Chapitre 3

Par AliceH
Notes de l’auteur : PHILIPPE ! JE SAIS OU TU TE CACHES !

Ou plutôt CE que tu caches...

Deux semaines passèrent, sans grande nouvelle. Ni Capucine ni Isabeau ni aucune des potentielles prétendantes de Philippe ne vinrent parader avec leur bague de fiançailles. Pour ma part, j'avais passé la majorité de ce temps à coudre diverses vestes et manteaux pour l'hiver approchant.

 

Puis, je tombai malade.

Après une première journée avec une forte fièvre et des sueurs permanentes, ma chemise de nuit et mes draps collaient en permanence à ma peau moite. Je fus à peine capable de me lever pour aller aux toilettes et Faustine dut me forcer à avaler un peu de soupe. Le second jour, je n'avais toujours pas fière allure : j'étais encore trop faible pour pouvoir parler distinctement, ainsi fus-je très surprise quand j'entendis des pas dans les escaliers. Trop rapides pour être ceux de mon père, trop lourds pour être ceux de ma sœur.

 

Je me relevai avec peine et vis la porte s'ouvrir. Philippe resta un peu bêtement dans l'embrasure. Il tenait un bouquet de fleurs et ses joues étaient rosies, probablement à cause du vent.

 

– Salut Agathe. Faustine m'a dit que tu ne te sentais pas très bien alors je suis venu te rendre visite. J'ai apporté des fleurs.

– Je suis pas sûre que ça fasse grand chose à baisser mla fièvre, répondis-je avec la bouche pâteuse.

– Moi non plus, mais ma mère a insisté pour que je ne vienne pas les mains vides. Je peux ? demanda-t-il en désignant un vase rempli de fleurs mortes.

– J't'en prie.

 

Il descendit quelques instants et revint avec son bouquet joliment organisé dans le vase qu'il posa sur ma table de nuit, tout près de ma tête. Il saisit une chaise pour s'installer à mon chevet.

 

« J'ai une grande nouvelle à t'annoncer. »

 

Ah, enfin. Il allait enfin cracher le morceau : le village mourrait d'impatience de savoir qui serait la prochaine Madame Brieux. Et connaissant un peu la mère de Philippe, très à cheval sur la politesse et les bonnes manières, elle avait du pousser son fils à annoncer à toutes les filles écartées de la course qu'elles resteraient célibataires encore un moment. Au moins, j'aurais eu des jolies fleurs.

 

– D'accord, fis-je en hochant la tête avant d'être prise d'une quinte de toux.

– Concernant cette histoire de mariage... clama-t-il avant de prendre une grande inspiration : j'ai décidé qui j'allais épouser.

 

Je notai que ses mains tremblaient.

Philippe ne tremblait jamais.

Même pas après une bêtise à l'école, même pas après avoir manqué de se bagarrer avec plus grand que lui, même pas quand nous nous racontions des histoires des monstres quand nous étions petits !

 

Pitié, ne me dites pas que...

 

« C'est toi que je veux épouser, Agathe. »

 

Je m'étranglai et toussai pendant de longues minutes. Dépassé, Philippe resta les bras ballants un moment avant de me taper entre les deux omoplates avec hésitation. Je devais avouer que j'étais soulagée d'avoir l'excuse d'être malade pour avoir ce type de réaction. Je finis par stopper ma toux et m'allongeai avec le ventre endolori et les yeux larmoyants.

 

– Tu... Tu. Tu ? répétai-je sans oser le dire complètement.

– Je veux t'épouser, dit-il avec un sourire doux. Ça te surprend à ce point ?

– Un peu, oui. Capucine me semblait bien plus enthousiaste à cette idée, lâchai-je avant de me maudire intérieurement.

– Elle n'est pas mon type du tout. Je sais pourquoi elle tient à faire un bon mariage, mais sa manière de vouloir écarter ses 'concurrentes' m'a semblé fort malhonnête et je ne veux pas épouser une telle personne. Écoute, dit Philippe après un petit soupir, réfléchis-y. Je sais que... Comme tu l'as dit, tu n'es pas enthousiaste à cette idée et je sais que nos pères se sont un peu joués de nous pour ça arrive. Mais mes sentiments sont sincères. Je ne pense pas que tu pourras avoir une meilleure perspective d'avenir ici... Sauf si tu veux épouser Barbe-Bleue.

