Chapitre 3 : La maison

Par Mary

III

LA MAISON

 

 

 

 

 

— Corsaire ? répéta Alban, éberlué.

— Puisque je te le dis ! Crois-moi mon garçon, aussi vrai que je m’appelle Roger. La dernière fois qu’on l’a vu, c’était il y a bien dix ans et il embarquait à bord du Lotus noir.

— Le quoi ?

Le Lotus Noir. C’est un des principaux navires de la flotte de la Grande Compagnie, et des plus mystérieux soit dit en passant.  

Alban laissa tomber son couteau, totalement abasourdi. Les navires corsaires appartenaient à des hommes fortunés ou à des compagnies de commerce. Si la Marine s’occupait de détruire les nations ennemies d’un point de vue militaire, les corsaires, eux, visaient les marchands. En temps de guerre, ils sapaient l’économie adverse, attaquant les bateaux, pillant les cargaisons, allant jusqu’à faire des prisonniers pour ensuite demander une rançon exorbitante à l’Espagne —ou à l’Angleterre, cela dépendait des moments. Leur statut et leurs droits étaient garantis par le Roi, au travers de ce qu’ils appelaient « la lettre de course ». Rien à voir avec des pirates, donc ; ceux-ci choisissaient leurs cibles au hasard pour leur propre profit, et n’épargnaient ni les hommes ni les biens. Leur réputation était pourtant tout aussi mauvaise.

Cependant, ce n’était pas cela qui dérangeait le plus Alban. Quand il comprit tout ce qu’impliquait la réponse de Roger, sa gorge se serra, et un frisson lui remonta désagréablement le long de l’échine. On n’avait pas vu son oncle depuis dix ans, alors qu’il s’embarquait à bord d’un navire. Était-il seulement encore en vie ? Il pouvait avoir changé de bateau ! Il pouvait être aux quatre coins du monde !

— Fais pas cette tête-là, va ! lui dit Roger plus calmement. C’est pas ce que t’avais imaginé, la belle affaire ! Pour quelle raison voulais-tu le voir ? Tu espérais du travail ?

— Pas tout à fait, non. J’espérais qu’il saurait des choses sur l’homme que je cherche.

« Et sur mes parents », pensa Alban.

Roger l’ignorait, mais l’incendie de son enfance n’avait rien d’ordinaire.

Alban tritura sa manche gauche. Reste calme, fait les choses dans l’ordre. Il s’éclaircit la gorge.

— En attendant, je ne peux pas rester ici. Vous sauriez où je peux trouver du travail?

L’aubergiste soupira.

— T’as l’air fatigué, petit. Repose-toi. Demain, tu iras voir mon fils Milo, il travaille au port. T’es plutôt bien fichu, si tu mets un tant soit peu d’ardeur au travail, personne ne refusera un peu d’aide.

            Force était de reconnaître que Roger avait raison. Il était épuisé. À défaut de dormir, il n’avait qu’une envie, poser ses bottes, s’allonger, et profiter du silence pour réfléchir. En montant l’escalier, il entraperçut Roger qui enlevait son couvert. Il chuchota quelque chose à l’oreille de Madenn qui prit un air sérieux, et sortit rapidement en enfilant une capeline sombre.

Alban ferma la porte de la chambre, et une fois en chaussettes, s’enroula dans la protection de la couverture. Le temps que la couche se réchauffe, il resta de longues minutes plongé dans ses pensées, essayant tant bien que mal de dresser le bilan de cette journée chargée. Il dérivait entre les corsaires, ses parents, le port, le monde de la ville. Il résista, mais finit par rendre les armes et se laissa envahir par le sommeil.

 

Tu sais où tu es. Tu connais ton cauchemar.

Pourquoi cours-tu après ce chat? Tu sais très bien ce qu’il va se passer.

Tu vois l’étincelle, tu sais ce qui arrive, alors pourquoi tu continues à rêver?

Dis à tes parents de sortir, il va être trop tard.

Tu as chaud, tellement chaud. Le crépitement des flammes, la lumière aveuglante. Tu tousses et tu brûles, Alban, tu brûles!

L’air est frais sur ta figure, tu sais que ça ne sert à rien de parler.

Tu es en sécurité ici, tu le sens, et tu vois ton sauveur partir, avec son manteau brodé, cette grande étoile, appelle-le, il doit rester, lui seul peut t’aider, il doit…

— RESTE !

Alban avait dû crier. La bouche sèche, il haletait comme s’il avait couru une lieue. Les larmes lui montèrent aux yeux malgré lui, et il les essuya immédiatement d’un revers de main. Il secoua la tête, se redressa et posa les pieds par terre. La lumière pâle du jour bleuissait la pièce. Le jeune homme observa la chambre et se rappela brusquement où il était. Les évènements de la veille lui revinrent en mémoire.

