Chapitre 28 : L’embrasement

Par Isapass

Chapitre 28 : L’embrasement

 

Venzald

 

– Nous arrivons, mon frère ! J’aperçois le sommet du Mont de Cordelle ! Dans une heure, deux tout au plus, je distinguerai les tours des Cimiantes !

– C’est parfait. L’Ordre sentira la pression à l’extérieur et dans les murs !

– Pourtant j’ai peur pour vous. La ville va se transformer en brasier.

– Je le crains, en effet. Mais les Terciens n’attendent qu’une chose pour se révolter : que leurs filles ne servent plus d’otages. Demain matin, ce sera le cas. Nous aurons libéré les écoles.

 

Venzald avait beau savoir que les pélégris s’étaient rassemblés dans la plaine de Tercebrune, il fut saisi par le spectacle des camps aux bannières vertes qui s’étiraient tout autour de la capitale. Les éclaireurs avaient estimé leurs effectifs entre quinze et vingt mille. L’armée de Cazalyne comptait à présent autant de combattants, auxquels s’ajoutaient les Hiveriniens qui devaient déjà se déployer au nord. Chaque jour des volontaires se joignaient à ses rangs, y compris depuis les provinces de l’ouest, Landeterre, Galejou, Avrin et Listène, qui se soulevaient à leur tour pour chasser le Haut-Savoir. Si des affrontements étaient à prévoir, le rapport de force aurait sans conteste favorisé Venzald et les siens, mais il n’était pas question de combats rangés. L’Ordre tenait Terce et ses faubourgs en otage. Outre les troupes d’élite qui résidaient déjà dans la ville, les soldats qui l’assiégeaient pourraient à tout moment y pénétrer. Alors, la population serait massacrée et la présence des résistants n’y changerait rien. Venzald espérait de toutes ses forces que le Haut-Savoir n’envisagerait cette solution qu’en dernier recours. Que leur apporterait de régner sur une ville morte ? Il ne voulait cependant prendre aucun risque pour le moment. Sous les ordres du prince, l’armée se déploya en un second anneau autour de Terce à trois lieues des lignes ennemies, pour assiéger les assiégeants.

Les espions qu’ils avaient envoyé observer le camp adverse quelques jours auparavant revinrent avec une réponse unanime : la capitale était ceinte par un maillage serré qui ne se laisserait franchir par aucune troupe. En revanche, des hommes seuls pouvaient atteindre les faubourgs.

Venzald se percha sur le point culminant des environs pour situer les passages qu’ils lui avaient indiqués. Un timide soleil auroral étirait l’ombre du mont au nord-ouest et transformait les prairies recouvertes de givre en duvet piqué de millions de diamants. Au loin, les fenêtres des Cimiantes miroitaient comme si elles lui lançaient un appel au secours. Il ne savait toujours pas ce qui se passerait s’il rejoignait Themerid. Il n’osait en parler à personne ; que lui diraient ses généraux s’il leur annonçait que son plan pour sauver le royaume consistait à attendre un signe du ciel à côté de son frère ? Même Calur ne comprendrait pas. Pourtant, son instinct lui donnait la certitude qu’il lui faudrait quitter son armée pour se faufiler entre les lignes de pélégris jusqu’aux rues de la ville.

Son pouvoir n’avait jamais atteint une telle intensité. Et il savait qu’il augmenterait à chaque pas qui le rapprocherait de Themerid. Son esprit et son corps sentaient la présence de son jumeau. Il était là, à quelques lieues, dans la tour de la Lune. Il aurait pu le retrouver les yeux fermés, en suivant simplement le fil invisible qui les reliait. Et ce n’était pas tout : s’il se concentrait, il pouvait percevoir l’âme de chacun des habitants de Terce comme autant de petites flammes dans un océan de lumière. Chaque homme, chaque femme, les enfants, les seigneurs, les marchands, les mendiants… et même les membres du Haut-Savoir.

Parmi tous ces esprits, l’un d’eux était celui de Flore…  

 

J’ignore si tu m’entends. Peut-être que mes mots se perdent, je ne sais pas…

Je croyais que ma vie était liée à celle de mon frère. En un sens, c’est vrai. Il sera toujours une partie de moi qui m’aura été arrachée. Pourtant, j’ai appris à vivre sans lui alors que sans toi, je ne veux pas. Si tu me demandais de renoncer au trône, je n’hésiterais pas un instant. Mais si tu désires être reine, je t’offrirai le royaume.

C’est pour toi que je suis arrivé là. S’il faut libérer Cazalyne, si je dois abattre une armée ou les remparts de la ville pour te trouver, je le ferai. J’ai traversé deux continents et j’ai toujours sur les lèvres le goût du seul baiser que nous avons échangé. Je veux encore t’embrasser, et je veux plus ; ton esprit et ton corps, si tu veux bien me les donner. Les miens t’appartiennent déjà.

Bientôt, je rentrerai à Terce.

 

***

 

Themerid

 

Dans quelques instants, au moment où la lune apparaîtrait au sommet du Mont de Cordelle, l’action serait lancée. Aux côtés de Conrad, le prince avait le souffle court et une légère douleur pesait sur sa poitrine. Il ne craignait rien pour lui-même, puisque l’Hiverinien et lui supervisaient les opérations depuis le toit d’une villa d’où la vue embrassait tout le quartier — la seule place que le géant ait bien voulu lui concéder, à force d’entendre qu’il ne supporterait pas d’envoyer ses hommes face au danger sans prendre part lui-même à l’attaque. C’était pour tous ceux qui attendaient le signal, cachés dans l’ombre autour des longs bâtiments des écoles, qu’il angoissait. Elvire se trouvait parmi eux, aux côtés de Warin. Elle ne lui avait presque pas adressé la parole depuis qu’il l’avait libérée de ses obligations envers lui. Preuve, s’il en fallait, qu’il avait bien fait. Ce qui n’avait pas atténué ce qu’il éprouvait pour elle.

Le réseau avait largement recruté pour l’occasion, ce qui n’avait pas posé de problème, car chaque père ou mère dont l’enfant était retenue là voulait participer. Le plus difficile avait été de sélectionner ceux qui savaient vraiment manier une arme et de les convaincre de suivre les ordres. Chaque ruelle qui menait aux écoles était couverte par un groupe prêt à neutraliser les pélégris qui trouveraient judicieux de patrouiller par ici ou ceux qui pourraient venir en renfort si l’assaut ne se déroulait pas aussi silencieusement que prévu. Les autres auraient également leur rôle à jouer.

