Chapitre 22 : La plus grande faiblesse des vampires

Par Zephirs

Samuel abaissa son épée avant de la transformer en saphir et de le replacer sous son manteau. Ses pas l’emmenèrent ensuite en direction d’une vitrine, ouverte par le dessus, au centre de la pièce. Celle-ci, contrairement à toutes les autres qu’Ashley avait vu jusqu’à présent, était éclairée par une ampoule électrique. Un détail étonnant autant qu’incompréhensible.

L’endroit débordait de présentoirs où siégeaient des épées, des armures en fer et en cuir, des hallebardes, des katanas ; mais aussi, des fusils d’assaut, des lances-roquettes, des gilets pare-balles. Sans oublier des armes plus exotiques aux formes étranges. Certaines, circulaires et entourées de piques avec une poignée au milieu. D’autres, courtes et pourvues de plusieurs lames parallèles sur la même garde. Néanmoins, le clou du spectacle restait l’épée spectrale paradant au centre, derrière le verre, juste à côté de plusieurs boîtes de munitions aux différents blasons et couleurs : marquée de plusieurs runes, sa lame recouvrait une longue barre ébène semi-plate. En plus d’être imposante, sa garde était verrouillé d’un côté par le même halo que sa lame.

Le Chasseur prit une boîte de munition bleue marquée d’un trident, l’entrouvrit, puis en tira précautionneusement une balle entourée d’un fil de couleur électrique. Après un temps d’observation, il se retourna brusquement, incertain d’avoir bien vu ce que ses yeux lui avaient transmit :

— Pourquoi tu as Tom Pouce sur ton épaule ?

Ashley sortit de sa stupéfaction, à présent certaine de ne pas avoir rêvé :

— Pourquoi tu as des marques bizarres sur la figure ?

Un pentagramme inversé sur le front, un œil sur chaque joue. La question se révélait légitime, surtout quand on connaissait l’existence de la magie.

— Oh ! Ça ? s’amusa Sam. C’est juste une partie du rituel destiné à maudire mes incarnations futures.

Il pointa du menton le petit bonhomme, à côté de sa tête. Ses jambes étaient sous la lanière de son épaule, comme s’il s’agissait d’une barrière de sécurité. .

— Alors, qu’est-ce qu’il fait là ?

— Disons qu’il m’a aidé à m’échapper, avoua Ashley en se mordant les lèvres. Comment tu t’en es sorti ? Qu’est-ce qu’il s’est passé après qu’ils m’aient emmené ?

Quelque chose clochait chez le Chasseur. Son air devint sombre, ses yeux se détournèrent des siens pour se concentrer sur cette étrange balle.

Une douleur le piqua subitement dans son bras gauche, bras gauche qu’il frotta.

— Il y a certaines choses qu’il vaut mieux ne pas savoir.

L’agacement fronça les sourcils d’Ashley, consciente qu’il ne lui dirait rien de plus. Déterminée à obtenir au moins quelques réponses pour rendormir sa curiosité, elle s’approcha suffisamment près pour arracher la balle de ses mains.

— Qu’est-ce qu’elles ont de si...

Un courant électrique l’obligea à la lâcher, en plus de la faire bondir en arrière.

— Sapristi ! Celle-là, tu l’as mérité. Tu n’as toujours pas retenu la règle numéro une ?

Ashley fit la moue tout en caressant l’endroit de sa peau qui avait été en contact avec le fils électrifié.

— Ne pas toucher, surtout si ça a l’air magique.

Samuel ramassa la balle aux propriétés électrique, éclairé par un sourire satisfait qui étirait les yeux sur ses joues.

— Il serait temps de l’appliquer ! Ne te plains pas, moi, ils m’ont tiré dessus avec.

Instinctivement, Ashley dévisagea son long manteau gris-noir sans trouver le moindre trou. Au niveau de son flanc gauche, une tache de sang recouvrait une grande partie du cuir.

— Comment ces balles ont pu transpercer un manteau en peau de dragon ? Il n’y a même pas de trou !

— Terrora Abyssal, déclara le Chasseur. Elle est faite à base d’une de ses dents.

En voyant sa tête, Samuel ajouta en levant les yeux au ciel :

— C’est une abomination extrêmement rare qui vit dans les fonds marins. Et pour le trou, le manteau s’est réparé de lui-même.

Ravi, il rangea sa nouvelle acquisition dans sa boite, puis dans une de ses poches intérieures alors que Tom Pouce soufflait, habitué à être ignoré.

— Bref, peu imp...

— Attend voir ! s’écria soudainement, et de manière un peu trop aiguë, le petit bonhomme coiffé d’un béret de ramoneur. Tu as ouvert LA vitrine des Bàthory, réputée comme extrêmement pas facile du tout en aussi peu de temps ? Alors que moi, Tom Pouce, et l’autre grande cruche on s’est échappé avant toi, j’en suis sûr ! C’est impossible. Et d’ailleurs, comment l’œil ne l’a même pas remarqué ? Pourquoi toute la maison n’est pas en état d’alerte ?

Samuel contracta ses traits. Ses paupières se plissèrent, ennuyées par Tom et sa trop grande bouche. Subtilement, sa main droite tira sur sa manche gauche pour cacher davantage son poignet.

Il le sentait encore ardent, presque consumé comme le reste de son bras. Des tremblements le parcouraient. Des tremblements qu’il avait de plus en plus de mal à cacher.

— Et toi l’aile de poulet carbonisé, tu es bien encore en vie et je ne t’en pose pas des questions. L’important, c’est le résultat.