Aujourd’hui, il rentrait chez lui.

Il prit sa veste dans son sac, enfila ses bottes et descendit l’escalier sur la pointe des pieds. Il sortit de l’auberge par la porte de derrière, traversa la cour et se retrouva sur la petite place, où une fontaine chantait dans la fraîcheur du matin. La ville dormait encore.

Que resterait-il après l’incendie ? Qu’avait-on reconstruit dessus ? La boutique de ses parents ne se trouvait pas loin de la mer. Saint-Malo n’était pas si grande, s’il explorait les rues autour des quais ou des plages, il finirait bien par se souvenir de l’endroit. Il commença par les quais principaux, puis obliqua vers le sud. Les nouveaux remparts avaient modifié le pourtour de la cité, mais pas son organisation interne. Alban redécouvrait la ville, avec un enthousiasme à peine voilé. Il tourna dans les ruelles, suivit le vent qui l’emmenait plus à l’ouest, à travers la brume, vers les plages, avant de revenir sur ses pas pour emprunter une allée qui le ramenait vers une autre, et encore une autre. Le jour se levait, à présent, les gens sortaient de chez eux, les premiers marchands ouvraient leurs volets. Il passa devant une lourde porte gardée par un homme à moitié assoupi, en face d’une large avenue qui menait à l’entrée du port. Une puissante odeur de pain frais et de beurre chaud lui sauta aux narines.

Alban s’arrêta. Le garde, la boulangerie, la mer plus loin, là-bas. Il connaissait cet endroit. Il regarda autour de lui. La porte faisait partie du mur d’un bâtiment administratif. Alban sut qu’il touchait au but. Il prit à droite. Il n’avait aucune certitude, et pourtant, son pas était moins assuré, ses jambes flageolaient et il entendait presque son cœur battre dans sa poitrine. Était-ce vraiment par là, finalement ? Il tourna la tête vers une des petites rues qui partaient à sa gauche et le souffle lui manqua.

C’était ici. Chez lui. Le toit inexistant, les murs noircis, la vitrine comme un trou béant, ne donnant que sur des monticules de gravats et des morceaux de poutres calcinés. Alban s’avança lentement, submergé par l’émotion, inconscient du reste du monde.

Il entra, effleura le linteau de porte fragmenté, en s’appuyant aux pierres froides dont l’enduit s’effrita sous ses doigts. C’était tellement plus petit que dans ses souvenirs, tellement moins haut. Il enjamba les débris au sol et s’enfonça tant bien que mal dans ce qui avait été l’arrière-boutique. La fenêtre qui donnait sur la rue avait deux carreaux brisés, et de l’autre côté de la pièce, le conduit de cheminée s’était effondré sur lui-même et son sommet gisait dans le foyer. L’escalier, que la famille empruntait tous les soirs pour aller dormir, avait laissé une diagonale plus claire sur la cloison. Alban caressa une poutre en travers du passage. Il regardait partout, hébété. Ses yeux se posèrent sur la porte latérale qui s’ouvrait sur l’extérieur, celle-là même par laquelle il était rentré, cette nuit-là. Ce qui n’avait pas été dévoré par les flammes pendait, attaché par un ultime gond.

Sortir, sortir, il fallait sortir.

Il s’échappa et s’appuya dos au mur branlant, l’air sifflant dans ses poumons, comme si on lui comprimait la poitrine et qu’il ne pourrait jamais plus respirer normalement de sa vie. C’était pire, bien pire que son cauchemar. Il était habitué au cauchemar, il finissait toujours par se réveiller. Aujourd’hui, il était réel. Tout cela était arrivé. Bouger lui demandait un effort considérable, en résultait des mouvements brusques et saccadés. Il avait froid, il avait chaud. Il avait l’impression qu’il allait mourir.

Il resta là quelques minutes, qui lui parurent une éternité. Il força son rituel, respirer, doucement, une fois, deux fois. Il ferma un instant les yeux. Allez, ressaisis-toi. Il n’y a que toi qui puisses le faire. Tu peux le faire. Tu as la clé, peu importe ce qu’elle ouvre. Tu ne sais pas qui est l’homme à l’étoile, mais tu as ton oncle. Voilà. Commence par le chercher lui en premier. Des gens le connaissent, forcément.

Tu peux le faire.

