Chapitre 3 : La foire de Dervenn

Par Luna
Notes de l’auteur : Où Aaron fait une rencontre surprenante et où les intentions d'Evanna se rélèvent.

Chapitre 3 : La foire de Dervenn 

 

S'il y avait bien quelque chose qu'Aaron détestait, c'était se réveiller avec la sensation désagréable de ne pas avoir dormi du tout, et – cerise sur le gâteau – un épouvantable mal de tête pour égayer son début de journée. Rien d'étonnant avec ses cauchemars et insomnies à répétition. Quand il y réfléchissait, il parvenait toujours à la même déduction : tout avait commencé quand la mystérieuse fille avait surgi dans la lande. D'abord effrayé par la coïncidence, il s'était ressaisi, pour finalement parvenir à la conclusion fort raisonnable que ce genre d'idée ne faisait que renforcer les histoires à faire peur dont Elouan était si friand.

Mais tout de même... comment pouvait-on connaître une personne sans avoir jamais pu la rencontrer ? Elle n'était ni du proche village de Dervenn, ni de la région à en croire les Feginn et Ferrec. Le comté de Kerlann n'était pas bien grand, et tout le monde ou presque se connaissait. Alors comment aurait-il pu l'avoir connue ?

La chose était tout bonnement impossible.

— Nom de nom ! s'énervait M. Feginn. Dépêchez-vous un peu les jeunes ! Vous n'avez pas vu l'heure ? C'est que j'ai des affaires importantes à régler, moi !

Tandis que l'aubergiste s'agitait comme une puce devant le Vieux-Chêne, Aaron, Maïwenn et Elouan prirent place à l'arrière de la charrette que M. Ferrec venait tout juste d'atteler. Evanna s'était dérobée, prétextant un mal de tête ; les autres étaient partis, Mme Feginn leur assurant d'être aux petits soins pour la jeune convalescente.

La foire de Dervenn avait lieu une fois l'an, trois jours avant le solstice d'hiver. Ils n'avaient guère à parcourir plus d'une lieue, mais les étalages s'installant tôt, ils tenaient à ne rien manquer. La journée promettait d'être longue.

Lil, la petite jument au poil long qu'on avait attelée pour l'occasion, allait d'un bon pas. Accoudé à la charrette, Aaron regardait l'auberge s'éloigner pour ne devenir plus qu'un minuscule point perdu dans l'horizon vallonné de la lande. L'atmosphère glaciale de ce début de journée avait presque fait geler les pousses timides de la saison. Mais le ciel était beau et dégagé, et l'humidité embaumait l'air d'un parfum envoûtant.

Ils ne virent pas le temps passer tant le trajet fut rapide. Aux alentours de dix heures, ils quittèrent ce monde de silence pour entrer dans Dervenn. L'atmosphère changea du tout au tout. Le jour se levait à peine, mais le village fourmillait déjà d'activités. Paysans et artisans du coin, marchands venus des grandes villes de l'Est, tous finissaient d'installer leurs étalages avec gaîté. Des gens se serraient vigoureusement la main, d'autres s'adonnaient à de chaleureuses accolades. Le traditionnel groupe de musiciens qui jouait chaque année se mettait déjà en place. De maison en maison s'étiraient des farandoles de guirlandes, tandis que résonneraient toute la journée au cœur du village des airs entraînants de bombarde et de biniou.

La charrette aussitôt arrêtée, Elouan bondit pour se joindre au public d'un jongleur ambulant. Maïwenn s'accrocha aux bras de deux de ses amies qui riaient aux éclats avant de disparaître dans la foule. M. Feginn, lui, s'était éloigné en marmonnant qu'il avait une affaire à voir avec un certain M. Jegu et qu'il faudrait être de retour pour dix-sept heures précises. Enfin, d'un flegme à toute épreuve, M. Ferrec s'affairait à allumer sa pipe.

Aaron rajusta sa casquette et ses mitaines et s'élança vers les premiers éventaires. Ils défilèrent l'un après l'autre sous ses yeux ébahis, hauts en couleur, offrant à qui voulait charcuterie, crêpes et gâteaux au beurre salé, savons, pains et mets traditionnels, fruits et légumes d'automne, bestiaux et produits de la ferme, tissus de lin et de chanvre et même de soie pour ceux qui pouvaient se le permettre, meubles raccommodés ou tout neufs, objets usuels... et l'étalage d'épices qui venaient d'au-delà de la Grande Mer apportaient à l'ensemble une touche délicieusement exotique et vous transportait par-delà le Levant. Mais le stand qu'Aaron préférait, c'était celui de M. Morvan, ce vieux marchand débrouillard, toujours à même de dégotter des produits des quatre coins du monde. Son comptoir était une sorte de minuscule foire à lui seul : on y trouvait tout et rien.