Barbe-Bleue ?

– C'est le nom qu'on a donné à Eudoxie de Saint-Nattier. Elle a l'air d'avoir une barbe avec sa tache au menton, tu ne trouves pas ?

– Ah, si. Si, approuvai-je, contente de changer de sujet de conversation.

– Je reviendrai te revoir la semaine prochaine, quand tu iras mieux. Je ramenerai de nouvelles fleurs, ajouta-t-il. Soigne-toi bien.

 

Et il fit quelque chose qui me surprit : il se pencha vers moi et m'embrassa doucement le front avant de partir avec un petit salut.

 

Je ne sais pas pourquoi mais je pleurai.

 

_____

 

Au fil des jours, je me remis doucement et après quatre autres jours alitée, je pus me remettre à m'occuper un peu dans la maison. Faustine et mon père insistaient pour que je ne me fatigue pas trop et je fus plusieurs fois dispensée de force de passer le balai ou de faire des ourlets, à mon grand dam. Je passai le plus clair de mon temps à lire ou à broder des chutes de tissu tout en discutant avec eux, emmitouflée dans une couverture au fond de la boutique.

 

C'est alors que j'étais seule que j'entendis toquet à la porte de l'atelier. Je me pétrifiai. C'était Philippe ! Il était revenu me parler du mariage ! Je ne pouvais pas m'y dérober : mon père était au courant, ma famille aussi et il avait sûrement du les croiser au marché. J'arrangeai un peu mes tresses, mon chemisier et m'avançai vers la porte en tentant de garder la tête haute.

 

« Bonjour, Agathe. Vous vous sentez mieux ? J'ai entendu dire que vous étiez souffrante. »

 

Je dus la lever un peu plus pour pouvoir regarder Eudoxie de Saint-Nattier droit dans les yeux. Je me dépêchai de m'écarter pour la laisser entrer tout en bredouillant :

 

– Un accès de fièvre vite passé.

– Vous m'avez encore l'air un peu pâle. Il fait froid, non ? Vous n'avez plus de bûches pour votre cheminée ? s'étonna-t-elle en jetant un bref regard dans notre cuisine.

– Mon père devait en couper ce matin mais son dos le fait souffrir.. commençai-je sans pouvoir terminer ma phrase.

– Je peux m'en occuper, clama-t-elle en entrant dans la cuisine et ouvrant la porte qui menait au jardin, où une petite pile de bois attendait d'être coupé.

– Mais ! Attendez ! m'écriai-je en la suivant après avoir saisi un châle dont je me couvrai à toute hâte. Vous n'avez pas à vous occuper de ça, je ne veux pas vous importuner-

– Ce n'est pas le cas. C'est plutôt moi qui vous importune à m'immiscer ainsi dans votre cuisine et jardin.

– Vous êtes sur vos terres, Seigneur. Notre maison est votre maison, répondis-je, interdite par ses mots.

– Et bien, dites-vous que j'ai décidé de couper du bois pour ma cheminée alors.

 

Elle me lança un grand sourire et mon cœur manqua un battement. Malgré sa grande taille, son visage sérieux et sa voix grave, elle était transformée quand elle souriait ainsi. Ses yeux en amande se fermaient presque, et elle semblait réellement contente de pouvoir m'aider. Elle saisit la hachette de mon père afin de couper plusieurs bûches les unes à la suite des autres puis de rentrer avec moi.

 

Alors que je m'occupais d'allumer le feu, je l'entendis s'asseoir à notre grande table de cuisine. La même table où mon père avait évoqué les disparitions au sein de son propre château. Malgré la chaleur qui s'échappa rapidement du feu, je frissonnai. Je me retournai et m'excusai de ne pas lui avoir proposé à boire avant de lui offrir un peu de vin.

 

– Vous n'en buvez pas ? s'étonna-t-elle alors que je me servais un peu d'eau.

– J'ai passé plusieurs jours à ne pas avoir la tête claire, je préfère ne pas recommencer tout de suite.

– Sage décision. J'ai vu le manteau que vous avez fait au bourgmestre Brieux. Il en est très content, m'apprit-elle après avoir bu quelques gorgées.

– J'en suis très contente moi-même, avançai-je prudemment.

– Il en est presque aussi content que de savoir que vous allez être sa belle-fille.

