Chapitre 3

Par AliceH
Notes de l’auteur : PHILIPPE ! JE SAIS OU TU TE CACHES !

Ou plutôt CE que tu caches...

Deux semaines passèrent sans grande nouvelle. Ni Capucine ni Isabeau ni aucune des potentielles prétendantes de Philippe ne vint parader avec leur bague de fiançailles. Pour sa part, Agathe avait passé la majorité de ce temps à coudre diverses vestes et manteaux pour l'hiver approchant. Puis, elle tomba malade. Après une première journée de forte fièvre et de sueurs permanentes, sa chemise de nuit collait en permanence à sa peau moite. Elle fut à peine capable de se lever pour aller aux toilettes. Faustine dut même la forcer à avaler un peu de soupe. Le second jour, elle n'avait toujours pas fière allure : la jeune femme était encore trop faible pour ne serait-ce que pouvoir parler distinctement, ainsi fut-elle très surprise quand elle entendit des pas dans les escaliers. Trop rapides pour être ceux de son père, trop lourds pour être ceux de sa sœur. Elle se releva avec peine pour voir la porte s'ouvrir. Philippe resta un peu bêtement dans l'embrasure. Il tenait un bouquet de fleurs et ses joues étaient rosies, probablement à cause du vent.

– Salut Agathe. Faustine m'a dit que tu ne te sentais pas très bien alors je suis venu te rendre visite. J'ai apporté des fleurs.

– Je suis pas sûre que ça fasse grand chose à me faire baisser la fièvre, répondit-elle, la bouche pâteuse.

– Moi non plus, mais ma mère a insisté pour que je ne vienne pas les mains vides. Je peux ? demanda-t-il en désignant un vase rempli de fleurs mortes depuis longtemps.

– J't'en prie.

Il descendit quelques instants et revint avec son bouquet joliment organisé dans le vase qu'il posa sur la table de nuit, tout près de la tête d'Agathe. Il saisit une chaise pour s'installer à son chevet.

– J'ai une grande nouvelle à t'annoncer.

Ah, enfin. Il allait enfin annoncer le nom de la prochaine Madame Brieux. La mère de Philippe, très à cheval sur la politesse et les bonnes manières, avait du pousser son fils à annoncer à toutes les filles écartées de la course qu'elles resteraient célibataires encore un moment. Au moins, Agathe aurait eu des jolies fleurs. Elle espérait que Capucine était l'heureuse élue.

– D'accord, dit-elle en hochant la tête avant d'être prise d'une quinte de toux.

– Concernant cette histoire de mariage... clama-t-il avant de prendre une grande inspiration : j'ai décidé qui j'allais épouser.

Elle nota que ses mains tremblaient. Philippe ne tremblait jamais. Même pas après une bêtise à l'école, même pas après avoir manqué de se bagarrer avec plus grand que lui, même pas quand ils se racontaient des histoires des monstres lorsqu'ils étaient enfants. Pitié, ne me dites pas que...

– C'est toi que je veux épouser, Agathe.

Elle s'étrangla et toussa pendant de longues minutes. Dépassé, Philippe resta les bras ballants un moment avant de la taper entre les deux omoplates avec hésitation. Après avoir réussi à stopper sa toux, elle s'allongea, les yeux larmoyants.

– Tu... Tu. Tu- ?

– Je veux t'épouser, dit-il avec un sourire doux. Ça te surprend à ce point ?

– Un peu, oui. Capucine me semblait bien plus enthousiaste à cette idée, lâcha-t-elle avant de se maudire intérieurement.

– Je l'aime beaucoup, mais comme une amie. Une sœur, presque. Écoute, dit Philippe après un petit soupir, réfléchis-y. Je sais que... Comme tu l'as dit, tu n'es pas enthousiaste à cette idée et je sais que nos pères se sont un peu joués de nous pour ça arrive. Mais mes sentiments sont sincères. Je ne pense pas que tu pourras avoir une meilleure perspective d'avenir ici... Sauf si tu veux épouser Barbe Bleue.

Barbe Bleue ?

– C'est le nom qu'on a donné à Eudoxie de Saint-Nattier. Elle a l'air d'avoir une barbe avec sa tache au menton, tu ne trouves pas ?

– Ah, si. Si, approuva-t-elle, contente de changer de sujet de conversation.

