Chapitre 22 : Maracaibo

Par Mary

XXII

MARACAIBO

 

 

 

 

Alban se réveilla à l’aube, hagard, le corps tout endolori. Difficile de se décider à bouger. La moitié de l’équipage ronflait encore et dans un hamac voisin, Thibault dormait du sommeil du juste, un de ses bras tombant presque jusqu’au sol. Alban se dégagea de la couverture en grommelant et se redressa tant bien que mal sur ses pieds. Il ôta sa chemise et noua les manches autour d’un des montants de son hamac pour qu’elle finisse de sécher.

Il observa la marque qu’il avait gardée de l’attaque du Crimson. Plus claire sur sa peau désormais hâlée, la blessure ne s’était heureusement pas rouverte malgré l’effort d’hier. Une cicatrice de plus. Au point où il en était.

Il avait changé depuis son départ de Saint-Malo. Ses cheveux avaient poussé de façon assez anarchique et il avait gagné en musculature. Autour de son cou, soutenue par son ruban noir, la clé se soulevait au rythme de sa respiration.

La discussion de la veille lui revint en pleine figure. Alors comme ça, le Naufrageur ? Le Lotus Noir? Pourquoi cette clé ? Les coffres dans le bureau du Capitaine n’avaient pas de serrures aussi petites…

Il passa sa chemise de rechange en soupirant et grimpa silencieusement les marches. La tempête avait drainé tous les nuages de la région et le ciel était d’un bleu limpide malgré des températures plutôt fraîches. Les vagues ondulaient souplement et venaient caresser la coque du navire en clapotements monotones et apaisants. Hector tenait la barre, fidèle à son poste. Noël terminait de lover les cordages qu’ils avaient abandonnés près du chandelier ; Miguel et Philippe, dans les voiles, prenaient leur temps pour affaler les huniers. Au pied du mât de misaine, Maugis les surveillait, la main en visière.

— Tiens, te v’la debout !

— Bonjour, Maugis.

— On vient juste de se remettre en route, on y va doucement. T’as vu comme la brise est bonne ? La journée s’annonce tranquille, r’garde-moi ce ciel !

Il marqua une pause et scruta le visage d’Alban.

— Ça va  ?

— Je peux vous parler ?

— Ouh, ça m’a l’air sérieux. Attrape le seau et les serpillères, tu vas me raconter tout ça, mais faut qu’on s’occupe du pont, parce qu’après ce qu’on s’est pris sur le museau hier, y’a bien besoin.  

Il s’exécuta et les deux hommes s’exilèrent au bout du gaillard avant, et commencèrent à briquer le bois. Alban raconta donc au maître-gabier tout ce qu’il avait appris.

— Et ce s’rait le Naufrageur qui t’aurait sauvé la vie ce soir-là ? demanda Maugis en ouvrant des yeux ronds.

— Oui.

— Et pourquoi diantre ?

— Mon père et lui étaient de très bons amis. Plus personne n’a entendu parler de lui après ça.

Maugis posa sa serpillère.

— Ça s’emberlificote drôlement ton histoire, fiston, maugréa-t-il en se grattant derrière le crâne. En attendant, ça explique pas tout, mais te voilà déjà plus avancé.

Il s’interrompit, car La Bombarde et Noël s’avançaient vers eux.

— Petit déjeuner !

Alban attrapa la pomme fripée que lui lança le canonnier et mordit dedans avec bonheur. Il n’avait presque pas mangé la veille et mourrait de faim.

Entre deux bouchées, La Bombarde s’adressa à Maugis :

— Suis allé voir Martial, ce matin.

— Oh. Et alors ?

— S’est bien fait secouer hier. Après, je lui ai dit que s’il était pas content, il avait qu’à sortir de son trou et filer un coup de main.

— J’sais pas où ça va nous mener, tout ça, fit Noël, mais ça m’fout le cafard.

— Il a répondu quelque chose, après ? s’enquit Maugis.

— Pas bronché, rien. Il m’a claqué la porte au nez. J’l’ai jamais vu comme ça.

Alban se taisait, mais ne perdait pas une miette de l’échange.

Maugis balança son trognon de pomme par-dessus bord.