– Oh.

– Ce n'est pas votre cas, je me trompe ?

 

Je déglutis avec difficulté. Malgré son apparence et son mode de vie apparemment peu commun ainsi que la gentillesse dont elle faisait preuve à mon égard, pouvais-je vraiment me confier à elle ? Elle devait veiller à l'ordre sur ses terres, ce qui passait par le fait d'empêcher une future épouse de futur bourgmestre de fuir au diable vauvert. Mon silence dura beaucoup trop longtemps, ce que je ne le réalisai que trop tard.

 

« J'aimerais que vous me répariez cet accroc, dit Eudoxie comme si rien ne s'était passé. Je crains que le jardin n'ait pas été la priorité de mon père et la forêt semble de plus en plus proche de ma demeure. »

 

Elle retira son manteau puis sa veste de brocart rouge vif. En la posant sur la table, elle se pencha vers moi et ses cheveux frôlèrent mon front. Du bout du doigt, elle désigna une déchirure au niveau du coude gauche.

 

« Je pense que c'est un peu compliqué de réparer ce type de tissu. Mais après avoir vu votre travail, je crois ne pas pouvoir confier cette tâche à qui que ce soit d'autre. »

 

Je hochai la tête avant de lui assurer que je pouvais m'y atteler dès maintenant. J'allai prendre mon nécessaire à couture puis repris ma place, face à elle et bien éclairée par la lumière du jour. Le soleil blanchâtre entrait à flots dans la pièce et je n'eus aucune peine à recoudre l'accroc. Il était quasi invisible. Je lui tendis nerveusement son habit et attendis son verdict.

 

– C'est parfait, sourit-elle. Combien vous dois-je ?

– Rien du tout, voyons ! Ce n'était qu'une broutille, insistai-je en levant les mains.

– Tout travail mérite d'être payé et reconnu, Agathe. Je crois que voilà votre père et votre sœur nota-t-elle alors que leurs voix se faisaient entendre.

– Agathe ! Une omelette de pommes de terre pour déjeuner, ça te- Oh Seigneur ! s'exclama Faustine en entrant dans la cuisine avant de porter la main à sa poitrine. Seigneur de Saint-Nattier !

– Bonjour, Mademoiselle Batiste. Monsieur, dit Eudoxie en s'inclinant légèrement devant eux.

– Que nous vaut l'honneur de votre présence chez nous ?

– Une broutille, si je me fie à votre cadette. J'ai demandé à Agathe de réparer un accroc, et celle-ci insiste pour que je ne paie rien.

– J'insiste également ! lança mon père.

– Dans ce cas, moi, je n'insiste pas. Mais je pense avoir du travail à vous confier prochainement, Mademoiselle Batiste, dit-elle en me regardant. Je vous remercie encore.

– Vous n'avez pas fini votre vin, lui fis-je remarquer en me levant en même temps qu'elle.

– Maintenant, oui, glissa-t-elle après avoir vidé son verre. Nous nous reverrons bientôt. Merci de votre hospitalité.

 

Mon père se chargea de la raccompagner tandis que ma sœur cherchait notre plus grande poêle. Elle me lança :

 

– Alors, comme ça, c'est pour bientôt ?

– Pour bientôt de quoi ? m'étonnai-je.

– Agathe ! Arrête tes mensonges de gamine ! riposta-t-elle. Nous avons croisé le bourgmestre qui nous a annoncé que ton mariage avec Philippe se déroulerait au début du printemps ! Nous aurons à peine le temps de coudre ta robe, et il nous a même demandé si nous avions commencé !

– Mais mais mais mais... glapis-je en boucle, incapable de digérer cette information.

– Alors, maintenant que tu vas mieux, tu vas pouvoir nous aider ! Je sais que tu n'es pas follement heureuse à l'idée d'épouser Philippe, mais tu ne peux pas te dérober. Papa en mourrait de chagrin.

 

Faustine ne le vit pas mais des larmes me montèrent aux yeux. Sans réfléchir, je saisis la bouteille de vin que j'avais sortie pour Eudoxie et en versai une large quantité dans son propre verre que je portai à mes lèvres. Il était plus doux et sucré qu'il n'en avait l'air à première vue.

 

La nuit tomba, et je n'arrivai pas à trouver le sommeil.