– Je reviendrai te revoir la semaine prochaine, quand tu iras mieux. Je ramènerai de nouvelles fleurs. Soigne-toi bien.

Il fit quelque chose qui la surprit : il se pencha vers elle et lui embrassa doucement le front avant de partir avec un petit salut. Agathe se mit à pleurer sans savoir pourquoi.

 

_____

 

Après quatre jours où elle fut alitée, elle put se remettre à s'occuper un peu dans la maison. Faustine et son père insistaient pour qu'elle fatigue pas trop et Agathe fut plusieurs fois dispensée de force de passer le balai. Elle passa le plus clair de son temps à lire ou à broder des chutes de tissu dans son coin, emmitouflée dans une couverture, tout au fond de l'atelier. C'est alors qu'elle était seule qu'elle entendit toquer à la porte de l'atelier. Elle se pétrifia. C'était Philippe ! Il était revenu lui parler du mariage ! Agathe ne pouvait pas y dérober : son père était parti au marché et Philippe avait du croiser son chemin en se rendant au domicile des Batiste. Elle arrangea ses cheveux, son chemisier, puis s'avança vers la porte tout en tentant de garder la tête haute.

– Bonjour, Agathe. Vous vous sentez mieux ? J'ai entendu dire que vous étiez souffrante.

Elle dut lever le regard afin de pouvoir regarder Eudoxie de Saint-Nattier droit dans les yeux. Elle se dépêcha de s'écarter pour la laisser entrer :

– Un accès de fièvre vite passé.

– Vous m'avez encore l'air un peu pâle. Il fait froid, non ? Vous n'avez plus de bûches pour votre cheminée ? s'étonna-t-elle en jetant un bref regard dans leur cuisine.

– Mon père devait en couper ce matin mais son dos le fait souffrir- commença Agathe sans pouvoir terminer sa phrase.

– Je peux m'en occuper, clama-t-elle en entrant dans la cuisine et ouvrant la porte qui menait au jardin, où une petite pile de bois attendait d'être coupé.

– Mais ! Attendez ! s'écria-t-elle en la suivant après avoir saisi un châle dont elle se couvrit à toute hâte. Vous n'avez pas à vous occuper de ça, je ne veux pas vous importuner-

– Ce n'est pas le cas. C'est plutôt moi qui vous importune, à m'immiscer ainsi dans votre cuisine et jardin.

– Vous êtes sur vos terres, Seigneure. Notre maison est votre maison.

– Et bien, dites-vous que j'ai décidé de couper du bois pour ma cheminée alors.

Elle lui lança un grand sourire, le cœur d'Agathe manqua un battement. Malgré sa grande taille, son visage sérieux et sa voix grave, Eudoxie était transformée quand elle souriait ainsi. Ses yeux en amande se fermaient presque, et elle semblait réellement contente de pouvoir l'aider. Elle saisit la hachette de son père afin de couper plusieurs bûches les unes à la suite des autres puis de rentrer auprès de la jeune femme. Alors que cette dernière s'occupait d'allumer un feu, elle l'entendit s'asseoir à la grande table de la cuisine. La même table où son père avait évoqué les disparitions au sein du propre château de la Seigneure. Malgré la chaleur qui s'échappa rapidement du feu, Agathe frissonna. Elle se retourna et s'excusa de ne pas lui avoir proposé à boire avant de lui offrir un peu de vin.

– Vous n'en buvez pas ? s'étonna-t-elle alors qu'Agathe se servait un peu d'eau.

– J'ai passé plusieurs jours à ne pas avoir la tête claire, je préfère ne pas recommencer tout de suite.

– Sage décision. J'ai vu le manteau que vous avez fait au bourgmestre Brieux. Il en est très content, lui apprit-elle après avoir bu quelques gorgées.

– J'en suis très contente moi-même, avança-t-elle prudemment.

– Il en est presque aussi content que de savoir que vous allez être sa belle-fille.

– Oh.

– Ce n'est pas votre cas, je me trompe ?

