Chapitre 26 : La cérémonie

Par Ayunna
Notes de l’auteur : Chers petites plumes, soyez les bienvenues dans ce monde enchanteur
Et la féérie continue !

Ces révélations me bousculaient. Tout ce qui se produisait sur Terre se manifestait d’une manière tragique sur Orfianne. Notre peuple en avait subi les conséquences.

 Cela confirmait la théorie selon laquelle tout est lié dans l’Univers ; nos actions, nos pensées, pouvaient modifier le cours des choses.

« Voilà donc l’étonnant pouvoir des êtres humains : l’art de créer quelque chose par le « Verbe », ou par des émotions refoulées. Leurs pensées, leurs paroles, attirent une énergie qui correspond à leur état émotionnel. Elles peuvent réellement se matérialiser. Soit en quelque chose de positif, comme un rêve qui se réalise, soit en se traduisant par des épreuves », avait résumé Avorian. « Ou par des monstres sur Orfianne ! » avais-je ajouté.

Ce qu’évoquait le mage ressemblait fortement à la loi de l’attraction. Les humains utilisaient mal cette capacité, par pure ignorance !

 

Nous continuâmes notre promenade et nos conversations métaphysiques jusqu’à la tombée de la nuit. Arianna nous invita à dîner. Nous mangeâmes les fameuses fleurs cultivées. Une première pour moi. Alors que quelques pétales suffisaient à rassasier nos hôtes, Avorian et moi devions avaler une bonne trentaine de fleurs et bourgeons pour voir notre faim apaisée.

En attendant la commémoration d’Héliaka, Arianna me montra un endroit pour faire ma toilette : une source d’eau chaude toute proche du village. Cela me changeait des ruisseaux glacés !

Arrivées au bassin, la fée m’offrit un petit savon. Je m’enivrai de son odeur fleurie en la remerciant. Elle me laissa seule pour respecter mon intimité. Je me dévêtis puis entrai dans la source. Son eau presque brûlante me réconforta immédiatement, et décongestionna mes muscles endoloris. Je bénis ce moment de grâce. Une fois lavée et habillée, je laissai Avorian profiter à son tour du bain et partis me brosser les dents – par principe, puisque nous venions de manger des fleurs…

L’heure de la fête approchait. Avorian et moi nous sentions si euphoriques que nous nous esclaffâmes de bon cœur, sans même savoir pourquoi, heureux de nous sentir enfin en sécurité. Pas de danger ici, dans cet univers magique ! Nos nerfs se relâchaient.

Les fées nous avaient-elles envoûtés ?

L’éclat d’Héliaka apparut soudain entre les branches des arbres. Les rayons de lumière ambrés qu’elle projetait se réfléchirent sur les murs arrondis des maisons. Les signes sculptés dans le bois se mirent alors à scintiller, jusqu’à en devenir argentés, brillants de mille éclats. Au crépuscule, les habitations s’ornaient de leur plus belle parure, étincelantes, comme pour répondre aux appels lumineux de la lune d’Orfianne. On pouvait en effet presque les confondre avec le ciel étoilé. L’air de la nuit charriait le parfum sucré des nombreuses fleurs environnantes. Je me délectai de leur effluve, doucereuse. Cette atmosphère féerique me donna l’impression de flotter.  

Nous retournâmes au cercle des pierres phosphorescentes, lieu sacré pour nos hôtes. Un bon nombre de fées s’y trouvaient déjà. Elles virevoltaient autour des arbres. Je ne vis pas de lutin, à ma grande déception. Je me demandais à quoi ils pouvaient ressembler. Abélia m’apprit que les lutins étaient chargés de protéger les pourtours du village afin que le rituel se déroule sans encombre. J’allais questionner cette dernière à propos de leur rôle au sein de la forêt, quand une fée au halo vert fonça droit sur moi. Elle me lança une pluie de paillettes dorées. Je me sentis immédiatement réconfortée.

– Liana ! la reconnus-je. Comment te sens-tu ? Aucune séquelle de l’attaque ?

– Tout va bien, grâce à vous ! Je me suis reposée un peu avant la cérémonie, j’en avais grand besoin !

– Je comprends. J’espère que votre rituel va définitivement repousser ces monstres !

Abélia me pria de me placer au centre du cercle J’obtempérai avec une pointe d’appréhension. Avorian, lui, préféra rester en dehors et s’installa contre un arbre. Les fées se donnèrent la main pour former une ronde autour de moi et commencèrent à danser, à tournoyer en chantant :

 

N’oublie pas notre lune,

Sans elle, la vie n’est rien

Marche sur cette dune,

Prend la lumière dans tes mains

 

N’oublie pas notre terre,

Sans elle, rien n’est possible

Oublie toutes ces guerres,

La lumière te semble-t-elle inaccessible ?

 

      Alors pense aux esprits de la nature

Tes pas seront guidés par ton destin.

