Chapitre 3 : Le Dîner [2/4]

Notes de l’auteur : Pour des raisons pratiques et permettre une lecture plus agréable ce chapitre se découpera en plusieurs parties.

Emily émergea enfin de l’armoire ensorcelée, une robe à la main. La fée secoua la tête pour se débarrasser de paillettes d’or et d’argent avant d’éternuer avec force.

– Je vois que tu as croisé le costume que ma mère m’avait fait faire pour le Festival d’Aurora de mes sept ans, remarqua la sorcière avec un sourire en coin en se levant.

Emily toussa des paillettes et éternua de nouveau avant de tourner des yeux larmoyant vers son amie.

– Depuis quand de simples costumes peuvent avoir si mauvais caractère ?

– C’est un peu ma faute, avoua-t-elle en écartant quelques résidus de paillettes doré de la frange de la fée. J’étais vexé parce que ma mère avait refusé de me laisser jouer avec les jeunes du cirque. J’ai dû lui insuffler un peu de mon ressentiment. Désolée.

– Ce n’est rien, assura la fée en éternuant de nouveau.

Elle plongea la main dans l’une des poches de son tablier et en sortit un mouchoir dans lequel elle se moucha bruyamment. Amelia attendit qu’elle eût finit. La fée renifla et rangea le mouchoir en maudissant le costume d’enfant qu’on voyait encore s’agiter dans les tréfonds de l’armoire.

– Celui-là, il ne va pas faire long-feu, siffla Emily en claquant la porte de l’armoire d’un coup sec, reniflant de nouveau. Au prochain ménage j’en fait un chiffon à récurer les pots de chambre !

Amélia se retint de rire alors que l’adolescente se tournait vers elle. Elle avait encore des paillettes plein le visage et dans les cheveux. Elle n’en fit pourtant pas cas et tendit la robe qu’elle avait trouvé dans l’armoire à la sorcière avec un grand sourire.

– Que penses-tu de celle-ci ?

Amélia étudia un moment le vêtement que la fée lui tendait. Elle l’avait complètement oubliée ! Caché derrières des dizaines de tenues trop voyante et volumineuses imposées par sa mère, la simplicité de cette robe était passé complètement inaperçue dans les recoins sombres de l’armoire magique.

Le tissu, d’une couleur violette plutôt sombre, était doux et confortable, ni trop fin, ni trop épais. La coupe semblait plutôt simple, pas de froufrous à gogo, juste ce qu’il fallait de volume au jupon, de la dentelle où il fallait, quelques broderies discrètes au fil d’argent sur le bustier et sur un corset souple. Elle était longue et traînait un peu par terre, ses manches mi-longues arrivaient à hauteur des coudes.

Il s’agissait là de l’une des premières robes que London Wilkins, le tailleur vampire et grand ami de ses parents, lui avait fabriqué sur mesure quelques années plus tôt. En y repensant, elle avait toujours aimé cette robe bien que tout le monde – et surtout sa mère – la trouvait trop simple et démodée. Personne ne semblait comprendre que c’était précisément parce qu’elle était simple que la jeune fille l’aimait tant. Elle en avait assez des fanfreluches qu’on l’obligeait tout le temps à porter lors des soirées mondaines particulièrement ennuyeuses.

Aujourd’hui – et grâce à Emily – Amélia allait enfin pouvoir porter quelque chose de confortable pour ce dîner, même si elle était quasi sûre que ça ne se passerait pas comme sa mère l’espérait.

Oui, il n’y avait plus aucun doute, cette robe était parfaite.

Amélia se fendit d’un large sourire en caressant du bout des doigts l’étoffe du vêtement.

– Tu trouves toujours la robe qu’il faut, lui confia la sorcière. C’est impressionnant. Moi j’en suis bien incapable. Si on m’en laissait le choix, je ne porterais que des pantalons d’hommes toute la journée, ça m’a l’air bien plus confortable que n’importe quel corset ou jupon.

– Ne dis pas de bêtises, tu sembles oublier que j’ai arrangé la plupart de tes robes pour que ça soit plus confortable pour toi. Et en doute discrétion en plus ! Je ne crois pas que Mme Azura ait vu quoi que ce soit.

– Et je ne t’en remercierai jamais assez ! assura l’adolescente.