Ses doigts plongèrent sous son manteau pour y dégotter une clé dorée dotée d’une dizaine de dents en constant changement, avec une tête de mort à l’autre bout.

— Je n’ai ni l’envie, ni le temps de…

Samuel vacilla, il se rattrapa à la vitrine.

— Sam ! Ça va ?

Ashley se précipita jusqu’à lui, et fut arrêté dans son élan par un mouvement de bras de son compagnon. Ce dernier dévoila, sous sa manche, non pas de la chair, mais des paillettes bleues se désagrégeant.

Tom Pouce se mit brutalement debout, les bras sur les hanches dans une posture héroïque gâchée par sa presque chute de son perchoir.

— Montre pour voir !

— Tu sais Ash, une fois libérée, tu n’étais pas obligée de le garder avec toi.

— Montre ta blessure, ma chère Némésis. Montre au grand Tom Pouce à quel point ton héroïsme…

D’un geste sec, Samuel, le dos tourné, ferma la vitrine avant d’y insérer la clé et de la tourner à deux reprises.

— Si tu la fermes après…

— Les gars, c’est vraiment le moment ? les interrompit Ashley.

Samuel haussa les épaules sans pour autant donner l’impression de se défiler.

Lorsqu’il leur fit de nouveau face, l’une de ses mains contenait un portable sur lequel se trouvait une broche argentée. L’autre, une minuscule épée ressemblant davantage à une aiguille.

Le Chasseur tendit ses effets à Ashley, et fit de même pour la fameuse épée du roi des casse-pieds.

— Ils étaient dans la vitrine avec mes affaires.

Tom Pouce sauta littéralement de joie :

— Mon épée, je l’ai récupéré ! J’ai réussi ma première quête ! Alors, qu’est-ce que tu en dis Chasseur ? Je suis toujours pas à la hauteur ?

— Non, toujours pas.

Samuel s’éloigna en direction de la seule fenêtre, drapée de rideaux rouges, positionné au mur adjacent à celui de l’entrée.

L’agitation de son passager fut telle qu’Ashley dut le soulever par son col pour l’empêcher de la blesser sans le vouloir par une maladresse de sa lame.

— Je veux bien être gentille, mais tu vas finir piéton si tu continues à gesticuler comme ça avec ton épée.

— Pose-moi par terre, je vais le pourfendre, le transpercer pour laver cet énième affront ! Qu’il ne soit pas dit que Tom Pouce s’est fait repousser pour la… pour la… enfin bref. Il ne sera pas dit que je me suis fait repousser encore une fois sans rien faire.

Ses vociférations ne méritèrent aucun regard de Samuel alors que les rideaux s’écartaient de la fenêtre. En contrebas, un mur barrait l’accès à une pente raide parsemée d’arbres sur des corniches, ou à même la paroi. C’était une descente possible, mais une chute mortelle sanctionnerait toute maladresse. À moins que...

— C’est pas vrai, mais quel toquard !

Ashley laissa tomber Tom Pouce sur le sol après que celui-ci ait accidentellement entaillé sa main. Des gouttes de sang tombèrent là où le petit bonhomme était encore une seconde plus tôt.

— Fait tes prières ! La grand Tom Pouce arrive à l’assaut !

Ses petits pieds avançaient au pas de charge. Son épée, solidement tenue par ses deux mains, tournoyait au-dessus de sa tête sans perturber le Chasseur dans sa recherche d’un quelconque objet à l’intérieur de son manteau.

Ashley compressa sa plaie dans l’espoir d’arrêter l’afflux de sang. Cela ne fonctionna pas.

Une horrible peur investit son cerveau, une peur qui la terrifiait au plus haut point.

Et si les vampires sentaient l’odeur de mon sang...

Elle ne voulait pas retourner dans cette affreuse prison, stockée tel un animal dans l’attente de sa mort. Elle ne voulait pas revoir cette Jess, son sourire malsain, ses yeux plein d’appétit…

Ses mains se plaquèrent sur sa bouche. Elle pensait à eux.

Pile à ce moment, Sam se retourna, et dégomma malencontreusement Tom Pouce une fiole de poudre cristalline orangée entre ses doigts.

— Il faut qu’on parte, les vampires vont rappliquer. Ce n’est qu’une question de temps avant que…

Les échos lointains d’une dispute les atteignirent sans pour autant être audible.

— Je suis désolé Sam, j’ai… je pense actuellement à eux. Je n’arrive pas à m’en empêcher.

Une voix en provenance d’une dizaine d’arbalètes entassées s’éleva :

— Je dois avouer que malgré sa grande force mentale, Tom Pouce n’a pu s’empêcher de souhaiter que des milliers de crocs s’abattent sur le Chasseur, mais je le regrette en songeant qu’ils risquent de le manger au passage.

Le Chasseur balaya l’air du bras, s’efforçant de rester le plus silencieux possible alors que l’orage de paroles s’approchait.

— Ça n’a pas d’importance, ce n’est pas un choix.

Son débit s’accélérait même s’il affichait un calme seulement apparent. Le temps pressait, il le savait.

— Ce foutu manoir nous oblige à penser à eux. Même moi, je pense à qui les attirera en premier jusqu’à nous. Nous devons juste nous...

Maintenant, les voix de Jess et son cousin Thibalt sonnaient clair dans ses oreilles. Le plus lentement possible, Samuel appliqua son index sur ses lèvres.

