Chapitre 3 : Une nuit de liberté

Notes de l’auteur : Bonjour :)
Merci a vous d'avoir lu les chapitres 1 et 2 ! J'espère que le troisième vous plaira :)
N'hésitez pas à me donner votre avis en commentaire ou si vous trouvez des fautes n'ayez pas peur de me les montrer. ;)

Vocabulaire antique :

* les aryballes sont de petits vases contenant des huiles et de savons
** le kyrios est le tuteur masculin obligatoire pour toutes les femmes
*** les dialèterias sont les chambres
**** le chiton est une tunique bouffante
***** le zythogala est une boisson à base de bière
****** le chlamyde est un manteau militaire
******* le GaïTanáki est un arbre de mai

Après cette journée sous le soleil à marcher et courir dans les bois, je n’ai qu’une envie, me laver de toute cette poussière qui me colle à la peau. Je me dirige dans la pièce des bains. Il n’y a presque personne à cette heure-ci. En me voyant arriver les deux filles qui s’occupent de cette salle, se précipitent pour mettre du bois à chauffer. Hermione et Rina sont jumelles. Ce sont les filles d’une des cuisinières et comme elles sont encore jeunes, ma mère leur a attribué la tâche de s’occuper des bains. Elles sont très consciencieuses dans leur travail. D’ailleurs, je remarque que le sol en marbre blanc est éclatant, preuve que le ménage a bien été fait. La pièce est divisée par des paravents en deux parties. L’une pour les domestiques et l’autre pour les membres supérieurs de la maison. Je salue quelques servantes en passant près de leur bassin, mais je n’entame pas la conversation. Rina apporte des aryballes remplies d’huiles parfumées qu’elle dispose sur une table. Hermione verse de l’eau dans une vasque pour que je puisse enlever la saleté qui s’est imprégnée sur ma peau avant de plonger dans le bassin. Rina dépose des pétales de fleurs dans l’eau et je m’immerge entièrement.  

Sous l’eau, je n’entends plus personne et le silence est apaisant. Ma tranquillité est de courte durée. À l’instant où mon visage émerge, je tombe nez à nez avec Lena, ses sœurs et Cyané. Mon instant de solitude vient de s’envoler. Je soupire et m’oblige à sourire. Elles veulent bien faire comme toujours. Les filles se plongent à leur tour dans l’eau. Cyané reste assise au bord avec seulement les mollets dans l’eau. Elle brosse mes longs cheveux à l’aide d’un peigne en ivoire et y verse une huile à la fleur d’oranger. Puis Lana me masse le visage avec un onguent à base de citron en me complimentant sur ma peau tandis que Lena et Lara s’occupent de mes mains. J’essaye de me détendre et de profiter de la douceur de leur geste en oubliant que ceci n’est qu’une prison érigée par ma propre mère. 

Durant le dîner, j’ai demandé à ce que nous mangions toutes ensemble avec les domestiques. Ma mère étant absente, il est agréable parfois de casser le protocole. D’habitude, nous mangeons en compagnie des nymphes allongées sur les banquettes. Puis plus tard, ce sont les domestiques qui mangent en cuisine. Les femmes sont ravies, car cela évite de faire deux services puis le ménage. Ce serait inconcevable si nous étions en compagnie de la suite de la déesse qui obéit aux règles de leur maîtresse. J’ai permis aussi que l’on serve du vin miellé et d’autres mets qui nous sont réservés d’habitude.  

Assise en bout de table, nous sommes une trentaine de filles et de femmes à partager ce dîner. Elles sont toutes venues à Déméter en quête d’un foyer et de protection ou d’un travail honorable. Veuves, répudiées, battues, exilées, orphelines, aucune de ces femmes n’avaient de kyrios pour les représenter en ville. Car sans homme pour être leur tuteur, les mortelles, si elles ne sont pas mariées n’ont aucun droit. Les femmes de la maison, pour la plupart d’entre elles, se sont retrouvées un jour à la rue. Leur vie, à présent, était ici et très peu quittaient la maison même pour aller à Henna. La déesse Déméter leur avait créé un refuge et aucune n’osait le quitter. 

Les cuisinières ont préparé des galettes à base de farine d’orge. Il y a aussi une marmite de soupe de fèves. Dans mon plat, se trouvent des champignons et des aubergines grillés avec de la feta. Médusa aide au service et lorsqu’elle dépose mon plat, me murmure à l’oreille : “ Viens t’amuser ce soir, ne sois pas si peureuse. ” Cyané m’observe en silence et j’évite son regard. Les dryades racontent encore pour celles qui ne les auraient pas entendus notre rencontre avec Adonis. Certaines mortelles l’ont déjà croisé et ne cessent de vanter sa beauté. J’ai peu d’appétit et c’est à peine si j’écoute ce qui se raconte à table. J’observe à la place l’anneau d’Hermès et repense à ses paroles “ le mariage me délivrerait de cet endroit ”. Ce serait bien ironique de quitter cette maison pour rejoindre celle d’un mari. Lara décrit pour la énième fois la beauté d’Adonis et je vois Médusa me faire un clin d’œil. Je secoue la tête chassant l’idée qui me vient en tête. 

