Chapitre 26 : Hans

Par Zoju
Notes de l’auteur : J'aimerais beaucoup avoir votre avis sur ce chapitre et la manière dont les informations sont apportées. J'espère qu'il vous plaira ! Bonne lecture ! :-)

La douleur irradie ma joue et je suis violemment éjecté de la transe qui m’avait englouti. Gleb est au-dessus de moi. Ce n’est que quand je sens la dureté du sol dans mon dos que je me rends compte que je me suis écroulé à terre. Je passe une main tremblante devant mes yeux et constate l’humidité de ma peau. J’inspire et expire lentement. Tim est accroupi à mes côtés. Un sourire grimaçant étire ses lèvres.

- Je suis désolé, Hans. C’était peut-être un peu trop violent comme vision.

- Que m’est-il arrivé ? demandé-je dans un souffle en me redressant.

- Tu t’es effondré subitement, me répond Gleb à la place du chef rebelle. Nous avons d’abord pensé à un malaise lié au Projet, mais il s’est vite avéré que c’était une sérieuse crise d’angoisse. Tim a raison, il aurait mieux valu commencer plus doucement, surtout dans ton état. Comment te sens-tu ?

Dans un geste mécanique, ma paume frotte ma poitrine où mon cœur bat irrégulièrement.

- Encore un peu perdu, avoué-je.

Des talons claquent sur le sol et Mélanie apparait au bout du couloir, une bouteille d’eau à la main qu’elle me tend dès qu’elle arrive à ma hauteur. C’est avec gratitude que je la remercie et que je m’empresse de me désaltérer. Mon estomac se tord quand Gabriel repousse un cri dans la salle à côté.

- Il vaudrait mieux que nous poursuivons cette discussion un peu plus au calme, déclare Tim après m’avoir jeté un coup d’œil.

Intérieurement, je suis soulagé qu’il le propose. J’ignore si je serai capable d’en supporter davantage à cet instant. Et pourtant, que je veille ou non, c’est ce qui m’attend. Je me lève à mon tour, les jambes flageolants et m’appuie contre le mur pour me soutenir. Je m’en veux de paraitre aussi faible. Les autres personnes à mes côtés ne cessent de me fixer en silence, ce qui a le don de faire émerger une certaine irritation au fond de moi. Décidément, je déteste ce regard compatissant qu’ils posent sur moi. Mes poings se serrent et je tente tant bien que mal de stopper les tremblements qui m’assaillent. Il faut que je me calme. C’est finalement le chef rebelle qui reprend la parole en premier après un nouveau hurlement.

- Pourrions-nous aller dans ton bureau, Gleb ?

- C’est là que je souhaitais me rendre de toute façon.

Il se tourne vers ses subordonnés.

- S’il y a le moindre problème, venez tout de suite me chercher.

Pour toute réponse, Mélanie et son collègue acquirent d’un hochement tête. Un dernier salut, puis nous nous quittons. Nous arrivons rapidement à destination qui se relève être un petit local relativement peu meublé où seules une table, deux chaises et une armoire s’y trouvent. Je remarque alors en entrant, une autre pièce sur le côté qui ressemble davantage à une salle de consultation. Après que Tim est allé dénicher un siège supplémentaire dans le cabinet d’à côté, nous nous asseyons. Ce n’est que loin de Gabriel que je parviens enfin à me détendre quelque peu, pourtant je n’ai qu’un désir, retourner au plus vite au camp principal. Mon attention est portée sur Tim qui tend une liasse de feuilles au médecin du lieu.

- Tiphaine m’a demandé de te remettre ses dernières recherches, déclare-t-il avant de rajouter en me jetant un coup d’œil. Elle souhaiterait également que tu fasses un bilan complet à Hans pour savoir exactement quel est son stade de la maladie. Tu trouveras toutes les informations dans son dossier qu’elle t’a joint.

C’est en silence que son interlocuteur survole du regard ce qui lui a été transmis. Une certaine perplexité apparait soudain sur son visage. Il se tourne vers moi.

- Tiphaine écrit que ta contagion ne remonte qu’à deux semaines et que des symptômes se sont aussitôt déclarés. Est-ce vrai ?