J'allais me marier, que je le veuille ou non. Philippe avait promis qu'il m'en reparlerait mais il m'avait prise en traître ! Lui et son père annonçaient à tout le monde la date du mariage, me faisant passer pour une lâche auprès de mon propre père !

Papa...

 

Je ne pouvais pas refuser ce mariage de toute façon. Sa santé se fragilisait de jour en jour et comme l'avait dit Faustine, il risquerait de mourir si je le contrariais. Je savais qu'il ne supporterait pas me voir malheureuse, mais son idée du bonheur était si éloigné du mien qu'il ne comprendrait pas pourquoi me marier au meilleur parti de Grandbourg me rendait malheureuse, pour commencer.

 

Une voix me disait que franchement, je faisais des affaires pour rien. Philippe n'était pas si terrible. Gauche, un peu bagarreur, un peu insouciant, mais pas méchant, ni buveur. Je ne trouverais probablement pas meilleur mari que lui.

 

Mais je ne voulais pas me marier.

 

Ces pensées se fracassèrent les unes contre les autres jusqu'au petit jour, où je dormis d'un sommeil agité.

 

______

 

«  Agathe ? Notre Seigneur voudrait te voir. »

 

Je levai la tête de mon ouvrage. Ma propre robe de mariée. J'y travaillais depuis déjà dix jours, sans croire que je devrais la porter dans quelques semaines. J'avais la sensation de ne pas être vraiment moi. Eudoxie de Saint-Nattier s'approcha de moi et demanda à mon père et ma sœur de nous laisser seules. Elle était vêtue tout de noir : cette apparence très sombre et sobre me fit lui trouver une ressemblance avec un corbeau.

 

– Le grand jour approche, on dirait, devina-t-elle avant de désigner ma tenue d'un geste de la tête.

– Oui, répondis-je sans conviction.

– Vous n'aviez pas répondu à ma question la dernière fois mais je ne pense pas que ce soit la peine. Vous ne voulez pas épouser le jeune Brieux. N'importe qui le verrait. Pourquoi acceptez-vous cela ? demanda-t-elle à mi-voix.

– Mon père. Je ne peux pas le décevoir, surtout qu'il est de plus en plus malade...

 

Elle laissa échapper un petit « Ah » peiné avec d'esquisser un bref rictus. Elle croisa les bras et s'appuya sur ma table de travail puis fixa le mur en face de nous.

 

– J'ai longtemps fait les choses pour ne pas décevoir mon père, moi aussi, me confia-t-elle sans me regarder. Mais cette vie est la vôtre.

– Je ne veux pas qu'il lui arrive quoique ce soit de ma faute ! m'écriai-je, quelque peu énervée par ce qui me semblait être de la nonchalance. Je n'ai ni votre rang, ni votre argent ! Je ne suis qu'une simple petite couturière, une fille, et une cadette par dessus le marché !

 

Je reculai, mortifiée par mon accès de colère. Mais Eudoxie ne s'énerva pas et se contenta de me fixer de ses profonds yeux noirs.

 

– Et si vous trouviez un meilleur parti ? proposa-t-elle.

– Qui donc ? Le roi des fées ? ironisai-je sans pouvoir m'en empêcher.

– Non. Votre Seigneure.

 

Elle ne cilla pas quand elle prononça ses mots tandis que ceux de Philippe me revenaient en mémoire.

 

.Je ne pense pas que tu pourras avoir une meilleure perspective d'avenir ici... Sauf si tu veux épouser Barbe-Bleue.

 

Alors que j'étais parvenue à en faire abstraction jusque là, je contemplai son menton. Il était couvert d'une large tache de naissance aux contours flous, d'un bleu violacé étrange : une tache qui ressemblait bel et bien à une barbe bleue. Si elle remarqua mon insistance, elle ne le montra pas et continua :

 

– Je suis venue vous demander officiellement d'entrer à mon service en tant que couturière personnelle et femme de chambre. Comme vous le savez, le personnel du château est... minime. En vérité, vous serez ma seule domestique.

– Puis-je savoir ce qu'il est advenu de vos autres domestiques ? osai-je en me penchant vers elle.

– Ça, Agathe... C'est ce que j'essaie de découvrir. Et si vous acceptez ma demande, peut-être pourriez-vous m'aider.