Le soleil a disparu pour laisser place aux premières étoiles. Vêtue d’une tunique légère, j’observe le ciel tandis que mes suivantes se préparent à se coucher. Les dryades sont gourmandes et adorent le vin, elles n’ont qu’une envie à présent, c’est dormir. Je caresse la longue tresse que Lana m’a faite en sortant du bain à présent mes cheveux ne sont plus humides. De mon petit balcon, j’ai une vue sur la cour et je vois qu’il y a encore de la lumière dans les dialèterias. On peut même entendre les plus jeunes s’amuser. Puis le silence de la nuit finit par envahir la maison. J’entends les respirations de mes suivantes toutes dans les bras de Morphées. Mes yeux contemplent alors l’horizon. Ce soir, la cité d’Henna semble si proche. Malgré les bois, et les collines, je suis persuadée qu’elle doit se trouver là où le ciel semble rougeoyer. Mon cœur bat plus fort que je ne le voudrais. Pourquoi est-ce que je ressens cette faim grandissante en moi, ce besoin de franchir les limites de la déesse Déméter ? Je ne dois pas céder à cette tentation... 

Soudain, je vois plusieurs ombres se faufiler dans la cour. Elles vont partir. Mon cœur va exploser. Je ressens une excitation violente parcourir mon corps. Je ferme les yeux et comme dans un rêve je me vois réaliser certaines actions sans que mon esprit n’en soit réellement le maitre. J’attrape une paire de sandales et un chiton que j’enfilent maladroitement, puis je cours pieds nus sur le sol glacé. Je m’extirpe à l’extérieur en passant par la porte des cuisines. Mes jambes courent tandis que je n’arrive plus à réfléchir. Alors j’arrive essoufflée aux écuries.   

— Ça alors, je n’aurai jamais cru te voir ici ! s'exclame Médusa en étouffant d’une main le rire qui s’échappait de sa bouche. 
 
— Laisse-moi reprendre mon souffle ! 
 
— Si tu comptes séduire Adonis dans cette tenue, c’est peine perdue. Plaisante la jolie rouquine. 
 
— Je ne viens pas pour voir Adonis ! Je veux juste assister aux festivités et rentrer. 

D'autres filles sont présentes. Il s’agit d’Astrée et Elia, des fermières. Elles sont arrivées, il n’y a pas très longtemps. Je n’avais pas eu beaucoup d’occasions de discuter avec elles. L’une était grande et malingre tandis que l’autre était son opposée petite et aux formes généreuses. Elles s’étaient fardées pour l’occasion. Ma mère interdisait le maquillage ici et je me demande où elles ont trouvé cette poudre blanche et ce fard rouge. Il me semble qu’Elia a eu un peu la main lourde sur le teint, mais à la lumière des lanternes cela se remarque à peine. Médusa descend du chariot pour m’aider pour attacher mon chiton blanc à l’aide de fibulas. Je constate que pour l’occasion, la jolie bergère arbore le collier d’Hermès et s’est parée d’un tissu vert qui fait ressortir encore plus la couleur de ses cheveux. On dirait une flamme incandescente. Ce qu’elle pouvait être belle. Puis à l’aide de son doigt elle récupère un peu de rouge sur ses lèvres pour l’étaler délicatement sur les miennes. Je souris.  

— Tu es parfaite, on peut y aller ! murmure Médusa satisfaite de sa mise en beauté. 
 
— Dites-moi que c’est une plaisanterie ! s'exclame la voix de Cyané derrière moi et me fait sursauter. 
 
— Cyané... je balbutie. 
 
— Que tu veuilles aller à cette fête, c’est une chose, mais que tu t’imagines m’avoir dupée comme pour les trois sœurs me vexe grandement ! 
 
— Dois-je comprendre que tu te joins à nous ? demande Médusa agréablement surprise. 
 
— Si Koré part, je l’accompagne où qu’elle aille, déclare la naïade en souriant. Je n’approuve pas que tu ailles à cette fête. Cependant je suis agréablement étonnée que tu oses t’y rendre et comme je ne pourrais pas te convaincre du contraire, autant découvrir Henna avec toi. 