— Ça va mal finir, tout ça. J’sais pas quoi vous dire, les gars. Ça m’ennuie de dire ça, mais vaudrait p’tet mieux pour tout le monde s’il descendait au Venezuela, finalement. J’ai beau chercher, je pense que ça a pas de rapport avec nous. Y’a aut’chose.

— Quoi donc ? Ce type a plus de vie. Encore un peu à rester là et il prend racine dans la coque, marmonna Noël.

Miguel atterrit à ce moment-là au pied du mât de misaine.

— Tout est prêt là-haut !

Le maître gabier hocha la tête.

— Alors on s’remet au boulot ! Alban, finis ce côté, je vais commencer le gaillard arrière.

            La vie continuait, sur le Lotus Noir. Les matelots se réveillaient les uns après les autres et recommençaient le cycle des corvées en une routine rassurante et propice aux rêveries de chacun. Bientôt, un fumet délicieux s’échappa des hublots ouverts de la cuisine. Dans un coin, Samuel fredonnait ce qui ressemblait à une berceuse en inspectant les armes qui auraient pu prendre l’eau. Occupé à astiquer le pont, Alban aussi laissait libre cours à ses pensées, pour la plupart dirigées vers Nora.

            Malgré toutes les révélations auxquelles il avait eu droit et le voyage jusqu’à Maracaibo, il n’arrivait pas s’enlever la jeune fille de l’esprit depuis ce matin. Il avait eu tellement peur, la veille, accroché au hauban. Que se serait-il passé, si au prochain retour du Lotus, elle l’avait attendu en vain sur les quais ? L’idée même lui tordait l’estomac. Est-ce que son message lui parviendrait bel et bien ? Pensait-elle seulement à lui ? Comme il pensait à elle ? La sensation de manque était atroce. Il aurait donné n’importe quoi pour la serrer dans ses bras, là, maintenant. Il aurait dû l’embrasser une dernière fois, avant le départ. Lui dire en face qu’il l’aimait, glisser sa main dans ses cheveux, sentir la douceur de ses lèvres.

            Il effleura le ruban noir autour de son cou, et un zéphyr vint lui caresser la joue avant d’aller chatouiller les vagues. Bientôt. Il était presque au bout. Ce soir, ils atteindraient Maracaibo, et trouveraient le Naufrageur. Alban rentrerait à Saint-Malo avec ses réponses et serait enfin libéré de son fardeau.  

            Revigoré, il acheva sa tâche l’esprit léger. La journée fut des plus tranquilles. Vers la fin de l’après-midi, alors qu’Alban se perdait dans un souvenir odorant de sauge et de savon blanc, ils entendirent les premiers goélands et une bande sombre apparut à l’horizon.

— Venezuela, Capitaine ! cria Philippe du haut de la vigie.

— Parfait, répondit-elle depuis la dunette. Killian, trouve-nous un endroit où accoster.

Surpris, Alban observa le second donner des indications à Hector. Pourquoi lui ? D’ordinaire, le timonier savait toujours où jeter l’ancre. Peut-être ne connaissait-il pas assez bien le littoral vénézuélien, mais comment expliquer que Killian, si ?

— Là, c’est la trouée qui va du golfe au lac, pointa-t-il du doigt avant de rajuster son tricorne. Nous allons bientôt être trop près des forts. Il faut trouver un endroit sûr et discret, hors de portée de leurs canons.

— Ils sont si bien gardés que ça ? demanda Ronan, assis sur les marches, le poignet enrubanné.  

— Fut un temps où c’était pas le cas, répondit Killian, mais ils ont pris le problème à bras le corps y’a à peu près vingt ans. Trop d’attaques de pirates, la ville a été presque entièrement détruite. Ils ont lancé d’énormes travaux qui ont duré plusieurs années. Les forts gardent l’entrée et à moins d’avoir un laissez-passer ou une grosse somme d’argent à laisser au Haut Commandement, les boulets de canon seront ton seul comité d’accueil.

— On va caboter un peu près du rivage, déclara Hector en virant légèrement de bord. On trouvera bien un endroit.

Ils s’éloignèrent juste avant l’entrée du golfe et se dirigèrent un peu plus à tribord pour longer la côte. Le timonier tomba sur une petite crique et ils jetèrent l’ancre alors que le soleil amorçait sa descente.  