Son souffle reprit un rythme normal, ses sens se réveillèrent. La brume se dissipait ; cela allait être une belle matinée. Alban se décolla du mur, encore remué, et partit en tournant une dernière fois la tête vers la maison en ruines. D’ailleurs, pourquoi ces ruines ? Bien qu’il n’y entende rien à tout cela, il se demandait pourquoi la ville, faute d’occupants, n’avait pas revendu le terrain. Il verrait cela plus tard. Pour le moment, il savait comment il allait s’y prendre. Il revint sur la place de L’Hermine et la Herse presque sans se perdre, lava ses mains et se rafraîchit à la fontaine, puis entra dans l’auberge. Il chercha Roger et le trouva dans la cour, près du puits.

— Bonjour !

— Bonjour, tu es matinal. Bien reposé ?

— Oui, merci. Je voulais vous demander, quel était le nom du bateau dont vous m’avez parlé hier ?

Le Lotus Noir, un des navires de la Grande Compagnie.

— Je dois retrouver mon oncle. Il faut que j’en sache plus sur ce bateau, où, quand et comment je peux le trouver, voir si quelqu’un à bord pourrait le connaître.

— Ouh là, je suis pas la meilleure personne pour te renseigner. Je sais bien deux ou trois petites choses, mais pas assez pour me frotter au Lotus Noir. Ce soir, j’attends une livraison. Le type est un ami, il travaille près de la Grande Compagnie. Il pourra te dire tout ce que tu veux.

Il adressa un signe à quelqu’un derrière Alban, qui se retourna. C’était le jeune homme brun qu’il avait vu la veille, qui sortait par la porte de la cuisine.

 

— Ah ! Voici mon fils, Milo.

— Bonjour ! le salua Alban en lui serrant la main.

— Bonjour, répondit Milo. Il paraît que tu cherches du boulot ?

Alban regarda Roger, interloqué. Il avait fait drôlement vite.

— Je travaille au port, et il nous faut toujours des bras en plus, soupira Milo. Ils sont tous en train de rentrer de leur voyage de printemps. Il faut que je file. Si ça te tente, retrouve-moi sur les quais, au sud de la Grand’Porte.

Une fois qu’il fut parti, Alban se tourna vers l’aubergiste.

— Je peux vous poser une question ? Pourquoi faites-vous tout ça pour moi ?

Roger sourit du coin des lèvres.

— Pour la bonne et simple raison que s’il vient aux oreilles de Louis La Grenouille que je n’ai pas filé un coup de main à ceux qu’il m’envoie, je peux tout de suite mettre la clé sous la porte !

— Quoiqu’il en soit, merci. Et quant à votre ami, j’accepte votre proposition. Je reviendrai ce soir. Puis-je laisser mon sac ici jusque-là ?

Roger accepta et Alban prit la direction du port pour retrouver Milo. Il en profiterai pour voir les quais, et glaner quelques renseignements. Le reste devrait attendre le soir. Il repensa à Roger. Il ne se doutait pas que le Père Louis puisse avoir le bras si long. Et puis ce surnom, « La Grenouille »… Cet homme d’Église avait bel et bien quelque chose d’étrange. Néanmoins, Alban lui était reconnaissant qu’il l’ait adressé à l’Hermine et la Herse.

            Il remonta une ruelle, dans laquelle le vent s’engouffrait avec violence. Il entendit les cloches de la cathédrale sonner, croisa les premières charrettes, les femmes avec leurs paniers, les domestiques qui battaient les tapis. Une bourrasque lui arriva en pleine figure une fois sur les quais. De nombreux bateaux étaient amarrés, certains modestes, et d’autres de plus grande ambition, qui devaient nécessiter plusieurs hommes pour vider leur cargaison. Alban leva les yeux sur celui qu’il avait devant lui. Il n’avait jamais vu de navire aussi imposant. La coque était peinte en noir avec une ligne blanche au bastingage, et le pont presque aussi large qu’une rue. Les sabords relevés laissaient apparaître une rangée de canons en train d’être nettoyés. Deux mâts pointaient vers le ciel, harnachés de cordages pour supporter le poids des voiles claires, pour le moment repliées et sanglées aux vergues. De l’eau clapotait sur la poupe, où était inscrit son nom en lettres dorées, La Chimère.

            Un ponton avait été dressé pour monter à bord. Des hommes faisaient rouler des tonneaux ou déchargeaient de gros sacs de jute à l’aide d’une grue, manipulée par deux ou trois gaillards taillés comme des armoires. À côté, un grand chauve en uniforme semblait surveiller le bon déroulement des opérations.

Alban entendit Milo l’appeler du ponton.

— Tu tombes à pic, on vient juste d’être autorisés à décharger ! Je descends un sac et je vais te présenter à… attends, j’arrive !

Il partit discuter avec l’officier chauve— Boris, comme Alban devait l’apprendre plus tard. Il organisait, déclarait et inspectait les débardages. Il le vit acquiescer sobrement, l’air très sérieux. Milo revint vers lui, embarrassé.