Aaron s'approchait, sourire aux lèvres, remuant vigoureusement sa main au-dessus de sa tête pour le saluer, sans prêter toutefois attention au flot de passants, quand un violent choc le fit trébucher. Sonné, il tourna sur lui-même pour chercher l'origine de cet accrochage. Devant lui se déploya une silhouette interminable. Un homme immense, vêtu d'une sombre redingote. Sa tête, quasi inaccessible, était surmontée d'un haut de forme dont on ne pouvait distinguer le sommet. Des cheveux de jais s'en échappaient et glissaient sur sa mâchoire en favoris indomptés. Ses mains disparaissaient sous des gants de cuir noir luisant qui les dissimulaient aux yeux des curieux. L'homme arborait un air hostile, emprunt de mauvaise humeur. Mais ce qui interpella le plus Aaron fut la partie droite de son visage qui semblait ravagée par une meurtrissure récente, comme s'il avait été brûlé. Son œil droit, rongé par la blessure, ne reflétait plus rien.

— Ex... excusez-moi, bafouilla Aaron avec sincérité en ramassant sa casquette que l'homme avait copieusement piétinée.

Pour toute réponse, ce dernier lui jeta un regard noir, dépoussiéra son manteau d'un air dégoûté – comme s'il eut peur d'attraper quelque maladie – et disparut dans la foule. Aaron resta immobile, interloqué par la scène surréaliste qu'il venait de vivre.

— Te fais pas d'mouron fiston, l'interpella Morvan de sa voix nasillarde, ses sourcils rabougris froncés dans une moue réprobatrice. C'est pas un gars du pays c'ui-là. Ces gens d'la haute considèrent pas les plus humbles. C'est curieux qu'y vienne traîner par ici, 's en font des plus grandes des foires dans les villes... tiens, r'garde plutôt ça.

Il lui tendit un objet métallique qui ne ressemblait à rien que le garçon ait connu.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Ha, ha ! Ça mon garçon, c'est l'avenir, fit Morvan en réajustant promptement son veston.

Aaron sentit soudain un déclic se faire et l'objet se transforma en couteau. Il renfonça la lame, puis tira quelque chose qui ressemblait à s'y méprendre à un tire-bouchon. Haussant les sourcils, mais amusé de cette trouvaille ingénieuse, il offrit un large sourire au marchand.

— Ah, M. Morvan ! lança une vieille dame qui s'approchait en soulevant sa canne, les yeux exorbités. Je pensais bien vous trouver ici. Oh, qu'avez-vous là ?

Elle arracha littéralement l'objet des mains du garçon pour le soumettre à une rigoureuse inspection, assistée d'un large monocle à la lentille rayée. Aaron soupçonna Morvan de le lui avoir vendu autrefois à bon prix, car en temps normal, ce genre de parure ne tombait pas dans les mains des gens simples. Mais le vieillard était capable de dégotter presque n'importe quoi pour presque n'importe qui.

La discussion s'envola sur des sujets divers et variés tandis que le regard d'Aaron se perdait dans le vague, tournant et retournant les deux petites pièces de cuivre qu'il avait dans sa poche. Il songea un instant à rejoindre Elouan pour lui offrir une crêpe à déguster et commença à penser à ce qu'il pouvait se permettre avec la monnaie qu'il avait. C'était là le peu d'argent dont il pouvait disposer à sa guise et il le réservait toujours à cette foire annuelle. Le caramel au beurre salé lui sembla trop ambitieux, bien qu'ils pourraient se le partager s'il ne prenait qu'une crêpe...

— … échappée de chez elle ! Vous vous rendez compte ? Si c'est pas triste. Sa pauvre tante est folle d'inquiétude à ce qu'on raconte.

Les deux pièces s'immobilisèrent. Il s'approcha des deux femmes en fichus qui discutaient avec animation, chacune portant au bras un panier déjà plein à craquer.

— Vous savez, c'est une dame du monde, l'a pas moins d'une trentaine de domestiques à son service. D'ailleurs c'est une amie de ma cousine qui...

— Excusez-moi, l'interrompit Aaron, lui-même surpris de son audace, mais qui est cette jeune fille dont vous parlez ?

— C'est une jeune d'moiselle, nièce d'une baronne du comté voisin. On dit qu'elle a disparu. Mais bien sûr la baronne nie toute l'affaire. Imaginez-vous qu'elle soit partie avec un homme ! Quel scandale pour la famille. M'étonnerait pas qu'elle attende un enfant, tiens.