            Le Capitaine sortit de son bureau en enfilant sa cape. Alban l’observa à la dérobée. Il n’osait imaginer ce qu’elle pouvait ressentir. Elle avait cru son père mort depuis dix ans, comment vivrait-elle les retrouvailles ? Il y aurait tant à dire ! Pour tout avouer, il avait du mal à la voir autrement que dans son rôle de Capitaine. De son côté, la tension montait d’un coup. Il devenait nerveux.

— Maugis, La Bombarde, je vous confie le navire, ordonna Erin. Nous risquons d’en avoir pour quelque temps, ne vous inquiétez donc pas outre mesure. Surtout qu’il y a un bon bout de chemin à pied. Miguel, tu viens aussi, notre espagnol ne suffira peut-être pas. Alban, tu es prêt ?

Le jeune homme enfila sa veste. Maintenant qu’il se trouvait là, près du bastingage, entre Hector et Killian, son cœur battait un peu trop fort pour qu’il s’affirme tout à fait prêt. Le calme de l’après-midi lui paraissait bien loin, mais néanmoins, il acquiesça.   

            La chaloupe percuta la surface de l’eau dans un tonnerre d’éclaboussements. Ils s’installèrent, Noël aux rames, et mirent pied à terre peu de temps après. Les bottes d’Alban s’enfoncèrent dans le sable qui recouvrait la plage et il lui fallut quelques instants pour retrouver son équilibre.

Cet endroit n’avait rien à voir avec Fort-Royal. Une autre atmosphère y régnait, un environnement plus sauvage, moins dompté. La gorge sèche, il regarda Noël retourner au Lotus.

— Il est temps d’y aller, annonça le Capitaine. On réussira bien à trouver un chemin qui mène en ville.

Devant eux se dressait une large dune, parsemée çà et là de minuscules buissons, de rochers et de débris de bois mort qui avaient dû s’échouer sur le rivage des années plus tôt. Erin l’escalada, puis Alban à son tour, à côté de Killian, suivis de Miguel et Hector qui fermaient la marche. Une fois en haut, ils débouchèrent sur un vaste plateau poussiéreux, à la terre craquelée, constellée de touffes d’herbes folles si déshydratées qu’on aurait dit qu’un paysan négligent avait oublié du foin sur pied. Un sillon plus clair trahissait une piste, traversant l’endroit et s’enfonçant dans ce qui, au loin, ressemblait à un petit bois.

— Étonnant, pas vrai ? fit Killian en remarquant la surprise d’Alban.

— Ce paysage est tellement… bizarre. Presque inquiétant.

— Pour nous, oui. Maracaibo est bordée par une terre très sèche, où pratiquement rien ne pousse. Au bord de l’eau, sur les rives du golfe puis du lac, c’est une tout autre affaire. Les terres sont fertiles. Si on ne la contient pas, la végétation envahit l’espace et se transforme en une jungle luxuriante, mais humide et étouffante. Sans compter la mangrove.

— La quoi ?

— La mangrove, de très grands arbres avec les racines hors du sol qui baignent dans l’eau, au gré des marées. Elle grandit très vite, et crée de grandes zones marécageuses où s’installent quantité de bestioles plus ou moins sympathiques.

Alban hésitait à poser la question qui lui brûlait la langue, mais la curiosité l’emporta.

— Comment vous savez tout ça ? Je veux dire, la côte, tout à l’heure, et maintenant ça…

Killian ne répondit pas, mais un drôle de sourire mystérieux étira ses lèvres.

Ils poursuivirent leur route, en silence. Seuls Hector et Miguel échangeaient à voix basse. Quelques pas devant, Erin avançait droit devant elle, tout à fait muette. Alban ne pouvait pas s’empêcher, si près du but, de ressasser ses souvenirs, ses cauchemars. Le Capitaine explorait-elle sa mémoire, elle aussi ? Elle semblait n’avoir peur de rien. Au fond de lui, Alban lui enviait un peu sa capacité à foncer tête baissée sans se retourner. Cela dit, était-ce vraiment si confortable pour autant ?

