ensgarde, Pique-Cerle et Albérac se posaient les mêmes questions, si elle en croyait leurs regards affolés. Pendant ce temps, les murmures de Venzald avaient gagné en intensité. Maître Elric se rapprocha du prince avec des gestes hésitants. Ses yeux passaient frénétiquement de son visage à la porte et son corps se tendait comme un arc. Comme une réponse à ses craintes, la figure du garçon se crispa soudain en une mimique de douleur, il frappa son torse au niveau du cœur et lâcha un cri déchirant qui fit frémir Alix. Le précepteur réagit aussitôt en le bâillonnant de sa main, mais c’était inutile : le prince s’affala sur lui-même, paupières closes. Ensgarde se dandina vers lui pour l’examiner tandis que les trois autres fixaient le battant, attendant de voir si le hurlement interrompu avait donné l’alerte.

Au bout d’un long moment, le brouhaha s’éloigna, si bien qu’ils s’autorisèrent à respirer normalement. Ils perçurent encore des grincements et des ordres, puis le sol vibra.

– Nous avançons, souffla Pique-Cerle alors que Venzald revenait à lui entre les mains de la guérisseuse.

Alix sentit en effet un léger roulis, mais reporta son attention sur son jeune compagnon :

– Pourquoi as-tu crié ? Tu as vu Elvire ? Est-ce qu’elle…

Elle fut coupée par le bruit de la porte qu’on déverrouillait. Un inconnu à la mine espiègle entra, accompagné d’un fumet qui provoqua des gargouillements chez tous les prisonniers. Dans son visage mangé par une barbe brune contrastaient deux yeux si pâles qu’on distinguait à peine les iris.

– Pardonnez nos mauvaises manières, mes seigneurs, dit-il en s’effaçant pour laisser passer deux marins chargés de pain, de vin et d’une jatte de bouillon bien gras dans lequel flottaient de gros morceaux de lard. Nous étions serrés de près par un bateau de pélégris. Nous n’avons pas voulu perdre de temps à vous expliquer. Je commande ce navire et pour m’excuser, je vous ai fait apporter une collation. Vous pouvez souffler maintenant, et vous restaurer.

Alix ne se le fit pas dire deux fois : elle se jeta sur son écuelle au risque de se brûler.

 

***

 

Venzald

 

Malgré son récent retour à la réalité, Venzald ne s’était pas senti l’esprit aussi alerte depuis très longtemps. Entre l’annonce du capitaine — confirmée par les sons qu’ils avaient perçus — et le transport qu’il venait de subir dans le corps de son frère, il aurait même été tenté de rire si la douleur qu’il avait ressentie ne l’avait pas préoccupé.

Avec un sourire amusé, le capitaine contemplait les voyageurs qui savouraient leur premier repas substantiel en plusieurs jours.

– Nous avons eu du mal à vous trouver dans votre petite barque ! J’ai failli ne pas réussir à vous localiser.

– C’est grâce aux delphes, commenta Alix en mordant dans un quignon de pain.

Le marin leva un sourcil étonné comme s’il doutait de sa santé d’esprit, mais il ne releva pas. 

Entre deux bouchées, Albérac demanda :

– Vous nous cherchiez donc ?

– Depuis plus de dix jours, oui.

– Pourquoi ? interrogea Venzald.

– On m’a payé pour ça, répondit l’homme en ignorant les réactions de surprise de ses interlocuteurs. Pour vous empêcher de vous faire prendre et pour vous offrir un transport un peu plus confortable. La première partie de la mission a été remplie de justesse. Les affreux du Haut-Savoir ont fouillé le bateau tout à l’heure sans voir l’entrée de ce réduit que nous avions dissimulée en prévision d’une telle situation.

– Qui vous a payé ?

– Je ne connais pas le nom de l’homme avec qui j’ai fait affaire. De toute façon, il y a fort à parier qu’il ne vous dirait rien : ce n’était qu’un intermédiaire et j’ignore l’identité du commanditaire.

Venzald échangea un regard avec Albérac qui semblait aussi perplexe que lui.

– Et la seconde partie de la mission ? demanda Ensgarde, narquoise, en désignant la pièce vide. Il manque quelques éléments pour que le confort soit à la hauteur du contrat. Jusqu’où nous emmenez-vous ?

– J’ai cru comprendre que vous seriez plus en sécurité au-delà de la frontière d’Ostreterre. Si cela vous arrange, je peux même pousser plus au nord ; votre protecteur paye grassement. Quant à votre installation, n’ayez crainte : mon navire n’est pas un château royal, mais je peux vous promettre d’honnêtes paillasses qui devraient vous faire oublier les nuits à la belle étoile. En attendant, je vous laisse terminer votre repas.

L’allusion aux Cimiantes n’avait pas échappé à Venzald. L’homme savait donc qui il était ? Avant de sortir, le capitaine s’avança dans sa direction. Lorsqu’il parvint à moins d’un pas de lui, il abandonna son sourire en coin et s’inclina.

Vous pouvez vous fier à moi, mon Prince, dit-il sur un ton très formel. Comme vous pouvez le deviner à mes yeux, je n’aime pas le Haut-Savoir et je fais confiance à mon souverain légitime pour les chasser de Cazalyne.

Puis il sortit, laissant Venzald stupéfait ; cet homme, qui ne l’avait jamais rencontré auparavant, comptait sur lui. L’image d’une petite flamme, source de lumière et de chaleur bienfaisantes nichée quelque part au fond de lui, se dessina dans ses pensées. Une flamme à deux panaches entremêlés l’un à l’autre.

 

– Alors, tu as vu Elvire ?

Tiré de sa contemplation par la voix d’Alix, le prince cligna des paupières et adressa un sourire ravi à la jeune fille.

– Oui, je l’ai vue ! À côté de moi, elle me regardait d’un air surpris. Je voyais par les yeux de Themerid… Il est vivant !

Il passa les instants suivants à répondre aux accolades enthousiastes de Pique-Cerle et aux questions d’Alix qui voulait tous les détails de ce qu’il avait vu. Même Ensgarde grimaça un sourire. Albérac, quant à lui, ne prononça pas un mot, mais un soulagement indéniable se lisait sur ses traits. Cependant, après avoir laissé ses compagnons profiter de la bonne nouvelle suffisamment longtemps à son goût, il demanda :    

– Est-ce que votre vision vous a montré l’identité de notre bienfaiteur ?