- Oui, quelques heures après l’injection, l’informé-je.

Il ne se déride toujours pas, au contraire j’ai même l’impression que ses sourcils se sont davantage froncés.

- Catégorie A, mais symptômes de la catégorie B, marmonne-t-il. Qu’est-ce qu’elle raconte ? Ce serait une première.

C’est à mon tour d’être troublé. De quoi parle-t-il ?

- Que voulez-vous dire par là ?

- À ce propos, Hans, que sais-tu exactement du Projet 66 ? S’enquiert-il en ignorant ma demande.

- Pas grand-chose, avoué-je quelque peu pris au dépourvu par cette question. C’est un virus mis au point par Assic.

- C’est tout ? s’étonne Gleb en ne voyant rien venir d’autre.

J’acquiesce hésitant devant son air remonté.

- Décidément, Tiphaine aurait pu t’en dire deux mots ! Toujours tête en l’ailleurs celle-là ! peste-t-il. Ne sois pas gêné, Hans. C’est normal si on ne t’a jamais expliqué concrètement les choses.

Le docteur se redresse sur sa chaise et dépose à plat ce qu’il était en train de lire.

- Pour faire simple, le Projet 66 pourrait être un type de maladie dégénérative qui impacte plusieurs endroits de notre corps avec une prédisposition toute particulière pour tout ce qui est neurologique. Enfin, c’est ce que nous pensons d’après les différents symptômes qu’elle engendre et que nous constatons. Crise épileptique, déclin de la motricité ou encore changement subit du comportement, énumère-t-il. Toutefois, bon nombre d’éléments demeurent assez flous pour nous comme la perte de cheveux, les malformations qui se manifestent et de l’hémoptysie qui serait plus rattachée au système respiratoire, même s’il ne fait aucun doute que tout est lié.

- Hémoptysie, répété-je.

- Cracher du sang, précise-t-il mécaniquement.

- Vous parliez de catégories, qu’est-ce que cela signifie ?

- Lorsque nous avons commencé à soigner les victimes d’Assic, il nous est rapidement apparu que nous n’avions pas affaire à une, mais à deux maladies malgré les nombreuses similitudes présentes. Si l’une est fulgurante, l’autre est une lente agonie. La catégorie A, celle qui désigne celle qui dure le plus longtemps est la plus courante, tandis que la B est plus rare. Sans doute, car les gens de la section médicale veulent garder le plus de temps possible leurs cobayes.

- Et moi ? Dans quelle catégorie pensez-vous que je suis ?

- C’est là qu’il y a un problème, reconnait Gleb en soupirant. Lorsque je te vois, je te mets sans hésiter dans la A, pourtant d’après ton dossier, tu sembles davantage un B. Aucun A ne présente aussi rapidement les symptômes que tu as manifestés dès les premières heures après l’injection.

Il se tait un instant pour réfléchir, puis se penche en avant sur son bureau. Avec ses doigts, il trace une ligne imaginaire dont un de ses indexes pointe une extrémité.

- Lorsqu’un malade de la catégorie A commence à montrer des symptômes vraiment typiques au Projet, plusieurs mois peuvent s’écouler. Pendant cette période de latence, il pourra ressentir de grosses fatigues, des maux de tête et des engourdissements, mais rien de bien inquiétant. Vient ensuite la phase la plus longue, poursuit-il en bougeant son doigt. C’est dans cette partie que se situent la plupart des rebelles que tu as rencontrés. Petit à petit, le virus va être plus présent. Cela va débuter par des douleurs d’abord de temps à autre avant de devenir chronique, à des phases de récupération beaucoup plus importantes, à des chutes de cheveux, à des malformations et beaucoup plus tardivement à des crises épileptiques ou du même genre. Ici, je t’expose ça rapidement, mais cela dure des années, variant de quatre, dix, voir jusqu’ à quinze ans.

En entendant cela, je me tourne vers Tim. Sentant venir ma question, celui-ci me prend de vitesse :

- Pour moi, cela va faire vingt-quatre ans que je supporte cette saleté.

