Chapitre 3

Notes de l’auteur : Bonjour à tous !

Voici le chapitre 3 de mon histoire.

N'hésitez pas à me laisser un commentaire pour me dire ce que vous en avez pensé, à ajouter mon histoire à votre PAL et/ou à me suivre sur Instagram.

Je vous souhaite à tous une bonne lecture et une merveilleuse fin de semaine :)

À bientôt !

Elena est sonnée et désorientée. Tout autour d’elle des gens crient, hurlent, s’agitent. Tout est flou et elle ne distingue que des formes sans contours. Une odeur âcre de sueur et de fange semblant venir du passé lui emplit les narines jusqu’à lui provoquer un haut-le-cœur. Elle essaie de bouger, mais elle est attachée à un pilier qui lui blesse le dos et de la corde rêche lui écorche la peau des poignets et des chevilles. Elle a envie de hurler, d’appeler à l’aide, mais rien ne sort.

Soudain, les flammes l’encerclent, voraces, avides de chair. Elles viennent se repaître de son corps immobile et impuissant. La douleur l’envahit peu à peu. Sa peau cloque, se décolle de ses chairs. Elle se sent cuire vivante, ses entrailles se gonflent de lymphe, ses cheveux s’embrasent et alors qu’un de ses yeux éclate dans son orbite sous la pression de la chaleur, Elena est aspirée subitement vers un ailleurs.

Plus de flammes. Ses mains sont toujours liées et elle ne peut invariablement pas bouger. Elle prend conscience qu’elle est maintenue dans une camisole de force blanche. Le décor n’est plus le même. Elle reconnaît l’environnement bien qu’il soit toujours flou, elle se trouve dans le bureau du Dr O’Brien. Le docteur lui fait face, assis sur son bureau. Lui seul apparaît nettement dans son champ de vision. Son apparence est fidèle au réel : élégant, cheveux coiffés sur le côté, à ceci près que son expression, si détachée d’habitude, a laissé place à un sourire déformé, monstrueux et à un regard fou plein de sadisme. Tandis qu’Elena prend conscience de sa situation : son corps est emprisonné dans une camisole blanche, lui interdisant toute liberté de mouvement. Elle sent une vague d’angoisse l’envahir et la noyer. Elle panique, se débat, déclenchant ainsi un rire tonitruant chez son persécuteur. Le rire diabolique du médecin se fait de plus en plus fort et elle a l’impression qu’il résonne en un milliard d’échos faisant trembler chacun de ses os, chacune de ses cellules. Les vibrations se propagent à travers sa moelle épinière, jusque dans son crâne, jusqu’à lui donner la sensation que sa tête va exploser.

Elena se réveille en sursaut, dans son lit, elle est couverte de sueur, ses draps sont trempés. Son premier réflexe et de palper l’ensemble de son corps à la recherche des brûlures qui lui ont semblé si réelles. Elle regarde ensuite ses poignets, mais n’y voit aucune trace des liens qui n’existaient qu’en songe. Elle est haletante et essaie de reprendre ses esprits et s’oblige à respirer lentement, comme on lui a appris quand elle était en institut, pour gérer ses crises d’angoisse. Elle consulte son téléphone : 4h30, clairement pas l’heure de se lever. Elena profite de l’éclairage de son appareil pour repérer sa bouteille d’eau dans le noir, sans allumer la lumière pour éviter de se réveiller définitivement, boit une gorgée, coupe la lumière et se renfonce la tête dans son oreiller, emmitouflée dans sa couette jusqu’aux yeux. Elle ferme les yeux et ce qui lui paraît être l’instant d’après, son alarme sonne. Elena, cherche son téléphone à tâtons et finis par le trouver sous son oreiller, elle le coupe, râle, tire la couverture et sort du lit.    

Comme chaque matin, ses cauchemars l’ayant éprouvée, elle se sent plus fatiguée que si elle n’avait pas du tout dormi. Elle ne supporte plus de voir ses traits si tirés et ce visage si pâle et si vide de toute énergie et abrège la confrontation avec son reflet sans pitié. Après avoir accompli sa routine de réveil, elle descend et profite d’avoir un peu de temps pour boire tranquillement son thé avec sa mère. Peut-être même avalera-t-elle quelque chose pour lui faire plaisir.

Sans surprise, elle retrouve sa chère maman aux fourneaux. Plus surprenant, son père est encore là, attablé en cuisine, déjeunant en compagnie de sa femme.

Tous deux affichent une mine soucieuse. À l’arrivée d’Elena, la conversation s’arrête nette et les regards se tournent vers elle.

« Bonjour, mademoiselle… Comment te sens-tu ce matin ? Ta mère et moi, on t’a entendu crier cette nuit… Encore ces cauchemars, pas vrai ?