Je serre dans mes bras mon amie si fidèle et nous montons dans le chariot s’enfuyant dans la nuit. Astrée est habituée à conduire des charrettes et semble maîtriser parfaitement les chevaux. Je n’ai jamais été sur la route, puisque nous passons notre temps dans les bois ou à parcourir les collines. Une légère brise souffle, néanmoins il ne fait pas froid, c’est une belle nuit chaude d’été. Cyané a pensé à me prendre un ruban et une ceinture et tente d’agrémenter ma tenue malgré le peu de lumière que nous disposons. Médusa décrit ce que nous allons voir et toutes les pâtisseries que nous devrons goûter. Il règne dans le véhicule une ambiance des plus joyeuse. Elia énumère le nombre de danses auxquelles elle veut participer et Astrée parle de danser même sur les tables. C’est alors que j’aperçois au loin sous les rayons de la lune, le grand olivier. Ça y est, je vais franchir les limites du domaine de la déesse Déméter. Pour la première fois de ma vie, je vais aller plus loin que je ne l’ai jamais été !  

Mon cœur bat à tout rompre. Nous voilà aux portes de la cité d’Henna. Cette ville que j’ai entraperçue entre les collines sans jamais la voir, se trouve enfin devant moi, imposante et bien plus grande que ce que j’imaginais. Après avoir passé une gigantesque porte en pierre, nous laissons le chariot à un emplacement prévu. À plusieurs reprises, je me rends compte que ma bouche est grande ouverte d’admiration. Je n’avais jamais vu autant d’habitations aussi colorées. J’en ai presque le tournis. Des flambeaux illuminent les rues grouillantes de monde. Les murs de pierres sont décorés de draps aux couleurs chatoyantes, et lorsque je relève la tête, je peux admirer des mètres de guirlandes de fanions et de fleurs surplombant les rues. Mes jambes tremblent sous l’émotion. Les habitants se sont parés de leurs plus beaux atours. Les femmes arborent des chitons de soies colorées et des coiffures des plus sophistiquées. L’or de leurs bijoux scintille à la lumière des flambeaux.  

Nous remontons une grande allée où des étales ont été disposés. Sur les présentoirs des bijoux brillants, des pierres précieuses polies, des poteries joliment sculptées et des étoffes luxueuses attirent toutes les dames. Les marchands parlent et négocient dans toutes les langues. Je n’en reconnais aucune. Il y a des stalles aussi, exposant des bovins majestueux ou des chevaux. Plus loin sont présentés des concours comme celui du mouton au lainage le plus doux ou le porc le plus dodu. Des hommes sont amassés autour des enclos et crient leur mécontentement ou leur approbation. Je reconnais certains de nos bergers. Des dizaines d’enfants courent après une balle et je m’amuse avec eux quelques minutes.  

Puis en continuant plus haut dans les rues mes narines sont conquises par les différentes odeurs tantôt cuites ou tantôt parfumées. On y vend toute sorte de douceurs et de fruits mûrs. Si je n’avais pas d’appétit tout à l’heure, à présent mon estomac m’ordonne de goûter à tout. Cyané attrape un plat et le remplit de fruits cuits dans du jus de viande. C’est à peine si j’arrive à manger proprement étant donné l’euphorie dans laquelle je me trouve. Médusa à apporté des gobelets de zythogala, un mélange de bière et de lait, tandis qu’Astrée et Elia sont allées se chercher un morceau de mouton qui cuit sur la broche. Plus nous marchons et plus nous nous rapprochons de la musique. Tambours, cithare et son de flûte se mêlent en une mélodie joyeuse et entrainante.  

Nous arrivons sur la grande place de la ville. Au milieu, trône un immense bûcher qui embrase le ciel. De grandes tables ont été disposées où chacun peut manger dans une écuelle de bois. Sur ces tables, se trouvent des grandes corbeilles de fruits et de viandes au jus dégoulinant. Plusieurs estrades ont été montées. Il y a l’orchestre à qui on doit cette ambiance festive. Les hommes interprètent des chants que je ne connais pas. Il y a des acrobates, des cracheurs de feu, des jongleurs arborant des tuniques multicolores et des masques grotesques. Puis il y a une piste dégagée où des jeunes filles vêtues de robes légères dansent avec grâce et sensualité autour d’un mat fleuri d’où pendent de nombreux rubans qui flottent dans la brise du soir.  

Je n’avais jamais vu tant d’effervescence et d’allégresse. Depuis notre arrivée, les passants nous sourient, nous souhaitent la bienvenue ou, nous proposent quelque chose à goûter ou à boire, comme si nous faisions partie de cette ville depuis toujours. Nous finissons par nous asseoir au bout d’une table face à la piste de danse. J’ai mal aux joues à force de sourire et j’ai les mains toutes collantes de sauce. Je lèche le bout de mes doigts sous les rires des filles. Alors j’aperçois à une table un peu plus loin un trio d’hommes nous observant avec grand intérêt. Ils ne nous quittent pas des yeux. Plutôt d’âges murs, ils ont des carrures assez imposantes. Si les deux hommes buvant des coupes de vin semblent profiter de la fête, le troisième assis au milieu semble au contraire s’ennuyer. Vêtue d’une tunique sombre et d’un chlamyde noir, ses cheveux ébène tombent négligemment sur ses épaules et sa barbe épaisse lui donne un aspect sévère. Ses sourcils épais sont froncés et je ne parviens pas à saisir le regard pénétrant de ce visage ciselé. Ses camarades n’ont absolument rien à voir avec lui. Si le premier a une allure sauvage, les deux autres sont apprêtés à la mode athénienne. Leurs boucles sont retenues par un bandeau et leurs barbes longues ont été brossées. L’homme à gauche est richement vêtu d’un chiton bleu avec des broderies argentées tandis que le troisième porte un himation orange aux galons d’or laissant entrapercevoir son torse musculeux. 
 