— Dalan et Sophiane ont trouvé l’intendant d’Élodie en deux morceaux dans la bibliothèque, rugit le numéro deux des vampires, et c’est tout ce que tu trouves à me dire ?

— Les règles nous entravent, elles ne nous permettent pas de dévoiler notre plein potentiel. Élodie l’a juste compris.

Le Chasseur déboucha sa fiole, une odeur de soufre se répandit aussitôt dans la pièce.

— Bien sûr, elle veut faire comme sa tante. Toutes les deux, vous ne voulez pas respecter le protocole, mais c’est ce protocole qui a permis la montée en puissance de notre clan. Sans lui, nous nous serions déjà tous entre-tués pour le pouvoir comme de nombreux clans l’ont déjà fait.

Les arbalètes remuèrent. Entre deux d’entre elles, la tête de Tom Pouce apparu, les yeux presque sortis de leurs orbites.

— C’est pas de la poussière de Salamandre ?

Heureusement, sa voix fut couverte par celle de Jess, dont la voix suave avait laissé place à une acidité et une détermination sans pareil :

— Seuls les faibles mourront. J’instaurerai bientôt un nouvel âge pour le clan des Bàthory. Un âge où les mutations ne seront plus interdites, mais encouragées. Un âge où nous n’aurons plus à craindre la décapitation, le feu ou un pieu dans le cœur sous prétexte que certains vieux croulants dépassés juges des actes nécessaires à notre hégémonie comme « contre-nature ».

Le silence se fit entendre pendant plusieurs secondes avant qu’elle ne reprenne :

— De toute manière, ton avis n’a plus d’importance. D’ici peu, JE serai la numéro deux...

— Tu n’as toujours pas compris après tout ce temps ?

Il n’y avait plus aucune colère dans la voix de Thibalt, juste du dégoût et du mépris.

Le Chasseur, aussi silencieux qu’imperturbable après avoir appliqué abondamment la poudre sur la fenêtre, reboucha la fiole. Quand il s’en aperçut, Tom Pouce cessa de tirer sa botte de toutes ses forces pour fuir. Fuir comme si tous les diables du monde souterrain le poursuivaient.

D’un geste éloquent, Samuel indiqua à Ashley, prête à poignarder à mort toute personne franchissant le seuil de l’entrée, de se réfugier derrière la vitrine centrale. Son sillage dessinait un filet orangé aux reflets éclatants.

La poignée de la porte s’abaissa, et s’arrêta à un tiers de son chemin sans révéler la présence des intrus.

— Compris quoi ? demanda Jess avec une sincérité troublante.

Il y eut un moment de silence, puis Thibalt répondit :

— Tu es trop dangereuse pour le clan. Après toutes tes manigances, jamais mon père ne te nommera numéro deux. Jamais.

Le Chasseur joignit le majeur et le pouce, puis les claqua.

Ignis.

Au-dessus de ses doigts apparut une flammèche. Flammèche qui alla rapidement jusqu’à la traînée de poudre, motivée par le remuement des lèvres de son invocateur. Alors que les visages médusés des vampires apparaissaient par l’interstice de la porte, les grains se consumaient aux abords de la fenêtre.

Le verre et la pierre explosèrent dans un grondement monumental. La violence de l’explosion de la poudre de Salamandre happa la moitié du sol dans une prolifération de flammes orangées.

Propulsés par le souffle, armes et supports s’envolèrent avec fracas pour s’écraser contre les murs, loin de son origine, provoquant l’entrechoquement d’explosifs.

Par réflexe, Samuel dressa une barrière venteuse en un remuement de lèvres. Ashley plaqua ses mains sur ses oreilles, mais même ainsi, elles se mirent à saigner et à siffler. À la botte du Chasseur s’accrochait tant bien que mal le pauvre Tom Pouce. La seule raison pour laquelle Ashley ne s’était pas encore envolée était le bras de son compagnon plaqué sur son ventre.

Le manoir entier trembla en poussant une plainte terrifiante. Au plafond, l’œil endormi ouvrit précipitamment sa paupière sans comprendre ce qui se déroulait sous sa pupille. Puis, aussi brutalement qu’il était parti, le calme revint.

Sans le moindre effet notable, une lueur rouge les éclairait. Maintenant qu’une telle brèche compromettait son intégrité physique, le manoir semblait dépossédé de ses pouvoirs.

La porte ne se trouvait plus à ses gonds, comme Thibalt et Jess ne se trouvait plus à son seuil. La déflagration les avait probablement repoussée loin d’ici, ou désintégrée.

Dans tous les cas, sans perdre un instant, le Chasseur se leva.

— J’entends plus rien ! hurla Ashley sans le savoir.

De la fumée ambrée bouchait la vue au-dehors. Il la tira vers le trou sans répliquer, du sang coulait également de ses oreilles. En contrebas, transparaissait un canapé noir dépassant des restes d’un foyer de cheminée.

Samuel plongea la tête la première, et s’écrasa sur les coussins déchiquetés par l’explosion. Personne n’entendit son grognement, à part lui-même. Ses oreilles recommençaient à entendre autre chose qu’un bourdonnement incessant.

Ashley, plus hésitante, se suspendit au rebord pour en entreprendre timidement sa désescalade.

— Lâche ! Vite !

La voix de Sam parvint à franchir ses tympans, encore imbibés de sang, tel un écho lointain. Des sifflements tambourinèrent sa boite crânienne avec plus d’intensité, mais ce n’était pas là son plus grand problème : Ashley venait d’apercevoir la cravate rouge de Thibalt voler à proximité de l’entrée, suivit de près par celle de Jess, tout deux couvert d’une poussière grise et ocre.