Pour se distraire, il laissa ses yeux vagabonder autour de lui. Le groupe avait rejoint le bois, qui tenait plus d’un bosquet qui avait poussé là par hasard. Ils progressaient désormais entre des mares peu profondes, infestées de nuées d’insectes. De petits amas rocheux dissimulaient d’étranges créatures, et entre les branches, des silhouettes d’oiseaux se découpaient dans le ciel rougeoyant de la fin de journée.

            Malgré son trouble, Alban était fasciné par le spectacle. Les cactus grands comme des arbustes, des arbres aussi squelettiques que s’ils étaient morts un siècle auparavant. L’odeur de la terre. La poussière blanche qui se soulevait à chaque pas, s’accrochait à leurs vêtements et leur asséchait les lèvres. Bientôt, le sol gagna en verdure et alors que la nuit tombait, la piste en pente douce les conduisit jusqu’aux premiers faubourgs de Maracaibo.

Au fur et à mesure qu’ils avançaient vers le centre de la ville, les maisons se faisaient plus cossues. Ils arrivaient par les beaux quartiers. Sur une place, des hommes en costume et des femmes en toilette devisaient, bras dessus bras dessous, et convergeaient vers une gigantesque demeure illuminée. Une fête dans la bonne société, certainement, songea Alban.

Le Capitaine rabattit son capuchon sur sa tête et renifla d’un air dédaigneux :

— Il faut trouver un endroit fréquenté, et pas par ces gens-là. Un endroit où nous passerons inaperçus.

— C’est pas gagné, Capitaine, observa Miguel après un instant de réflexion. Je pense qu’on n’est pas vraiment dans le bon quartier.

— Rapprochons-nous du port, renchérit Killian. Il nous faut l’endroit où tout le monde se retrouve, quitte à attendre un peu plus. On trouvera bien des types à interroger, l’un d’eux aura forcément croisé le Naufrageur. En plus, avec un peu de chance, ils seront fins saouls. Ils n’en parleront que plus vite et n’auront aucun souvenir de nous à leur réveil.

            Alban et ses compagnons descendirent l’avenue qui les rapprochait du golfe. La nuit s’annonçait noire, et tout en bas vers les quais, ils distinguaient à peine les gréements des navires amarrés. À leur gauche, ils tombèrent sur un attroupement autour d’un spectacle de rue.

— Miguel ! appela Hector. Demande à un gars du coin un point de rendez-vous populaire, une bonne adresse quoi.

L’Argentin n’avait pas l’air convaincu :

— Mais, je lui demande ça comme ça ?

— Invente n’importe quoi… Dis-lui que tu te sens seul et que tu cherches de la compagnie, suggéra Killian.

Miguel hésita, hocha la tête et se détourna pour ensuite se mélanger à la foule.

— Tu y es allé un peu fort, murmura le Capitaine.

— Fallait que ce soit facile à croire, rétorqua le second en haussant les épaules.

Killian avait toutefois raison. Quelques minutes plus tard, Miguel leur fit signe de les suivre alors qu’il partait avec cinq ou six autres hommes dans une rue parallèle à celle d’où ils venaient. Ils leur emboîtèrent le pas discrètement. Le groupe bifurqua et s’engouffra dans un passage assez sordide avant de tourner à nouveau. Après un certain temps, ils s’arrêtèrent dans une vaste maison de maître à la façade défraîchie, couverte de lierre. La peinture et le bois craquelés créaient d’étranges reflets avec le feu des torches installées de chaque côté de l’entrée.

            Les portes de devant étaient grandes ouvertes sur un patio occupé par de nombreuses tables et chaises. Au fond, un escalier desservait la coursive intérieure qui conduisait aux chambres. Une femme d’un certain âge, bien habillée, observait d’en haut. D’autres filles, plus légèrement vêtues, allaient et venaient par intermittence. Un désagréable frisson remonta le long de l’échine d’Alban quand il comprit dans quel genre d’établissement il se trouvait.

Miguel et ses nouveaux amis se mêlèrent à une assemblée bruyante qui avait déjà bien entamé la soirée. Alban, mal à l’aise au possible, suivit Killian et le Capitaine jusqu’à une table dans un coin de la salle, dissimulée derrière une sorte de large palmier en pot. Hector arriva à son tour, avec une bouteille et quatre verres :

— Voilà de quoi prendre patience, en attendant que le petit revienne de la pêche.