Conrad balaya le quartier du regard. Tout était calme. La neige avait cessé de tomber, mais la brume montait déjà depuis la Carenfère. Themerid se tourna vers le sommet du mont, à sa droite.

– La lune est levée, chuchota-t-il.

L’Hiverinien empoigna sa lanterne et la souleva quatre fois au-dessus de sa tête. Aussitôt, des chuintements de flèches incisèrent le silence. Les sentinelles — moins nombreuses que d’habitude, grâce à Lancel de Kelm — s’abattirent les unes après les autres. Themerid savait qu’au même instant, les pélégris de la porte d’Avrin toute proche tombaient aussi sous les tirs des archers. En bas, des pas feutrés se faisaient entendre autour des bâtiments. Des groupes de combattants se rassemblèrent devant chaque entrée, puis pénétrèrent à l’intérieur en disparaissant à la vue du prince. Il n’y avait plus qu’à patienter, mais l’attente était insupportable. Conrad trépignait en grommelant, d’ailleurs. Rien ne filtrait jusqu’à eux, pourtant il devait régner une activité effrénée là-dedans. Il fallait se débarrasser des gardes, réveiller les petites sans les affoler, puis les répartir par deux ou trois.

Soudain, l’une des ruelles qui reliaient le cours d’Avrin aux écoles s’agita. Au milieu des tintements caractéristiques d’une lutte armée, un cri retentit, rapidement étouffé. Un cheval hennit, puis s’enfuit au galop vers les hauteurs de la ville. Le silence revint, puis un signal lumineux indiqua que la situation était de nouveau sous contrôle, mais Conrad bouillait en observant l’ombre d’où les bruits étaient montés. Themerid ne se sentait pas beaucoup plus calme.

– Je descends, murmura-t-il.

Le géant ne tenta pas très longtemps de le retenir, car lui-même voulait se joindre à l’action.

– Soyez prudent, dit-il.

Lorsqu’ils atteignirent le rez-de-chaussée, d’autres résistants se pressaient discrètement vers les bâtiments. Ils devaient prendre en charge deux ou trois fillettes pour les emmener dans les cachettes prévues pour elles, principalement dans les demeures des nobles ou des riches marchands du réseau. C’était la partie la plus risquée du plan, car si l’une des équipes se faisait prendre, tout serait découvert avant que les écoles soient totalement évacuées. Il n’y avait cependant aucun moyen de faire autrement.

Themerid entra dans le plus petit bâtiment où il tomba presque immédiatement sur Warin qui attendait avec trois jeunes filles qu’on lui affecte un partenaire.

– Prince ! Que faites-vous là ? demanda-t-il d’une voix où perçait l’inquiétude.

– C’est trop dur de ne servir à rien, répondit-il. Allons-y ensemble si vous voulez bien.

Tête-d’or parut réfléchir, puis acquiesça.

Peu après, ils se faufilaient à travers le dédale des venelles qui montaient vers les beaux quartiers. Les filles avaient chaussé les pantoufles qu’on leur faisait porter dans les écoles, mais leurs pieds se trempèrent rapidement dans la neige fondue. Elles grelottaient malgré leur châle et peinaient à suivre leurs guides. Themerid remarqua qu’elles ne devaient pas être beaucoup plus jeunes qu’Elvire, pourtant leurs visages émaciés et leur maigreur leur donnaient l’air d’avoir dix ou onze ans. Qu’avaient-elles subi, pendant leur détention ?

– Nous avons parcouru la moitié du trajet, courage, leur murmura Warin lorsqu’ils arrivèrent à la grande esplanade du marché central.

À peine avait-il dit cela que des tintements de sabots résonnèrent sur les pavés. Ils se mirent à courir vers un renfoncement où le pauvre clair de lune qui filtrait à travers les nuages n’entrait pas, mais la plus jeune des filles glissa en laissant échapper un cri. Themerid l’aida à se relever, l’entraîna vers le refuge où il se blottit avec elle à côté de Warin et de ses deux compagnes.

– Je crois qu’ils nous ont vus, souffla le prince.

Il distingua le hochement de tête du ministre.

– Ne bougez pas, murmura-t-il.

Il s’avança jusqu’à la limite de l’ombre où Themerid le rejoignit en dégainant son épée. En face d’eux, deux pélégris s’approchaient en regardant l’obscurité où ils se tenaient.

– Je n’aurai pas le temps de m’occuper des deux, chuchota Tête-d’or.

– Je sais, répondit le garçon en s’efforçant d’ignorer le rythme de son cœur emballé.

Il se plaqua contre le mur tandis que Warin reculait. L’un des soldats mit pied à terre et pénétra lentement dans le renfoncement en fixant l’obscurité pour essayer de la percer. Il passa à quelques pouces du prince qui arrêta de respirer. Dès qu’il l’eut dépassé, Themerid se rua en avant, l’arme pointée vers l’autre pélégri qui patientait en selle. Il porta un coup de bas en haut, mais le cheval fit un écart et la lame toucha la broigne verte avec trop peu de force pour la transpercer. Le soldat se rétablit, sortit une dague de son fourreau et chargea le prince qui leva son épée par réflexe pour parer le coup. Le tranchant glissa le long du côté intérieur de la dague, puis se bloqua contre la garde. Sous le choc, Themerid faillit lâcher la poignée, mais le pélégri, lancé avec trop d’ardeur, s’embrocha de lui-même sur la lame en poussant un cri étouffé. Le cheval s’immobilisa après trois foulées de galop, au moment où son cavalier s’abattait dans la neige fondue avec un bruit métallique. Le prince courut vers lui pour récupérer son épée qu’il extirpa du thorax du soldat. Il inspira profondément pour apaiser la pression qui augmentait dans sa poitrine et prit enfin conscience que le silence était redevenu complet. Warin sortit de l’ombre.

– C’est bon, Prince, dit-il à mi-voix. L’autre a aussi eu son compte.

Son visage souriant se figea tout à coup. Avant que Themerid comprenne pourquoi, il sentit une douleur aiguë lui traverser le mollet. Le soldat agonisant venait de transpercer sa botte de la pointe de sa dague. Sa jambe se déroba, il tomba dans la boue. Warin se précipita et acheva le pélégri d’un coup d’épée dans la gorge, avant de s’accroupir près du garçon.

– Ça va aller, protesta ce dernier en se relevant tant bien que mal.

Mais il pouvait à peine poser le pied.