Agathe déglutit avec difficulté. Malgré son apparence et son mode de vie apparemment peu commun ainsi que la gentillesse dont elle faisait preuve à son égard, pouvait-elle vraiment se confier à sa Seigneure ? Elle devait veiller à l'ordre sur ses terres, ce qui passait par le fait d'empêcher une future épouse d'un potentiel bourgmestre de fuir au diable vauvert. Son silence dura beaucoup trop longtemps, ce qu'Agathe ne réalisa que trop tard.

– J'aimerais que vous me répariez cet accroc, dit Eudoxie comme si rien ne s'était passé. Je crains qu'entretenir notre demeure n'ait pas été la priorité de mon père et la forêt semble de plus en plus proche de ma demeure.

Elle retira son manteau puis sa veste de brocart rouge vif. Après l'avoir posée sur la table, elle se pencha vers Agathe, et ses cheveux noirs frôlèrent son front. Du bout du doigt, elle désigna une déchirure au niveau du coude gauche.

– Je pense qu'il est quelque peu difficile de réparer ce type de tissu. Mais après avoir vu votre travail, je crois ne pas pouvoir confier cette tâche à qui que ce soit d'autre.

Agathe hocha la tête avant de lui assurer qu'elle pouvait s'y atteler dès maintenant. Elle partit prendre son nécessaire à couture puis reprit sa place, face à Eudoxie. Le soleil blanchâtre entrait à flots dans la pièce et elle n'eut aucune peine à recoudre l'accroc. Il était quasi invisible. Elle lui tendit nerveusement son habit.

– C'est parfait. Combien vous dois-je ?

– Rien du tout, voyons ! Ce n'était qu'une broutille, insista-t-elle en levant les mains.

– Tout travail mérite d'être payé et reconnu, Agathe. Je crois que voilà votre père et votre sœur, nota-t-elle alors que leurs voix se faisaient entendre.

– Agathe ! Une omelette de pommes de terre pour déjeuner, ça te- Oh, par Dieu ! s'exclama Faustine en entrant dans la cuisine avant de porter la main à sa poitrine. Seigneur de Saint-Nattier !

– Bonjour, Mademoiselle Batiste. Monsieur, dit Eudoxie qui s'inclina légèrement.

– Que nous vaut l'honneur de votre présence chez nous ?

– Une broutille, si je me fie à votre cadette. J'ai demandé à Agathe de réparer un accroc, et celle-ci insiste pour que je ne paie rien.

– J'insiste également ! lança son père.

– Dans ce cas, moi, je n'insiste pas. Mais je pense avoir du travail à vous confier prochainement, Mademoiselle Batiste, dit-elle avec un bref regard en direction d'Agathe. Je vous remercie encore.

– Vous n'avez pas fini votre vin, lui fit-elle remarquer.

– Maintenant, oui, glissa-t-elle après avoir vidé son verre. Nous nous reverrons bientôt. Merci de votre hospitalité.

Gaspard se chargea de la raccompagner tandis que Faustine cherchait leur plus grande poêle. Elle lança :

– Alors, comme ça, c'est pour bientôt ?

– Pour bientôt de quoi ? s'étonna sa sœur.

– Agathe, arrête de nous mentir. Nous avons croisé le bourgmestre qui nous a annoncé que ton mariage avec Philippe se déroulerait à la fin de l'hiver, début du printemps. Nous aurons à peine le temps de coudre ta robe, et il nous a même demandé si nous avions commencé.

– Mais mais mais mais... glapit-elle en boucle, incapable de digérer cette information.

– Alors, maintenant que tu vas mieux, tu vas pouvoir nous aider. Je sais que tu n'es pas incroyablement heureuse à l'idée d'épouser Philippe, mais tu ne peux pas te dérober. Papa en mourrait de chagrin.

Faustine ne le vit pas, mais les larmes montèrent aux yeux d'Agathe. Sans réfléchir, cette dernière saisit la bouteille de vin qu'elle avait sortie pour Eudoxie et en versa une large quantité dans son propre verre, qu'elle vida d'une gorgée.

 

La nuit tombée, Agathe ne parvint pas à trouver le sommeil. Elle allait se marier, qu'elle le veuille ou non. Philippe avait promis qu'il lui en reparlerait mais il l'avait prise en traître. Lui et son père annonçaient à tout le monde la date du mariage, la faisant passer pour une lâche auprès de son propre père !

 

Papa...