 

Elle avait parlé elle aussi à voix basse : elle se redressa et dit à voix haute :

 

«  Je vous laisse trois jours pour y songer. »

 

Elle repartit après m'avoir brièvement saluée. Elle avait à peine fermé la porte que ma sœur surgit de la cuisine pour me secouer comme un prunier.

 

– Ne t'avise même pas d'accepter ! cria-t-elle.

– Faustine ! Lâcha ta sœur ! Agathe n'est pas idiote ! la calma mon père qui la saisit doucement. Elle sait bien qu'il vaut mieux qu'elle...

– Papa ? m'inquiétai-je tandis que ses yeux fixaient le vide sans rien voir.

– Papa ! hurla Faustine alors que ce dernier s'écroulait, la main sur sa poitrine ! Agathe ! Cours trouver le doct- ! »

 

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase : je me ruai hors de la maison et pris mes jambes à mon cou.

 

«  Agathe ! Que se passe-t-il ?! »

 

Je stoppai pour voir Eudoxie de Saint-Nettier arriver vers moi, perchée sur son grand cheval noir. Les larmes aux yeux, je reniflai :

 

– Mon père vient de faire un malaise et et et...

– Montez avec moi. Nous irons plus vite à cheval, ordonna-t-elle en me tendant la main.

– Merci.

 

Elle me hissa juste devant elle et je sentais son menton effleurer le haut de mon crâne tandis que nous galopions jusqu'au cabinet du Docteur Parmanet. Je manquai de me casser la cheville en descendant de cheval, mais je m'en fichais. Le docteur était heureusement disponible : lui et Eudoxie repartirent à cheval vers chez moi tandis que je les suivais à toutes jambes.

 

Après cette course, j'avais les jambes terriblement faibles : je passai le pas de la porte avec grande difficulté. Ma sœur courut vers moi et me porta jusqu'à la chaise la plus proche.

 

– Est-ce que... Papa... dis-je, à bout de souffle.

– Il se repose. Le médecin dit qu'il a attrapé froid et que... sa santé risque de s'aggraver plus vite que nous le pensions... »

 

Je regardai Faustine. Ma grande sœur, ma si belle sœur, si forte, si mûre et si apeurée. Ses grandes pupilles noisette tremblaient. Je la pris dans mes bras et la laissai pleurer de tout son soûl.

 

Elle partit se reposer un peu après que le docteur nous a rassurées que Papa irait vite mieux.

 

Malheureusement, sans traitement adapté, il ne s'en remettra jamais totalement... Peut-être devriez-vous faire payer plus cher vos travaux ? Ou vendre quelques objets de famille ? Les apothicaires de la capitale sont déjà chers, les marchands ajoutent encore quelques sous pour pouvoir dégager une marge de profit personnelle...

 

« Je pourrais vous aider et vous le savez. »

 

Je tournai la tête pour voir Eudoxie s'approcher de moi. Avec sa tenue et ses cheveux noirs, on aurait pu la croire sortie des ombres de l'atelier plongé dans l'obscurité de la nuit tout juste tombée. J'avais passé les vingts dernières minutes dans la cuisine à contempler le feu de cheminée sans réussir à formuler une pensée cohérente.

 

– Je paierai les médicaments pour votre père, me dit-elle en s'asseyant à mes côtés.

– Philippe pourrait le faire aussi, contestai-je sans trop y croire.

– Les Brieux sont endettés jusqu'au cou. J'ai accès à des informations très personnelles les concernant, au vu mon rang, expliqua-t-elle en insistant sur ce dernier mot comme pour me rappeler mon accès de colère lors de notre dernière discussion. Jeanne Brieux souffre elle-même d'une maladie qui nécessite un traitement continu, et cela depuis des décennies. Ajoutez à cela leur train de vie un peu trop luxueux pour un bourgmestre de ville de province...

– Nous pourrions vendre les affaires de ma mère.

– Agathe, soupira-t-elle. Quand les avez-vous vues pour la dernière fois ? Les tenues de votre mère ? Ses livres ? Son peigne ?

– Il y a quelques mois...

– Votre père les a vendus, Agathe. Pour payer votre dot auprès du bourgmestre Brieux, qui a demandé cette dot pour rembourser un peu de ses dettes.

