Chapitre 3 – Petiote a les chocottes

Par Samy

— De quoi parlez-vous ?

— T’es morte c’est tout. Bon, arrête tes chichis maintenant et bois ton truc.

— JE NE SUIS PAS MORTE ET JE NE BOIRAIS RIEN DU TOUT !

— Mais si c’est bon, miam miam.

— UNE CAISSE ET VITE !

Mais elle ne m’écoutait pas, trop occupée à récupérer la balle qui sortait de son front. Celui-ci se cicatrisa aussitôt dans un bruit de succion. Berk.

— Tu m’regardes de travers ? demanda-t-elle en plissant des yeux.

— Heu… Non !

— Bon, p’tête qu’il te faut des explications et tout ça, mais c’est juste que d’habitude c’est pas moi qui gère ceux qui crèvent. Mon rôle c’est de les faire patienter avant qu’ils aillent de l’autre côté.

— Pardon ?

— Ben ouais, on est des Passeurs c’est tout, ajouta un individu à la barbe mal taillée. Ton flingue on s’en fiche, ça nous fera rien.

Soupirant bruyamment, mon hôtesse morte-vivante contourna le comptoir et me présenta un tabouret miteux avant de prendre place à côté.

— Bon, comme celui qui est chargé de toi est en retard, j’vais te causer en attendant. Comment que tu t’appelles ?

— …

— Moi c’est Serveuse. Lui là-bas, c’est Ivrogne. Elle, c’est Moche vu qu’elle est vilaine.

— Hé ho ! interjeta Moche.

— Lui, c’est Morve parce qu’il bouffe…

— Ça suffit ! criai-je, ne vous foutez pas de moi ! Qu’avez-vous fait ?

— Rien, t’as fait ça toute seule. Ou p’tête pas. Bref, ici c’est un des points de passage entre le paradis et l’enfer. Normalement t’as un Faucheur qui attend à côté de ton cadavre, mais là il doit en retard à cause des autres blessés graves qui vont bientôt claquer. Comme toi c’est moins important, vu que t’es déjà décédée, tu peux bien patienter un peu.

J’étais toujours debout, mon pistolet faisant des allers-retours entre elle et ses acolytes.

— N’importe quoi, murmurai-je.

Toutes ces bêtises avaient dû faire leur chemin dans mon esprit car une peur sourde me tenaillait maintenant.

— Écoute : tu m’as tiré dessus pourtant je suis pas morte, j’ai même pas de sang et t’es bloquée ici pas’que tes pattes n’avancent plus.

— Mais…

Impossible, impossible, impossible !

— Assis ! ordonna-t-elle en désignant un tabouret à sa droite.

Voyant que je ne bougeais pas, elle attrapa mon bras et me fit asseoir de force.

— T’es choquée c’est normal.

— Je ne suis pas choquée ! Ce n’est pas vrai, et puis je…

— J’M’EN FOUS ALORS TA GUEULE ! Maintenant concentre-toi : petiote, quand t’as pris la route à un moment donné il s’est passé un truc. C’est quoi ?

— Mais puisque je vous dis que…

— C’EST QUOI ? hurla-t-elle.

Soudain, ma migraine revint plus sournoise que jamais avec son étau de fer m’enserrant la tête. Je n’en avais jamais eu auparavant et cette douleur était tellement insupportable que je me tenais le crâne à deux mains comme pour tenter de la chasser.

Tous me regardaient tel le spectacle le plus intéressant qu’ils n’aient jamais vu depuis des siècles et le commentaient comme s’ils assistaient à un match de sport en direct.

— Ca y est, ça y est, ça lui revient !

— Nan, elle y arrive pas !

— Vas-y ! Vas-y ! Tu peux le faiiiiiiiire !

— Silence ! beugla mon coach, laissez-la se concentrer !

Je voulais répondre, mais je ne pouvais pas. Je voulais les tuer, mais je n’y arrivais pas. La douleur était telle que je me retrouvais à genoux sans même m’en rendre compte.

Brusquement, je me revis sur l’autoroute dégagée en ce début de soirée : souriante et chantonnant un vieux tube de Claude François que mes parents affectionnaient tant.

Quand apparut enfin, le panneau pour Monaco indiquant un changement de voie imminent. Regardant dans le rétroviseur, puis par-dessus mon épaule pour vérifier qu’il n’y avait personne dans l’angle mort, je mis le clignotant droit pour m’engager.

Et à partir de ce moment-là je perdis le contrôle de ma voiture.

Elle glissa sur la chaussée, tournoya autour d’elle-même malgré mes innombrables coups de frein et ma volonté à redresser le volant.

Puis la voiture percuta de plein fouet la clôture de sécurité délimitant les voies inverses, passa par-dessus, fit d’innombrables tonneaux avant de s’immobiliser pour de bon sur le toit, les roues tournant dans le vide.