 

Elle ne pouvait pas refuser ce mariage. La santé de son père se fragilisait de jour en jour et comme l'avait dit Faustine, il risquerait de mourir en cas d'intense contrariété. Elle savait qu'il ne supporterait pas voir sa petite fille malheureuse, mais son idée du bonheur était si éloigné de celle d'Agathe qu'il ne comprendrait pas pourquoi se marier au meilleur parti de Grandbourg la rendait si malheureuse, pour commencer. Une voix lui disait qu'elle se faisait franchement des affaires pour rien. Philippe n'était pas un mauvais bougre. Gauche, un peu bagarreur, un peu insouciant, mais pas méchant, ni buveur. Elle ne trouverait probablement pas meilleur mari que lui.

 

Mais je ne veux pas me marier, ni avec Philippe, ni avec qui que ce soit d'autre !

 

Ces pensées se fracassèrent les unes contre les autres jusqu'au petit jour, où Agathe dormit d'un sommeil agité.

 

_____

 

– Agathe ? Notre Seigneur voudrait te voir.

Elle leva la tête de son ouvrage. Sa propre robe de mariée. Agathe y travaillait depuis déjà dix jours, sans croire qu'elle devrait la porter d'ici quelques mois. Elle avait la sensation de ne pas être vraiment elle-même. Eudoxie de Saint-Nattier s'approcha d'elle après avoir demandé à son père et sa sœur de les laisser seules. Elle était vêtue tout de noir, comme une grande apparition funeste.

– Le grand jour approche, on dirait, devina-t-elle avant de désigner la robe d'un geste de la tête.

– Oui, répondit Agathe sans conviction.

– Vous n'aviez pas répondu à ma question la dernière fois mais je ne pense pas que ce soit la peine. Vous ne voulez pas épouser le jeune Brieux. N'importe qui le verrait. Pourquoi acceptez-vous cela ? demanda-t-elle à mi-voix.

– Mon père. Je ne peux pas le décevoir, surtout qu'il est de plus en plus malade...

Elle laissa échapper un petit « Ah » peiné avant d'esquisser un bref rictus. Elle croisa les bras et s'appuya sur la table de travail.

– J'ai longtemps fait les choses pour ne pas décevoir mon père, moi aussi, confia-t-elle sans regarder son interlocutrice. Mais cette vie est la vôtre.

– Je ne veux pas qu'il lui arrive quoique ce soit de ma faute ! s'écria cette dernière, vexée par ce qui lui semblait être de la nonchalance. Je n'ai ni votre rang, ni votre argent ! Je ne suis qu'une simple petite couturière, une fille, et une cadette par dessus le marché !

Elle recula, mortifiée par son accès de colère. Mais Eudoxie ne s'énerva pas. Elle se contenta de la fixer de ses profonds yeux noirs.

– Et si vous trouviez un meilleur parti ? proposa-t-elle.

– Qui donc ? Le roi des fées ? ironisa Agathe sans pouvoir s'en empêcher.

– Non. Votre Seigneure.

Elle ne cilla pas quand elle prononça ses mots tandis que ceux de Philippe lui revenaient en mémoire.

 

.Je ne pense pas que tu pourras avoir une meilleure perspective d'avenir ici... Sauf si tu veux épouser Barbe Bleue.

 

Alors qu'elle était parvenue à en faire abstraction jusque là, Agathe contempla le menton d'Eudoxie. Il était couvert d'une large tache de naissance aux contours flous, d'un bleu violacé très particulier. Une tache qui ressemblait bel et bien à une barbe bleue. Si sa Seigneure remarqua son insistance, elle ne le montra pas. Elle poursuivit :

– Je suis venue vous demander officiellement d'entrer à mon service en tant que couturière personnelle et femme de chambre. Comme vous le savez, le personnel du château est minime. En vérité, vous serez ma seule domestique.

– Puis-je savoir ce qu'il est advenu de vos autres domestiques ?

– Ça, Agathe... C'est ce que j'essaie de découvrir. Et si vous acceptez ma demande, peut-être pourrez-vous m'aider.

Elle aussi avait parlé à voix basse. Elle se redressa et lança :

– Je vous laisse trois jours pour y songer.

Elle repartit après l'avoir brièvement saluée. Elle avait à peine fermé la porte que Faustine surgit de la cuisine pour secouer sa sœur comme un vulgaire prunier.