- Un cas à part, malheureusement, compète Gleb. Personne d’autre n’a dépassé les seize ans. Nous ignorons pourquoi lui en particulier, mais l’hypothèse la plus probable est que ses origines familiales doivent en partie expliquer cette particularité et…

- Je t’ai déjà dit que je n’avais été épargné en rien, le coupe le chef rebelle, une irritation dans la voix. Au contraire, j’avais plutôt l’impression qu’il s’acharnait sur moi.

- Tu es le frère du maréchal, Tim, relève son interlocuteur d’un ton las. S’il avait souhaité te tuer directement, tu n’aurais jamais mis un pied dans la section médicale. Il voulait te garder en vie et puis torturer une personne c’est facile.

Ils se toisent de longues secondes sans que Tim ne rajoute quelque chose. Même si j’ignore encore trop de choses, je partage l’avis de Gleb. Ce n’est probablement pas un hasard que le chef rebelle continue à survivre au Projet malgré les années. D’ailleurs, lors de notre trajet pour venir ici, il a juste mentionné des chutes de tension. Pour quelqu’un qui vit avec cette maladie depuis vingt-quatre ans, il s’en sort plutôt pas mal. J’aimerais l’interroger davantage, mais je remarque vite à son air morose que ce n’est pas le bon moment. C’est finalement son interlocuteur qui reprend la parole en revenant à moi.

- Bref ! On en arrive à la dernière phase, déclare-t-il en m’arrachant à mes pensées. Il s’agit de la plus courte et surtout de la plus violente, un mois tout au plus. L’état où se trouve Gabriel représente son paroxysme. Pour en revenir aux catégories, la B commence tout de suite avec cette ultime phase et ses symptômes sont ceux que tu as évoqués à Tiphaine. Voilà pourquoi, je n’arrive pas à comprendre ton cas. Je suis ravi que tu sembles aller bien, Hans, mais normalement tu ne devrais pas aller aussi bien.

Je pose ma joue sur mon poing. Effectivement, il y a comme qui dirait quelque chose qui cloche. Toutefois, je suis loin de m’en plaindre. Si je peux éviter de souffrir plus que nécessaire, c’est une bonne chose. Malheureusement, j’ai beau tenter de voir le positif, les informations de Gleb sont tout sauf réjouissantes.

- Comment expliquer cela alors ? demandé-je en tâchant d’ignorer mes inquiétudes.

- Tiphaine m’a averti qu’un soignant de ta connaissance t’avait injecté quelque chose. Je note à son écriture qu’elle est furieuse. Tu peux m’éclairer.

En deux trois mots, je m’exécute. Gleb me fixe sans rien dire pendant un moment.

- Je rejoins ma collègue sur ce point, lâche-t-il soudain. Ce que tu as fait était de l’inconscience pure, toutefois cela pourrait expliquer bien des choses. Comment il s’appelle ton ami ?

- Vincent Kuntz.

Son expression se fait songeuse.

- Connais pas, reconnait-il après une courte réflexion. Et toi, Tim ?

- Pas le moins du monde, lui répond celui-ci d’un ton neutre.

Le silence imprègne de nouveau les lieux tandis que Gleb termine de lire mon dossier. Il finit par se lever.

- Suis-moi, Hans, m’invite avant de se diriger vers son cabinet. Je vais te faire ton bilan complet, ainsi qu’une prise de sang. Je pense que tu as beaucoup de choses à nous apprendre.

 

- Tim semble en avoir presque fini, fait une voix au-dessus de moi. Vous ne devriez plus tôt tarder à y aller.

Je reconnais immédiatement Laurine. Ayant les yeux appuyés contre mes bras croisés et étant dans mes pensées, je ne l’avais pas entendu approcher. Je relève la tête et rencontre le regard noisette de mon interlocutrice. Elle s’installe à mes côtés.

- Orso m’a appris la raison de votre venue, comment te sens-tu ?

Je retiens une grimace. J’en ai vraiment assez que l’on me pose toujours cette question.

- Pas au top, admis-je.

Depuis que nous avons quitté Gleb, je ne cesse de broyer du noir. Je repense à ses paroles et à sa réponse quand je lui ai demandé le temps qu’il me restait. Aucune idée. Mais il me suffisait de voir son expression renfrognée pour comprendre que ce n’était pas bon. Il m’a promis de me transmettre au plus vite mes analyses sanguines, mais honnêtement j’ai du mal à croire que cela sera positif. Et pourtant, j’ai encore le courage ou la stupidité d’espérer. Il va bien falloir que je me rende compte de l’évidence, il ne peut que je ne termine pas le mois.