— Alors ? demanda Alban, un peu inquiet devant son expression.

— C’est bon ! Il n’a pas l’habitude de prendre n’importe qui comme ça, mais compte tenu de tout ce qu’il y a à vider sur la Chimère, il a accepté, à une condition. Je dois te surveiller, ajouta-t-il, gêné.

— Aucun problème, ne t’inquiète pas ! De toute façon, il faut croire que j’ai besoin d’un chaperon, je ne connais rien ici ! plaisanta Alban en posant sa veste et en remontant ses manches.

— Content que tu le prennes comme ça ! Bon, l’idée, c’est de tout décharger et vider la cale. Tu prends les sacs, tu les mets dans la charrette là-bas avec les autres. Pour les tonneaux, tu suis le mouvement ; le mieux, c’est encore qu’on termine les sacs et les caisses avant de s’y attaquer, comme ça on évitera les trajets supplémentaires jusqu’à la Grand’Porte. Oh, et le prends pas mal, mais…

Milo désigna son bras gauche.

— Ça va aller ?

— Oui, sans problème. C’est juste des cicatrices, mon bras fonctionne très bien.

Il avait essayé de répondre normalement, mais son ton était resté plus froid qu’il ne l’aurait voulu. Sur le pont principal, les matelots remontaient la cargaison de la cale au fur et à mesure. Un homme à la barbe fournie surveillait l’échange depuis le gaillard arrière. Il discutait en même temps avec un autre, plus jeune, fluet et bien habillé, qui prenait des notes dans un livret.

            Milo lui tendit un énorme sac qu’il hissa sur son épaule. C’était mou, dense et pourtant moins lourd qu’il n’y paraissait. Il descendit le ponton, déposa le sac avec autant de précautions que possible dans la charrette. Avec Milo, ils effectuèrent chacun plusieurs allers-retours de la sorte, jusqu’à ne plus les compter. La cale semblait sans fond.

Ils terminèrent à la fin de l’après-midi. Un convoi était déjà parti et avait eu le temps de revenir pour charger quelques petits tonneaux. La Chimère devait rentrer des Antilles, car ils transportèrent quelques caisses de rhum. Lorsque l’homme barbu, qui s’avéra être en fait le capitaine, leur fit savoir peu après qu’ils arrivaient au bout, Alban fut soulagé. Même en étant habitué aux bardeaux ou aux charpentes, il se sentait engourdi de partout et sa capacité de réflexion était proche de celle d’un escargot. Milo se moqua gentiment de lui :

— Et encore, ça lui arrive de ramener encore plus de cargaison, mais il faut bien reconnaître que ces grosses caisses étaient lourdes à faire ployer le diable !

— Comment ça se fait qu’il soit rempli de la sorte ? Il a fait un long voyage ? demanda Alban en s’appuyant contre un pieu d’arrimage.  

La Chimère est un des plus gros navires de la Grande Compagnie des Marchands Antillais. Le capitaine est en plus un ami de leur grand chef, c’est donc vers lui qu’on se tourne quand il y a des missions particulières à effectuer. Je crois que le pire, c’est quand tu as passé presque une journée à le vider et que tu dois le remplir la semaine d’après pour leur ravitaillement. Ils sont presque quatre-vingts là-dessus, tu imagines la quantité de nourriture et d’eau à embarquer…

Quatre-vingts personnes sur un navire, coincées les unes avec les autres ? Le travail ne manquait sûrement pas, mais cela devait sembler long au bout de plusieurs semaines.

            Boris fit signe à Milo, qui partit au pas de course. Ils échangèrent quelques phrases, puis Milo revint vers lui, et lui donna une grosse pièce :

— Ton salaire de la journée, mais il faut encore accompagner la dernière livraison à la Grand’Porte.

— Merci. Sais-tu où je pourrais dormir ? Je n’ai pas vraiment les moyens de rester chez ton père, dit Alban avec un sourire.

— Il y a un coin aménagé dans l’entrepôt ouest, là-bas, désigna Milo du doigt. Si t’as rien contre la paille, c’est là que les gars dorment quand ils ne restent qu’un ou deux jours. C’est pas terrible, mais ça te donnera au moins un abri.

— Ce sera très bien, je ne dors jamais beaucoup de toute façon.

Alban se redressa et empocha sa pièce. Travailler au port semblait être une bonne option. Il toucherait de quoi se nourrir, même chichement, et aurait un toit sur la tête. Il serait d’autant plus aux premières loges si Le Lotus Noir rentrait.