– Ne t'avise même pas d'accepter ! cria-t-elle.

– Faustine ! Lâche ta sœur ! Agathe n'est pas idiote ! la calma mon père qui la saisit doucement. Elle sait bien qu'il vaut mieux qu'elle...

– Papa ?

– Papa ! hurla Faustine alors que ce dernier s'écroulait, la main sur sa poitrine. Agathe ! Cours trouver le doct- !

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'Agathe était déjà hors de la maison. Elle prit ses jambes à son cou pour se ruer chez le médecin.

–  Agathe ! Que se passe-t-il ?

Elle stoppa net pour voir Eudoxie de Saint-Nattier arriver vers elle, perchée sur un grand cheval noir. Les larmes aux yeux, elle renifla :

– Mon père vient de faire un malaise et et et...

– Montez avec moi. Nous irons plus vite à cheval, ordonna-t-elle tout en tendant la main.

– Merci.

Elle la hissa juste devant elle. Agathe sentait son menton effleurer le haut de son crâne tandis qu'elles galopaient jusqu'au cabinet du Docteur Parmanet. Elle manqua de se casser la cheville quand elle descendit de sa monture, mais elle s'en fichait. Le docteur était heureusement disponible. Lui et Eudoxie repartirent à cheval vers chez les Batiste tandis qu'elle les suivait à toutes jambes. Après cette course, Agathe avait les jambes terriblement faibles. Elle ouvrit la porte avec grande difficulté. Sa sœur courut vers elle puis la porta jusqu'à la chaise la plus proche.

– Est-ce que... Papa... marmonna-t-elle, à bout de souffle.

– Il se repose. Le médecin dit qu'il a attrapé froid et que... sa santé risque de s'aggraver plus vite que nous le pensions...

Elle regarda Faustine. Sa grande sœur, sa si belle sœur, si forte, si mûre et si apeurée. Ses grandes pupilles noisette tremblaient tandis qu'elle luttait contre les larmes. Agathe la prit dans ses bras et la laissa pleurer de tout son soûl. Faustine partit se reposer un peu après que le docteur les eut rassurées que leur père irait vite mieux.

 

Malheureusement, sans traitement adapté, il ne s'en remettra jamais totalement. Peut-être devriez-vous faire payer plus cher vos travaux ? Ou vendre quelques objets de famille ? Les apothicaires de la capitale sont déjà chers, les marchands qui revendent leurs produits dans notre vallée ajoutent encore quelques sous pour pouvoir dégager une marge de profit personnelle...

– Je pourrais vous aider et vous le savez.

Agathe tourna la tête pour voir Eudoxie s'approcher d'elle. Avec sa tenue et ses cheveux noirs, on aurait pu la croire sortie des ombres de l'atelier plongé dans l'obscurité de la nuit tout juste tombée. La jeune couturière avait passé les vingt dernières minutes dans la cuisine à contempler le feu de cheminée sans réussir à formuler une pensée cohérente.

– Je paierai les médicaments pour votre père, dit-elle avant de prendre place à ses côtés.

– Philippe pourrait le faire aussi, contesta Agathe sans trop y croire.

– Les Brieux sont endettés jusqu'au cou. J'ai accès à des informations très personnelles les concernant, au vu mon rang, expliqua-t-elle en insistant sur ce dernier mot comme pour rappeler leur dernière discussion. Jeanne Brieux souffre elle-même d'une maladie qui nécessite un traitement continu, et cela depuis des décennies. Ajoutez à cela leur train de vie un peu trop luxueux pour un bourgmestre de petite ville de province...

– Nous pourrions vendre les affaires de ma mère.

– Agathe. Quand les avez-vous vues pour la dernière fois ? Les tenues de votre mère ? Ses livres ? Son peigne ?

– Il y a quelques mois.

– Votre père les a vendus. Pour payer votre dot auprès du bourgmestre Brieux, qui a demandé cette dot pour rembourser une partie de ses dettes.

Agathe sentit son sang bouillir dans ses veines. Elle n'eut qu'une envie : se ruer hors de chez elle afin de se rendre chez Honoré Brieux pour le traiter de tous les noms. Elle cracha :

– Et donc, ma seule option, c'est d'aller avec vous ? Dans ce château d'où presque personne n'est revenu depuis des années ? Où celles qui rentrent dans leur famille après y avoir travaillé n'osent même pas dire ce qu'elles y ont vu ou vécu ?