- Tu es sûr que tu ne souhaites pas attendre demain matin pour repartir ? s’enquiert Laurine.

Je me contente de secouer la tête. Non, je n’ai aucune envie de rester, surtout après ce que je viens de voir. Si Tim ne m’avait pas obligé à patienter, j’aurais déjà regagné la forêt. Et puis, pensé-je. Ce n’est pas vraiment à moi qu’elle pense à en me demandant ça. Mais comment l’en blâmer ? Moi-même, je serais comme elle si j’étais dans sa situation.

- Je suis désolé, Laurine, dis-je tout de malgré tout pour la forme. Par ma faute, je te prive d’Ors, alo…

- Ce n’est rien, s’empresse-t-elle de me couper. Je te comprends parfaitement. À ta place, j’aurais agi de manière similaire.

Elle se tait puis rajoute :

- Pour tout t’avouer, moi aussi, j’aimerais retourner au camp principal, mais moi et surtout Orso avons préféré être prudents.

- Il est très protecteur.

- Parfois un peu trop, me dit-elle un sourire en coin.

Sa main caresse son ventre rond. Des yeux, je suis son geste. Elle me remarque.

- Dans combien de temps ? demandé-je.

Son visage devient radieux.

- Cinq mois normalement.

- Félicitation.

Je suis sincèrement ravi pour eux, toutefois je ne parviens pas à me détacher de cette amertume que j’éprouve en voyant son bonheur. Je ne devrais pas, mais je lui en veux d’avoir cette chance, d’être avec la personne qu’elle aime, d’attendre cet heureux évènement. Je désirerais tant qu’Elena soit à sa place. Difficilement, je fais taire ce sentiment égoïste que je ne supporte pas. Je porte mon attention sur le hall où les enfants continuent à jouer entre eux.

- Je suis content d’apprendre que malgré la maladie, on peut encore espérer fonder une famille, dis-je après un court silence pour penser à autre chose.

Bien qu’il y soit fort probable pour que cela ne soit jamais mon cas, rajouté-je à contre-cœur pour moi. Toutefois, cette perspective m’apporte tout de même un certain réconfort.

- C’est vrai, reconnait mon interlocutrice. Si au départ bon nombre ont refusé cette opportunité, ils ont peu à peu changé d’avis lorsqu’ils ont compris que le Projet n’avait pas d’impact sur leur enfant.

Je trouve étrange sa manière de parler, comme si cela ne la concernait pas.

- Toi aussi, tu es victime d’Assic, Laurine ?

Son regard s’assombrit.

- Oui et non. Ma situation est un peu particulière. Le lendemain de mon arrivée à la section médicale, j’ai été libérée par les rebelles. Ils n’ont pas eu le temps de m’injecter quoi que ce soit.

- C’est vraiment une bonne chose.

- Tu sais, si cela avait été le cas, jamais je n’aurais accepté d’être avec Orso.

- Pourquoi ? m’étonné-je.

Elle me fixe surprise en entendant ma question.

- Gleb a dû oublier de t’en parler. C’est par le sang que les victimes du Projet 66 contaminent, m’apprend-elle. Si j’avais été dans ce cas, j’aurais eu bien trop peur de transmettre la maladie à mon compagnon.

Son expression se fait tout à coup plus grave.

- Ça va, Hans ? Tu es livide.

- Je l’ignorais, murmuré-je dans un souffle.