Marche pour continuer ton aventure

Et ne quitte jamais le droit chemin.

 

Ces paroles te réchaufferont le cœur

    Nous les fées, t’aiderons à vaincre                 

   la peur.

 

    J’étais comme en transe, bercée par cette langue si harmonieuse. Je me mis à fredonner la mélodie des fées. À ma grande surprise, je connaissais leur dialecte, comme si ma mémoire commençait à émerger.

– Tu as une si jolie voix, Nêryah ! Chante-nous quelque chose, me demanda une petite fée à la peau orange, habillée d’une robe de fleurs rouges.

– Oh oui ! Une chanson, s’il te plaît ! reprirent en chœur les autres fées de leurs petites voix.

Arianna et Avorian approchèrent.

– Bon, d’accord.

J’entonnai alors un chant très ancien en langue gaëlique, que m’avait appris mon père, évoquant une légende celte. Je trouvais cela plutôt approprié. Tout le monde m’écoutait attentivement, l’air émerveillé. Je me sentais partagée : le regard pétillant des fées me ravissait, mais cet air me rendait mélancolique. Il me rappelait les bons moments passés avec ma famille, lorsque nous chantions tous ensemble.

– Quel timbre sublime tu as ! me complimenta Arianna une fois ma chanson terminée.

– Oh oui, quelle magnifique voix ! renchérit la fée orange.

– Ta voix est pure, cristalline, approuva Avorian.

– Merci ! Mon père m’a enseigné la technique vocale pendant des années. Je lui dois beaucoup.

Je baissai les yeux. Penser à mes parents était tellement douloureux. Allais-je les revoir un jour ? Et mon amie Chloé ? Ma chienne Mina, mon chat Haku ? M’avaient-ils oubliée, eux-aussi ? Pouvait-on réellement effacer la mémoire d’un animal ? Dans le cas contraire, mes chers petits compagnons déploraient-ils mon absence ? Tant de questions sans réponses. Toute ma vie sur Terre continuait de vivre en moi. Cela me rongeait le cœur.

Comme pour me réconforter, les fées me dirent en cœur :

– Chante-nous autre chose !

Ne pouvant résister à leurs yeux brillants, implorants, je leur chantai un poème de ma propre composition :

 

Le long du chemin ardu,

Marchent les voyageurs perdus,

Portant avec eux la flamme de vie

Vers un monde où règnent le silence et la nuit.

 

Seuls sur la route de l’existence,

Les Pèlerins rassemblent leurs souvenirs.

Acceptent leur passé, rencontrent leur

essence,

Pour aimer et comprendre leur devenir.

 

Bercés par les mots de l’enfance,

Ils avancent sur le grand sentier du

destin.

Le cœur empli d’espérance,

Pleurent de joie, de chagrin, leur ego éteint.

 

Leurs larmes épurent leur corps,

Apaisent la douleur, la haine.

Leur esprit ne craint plus la mort,

Mais l’aime et la comprend sans peine.

 

Nous sommes tous des voyageurs sur

l’éternel chemin de l’amour.

L’Univers entier avance vers la même

lumière.

Nos âmes traversent l’immense océan de vérité, en quête pour toujours.

Suivons la belle étoile sans nous mettre de frontière...

...elle nous mène à l’éternité.

 

Nous fredonnâmes longuement ces paroles sous le ciel étoilé. Adossé contre un arbre, Avorian me regardait danser, le sourire aux lèvres. Les fées fusaient dans les airs, leur trajectoire formait des figures artistiques. L’atmosphère se colorait de leur halo lumineux, tel un arc-en-ciel aux couleurs chatoyantes. Les étincelles jaillissaient de partout. On aurait dit un feu d’artifice.

Je n’arrivais pas à me défaire du cercle des fées, comme hypnotisée par ce festival coloré. Totalement épuisée, mes membres refusaient d’obéir : je virevoltais, inéluctablement.  

Avisant mon visage en sueur et mes yeux mi-clos, Avorian attrapa ma main et m’extirpa de la ronde des fées. Je tombai dans ses bras, incapable de me tenir debout.

– Merci…, fis-je d’une petite voix faible.

– Sacrée Nêryah, tu te serais effondrée avant qu’elles n’aient terminé : les fées en ont pour toute la nuit ! déclara-t-il en riant. Tu sais, il est presque impossible de sortir de leur cercle magique par soi-même. Une fois qu’on y entre, on ne peut plus partir, parce que notre âme, elle, désire y rester à jamais… l’enchantement est trop fort.

– C’est pour ça que vous n’y êtes pas allé ? Pour pouvoir m’en sortir ?

– Exactement ! Arianna m’a montré un endroit pour dormir. Je crois que tu en as grand besoin, ma petite danseuse.

– Oui, mais je vais d’abord prendre un deuxième bain. C’est vital !