Ses doigts lâchèrent prise, le vide la happa. Deux bras la rattrapèrent, presque emportés par son poids. L’homme au long manteau gris-noir croisa son regard.

— Il ne faudrait pas que ça devienne une habitude.

— Quoi ?

Ashley avait entendu ce qu’il avait hurlé comme un sourd, mais faire semblant que ce n’était pas le cas lui paraissait mieux que d’avouer qu’encore une fois, il l’avait rattrapé d’une chute s’annonçant fort peu agréable.

— Attendez-moi ! cria une petite voix.

Tom Pouce fila comme une brique vers les débris, juste à côté de canapé. Il s’attendait sûrement à être rattrapé lui aussi.

Un de ses bras sortit des décombres, l’index pointé vers le ciel.

— Je vais bien.

Le Chasseur poussa un soupir, mécontent de cette information.

La fumée se fit moins dense, les alentours redevinrent nets. À l’étage en ruines apparut le numéro deux des vampires, éclairé par un faisceau lumineux, les traits attisés par une rage folle. À ses côtés se tenait une Jess au visage impassible.

Un éclat se manifesta dans le coin droit des yeux d’Ashley, à côté d’un projecteur positionné en hauteur.

Samuel la jeta sur le canapé, au même moment que des séries de détonation illuminaient la nuit artificielle. Plusieurs des balles tirées par le garde en faction, sur un mirador accolé au mur d’enceinte, firent mouche. Certaines atteignirent une de ses épaules, d’autres son ventre. Malgré tout, le manteau en peau de dragon tenait bon.

Cette fois, ce n’était pas des balles en Terrora Abyssal.

Le faisceau de lumière se fixa sur leur position, comme pour les prendre au piège. Sonné mais pas défait, Samuel organisa ses mouvements. Ses doigts s’agitèrent, puis un courant d’air, tel un bouclier, arrêta de nombreux projectiles destinés à son corps.

Ashley se remit sur pied, dague à la main, prête à vendre chèrement sa vie contre les deux vampires. Elle savait parfaitement qu’elle n’avait aucune chance, cependant, peut-être que sa lame pourrait en blesser un des deux suffisamment pour qu’il représente un moins grand danger pour son compagnon.

Thibalt tomba sur les gravats de la cheminée, ou plutôt s’y écrasa sans se relever. Quelque chose clochait. Du sang noir coulait de son cou. Ce fut à ce moment que l’horreur accepta de s’assembler dans son esprit.

Il n’a plus de tête.

Son menton pivota si brutalement que son cou craqua. Jess la fixait de ses yeux pourpres, le bout de ses ongles ensanglantés. Sans dire un mot, la vampire se retourna et quitta son champ de vision.

— Sa… Sam, elle l’a tué.

— Ça nous fait un problème en moins !

Un bras attrapa brusquement son col pour la plaquer au sol, juste derrière l’un des rares bouts de mur à avoir survécu à l’explosion. Samuel fit tournoyer son revolver, tout juste tiré de son holster, puis expulsa d’un coup sec les résidus brumeux et bleutés de son barillet.

Les rafales continuèrent de plus bel pour s’écraser contre leur protection, alors qu’il chargeait une à une des balles frappées d’une croix à l’arrière de la douille, dans son arme.

Le Chasseur tenta de sortir sa tête pour contre-attaquer, une volée de balles l’en dissuada.

— Sapristi, il tombe jamais à court de munitions celui-là ?

Sa main passa au-dessus du muret, et plusieurs coups de feu partirent à l’aveuglette, vaguement dirigé vers la source de la lumière sur eux.

Malgré ses recherches, les décombres ne dévoilaient pas ce qu’Ashley souhaitait.

— Tom ?

Elle ne pouvait pas l’abandonner, même s’il l’avait blessé. Après tout, il lui avait sauvé la vie.

— Tiens-toi prête à courir droit vers la brèche, lui indiqua Sam en remplissant les compartiments vides de son barillet.

— La brèche ?

Des voix, accompagnées par le mouvement d’un groupe important, s’approchaient à vive allure, sur leur droite. D’un instant à l’autre, un tas de vampires dépasserait l’aile du manoir, leur coupant toute chance de fuite.

Enfin, Ashley aperçut ce qu’elle voulait. Son pied dégagea quelques décombres, puis ramena Tom Pouce. À présent, en plus de sembler trop cuit, il avait pris un teint gris.

La Chasseur sortit une fiole remplie de poussière orange au même instant où le roi des casse-pieds rouvrit les yeux.

— Remets-moi dans les débris ! Remets-y moi !

La poudre orangée s’envola, puis après quelques secondes, Samuel se redressa. Une grimace déforma son visage lorsque deux balles heurtèrent sa cage thoracique, mais ne parvinrent pas à briser sa concentration. La détente de son revolver s’actionna, le marteau frappa l’arrière de la douille, puis la balle fila sur la fiole au pied du mur d’enceinte.

L’explosion le propulsa en arrière avec nombre de rocs dans une roulade de plusieurs mètres. De nouveau, une fumée ocre envahit l’espace sous une pluie de morceaux de pierre. Les rafales cessèrent, l’avancée ordonnée des gardes vampires se métamorphosa en un mouvement chaotique.