– Non, répondit Venzald en reprenant son sérieux. S’il n’était pas mort, j’aurais misé sur Conrad de Bran… Peut-être Barnoin d’Elmond ? Il déteste l’Ordre et c’était un fidèle de mon père.

– Mais il réside loin de Terce. Comment aurait-il su où nous trouver ? Les pélégris qui vous ont pourchassé à votre arrivée à Tiahyne ont dû informer Bréol et Abzal de l’endroit où vous aviez été vus. La personne qui nous a fourni ce bateau doit en avoir eu vent. Elle aura déduit que nous partirions par la mer en longeant la côte.

– Pourquoi pas Renaude ? proposa Ensgarde.

– Je doute qu’elle ait les moyens financiers ou les connaissances pour une telle entreprise, objecta Venzald.

– Je crois que j’ai trouvé, intervint Alix très excitée par le mystère. C’est mon père ! Il n’aura pas voulu donner son nom au cas où le bateau serait intercepté.

– C’est bien possible, approuva Albérac après réflexion. Il doit me maudire pour vous avoir entraînée dans cette course. Il fait en sorte qu’au moins, vous ne mouriez pas de faim…

– Je connais pas tout ce beau monde, mais en tout cas c’était une riche idée ! s’écria Pique-Cerle avant de boire une longue gorgée de vin.

 

***

 

Le voyage se poursuivit sans incident. Le capitaine s’éloigna prudemment vers le large et les vagues ardoises de la mer de Tornaille furent le seul paysage que Venzald put admirer pendant la lune suivante.

L’espoir qui l’avait envahi avec la confirmation que Themerid était bien vivant ne l’avait pas lâché ; il se sentait plus fort. Soudain, le projet de sauver le royaume en éradiquant l’épidémie du blé et en chassant le Haut-Savoir ne lui semblait plus impossible. Pourtant, plusieurs nouvelles visions, très similaires à celle qu’il avait eue à son arrivée sur le navire, modéraient son optimisme quant à la santé de son frère. Il était propulsé dans son esprit, il voyait par ses yeux, il se demandait aussi si les lèvres de Themerid ne prononçaient pas les mots qu’il disait lui-même sans en avoir conscience. Alix lui avait rapporté qu’il murmurait dans sa transe. À chaque fois, c’était le plafond de leur chambre aux Cimiantes qu’il voyait en premier ; puis Elvire, tout près de lui, de plus en plus inquiète. Et toutes ses incursions se terminaient par une douleur pointue qui lui perçait la poitrine, avant de s’estomper dès qu’il reprenait pied dans la réalité. Themerid était donc toujours alité ? Inconscient même ? Et la brûlure au niveau du cœur signifiait-elle que toutes les connexions entre les jumeaux déréglaient son rythme incertain, ou pire, le faisaient cesser de battre ? Cela expliquerait la mine inquiète d’Elvire !

Pourtant, le prince avait beau se demander si ses visions représentaient ou non un danger pour son frère et s’il devait les empêcher, il ne contrôlait rien. Ni les moments où elles se déclenchaient, ni leur durée, ni ce qu’il disait. Il aurait bien aimé : la dernière fois, il avait vu le visage de Flore apparaître devant ses yeux. Quand il était revenu à la réalité, il avait regretté de ne pas avoir pu lui crier qu’il allait bien, qu’il pensait à elle sans arrêt, qu’elle était encore plus belle qu’avant… Et de manière moins égoïste, il aurait pu rassurer les sœurs à propos d’Alix et leur expliquer le but de leur expédition pour leur donner de l’espoir. Une fois, il était entré en transe devant les marins qui étaient alors devenus plus distants. Depuis, il s’isolait souvent pour tenter de trouver comment maîtriser ce pouvoir, persuadé qu’à force de volonté et de concentration, il pourrait déclencher les visions sur commande et les repousser quand le présent exigeait toute son attention, en vain. Alix, qui tenait à l’assister, lui rapportait scrupuleusement tous les détails de ses absences ; Ensgarde et Pique-Cerle se montraient curieux sans pouvoir l’aider. Albérac, en revanche, ne lui posait jamais de questions et semblait se désintéresser du phénomène. Venzald finit par se demander s’il avait une aversion cachée pour les bouchevreux, mais cela paraissait si peu cohérent avec sa personnalité qu’il n’y croyait pas réellement.

 

Chaque matin se levait plus froid que le précédent tandis que le navire progressait vers le nord. Quand le soleil illumina le pont entièrement recouvert de givre, le capitaine annonça aux voyageurs qu’il ne pouvait pousser plus loin sa course et qu’il les laisserait à Krain, le plus septentrional des villages côtiers d’Ostreterre. À sa connaissance, en tout cas.

Le lendemain, longeant le rivage, ils arrivèrent en vue d’un bourg cerné d’une lande brune au milieu de l’après-midi. Le petit groupe débarqua sur la plage, puis attendit que le canot leur amène l’équipement que leur mystérieux bienfaiteur avait prévu pour eux, en remplacement de ce qui avait coulé lorsque les mains avaient sabordé la barque : vivres, fourrures, ustensiles de camp et plusieurs armes.

– Nous ne perdons pas au change, constata Alix. Tout est bien mieux que ce que nous avions nous-mêmes emporté !

Ils firent leurs adieux au capitaine et aux marins, puis s’acheminèrent vers le village pour y trouver une auberge pour la nuit et des montures pour le voyage. Ils partiraient vers l’ouest à l’aube du jour suivant et à partir de là, songea Venzald, ils ne pourraient plus compter sur un protecteur inconnu.

 

Ils achetèrent sans difficulté sept petits chevaux, d’une race rustique adaptée aux rigueurs de la région. Leur robe déjà très fournie laissait présager que l’hiver ne mettrait pas longtemps à s’installer. Ce que le vendeur confirma en exhalant un nuage de vapeur blanche dans l’air vespéral : ici, les tempêtes de neige pouvaient survenir dès la fin de l’été, sans préambule. Les voyageurs prirent leurs quartiers dans l’unique taverne de l’endroit, avides de profiter d’encore un peu de confort avant le départ. Ils se firent servir un repas chaud, puis se répartirent dans les deux chambres qu’on leur avait attribuées.