C’est à ce moment-là que Tim se décide à se camper devant nous pour annoncer notre départ, m’épargnant ainsi à expliquer à Laurine la raison de mon malaise subit. Je m’empresse de me lever pour me mettre aux côtés du chef des rebelles. La compagne d’Orso ne m’a toujours pas quitté des yeux et je saisis en croisant son regard qu’elle se doute de quelque chose. J’ignore pourquoi, je me refuse de lui avouer pourquoi ses paroles m’ont fait l’effet d’un coup de massue, probablement parce que je m’en veux et que pour le coup, je suis entièrement fautif. Une vérité ne cesse de tourner en boucle dans mon esprit. Lors de cette unique nuit passée avec Elena, j’ai été inconscient et à aucun moment je n’ai pensé à ce que cette maladie représentait réellement. C’est comme si j’avais moi-même poignardé ma partenaire de mes mains. Je l’ai mise en danger de la pire des façons et pour moi, c’est impardonnable. C’est le moral au plus bas que je salue Laurine avant de tourner les talons pour quitter cet endroit qui ne m’a rien apporté de bon.

 

Lorsque nous arrivons près du camp principal, il est fait déjà nuit noire depuis un moment. Je n’ai pas desserré les dents pendant tout le trajet. À mon grand soulagement, mes deux guides ont jugé bon de ne pas m’adresser la parole et se sont contentés de brefs échanges entre eux. Intérieurement, je les remercie de m’avoir fait cette faveur. Quelques mètres avant d’atteindre l’entrée du camp, Tim m’intime d’un geste à stopper toute progression. Lorsque nous sommes à l’arrêt, Orso siffle plusieurs fois d’affilé. Les secondes s’écoulent avant qu’un « Vous pouvez approcher » lui réponde. Nous nous avançons et tombons nez à nez avec Louis qui patiente assis sur une souche d’arbre et un autre homme dont le nom m’échappe debout à côté de lui. Chacun porte un fusil en bandoulière. En nous reconnaissant, Louis se redresse vivement.

- Content de vous revoir ! s’exclame-t-il. Tout s’est bien passé ?

- On peut dire ça, lui rétorque son chef d’un ton neutre. Et de votre côté ?

- Rien à signaler.

Je perçois directement le soulagement chez mes deux coéquipiers.

- Il y a juste, rajoute Louis en s’adressant à Tim. Que Sandro est revenu avec le rapport d’Yvan. Il vient d’arriver et doit probablement être avec Anna et Luna.

- Merci pour l’info, je vais les rejoindre de ce pas.

Tim se tourne vers moi.

- Je vais te laisser, Hans. Va te reposer, tu en as besoin et encore désolé pour cet après-midi pas très agréable.

- Tu n’as pas à t’excuser, Tim, lui assuré-je. Et je te remercie de l’avoir fait pour moi.

Il me tapote le bras comme dans un signe de réconfort.

- J’aurais tout de même préféré t’en dispenser. Sache en tout cas que si tu veux en discuter, n’hésite surtout pas à venir me voir ou en parler à Tiphaine. Dès que Gleb nous a envoyé tes analyses, on t’en informe.

- Très bien, approuvé-je d’un signe de tête.

Un sourire apparait alors sur les lèvres de mon interlocuteur et il me salue. Toutefois, avant de s’éloigner, il reporte une dernière fois son attention sur Louis.

- J’oubliais ! s’exclame-t-il en fouillant dans ses poches pour en sortir un bout de papier. Ton fils t’a fait un dessin et te dit qu’il t’aime très fort.

C’est le visage rayonnant de joie que Louis le remercie en s’emparant de la feuille pliée en quatre qu’il lui est tendu. Cette fois-ci, Tim s’en va pour de bon, Orso sur ses talons.

- J’ignorais que tu avais un fils, dis-je à mon surveillant attitré tandis que celui-ci déplie son cadeau.

- Un petit bout de presque huit ans qui est la prunelle de mes yeux.

Il s’esclaffe en découvrant sur le chef-d’œuvre de son enfant.

- Décidément, quand cessera-t-il de me représenter en poireau ?

Et pourtant, il a beau se plaindre, son regard ne reflète que de l’amour. L’instant d’après, il range le dessin dans sa poche et ressort autre chose. Il allume sa lampe de torche et se rapproche de moi.

- C’est lui.

Je reconnais immédiatement Max.

- Je l’ai rencontré ton gamin. C’est le premier avec qui j’ai discuté. Il n’arrêtait pas de me fixer.

- Ça ne m’étonne pas de lui, sourit mon interlocuteur. Il a toujours été beaucoup trop curieux. En tout cas, je suis ravi qu’il ait fait ta connaissance.