— Je vous parie que ces trois-là vont venir nous aborder dans quelques instants, déclare Médusa. 
 
— Ils ont l’air d’être des hommes importants, tu as vu l’élégance de leurs vêtements ? répond Astrée en se recoiffant. 
 
— Oui, ils sont plutôt pas mal dans leur genre, dit la rouquine en réajustant son décolleté. 
 
— Deux d’entre eux peut-être, mais le troisième à plus l’allure d’un ours ! je m’exclame en buvant un nouveau gobelet de bière, provoquant l’hilarité des filles. 
 
— Mais quel que soit leur âge, les hommes ne sont intéressés que par une chose, mes dames, notre jeunesse et notre beauté, évitez donc de les offrir au premier venu, déclare Elia. 
 
— Si c’est le beau blond, je ne serai pas contre, avoue Astrée, ce qui lui vaut des acclamations de notre part. 
 
— Dis donc Elia, je ne te savais pas si réservée ! s’exclame Médusa. 
 
— Tu peux parler, aucun homme ne trouve grâce à tes yeux, rétorque Elia. 
 
— Heureusement que les femmes sont là pour le plaisir de mes yeux ! déclare Médusa en riant. Regardez, qu’est-ce que je disais, les voilà qui approchent. Mesdemoiselles, je vous demande de rire à gorge déployée et de m’écouter. 
 
Astrée et Elia s’exécutent et leurs faux rires sont si pitoyables que je ne peux m’empêcher de rire véritablement. Médusa rit aussi en secouant sa chevelure et Cyané nous observe d’un air moqueur. Les hommes aux vêtements élégants s’approchent de nous suivis par le troisième à la mine solennelle. Je ne sais pas si je suis à l’aise de voir la gent masculine s’intéresser autant à nous. 
 
— Mesdames, mes frères et moi n’avons pu manquer votre beauté, vous êtes de loin les femmes les plus belles de cette soirée. Nous feriez-vous l’honneur de nous permettre de nous joindre à vous ? Déclare l’homme à la barbe blonde d’une voix grave et séductrice. 
 
— Une femme comme vous doit avoir des goûts exquis pour arborer des perles de la mer ionienne, dit le deuxième homme à Médusa avec un regard un peu trop concentré sur sa poitrine. 
 
— Ce fut avec plaisir, mais nous sommes attendues. Venez chères amies, répond la belle rousse.  

Je suis aussi surprise que les deux hommes déstabilisés face à nous. Je croyais que les filles voulaient au contraire passer du temps avec eux. On dirait bien que je ne connais rien à l’art de la séduction. Ils se mettent à rire. Je me lève maladroitement du banc et les suis en gloussant. L’un des musiciens avec une flûte invite de sa voix joviale toutes les jeunes filles à marier à danser. Médusa tout en riant, nous entraîne vers le mat enrubanné. Astrée et Elia semblent ravies. Je devrais me sentir mal à l’aise face à la foule qui s’approche, mais peut-être ai-je trop bu de bière. La bergère aux cheveux de feu se tourne vers la naïade et moi. 

— Vous verrez, ils reviendront nous aborder croyez-en mon expérience Astrée, tu pourras les séduire si tu sais bien jouer de tes charmes. En attendant, Cyané et Koré, voici le GaïTanáki. Prenez un ruban et ne le lâchez pas, vous allez voir, c’est facile ! Il suffit de suivre le rythme des tambourins.  

Nous échangeons un regard inquiet avec la naïade. La mélodie commence alors et sous les acclamations de la foule, une trentaine de jeunes filles toutes plus jolies les unes que les autres s’élancent. Maladroitement, j’essaye de suivre leurs mouvements. Astrée semble très concentrée sur sa performance alors qu’Elia plaisante avec Médusa. Au bout de quelques pas, je comprends à peu près ce que l’on attend de nous. Un pas sur la gauche, nous tapons dans nos mains, un pas à droite, nous tapons dans nos mains, puis deux pas chassés sur le côté avec toujours le ruban bien en l’air. J’ai toujours adoré danser. C’est Lana qui m’a initié à cet art. Alors les tambours accélèrent le rythme et la chorégraphie s’intensifie. Quelques filles finissent par perdre le fil de leurs pas et sont obligées de quitter la piste sans gêner les autres danseuses. Cyané et Elia s’écartent ensemble et scandent nos noms pour nous encourager. Médusa tournoie comme une flamme dans un brasier et je la trouve merveilleuse. L’ambiance est enivrante et je n’arrête pas de rire avec les filles qui m’entourent. Nos robes virevoltent comme des fleurs prisent dans le vent. Alors nous devons attraper la main de la fille à notre gauche pour tourner encore. Je sens mon cœur battre à l’unisson avec ces demoiselles. Je me sens si libre ! Mon cœur pourrait exploser sous le coup de l’émotion, j’ai presque la sensation lointaine de ressentir crépiter, au fond de moi, mon pouvoir !  