Ashley dépassa sa tête du muret, seule chose encore debout dans les environs. En baissant les yeux, elle s’aperçut que cela n’avait rien d’un miracle. Les paumes Tom Pouce, encore posées contre ce qui fut jadis un mur du manoir, brillaient, recouvertes de milliers de paillettes. Une image qui lui sembla familière et de plus en plus porteuse de sens.

— Ash, maintenant !

Samuel la releva par l’arrière de son manteau, le visage ensanglanté par des débris reçu pendant la seconde explosion. Sur leur droite, des formes sombres s’activaient.

Sans la moindre hésitation, le Chasseur braqua son revolver dans leur direction et tira jusqu’à ce qu’un clic répété ne se fasse entendre. Ils coururent ensuite à travers le nuage, traversèrent la faille dans le mur d’enceinte, motivés à ne pas attendre leurs hôtes quelque peu désappointés.

Tom Pouce, jusqu’ici inconscient dans le poing d’Ashley, fut réveillé par la pluie de balles sifflant à ses oreilles.

— Les vampires ! Les vampires ! La poudre, puis boum !

À l’instant où ils quittèrent la fumée, les déflagrations en provenance du mirador reprirent avec une précision mortelle, s’accouplant au déluge de projectiles de plus en plus précis.

Pour palier à ce problème, l’homme au long manteau gris-noir agita son bras droit d’un geste large, tout en murmurant des mots inaudibles. Non-content de les empêcher de finir en passoire, grâce à une protection venteuse décidée à leur coller aux basques, cette action déplaça le nuage de poudre de Salamandre jusqu’à les occulter aux yeux du vampire et sa mitrailleuse, en haut de son perchoir. Cette dernière ne s’arrêta pas pour autant de cracher un débit continu de balles.

— Sapristi, c’est pas bon. C’est pas bon du tout.

Ses halètements n’apportaient qu’un vague aperçu de son état. Chaque instant à maintenir sa magie lui coûtait de plus en plus.

Après avoir dépassé quelques arbres dans une descente abrupte, le vide se présenta devant eux. Des corniches sertissaient la paroi de la montagne, certaines grandes, d’autres ridiculement étriquées, cependant suffisante pour les accueillir jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus les contempler.

Le mirador se tue, sa lumière pointée dans leur direction. Peut-être manquait-il de munition. Dans tous les cas, Samuel en profita pour recharger son revolver. De multiples silhouettes déformaient le brouillard, plus proches de seconde en seconde.

— On va devoir descendre par ce flanc... plutôt raide.

Tom Pouce se libéra de la poigne d’ Ashley, et chuta à ses pieds sans qu’elle ne le remarque, son attention étant trop préoccupée à observer à quel point c’était une mauvaise idée.

— Un flanc ? Il n’y a pas de flanc, balbutia le petit bonhomme. C’est vrai que j’ai un petit peu faim, toute cette histoire ma épui…

Son béret de ramoneur sauta de sa tête, ses pupilles se dilatèrent, fixées dans le vide, lorsqu’il se rendit compte que les propos du Chasseur n’avaient rien à voir avec une pâtisserie.

— Non ! Non ! J’ai plus faim finalement.

La fin de sa phrase fut couverte par des coups de feu.

Le canon du Chasseur s’aligna sur un premier vampire en cravate noir, imprudemment sorti à l’air libre, un pistolet entre les mains. La balle l’atteignit au torse. Aussitôt, il se tordit de douleur en criant. De la fumée blanche sortait de sa plaie en même temps que du sang.

Un autre reçut le même traitement, puis encore un autre. Ils sortaient à la chaîne, tels des lemmings, pour embrasser leur seconde et dernière mort.

— Ashley, descends. Tout de suite ! hurla-t-il en rechargeant une nouvelle fois son barillet. Sapristi, il ne me reste plus beaucoup de balles bénites...

Toujours pas convaincu par ce plan suicidaire, Ashley saisit tout de même son courage à deux mains pour passer les jambes dans le vide et viser du mieux possible la corniche la plus proche. Heureusement, la largeur de celle-ci ne laissait pas à désirer, en plus de se trouver à seulement quelques mètres.

Une nuée de chauves-souris émergea du brouillard ocre en dissipation. Samuel battit en retraite dans une glissade qui lui permit de saisir le roi des casse-pieds.

— Attends ! Tom Pouce ne sait pas voleeeeer…

Ils filèrent au-delà du rebord avant d’atterrir aux côtés d’Ashley. Tom Pouce se libéra de la prise du Chasseur, un non-exploit vu qu’il ne batailla pas durement pour le garder au creux de sa main.

— Des chauves-vampires, des souris-chauves, enfin… des trucs arrivent ! hurla-t-il en pointant le ciel du doigt. Mais n’ayez crainte, le grand Tom… Tom Pouce… va nous cacher.

Il fourra maladroitement son bras dans sa veste et en tira une boule de verre. Alors qu’Ashley disparaissait au bord de la corniche pour une désescalade des plus dangereuses, la brève vision du globe lui rappela immédiatement celui qu’il utilisa pour « disparaître », après leur première rencontre.

Quelque chose frôla son oreille. Elle eut juste le temps d’apercevoir la boule de verre avant qu’elle ne se perde dans l’obscurité.

— Flûte. Faites comme si j’avais fait apparaître un nuage de fumée.

— Tu trouves pas qu’il y en a déjà eu assez ? rétorqua Samuel en chassant par de grands moulinets de Prison les vampires virevoltants autour de sa tête.

Le saphir au bout de sa garde brillait de mille feux.