– Prince, il est hors de question que vous continuiez avec nous jusqu’à la villa des Bazas. dit le ministre qui s’affolait.

– Je risque de vous retarder en effet. Menez-les à l’abri, Seigneur Warin, c’est ce qui compte. Ne vous inquiétez pas pour moi : nous sommes à deux pas du quartier général. Je vais y aller. Avec un peu de chance, Iselmar s’y trouvera et pourra me soigner.

Tête-d’or hésita, regarda le coin où les jeunes filles grelottaient de peur et de froid, puis acquiesça à contrecœur.

– Dès que je les aurai laissées au bon soin de Dame Odile, je vous rejoindrai là-bas.

Il s’éloigna avec un signe, entraînant les adolescentes avec lui. Themerid se traîna jusqu’au mur le plus proche en boitant bas. Il pataugeait dans sa botte remplie de sang et marquait les pavés d’empreintes rouges. Son cœur se rappelait à lui de plus en plus intensément. Il progressa de quelques pas en levant les yeux vers la lune. Si un pélégri arrivait maintenant, il n’aurait pas le temps de se cacher. Quoique… le ciel s’obscurcissait. La brume devenait-elle plus épaisse ou c’était sa vision qui se troublait ? Avant qu’il ait pu répondre à cette question, il s’écroula sur la chaussée.

 

***

 

Elvire

 

Au repaire, la discrétion n’était pas respectée aussi scrupuleusement que d’habitude. Petit à petit, les résistants arrivaient des beaux quartiers où ils avaient laissé les jeunes filles saines et sauves. Tous se félicitaient un peu trop fort de leur succès. Quelques-uns rapportèrent des incidents avec des pélégris, mais la plupart avaient guidé leurs protégées sans rencontrer personne. Il y avait fort à parier que l’alerte ne tarderait pas à être donnée, mais au moins, les écoles étaient vides à présent et le Haut-Savoir ne pourrait plus menacer les habitants de Terce de s’en prendre à leurs enfants en cas de révolte.

– Bravo ! félicita Conrad en tapotant l’épaule d’Elvire. Il paraît que vous avez permis à votre équipier d’emmener les petites à bon port en créant une diversion ?

La jeune femme acquiesça en rougissant sous les yeux de Lancel qui lui adressait un sourire admiratif.

– Fadom ne laissera pas passer ça sans réagir, vous le savez, n’est-ce pas ? dit le commandant à Conrad. Dès l’aube, les pélégris vont se répandre dans la ville pour chercher des coupables. Et ils ne s’encombreront pas de jugements ou d’enquêtes.

L’Hiverinien hocha gravement la tête.

– Le prince a longtemps hésité à donner son aval pour cette raison. Mais le plus important, c’est que les gens puissent se défendre sans avoir peur qu’on égorge leurs filles. Avez-vous vu le nombre de volontaires qui se sont joints à nous, cette nuit ? Le joug craque, il ne demande qu’à tomber sous les secousses du peuple.

La moitié de sa bouche encore vivante se pinça.

– Cependant, je crois que nous avons sous-estimé Keil Fadom en tenant pour acquis qu’il ne pouvait pas être pire que Bréol. Mais c’est faux. Le nombre d’arrestations et d’exécutions de ces dernières lunes le prouve bien.

– Je le crains, en effet. Bréol avait quelques défauts humains comme l’ambition, la jalousie ou la fierté qui le rendaient maniable, dans une certaine mesure. Fadom n’a aucun sentiment, c’est une machine, froide et calculatrice.

– Nous verrons, dit Conrad avec tristesse. À présent, nous ne pouvons que nous battre aux côtés du peuple.

Il balaya l’assemblée du regard avec un air contrarié.

– Avez-vous aperçu Warin et le prince ? Il y a foule ici !

Il s’éloigna pour les chercher sans attendre de réponse. Une angoisse fugace traversa l’esprit d’Elvire, puis s’évanouit. Après tout, Themerid n’avait participé à l’action qu’en restant à l’écart, il ne risquait pas grand-chose. Peut-être était-il rentré directement aux Cimiantes avec Tête-d’or ? Pour l’heure, elle avait d’autres préoccupations.

– Vous avez sacrifié beaucoup, ce soir, Seigneur Lancel, dit-elle. Dès que les sentinelles révéleront que vous avez donné l’ordre à la moitié d’entre elles de rentrer à leur garnison, vous serez recherché pour haute-trahison.

– Ce n’était plus qu’une question de jours avant que je déserte, répondit l’Érudit en haussant les épaules. J’ai attendu de pouvoir rendre le plus de services possible à notre cause. Et je vais enfin pouvoir enlever ce manteau vert que je ne supportais plus.

– Allez-vous tout de même rentrer aux Cimiantes ?

– Une dernière fois, oui. J’aimerais récupérer une ou deux choses auxquelles je tiens dans mes appartements. Je ne vais pas tarder, d’ailleurs.

Elvire baissa les yeux malgré elle.

– Pourriez-vous… m’escorter jusqu’au château ?

Après un instant de surprise, il lui sourit.

– Avec plaisir, Madame. Vous n’attendez pas le prince ?

– Il doit sûrement déjà s’y trouver. Allons-y.

 

Les rues parfaitement paisibles démentaient les sombres prédictions de Lancel quant aux répressions qui s’abattraient bientôt sur la ville. Quelques flocons virevoltaient dans l’air sans se décider à tomber, comme si l’épaisseur de la brume les retenait. L’un d’eux se posa sur la joue d’Elvire qui resserra sa cape autour d’elle. Elle s’efforçait de rester calme, consciente jusqu’à la brûlure du regard curieux de Lancel. Il paraissait partagé entre l’amusement et une vague inquiétude, mais respectait son silence. Il faudrait pourtant qu’elle se décide à parler, sinon il allait finir par dire une banalité et elle aurait beaucoup de mal à ramener la conversation sur ce qui l’intéressait. Cependant, son esprit en ébullition lui suggérait n’importe quoi, si bien qu’elle faillit lui proposer qu’ils se retrouvent à la salle d’armes le lendemain matin. Comme si c’était encore possible ! À côté d’elle, Lancel s’éclaircit la gorge. Il allait parler, s’affola-t-elle !

– Je vous trouve… beau, lança la jeune femme en se tournant vers lui, avant de soupirer devant le ridicule de ses paroles.