            Il attrapa un tonneau et suivit le cortège qui commençait à se former en le faisant rouler avec aisance. Heureusement, car Alban avait bien besoin d’une pause. Ils remontèrent le long du rempart dans une drôle de procession, et se retrouvèrent au bout de quelques minutes devant la Grand’Porte, le plus grand point d’accès à la ville depuis les quais. Deux très larges tourelles encadraient une arcade étroite, qui permettait de pénétrer dans la cité, et étaient cernées par un ravelin en pierre, sérieusement gardé. Celui qui voulait entrer avait intérêt à montrer patte blanche. Dans la courtine, on avait dressé une halle de bois, sous laquelle des marchands avaient installé leurs étals. C’était sans doute un des lieux les plus remarquables qu’Alban ait jamais vus.

Ils remirent leurs tonneaux et la dernière charrette à un envoyé de la Grande Compagnie. Plus il s’y attardait, plus Alban voyait l’emblème de la Compagnie fleurir partout, sur des tentures ou des auvents, jusqu’à une gravure sur un portail.

            Milo et lui échangèrent une poignée de main avant de se séparer. Alban tenait à rentrer au plus vite à l’Hermine et la Herse. Le soir approchait, il ne voulait pas risquer de rater son entrevue. Lorsqu’il poussa la porte, il commençait à pleuvoir. Il ne vit pas Roger dans la salle, et monta directement à sa chambre récupérer son sac.

            Lorsqu’il redescendit, Alban trouva l’aubergiste en grande discussion avec un drôle de bonhomme à l’air sympathique et à la bedaine rebondie. Ses cheveux grisonnants hirsutes et sa barbe mal taillée lui mangeaient la moitié du visage.

— Bonsoir, mon garçon ! Je te présente Hoël, dont je t’ai parlé ce matin. Hoël, voici Alban, c’est la Grenouille qui nous l’envoie.

— Bonsoir, monsieur, commença le jeune homme.

— Pas d’monsieur qui tienne avec moi, l’interrompit Hoël d’une voix forte. Appelle-moi Hoël comme tout le monde. Monsieur, c’est bon pour les biens nés, et j’crois que ni toi ni moi n’en faisons partie.

— En effet. J’ai pas mal de questions à vous poser, puis-je vous proposer à boire pour me faire pardonner ?

— Ah ! Roger, ce garçon m’plait !

            Ils s’attablèrent dans un coin au fond de la salle, où Madenn leur apporta un pichet de cidre. Il n’y avait encore personne à cette heure-ci, à part un employé de poste accoudé au comptoir, occupé à noyer son trajet dans une boisson qui ne devait pas être du jus de pomme.

— Alors, j’ai cru comprendre que tu cherchais ton oncle, qui n’est autre que Yann le Guirec, c’est bien ça ? En soi, c’est déjà une demande suffisamment inhabituelle pour attirer mon attention. Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

— Dites-moi tout ce que vous savez sur le Lotus Noir.

 

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Jowie
Posté le 09/02/2020
Hey Mary !

Petite remarque: “Et quant à votre ami, j’accepte votre proposition”. → Je ne sais pas très bien compris à quelle proposition il se réfère et son rapport avec son ami. Roger lui a simplement suggéré d'attendre la venue de son ami pour pouvoir poser ses questions sur le Lotus Noir. Ce n'est pas vraiment une “proposition”, si ?

J'avoue que, comme Alban, je me demande pourquoi et comment Louis avait obtenu le surnom La Grenouille. Il doit avoir un passé mouvementé xD À mon avis, il cache des trucs !

Je suis impressionnée par l'authenticité de ton histoire. On est plongés dans un univers historique crédible et bien recherché. J'apprécie aussi les dialogues qui sont très naturels et pleins de vie !

Je n'avais jamais pris conscience à quel point ça devait être embêtant et long de charger/décharger un bateau tel que La Chimère ! Et ton texte m'a réveillée sur ce point-là :D

Je suis contente que ce Hoël soit si sympathique, j'espère qu'il pourra répondre aux questions d'Alban et j'ai hâte de découvrir ses réponses !