Au milieu de la nuit, Venzald fut réveillé par des éclats de voix provenant de la salle commune de l’établissement. Dès qu’il ouvrit les yeux, il s’aperçut que Pique-Cerle n’était pas dans la pièce. Assailli par un pressentiment, il enfila ses bottes, attrapa son épée et se rendit rapidement vers l’origine des cris. Il trouva son grand-père aux prises avec trois hommes qui semblaient décidés à le jeter dehors. Les voix pâteuses des quatre querelleurs et leurs gestes incertains révélaient qu’ils étaient aussi imbibés d’alcool les uns que les autres. Le prince dégaina sa lame dans un chuintement métallique qui suffit pour interrompre l’altercation, puis faire déguerpir les assaillants.

– Merci, petit ! lança Pique-Cerle avec un accent encore plus prononcé que d’ordinaire.

– Que voulaient-ils ?

– Ils ont cru que j’étais bouchevreux. Et ils m’ont prié de quitter le patelin.

– Comment en sont-ils venus à penser ça ? demanda Venzald qui commençait à soupçonner la vérité.

– Ils ont mal compris ! Il faut dire qu’ils parlent étrangement par ici. Je leur ai expliqué que mon petit-fils était bouchevreux, mais ils ont cru que c’était moi.

Venzald ne protesta même pas : vu l’état d’ébriété de son interlocuteur, il l’aurait sermonné en pure perte. Pique-Cerle était resté sobre depuis longtemps, leurs compagnons et lui auraient dû se douter que cette occasion serait trop tentante. En outre, il y avait d’autres priorités ; les trois hommes étaient peut-être rentrés s’écrouler chez eux, mais il se pouvait également qu’ils reviennent bientôt accompagnés de villageois plus frais pour chasser les intrus. Apparemment, la mange-pensée effrayait autant des deux côtés de la frontière.

Entraînant le pêcheur à sa suite, il rejoignit les chambres pour réveiller Albérac, Ensgarde et Alix. Ils se préparèrent rapidement, bouclèrent leurs paquets et se hâtèrent vers l’écurie où les attendaient les chevaux. Lorsqu’ils en sortirent pour se mettre en selle, une assemblée munie de torches s’était formée à l’extérieur. Venzald constata que les villageois ne se montraient pas agressifs, mais qu’ils ne les quittaient pas des yeux, sans doute pour vérifier qu’ils partaient.

Ils parcoururent une demi-lieue au trot sans prononcer un mot, Venzald s’assurant que son grand-père ne s’endormait pas au point de tomber de sa selle, puis s’arrêtèrent pour resserrer le harnachement des montures qu’ils avaient bouclés à la va-vite.

– Dommage de se priver d’une dernière nuit au chaud, énonça Ensgarde d’une voix neutre contredite par le regard noir qu’elle dardait sur Pique-Cerle.

– Ça ne change pas grand-chose, lança Alix avec entrain. De toute façon, j’étais trop impatiente de partir pour dormir !

– Je surveillerai mieux mon grand-père, dorénavant, dit Venzald qui n’arrivait pas vraiment à en vouloir au vieil homme. J’avoue que j’espérais un peu que l’aversion envers les bouchevreux n’existait pas partout…

Pique-Cerle remua sur sa selle et lâcha un soupir bruyant avant de protester d’un ton las :

– Ils sont pas tous comme ça. J’ai commencé par discuter avec un voyageur qui n’avait rien contre eux. Il avait séjourné plusieurs lunes dans une ville à dix jours de cheval au nord d’ici où y a que des bouchevreux. Sinon j’en aurais pas parlé.

Venzald s’approcha de lui et tapota sa botte pour le sortir de sa torpeur.

– Êtes-vous certains de bien avoir compris ce qu’il vous a raconté ? La ville est peuplée de bouchevreux ?

– Oui, c’est ce qu’il a dit. Il m’a même expliqué comment y aller.

Un frisson d’excitation courut sur l’échine du prince.

– Il faut s’y rendre ! lança-t-il avec enthousiasme. Quelle chance ! Ces gens pourront m’aider à comprendre mes visions, à contrôler mon pouvoir ! Merci, Pique-Cerle, vous avez finalement bien fait de vous saouler !

Il ne put réfréner un rire qui sonna dans la nuit, auquel répondirent les sourires d’Alix et d’Ensgarde.

– Non, nous n’irons pas, intervint Albérac d’une voix dure qui surprit tous les autres.

Face aux quatre regards interdits qui le dévisagèrent, le maître d’étude poursuivit sur un ton moins cassant.

– Un tel détour nous ferait perdre trop de temps. Rappelez-vous que nous devons suivre la côte vers l’ouest puis vers le sud pour rejoindre le village qui nous renseignera sur le blé de cendre. C’est un très long périple, nous ne pouvons pas nous permettre d’improviser. Allons, en route, conclut-il en remontant sur son cheval.

– Vous ne comprenez pas, maître Elric, dit Venzald qui n’avait pas bougé. Je connais parfaitement notre objectif, mais je dois apprendre à me servir de la mange-pensée. C’est la priorité. Réalisez-vous comme ce serait utile si je pouvais communiquer avec Themerid, Elvire ou Flore, savoir ce qui se passe à Terce, leur donner des nouvelles ? Et peut-être que je possède d’autres capacités : connaître l’avenir, par exemple !

Le visage d’Albérac se ferma encore davantage.

– Peut-être, mais je ne changerai pas d’avis. Je dois vous conduire à ce village le plus rapidement possible. La discussion est close, nous partons.

Alix laissa échapper un gémissement tandis qu’un mélange de tristesse et de colère envahissait le prince. Il ne reconnaissait pas Albérac, sa réaction le décevait, mais ça ne modifiait en rien sa résolution.

– J’apprécie le rôle de guide que vous vous êtes donné, dit-il. D’autant plus que j’aurais été incapable de me débrouiller pendant longtemps, perdu comme je l’étais. Pourtant, j’ai également pris ma décision qui est aussi irrévocable que la vôtre. Je rejoindrai la ville des bouchevreux tout seul.

– Non ! s’écria Alix.

– Ensuite, poursuivit le garçon sans tenir compte de son interruption, quand j’estimerai que j’ai appris assez, je vous rattraperai.

– Je pars avec Venzald, annonça Pique-Cerle d’une voix plus alerte que précédemment.

– Moi aussi, dit Ensgarde. Je suis curieuse.

Dans la lueur de l’unique torche portée par la guérisseuse, les traits de l’aventurier paraissaient moins décidés. Il demeura silencieux un long moment, puis, finalement, baissa le menton et laissa tomber :

– Soit.