Les femmes reprirent leurs commérages en s'éloignant. Toute idée de crêpe s'envola. Seule demeura l'image d'Evanna qui flottait indistinctement dans l'esprit d'Aaron.

*

Poussée par la faim, Evanna avait été contrainte de descendre pour grignoter quelque chose en cuisine. La matinée était déjà bien engagée, et quelques commis s'activaient sous les ordres pressants de Mme Feginn. L'auberge semblait désertée ce jour-là, sans doute à cause de la foire qui prenait place dans le bourg d'à côté. Voilà pourquoi, elle s'était laissée convaincre de descendre de sa chambre.

— Ça fait plaisir de t'voir ici, cousin !

De la porte entrouverte de la cuisine avait pourtant jailli cette voix rocailleuse à l'instant même où Evanna portait une appétissante tartine de confiture de framboises à sa bouche. Le cœur battant, elle manqua de la faire tomber sur le sol en s'étranglant à moitié avec sa salive. Reprenant contenance, elle se tassa au fond de son siège en baissant le plus possible son visage. Mme Feginn, qui n'avait pas relevé son attitude curieuse, fit signe à un commis de s'occuper de ces nouveaux clients qui – si l'on en croyait le raclement de chaises sur le plancher – s'attablaient déjà.

— Et ramène donc un sac de pommes de terre du cellier, ajouta la cuisinière d'un air concentré comme si elle effectuait quelque obscur compte dans sa tête, j'ai changé d'avis, ce sera une soupe de panais au menu ce soir ! Et qui dit soupe, dit pommes de terre.

C'était là un principe sage qu'Evanna n'aurait jamais pu soupçonner, le monde de la cuisine lui étant aussi obscur que l'eût été l'art de la conversation en bonne société pour Mme Feginn. Mais la jeune fille divaguait.

Elle regarda le commis grommeler quelque réponse inaudible tout en s'essuyant les mains de manière nonchalante sur son tablier. Lorsqu'il termina sa triste besogne, il traîna son corps dégingandé hors la cuisine.

Les clients s'étaient assis tout près, aussi Evanna put-elle les entendre distinctement et apercevoir leurs têtes dans l'embrasure de la porte en se penchant un peu. Le commis prit leur commande, les servit rapidement, puis s'éloigna de la pièce avant de revenir d'un pas lourd quelques instants plus tard, traînant paresseusement le fameux sac à patates derrière lui.

Pendant ce temps, la jeune fille écoutait la conversation des deux hommes. D'après ce qu'elle comprenait, l'un était un local, et l'autre un proche cousin qui lui rendait visite à l'occasion de la foire. Ils étaient justement en route pour les festivités, mais avaient décidé de s'arrêter à l'auberge pour étancher leur soif.

— C'est un pays étonnant quand même ici.

— Ah ? Pourquoi qu'tu dis ça ?

— Bah, ça ressemble pas à ce que j'ai par chez moi. Ici tout est sauvage et perdu. Vous avez pas de route pavée, pas de ville digne de ce nom, et les services de diligences laissent un peu à désirer. C'est drôle, on dirait que la civilisation vous touche pas, vous autres.

L'autre grogna – sans doute un peu vexé par la remarque – puis avala goulûment une rasade de bière.

— Ouais, ben en attendant, nous autres, comme tu dis, on connaît la vraie valeur du travail et d'la communauté.

— Si tu le dis.

Evanna s'aperçut que le commis s'était arrêté et prêtait l'oreille à la conversation des deux hommes – à moins qu'il ne fut quelque peu froissé par le mépris de l'étranger, ou tout simplement peu enthousiasmé à la perspective de peler plusieurs kilos de pommes de terre. Toujours est-il qu'il faisait mine de ramasser des pommes de terre – qu'il avait certainement fait exprès de faire tomber – en écoutant d'une oreille distraite les deux autres.

— Mais votre forêt elle est bizarre quand même. Je suis pas un expert en arbres et tout ça, mais... sont pas censés perdre leurs feuilles ? Avec l'arrivée de l'hiver, voyez ?

Il avait pris à témoin le commis qui se releva aussitôt, ravi de prendre part au débat. Evanna suspendit à nouveau sa tartine dans les airs. Elle se remit en tête cette image qui revenait sans cesse dans son esprit depuis qu'elle avait regardé par la fenêtre ce matin-là : cette muraille d'arbres qui touchait le ciel. Redoublant d'attention, elle tendit un peu plus l'oreille.