La foule continue de nous acclamer et quelques fillettes jettent des pétales de fleurs. La cadence accélère encore et nous ne sommes plus beaucoup autour de ce mat. Je vois des centaines d'inconnus et de sourires. Cela me donne le tournis. Puis dans cet océan de visages, il y a celui de cet homme sombre aperçu tantôt. À chaque fois que je me retourne, il est là, perdu dans cette foule. Son regard ténébreux me fixe sans ciller. Jamais on ne m’avait regardé ainsi. Il émane de lui quelque chose de presque bestial. Je me sens déstabilisée et je finis par bousculer Astrée et ainsi perdre entièrement le rythme de la musique. Bonne perdante, je souris et m’éloigne du mat, en applaudissant en rythme pour encourager les dernières danseuses, oubliant l’inconnu. Je rejoins mes amies et observe le spectacle en reprenant mon souffle. Cyané me tend une coupe de vin que je bois avec plaisir. L’homme n’est plus là.  

Des acclamations et des applaudissements retentissent, la musique vient de s’arrêter. La danse a pris fin et sans surprise, c’est Médusa qui est couronnée. La jeune fille s’incline dans une révérence accentuée en riant et tout essoufflée nous rejoint. 
 
— Si j’avais su que j’allais gagner cette année, j’aurais mis des sandales plus souples ! Inclinez-vous et applaudissez-moi ! s'exclame la jolie bergère tandis qu’Elia et Astrée jouent le jeu. 
 
— Tu étais merveilleuse à voir, je ne te savais pas si bonne danseuse, la complimente la naïade le regard empli d’admiration en caressant nerveusement sa coupe de vin. 
 
—Oh, il y a plein de choses que tu ne sais pas sur moi Cyané, répond Médusa lui prenant la coupe de vin de ses mains pour y boire dedans sans la quitter des yeux.  

En nous éloignant pour nous rasseoir, un jeune homme enivré me bouscule et renverse sa coupe de vin sur mon chiton. Le liquide rougeâtre s’imprègne dans le tissu et glisse le long de mon bras. Je frissonne de dégoût et tandis que l’homme se confond en excuse. Je préviens les filles que je dois aller me rincer à la fontaine si je ne veux pas sentir l’odeur âcre du vin. Je déambule parmi la foule en essayant de ne tacher personne à mon tour. Il y a tellement de monde ! Je contourne l’endroit délimité où cuisent des moutons sur des broches et trouve enfin le point d’eau. Penchée au-dessus de la fontaine, je verse l’eau froide en essayant de nettoyer la tache. Non loin de moi, je surprends une conversation. 
 
— Allons, mon frère amuse toi un peu ! Tu fais une de ces têtes, aucune femme ne voudra de toi dans son lit. 
 
— Vous n’en avez pas assez de ce bain de foule ? Je ne vois pas ce qui vous amuse de vous mêler à ces gens. 
 
— On ne s’en lassera jamais ! En plus vous avez vu cette jolie brune aux grands yeux bleus danser, elle semble si innocente et prête à être cueillie. Dommage pour elle qu’elle n’ait pas gagnée. 
 
— Vos épouses, savent-elles que vous êtes ici ? 
 
— Ne change pas de sujet, tu ne vas pas me dire qu’elle te laisse indifférent ! Si la déesse Aphrodite la voyait, elle ne pourrait qu’en être jalouse ! 
 
— Elle est tout à fait commune, demain, j’aurai oublié son visage. 
 
—Ah mon frère, tu ne sais pas ce que tu manques ! Je préfère son amie la rouquine, elle semble beaucoup plus dévergondée que le reste du groupe, et moi, vous savez que j’aime les filles au tempérament de feu. Et puis ce collier posé sur sa gorge si ce n’est pas un appel...   