– Euh, oui… mais ne vous inquiétez pas. Je vais bien. Et désolée de vous avoir réveillés, encore… répond -elle dépitée de s’être donnée une fois de plus en spectacle, donnant une raison supplémentaire à ses parents de se ronger les sangs à son sujet. »

Ses parents échangent un regard bref, sa mère se détourne et soupir et son père reprend :

« Écoute ma chérie, on se demandait si tu prenais bien ton traitement.

– Évidemment, je le prends ! Vous pensez que je pourrais oublier avec vous pour me le rappeler à longueur de temps ? Et puis, si vous croyez que ça m’amuse de passer des nuits aussi pourries…

– Tu as raison, excuse-nous. Mais peut-être que tu en fais un peu trop ces derniers temps, non ? Entre les cours et la préparation des examens de fin de semestre et ton job… ça fait beaucoup pour toi… Et puis Padraig m’a dit…

– Padraig ? Mon petit ami t’a dit quoi ? Et quand ?!

– Ne t’énerve pas… Je l’ai croisé en ville l’autre jour en revenant du lycée. Il m’a confié que tu ne le voyais plus beaucoup ces derniers temps. Il s’inquiète pour toi, tu sais ? Je crois que ce garçon t’aime beaucoup, Elena. Tu devrais peut-être…

– Alors je t’arrête tout de suite, papa. La fréquence à laquelle je vois mon copain ne te regarde absolument pas ! Et je ne devrais rien du tout : stop. Arrêtez de faire comme si j’étais une enfant incapable de décider pour elle-même ! Stop.

– … Ce n’est pas ce que je voulais dire… Tu devrais… Je veux dire : est-ce que tu as faim ? Tu manges un bout avec nous ? Ta mère nous a gâtés ce matin.

– … Non, c’est bon, ça ira, je mangerais en ville à ma pause.

– Elena, ce que ton père essaie de te dire, c’est que ce serait bien que tu arrêtes de te conduire comme une Hermite et que tu acceptes de saisir les mains qui te sont tendues.

– Aisling…

La mère de famille ordonne à son mari de ne pas s’en mêler d’un simple signe la de main.

– Maman, sache que j’ai très bien compris ce que papa voulait me dire. Ma réponse reste la même : MA VIE. Mêlez-vous de ce qui vous regarde pour une fois. »

Elena quitte la pièce, hors d’elle, et claque la porte en sortant. Ça ne s’arrêtera donc jamais cette manie de la juger en permanence, de vouloir la contrôler ?! Même ses rêves, ils aimeraient les maîtriser ! Finalement ce cauchemar est peut-être la dernière zone de sa vie qui échappe à tout contrôle. Celui de ses parents, de son psychiatre, de son petit ami. Même du sien. Elle est épuisée, à bout de nerfs. Elle aimerait hurler au monde entier cette colère qui l’envahit et la ronge de l’intérieur. Elle étouffe, son monde l’oppresse. La jeune femme sent la crise d’angoisse monter crescendo. Son pouls s’accélère. Sa gorge s’assèche. Ses mains tremblent, puis le reste de son corps suit. Son souffle se saccade et se fait moins profond. Elle pose ses mains sur sa poitrine et tente de contrôler sa respiration comme elle a l’habitude de le faire en de telles circonstances. Elle bat la mesure d’un pouls régulier contre son cœur et essaie de caler son inspiration sur ce rythme apaisant. Elle lève les yeux vers le ciel. Les fermes et les réouvres. Sa vue se trouble. Un voile noir tombe devant ses yeux. Elle se sent partir et s’adosse à un mur de clôture, le temps de se reprendre. Elle finit par s’asseoir à même le sol, dans l’espoir qu’en réduisant l’espace entre elle et le sol l’attraction gravitationnelle s’amoindrisse.

Au bout de quelques minutes d’exercice respiratoire et de visualisation positive, son état retourne à la normale. Elle a vraiment besoin d’un thé. Et peut-être d’avaler quelque chose de sucré aussi… elle devrait trouver de quoi se remettre d’aplomb dans la cachette secrète de Grant. Une vieille boîte à gâteaux métallique, cachée sur une étagère haute derrière une pile de vieux livres poussiéreux. Remplie de toutes sortes de bonbons, biscuits et autres douceurs sucrées. Elena est tombée dessus un jour alors qu’elle avait décidé de faire un grand ménage de printemps dans le bureau qu’ils partagent. Cette découverte lui avait arraché un sourire plein de malice et elle s’était empressée de la remettre en place non sans y avoir pioché quelques gourmandises. Un jour, il va vraiment finir par se rendre compte que sa cachette n’est plus si secrète que ça à force qu’elle pique dedans. Ou alors, peut-être le sait-il déjà et il a l’extrême gentillesse de le réapprovisionner et de ne pas lui en tenir rigueur. À l’occasion, elle lui referra un peu de stock, elle lui doit bien ça…

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