– Bien, dans ce cas : au travail ! Nous devons encore te préparer pour le dîner, que tu le veuille ou non !

Amélia râla un moment pour la forme alors qu’Emily l’aidait déjà à enlever sa robe de ville pour enfiler celle du soir. Contrairement à toute les autres que sa mère avait pu la forcer à enfiler, celle-ci était de loin la plus simple à mettre et à porter. Le vêtement recouvrait le corps d’Amélia comme une seconde peau dans laquelle la jeune fille se sentait beaucoup plus à son aise que dans les autres. Plus libres de mouvement, Amélia s’autorisa même quelques petits pas de danses avec Emily avant de s’asseoir devant sa coiffeuse.

La fée détacha les cheveux d’Amélia, tombant en une cascade de boucles brunes dans le dos de la sorcière et entreprit de les brosser. L’adolescente ne pouvait s’empêcher de fixer son reflet d’un air perplexe. Elle avait hérité des cheveux bruns et indiscipliné de son père, de la peau claire de sa mère, mais c’était tout. Amélia n’avait ni les traits de sa mère, ni ceux de son père. Ses yeux étaient d’une étrange couleur noisette, presque ambré, rien à voir avec les yeux marrons de son père ou turquoises de sa mère. Ses pommettes n’étaient pas saillantes comme sa tante Nausicaa mais son visage n’était pas non plus aussi rond que celui de Luvenia. Son menton plutôt pointu, ses joues étaient encore un peu rondes de l’enfance lui donnant un air plus jeune qu’Emily avait déjà perdu. Elle ressemblait à peine à son père et pas du tout à sa mère. En fait, plus elle y regardait et moins elle se trouvait de ressemblance avec la branche familiale maternelle. Même Azriel avec ses joues creusées et ses yeux pâlissant de mois en mois ressemblait plus à leur mère qu’elle, la maladie en plus.

Quel étrange reflet elle avait là. Parfois, elle en venait même à se demander si elle était vraiment l’enfant de ses parents. Mais ses yeux d’or lui démontraient à chaque fois le contraire. Elle était indubitablement et irrémédiablement une Moonfall.

– Tes cheveux sont toujours aussi beaux, sourit Emily songeuse dans le dos d’Amélia. C’est toujours un plaisir de les coiffer.

– Ne joue pas les flatteuses avec moi, ricana la sorcière en fixant son regard noisette sur le reflet de la fée. Les tiens son bien plus beau et beaucoup plus simple à coiffer.

– Je ne joue pas les flatteuses, s’offusqua la jeune fille, je…

– En fait, coupa Amélia perdu dans ses pensées, je crois que les sorcières ont toujours été un peu jalouses des fées. Vous êtes toujours belles en toute circonstance, on dirait presque que votre apparence ne se flétrie jamais comme les autres. C’est l’un des aspects que les sorcières, les humaines et à peu près toutes les autres créatures d’Osha vous envient.

– Je ne vois pas ce qu’il y a à envier, avoua Emily. Les elfes aussi sont…

– Les elfes c’est différent, la coupa de nouveau Amélia. Vous partagez beaucoup de points communs quand on y regarde bien : comme votre apparence, votre lien avec la nature ou votre travail de la matière pour la création de vêtement ou de bijou, sans compter votre gentillesse naturelle et votre instinct pour faire le bien autour de vous envers et contre tout. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils éprouvent plus difficilement de l’animosité à votre égard que les autres créatures d’Osha. Vous êtes pures, et ça vous rend naturellement lumineux et attirants.

– On attire surtout les ennuies… marmonna Emily du bout des lèvres.

Amélia se mordit la joue. Elle n’aurait peut-être as dû se lancer sur un sujet aussi épineux.

Il y eut un silence gêné de quelques minutes, puis Emily releva les yeux pour les planter dans le reflet de son amie.

– Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le moment d’en parler. Nous devons nous dépêcher de finir de te préparer, sinon ta mère va encore crier.

– Quand est-ce que ma mère ne crie pas ?

Après un nouveau silence à se fixer dans la glace, les deux jeunes filles éclatèrent de rire.

L’esprit plus léger, Emily entreprit de relever les cheveux bruns de son amie en un chignon élaboré comme l’avait demandé la mère de celle-ci. Cependant, elle laissa retomber quelques mèches éparses, encadrant le visage d’Amélia de boucles brunes brillantes.

