Chapitre 3 - Sehar

Notes de l’auteur : Bonjour ! Pour ce troisième chapitre, on retrouve enfin Sehar, qui a fait son choix... mais à quel prix ?
Bonne lecture :D

Dès que les Gardiennes le laissèrent, Sehar demanda l’autorisation de quitter l’alcôve hospitalière, et prit la fuite au-dehors. Presque aussitôt, et à son grand soulagement, il tomba sur son père, qui était probablement resté dans les parages pour l’entendre hurler à l’aide, si besoin.

— Alors, qu’est-ce qu’elles ont dit ? demanda Tsisco. Il va se passer quoi, maintenant ?

— Troisième option, murmura Sehar.

— Pardon ?

Le jeune homme l’entraîna à l’écart, à une extrémité moins empruntée de la rampe. Il vérifia nerveusement que personne ne les écoutait, et souffla encore plus bas : 

— Je dois choisir entre faire semblant d’être une fille pour être une Gardienne, ou subir un sortilège qui me prendra le pouvoir de force. Et c’est méga dangereux. Donc, troisième option.

Tsisco cligna des yeux, hébété - puis se redressa avec un air décontracté, et soutint les épaules de son fils avec un bras pour leur faire reprendre la route.

— Je me demande de qui tu tiens cette attitude rebelle… C’est pas bon du tout, tout ça ! Il faudrait que je touche un mot avec cette fascinante personne au sujet de ton éducation.

— Probablement d’un délinquant notoire. Tu m’aides, hein, papa ? 

Tsisco le regarda avec affection, et lui caressa les cheveux.

— Dis-moi ce que je peux faire pour toi, et ce sera fait, petit lézard.

 

***

 

La nuit ne diminuait en rien les activités de la tour - mais elle créait des coins d’ombres bienvenus pour un hybride qui cherchait à descendre sans se faire remarquer.
Il avait réussi à rassembler tout ce dont il avait besoin - ces pantalons préférés, cousus sur mesure ; quelques bandeaux pour attacher ses cheveux dans la tempête ; de quoi grignoter sur la route pour quelques jours, s’ils ne réussissaient à rien déterrer. Tout ce qu’il avait à faire, c’était se rendre au bas de la tour, où son père l’attendait.

Il posa pied à terre, et attendit qu’une des nombreuses portes ne claquent pour récupérer le mécanisme de son harnais. Il aurait pu le briser, comme il l’avait fait la veille - mais il n’était pas prêt à tenter de le faire intentionnellement. Et puis, qui sait, peut-être qu’il aurait encore besoin de ses cordages, là où il allait…

Il se cacha quelques instants derrière une colonne, et dès que la voie fut libre, il courut jusqu’au port.

Personne ne partait la nuit. Le désert était trop calme pour se servir des voiles et des remous du sable, et pour avancer, il fallait donc pousser plus fort, sur les turbines ou pire, sur les rames, lorsque les premières étaient coincées. Et puisque les bateaux étaient utilisées par des kèvriens trop vieux, trop malades, ou pourvus de deux inutiles jambes au lieu d’une queue capables de les porter sans efforts sur le sable, les départs se faisaient toujours le matin, lorsque les vents étaient levés. 

Sehar ne fut donc pas surpris de trouver le port totalement vide, alors que le reste de la tour grouillait encore de vie. Il se glissa discrètement à l’intérieur, et cligna en bas la double paupière qui lui permettait de mieux voir dans le noir.

— Papa… ? murmura-t-il dans le silence.

— Par ici !

Il s’approcha encore, et aperçut la silhouette de son père, près des quais de départ. Mais il n’était pas seul.

Le sang de Sehar se glaça dans ses veines, et il hésita à faire un pas de plus - jusqu’à ce qu’il ne reconnaisse, avec soulagement, la mine blasée mais familière de Ressa.

— Salut, gamin.

— Elle m’a prit en flagrant délit, admit Tsisco. Même si je suis parfaitement innocent.

— Tu volais déjà des merdes dans mon atelier à trois ans et t’es toujours aussi pas discret, Coco. Tu sais que tu peux juste me demander, hein ?