Il mit pied à terre pour décharger leur paquetage. Lorsqu’ils eurent réparti l’équipement en deux lots équitables et qu’il ne resta que les provisions à diviser, les visages se tournèrent vers Alix qui ne s’était pas prononcée. La jeune fille semblait désemparée ; deux grosses larmes coulèrent sur ses joues.

– Je suivrai maître Elric, dit-elle d’une voix tremblante.

Ils rechargèrent les deux chevaux de bât, puis Albérac se remit en selle. Après un bref salut, il tendit à Venzald l’un de ses précieux carnets.

– Vous y trouverez les repères pour nous rejoindre. Moi, je les ai mémorisés.

Il fit volter sa monture et s’éloigna.

Lorsqu’elle passa devant le prince, Alix redressa les épaules et lui jeta d’un air crâne :

– Je ne peux pas le laisser voyager tout seul. Mais je compte sur toi, Venzald : j’espère que tu seras capable de me donner des nouvelles de mes sœurs et de Themerid, peut-être même de mes parents, quand nous nous retrouverons !

Sa bravade arracha un sourire au garçon. Il regarda pourtant s’éloigner les deux cavaliers avec un sentiment amer.

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Jowie
Posté le 24/01/2020
Salut !
Alix est si vive, je l'adore quand elle s'indigne et se rebelle! J'avoue avoir cru qu'ils étaient tous cuits quand j'ai appris qu'ils avaient été enfermés par les marins ! Heureusement, ils étaient là pour les sauver des pélégris. Est-ce que ceux-ci ont enfermés Venzald et compagnie à toute vitesse pour "faire semblant" ? Ou alors parce qu'ils n'avaient pas le temps de leur expliquer la situation? Le capitaine a les yeux très clairs.... intéressant! Serait-ce un bouchevreux?
"Se mettre la rate au court-bouillon" : Je ne connaissais pas du tout cette expression, mais j'aime beaucoup :D
Je me suis demandée si Venzald pouvait avoir accès aux pensées d'Elvire. Peut-être serait-ce plus difficile vu qu'il ne contrôle pas son pouvoir et se trouve très loin d'elle ?
J'espère qu'il arrivera graduellement a prendre contrôle sur ce "don". En tout cas, je trouve très "réaliste" que ce soit difficile et qu'il se sente totalement dépassé en ce moment !
Haha, j'avais presque oublié Pique-Cerle, mais voilà qu'il nous fait rire avec sa remarque et bien sûr, une bouteille de vin :D
Nooon Pique-Cerle, pourquoi dénonces-tu ton propre petit-fils ?? J'admire Venzald; moi je ne sais pas si j'aurais pu pardonner ça si facilement !

Albérac m'intrigue... pourquoi est-il si froid tout soudain? Ce thème a l'air de le froisser... Ou alors il en sait plus que ce qu'il laisse paraître ? D'un côté, une ville de bouchevreux pourrait beaucoup apporter à Venzald (et à moi qui ai très envie de découvrir à quoi ressemble une telle ville). D'un autre, je me dis que cette ville sera sûrement une des premières cibles des pélégris, et donc très dangereuse.

Oh non, l'équipe se sépare ! Ne courrent-ils pas plus de dangers comme ça? Surtout Venzald (Pique-Cerle n'est pas exactement le garde du corps le plus fiable). Je suis de plus en plus étonnée par l'attitude d'Albérac; j'ai hâte de comprendre ce qui se trame dans sa tête !
Bref, on n'est qu'au début de ce tome et déjà j'ai l'impression d'être en plein dans l'histoire, avec tout le stress qui va avec :D C'est que t'en mets, du suspense !

Remarques:
-- Dans la toute première phrase, je mettrais: " qui chuchotaient à côté d'Alix s'insinuèrent jusqu'à elle". Sinon, on pourrait avoir l'impression que l'on parle de quelqu'un d'autre.
Isapass
Posté le 26/01/2020
Salut Jowie ! On arrête pas de se rendre visite mutuellement, en ce moment !
Alors, oui, les marins les enferment parce qu'ils n'ont pas le temps de leur expliquer la situation, mais comme me l'ont fait remarquer plusieurs plumes, c'est un peu la solution de facilité, il faudra que je modifie ça. J'avais opté pour cette solution pour des problématiques de synchronisation entre les deux arcs (et pour introduire un peu de suspense), mais c'est pas terrible.
Venzald pardonne assez facilement à Pique-Cerle, en effet, mais c'est parce que finalement, sa gaffe ne fait qu'avancer leur départ de quelques heures. Et puis c'est son grand-père quand même, je ne le voyais pas le pourrir comme un sale môme.
Pour Albérac, l'explication viendra (mais pas tout de suite). Ce qu'il faut retenir, c'est que l'idée que Venzald développe ses pouvoirs et risque de découvrir son secret ne lui plait pas du tout. Je pense que j'amplifierai un peu leur désaccord. L'idée est aussi de montrer que Venzald prend de l'ampleur et commence à assumer son rôle de futur souverain.
Bien noté pour ta remarque, je regarderai.
Je vais répondre à tes comm suivants. Merci !
aranck
Posté le 18/10/2019
Alors pour la première fois, c’est un chapitre qui ne m’a pas complètement convaincue. D’une part parce que les actions se chevauchent et que si ça marche dans la vraie vie c’est un peu plus dur à faire passer dans un roman, car ça fait décrocher le lecteur d’un truc, pour le raccrocher ailleurs, puis le redécrocher etc. Ça a donc un aspect un peu fouillis, et d'autre part, il me semble que ça manque de développement.

Par contre, ça ne me dérange pas trop que les explications viennent plus tard et qu’on les parquent dans la cale (oui, j’ai survolé les commentaires précédents). Un navire demande de la main d’oeuvre, donc pas trop le temps pour les palabres, et puis l’équipage de ce navire n’a probablement pas envie de se mettre en danger en risquent d’être vu en train de sauver les fugitifs par un autre navire, quel qu’il soit, d’autant que le commandant a été payés par quelqu’un et que ce n’est pas par pur amour du petit groupe qu’il fait ça, il n’a donc pas forcément envie de perdre son temps à tout expliquer, même si ensuite il s’incline devant Vinzald.

D’ailleurs si j’ai bien compris, il est surtout heureux que Vinzald soit un bouchevreux comme lui, et il doit se dire qu’avec un prince bouchevreux, les massacres des leurs devraient cesser.

