Chapitre 3 : La différence entre ma chienne et le poisson

Par Kieren

Finalement le poisson passa dans le feu improvisé sur la berge. Et même dans sa cuisson, il était lent à la détente. Il prenait vraiment tout son temps pour cuire.

Il n'était pas le seul sur la broche, peut-être discutait-il avec ses compagnons d'infortune ?

 

Allez savoir. Les poissons ont peut-être plus de finesse qu'on ne le leur accorde.

"Pas trop chaud, Jean-Pierre ?" dirait l'un.

"Un peu trop si, Raoul" répliquerait l'autre. "Il n'est pas Dieu possible que l'on nous dore à la bonne température !"

"Allez savoir cher ami, il parait que Christine a fini sur une pierre brûlante lundi dernier."

"Vraiment ? La pauvre ! Cela a dû lui ruiner son brushing !".

 

Ma chienne me lança un regard désespéré, elle avait l'air de me dire : "Cesse donc cette comédie vieux croûton et passons à table !".

 À cela, je lui aurais répondu : "Mais tu n'as qu'à chasser toute seule, vieille carne".

 

Mais je n'étais pas rancunier, alors je lui lançai son poisson. Elle ne se jeta pas dessus tout de suite. Elle l'attrapa d'abord au vol, puis elle le déposa sur une roche non loin.

Elle attendit quelques secondes puis se décida à le déguster du bout du museau. Mais elle n'aimait pas que je la regarde se nourrir, alors elle me fixa jusqu'à ce que je me décide à manger avec elle.

C'est dommage, j'aime bien observer ma chienne. Elle mange avec grâce. Elle ne se goinfre pas, elle ne réclame pas. Elle est douce avec sa nourriture. Elle prend son temps.

 

Par exemple, elle aime beaucoup les pommes. Lorsque je lui en donne, elle la prend toujours par la queue, et elle l'emmène dans un coin au calme pour la dévorer. Par contre elle ne laissera rien. Sauf la queue, qu'elle me redonne parfois. Allez savoir pourquoi.

 

Je la rejoignis dans ce repas en sortant un des poissons du feu. J'aurais pu mettre quelques herbes par-dessus pour lui donner du goût, mais bon...

Je doute que la bestiole m'en veuille de ne pas profiter de sa chair au maximum.

 

"Tu te rends compte Jean-Pierre ? Déjà il nous tue, mais en plus il nous mange sans aromates. Mais quelle grossièreté !"

 

Je fixai alors mon repas quelques secondes, il me fixait aussi.

"...Je maudis le gâtisme" jurai-je en rajoutant un reste de laurier et de thym qui traînait au fond de mes poches.

J'étais sûr que ma chienne se foutait de ma gueule dans son coin.

 

Le craquement occasionnel des braises et le clapotis de l'eau nous accompagnèrent durant tout le repas. Aucune mélodie n'en ressortait mais c'était déjà mieux que le silence qui suivait mes jours et mes nuits.

Ma chienne n'aboyait plus ces temps-ci. Elle traînait la patte un peu plus chaque jour.

 

Je me dis qu'il allait falloir y aller encore doucement ces jours-ci…

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Zoju
Posté le 24/05/2020
Salut ! J'ai pris plaisir à lire ce chapitre. J'ai bien rit avec le passage sur les poissons. Une petite touche d'humour, cela fait du bien. En ce qui concerne la chienne, je trouve cette partie assez touchante, on ressent bien le lien entre l'homme et son animal. Il l'aime beaucoup. Tu continues ton récit paisiblement. Je suis curieuse de connaitre la suite ! Courage :-)
Kieren
Posté le 24/05/2020
Merci =)
J'hésitais avec ce genre d'humour très décalé par rapport avec l'ambiance lourde des premiers chapitres, cela faisait une brisure. Mais en même temps, j'écris rarement à la suite, souvent un seul chapitre par jour, du coup mon état d'esprit change.
Et pourtant je n'ai pas l'impression que cela gâche l'histoire. Tu me diras si cela pause problème dans les prochains chapitres, si l'histoire t'intéresse toujours évidemment =)
Zoju
Posté le 24/05/2020
Je pense que c'est important d'écrire en fonction de l’inspiration du moment. Cela amène des éléments qui ne serait pas forcément arrivé si on était dans une autre mentalité.
Kieren
Posté le 24/05/2020
Vrai =)
Ensuite, mes meilleurs vacances, c'est celles que je passe seul dans ma voiture à voyager sans but pour me poser à côté d'une rivière et à enchaîner les chapitres.
Tout n'est qu'une histoire de moment.
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