Je me relève de derrière ma cachette, courroucée. Ces hommes sont méprisables ! J’ai bien compris qu’ils parlaient de Médusa et de moi. Les histoires sont donc vraies, les hommes sont de viles créatures. J’ai soudainement la nausée. Les poings serrés, je retourne auprès de mes compagnes afin de les avertir de ne plus laisser ces hommes à l’apparence élégante s’approcher de nous. Mais je constate qu’elles ne sont pas seules. Un homme à la silhouette svelte se tient face à elle. Son chiton couleur crème rehausse son teint et la blondeur de ses cheveux. En me voyant approcher Médusa me lance un grand sourire et je manque de trébucher lorsque le bel éphèbe se retourne : Adonis. Je me dois de faire bonne figure. Ma colère s’évapore en un instant. Cela en est presque ridicule. Il est d’une beauté insolente. Un sourire éclatant apparait sur ses lèvres lorsque ses yeux se posent sur moi. Je m’avance lentement vers eux, je ne peux plus faire marche arrière. 
 
— Adonis, laisse-moi te présenter ma chère amie Koré, déclare Médusa. 
 
— Je vous rencontre enfin, belle demoiselle, dit Adonis. 
 
— On m’a beaucoup parlé de vous monsieur, je réponds en espérant me donner une certaine prestance. 
 
Je constate alors que les filles me regardent toutes avec de grands sourires et semblent jubiler de me voir face à cet homme. Elles s’éloignent doucement en gloussant comme si soudainement, elles avaient été appelées ailleurs, me laissant seule avec lui. D’autres femmes nous observent avec intérêts, se demandant certainement si je peux être une potentielle rivale. Je déteste être le centre de l’attention. 
 
— Navré, tout le monde nous regarde. Dit Adonis en passant la main dans ses cheveux. 
 
— Il parait que vous êtes appréciés ici. Vous vouliez me parler ? 
 
— Oh, mais je ne suis pas sûre d’être le centre d’attention ce soir, répond-il d’une voix suave. Personne ne vous a jamais vu ici. Seriez-vous nouvelle dans la région ? 
 
— Oui, on peut dire ça... Je mens. 
 
Je ne sais quoi lui répondre de plus, je ne suis pas à l’aise dans cette situation. Adonis me domine d’une tête et ses yeux semblent inspecter le moindre centimètre de mon corps. 
 
— Vous a-t-on déjà dit que vos yeux sont aussi brillants que deux topazes et vos lèvres aussi rouges qu’une fleur qui vient d’éclore ? Beaucoup d’abeilles ont dû vouloir se poser là. Murmure le jeune homme.  

Jamais on ne m’avait parlé ainsi. J’ai envie de rire, mais je me contiens. C’est assez plaisant, je dois dire, mais tout aussi déroutant. Adonis me prend la main pour me guider vers un banc. Cela ressemble à une de ces histoires romantiques que Lara réclame toujours à Lena. De là où elles sont, mes compagnes ne manquent pas une miette du spectacle. Une certaine angoisse saisit mon cœur. J’essaye de me tenir bien droite et de cacher ma nervosité. Malgré moi, je ressens tout de même une certaine fierté de me retrouver là en compagnie de cet homme adulé par toutes les femmes. Je sais que je dois me méfier, mais l’angoisse s’envole peu à peu pour laisser place à autre chose. Serait-ce la séduction ? Suis-je vraiment en train de battre des cils et de remettre une mèche de cheveux derrière mon oreille ? Je me surprends à imiter la gestuelle de Lara lorsqu’elle est en compagnie des bergers. Ce ne serait pas déplaisant d’être l’épouse d’un si bel homme. Peut-être qu’Hermès avait raison ?  

Adonis me raconte les jeux auxquels il a participé durant l’après-midi. Il semble très fier d’avoir remporté une course d’obstacles ainsi qu’un combat de lutte. Il emploie des termes sportifs que je ne comprends absolument pas, mais j’acquiesce poliment. Dès qu’il me pose une question personnelle, je dévie la conversation pour la ramener à lui. Il ne parait pas en manque de sujet pour continuer le dialogue ou plutôt ce monologue. C’est alors, qu’un groupe de garçons du même âge qu’Adonis l’interpelle un peu plus loin. Il s’excuse et promet de revenir rapidement.  

Assise sur mon banc, j’observe la foule en délire. Ces inconnus profitant de la nuit avec insouciance. Ils mangent, boivent, dansent, et font des offrandes aux dieux. Leur existence quoique éphémère semble plus attrayante que la mienne condamnée à l’immortalité en restant enfermée loin de tout cela. Les minutes défilent et je commence à m’impatienter. Au lieu de m’amuser avec mes amies me voilà à attendre un garçon. Soudain, une petite fille aux grands yeux bruns s’approche alors timidement avec ses amies pour m’offrir une couronne de fleurs. Je suis tellement surprise que je rougis et la remercie. Je m’agenouille pour qu’elle puisse poser de ses petites mains sa création florale.  

— Une couronne pour la plus jolie des fleurs, murmure-t-elle timidement avant de partir en courant.  