Moi, ce qui me gène, c’est que les Pélegris ne les aient pas trouvés avant vu le temps qu’ils ont passé en mer. J’aurais presque mieux vu une attaque des Pélégris ou les fugitifs auraient été sauvés in extrémis par ce fameux équipage, payé certes, mais qui arrive à temps et qui se bat pour eux et honorer leur dette. (Si tous les Pélégris du navire meurent noyés, aucun d’eux ne parlera :-)) )

J’aime bien l’idée que Venzald reprenne courage dès qu’il apprend que son frère est en vie. Il entrevoir la possibilité de reprendre le pouvoir et on sent qu’il se renforce moralement, et ce, malgré l’éloignement de son frère. Percevant la fragilité de Thémérid, il envisage même la possibilité d’assumer seul un certain nombre d’actions, et même si sauver son frère est son moteur principal, on sent également que la maturité arrive avec les responsabilités qu’il devra prendre. C’est quand même bien qu’il reprenne du poil de la bête et surtout, plus d’ampleur.

On comprend aussi la peur d’Albérac vis à vis du pouvoir de Venzald. Peur d’être découvert, bien entendu. Ce qui aboutit à une séparation du groupe. Cependant, cette séparation ne servira à rien si Venzald apprend à mieux maîtriser son pouvoir, aucune barrière, aucune séparation ne l’empêchera désormais de savoir qui est Albérac… J’aurais presque mieux vu Albérac affronter les Bouchevreux du village en poussant le bouchon jusqu’au bout, croisant les doigts pour que Venzald ne découvre rien. Bref, je sais pas, mais cette séparation me paraît hâtive, ou peut-être faudrait-il développer une fois encore la crainte d’Albérac et son désir de s’éloigner de Venzald ??

Et que devient Ensgarde dans cette séparation, vu qu’elle sait parfaitement ce qu’il en est, puisqu’elle a presque dit à Albérac dans la première partie qu’il n’est pas ce qu’il dit être (à moins que je n’ai rêvé ?). Du coup, je suis étonnée qu’elle n’intervienne pas un chouia pour montrer au moins à Albérac qu’elle a compris, et voire même, pourquoi pas, le couvrir (je continue sur mon hypothèse de départ…)

Cette ville de Bouchevreux m’interroge également ? Comment dans les différents royaumes les Bouchevreux qui se font massacrer depuis des années, et encore plus depuis que le Haut Savoir possède le pouvoir, ont pu échapper à l’armée des Pélégris ? Comment se fait-il que personne ne les ai dénoncer ? Je suppose que j’aurais cette explication plus tard, mais il est vrai que ça me semble un peu bizarre. Si Venzald doit apprendre quelque chose, pourquoi créé une ville entière, pourquoi ne pas le faire tomber sur une seule personne ? Mais là, je m’immisce dans ton projet (c’est aussi parce que cette histoire me plaît), donc j’arrête.

Voili ! Et si tu veux en parler de vive voix, n’hésite pas parce que ma diarrhée scribale n’est pas forcément très claire.
aranck
Posté le 20/10/2019
Je viens de me relire : lorsque je dis première partie, je voulais dire premier tome. Et plus loin il faut lire dénoncés et pas dénoncer (Rho, la faute !)
Isapass
Posté le 20/10/2019
Coucou Aranck !

Si j'en crois ton commentaire qui s'ajoute aux autres, j'ai du boulot sur ce chapitre ;) Je souscris d'ailleurs à presque toutes vos remarques. Du coup, je prends des notes au fur et à mesure mais je ne ferai pas les corrections à la volée : j'ai failli devenir folle quand j'ai essayé de le faire pour le tome 1 :D
Pour reprendre dans le détail :
Je ne suis pas sûre d'avoir compris ta remarque sur les actions qui se chevauchent : tu penses à quoi exactement ? Le début ? Les hommes qui fouillent le bateau en même temps que Venzald a sa vision ? Ce qu'il y a, c'est que je voulais justement montrer que les visions arrivaient n'importe quand et qu'elles pouvaient donc être gênantes, voire dangereuses puisqu'elles l'éloignent de la réalité, même quand il est en péril. J'essaierai de mieux exprimer ça. Ou alors tu parlais d'autre chose ?
Pour le fait qu'on ne leur explique rien avant de les enfermer, tant mieux si ça ne t'a pas trop gênée, mais je crois que les autres ont raison : comme dit Tac, ça ne prend pas beaucoup plus de temps de dire "faites nous confiance, on est de votre côté" que "un bruit et vous êtes morts". Donc il faut que je trouve autre chose.
Le capitaine a les yeux clairs, mais ce n'est pas un bouchevreux : comme Flore en fait. Je sais que c'est un peu délicat, mais dans le tome 1, j'ai essayé de montrer que ceux qui avaient les yeux clairs ne sont justement pas des bouchevreux, même si tout le monde le crois. Ce qui ne les empêche pas d'être poursuivis et pendus par l'Ordre. Il ne faut pas que le capitaine soit un bouchevreux, sinon il pourrait aider Venzald avec son pouvoir et je ne veux pas que ce soit le cas. Je vais insister encore là-dessus, du coup.
L'attaque en mer par les pelegris, j'y avais pensé, mais je t'avoue que je limite au maximum tout ce qui se passe sur l'eau, car je suis très mal à l'aise pour tout ce qui est bateau, navigation et tout : même si mon univers est imaginaire, il faut que ce soit un peu cohérent avec du médieval et je n'y connais rien. Donc j'avoue que là, je ne me sens pas du tout de faire un combat naval ! Je vais réfléchir à ta remarque autrement.
La divergence avec Albérac, j'ai bien compris que ce n'était pas super convaincant. Je vais essayer de mieux amener le truc en faisant monter la tension et en faisant carrément une dispute entre eux. En plus, ça soulignerait encore mieux le fait que Venzald veut maintenant prendre ses propres décisions.
Ensgarde n'intervient pas car elle se mêle le moins possible des affaires des autres. Et puis, certes, elle se doute depuis longtemps qu'Albérac n'est pas celui qu'il dit, mais ça ne veut pas dire qu'elle le soupçonne d'être mauvais. Enfin, elle peut trouver que c'est une bonne idée de se séparer... Bref, idem : je note ta remarque et j'y réfléchirai, mais si je la fais intervenir, ce sera plutôt pour approuver ou faire une remarque assez neutre que pour s'opposer.
Enfin, pour la ville des bouchevreux : attention, ils ne sont plus en Cazalyne, mais en Ostreterre où l'Ordre n'existe pas. Donc, normal que les pélégris ne se soient pas attaqués à cette ville. Mais je comprends tes interrogations et je veillerai à y répondre dans le chapitre suivant (le prochain où on suivra Venzald, en tout cas) : Je préciserai la position géographique et l'éloignement de cette ville, et peut-être même la situation des bouchevreux en Ostreterre et dans les terres du nord où ils sont maintenant.