Lancel eut un minuscule sursaut, mais réussit à ne pas rire. Il la prit par le bras et l’entraîna deux rues plus loin sans dire un mot. Là, il entra sans hésiter dans une petite maison — qu’il savait apparemment abandonnée. Il attrapa la main d’Elvire entre les siennes et la regarda dans les yeux.

– Que désirez-vous de moi ? lui demanda-t-il gravement.

La jeune femme ne s’attendait pas à une question aussi franche. C’était elle, cependant, qui avait provoqué cette situation. Il n’y avait plus qu’à assumer. Elle déglutit avec difficulté tant sa gorge était serrée, puis souffla :

– Si vous me trouvez désirable, je voudrais que vous soyez mon amant.

Lancel ouvrit la bouche, ses yeux s’écarquillèrent et il laissa tomber sa main comme s’il l’avait oubliée. Lui non plus ne s’attendait pas à tant de franchise.

– Je ne peux pas, répondit-il enfin avec un sourire d’excuse.

Il avait dit cela comme si c’était une évidence.

– Oh ! s’exclama Elvire. Je viens de comprendre ! Votre… amitié avec le seigneur Elric d’Albérac, c’est plus qu’une amitié, n’est-ce pas ? Mais bien sûr, je suis désolée, je me sens ridicule !

Elle était mortifiée par son erreur. En outre, à mesure qu’elle s’embrouillait dans ses mots, les yeux de Lancel s’arrondissaient de plus en plus.

– Non, soyez rassuré, je ne vous juge aucunement ! continua-t-elle. C’est juste que… je suis stupide ! Venzald a dit que maître Elric parlait de vous avec émotion, j’aurais dû comprendre, pardon !

Il mit un temps infini à réagir, ce qu’il fit sur un sujet surprenant, avec une moue dubitative :

– Venzald ? Vous êtes en contact avec le prince Venzald ?

Il secoua la tête aussitôt, chassa sa question d’un geste, puis reprit la main d’Elvire.

– J’aime énormément le seigneur Elric, mais pas comme vous l’entendez. Ce n’est pas pour cela que je ne peux répondre favorablement à votre demande. Elle est pourtant bien tentante, croyez-moi.

Il avait soudain l’air très grave, les yeux brillants.

– Car vous êtes désirable, reprit-il. Infiniment.

Elvire s’aperçut alors qu’elle se tenait tout près de lui. Était-ce lui qui s’était rapproché ou bien elle ? Ou les deux ? Son odeur la grisait. Son souffle chaud sur son visage et le contact de sa main sur ses doigts diffusaient en elle une onde voluptueuse. Elle pensa à Flore, à cette sensualité qu’elle dégageait et qu’Elvire ne comprenait pas jusqu’à maintenant.

– Mais vous êtes la femme de mon prince, de mon futur souverain, poursuivit-il à un pouce de ses lèvres.

– Notre mariage n’est qu’une façade, répondit-elle en rivant son regard dans le sien. Nous sommes convenus de garder notre liberté. Il n’est pas amoureux de moi.

Sa voix avait trébuché sur les derniers mots. Il s’écarta légèrement.

– Mais vous, vous l’êtes ?

– Non, souffla Elvire en baissant les yeux.

Lancel lui releva le menton.

– Pardonnez-moi, mais je crois que vous mentez, murmura-t-il. Si c’est le cas, vous regretterez de m’avoir pour amant. Or, je ne veux pas prendre ce risque. Vous m’êtes trop précieuse pour que je me contente de jouer les seconds choix. Malgré votre jeunesse, je rêve de vous depuis notre première rencontre à la salle d’armes. Si vous revenez vers moi en étant certaine que vous n’aimez plus le prince, je vous assure que je me jetterai à vos pieds. Mais pas comme ça. Pas tant que…

Elvire l’interrompit d’un index sur sa bouche.

– Taisez-vous, dit-elle fermement. Obéissez à votre future reine.

Elle l’embrassa. Non pas pour se venger de Themerid comme elle l’avait voulu, mais parce qu’elle ne désirait plus que cela. Il ne lutta même pas. Ses doigts s’entrelacèrent aux siens et son autre main entoura sa nuque, descendit le long de son dos et la plaqua contre lui. Peu importait qui elle aimait, elle y réfléchirait plus tard. Seuls comptaient le plaisir et l’instant. Elle se sentait puissante et fragile en même temps. Enivrée par les baisers, elle perdit la notion du temps.

Aussi ignorait-elle l’heure qu’il était lorsqu’un ordre lancé d’une voix forte retentit à l’extérieur. Ils sursautèrent et regardèrent vers l’ouverture. L’aube introduisait des lueurs par les interstices de la porte vermoulue. Entre les planches, ils aperçurent un escadron de pélégris qui passait dans une rue voisine, puis un autre et encore un autre. Ils descendaient vers les bas-quartiers par centaines, sous les yeux des Terciens en tenue de nuit qui les observaient avec un mélange d’effroi et de haine depuis le pas de leur porte.

Elvire et Lancel sortirent dans la grisaille et regardèrent vers la Carenfère qui serpentait paisiblement dans la plaine. Du côté de la porte de Correuse, une fumée s’élevait vers le ciel en mariant ses volutes à la brume. Une lueur orangée illuminait les faubourgs. Elvire se persuada un instant que c’était le soleil qui se levait, mais c’était trop au sud.

– Ça commence, dit Elvire dans une plainte. La ville brûle.

Lancel l’embrassa encore, puis ôta son manteau d’Érudit qu’il jeta au fond de la masure.

– Rentrez vite aux Cimiantes, faites attention.

– Et vous ?

– Je vais enfin pouvoir me battre en pleine lumière aux côtés de Conrad et des autres. Contre le Haut-Savoir.

Il sortit, puis disparut au coin d’une rue qui descendait vers le fleuve.

 

***

 

Albérac

 

Du petit monticule où se trouvait le précepteur, le regard portait à des lieues à la ronde. Devant lui les camps des deux armées déployaient leurs anneaux concentriques autour de Terce adossée à l’énorme masse conique du Mont de Cordelle. Derrière, la plaine, vierge de toute présence humaine.

Tout avait été si facile : cette avancée miraculeuse à travers six ou sept provinces. L’Ordre avait cédé les deux tiers du royaume presque avec courtoisie, comme si seule la capitale les intéressait. Puisque le ciel jouait en sa faveur, le prince avait poursuivi sa marche triomphante sans se poser de questions ; qui se demande pourquoi il gagne ? Albérac avait suivi le mouvement, sidéré par les progrès de son élève et tenant de son mieux son propre rôle.