— Mais où est le fun, sinon ? 

Elle le fixa sans un mot, puis secoua la tête, avant de pincer affectueusement une des étranges oreilles pointues de Sehar avec ses doigts aux écailles usées par l’âge et le travail.

— T’es sûr de pas vouloir prendre la fuite tout seul ? Tu t’en sortirais mieux sans un boulet pareil.  

— Hey ! s’indigna Tsisco.

— Moins fort, réprimanda Ressa. Perdez pas de temps, les mômes. Je donne pas cher de vos écailles si les Gardiennes vous rattrapent.

Sehar serra les lèvre et acquiesça. Ils devaient être le plus loin possible, quand elles se rendraient compte de sa disparition. S’ils pouvaient même avoir quitté le désert, ce serait l’idéal, mais il savait que ce serait impossible. Leur objectif, pour le moment, sera de trouver une bonne cachette dans les montagnes sableuses avant la nuit, et d’aviser de la suite à ce moment-là.

— On va prendre celui-là, expliqua Tsisco.

Il lui montra une petite barque en pointe, surmontée d’une coque para-sable pour se protéger des tempêtes - ou les transpercer, si besoin. L’intérieur était tout juste assez large pour deux personnes, mais comme son père pouvait glisser sur le sable, ils n’auraient normalement pas à y rester serrés longtemps, fort heureusement.

— Tu as tout ?

Sehar acquiesça, et enfonça son sac dans un des rangements de la coque. A eux trois, ils soulevèrent le bateau pour l’amener sans un bruit vers la sortie, et le posèrent au rebord d’un des quais de départ. Tsisco jeta un regard amusé vers son fils, qui plissa les narines suspicieusement. 

— Tu sais, je me suis déjà imaginé cette scène, avoua son père. Toi et moi au bord du désert, en train de faire un truc illégal au milieu de la nuit… Mais dans ma tête, c’était plutôt pour t’aider à chopper un rencard.

— En quoi voler un bateau peut faire ça ? lui demanda Sehar, plus blasé que vraiment intéressé par la réponse. 

Peut-être qu’il ne devrait pas l’encourager dans ses bizarreries, cela dit. Pour confirmer que la réponse ne valait pas le coup d’être entendue, Tsisco lui adressa un clin d’oeil amusé.

— Oh, tu serais surpris, mon petit lézard.

— N’écoutes pas ton père, gamin. Il a du sable à la place du cerveau, siffla Ressa.

— Gnagnagna. » rouspèta Tsisco sur le même ton qu’elle, note pour note.

Sehar enjamba le rebord du bateau, et vérifia les rames, comme il l’avait déjà fait des dizaines de fois, pendant que Ressa tapota la coque pour l’examiner une dernière fois. Lorsqu’il releva les yeux, il croisa le regard de son père - nerveux, comme lui, mais aussi étrangement triste.

— Papa ?

Il tourna ses yeux bleus vers lui avec un sourire, et s’appuya sur le rebord du bateau pour lui ébouriffer les cheveux.

— Je suis prêt, petit orvet. 

Un clang résonna derrière eux, et presque aussitôt, le port fut inondé de lumière. 

— Aucun départ n’a été autorisé. Que faites vous ici ? 

Sehar se glaça de terreur. 

Non seulement ils avaient été repérés, mais par une Gardienne. 

Une seule, et jeune… mais il s’en faudrait de peu avant que le reste ne la rejoigne.

— Toi ! » Elle pointa son arme vers lui. « Tu ne peux pas quitter la tour sans l’autorisation de la doyenne !

— Oh non, gémit Tsisco. Vite, une distraction…

Ressa bouscula Sehar, toujours figé de peur dans le bateau, et attrapa un des pétards de détresse stockés dans les rangements. En un tour de main, elle l’activa, et le lança vers la Gardienne.

— Filez, les sales mômes ! ordonna-t-elle.

Tsisco poussa le bateau par derrière, et ils sortirent à toute vitesse, mus par la force brute de son père. En quelques impulsions, ils étaient déjà à une centaine de mètres de la tour - mais loin d’être hors de danger.