Une chauve-souris piqua vers la paroi, un peu en dessous du combat, mais une balle la dézingua avant qu’elle n’atteigne Ashley. Une frayeur plus tard, ses pieds se posèrent sur la plateforme inférieure.

Ce moment de distraction permit à deux sbires des Bàthory de surprendre le Chasseur en reprenant forme humaine. Ils lui tombèrent dessus, proche du rebord, trop proche.

Tout trois se précipitèrent vers le vide, ce qu’un rattrapage de dernière seconde permit à Samuel d’éviter. Ce ne fut qu’une fois sa position stabilisée qu’un détail l’interpella : son revolver ne se trouvait plus dans sa main.

Des coups de feu retentirent en contrebas, puis des clics sonores les remplacèrent. Par un heureux coup du hasard, Ashley l’avait reçu entre ses mains alors qu’une vague de créatures ailées fondait sur elle pour la mordre et s’abreuver de son sang.

Le Chasseur ne s’embarrassa pas d’une descente lente et précautionneuse. En deux ou trois mouvements, il se retrouva aux côtés de la jeune femme, dont le regard enflammé menaçait chaque vampire avide de s’emparer de sa précieuse hémoglobine. Les téméraires ignorant cet avertissement recevaient un coup de crosse sur le crâne, quand ce n’était la lame de sa dague qui entaillait leur chair. Cependant, leur nombre permettait à quelques chanceux d’infiltrer son dos et percer son cou ou ses poignets.

— Sapristi ! Ignis.

Une flamme apparut dans la main de l’homme au long manteau gris-noir, une flamme trop faible pour repousser ses assaillants. Plusieurs des suceurs de sang plantèrent leurs crocs dans son cou, se délectèrent pendant une demi-seconde de son fluide vital avant de repartir et ainsi éviter la garde de son épée ou son tranchant.

La situation devenait hors de contrôle, les deux compagnons s’affaiblissaient au fur et à mesure que leur sang se vidait. Samuel déplaça son bras jusqu’à l’intérieur de son manteau, de multiples ailes s’entrechoquaient contre le cuir de dragon. Il lui restait une dernière arme à utiliser. Une dernière arme bien plus dangereuse pour les vampires que son épée, sa flamme ou même le sceptre de Ré.

— Ashley, tu vas devoir me faire confiance.

Cette dernière posa un genou au sol sans répondre, épuisée pas ses innombrables blessures. Les vampires la recouvraient presque entièrement.

Dans une pirouette, Samuel jeta en l’air une bourse qu’il trancha avec sa lame.

Des centaines, des milliers de graines se répandirent sur le sol et se multiplièrent en un nombre incalculable.

Les bruissements d’ailes, les grincements s’arrêtèrent tous en même temps. Puis sans prévenir, les chauves-souris se détachèrent des deux compagnons pour reprendre forme humaine, et arpenter le sol au plus près.

Le Chasseur ne s’attarda pas pour regarder le spectacle. En un instant, ses pupilles repérèrent Ashley, recroquevillée dans la masse de vampires.

— Ash ?

Son teint plus pâle que la mort contrastait avec les multiples points sur sa peau d’où dégoulinaient un liquide pourpre. Dans sa lutte acharnée, ses cheveux s’étaient détachés et cachaient une partie de son visage.

D’un bond, Samuel s’élança, et piétina les vampires sur son chemin sans les déranger dans leurs affaires. Des numéros fusaient de toute part, ils comptaient, imperturbables. Il l’emporta dans ses bras, embarqua au passage son revolver gisant à ses côtés, puis sans la moindre hésitation, plongea dans le vide.

Leurs manteaux battaient au vent. Aucune des monstruosités ne suivait leur sillage, il n’y avait que du sang. Du sang par litres entiers. Du sang telle la traînée de fumée d’un avion abattu.

— Tiens le coup Ash.

Les idées se bousculaient dans la tête du Chasseur, autant que sa main droite dans ses poches intérieures, mais moins que la magie qu’il récitait pour ralentir leur dégringolade. Le vent leur fouettait le visage, le froid mordait leurs plaies.

Une fiole au liquide rouge et épais manqua de filer entre ses doigts, doigts qu’il ne sentait plus vraiment comme ses autres extrémités.

— Sapristi !

Lui aussi avait perdu beaucoup de sang. Son teint pâle rappelait son état après que sa mystérieuse fiole au liquide brumeux cessait de faire effet.

Le sol s’approchait à vive allure, la paroi de la montagne aussi. D’une brève impulsion, ses bottes les en écartèrent de plusieurs mètres, esquivant par la même occasion une corniche.

Samuel fourra le goulot de sa fiole dans la bouche d’Ashley, et perdit par la même occasion une partie du liquide.

Elle échappa de ses doigts, il n’arrivait plus à les serrer. Le reste de son contenu s’ajouta brièvement à leur traînée rouge avant de disparaître.

Ils chutaient vite, beaucoup trop vite pour atterrir en un seul morceau. L’homme au long manteau gris-noir arracha de ses poches une autre fiole au contenu brumeux. Celle-ci s’envola avant même qu’il n’en enlève le bouchon.

Les arbres s’approchaient toujours plus, leurs détails se précisaient. Un éclat bleuté se réveilla dans les yeux du Chasseur, puis de la fumée en sortit, emportée dans les airs comme le reste.

Enfin, leur descente ralentit, les deux compagnons s’éloignèrent loin du pic vertigineux et de ses parois, comme emporté par le vent. La base du dôme sombre se dessinait au loin, plantée à des kilomètres de leur position. Jamais ils ne pourraient l’atteindre avant que les vampires n’en finissent avec les graines.