À présent, son instinct lui soufflait les mots « naïfs », « impossible », « piège ». Certes, d’après Lancel, les troupes de l’Ordre n’étaient pas entraînées aux batailles militaires, mais de là à n’en livrer aucune et à s’enfuir sans même tenter de résister… D’autre part, plus il réfléchissait, plus le nombre de pélégris massés autour de la cité lui semblait faible. Est-ce que vingt mille hommes avaient pu tenir tout le territoire pendant presque deux ans ? Bien sûr, le Haut-Savoir avait tout misé sur la terreur qu’inspiraient ses soldats — le pouvoir de la peur suffit souvent à convaincre tout un peuple de filer doux, tuant dans l’œuf toute velléité de rébellion —, mais lorsqu’ils avaient traversé le pays avant de fuir par la mer, les uniformes verts pullulaient, ils devaient sans cesse se cacher pour les éviter. Cette équation faussée le rendait de plus en plus nerveux.

Devait-il faire part de ses craintes à Venzald ? La réserve du prince à son égard plombait son objectivité. Parfois, lorsqu’il surprenait son regard méfiant, la colère l’envahissait au point qu’il aurait voulu le gifler pour lui apprendre le respect : n’avait-il pas abandonné son seul espoir probable de goûter un peu de bonheur ? Puis le souvenir de son passé lui revenait en mémoire. Il avait fui pendant des années, allait-il encore se défiler ? Courber le cou de honte devant un garçon qui n’avait pas la moitié de son âge ? Non, c’était terminé. Cette fois, il prouverait que la valeur d’un homme ne dépendait pas de ses choix amoureux. Venzald n’apprécierait pas ; tant pis pour lui, il en serait responsable.

Dans la lumière encore incertaine de l’aube, une lueur orange retint le regard d’Albérac ; le ciel pâlissant laissait apparaître une colonne de fumée noire qui s’élevait comme une tour avant de s’épanouir au-dessus des Cimiantes. Un incendie dans les faubourgs de Terce. Alors qu’ici les adversaires s’observaient de loin sans risquer le moindre geste, là-bas la guerre semblait déclarée. La libération des écoles aurait-elle mal tourné ? Ou Keil Fadom avait-il ordonné des frappes punitives dans les bas-quartiers ? Quoi qu’il en soit, c’était peut-être le prétexte pour se débarrasser du prince et avoir les mains libres.

 

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Notsil
Posté le 28/06/2020
Ah ah, tout se met en place pour le grand final :)

Venzal arrive pour assiéger l'assiégeant. Je rejoins Albérac de la fin, ça parait un peu trop facile et ça incite à la méfiance... Belle déclaration d'amour, en tout cas, même si on ne connait pas encore la réaction de Flore.

Themerid.... on le retrouve avec sa douleur à la poitrine, et à vouloir jouer les héros... .je ne pensais pas qu'il allait s'évanouir pour une "petite" blessure pareille. D'ailleurs je pense que c'est pour ça que Warin (Wazin ?) ne l'accompagne pas, mais bon, il aurait pu lui faire un bandage pour éviter que ça ne pisse trop le sang en attendant.
Du coup, Themerid... tu risques de mourir pour de bon, là :(

Elvire... elle, elle risque de regretter sa partie de jambes en l'air (je pense que sans trop trop détailler tu aurais pu rajouter genre qu'ils se rhabillent vite fait ou autre pour qu'on soit bien certains de la chose ^^). Lancel cède un peu facilement après ses "nan mais vous êtes la femme de mon roi ^^" Si Themerid lui avoue qu'il l'aime sur son lit de mort, elle va culpabiliser !!

Albérac...il est conscient que la situation n'est pas normale et souhaite se confier à Venzald, tiens tiens... et l'incendie, qu'Abzal a vu depuis le départ...
La dernière phrase me laisse perplexe.

Est-il le traitre et va-t-il tuer Venzald ? Ou va-t-il agir par lui-même en se libérant de la tutelle du prince ?
Isapass
Posté le 29/06/2020
Merci pour la déclaration d'amour : j'ai toujours peur que ça soit tarte, du coup tu me rassures.
Je vais revoir le passage avec Themerid : tout le monde a trouvé que ce n'était pas crédible que Warin le laisse en plan comme ça, et j'avoue que c'est pas faux...
Ca aussi, il faut que je revoie : vous êtes plusieurs à avoir cru qu'ils s'envoyaient en l'air, Elvire et Lancel, mais en fait ils ne font que s'embrasser. Du coup, ça laisse le bénéfice du doute à Lancel : il n'aurait peut-être pas cédé si facilement pour les galipettes que pour les baisers :)
J'aime les questions que tu te poses : c'est exactement celles que je voulais susciter ;)
AudreyLys
Posté le 09/06/2020
Hey ! Super chapitre^^ on sent la fin approcher et la tension monter !
Merci d'avoir répondu à la question : Albérac x Lancel ? Parce que oui ça me turlupinait x)
Sinon je suis contente d'avoir lu les com' de dessous et tes réponses parce que moi j'avais compris que Elvire et Lancel faisaient l'amour. Tu parles de baisers, puis tu nous fais un résumé du temps qui passe, pour moi ça ressemblait fort à une annonce de partie de jambes en l'air. Surtout que j'ai l'impression que beaucoup de temps s'écoule, ils ont quand même pas passé trois heures à s'embrasser ? x) Mais bon ça me rassure que ça en soit resté là, parce que bon pédophilie toussa toussa...
Je m'attendais un peu à ce qu'Elvire fasse ça, du coup je n'ai pas été surprise comme Tac. Par contre je suis 100 % d'accord avec le fait que c'est trop bizarre que Warin laisse Themerid comme ça. Ok, les filles ont froid, mais bon on abandonne pas son prince quand même. Et aussi d'accord avec Jowie pour ce qui est de l'amour entre Venzald et Flore, cela dit j'ai beaucoup aimé cette déclaration. Je l'ai trouvée très triste aussi, quand on sait ce que Flore est devenue...
Petite coquille :
jusqu'à la villa des Bazas. dit le ministre -> ce doit être une virgule
Voilà c'est tout, bisous !
Isapass
Posté le 12/06/2020
La question Lancel x Albérac, je me demande si j'ai pas eu l'idée d'en parler suite à un de tes commentaires, justement ;)
Ah mince, il faudrait que je précise qu'ils ne font que s'embrasser, alors. Pas que ça me choquerait, mais ça ne ressemble quand même pas à Elvire de se lancer comme ça, surtout dans une bicoque un peu cracra. Et comme Lancel est assez prévenant avec elle, ce serait étonnant aussi. Et, oui, c'est vrai, ils ont un petite différence d'âge de vingt ans... Dans un univers médiéval, je pense que ça peut se comprendre, ceci dit (les filles devaient être mariées et avoir des enfants très jeunes), mais je trouve assez révélateur que ça te choque. J'en tiendrai peut-être compte, du coup.
Bien noté aussi pour Warin qui laisse Themerid en plan, je vais changer ça ou au moins le présenter différemment.
Merci pour la coquille et pour tout ton commentaire et ta lecture, d'ailleurs !
A+, bises
AudreyLys
Posté le 12/06/2020
Ah bah j'apprécie cette dédicace XD
Oui moi aussi ça me paraissait bizarre, je me suis dit "ah bah elle nous fait une Flore" (oui je suis méchante). C'est pas vraiment que ça me choque, je trouve ça cohérent avec l'univers et le contexte, mais c'est un brin dérangeant, surtout quand ce n'est pas montré négativement.
À peluche !
Jowie
Posté le 07/06/2020
OOh, Venzald est décidément très, très amoureux de Flore et son long voyage n’y a rien changé, on dirait ! Sa déclaration est très passionnée et determine et même si je sais qu’il aime Flore, elle m’a surprise. Je pense que tu pourrais amener la déclaration en renforçant le fait qu’il pense à elle durant chaque étape de son voyage (genre pratiquement à chaque chapitre). Comme ça, leur romance serait toujours présente dans l’esprit du lecteur et cette déclaration en découlerait naturellement. Je me souviens qu’il fait allusion à elle dans les derniers chapitres mais avant, je n’ai pas eu l’impression qu’elle s’invitait souvent dans ses pensées (après, c’est vrai qu’il était très occupé).