Merci pour ta lecture et ton commentaire très riche !
Des bisous
aranck
Posté le 21/10/2019
Oui, c'est ça qui m'a un peu gênée : "Les hommes qui fouillent le bateau en même temps que Venzald a sa vision ? ".
J'aurais presque mieux vu que les visions le prennent après que les hommes du bateau leur ont demandé de se taire. On aurait compris qu'Abzal n'avait aucun moyen de se contrôler. (D'ailleurs, ça, on l'avait déjà compris puisque des visions intempestives étaient déjà arrivées à Abzal)

Alors, oui, le coup des yeux clairs, ça ne va pas être facile à gérer, ou alors, il faudrait que le Capitaine le précise (qu'il a les yeux clairs et qu'il n'a pourtant rien à voir avec les Bouchevreux.

Pour ça "ça ne prend pas beaucoup plus de temps de dire "faites nous confiance, on est de votre côté" que "un bruit et vous êtes morts"." on aurait aussi pu imaginer que les marins qui les accueillent viennent d'apercevoir un autre bateau (qui au final n'est pas un bateau ennemi ?) Je ne sais pas si à l'époque il y avait déjà des rail de navigation, mais on peut supposer qu'il n'est pas rare de croiser sur une petite mer d'autres navires. Mais je te fais confiance pour trouver ce qu'il faudra. Et Tac à raison, quitte à dire quelques mots, autant que ce soient les bons tout de suite.

L'idée d'une dispute entre Albérac et Vinzald n'est pas mal du tout ! D'ailleurs Ensgarde pourrait servir d'arbitre au final en calmant les esprits, car il ne faudrait pas qu'ils se séparent complètement fâchés, ce qui n'est guère concevable pour Alix, non ?

Au fait, je me demande si ce n'est pas Abzal qui finalement est derrière ce sauvetage.... Il a du pognon, il n'apprécie pas tant que ça les Pélégris, et j'ai l'impression qu'il poursuit un plan qui est bien au-dessus de ce qu'on peut croire... (Je sais que tu ne parleras pas, même sous la torture, mais comme je l'aime toujours bien l'Abzal, je me fais des plans :-)) )

Bon, j'arrête avec mes élucubrations ! À très bientôt ! Bises !
Sorryf
Posté le 16/10/2019
Aie je n'avais pas pensé à ça : si c'est Venzald qui maintiens son frère en vie, s'il respire je ne sais comment à travers lui... purée j'espère pas tu me fais peur maintenant T.T
Mais Thémérid était malade bien avant la séparation, et c'était pas en voie de s'arranger il me semble. Qu'est-ce qui lui arrive bon sang ? T.T

Venzald prends un petit peu confiance dans ce chapitre j'ai l'impression... ou c'est juste l'effet que ça fait d'avoir un inconnu qui nous dit qu'il nous suivra jusqu'au bout. En tout cas j'aurais bien aimé qu'il mette un petit coup de pression a Albérac, c'est bien plus important d'aller maitriser ses pouvoirs ! (d'ailleurs j'ai lu le com d'Audrey Lys et je suis d'accord avec elle : je me souvenais plus qu'ils devaient enquêter sur le blé, je pense que tu devrais en parler a plusieurs reprises, faire bien sentir que c'est leur objectif, ou bien ajouter une scène ou Albérac les fait se poser et leur dit : J'ai trouvé une piste, par la bas, je propose qu'on la suive ça pourrait nous rapporter ça ça et ça, pour que ce soit un objectif bien clair pour le lecteur.

Je suis tombée des nues quand Alix décide de suivre Albérac :O ! Plutôt que son ami qui en plus est plus ou moins capable d'avoir des nouvelles de ses soeurs. Après coup, avec ses explications je comprends, mais a mon avis il faudrait : soit que les explications viennent immédiatement avant ou après qu'elle annonce cette decision, soit que les persos soient vraiment surpris de sa décision.



Le papy fait une sacré belle bourde ! tellement énorme que ça me parait abusé, peut-être parce qu'il n'a pas l'air si bourré que ça. Tu pourrais raconter la scène peut-être, montrer la discussion surréaliste qui le pousse a révéler ça ?
Ou bien le montrer tellement torché, je sais pas... Venzald pourrait apprendre ce qu'il a dit de la bouche d'un serveur outré, par exemple, pendant que Pique-cercle est occupé à rouler sous la table.

Albérac... c'est marrant, plus il déconne moins je l'aime, et moins je l'aime plus j'aime Abzal, selon la logique des vases communiquants, et ce Alors qu'Abzal n'est meme pas dans ce chapitre xD ! je sais pas comment ça se fait !
Quand je disais que je voulais que Ven lui mette un coup de pression, c'était de l'ordre du fantasme hein ! il est pas prêt et je le sais bien... mais j'espère qu'un jour il le fera xD
J'ai vraiment aimé ce moment avec le mec qui le reconnait comme souverain \o/ Trop la classe ! Il va tout défoncer avec ses pouvoirs de bouchevreux !!
Isapass
Posté le 16/10/2019
Oui Venzald prend confiance, c'est exactement ce que je voulais montrer ! Pas encore assez pour contraindre Albérac à lui obéir (ça serait trop soudain que la situation s'inverse à ce point), mais en effet, il va être beaucoup moins passif.
Vous m'avez inquiétée, Audrey et toi, avec cette histoire d'objectif pas clair ! Mais en fait c'est normal : comme dit en réponse à Audrey, ça vient d'un décalage de version du T1. Dans celle que vous avez lue, c'était pas très clair : Albérac le disait vite fait en passant juste avant qu'ils partent en bateau (et encore je ne suis même pas sûre). Mais dans la dernière version, c'est clairement dit : d'abord ils s'enfuient de chez Ensgarde vers le sud, et ensuite, Albérac trouve un truc dans un de ses carnets et se souvient enfin pourquoi il avait l'impression d'avoir déjà entendu parler du blé de cendre. Du coup, ils bifurquent vers la côte. Bref, c'est normal que ça ne te dise pas grand chose. Ceci dit, je peux en repasser une couche dans le chapitre 1 du tome 2.