- Pourquoi ne vis-tu pas avec lui ? demandé-je.

La gaité de Louis disparait aussi sec et lorsqu’il reprend la parole, sa voix n’est plus qu’un murmure :

- Ma femme nous a quittés l’année dernière. Je suis resté à ses côtés jusqu’à la fin, mais après sa mort, je me suis senti incapable de vivre plus longtemps dans cet endroit. J’ai alors confié Max aux femmes de ce camp pour continuer la lutte ici.

- Je suis désolé, dis-je. Sincèrement.

Sa main se pose dans un geste amical sur mon épaule. Je relève le menton et remarque qu’il me sourit tristement.

- Nous n’y pouvons rien et il est fort probable que bientôt ce sera aussi mon tour. Mais même si c’est dur, je continue à aller de l’avant et me battre pour que Max ait le meilleur avenir possible.

Il s’écarte et se frotte les yeux d’un revers de manche. Une boule s’est formée au creux de ma gorge.

- Va te coucher, Hans, déclare Louis après un court silence. Tu as eu une journée éprouvante.

Je comprends à ses mots qu’il ne souhaite plus rien ajouter et qu’il me demande de le laisser. Je respecterai sa volonté. Un dernier signe de main et je m’enfonce à mon tour dans le camp. Toutefois, alors que je traverse les allées, je perçois soudain des sanglots étouffés. Préférant dans un premier temps les ignorer, je finis par faire demi-tour et me diriger vers la source du bruit. Je m’en voudrais d’être aveugle à la détresse de quelqu’un. Quelle n’est pas ma stupeur quand je découvre Luna cachée dans l’obscurité le visage inondé de larmes.

- Luna ! m’exclamé-je en m’accroupissant inquiet à ses côtés. Quelque chose ne va pas ?

Ne s’attendant sans doute pas à tomber sur moi, cette dernière reste sans voix un moment avant de se reprendre aussitôt. Frénétiquement, elle essuie ses yeux.

- Ce n’est rien ! s’empresse-t-elle de me rassurer. Juste une petite baisse de moral.

Je la fixe sceptique, persuadé qu’elle ne me dit pas tout.

- Tu es sûre ?

- Absolument ! m’affirme-t-elle en se redressant d’un bond. Vraiment, Hans, ne te tracasse pas pour moi.

Et avant que je ne puisse réagir, elle disparait sans me donner davantage d’explication, me laissant là plus incertain que jamais.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Sklaërenn
Posté le 22/04/2021
" Tiphaine m’a demandé de te remettre ses dernières cherches, déclare-t-il avant de rajouter en me jetant un coup d’œil." recherches ?

"Décidément, Tiphaine aurait pu t’en dire deux mois !" mots

Pour répondre à ta question, je trouve que les infos sont bien amenés. Je pense juste que ce moment => "- Gleb a dû oublier de t’en parler. C’est par le sang que les victimes du Projet 66 contaminent, m’apprend-elle. Si j’avais été dans ce cas, j’aurais eu bien trop peur de transmettre la maladie à mon compagnon. Ça va, Hans ? Tu es livide." tu pourrais mettre une incise, dans le sens où elle s'arrête sûrement de parler pour constater qu'il devient livide.

Le reste est bien amené et je trouve ça chouette qu'iels continuent à vivre malgré la situation dans laquelle ils sont. Même si je trouve un peu risqué de faire des enfants vu tout le bazar qui les entourent. En gros, ça crée un paradoxe chez moi, mais c'est pas mal. Au contraire, c'est plutôt bien :)
Zoju
Posté le 23/04/2021
Merci beaucoup pour ton retour ! Je suis contente que les informations soient bien présentées, je craignais que cela fasse trop bloc. Je vais corriger les petites coquilles que tu as relevées et changer le dialogue.

Pour expliquer le paradoxe, les enfants représentent l'avenir. Pour les victimes du Projet, c'est surtout une victoire contre ceux qui les ont fait souffrir. Malgré les souffrances, ils continuent à vivre et même si c'est dangereux, c'est un risque qu'ils estiment qu'il vaut d'être pris. J'espère que la suite continuera à te plaire ! :-)
Vous lisez