– Je ne laisserai jamais qui que ce soit ou quoi que ce soit vous faire du mal !

– Ça vous arrange bien que je sois dans cette situation, finalement. Je suis au pied du mur ! feula-t-elle sans prêter attention au « ou quoi que ce soit ».

– Je ne mentirai pas : oui, ça m'arrange. Mais ça ne me fait pas plaisir du tout, lança Eudoxie qui était visiblement peinée. Agathe. Vous aimez votre père, et vous ne voulez pas épouser le jeune Brieux. Je vous offre une chance de sauver le premier, d'échapper au second, et vous offre ma protection personnelle. Est-ce une option si révoltante pour vous ?

Elle avait ponctué sa question d'un mouvement qui surprit Agathe : elle saisit une de ses mains et la serra doucement. Elle ferma les yeux afin de visualiser les possibilités qui s'offraient à elle.

 

Épouser un homme que je n'aime pas. Devenir la belle-fille de l'homme qui a forcé mon père à vendre les souvenirs de son épouse et l'a poussé à abandonner l'idée de pouvoir être correctement soigné.

 

Refuser le mariage et devenir une honte pour ma famille, ce qui pourrait tuer mon père au cœur fragile. Devenir celle qui a déçu le meilleur parti de Grandbourg. Risquer de faire couler la boutique. Compromettre également la réputation et l'avenir de ma propre sœur.

 

Partir dans ce château lugubre, au risque de ne pas en revenir. Aider à découvrir le terrible secret qui semble s'y terrer. Pouvoir sauver mon père et éviter les Brieux. Pouvoir apprendre à connaître Eudoxie.

 

Agathe revint à elle et posa son autre main sur celle de sa Seigneure avant de lever les yeux.

– J'accepte votre proposition.

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Ophelia_Yeti
Posté le 28/07/2020
Aaaaaaaah je sais pas si je dois être contente ou non à cause de ce que je sais sur barbe bleue ;-;...
en tout cas la détresse d’Agathe me fait vraiment de la peine, avec toute la pression qu:elle a sur elle

Quand à Philippe et son père, bon bah je n’aurais qu’une chose à dire : SALAAAOOOWW mdr
Je les aime re pas

Mais en tout cas j’aime toujours autant et c’est un plaisir de lire ce chapitre 3 !

Point correction :

Il y a pas mal de « et » qui pourraient sauter avec de nouvelles articulations de phrases ! Encore une fois rien de grave ! Mais c’est une constriction qui revient très souvent et tu gagnerai à varier :D


« Je suis pas sûre que ça fasse grand chose à baisser mla fièvre, répondis-je avec la bouche pâteuse. «  —> je ne comprends pas la formulation « que ça fasse grand chose à baisser la fièvre » et il y’a une petite faute à « mla » !

Pour ce passage « Elle n'est pas mon type du tout. Je sais pourquoi elle tient à faire un bon mariage, mais sa manière de vouloir écarter ses 'concurrentes', expliqua-t-il en mimant les guillemets, m'a semblé fort malhonnête et je ne veux pas épouser une telle personne. Écoute, dit Philippe après un petit soupir, réfléchis-y. Je sais que... Comme tu l'as dit, tu n'es pas enthousiaste à cette idée et je sais que nos pères se sont un peu joués de nous pour ça arrive. Mais mes sentiments sont sincères. Je ne pense pas que tu pourras avoir une meilleure perspective d'avenir ici... Sauf si tu veux épouser Barbe-Bleue. » il y a deux incises, ce qui compte comme une faute. Le moment des guillemets avec les doigts tu peux t’en servir en narration puis reprendre ton dialogue avec le « dit Philippe » ? Ça t’évitera aussi d’avoir une longue réplique et de l’articuler dans ton récit !
AliceH
Posté le 28/07/2020
Pour la faute et la formulation, c'est fait exprès parce qu'elle est malade !

J'aime bien les longues répliques perso, mais je note de remettre des guillemets, merci !
Ophelia_Yeti
Posté le 29/07/2020
Oh d’accord ! C’est vrai c’est logique ! J’y avais pas pensé, désolée !
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