Le choc de la situation ne me donnait pas le temps d’analyser mon état, et l’urgence était d’évacuer le véhicule aussi rapidement que possible. Par chance, la portière avant gauche avait été complètement arrachée dans l’action.

Après avoir lutté un court instant avec la boucle de la ceinture de sécurité, je pus enfin la détacher et me mis à me ramper pour sortir de cette prison de métal tordu.

Une fois tout mon corps extirpé, je me redressais prête à décamper aussi vite que me le permettaient mes jambes chancelantes. Sans un regard en arrière je m’élançais, soulagée et heureuse, vers la voie de secours.

J’étais presque arrivée dans la zone de sécurité lorsque jaillit un véhicule qui me percuta violemment de plein fouet.

Et, tandis que j’effectuais un vol plané dans les airs, j’eus une certitude.

Merde.

J’allais mourir.

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Fanhy.Leos
Posté le 31/07/2020
On en apprends beaucoup plus sur l'accident dans ce chapitre et je suis désolée pour elle. Ça a dû être tellement horrible, les tonneaux et se faire percuter ensuite par une autre voiture.. Qu'elle horreur !
En tout cas, on ressent bien qu'elle est perdue au début. Elle ne comprends rien et ne croit pas une seule seconde ce que les autres lui raconte. Ça reste tout à fait crédible (:
Samy
Posté le 05/08/2020
C'est super que ce soit crédible car j'ai eu un peu de mal à écrire ce passage.
Ouf ! ^.^
Sephirotha
Posté le 06/02/2020
Coucou Sami ! J'avais pas vu hier qu'il y avait aussi le chapitre 3 ! Yeaaahh :)

De mon coté j'ai juste relevé le "pardessus" : c'est 2 mots non ?

J'adore vraiment les passages ou tous les clients du "bar" prennent la parole en même temps de donnent leur avis. Ça rebondit, c'est vivant (mauvais jeu de mot), c'est marrant. Et puis on sent bien que ce sont des commères qui n'ont que ça à faire de leur journée.

Je rejoins Gaëlle, la serveuse est excellente, sa façon de parler surtout.
Juste une petite remarque sur l'histoire : j'ai pas compris pour la Faucheuse devait s'occuper des blesser grave ? Elle ne s'occupe que des morts "normalement", non ?

Hâte d'avoir la suite. En espérant que la Faucheuse n'arrivera pas trop vite, tant on se sent bien dans cette station service (on = le lecteur, pas l’héroïne évidemment)
Samy
Posté le 10/02/2020
Hello Sephirotha ! Merci pour ton œil de lynx. :-)
J'ai retravaillé la partie "Faucheuse" : en fait, elle attends que tout le monde décède pour les emmener dans l'au-delà.
GaelleLuciole
Posté le 30/01/2020
On commence par les petites erreurs :
« je pu enfin la détacher » - je pus
« Criais-je » - criai-je (passé simple)
« Je m’en fou » - fous (du verbe foutre « j’en n’ai rien à foutre »)
« comme pour tenter de la faire chasser. » je ne sais pas mais pour moi ce serait « la faire passer » ou « la chasser »
« je me redressais prête à » - redressai (passé simple. Pour vérifier que c’est le bon temps, remplace « je » par « il » et tu vois ce qui te vient naturellement (imparfait ou passé simple)
Après, j’ai l’impression qu’il manque des virgules, mais c’est de la syntaxe. Là, je ne m’y risque pas. Entre le style, les règles, et les intentions... à toi de voir.

Bon, l’intrigue:
Chaque chapitre comporte une information essentielle, ça c’est super pour la fluidité et la compréhension (pour ma part c’est difficile à faire alors j’apprécie quand je peux lire cette qualité chez les autres)
J’ai bien ri sur l’épisode des présentations. Au passage, j’adore ta serveuse. Ce serait tellement hilarant de l’avoir pour guide dans tout le récit. La blasée malpolie et la touriste affolée.

Sinon, ça sent le contrat avec cette voiture hors de contrôle et l’autre qui finit le job!
Samy
Posté le 31/01/2020
Merci ! J'ai bien pris en compte tes corrections.
J'ai effectivement du mal avec le passé simple, super cette astuce !
Et merci aussi pour ton message. :-)
GaelleLuciole
Posté le 31/01/2020
On a tous nos points faibles. Mais t’affoles pas avec l’orthographe (vois ça comme un coup de pouce pas une vraie critique, en tout cas de ma part) parce que ton intrigue est finalement le plus important et elle est franchement bien partie je trouve ;-)
Samy
Posté le 10/02/2020
Merci pour ton coup de pouce et pour te encouragements ! ^^
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