Leur chute reprit brutalement. Il s’était distrait. Une erreur qu’il ne devait absolument pas reproduire pour conserver sa concentration, et surtout, rester en vie.

Ashley toussa à s’en étouffer. La potion lui avait redonné des couleurs. Ses blessures, encore à vif, ne laissaient plus de sang s’en écouler.

Malgré ses efforts, le feuillage des sapins arrivait à leur niveau. Il était trop tard pour décélérer davantage, et de toute manière, Samuel n’y parviendrait pas. Avec toute la vigueur qui lui restait, il serra la journaliste contre lui, puis prépara son dos à l’impact.

Une aura bleutée les entourait entièrement. Telle une comète, ils éclatèrent les premières branches. Des débris de bois furent projetés à leur passage, des troncs éclatèrent, des arbres s’écroulèrent tout en entraînant d’autres dans un effet domino.

Ashley reprit ses esprits dans un cratère de plusieurs mètres de circonférence. Son cœur battait à mille à l’heure, et pour une raison inconnue, elle se sentait incroyablement vivante. Une brève inspection lui fit remarquer que ses poignets ne comportaient plus de morsures, uniquement de minuscules plaques rouges.

Étendu à ses côtés, l’expression tordue, le Chasseur paraissait avoir connu des jours meilleurs. Des paillettes blanches gagnaient son bras droit, en disloquaient la peau jusqu’à remonter sous sa manche, dont l’intérieur devait offrir un spectacle semblable à celui de son bras gauche.

— Sapristi, pourquoi faut-il que mes plans d’évasions finissent toujours aussi mal.

La blondinette se releva d’un bond.

— Comment est-ce que…

— Potion de coagulation.

Pour sa part, son compagnon eut besoin de son épée pour retourner sur ses jambes. Une image familière qui procura à Ashley une impression de « déjà vu ».

Telle une tempête, des milliers de battements s’activèrent au loin. Le Chasseur s’extirpa du cratère, les sourcils froncés, puis son pas claudiquant l’amena jusqu’à un arbre contre lequel il s’appuya.

— On n’aura jamais le temps d’atteindre le pied du dôme. Il faut que je trouve un plan…

— Le dôme ?

Ashley l’avait suivi, et à présent regardait le ciel avec inquiétude.

— La zone est entourée d’un dôme qui filtre les rayons du soleil pour que ces foutus vampires conservent leurs pouvoirs.

Ses doigts se glissèrent à l’intérieur de ses poches intérieures. L’orage d’ailes et de cris aigus se faisait plus pressent.

— Je crois qu’on va devoir prier. Enfin, que tu vas devoir prier. Ne bouge plus.

Il se ravisa à sortir quelque chose de son manteau, écarta les bras, puis les leva progressivement en prononçant des mots dénués de sonorité.

La terre trembla, les racines sortirent de leur terreau chaud et confortable, les branches tombées au sol ou même celles encore intactes sur leur arbre se tordirent pour entourer les deux compagnons dans une sorte de cocon. Les yeux de Sam débordaient de fumée bleue, et Ashley remarqua rapidement que les paillettes gagnaient en surface sur son visage.

Bientôt, la faible clarté du soleil filtrée par la barrière des vampires s’estompa. Le sol se stabilisa, le flux de magie de Samuel se dissipa, et un bruit indiqua que son ami venait de tomber par terre.

— Sam ?

Il ne répondit pas.

Les grincements à l’extérieur, les entrechoquements contre leur seule protection signifièrent l’arrivée des premières chauves-souris, le reste ne tarderait pas.

— Sam ?

La lueur de son saphir éclaira ses traits, non loin du sol.

— Il faut que tu te mettes à genoux.

De nombreuses créatures se jetèrent sur leur refuge. Les chocs répétés ébranlaient sa structure. Plusieurs bruits sourds tambourinèrent contre les parois, comme si on y toquait.

— Laissez-nous entrer, cracha une voix grave et sacrément remontée.

— Ne t’en fais pas, rassura celle de Sam, même s’ils percent mon cocon, tant qu’on ne les autorise pas à entrer, ils ne peuvent pas nous mordre. Par contre, ils peuvent nous tirer dessus.

— Formidable...

— Mais nous aurons du renfort avant que cela n’arrive. Mets-toi à genoux, joint tes mains, et répète ce que je vais dire.

Ashley ne chercha pas à discuter et s’exécuta. La pression de quelques centaines de vampires en colères et beaucoup trop proches de sa position calmaient son envie d’avancer la moindre question.

Les mains du Chasseur tentèrent de le soulever, sans succès, elles ne parvinrent qu’à retirer l’air de ses poumons dans un souffle lorsqu’il retomba sur le sol.

— C’est… c’est bon, tu es prête ?

Les bruits tout comme les coups contre leur protection se multipliaient de manière exponentielle.

— Vas-y, vite. Vite avant qu’ils ne parviennent à…

— Déesse à tête de chatte, protectrice de l’humanité, j’implore ton nom pour t’avoir à mes côtés. Que tes poils s’irisent, que tes couteaux soient tirés. Faisons face ensemble aux ennemis de Ré.

Ashley répéta à la syllabe prête la prière censée les sauver. Afin de se concentrer, et de faire abstraction des grincements des chauves-souris, mais également des projets de nombreux vampires impliquant leurs cous ainsi qu’une perte lente et douloureuse de sang, elle avait fermé les yeux.