Vite ! La suiiite !
Mary
Posté le 09/02/2020
Je vois ce que tu veux dire pour la "proposition". C'est peut-être un peu fort, oui. Je t'avoue que je ne m'étais pas vraiment penchée sur la question XD
Merci pour ton commentaire, ça me fait tout chaudoudou. J'ai fais pas mal de recherches pour rendre le contexte historique crédible ;)
Renarde
Posté le 21/07/2019
C'est très sympa ces explications sur les corsaires, je n'y connaissais rien du tout ! Comme pour le chapitre précédent, les informations historiques sont bien amenées, ça coule tout seul.
On voit le port, les bateaux, l'ambiance, franchement, c'est excellent.
Le trio Grenouille, Roger et Hoel m'a l'air plus intriguant qu'il n'y paraît. Je me trompe peut-être, je te livre mes impressions au fur-et-à-mesure. 
Deux choses m'ont surprises :  
"On n’avait pas vu son oncle depuis dix ans, alors qu’il s’embarquait à bord d’un navire. Il pouvait donc être aux quatre coins du monde, il pouvait être partout. Il pouvait même avoir changé de bateau !" La première chose à laquelle j'ai pensé a été : s'il est toujours vivant.  Je trouve étrange qu'Alban n'ait même pas envisagé qu'il puisse avoir été tué lors d'une attaque. 
La deuxième surprise fut qu'Alban retrouve sa maison en ruine. J'imaginait qu'au bout de dix ans, il y aurait une nouvelle construction. Est-ce que cela s'explique par la suite ? Je trouve curieux qu'on laisse un espace commercial inexploité pendant si longtemps.
Bon, chapitre suivant ! J'ai envie d'en savoir plus sur ce fameux Lotus Noir. 
Mary
Posté le 21/07/2019
Tu vas vite en apprendre plus sur le trio, je ne te dis rien quand à tes hypothèses pour ne pas te gâcher le plaisir ;p 
C'est vrai qu'Alban pourrait se demander brièvement s'il est vivant. Brièvement car s'il perd espoir au troisième chapitre, ça va pas l'aider à avancer, mais ton argument est tout à fait justifié ! 
Oui tu auras une explication pour la maison (ça, ça ca, je peux le dire ^^ )
A très vite et merci beaucoup pour tes commentaires, ils me font vraiment plaisir ! 
Isapass
Posté le 07/07/2019
Hello !
Bon, mon premier commentaire ne va pas être très constructif, mais je voulais quand même te faire un petit mot pour te dire que je viens de lire 3 chapitres à la suite et que je meurs d'envie de continuer. Ce que je vais légèrement différer par obligation, mais sûrement pas de beaucoup.
Ce début prend son temps : rien d'exaltant pour l'instant au niveau intrigue, on sent que ça se met en place doucement, on fait connaissance avec Alban, ses motivations sont très claires, il fait des rencontres... Le récit s'installe. Pour autant, il y a l'atout de la toute première scène du chapitre 1 qui place d'ores et déjà l'histoire sous le signe du drame, et la mention assez rapide des corsaires qui sent bon l'aventure. Ce qui fait qu'on est pas dans l'attente que ça commence, puisque indubitablement, ça a DEJA commencé et on veut voir comment ces premiers éléments vont se connecter entre eux, et avec Alban.
Reste à prendre en considération que c'est un avis de lectrice adulte, peut-être plus patiente qu'un lecteur jeunesse habitué à avoir des débuts d'histoire sur les chapeaux de roues... Tu vises quel public, d'ailleurs ? Comme ça je dirais 11-13 ans, à voir avec la suite.  
Je crois me souvenir qu'il y avait eu des discussions à propos de la personnalité d'Alban, ou plutôt de ce que tu en laisses voir. C'est vrai que c'est ténu : j'ai l'impression que tu préfères te concentrer sur l'action et le déroulement de l'intrigue plutôt que sur ses états d'âme. Mais tu en donnes quand même pas mal : comme déjà dit, ses motivations sont claires, il y a l'histoire des cauchemars et aussi ce besoin qu'on sent qu'il doit comprendre son passé pour parvenir à se définir lui-même. Personnellement, son côté réservé ne m'a pas gênée, puisque tu annonces la couleur dès le départ et tu dis qu'il est plutôt taiseux. Bref, pas de problème sur ce point-là en ce qui me concerne.
Les éléments que tu donnes très rapidement pour clarifier la définition des corsaires (vs pirates) sont bienvenus et passent très bien dans le texte (comme si Alban se les rappelait à lui-même). Et ils sont très intéressants. De même que toutes les précisions historiques et architecturales. 
Enfin, je trouve que tu as un style fluide et vraiment TRES agréable à lire : c'est précis, le vocabulaire est diversifié et riche, mais le texte se laisse oublier au profit de l'histoire, ce qui est son rôle à mon avis (rien de pire, surtout en jeunesse, que de "voir" l'auteur écrire).