Ahhh mais c’était stressant, le passage où Warin Themerid doivent sauver les fillettes! Et pile au moment où l’on croit qu’ils vont s’en sortir, Themerid s’écroule. Est-ce que c’est son état de santé s’aggrave ? Ou est-ce dû à Venzald qui essaie de communiquer avec lui ?

Elviiiiiire mais… mais xD Le trio de soeurs sont particulièrement déterminées dans leurs relations amoureuses ! Je t’avoue que je shippais secrètement Elvire et Lancel depuis trèèèèès longtemps mais j’ai cru comprendre que Lancel était beaucoup plus âgé qu’elle, ou je me trompe? Dans tous les cas, je l’ai trouvé super noble et respectueux envers elle et cohérent avec ses propres principes, aussi, ce qui est quelque chose que j’apprécie particulièrement. Après, je ne sais vraiment pas ce qui va se passer entre Venzald, Elvire et Lancel mais encore une fois j’ai peur qu’il y ait des coeurs brisés *pleure d’avance *
Rohlala mais maintenant j’aime encore plus Lancel; Isapass, qu’est-ce que tu me fais ???
Je me suis demandée en lisant le «obéissez à votre reine» si ce n’était pas une façon pour Elvire de goûter et tester son pouvoir. Après tout, jusqu’à maintenant, elle a cumulé des situations où elle était dominée par quelqu’un d’autre ou se plier aux événements (ex. Bréol)

Remarques:

Mais les Terciens n’attendent qu’une chose pour se révolter : que leurs filles ne servent plus d’otages. ->Les Terciens attendent que leurs filles soient libres pour se révolter. D’un côté, c’est contradictoire (si elles sont libres, ils on une raison de moins pour se révolter) et d’un autre, ça tient la route (s’ils se révoltent et qu’elles sont toujours entre les mains du Haut-Savoir, ils les mettent en danger). Quelque chose me titille dans cette phrase mais je ne vois pas quelle alternative apporter #pinaillageinutile xD

La moitié de sa bouche encore vivante se pinça. -> c’est sûrement moi qui ai oublié, mais Conrad a une espèce de paralysie partielle de la bouche ou j’interprète ça de travers ?


JE VEUX REVOIR LANCEEEEL *tape des pieds* xD
Isapass
Posté le 09/06/2020
C'est marrant, je me suis justement marqué ça dans mes notes pour les corrections : "Ajouter des pensées de Venzald vers Flore régulièrement au fil du roman" :) Donc, tu vois que je souscris totalement à ton conseil ! ;)
Themerid qui s'écroule, c'est dû au fait que son coeur n'est toujours pas très solide (il attend toujours la "bonne" formule de la part d'Iselmar et d'Ensgarde) et que la mission à laquelle il participe et stressante, que c'est la première fois qu'il prend part à une action sur le terrain, et enfin, qu'il est blessé. Du coup, il s'écroule. Mais je vais l'amener différemment parce que Tac, ci-dessous, me disait qu'elle trouvait peu crédible que Warin laisse le prince en plan au milieu de la rue. Je vais faire en sorte que ce soit Themerid qui insiste pour que Warin finisse la mission en assurant qu'il n'a presque rien.
Tu ne te trompes pas : Lancel a environ 35 ans alors qu'Elvire en a 15. J'avoue que c'est mon côté subversif qui parle XD Et comme ça passe dans un univers médieval, je m'engouffre dans la brèche... Ceci dit, ils n'ont rien fait de plus que s'embrasser pour l'instant... Tu es loin d'être la seule à shipper Lancel et Elvire ;) Reste à savoir comment le trio va se dénouer... ou pas.
"Je me suis demandée en lisant le «obéissez à votre reine» si ce n’était pas une façon pour Elvire de goûter et tester son pouvoir." : c'est exactement ça, en fait ! C'est la première fois qu'un homme lui dit qu'il ferait tout pour elle, alors ça lui monte un peu à la tête. Comme en plus elle a déjà un faible pour Lancel et qu'elle est en colère contre Themerid dont elle sait qu'il n'est pas fan de Lancel... Ce sont autant de bonnes raisons de céder aux charmes du beau Lancel XD (tu as succombé toi aussi, apparemment !)
Je ne suis pas sûre de saisir ce qui te gêne dans la phrase avec les otages... peut-être la double négation ? C'est vrai que ce n'est pas très chouette... J'y réfléchirai en correction.
Et enfin, pour Conrad, oui, il a la moitié du visage paralysée, suite à l'attaque subie dans le tome 1 (d'ailleurs j'avais plus ou moins laissé croire qu'il était mort). Allez, je me fais un petit plaisir en te remettant la description quand il réapparaît : "derrière lui, le battant s’écarta sur une silhouette énorme qui dût se courber pour franchir le passage. Lorsque l’arrivant se redressa, Flore ne put retenir un hoquet. Le côté gauche de son visage était difforme, coupé par une profonde entaille pourpre qui partait du sommet du crâne et descendait jusqu’au coin affaissé de la bouche en traversant une orbite vide. Les muscles faciaux figés vers le bas et la peau blanchâtre autour de la cicatrice lui donnaient l’allure d’un monstrueux masque de cire abandonné trop près d’une lanterne. Mais la carrure exceptionnelle, l’œil intact qui rayonnait et surtout, la longue tresse d’un roux incandescent ne laissaient aucune place au doute : Conrad de Bran se tenait devant eux, bardé de cuir, la main sur le pommeau de son épée."