Je retournai à la source chaude. Après un brin de toilette, je rejoignis Avorian et m’affalai sur un lit improvisé, composé de mousse.

– Avorian, j’ai une question un peu singulière… on a seulement vu des fées femelles, comment font-elles pour euh… disons, perpétuer leur espèce ?

Avorian me regarda, les yeux rieurs, un sourire au coin des lèvres et me répondit :

– Les lutins.

Nous nous esclaffâmes en cœur, incapables de nous arrêter de rire.

La nuit, je rêvais des fées en train de tournoyer dans une ronde ahurissante et sans fin. Je leur criais : « Stop ! Non ! » Mais elles continuaient, inlassablement, comme si elles ne m’entendaient pas. Je tombais ensuite dans un trou noir. Mon corps, inerte, ne pesait plus rien dans le vide. Dans cette chute interminable, les ombres volaient à ma rencontre. Elles arrivaient à toute vitesse, enveloppant mon corps de leurs nuées ténébreuses, en m’entraînant dans l’abîme. Je criais, me débattais pour tenter de fuir. Je ne distinguais que le néant.

Je me réveillai en sursaut, poussant un cri. Il faisait encore nuit. Je me mis à pleurer, tremblant de tous mes membres. Mes gémissements alertèrent Avorian.

– C’est fini, souffla-t-il en caressant doucement mes cheveux.

– C’était horrible ! Affreux !

– Chut… Je suis là, tout va bien. Rendors-toi maintenant. 

Avorian me prit tendrement dans ses bras.

– Non, je ne peux pas ! J’ai trop peur…, sanglotai-je.

– Il ne peut rien t’arriver ici, d’accord ? Rendors-toi sans crainte. La nuit est paisible, le village est protégé. Ferme tes yeux, Nêryah.

Il me rallongea précautionneusement sur le lit.

– Mais les ombres vont revenir si je les ferme ! assurai-je.

– Non. Je te le promets. Je ne les laisserai pas te prendre... plus jamais.

Il déposa un doux baiser sur mon front.

Mes paupières se fermèrent d’elles-mêmes de sommeil.

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Makara
Posté le 27/12/2022
Coucou Ayunna ! J'espère que tu as passé un bon Noël ! Ce chapitre était très doux. J'ai adoré l'ambiance qui se dégageait. On se sent nous aussi plus calme et serein avec l'hospitalité des fées et leurs traditions. Tes poèmes sont un plaisir à lire et participent à cette atmosphère attendrissante.
Par contre, j'ai toujours du mal à cerner Avorian. je pense que ce personnage manque de caractérisation. Si là tout de suite, tu devais me demander quels sont ses traits de caractère, je ne pourrai pas te répondre. Il est trop flou pour moi. Les seules choses que je retiens de lui c'est qu'il donne des informations sur le monde et qu'il guide Neryah... Pour le moment je ne saisis pas bien sa personnalité.
A voir si cela gêne d'autres lecteurs ou si ce n'est que moi ;)
Bon, je te laisse !
A bientôt :)
Ayunna
Posté le 27/12/2022
Coucou Makara !!

Merci, eh bien...un Noël avec beaucoup de fièvre, c'est ainsi ! Et toi ?
Merci de m'avoir lue, c'est adorable. Dès que je serai un peu plus remise, je pourrai reprendre la lecture de Nimbe. Je passe ici rapidement :)
Tant mieux si cette douce ambiance te plaît.
Avorian doit rester mystérieux au début, on le découvre petit à petit et on s'attachera de plus en plus à ce personnage. Mon tome 1 est très long. Je vais voir cependant si je peux ajouter des choses, tout en ayant à l'esprit mon scénario et ce que je souhaite de lui ^^

A très bientôt !!
Art of You
Posté le 13/10/2022
"Abelia me pria de me placer au centre du cercle. J’obtempérai avec une pointe d’appréhension. Avorian, lui, préféra rester en dehors et s’installa contre un d’arbre. Les fées se donnèrent la main pour former une ronde autour de moi et commencèrent à danser, tournoyer en chantant :"
c'est "contre un arbre" pas "un d'arbre"...
C'est incroyable... une cérémonie identique a lieu à la fin de mon histoire. J'ai hâte que tu y arrives pour que nous puissions en discuter !
"Alors pense aux esprits de la nature" dans ton texte, "Alors", en italique également
Très joli ton poème !
Tes poèmes...
Et tu nous emporte vraiment dans le cercle des fées, c'est envoûtant !
Je me demande toujours si tu vas introduire une romance dans ton récit... suspense, je suis certain que tu vas encore bien nous surprendre !
Ayunna
Posté le 13/10/2022
De la romance, il y aura ( ^^ en mode Yodine)
Merci pour tes remarques, oh, ce sont des fautes de frappe je n'avais pas vu !!
Je suis ravie que mes poèmes te plaisent également
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