Bref, je trouve que le prologue et les trois premiers chapitres forment un début très prometteur, une bonne base solide sur laquelle l'histoire va se déployer. 
Je suis impatiente de découvrir la suite !
A très vite ;) 
Mary
Posté le 07/07/2019
Oooh ça m'a fait tout chaudoudou dans l'estomac <3 
Tu me rassures un peu, j'ai un peu peur que le début soit un peu lent à vrai dire. Tu me diras comment tu vois comment cela s'enchaîne, mais j'ai essayé de faire en sorte que l'aventure commence en ville, même si elle va atteindre son apogée avec cette histoire de corsaires (je n'en dis pas plus :p ) Et j'ai besoin d'une assez longue première partie pour mettre en place tous les éléments. Effectivement, c'est à destination des 12-14 (pour parler en termes éditoriauxn ce qui n'a selon moi aucun sens en jeunesse puisque le niveau de lecture est dépendant du lecteur à ces âges-là...bref). 
Oui, Alban a un caractère très difficile à cerner, surtout au début. J'ai l'impression que ça se débloque un peu par la suite - il évolue pas mal au fil du texte aussi. Je veux bien tes retours sur la personnalité d'Alban et ses émotions :) C'est un vrai challenge de diperser comme ça les informations historiques pour pas que ça fasse lourd du genre "Eh regarde, lecteur, j'ai fait des recherches". Je voulais vraiment une immersion dans le contexte, pas un exposé d'histoire. 
Merci pour tous ces compliments, j'en rougirais presque ! À bientôt pour la suite, et merci beaucoup pour tout ! 
peneplop
Posté le 08/05/2019
Hello !
Plus j'avance dans les chapitres, plus je me questionne sur le prêtre et l'aubergiste. A voir...!
Au niveau de l'écriture, rien à dire. J'ai lu ce chapitre avec beaucoup de facilité. Toujours de belles descriptions ;)
Je me suis juste questionné sur la manière de parler d'Alban qui est très soutenue ("puis-je..."). Dans mon esprit, cela le place "au dessus" des autres personnages qui me paraissent plus natures et tonitruants (de leur condition, quoi). Il est d'une grande politesse. Je ne sais pas ce que tu en penses ? Je ne connais pas bien l'époque...
;) 
Mary
Posté le 08/05/2019
Mouahahaha je resterai muette !
Alban est poli parce qu'il a grandi avec les Kemener comme apprenti tailleur. Si tu te souviens, j'ai dit dans le chapitre 1 que les Kemener étaient une famille aisée. Les tailleurs étaient des personnages importants, à l'époque, et même le plus petit des couturiers se devait de s'adresser proprement aux nobles qui venaient se faire faire des tenues. Le langage de Milo, Roger, etc, est forcément plus commun. Il en aurait été tout autrement si Alban avait grandi dans la rue ou dans une ferme par exemple. Le conditionnement par le métier était bien plus prononcé que maintenant. 
Liné
Posté le 02/04/2019
Hello,
Tu as l'art et la manière de finir tes chapitres pour nous donner envie de continuer ;-)
Je n'ai malheureusement pas grand chose à dire de plus sur ce chapitre... l'intrigue avance, ton personnage principal est actif et obtient l'aide de persos secondaires... j'attendrai de monter à bord du Lotus noir pour être plus constructive ! (Toutes mes excuses)
À très vite,
Liné  
Mary
Posté le 02/04/2019
Surtout, ne t'excuse pas de me laisser des commentaires aussi gentils ! :D
Elia
Posté le 25/03/2019
Salut Mary !
Plus j'avance de chapitre en chapitre, plus je trouve l'histoire de mieux en mieux écrite ! Vraiment, tes descriptions sont fluides, visuelles, je dirais qu'elles sont le point fort de ton histoire, dans le sens où elles sont assez précises pour nous donner l'illlusion de voyager dans le temps tout en restant fluids.
Les dialogues aussi sont un peu mieux, ils paraissent plus naturels. 
Je trouve l'attitude de l'aubergiste assez suspecte, même si Alban a été envoyé par le prêtre, mais peut-être parce que dans les histoires, une aide n'est jamais gratuite. A moins qu'il faille s'interroger sur les vraies intentions du prêtre ? 
Je m'interroge aussi sur le Lotus noir et sur le prologue, j'ai hâte d'en découvrir plus !
A très vite ! 
Mary
Posté le 25/03/2019
Merci d'être repassée ! 
 Pour ce qui est de l'aubergiste, je réserve ma réponse....Mouahahaha.
Le chapitre 9 sera la fin de la première partie, et tu en sauras déjà plus à partir de là. Je n'en dirai pas plus ! Ca me fait plaisir pour les descriptions, je travaille énormément dessus pour qu'elles n'alourdissent pas le texte, alors que j'ai tellement de trucs à expliquer pour situer le contexte. 
À très vite !
 