XDD si toi aussi tu te mets à taper des pieds, on est pas sorti de l'auberge !

Merci pour ta lecture et ton commentaire ! J'en ai un de retard pour Hêtrefoux, mais je rattrape ça très vite (ceci dit, j'ai déjà lu le chapitre, hein... pas pu m'empêcher !)
Tac
Posté le 07/06/2020
VILAINE ! Tu m'as fait TELLEMENT peur avec ta réponse de réponse de com, je croyais qu'Elvire ou Themerid allait crever à la fin du chapitre ! (bon tu vas me dire que c'est possible aussi, vu l'état dans lequel on a quitté le petiot) mais c'est juste des embrassades avec Lanceeeeeeel (qui a trente ans, ohlala) Elle n'est même pas majeure ! Bon, bref, pardon. Bon j'imagine que c'est moins répandu dans les coutumes de Terce, mais perso ça me paraît pas incompatible qu'Elvire ait quelque chose avec Lancel tout en étant amoureuse de Themerid. A bas le schéma du couple exclusivement exclusif et à deux ! Donc pour moi, théoriquement, pour le moment (sauf si on apprend la mort de Themerid alors ça causera des remous), ce chapitre n'est pas incompatible avec un happy ending. Mais bon, j'ai conscience que ce que j'imagine là et ma lecture de ton texte sont trop subversifs, donc j'imagine que tu vas trouver une façon "digne" de sortir Elvire de cette situation - généralement c'est avec la mort de l'un des trois membres du trouple, reste à savoir lequel.
Même si tu laisses sous entendre que Themerid se vide de son sang dans la neige, j'ai du mal à croire qu'il va décéder, à cause de l'arc narratif en point d'interrogation suggéré par le pdv de Venzald : il manque la réponse à la question : ensemble, à quel point sont-ils puissants ? Donc pour moi, Themerid ne va pas mourir, mais s'il n'y avait cet arc-là, te connaissant, ça ne m'aurait pas complètement étonnée qu'il meurt, car c'est rare qu'un héros principal meurt dans les livres et tu aimes bien prendre de court tes lecteurices. Là, ça ne m'étonnerait pas que Venzald tombe sur Themerid et le récupère (puisqu'il avait l'air bien décidé à s'infiltrer dans Terce).
Bon, je laisse là mes hypothèses et interprétations. J'ai rien relevé qui m'ait choquée dans ce chapitre, il se lit bien, assez tranquillement je dois dire. J'avoue que j'étais pas trop dedans mais bon j'ai une petite énergie aujourd'hui donc ça doit jouer aussi. Après comme tu passes vite sur le début, ce genre de survol ça me détache toujours un peu émotionnellement. C'est propre à moi-même, mais ça explique pourquoi je n'étais pas non plus ultra dedans même quand l'action se recentre sur Themerid. J'avoue que je suis un peu dans l'attente de la "vraie action" : le climax, en fait. Car pour le moment c'est encore de la préparation, très condensée, je le ressens vraiment car je lis un peu d'un oeil, en quelque sorte. (je sais pas comment décrire autrement mon attitude de lecture que par "détachée émotionnellement". c'est pas que je suis indifférente, c'est que j'attends que les moments riches en émotions me refassent plonger dans l'intrigue, en fait. Le survol des événements ça me fait un peu l'effet de lire un résumé, en fait. Je le dis absolument sans méchanceté, tu connais comment je fonctionne et ce qui me fais tiquer maintenant, de toute façon, ça ne veut pas dire que ce chapitre et les précédents sont nuls, c'est juste que ce n'est pas le genre d'écrit qui provoque quelque chose en moi.)
Finalement je n'ai pas grand chose à dire, pour moi c'est un peu un chapitre neutre : rien de mauvais mais rien qui m'ait fait vibrer non plus. En lisant la déclaration d'amour de Venzald j'étais même étonnée d'être aussi peu touchéee, mais je crois que c'est parce que ça ne m'a pas "surprise" ,dans le sens où c'était attendu, pour moi, je trouve aussi que c'est un peu cliché (sans que ça m'ait fait bondir, tu peux le laisser je pense). En fait je crois que je me suis un peu lassée des amours des princes, en ce moment j'ai envie d'histoires qui cassent un peu le cadre, je crois, et là ce sont juste un garçon qui veut retrouver son amour d'enfance à tout prix et Elvire et Themerid c'est un autre amour d'enfance avec une mauvaise communication. Ce n'est pas grave que ce soit ainsi, mais je l'ai déjà lu/vu/entendu trop de fois et c'est trop "classique" pour mes envies du moment, pour que ça me fasse vibrer.
J'espère que j'ai été assez claire, pour le coup c'est plus une explication de mon état d'esprit qu'un vrai relevé de ce qui ne fonctionne pas. Mon com est plus subjectif que jamais, donc vraiment ne le prend pas pour argent comptant mais plutôt pour une explication de pourquoi je ne saute pas au plafond, que ce soit d'excitation ou autre émotion forte.
J'avoue que j'espère que la partie trois ne va pas être entièrement sur le même ton et que j'ai raison quand je dis que j'ai le sentiment d'attendre quelque chose, parce que je crains d'avoir du mal à raccrocher les wagons ensuite. Bon, on verra!
Plein de bisous !
PS : je viens de lire le com de cocochoup et j'avoue que le revirement d'Elvire est quand même subit, je pense que tu devrais mettre certaines explications de pourquoi elle veut soudainement Lancel pour amant plus tôt, car elles viennent très tardivement et jusqu'à ce qu'elles arrivent, je n'arr^tais pas de me dire "what the fuck? what the fucking fuck is happening?" et j'avoue que ça m'a pas mal posé problème. Je ne sais pas si tu as volontairement voulu laisser un mystère ou si le pourquoi du comment te paraissait évident, mais perso, l'évidence n'était pas là du tout.
Plein de bisous - bis !
Tac
Posté le 07/06/2020