 

Mon sang ne fit qu'un tour et je n'eus qu'une envie : me ruer hors de chez moi et me rendre chez Honoré Brieux pour le traiter de tous les noms. Je crachai :

 

– Et donc, ma seule option, c'est d'aller avec vous ? Dans ce château d'où personne n'est revenu depuis des années ?!

– Je ne laisserai jamais qui que ce soit ou quoi que ce soit vous faire du mal !

– Ça vous arrange bien que je sois dans cette situation, finalement. Je suis au pied du mur ! feulai-je sans prêter attention au 'ou quoi que ce soit'.

– Je ne mentirai pas : oui, ça m'arrange. Mais çe ne me fait pas plaisir du tout, lança Eudoxie qui était visiblement peinée. Agathe. Vous aimez votre père, et vous ne voulez pas épouser le jeune Brieux. Je vous offre une chance de sauver le premier, d'échapper au second, et vous offre ma protection personnelle. Est-ce une option si révoltante pour vous ?

 

Elle avait ponctué sa question d'un mouvement qui me surprit : elle saisit une de mes mains et la serra doucement. Je fermai les yeux, considérant les possibilités qui s'offraient à moi.

 

Épouser un homme que je n'aimais pas. Devenir la belle-fille de l'homme qui avait forcé mon père à vendre les souvenirs de son épouse et l'avait poussé à abandonner l'idée de pouvoir être correctement soigné.

 

Refuser le mariage et devenir une honte pour ma famille, risquant de tuer de mon père au cœur fragile. Devenir celle qui avait déçu le meilleur parti de Grandbourg. Risquer de faire couler la boutique et compromettre aussi l'avenir de ma propre sœur.

 

Partir dans ce château lugubre, au risque de ne pas en revenir. Aider à découvrir le terrible secret qui semblait s'y terrer. Pouvoir sauver mon père et éviter les Brieux. Pouvoir apprendre à connaître Eudoxie.

 

Je revins à moi et posai mon autre main sur la sienne avant de lever les yeux.

 

« J'accepte votre proposition. »

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Ophelia_Yeti
Posté le 28/07/2020
Aaaaaaaah je sais pas si je dois être contente ou non à cause de ce que je sais sur barbe bleue ;-;...
en tout cas la détresse d’Agathe me fait vraiment de la peine, avec toute la pression qu:elle a sur elle

Quand à Philippe et son père, bon bah je n’aurais qu’une chose à dire : SALAAAOOOWW mdr
Je les aime re pas

Mais en tout cas j’aime toujours autant et c’est un plaisir de lire ce chapitre 3 !

Point correction :

Il y a pas mal de « et » qui pourraient sauter avec de nouvelles articulations de phrases ! Encore une fois rien de grave ! Mais c’est une constriction qui revient très souvent et tu gagnerai à varier :D


« Je suis pas sûre que ça fasse grand chose à baisser mla fièvre, répondis-je avec la bouche pâteuse. «  —> je ne comprends pas la formulation « que ça fasse grand chose à baisser la fièvre » et il y’a une petite faute à « mla » !

Pour ce passage « Elle n'est pas mon type du tout. Je sais pourquoi elle tient à faire un bon mariage, mais sa manière de vouloir écarter ses 'concurrentes', expliqua-t-il en mimant les guillemets, m'a semblé fort malhonnête et je ne veux pas épouser une telle personne. Écoute, dit Philippe après un petit soupir, réfléchis-y. Je sais que... Comme tu l'as dit, tu n'es pas enthousiaste à cette idée et je sais que nos pères se sont un peu joués de nous pour ça arrive. Mais mes sentiments sont sincères. Je ne pense pas que tu pourras avoir une meilleure perspective d'avenir ici... Sauf si tu veux épouser Barbe-Bleue. » il y a deux incises, ce qui compte comme une faute. Le moment des guillemets avec les doigts tu peux t’en servir en narration puis reprendre ton dialogue avec le « dit Philippe » ? Ça t’évitera aussi d’avoir une longue réplique et de l’articuler dans ton récit !
AliceH
Posté le 28/07/2020
Pour la faute et la formulation, c'est fait exprès parce qu'elle est malade !

J'aime bien les longues répliques perso, mais je note de remettre des guillemets, merci !
Ophelia_Yeti
Posté le 29/07/2020
Oh d’accord ! C’est vrai c’est logique ! J’y avais pas pensé, désolée !
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