— Perdre leurs feuilles ? s'étonna le commis. Depuis quand les arbres perdent leurs feuilles en hiver ? Ils en perdent jamais vraiment puisqu'ils en ont toujours.

L'étranger marqua un temps d'arrêt, interloqué, puis éclata d'un rire tonitruant, avant de se rendre compte que les deux autres avaient en réalité l'air très sérieux. Il jeta des regards successifs à son cousin et au commis de cuisine.

— Vous vous fichez de moi, là, c'est ça ?

— Bah, cousin, pour être honnête, j'ai vécu jusqu'ici plus d'trente-cinq hivers, et j'ai jamais vu un seul arbre sans feuilles autour de Dervenn.

— Faut dire, avec c'qu'on raconte sur c'te forêt aussi...

La commis prit délibérément un air mystérieux. Il attendait avec délectation que l'homme lui demande des précisions. Il ne faisait aucun doute qu'il adorait être l'objet de toute cette attention.

— Et bien quoi ? capitula l'autre. Qu'est-ce qu'on raconte ?

Le commis s'approcha plus près, abandonnant son sac de pommes de terre au sol.

— C'est que, elle est pas comme les autres c'te forêt. Enfin, pas comme les autres... C'est pas comme si j'en connaissais d'autres en fait.

L'homme s'impatientait.

— Bref. Ici, on dit que des esprits habitent les arbres.

— Foutaises !

— Ouais, ben en attendant, intervint le cousin, y'a personne qui s'en approche, moi j'te l'dis. J'me rappelle de c'gars-là, Jakez, eh ben, une fois il a voulu faire l'malin. Il est allé dans la forêt un soir, après trois ou quat' pintes, eh ben... on l'a jamais r'vu l'pauv' bougre.

— M'est avis qu'il a dû se ramasser dans les bois et se cogner la tête contre un rocher. En gros, t'es en train de me dire que vous l'avez laissé crever.

— Et pourquoi qu'y s'est cogné tu crois ? La faute aux esprits, ça y'a pas d'doute.

— S'il s'est cogné, ce serait surtout à cause de la bière.

— ÇA VIENT CES POMMES DE TERRE, OUI ?

La porte s'ouvrit soudain à la volée, donnant à Evanna l'une des frayeurs les plus foudroyantes de sa vie, si bien que sa tartine tomba tout à fait au sol cette fois-ci – côté confiture, bien entendu.

Le commis soupira en hissant le sac à patates sur son épaule. Mme Feginn le fusilla du regard, puis disparut derrière la porte désormais laissée grande ouverte. Le commis renifla avec nonchalance.

— Croyez bien c'que vous voudrez, mais soyez pas surpris qu'y est des choses pas nettes qui s'y trament autour.

Il quitta la table et se dirigea vers la cuisine.

— Des arbres sans feuilles, ah ben ça, y'a pas à dire, on aura tout entendu ! Ha, ha !

Evanna sentit son cœur battre de plus belle. Ses mains tremblaient imperceptiblement et sa gorge nouée l'empêcha d'avaler quoi que ce soit d'autre. Après ces quelques semaines d'errance et d'incertitude, le doute n'avait plus sa place. Cette fois-ci, elle en était certaine : elle l'avait enfin trouvée.

*

La journée passa vite et à cinq heures du soir, la charrette repartait dans le crépuscule naissant. Personne n'avait manqué à l'appel, sauf M. Ferrec qui était arrivé avec dix minutes de retard sans dire un mot, le visage fermé, l'air soucieux et fatigué.

Aaron lisait avec de plus en plus de difficulté un article de journal venu tout droit de Gwazh-Vor – Le Petit Chroniqueur – déjà daté de trois jours et intitulé :

DU GRABUGE AU GOUVERNEMENT : DÉSACCORDS

ENTRE LA CONCERTATION ET LE FÉDÉRATEUR ?

Un sous-titre explicitait davantage la direction du journaliste :

Les ministres et le chef d'État entameraient-ils un bras de fer pour la politique de colonisation du Septentrion ? Quels impacts dans les relations diplomatiques avec nos voisins du Brünland ?

Aaron n'était pas très au fait de ce qui se passait dans la capitale, mais l'air soucieux qu'avait eu le vieux Morvan quelques jours plus tôt ne cessait de revenir le hanter. Si Morvan s'inquiétait, c'était sûrement mauvais signe. Il insista jusqu'au dernier rayon de soleil, puis ses yeux fatigués eurent bientôt raison de lui et il abandonna finalement. Il roula la gazette et la glissa dans la poche de son veston, se promettant d'en finir la lecture le lendemain matin.