Pour la bourde du papy, en fait, il n'est effectivement pas si bourré que ça : il explique qu'il parlait avec un homme qui n'avait rien contre les bouchevreux, voire, qui les aimait bien. Ce qui explique qu'il se soit un peu laissé aller et qu'il ait sans doute parler un peu fort. Bon, je peux quand même rendre ça plus explicite, mais je ne voulais pas le faire vomir partout non plus, quoi (ne serait-ce que parce que sinon, c'est compliqué de le foutre à cheval et tout...)

Et enfin pour le choix d'Alix, il y a une explication que je ne veux pas donner maintenant. Mais je note ta remarque et j'ajouterai de la surprise pour les autres, en effet.

Merci pour ta lecture et ton retour !
AudreyLys
Posté le 16/10/2019
Coucou^^
J’ai bien aimé ce chapitre même si je t’avoue que je préfère largement le précédent. Ça tient en plusieurs points que je vais détailler.
>déjà je ne comprends pas que les marins n’essayent pas d’expliquer pourquoi ils les ont kidnappés. C’est franchement contreproductif pour eux puisqu’ils peuvent rencontrer de la résistance. En plus ça crée un espèce de faux suspense un peu forcé. Tu pourrais axer ce questionnement sur l’enventualité que les marins leur aient menti s’ils disent qu’ils sont gentils, ce serait plus logique.
>Ensuite j’ai été moyennement convaincue par la scène de séparation. Parce que que je ne me rappelais plus qu’ils devaient aller dans une ville où ils trouveraient la solution au blé de cendre, pour moi ils allaient juste en Ostreterre pour échapper aux pelégris. Et aussi parce que l'attitude d’Alberac me paraît étrange. Je dis pas que derrière t’as pas une explication en béton pour justifier son côté dark, je dis juste que pour l’instant ça fait sorti de nulle part et assez forcé.
>Sinon du côté du pinaillage un peu tiqué quand on dit que les perso se rendent compte que le bateau avance parce qu’il y a eu roulis. Le roulis est au contraire plus fort quand un navire est à la dérive. Ce qui devrait les alerter c’est plutôt les grincements et le bruit de l’eau qui glisse sur la coque. Surtout s’ils sont dans les cales ils ne doivent entendre que ça. En plus je ne suis pas sûr qu’un bateau n’avance pas lors d’un abordage.
Autre pinaillage : « et, très lentement, elle émergea du sommeil » j’aurais mis le très lentement après, ça donnerait une phrase moins hachée et donc plus douce, ce qui est plus dans le thème.
Voilà c’est à peu près tout^^
J’espère que je n’ai pas été trop dure. Rendez-vous au prochain chapitre, bisous !
Isapass
Posté le 16/10/2019
Non, tu n'es pas trop dure, t'inquiète ! Je suis d'accord avec toi sur le fait que ça ne rime à rien que les marins ne leur disent rien. Tac me l'a déjà dit et, de toute façon, je le sentais déjà pas trop moi-même. Je vais modifier ça (mais peut-être pas tout de suite, je vais plutôt essayer d'avancer).
En ce qui concerne le fait de rejoindre un village qui connait le blé de cendre, il est possible que ce soit un problème de version : il faudrait que je vérifie, mais je crois que je l'ai rajouté en correction dans le tome 1. Ça ne te dit vraiment rien ? Je crois que dans la version que tu as lue, Albérac le disait quand il les rejoignait après s'être échappé, tout à la fin. Ensuite, je l'ai déplacé et c'est vrai que j'ai sans doute plus insisté dessus. Ceci dit, c'est vrai que ça peut pas faire de mal de le rappeler.
Quant à Albérac, je l'avais préparé dans le premier chapitre du tome 2, le fait qu'il ne voulait pas que Venzald développe son pouvoir. Et puis en principe, ça fait longtemps qu'on sait qu'il cache des choses, non ? Du coup, c'est un peu embêtant si tu n'es pas convaincue, parce que je ne vois pas trop comment préparer plus en amont que ça. Remarque, là encore, j'ai beaucoup plus insisté sur le fait qu'il cache des choses dans la dernière version du T1. Il va jusqu'à mentir à Venzald et Cie après s'être échappé, en fait.
D'autre part, je voulais aussi insisté sur le fait que jusque là, c'est lui qui prenait toute les décisions, mais maintenant, Venzald trouve sa propre voix et il commence à se sentir capable de "commander".
Je note pour tes remarques sur le roulis, j'adapterai.
Merci pour ta lecture et ton commentaire !
AudreyLys
Posté le 16/10/2019
Ah oui ça vient peut-être d'un problème de version. Je me souviens qu'Albérac avait déjà entendu parler du blé de cendre mais pas qu'il se rappelait d'où ça provenait. Je trouve que c'est pas mal un petit rappel dans le chap 1, surtout qu'on y parle de leur destination il me semble.

Bah écoute, ce n'est que du pur ressenti... J'avais bien compris que les pouvoirs de bouchevreux ne l'enjaillaient pas trop mais pas au point d'abandonner Venzald. Surtout que notre cher petit prince a raison : ça pourrait leur donner un avantage qu'il maîtrise son don. Bon, j'avais aussi compris qu'il cachait des choses mais... cacher des choses ne fait pas forcément un perso plus sombre, juste un cachotier. je veux dire, il est quand même assez sympa dans tout le T1, il met en danger sa vie pour Venald. Et là, en deux minutes il décide de l'abandonner dans un pays inconnu avec juste les indications de son carnet. Alors peut-être que Venzou sera bien accueilli dans cette mystérieuse ville des bouchevreux, mais on sait jamais il peut être en grand danger aussi. D'ailleurs je trouve surprenant qu'Albérac n'ait pas avancé l'argument comme quoi cette info de ville de bouchevreux est quand même pas très fiable. Voilà... c'est surtout un ressenti en fait. Si ça se trouve que je suis la seule à penser ça, tu verras.