AH et j'ai oublié aussi, Warin qui laisse Themerid se vider de son sang dans la neige ? Le mec n'arrive même plus à marcher ! J'ai conscience qu'il n'y avait pas masse d'alternatives en termes d'actions, mais ça m'a quand même paru trop bizarre pour que j'y adhère. Tel que c'est décrit pour moi ça a été évident dès le début que Themerid faisait une hémorragie. Le laisser rentrer seul sans surveillance ? C'est à croire que Warin veut la mort de son prince, parce que c'était évident qu'il était foutu. Je sais pas, il pourrait au moins lui faire un garrot et themerid pourrait marcher en se servant de son épée comme d'une canne ? Je sais pas, ça m'a vraiment paru peu crédible comme réaction, tout ça. ça a été mon autre grand moment de what the fuck du chapitre.
Isapass
Posté le 09/06/2020
Ah ben non, je ne vais pas (déjà) tuer Themerid ou Elvire ! Désolée pour la frayeur, mais j'aime toujours autant ta façon subversive de penser, héhé. En fait j'ai la même et tu es la seule à me comprendre (comme quand Flore se consolait avec ce pauvre Johan). Il va donc falloir que je dénoue cet arc sans me trahir, mais sans me faire jeter des pierres non plus. J'espère que ça te conviendra ;)
Oui, tu as raison, je ne peux pas ne pas répondre à la question "que sont-ils capable de faire ensemble ?". DOnc au risque de te gâcher le suspense, le point "dénouement du trio amoureux par la mort d'un des persos", ne sera pas réglé par la mort de Themerid. Pas pour l'instant, du moins...
Les "survols", comme tu dis, c'est vrai qu'il y en a quelques uns depuis le début de la partie 3, mais si je devais raconter tout ce qui se passe uniquement par des discours rapportés, ça ne marcherait pas non plus. Ceci dit, même si tu étais fatiguée, ton retour m'alerte sur le fait que je ne dois pas en abuser non plus, au risque de perdre le ton. D'ailleurs, j'en ai moins besoin à partir de là. Par contre, tu me fais un peu peur avec ton attente de la "vraie action", parce que déjà j'avais l'impression que ça bougeait pas mal ! Bon, c'est vrai qu'il va y avoir un climax (voire deux), mais je ne sais pas s'il y aura une action plus "vraie" que celle de maintenant !
Pour le revirement d'Elvire : quelles explications attendrais-tu en amont de la scène ? c'est cette phrase là que tu considères comme explication : "Non pas pour se venger de Themerid comme elle l’avait voulu," ? Je peux la mettre avant, en effet, mais le chapitre précédent se terminait par "Et si cela pouvait faire regretter ses paroles à Themerid, encore mieux ! D’ailleurs, elle savait très bien comment s’y prendre pour ça." Mais ok, j'ai bien compris que c'est un peu brutal, je développerai l'état d'esprit d'Elvire.
Enfin, pour Warin, c'est vrai que ça peut paraître un peu neuneu. Je tournerai le truc de manière à ce que ce soit Themerid qui assure qu'il n'a presque rien et qui insiste pour que Warin termine la mission.
Merci pour ton commentaire, précieux comme d'habitude ! Plein de bisous ! ♥
Tac
Posté le 10/06/2020
T'inquiète, tu ne me spoiles absolument rien en me disant que Themerid ne va pas mourir, je le savais !
Je me suis mal exprimée : il y a de l'action, oui, mais en fait comme c'est "résumé", je ne suis pas dedans, alors j'ai pas d'action émotionnelle. (ah oui je me suis vraiment très très mal exprimée mais j'arrive meiux à savoir ce que je veux dire avec le recul) par exemple la scène d'agression sexuelle elvire /bréol : en soit il n'y avait pas braucoup d'actions qui faisaient avancer l'intrigue, mais c'était intense émotionnellement : pour moi c'était "actif". Là, le résumé des grandes batailles et grands voyages, ça ne provoque rien émotionnellement, alors pour moi, en termes de ressentis, c'est "passif". J'espère que ça te rassure et t'éclaire mieux sur ce que je voulais dire ! Mille fois pardon pour mes maladresses.
Par rapport à Elvire : oui, c'est cette phrase là ! Je t'avoue que la fin du chapitre précédent avec la décision d'E de faire regrtter T, je n'avais pas compris qu'elle irait voir ailleurs. Ou, si, mais genre du flirt voire des bisous, mais de telle façon que Themerid verrait le flirt et les bisous. Là, cachés dans une cabane, heu... ce que themerid ne sait pas ne peut pas le blesser, si je puis me permettre. Pour moi, Elvire (dans son intention de base, avant d'êtr prise par le sex appeal de Lancel et ses propres hormones) veut plus faire de la provoc, du flirt fanfaron. Enfin, c'était ainsi que je l'interprétais. Cela étant, je ne nie pas l'effet "bombe" de la sitaution actuelle, qu'elle pourra envoyer à la tronche de Themerid. Sur le coup, j'ai juste pas vraiment compris.
Plein de bisous !
Cocochoup
Posté le 05/06/2020
Ah du coup tu me mets le doute sur lancel...
Dit donc elvire... Les hormones te jouent des tours ? Y'a 1 chapitre tu étais à fond sur le prince et la...

Sinon j'ai adoré la déclaration e venzald à flore. Trop beau. J'espère qu'elle l'entendre ❤️❤️
Si ça se trouve c'est flore le manteau bleu... Je deviens folle. Il faut vite que tu me dises !
Isapass
Posté le 06/06/2020
Ah ben oui, Elvire aussi est victime de ses hormones XD La proximité du beau Lancel a eu raison de... sa raison, justement ! Reste à voir si c'était le clair de lune et la victoire récente (et un peu sa colère contre Themerid) qui l'ont faite craquer, ou si elle est vraiment amoureuse de lui...
Ah super pour la déclaration de Venzald à Flore ! J'ai toujours peur que ce genre de passage soit un peu tarte.
Tiens, tu ne me l'avais pas encore sortie, l'hypothèse Flore XD !
Allez courage, on saura bientôt !
Merci pour ta lecture et ton commentaire. La vitesse à laquelle tu me lis à chaque publication est très boostante ! ♥
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