Mais en me redressant, je manque de me cogner au torse de l’homme à l’allure sombre. C’est vrai qu’il est aussi grand qu’un ours ! Mes yeux rencontrent les siens. Ils sont verts, tandis que ses sourcils sont toujours arqués. Il détourne son regard.  

— Elle n’avait pas tort, murmure-t-il d’une voix grave.  

Je recule sans comprendre ce qu’il veut dire. Il désigne alors la couronne de fleurs sur ma tête. Oh ! J’essaye de cacher le rictus gêné qui se dessine sur mes lèvres. Je me souviens alors des paroles entendues tout à l’heure et j’ai du mal à cacher le dégoût que cela m’inspire. Avec ce visage fermé et cette attitude impassible, je ne sais pas quoi lui répondre. 

— Puisque vous êtes seule, aimeriez-vous danser ? demande l’homme d’un ton bourru, évitant mon regard.  

— Ne vous infligez pas cette peine, demain vous aurez déjà oublié mon visage. Je réponds sûre de moi, mes yeux plantés dans les siens. Veuillez m’excuser mais un homme tout à fait charmant m’attend un peu plus loin.   

— Vous avez du caractère, vous vous en remettrez...  

Je lève les yeux au ciel, agacée. Si l’homme à l’allure ténébreuse est déçu ou en colère, il ne laisse rien transparaitre sur son visage couvert de cicatrices. Je me retourne sans plus attendre et marche droit devant moi, noyée parmi les convives, avec l’allure la plus digne possible. Je me rends compte alors qu’une foule s’est amassée à l’endroit où se trouvait Adonis et les garçons. Les murmures vont bon train, j’essaye de me frayer un chemin pour voir ce qui se passe. Alors j’aperçois la femme la plus belle qui n’ait jamais existé. D’une pâleur marmoréenne, son visage ne présente aucune imperfection et ses yeux ont la couleur d’un ciel d’été. Une longue chevelure pâle comme la lune tombe en cascade jusqu’à ses hanches pleines. Elle arbore une robe tissée dans la soie la plus précieuse et légère qui puisse exister, laissant transparaitre une poitrine bien généreuse. Tout dans sa gestuelle évoque la grâce et la sensualité. Il émane de cet femme un pouvoir incroyable. Je fini alors par apercevoir le bel Adonis qui à mon grand malheur n’a d’yeux que pour l’époustouflante créature. À son regard je vois bien qu’il est subjugué et m’a déjà oublié.  

Je recule d’un pas. Après tout, dans cette robe tachée de vin et de nourriture, ma chevelure brune certainement emmêlée et mes yeux trop grands ne peuvent décemment rivaliser avec elle. La plantureuse blonde pose son regard sur moi. Elle me fixe d’un air curieux. Mes yeux me piquent, je sens mes joues rougir de honte, qu’est-ce que j’imaginais après tout ? Alors j’entends des murmures autour de moi et constate que les femmes qui m’avait lancé des regards de haine lorsque j’étais avec Adonis, jubilent de me voir ainsi mise de côté. Je ressens l’envie de réprimander cet homme pour son comportement de goujat, en espérant que l’ours à qui j’ai tenu tête soit déjà parti, ce serait le comble de l’humiliation après ce que je lui ai dit ! Je serre le poing et m’avance d’un pas décidé lorsque soudain on m’attrape le bras avec force.  

— Mais que fais-tu ici Koré ? As-tu perdu l’esprit ? Hermès tire sur mon bras pour m’éloigner de toute l’agitation et nous nous extirpons de la foule.  

— Hermès ? Tu sembles affolé, je ne te savais pas ici, je croyais que tu avais du travail, je dis sur un ton interrogateur.  

— Et toi je croyais que tu n’avais pas le droit de quitter le domaine de Déméter ! C’est dangereux ici il faut vite que tu partes !   

— Mais pourquoi ? Que se passe-t-il ? je demande inquiète.  

— Les dieux sont ici ! Du moins plusieurs d’entre eux. Tu dois vite t’éloigner car qui sait ce qui arriverait, murmure le messager des dieux.  

Mon cœur bat à tout rompre et mes mains tremblent. Hermès est aux abois. Il ne cesse de regarder autour de nous, comme si un mal allait s’abattre sens prévenir. Si des dieux sont ici je ne dois évidemment pas rester. Si l’un d’entre eux reconnaissait les traits de Déméter sur mon visage, ou était capable de sentir mon pouvoir endormi peut-être irait-il voir ma mère ? Je ne peux pas prendre de risque ! Cyané apparait alors. Jamais elle ne m’aurait laissé sans surveillance. Elle est aussi surprise de voir Hermès ici.   

— Ne trainez pas les filles, il faut que vous rentriez le plus vite possible c’est dangereux par ici !  