— Ça peut prendre un peu de temps, fit Killian en les servant largement. À la vôtre !

Ils trinquèrent et Alban toussa tant la boisson lui brûlait la gorge. Près du comptoir, une serveuse métissée aux cheveux d’ébène lui adressa un sourire amusé. Gêné, Alban se sentit rougir. Il n’avait pas vraiment imaginé leur soirée de la sorte… Quelque part de l’autre côté de la pièce, quelqu’un commença à jouer d’un instrument au son étrange, mais pas désagréable.

— Et maintenant, on attend, murmura Hector.

Autour d’eux, les hommes déambulaient, certains accompagnés, d’autres non. Alban faisait de son mieux pour éviter de croiser leurs regards, très embarrassé. Erin et Killian discutaient du navire à voix basse, en surveillant régulièrement Miguel du coin de l’œil. Combien de temps cela allait-il prendre ? Alban gérait mal l’attente, surtout dans un endroit pareil.

— À quoi tu penses, gamin ? demanda le timonier au bout d’un moment. Tu touches à peine ton verre.

— Euh… à rien, balbutia Alban. Enfin, si, à beaucoup de choses en même temps, plutôt. Avec la tempête, j’ai pas pu réfléchir à tout ça, pas vraiment.

— Mmmh.

Il l’encouragea d’un haussement de sourcils et le jeune homme poursuivit :

— C’est juste que ça fait tellement longtemps que j’attends… J’ai du mal à réaliser, je crois.

Hector hocha la tête et à côté de lui, le Capitaine finit son verre d’une traite avant de prendre la parole à son tour.

— Et moi donc.

— Moi j’dis, renchérit le timonier, c’est quand même fou, les détours du destin, quand on y pense.

Erin se réinstalla sur son tabouret avant de planter ses prunelles ambrées dans celles d’Alban.

— Qu’est-ce que tu comptes faire ensuite ?

Il déglutit avec difficulté. D’un geste peu assuré, il attrapa le ruban autour de son cou et sortit la clé.

— Je dois trouver ce qu’ouvre cette clé, celle que m’a remise… votre père avant de me laisser chez les sœurs. Il disait qu’avec ça, je pourrais découvrir la vérité.

Les trois autres se penchèrent vers lui.

— Jamais vue, bougonna Hector.

— Moi non plus, assura le Capitaine, ennuyée. Ne t’inquiète pas. S’il te l’a donnée, il avait ses raisons. Je suis sûre qu’il n’a pas pu oublier quelque chose comme ça.

Killian les resservit et après une gorgée, Erin s’éclaircit la voix.

— Tu pourrais rester…

N’en croyant pas ses oreilles, Alban resta interdit, un nœud à l’estomac.

— Je ne te force pas, mais si tu en as envie, tu es le bienvenu.

Nora.

— Rien ne t’oblige à me donner ta réponse maintenant.

Nora.

— Promets-moi seulement d’y réfléchir.

Nora.

Killian n’avait cessé de le dévisager. Voyant qu’Alban ne savait pas comment réagir, il demanda simplement :

— Comment elle s’appelle ?

Alban se tourna vers lui.

— Nora, répondit-il dans un souffle.

Même prononcer son nom à voix haute lui avait manqué. Le Capitaine esquissa un sourire et Hector ricana gentiment dans sa barbe.

— Tu l’aimes ? Vraiment, je veux dire ? continua le second.

Muet, Alban opina lentement du chef.

— Alors c’est bien.

Tout s’emmêlait d’un coup, Alban n’arrivait pas à faire la part des choses. Heureusement, Miguel revint vers eux à ce moment-là. Intérieurement, il pria pour qu’il rapporte de bonnes nouvelles.

L’Argentin s’assit près d’eux, surexcité.

— Il y a bien un homme, un vieux capitaine français qu’ils croisent souvent au port, rapporta-t-il avec un accent plus prononcé qu’à l’ordinaire.

— Tu es sûr de toi ? le brusqua Hector.