Rachael
Posté le 08/03/2019
Ce chapitre passe bien, tu as trouvé ton rythme on dirait, et on est content de découvrir plus notre héros, qui commence à acquérir une certaine consistance. Ca m’a un peu surprise qu’il ne se demande pas au moins si la maison de son enfance est toujours là, avant d’y arriver. Et puis, comme ont dit les autres, c’est étrange qu’elle soit toujours là, inchangée, ou au moins, c’est bizarre qu’il ne se fasse pas cette réflexion.
Ensuite ce petit détour par le port nous laisse présager qu’on n’y vient pas pour la dernière fois. J’aime bien la fin de chapitre, qui nous laisse avec l’envie d’aller immédiatement au suivant…
 
Détails
sa gorge se serra, comme si on lui avait vidé un seau d’eau glacée sur la tête : je pinaille, mais l’association gorge serrée/seau d’eau glacée ne me convainc pas
Tout sur Lotus Noir : le lotus noir ?
Mary
Posté le 08/03/2019
Tant mieux si Alban passe bien, c'était son principal problème dans les versions précédentes, il était difficile à cerner. 
Vous êtes nombreuses à me faire la remarque pour la maison, je pense qu'il faudra remédier au problème, vraiment. Et oui, le port, il va y passer quelques temps !  
Merci pour les détails ! 
Gabhany
Posté le 07/03/2019
Hello Mary !
J'ai beaucoup aimé ce chapitre et le précédent, on s'y sent plus proche d'Alban et de sa quête, il est assez touchant dans sa détermination à se maîtriser pour mieux trouver des réponses à ses questions. La scène où il retrouve sa maison est bien écrite, on sent ton héros à la fois en retrait mais bouleversé.
j'aime assez les scènes et descriptions en rapport avec la ville, parce que déjà j'adore Saint Malo, et que c'est assez plaisant de se retrouver plongée dans la vie de la ville. J'aurais presque eu envie de décharger le navire avec Alban et les autres tiens !
Je trouve la fin de ce deuxième chapitre un peu abrupte, je pense qu'elle pourrait donner plus envie de continuer la lecture si par exemple, tu faisais parler Hoel, qui ferait une révelation sur le Lotus ou sur l'oncle d'Alban, et le chapitre s'arrêterait sur tois petits points à la fin de cette révélation. Ca permettrait de donner déjà la teneur du chapitre suivant et de titiller la curiosité du lecteur.
A bientôt,
Gab 
Mary
Posté le 26/08/2019
Ah ben c'est malin, apparemment j'étais passée à côté de ton commentaire !
J'essaierai ptet de trouver une chute plus appétissante. Il y a tout un tas de corrections et de réajustements à faire dans cette première partie. Pour Saint-Malo à l'époque, on peut dire merci à Internet mais surtout au musée maritime de la ville, le conservateur a pris le temps de me faire un joli mail qui m'a été fort précieux <3 J'y suis allé quand j'avais 8 ans et je garde un formidable souvenir de la ville !
Aliceetlescrayons
Posté le 06/03/2019
Hé bien tu vois, depuis le chapitre 2, je trouve que ton histoire a pris son vrai rythme de croisière. Comme si l'arrivée à St Malo marquait le "vrai" début de l'aventure. 
Tes descriptions sont très vivantes, on a l'impression d'être vraiment au coeur de la ville. Et Alban prend de l'épaisseur, c'est très agréable.
Comme Litchie, j'ai un peu tilté sur le fait que la maison soit toujours "en l'état". Je ne sais pas si tu comptes utiliser ces ruines par la suite mais il y a peut-être quelque chose à travailler sur ce point. 
Mary
Posté le 06/03/2019
En fait, le chapitre 2 est l'ancien chapitre 1 ^^# C'est pour ça que je ne suis pas satisfaite du nouveau chapitre 1, parce que je sais qu'il n'est pas à la hauteur des autres. Une fois que j'aurais tout terminé, je reviendrai dessus. 
Pour la maison, oui, je me pose la question, pareil, ça fera partie de la vague de corrections profondes.   
Merci pour ce beau retour, ça me fait vraiment très plaisir !
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Litchie
Posté le 04/03/2019
Me voici :D !
 Je n'ai pas grand chose à dire sur ce chapitre, l'histoire suit son cours. Il manque un "Le" avant "Lotus Noir" sur la dernière ligne de dialogue ;) 
Et juste une question que je me pose, ce n'est pas bizarre que la maison soit toujours là, à l'état de ruines et que la suie soit toujours présente, malgré les vents marins ? J'ai eu l'impression que la maison venait de brûler alors que ça fait une paire d'années, non ? Après je n'ai aucune connaissance sur le sujet des icendies...
Mary
Posté le 04/03/2019
Voilà un trait de génie ! Tu as raison, cette suie n'a rien à faire là, la maison a brûlé il y a dix ans. J'espère que ça fait réaliste, sinon, cette ruine. 
Merci, comme d'habitude, et à tout à l'heure pour le chapitre V de la Guilde ;-)  
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