Avant qu'il n'ait pu s'en rendre tout à fait compte, Aaron se retrouva dans son lit, des étoiles dansant sous ses yeux par la lucarne de la petite chambre. La lune était pleine ce soir-là, éclairant la lande d'une lumière envoûtante. Elouan dormait déjà à poings fermés, son vieux doudou serré tout contre lui. Étourdi de fatigue, Aaron sentit ses yeux se fermer peu à peu. La respiration lente et profonde du petit garçon le berça et il sombra bientôt dans ses songes.

Il voyait flou.

Se frotta un instant les yeux et discerna mieux la scène qui s'offrait à lui. Il marchait dans la foire de Dervenn et regardait M. Feginn jongler en sautillant devant une foule en délire. Maïwenn était là elle aussi et tapait dans ses mains en cadence, Elouan à ses côtés qui riait aux éclats, ses cheveux clairs coupés au bol s'agitant au rythme de sa danse effrénée.

La scène changea subitement. Il se promenait sur la place du village qui, cette fois-ci, était déserte. Une brise légère vint siffler à son oreille, emportant avec elle un murmure inintelligible. Il se retourna, mais ne vit rien, ni personne. La fontaine qui trônait au centre de la place s'arrêta, interrompant le flot de gouttes en plein air. Étonné, il s'approcha pour observer l'étrange phénomène de plus près.

Le temps s'était suspendu.

Il n'y eut plus un bruit. Aaron lui-même ne s'entendit plus respirer.

Mais cette trêve fut de courte durée. Il ferma les yeux un instant, troublé par un son perçant qui résonna soudain dans sa tête. Les mains sur les oreilles, il s'effondra sur les genoux.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, deux mains potelées d'enfant avaient remplacé les siennes.

Il était si jeune, si fragile...

Le vent frémit, tandis que le décor se transformait à nouveau. Il était dans la lande ; sa lande, dévorée par la brume. Elle était grise, froide et menaçante. Au loin, une ombre le suppliait de la rejoindre. Aaron avançait, courait, mais rien n'y faisait, la silhouette s'éloignait toujours plus. Il atteignit sans savoir comment la lisière de la forêt, mais son pied se prit dans une racine et il s'étala de tout son long dans la boue. Des sanglots s'échappèrent malgré lui, tandis que la voix disparaissait dans un écho.

La voix de sa mère.

 

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CrocBlanc
Posté le 26/06/2018
Coucou luna ! 
j'adore la discution entre les trois hommes ! 
une forêt d'esprits ? super exitant ! 
Ah, si jamais tu te demande pourquoi j'en refet un de commantaire, c'est que j'en est fait un hier mais il n'était pas affiché, donc j'ai voulut en remettre un au casous ( je sais pas comment ça s'écrit ). 
Qui c'est le ou la personne que Evanna a retrouvé !!
CrocBlanc 
Luna
Posté le 26/06/2018
Coucou CrocBlanc !
Je suis ravie que ma forêt t'intrigue, j'espère qu'elle ne te décevra pas par la suite ;)
Hihihi, mais qui est cette personne ? Et que cherche Evanna, là est tout le mystère :)
Merci pour ta lecture. À bientôt !
Luna
Elia
Posté le 06/01/2018
Coucou !
Encore une fois je ne peux que souligner la magie de ta plume. C'est fluide et très agréable à lire.
J'ai bien aimé le parallèle que tu as fait entre Aaron et Evanna, qui chacun de leurs côtés apprennent en espionnant une conversation (bon ce n'est pas vraiment espionné mais écouter discrètement) des informations importantes.
Est ce un indice ou une fausse piste pour l'identité d'Evanna ? Je me pose la question !
Et cette forêt... Ça donne vraiment envie d'en savoir plus ! Je trouve Aaron attachant, pour le moment j'avoue avoir une petite préférence pour lui. Encore bravo pour ces premiers chapitres prenants et intriguant ! Ton atmosphère me fait voyager et ça fait plaisir :)
Je m'attaque à la suite dès que je le peux :)
À plus tard ! 
Luna
Posté le 06/01/2018
Coucou Elia ♥
 
Je suis ravie de te revoir si vite sur mon histoire et très touchée de tes compliments, merci !
Haha, mais qui est donc cette petite Evanna ô_ô normalement le chapitre 6 devrait te donner un bon paquet de réponses ;)
Je suis contente que Aaron te plaise autant !
 
Merci encore Elia et à bientôt ♥
 
Luna 
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