Oui^^je l'ai pas dit mais j'ai vu que Venzald était plus tonique, ça fait plaisir à lire/voir. D'autant que faut bien rattraper la catatonie de Themerid. Je taquine, mais il me manque un peu le Themouchou (oui je suis partie en mode free-style des surnoms), c'était mon jumeau préféré.
Tac
Posté le 14/10/2019
Yo !
J'ai été moyennement convaincue par le "on vous menace parce qu'on a pas le temps de vous expliquer mais en fait on est gentils mettez-vous bien on va faire tout pour vous aider!". C'est assez récurrent dans la littérature et je trouve que ça fonctionne rarement. C'est tellement contraire à la plus simple des logiques et tellement contre-productif que je trouve cette idée presque absurde. T'as pas le temps d'expliquer qui t'es ni rien ? Dis simplement "on a pas le temps de vous expliquer mais faites-moi confiance", c'est tout aussi court que "vos gueules si vous parlez je vous tue". C'est personnel mais j'ai vraiment un veto contre ces scènes-là, je trouve vraiment que l'excuse du pas le temps est une excuse bidon.
En dehors de ça, j'ai pas mal apprécié. Toute la fin j'ai presque la sensation d'être dans un film d'horreur où j'ai envie de dire aux personnages "mais nooon ne vous séparez pas". Vraiment, Albérac, je suis triste de le voir virer dans les personnages shady-méchants, mais je l'ai vraiment viré des personnages que je veux voir survivre, je prie vraiment pour que quelqu'un s'aperçoive qu'il n'est plus fiable (mais bien sûr je sais que ça n'arrivera pas).
Je pressens également que le mystérieux mécène des marins qui les ont sauvés n'est pas du tout celui à qui les persos pensent. Je m'attends bien à une haute instance du haut pouvoir qui tire toutes ses ficelles de façon à amener les princes là où ils veulent, peut-être la personne qu'on voit vite-fait à la fin du T1 pour mettre le coup de pression à Abzal, ou alors une autre personne qu'on ne connait pas encore mais qui j'espère sera sympa.
D'ailleurs les marins qui sont super heureux de voir l'un des princes, qui lui jurent loyauté etc... mais bien avoir précisé qu'ils snot grassement payés pour faire ce taf ! Ils parlent comme s'ils faisaient ça par loyauté alors que dans les faits si personne ne les avait payés ils ne seraient probablement jamais venus. Du coup y a cet espèce de contre-discours et je suis étonnée qu'aucun personnage ne relève ça. Venzald est hyper flatté alors qu'à sa place je serais trop blasée, j'aurais vraiment du mal à adhérer à la loyauté de ces marins. Certes, personne ne les a payé pour dire qu'ils lui sont loyaux, mais j'espère être claire dans ce que je dis, y a quand même ce jeu-là qui est présent et pour moi c'est pas anodin. Venzald me paraît très naïf dans sa façon d'abroder la chose. ça peut être un choix, mais peut-être que dans ce cas il faudrait insérer un autre discours. Enfin je dis ça mais je sais pas quel rôle c'est censé jouer, m'enfin je le dis comme ça je suis sûre que c'est pas perdu, si jamais ça peut être l'ombre d'une aide. Puis le diable est dans les détails !
Sinon j'aime beaucoup, toujours, encore, très excitée à l'idée de découvrir cette ville des bouchevreux, je me demande comment tu l'as pensée etc. Je te fais plein de bisous et félicitations pour ce chapitre !
Isapass
Posté le 15/10/2019
Coucou Tacounette !
Je suis complètement d'accord avec toi, le procédé de "on vous dit rien parce qu'on n'a pas le temps" est naze. Je n'étais d'ailleurs moi-même pas super convaincue en l'écrivant, j'avoue. Surtout que je ne l'ai utilisé que pour 1) maintenir un tout petit peu le suspense et surtout 2) gagner du temps pour être alignée chronologiquement avec le chapitre précédent. En effet, à Terce, il y a environ une journée qui se passe, où au moins quelques heures, et du coup, je dois faire passer le temps de quelques heures pour Venzald et Cie aussi... D'où le procédé un peu bidon et le récit d'Alix au plus-que-parfait au début. Bref, c'est tout naze, il faut que je trouve autre chose.

Ah donc, Albérac, ça y est, tu le condamnes carrément ? :D Il peut même plus se rattraper à tes yeux ? Ok, j'en prends note (encore un que je vais devoir tuer... mais là je dirai aux lecteurs pas contents que c'est ta faute ! ;) ).

Alors, le truc du capitaine qui jure fidélité après avoir touché des tunes, en vrai ce n'est pas très important. C'était juste pour qu'à partir de ce point, on ne se pose plus la question de savoir s'ils étaient encore en danger ou pas. Mais tu as raison, je vais souligner l'opposition (genre faire dire au capitaine que certes il a été payé mais que ça ne change rien à sa foi en Venzald). Ça devrait régler le problème.

No comment sur le mécène : je ne dirai rien, évidemment.

Quant à la ville des bouchevreux, pour que tu ne te fasses pas d'illusions, je ne compte pas en faire un endroit de dingues. C'est surtout ce qui va s'y passer qui sera important. En fait, mon plan est tellement dense que je ne vais sans doute pas beaucoup m'attarder sur les descriptions dans ce tome, je vais laisser presque toute la place à l'intrigue.

Merci pour ta lecture et ton commentaire très utile ♥
Tac
Posté le 16/10/2019
Reyo !
Ah la tentation de la facilité! C'est pas bien Isa :p
Je vois ton problème de temporalités... Est-ce que c'est vraiment nécessaire que le switch bouchevral entre Themerid et Venzald se produise au moment où l'autre bateau les accoste ? Le truc le plus simple n'est-il pas encore de dire que les pélégris les rattrapent à ce moment-là, sans qu'il y ait besoin de d'insérer de scène pour te faire "gagner" du temps ? Surtout que tu précises qu'Alix s'est endormie, ça permet de comprendre qu'il s'est écoulé du temps, on ne sait pas précisément combien mais pour moi, ça suffit...
Je ne condamne pas Albérac, je protège mon petit coeur de lectrice ! si tu n'en es pas contente tu ne peux que te prendre à toi-même :'(
Ah, je suis déçue pour la ville des bouchevreux ! J'espérais que tu aurais exploité le truc. Même sans te perdre en descriptions proustiennes, en quelques lignes tu pourrais décrire un dispositif urbain particulier qui renouvellerait l'intérêt pour les bouchevreux/l'histoire/les lieux inexplorés, bref. Mais ça vuet dire aussi qu'il faut que tu y réfléchisses donc je comprends que tu mettes de côté cette idée-là ;)
Plein de bisous ! J'espère que ce chapitre 4 progresse bien (gniark gniark)
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