Un sinistre craquement les lui fit rouvrir. Un trou de la taille d’un ballon de basket venait d’apparaître dans leur cocon.

— Sapristi !

Samuel roula sur le dos, puis braqua son revolver sur l’ouverture. Une femme aux cheveux blancs et courts, canines exhibées, s’y présenta. Une balle bénite entre les deux yeux l’accueillit sans le moindre tact.

Subitement, des mains. Des dizaines de mains à la peau blanche, aux ongles soigneusement taillés, agrémentés de verni pour certaines, saisirent les rebords de l’embrasure et la tirèrent de toute leur force surhumaine.

Le cocon craquela, ses parois se fissurèrent davantage.

— Tu as dit qu’ils ne pouvaient pas entrer !

— Je n’avais pas prévu ce cas de figure.

L’homme au long manteau gris-noir agita ses doigts :

Ignis.

Une flamme apparut, flamme qu’il précipita contre la paroi. Le bois s’embrassa, désorganisa leurs assaillants, emprunts à de vigoureuses bousculades visant à ne pas finir en cendres. Seules quelques secondes furent nécessaires à leur abri de fortune pour devenir un brasier, ce qu’Ashley ne considéra pas comme une amélioration de leur situation.

— Et maintenant ?

Enfin, Samuel trouva la force de se relever. Prison luisait dans ses mains presque autant que ses mains elles-mêmes. Sur son visage pâle se notait une fatigue exacerbée par ses traits, qui ne parvenaient plus à la contenir.

— Il est temps pour nous d’entamer notre dernière danse.

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Edouard PArle
Posté le 24/12/2022
Coucou !
La suite du chapitre précédente, c'est agréable que l'action se poursuive entre les chapitres, avec les mêmes personnages. Jolie phrase de chute !
Hâte de voir la déesse égyptienne entrer en action. Sauf si la prière de Sam ne fonctionne pas mais dans ce cas je vois mal comment ils pourraient s'en tirer.
Par rapport au titre, j'imagine que la plus grande faiblesse des vampires est leur division ?
Mes remarques :
"sa garde était verrouillé d’un côté" -> verrouillée ?
"vu ce que ses yeux lui avaient transmit :" -> transmis
"qui avait été en contact avec le fils électrifié." -> fil
"— Et toi l’aile de poulet carbonisé, tu es bien encore en" -> virgule après toi ?
"Ashley se précipita jusqu’à lui, et fut arrêté" -> arrêtée
"par son col pour l’empêcher de la blesser sans le vouloir" -> le blesser ?
"et dégomma malencontreusement Tom Pouce une fiole de poudre cristalline orangée entre ses doigts." je n'ai pas compris cette tournure
"la tête de Tom Pouce apparu, les" -> apparut
"À la botte du Chasseur s’accrochait tant bien que mal le pauvre Tom Pouce." -> Le pauvre Tom Pouce s'accrochait tant bien que mal ... ?
"comme Thibalt et Jess ne se trouvait plus à son seuil." -> trouvaient
"les avait probablement repoussée loin d’ici, ou désintégrée" -> repoussés, désintégrés
"En contrebas, transparaissait un canapé noir dépassant des restes d’un foyer de cheminée." -> un canapé noir dépassant des restes d'un foyer de cheminée transparaissait en contrebas ?
"Les paumes Tom Pouce," -> de Tom Pouce
"Pour palier à ce problème, l’homme" -> pallier
"Le mirador se tue, sa lumière" -> tut
"toute cette histoire ma épui…" -> m'a ?
"Ils lui tombèrent dessus, proche du rebord, trop proche." point après rebord ? ça pourrait accentuer l'effet de stress.
"— Tiens le coup Ash." virgule après coup
"s’éloignèrent loin du pic vertigineux et de ses parois, comme emporté par le vent" -> emportés (tu peux couper "loin du" aussi)
"Le bois s’embrassa, désorganisa leurs assaillants," -> s'embrasa
Joyeux Noël et à bientôt (=
Rubrik Abrak
Posté le 18/08/2022
j'ai commencé par ce dernier chapitre et j'avoue que j'aime bien. Le ton est pour le moins rebondissant, parfois même à la limite de l'absurde. Il convient que je manque surement d'une vingtaine de chapitres pour la mise en contexte, ce qui me rend les relations entre les personnage un peu obscures. Je pense que je ferais les chose dans l'ordre et lirais l'ensemble.

Un point qui me vient cependant à la lecture est un léger manque d'une trame physique dans le sens ou le décors qui entoure les protagonistes reste très flou et mériterait un peu d'ancrage, d'épaisseur. En contrepartie le récit est très dynamique mais j'ai un peu l'impression d'avoir affaire a une interaction de personnages de théatre sans contextualisation de lieu.

je te ferais un autre retour global quand j'aurais lu l'ensemble
Zephirs
Posté le 19/08/2022
Salut !

Merci beaucoup pour ton retour !
Je ne te cache pas que tu as manqué énormément de contexte et de mise en place (ce chapitre est beaucoup plus proche de la fin que du début). Du coup, les points d’ombre sont plutôt normaux. x)

Le décor a été planté au fur et à mesure dans les chapitres précédents tout en continuant dans ce chapitre. Et pour ce qui ne l’était pas, j’ai essayé de doser entre action et description. Ce n’est pas impossible que cela puisse être amélioré. Je serais très intéressé par un retour sur ce point, une fois le reste lu. :)

Je te laisse faire ton retour global alors !
Encore merci pour ton commentaire, et à bientôt. :)
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