Je chuchote à Cyané qu’il y aurait des divinités de l’Olympe dans la ville. Nous passons par une ruelle étroite mais déserte. Cela faisait des heures que j’étais noyée dans le bruit et l’agitation, à présent j’ai la sensation d’émerger d’un rêve ou plutôt que celui-ci se transforme en cauchemar. Ma respiration s’accélère et je sens comme un poids dans ma poitrine. La peur et l’angoisse s’infiltrent alors dans mon esprit. Hermès tient toujours fermement mon bras et m’impose de le suivre. Nous courrons tous les trois à travers les ruelles en essayant d’éviter la rue principale.  

Nous dévalons les pentes, et je sens mes jambes trembler. Notre comportement peut paraitre suspect aux yeux des badauds. J’analyse chaque visage et si l’un d’eux était une divinité ? Je n’arrive même plus à réfléchir. Lorsque nous arrivons devant la grande porte, mes joues sont devenues rouges et ma respiration est saccadée. Il me pousse dans les écuries. J’en profite pour m’asseoir sur une botte de foin. Alors je tente de reprendre mon souffle tandis qu’Hermès fait sortir un cheval à la robe grise de son enclos. Le jeune dieu caresse son encolure et lui chuchote des paroles à peine audibles, d’un ton apaisant.  

— Vous allez pouvoir le chevaucher, il sera très docile.  

— Mais Hermès c’est du vol !  

— Je suis le dieu du vol, que penses-tu qu’il pourrait m’arriver ? Et puis dis-toi qu’en cas d’extrême nécessité c’est plus considéré comme un emprunt.  

— Ce que tu dis ressemble plus à un mensonge.  

— Le pouvoir des mots peut faire qu’un mensonge se transforme en vérité ma chère Koré ne l’oublie pas.  

Face à mon regard abasourdi, Hermès me sourit. Je sais qu’il se veut rassurant mais dans ses yeux je peux y lire de la crainte. Après avoir harnaché le cheval il me tend la main pour m’aider à me lever. Je tremble malgré moi. Le messager des dieux nous aide à grimper sur le dos du destrier. Je serre mes cuisses et me cramponne à la taille de la naïade tandis qu’elle guide l’animal.   

— Et pour Médusa et les autres ? je demande inquiète tout de même de partir sans les prévenir.  

— Oh je pense que les filles passent une très bonne soirée, lorsque je suis partie à ta recherche elles étaient entourées d’hommes prêt à se lancer des défis pour avoir une chance de danser avec elle, répond Cyané, amère.  

— Mais peut-être devrions nous les prévenir... 

— C’est une chance que je t’ai aperçue dans cette foule. Allez, hâtez-vous ! me coupe Hermès.  

Le dieu du voyage donne une tape autoritaire au cheval qui s’élance alors dans sa course. Le bruit des sabots résonne sur le pavé de la ville et les quelques habitants quittant les festivités s’écartent. Lorsque nous franchissons l’immense porte, je ne peux résister à l’envie de me retourner et de voir la ville d’Henna disparaître peu à peu dans la nuit. Nos cheveux virevoltent et nous fouettent le visage. Ma couronne de fleurs s’envole emportée par le vent avec les souvenirs du goût de la liberté. 

 

 

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
dollykitten
Posté le 08/12/2021
On s'y croirait! on sent l'intrigue se monter petit à petit c'est vraiment captivant !
J'ai repéré deux petites choses:
des huiles et de savons
interditle maquillage
Hate à la suite!
J.J.Canovas
Posté le 19/12/2021
Tu as un œil de lynx ! Mille mercis pour ton soutien :D
Béré
Posté le 02/12/2021
Rien de mieux que de lire un des tes chapitres dans les transports ! 😁 J'ai adoré ce chapitre, je pense d'ailleurs que c'est mon préféré ! J'adore la rencontre avec l'homme sombre que je suppose être Hadès ! J'ai hâte d'avoir la suite 😊
J.J.Canovas
Posté le 03/12/2021
Oh je suis ravie si tu as aimé ce chapitre ! Merci pour ton soutien !!
sonyan
Posté le 28/11/2021
Première remarque : je crois que je n’ai jamais autant appris de mot qu’en lisant ton histoire. C'est agréable de découvrir un nouveau champ lexical.
On voit que tu maîtrises ton univers et ton sujet !

Ce chapitre est plus vivant que le second, de nouvelles rencontres, de nouvelles questions (l'homme sombre c'est Hadeeees ??? et qui est la femme qui a volé la vedette auprès d'Adonis ?!).
Encore une fois tu maitrises parfaitement tes descriptions et les ambiances, je me voyais a la fête, je sentais les odeurs des stands de bouffe, je dansais avec la foule.
Vivement le chapitre 4 :)
J.J.Canovas
Posté le 28/11/2021
Finalement les heures passées devant les reportages Arte me servent ! XD
Je me demande en effet qui peut bien être l'homme ténébreux... ;) Je suis ravie si tu as ressenti l'effervescence de ma petite fête de village !
Vous lisez