Plusieurs Gardiennes entraient dans le désert à leur suite, et il n’y avait aucun doute sur le fait qu’elles seraient plus rapides que Tsisco, sans rien à pousser devant elles. 

— Hey, tu te souviens de ce que je t’ai dis, sur quoi faire si on est séparé ?

Continuer jusqu’à être caché. Attendre, mais pas plus d’une journée. Ne surtout pas revenir, s’il ne lui avait pas envoyé de messages pour lui dire que c’était bon. Rester en sécurité d’abord, parce que Tsisco ne craignait rien dans la Tour, mais lui oui.

Sehar acquiesça faiblement, les yeux écarquillés de peur. 

— Alors attrape cette turbine et prépare-toi à tourner. Je t’aime, petit lézard. On se retrouve bientôt, promis !

Tsisco donna un dernier coup à l’arrière du bateau, puis le lâcha pour faire face à la horde de Gardiennes en approche. Sehar resta immobile quelques trop longues secondes, pendant lesquelles le bateau perdit de la vitesse - mais lorsqu’il vit son père puiser dans sa magie pour invoquer une tempête de sable qui couvrirait sa fuite, il se réveilla assez pour se tourner vers la turbine.

Tsisco était débrouillard, et il avait promis. Sehar avait juste à rejoindre les montagnes sableuses, trouver une bonne cachette, et son père l’y retrouverait. Il l’avait promis, après tout - il devait le retrouver. Il devait le faire.

Sehar tourna la turbine, et disparut dans le désert, loin de la tempête de sable de son père, et des dangereuses Gardiennes.

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Le Saltimbanque
Posté le 25/04/2021
Je maintiens et réitère ma précédente déclaration : le papa est décidément le GOAT. Il accède ainsi à la place tant convoité mais rarement atteinte de mon reptile préféré toute histoire confondue.

Sinon, wouaw ! Tout s'est mit en place très rapidement. Je n'ai pas vu le temps passé. Le suspens est bien présent, l'action est assez bien écrite pour que je puisse m'y situer, et encore une fois la mise en scène est top.

Je ne peux que reprocher certains aspects : le rythme me parait un poil trop rapide lorsque les Gardiennes se rassemblent et rattrapent Sehar au milieu du désert (on dirait vraiment qu'elles se téléportent à ce niveau), et j'eus aimé voir un peu plus de poids émotionnel au départ de Sehar. Il n'hésite vraiment pas quant au fait de quitter son habitat comme ça, pour ne pas y revenir avant un certain temps. N'était-il tout de même pas attaché au lieu ? À certaines personnes ? Je sais que c'est un lézard, mais quel sang-froid incroyable...

Aussi, autre défaut assez particulier : tes notes au début des chapitres. Je ne comprends pas pourquoi tu prends le lecteur dans la main comme ça (alors que tu ne fais pas ça avec le Chant de Musaraigne). Je pouvais comprendre quand le chapitre adressait des sujets "chauds" (validisme, dysphorie) mais là pourquoi ?

Voili Voilou
AnatoleJ
Posté le 25/04/2021
Tsisco est très fier de sa place de lézard préférée, et si tu ne lui offres pas de trophée, il s’en fera un tout seul en féraille volée, pas de soucis x)

C’est noté pour la rapidité des Gardiennes sur la fin, elles sont rapides mais pas à ce point, donc je vais essayer d’arranger ça !
Au sujet du sang-froid de Sehar... j’y reviens dans les prochains chapitres (et tout du long de l’histoire). Donc ça me rassure que tu t’interroges dessus, finalement ^^

Pour les notes de début de chapitre, je n’ai pas trop d’explication x) C’est peut-être juste parce que j’en suis au stade où je me raconte l’histoire autant que je la raconte aux lecteurs (et le rythme de publication est pas le même), du coup oui, j’ai la tentation d’utiliser cet espace même si ça peut être maladroit ? Bref, je ne sais pas haha

Merci beaucoup pour tes commentaires, c’est très motivant ! A bientôt :)
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