– Et voilà ! Tu es magnifique.

La sorcière se regarda longuement dans le miroir. Elle se reconnaissait à peine. Elle qui avait toujours l’air d’avoir affronté une tempête, c’était presque étrange de se voir coiffé correctement.

– Merci Emily, sourit la jeune fille en se tournant vers la fée.

Les deux amies passèrent encore quelques instants à regarder le résultat de leurs efforts conjugués – non sans essayer au passage de retirer les paillettes d’or qui recouvraient encore les cheveux et les épaules d’Emily – quand elles entendirent toquer à la porte. M. George passa la tête dans l’entrebâillement et sourit en voyant les filles.

– Les invités sont arrivés et madame vous demande dans le hall pour les accueillir, les informa le majordome. Le jeune maître vous attend déjà dans le grand salon.

– J’arrive.

Puis il s’en alla.

Amélia se tourna vers son amie, retenant sa respiration. Emily lui sourit, posant ses mains sur les épaules de la sorcière.

– Respire.

Amélia inspira, puis expira. Ce dîner la rendait malade, elle sentait son estomac se tordre à l’idée d’accueillir à nouveau chez elle ce vaurien d’Aven Lerouge.

– Ça va aller, lui assura la fée le regard brillant. Azriel sera là et si tu as besoin de moi je serai en cuisine, d’accord ?

Amélia hocha de la tête. Sa gorge s’était soudain nouée. Comment Emily pouvait-elle être aussi calme ?

Ah oui, c’est vrai, elle reste en coulisse, songea la sorcière.

Elle soupira bruyamment. Elle entendait déjà les pas de sa mère qui dévalaient les escaliers jusqu’au hall d’entrée.

– Bon… et bien, j’y vais.

– Bonne chance ! lui glissa Emily en la regardant ouvrir la porte.

– Merci. Je risque d’en avoir besoin.

Amélia se tourna une dernière fois vers son amie avant de s’éloigner dans le couloir. Tous les portraits de familles lui lancèrent des mots d’encouragement sur son passage. Elle les entendait à peine. Une fois en haut de l’escalier de marbre, elle hésita. Peut-être était-il encore temps de retourner dans sa chambre ou se cacher dans la bibliothèque ou le bureau de son père ?

Amélia allait faire demi-tour quand elle sentit sur elle le regard foudroyant de sa mère au bas des escaliers. Trop tard. Elle soupira et les descendit à contrecœur, sa mère disparaissant déjà dans le hall pour fondre sur la porte d’entrée.

Respire, s’ordonna la sorcière, n’oublie pas de respirer. Ce n’est rien qu’un dîner après tout, qu’est-ce qui peut bien mal tourner ?

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Sienna Pratt
Posté le 26/08/2020
J'aime beaucoup cette armoire magique et les tenues qui ont des "ressentiments", c'est hyper bien trouvé.
Décidément ce duo me plaît bien, je me demande ce qui va se passer au cours e ce dîner!
Lunatique16
Posté le 26/08/2020
Merci x) pour ce qui est du dîner je te laisse le découvrir par toi-même !
À bientôt !
Elora
Posté le 27/07/2020
Bonjour,
Je me demande ce que Aven Lerouge a fait pour qu'Amélia le déteste autant.
Avec tout les détails du quotidien des Moonfall, je viens de remarquer que l'époque ressemble au siècle de Marie-Antoinette ou de Louis XIV avec toute les robes et fanfreluches.
Ils changent eux aussi de robes pour les événements, ils ont des domestiques...
Je me demande comment va se dérouler le dîner, Est-ce que ce sera catastrophique ou, au contraire, une réussite ?
Je suis partie pour le savoir dans le prochain chapitre !
Lunatique16
Posté le 27/07/2020
Bonjour et merci pour ton commentaire !
C'est vrai que la relation d'Aven est Amélia est un peu complexe, disons que leurs familles ne s'apprécient pas et que leurs héritiers perpétuent la tradition dans un sens.
Pour ce qui est de l'époque j'avais plus pensé à l'époque victorienne, mais c'est vrai que les robes d'Azura sont inspiré un peu inspiré de celles de Marie-Antoinette (peut-être avec des jupons un peu moins volumineux)

En tout cas, ravie de t'accueillir dans cette histoire et bonne lecture ! :)
Pluma Atramenta
Posté le 04/07/2020
Coucou :)
Ta plume est vraiment très fluide, donc superbement agréable à lire. Je trouve également que tu gères particulièrement le dosage de descriptions. Rien à dire là-dessus. J'aime vraiment ta manière à nous faire connaître ce monde progressivement, cela ramifie son côté intriguant.