Avec un grand sourire radieux, Miguel acquiesça vivement.

Le Capitaine se leva d’un bond.         

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Aliceetlescrayons
Posté le 31/07/2019
"Pour nous, oui. Maracaibo, le golfe et le lac sont bordés par une terre très sèche, où pratiquement rien ne pousse. Au bord de l’eau, par contre, c’est une tout autre affaire." => cette phrase m'a un peu perturbée : le golfe et le lac, c'est de l'eau. Alors de quelle eau parle-t-on pour la mangrove et la jungle? Une rivière?
A part ça, très bon chapitre! C'est bien de voir Alban évoluer un peu sur le plan physique et émotionnel. Très bien aussi de reparler de Nora qui va jouer sur son avenir. 
Par-contre, je trouve Alban un peu optimiste de penser que tout va être résolu prochainement.... :D 
Mary
Posté le 31/07/2019
Non, la mangrove poussait (à l'époque) au fond du golfe et au bord du lac surtout, là où la ville ne s'était pas encore développée. Du coup, oui, ça va pas comme j'ai mis. Je tournerai ça autrement à la correction. 
Oui, ce chapitre était l'occasion de se "calmer" un peu et de faire le point, après tout ce qui s'est passé dans les chapitres précédents. Même si Nora est là en filigrane dans sa tête depuis le départ, c'était aussi l'occasion de la mettre un peu plus avant, qu'on voit l'importance qu'elle a pour Alban - puisque comme tu le dis si bien, elle va jouer sur son avenir. 
Si t'es pas optimiste à 18 ans, je sais pas quand tu le seras XD Le mec il est allé au bout du monde, je me suis dit qu'il avait bien le droit de se rassurer comme il pouvait !  Plus sérieusement, tu trouves que ça fait trop? 
A très vite, je promets, j'essaie de poster la suite rapidement :p 
Sorryf
Posté le 31/07/2019
J'aime beaucoup l'ambiance de ce chapitre, la baie de maracaibo, la mangrove, l'arrivée dans la ville par les quartiers chics...
je suis aussi très contente de voir Miguel en action, je le trouve trop mignon, c'est mon perso préféré de l'équipage ! je sais qu'il y a pas trop de raison parce qu'on le voit pas beaucoup, mais j'adore son prénom, et je l'imagine un peu comme le Miguel de la route d'Eldorado, qui est un amour de longue date <3
Le mystère autour de Martial m'intrigue encore plus que celui du Naufrageur je crois. Je suis pas tranquille depuis qu'il s'est reclus, et là il a pas débarqué... ça m'inquiete !
A un moment tu dis que les coffres du bureau de la cap ont pas de serrure, je trouve ça bizarre quand meme ! Est-ce que c'est pour montrer qu'elle fait confiance à l'équipage ?  ptêtre tu pourrais dire : "n'avaient pas de serrure aussi petite" ? pour ranger le matos il faut des serrures quand meme, surtout si le bateau tangue, non ?
Trop mignon quand Alban pense a Nora ! mais j'adore l'idée qu'il reste avec l'équipage après tout ça... je sais pas ce que j'aurais choisi à sa place.
La suite ! et une bouteille de rhum !
Mary
Posté le 31/07/2019
Hello ! Merci beaucoup :D 
Oui, moi aussi, j'ai un petit faible pour Miguel (et aussi pour les jumeaux, ils sont beaucoup trop réels dans ma tête haha)
Pour le serrures, je crois que je vais te plagier éhontément, ces serrures trop grandes sont une solution parfaite. 
Hééé oui choix cornélien, Nora ou le Lotus? Le Lotus ou Nora?...si cornélien d'ailleurs que même moi je ne sais pas comment je vais terminer XD J'ai des pistes, mais c'est très difficile de faire un choix. 
Promis je fais de mon mieux pour poster la suite dans la semaine ! 
Gabhany
Posté le 29/07/2019
Ah mais c’est cruel de finir le chapitre là dessus ! J’ai bien aimé la description des terres à l’arrivee, mais la fin m’a laissée un peu sur ma faim justement. Ils viennent à peine d’arriver et ils trouvent quasiment tout de suite des infos, ça me parait un peu trop facile. 
Mais le chapitre était super encore une fois !  
Mary
Posté le 29/07/2019
Hmmmm. Ca mérite réflexion ce que tu dis. Ce sera difficile de faire autrement, malheureusement... Je vais tout de même y réfléchir, voir si je peux m'en tirer aec une pirouette ou s'il faut carrément envisager le saut périlleux. 
Cruelle? moi? si tu savais...:p 
Merci de ton retour ! 
Renarde
Posté le 28/07/2019
Raaaah, si près du but ! Bon, j'ai lu que tu avais beaucoup écrit, j'espère qu'on aura le prochain chapitre dans pas trop longtemps ;-)
Plus que questions que de réponses dans cette partie. L'attitude de Martial était déjà un mystère en soi, et voilà que Killian a également quelque chose d'intriguant.
J'aime beaucoup l'attitude coincée d'Alban, je l'imagine vraiment bien tout rouge devant sa boisson à regarder ses pieds. 
Bon, on respire un grand coup et on attend la suite ! 
Mary
Posté le 28/07/2019
Je suis diabolique, mouahaha. J'espère pouvoir vous mettre en ligne au moins un chapitre supplémentaire la semaine prochaine. 
Ouiiii c'est un aspect de Killian que je n'avais pas pu caler dans les versions précédentes, du coup j'étais tellement contente que je me suis lâchée XD 
Je riais toute seule quand j'ai écris la scène au "bar" - de l'extérieur, je devais faire peur à voir haha. 
A bientôt pour la suite ! 
Litchie
Posté le 31/07/2019
#pinailleuse "la petite clé frémissait au rythme de sa respiration." : le terme me paraît un peu bizarre. Pour moi “fremir” c’est bouger très vite, de façon assez irrégulière. Du coup soit il a une respiration de hamster notre petit Alban, soit c’est pas le rythme de sa respiration qui la fait bouger XD<br />"Ça s’emberlificote drôlement ton histoire."Cette réplique me fait beaucoup rire. Je connaissais pas le mot mais il se comprend tellement bien :’D<br />
Mary
Posté le 31/07/2019
Oui, pinaille, pinaille ! Une respiration de hamster XDD Oui je vois ce qui te gêne, je vais tenter de trouver un synonyme. 
"Frémir" ça fait un peu trop "vivant" non? 
C'était le but, mais tant mieux si ça te fait rire !  
 