Je me suis permise de ramasser une petite coquillette au passage :
- Elle n’en fit pourtant pas cas et tendis la robe (tendis = tendit)

Voilà-voilà ! Hâte de lire la suite !
Puisse le vent te souffler de merveilleuses idées !
Pluma.
Lunatique16
Posté le 04/07/2020
Salut ! Et merci pour ton commentaire ^^
Je vais de ce pas aller corriger cette coquille x) je suis contente de voir que j'ai bien travaillé, hâte de découvrir ton avis sur la suite :)

A bientôt !
Zoju
Posté le 19/05/2020
Salut ! J'ai bien aimé lire ces deux chapitres. J'aime beaucoup la complicité entre Amélia et Emily. On en apprend également plus sur la condition des fées et les autres peuples qui se trouvent dans ton univers. Personnellement, un moment Amélia évoque le terme de "Race". J'ai toujours eu du mal avec ce mot. Pour le reste, j'apprécie beaucoup les descriptions des vêtements qui se trouvent dans ton histoire. Je te fais toujours la même remarque donc ne le prend surtout pas mal, mais les répétitions ;-) J'ai aussi eu un peu de mal avec cette phrase "La fée détacha les cheveux d’Amélia, tombant en une cascade de boucles brunes dans le dos de la sorcière et entreprit de les brosser." Je pense qu'il manque un mot. En tout cas, je suis curieuse de savoir comment va passer ce dîner et de connaitre la famille Lerouge qui semble assez compliqué. Hâte de lire la suite ! Courage :-)
Lunatique16
Posté le 19/05/2020
Salut ! Merci pour ton commentaire ^^ et ne t'inquiète pas, je ne le prend pas mal du tout, j'ai même tendance à ne plus voir les répétitions à force donc je ne me rend pas forcément compte.
Ensuite j'aimerai bien que tu m'en dise un peu plus sur ce qui te dérange dans le mot "race", peut-être que je pourrais faire quelque chose pour que ce soit un peu moins perturbant. Après c'est vrai qu'il faudrait que je revois sérieusement cette phrase ^^'
En tout cas merci ! :-)
Zoju
Posté le 19/05/2020
En fait pour le mot race, cela me fait plus penser aux animaux. Même si ce ne sont pas à proprement parlé des humains (fée, sorcier, elfe,...), je n’aime pas utiliser le terme de race pour les désigner. C’est pourquoi, j’ai utilisé le mot peuple. J’ai toujours trouvé le mot race très violent. C’est sans doute lié avec ce qui s’est passé dans le passé avec les différentes théories du genre qui catégorisaient les êtres humains. C’est très personnel comme explication, mais c’est pourquoi le mot « race » me dérange quelque peu. Après c’est peut-être parce que je fais des études en histoire que cela me saute aux yeux. Mais sinon, j’aime beaucoup ton histoire et je prends plaisir à la lire. ;-)
Zoju
Posté le 19/05/2020
En fait pour le mot race, cela me fait plus penser aux animaux. Même si ce ne sont pas à proprement parlé des humains (fée, sorcier, elfe,...), je n’aime pas utiliser le terme de race pour les désigner. C’est pourquoi, j’ai utilisé le mot peuple. J’ai toujours trouvé le mot race très violent. C’est sans doute lié avec ce qui s’est passé dans le passé avec les différentes théories du genre qui catégorisaient les êtres humains. C’est très personnel comme explication, mais c’est pourquoi le mot « race » me dérange quelque peu. Après c’est peut-être parce que je fais des études en histoire que cela me saute aux yeux. Mais sinon, j’aime beaucoup ton histoire et je prends plaisir à la lire. ;-)
Lunatique16
Posté le 20/05/2020
C'est vrai que race peut paraître un peu violant, même si on ne fait pas d'étude en histoire x), peuple me plait bien, il faudra que je vois comment arranger ça, merci ^^
Zoju
Posté le 20/05/2020
Hâte de lire la suite !
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