Isapass
Posté le 07/08/2019
Décidément, Killian est de plus en plus mystérieux. C'est marrant parce que jusqu'ici, il semblait entièrement dévoué au Capitaine, au point que je ne m'étais pas demandé s'il avait une vie propre. Mais maintenant, c'est sûr : lui aussi a vécu des choses avant !
Pauvre Alban, tout gêné d'atterrir dans un bordel ! C'est bien vu : ça m'a fait sourire. 
Bon, on sent qu'il va se passer des choses importantes, alors je continue. De toute façon je n'ai pas grand chose à dire de constructif, si ce n'est que j'ai encore lu le chapitre sans m'arrêter. Ton histoire est vraiment très agréable à lire !
Une minuscule remarque quand même : au début, Alban dit que la veille, pendant la tempête, il a cru qu'il allait mourir. Or, dans le chapitre précédent, je n'avais pas eu cette sensation. On voit bien qu'il est en danger mais comme ça se passe très vite, on a pas forcément l'impression qu'il aurait pu lâcher. Peut-être que tu pourrais rajouter une petite phrase, au moment où il est en difficulté, pour dire qu'il voit sa dernière heure arriver ou quelque chose comme ça ? 
"Malgré son trouble, Alban était fasciné le spectacle." : il manque un mot
Mary
Posté le 07/08/2019
Hé oui, C'était une mini-intrigue sur l'histoire de Killian que j'avais pas casé dans les versions précédentes. Ca me fait trop plaisir de vous voir le découvrir ! Ce qui ne l'empêche pas d'être dévoué au Capitaine ;)
Hahaha oui, moi aussi j'ai ri en l'écrivant, je l'imaginais tellement bien tout embarrassé ! 
Merci pour les détails et ta suggestion, je rajouterai effectivement une petite phrase je pense, dans ce chapitre ou dans le précédent.  
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