Chapitre 21 – Murmures nocturnes

Par jubibby

Édouard remontait l’artère principale de la cité, les rênes de sa monture fermement tenus dans la main, profitant de l’animal pour se dissimuler entre lui et les bâtisses qui bordaient la rue. Il avait attendu quelques heures avant de sortir de l’ancienne étable, de manière à ce que l’agitation naturelle des villageois soit passée. Les rues étaient bien peu bondées en cette fin d’après-midi, ce qui n’était pas pour lui déplaire.

Personne ne le remarquait, ou du moins ceux qui le faisaient détournaient rapidement le regard. L’ami d’Emma avait eu la brillante idée de rouler la chemise du prince dans la paille à l’odeur douteuse de l’étable abandonnée. Le stratagème fonctionnait à la perfection : les effluves pestilentiels qui l’accompagnaient repoussaient quiconque tenterait de l’approcher.

Le prince atteignit la porte nord de la ville sans encombre. À son grand soulagement, personne ne l’y avait suivi : il fallait dire qu’il était bien tard pour s’aventurer sur la route. Édouard grimpa tant bien que mal sur le dos de son cheval et se pencha vers son oreille.

– Une dernière petite course et tu auras bien mérité ton repos, lui murmura-t-il en lui caressant le cou.

Puis, sans attendre un instant de plus, il le lança sur la route au galop. Le prince se demandait comment se déroulait la deuxième partie du plan tandis qu’il chevauchait. William avait revêtu ses habits princiers et avait endossé son rôle : on aurait dit un acteur né. Il avait quitté la ruelle en empruntant le chemin des toits, comme Édouard avait vu Emma le faire après l’explosion de la Foire du Printemps. Le jeune homme s’était révélé agile, bien plus que le prince ne l’aurait imaginé.

Une nouvelle fois, voilà qu’un parfait inconnu prenait de très grands risques pour lui. Édouard ne savait plus quoi en penser. Méritait-il qu’on s’exposât au danger pour lui ? Pourrait-il seulement les aider en retour ? Il ignorait tout de William et, pourtant, il avait perçu chez lui une force intérieure immense : ce garçon serait capable de déplacer des montagnes pour aider ses amis, cela ne faisait aucun doute.

Les muscles d’Édouard se détendirent quelque peu à mesure qu’il s’éloignait de Castelonde : de toute évidence, le jeune homme avait réussi à détourner l’attention des hommes de la Ligue. Mais ce soulagement ne lui donnait nullement envie de sourire. Un espoir, fragile, venait toutefois quelque peu chasser son inquiétude : celui que William retrouve la voleuse et qu’il la délivre de ceux qui l’avaient attaquée dans les bois.

Il le fallait.

 

Emma ne sentait plus sa jambe. Cette marche intense au milieu de la forêt et cette flèche fichée dans son mollet ne l’avaient pas épargnée. Ses ravisseurs n’étaient pas non plus tendres avec elle. Ils faisaient tout pour l’épuiser, la pousser à bout, la faire craquer. Mais elle tenait bon.

Elle le devait.

Alors elle ignorait la douleur. Chaque fois qu’elle tombait, elle se relevait, non sans mal. Si elle avait le malheur de se laisser traîner par les hommes qui la tenaient fermement, elle était rouée de coups. Elle serrait les dents comme jamais auparavant. Elle espérait au fond d’elle-même que son combat perdu d’avance contre les mercenaires avait permis au prince de s’enfuir en retenant leurs assaillants quelques instants. Étrangement, son sort à lui la préoccupait davantage que son sort à elle.

Les secondes lui parurent des minutes, les minutes des heures. Combien de temps marchèrent-ils ainsi ? Difficile à dire mais ce supplice lui sembla durer une éternité. Au bout d’un moment, l’homme à la cicatrice fit stopper leur convoi et ordonna qu’on bande les yeux d’Emma. Son calvaire s’intensifia. À chaque nouveau pas, elle trébuchait. S’ensuivait une pluie de coups. Encore et encore.

Qu’allait-il advenir d’elle ? Ces hommes avaient-ils réellement l’intention de la garder en vie ? La garder en vie, peut-être. La garder entière, sans doute moins, songea-t-elle. Serait-elle seulement capable de combattre si l’opportunité se présentait ? Elle commençait à en douter sérieusement.

Privée de sa vue, elle ouvrit ses autres sens à ce qui l’environnait. Le bruissement des feuilles balayées par le vent. L’odeur de l’humus sous ses pieds. Les écureuils courant dans les arbres au-dessus d’eux. Le clapotis de l’eau. S’étaient-ils à ce point approchés du fleuve ? Était-ce là la raison pour laquelle ils lui avaient bandé les yeux ? Assurément ils ne voulaient pas qu’elle puisse identifier l’endroit où ils l’emmenaient mais cela ne faisait aucun sens. Se rapprocher du fleuve signifiait se rapprocher du palais. Comment un camp pouvait-il être tenu si près de cette place hautement gardée ?

Elle trébucha de nouveau, les mains en avant. Elle attendit les coups mais ils ne vinrent pas. Au lieu de cela, on lui attrapa les mains pour les nouer derrière son dos et on la traîna de force sur plusieurs mètres. Puis on la jeta contre un arbre dont elle sentit l’écorce lui râper la peau du visage.

Elle entendit des chuchotements. Des bruits de pas. Puis le silence. Elle attendit plusieurs minutes avant de tenter le moindre mouvement. Doucement, elle se retourna sur le dos et s’allongea, veillant à épargner sa jambe endolorie par la flèche.

– Bouge encore un cheveu et tu auras de nouveau droit à mon bâton, garce.

C’était l’homme à la cicatrice. Elle ne pouvait le voir à cause du bandeau qui lui obscurcissait la vue mais elle reconnut sa voix immédiatement. Elle pouvait sentir sur elle le regard méprisant qu’il lui avait tantôt adressé.

Emma tenta de faire mentalement le point sur la situation dans laquelle elle se trouvait. Elle était seule, aveugle, meurtrie, surveillée de près. Aucun plan d’action ne se dessinait dans son esprit. Et pourtant, elle devait rester vigilante et attendre. Attendre que ses geôliers commettent une erreur.

Il le fallait.

 

Le soleil couchant se profilait à l’horizon lorsque le prince Édouard aperçut enfin la silhouette du palais. Il avait chevauché sans s’arrêter, encourageant sa monture à maintenir un rythme élevé. Aucun brigand ni aucun ravisseur n’avaient croisé sa route. Il ne relâcha toutefois pas ses gardes au moment de cette dernière ligne droite.

Il atteignit rapidement la tour sud qui surplombait la route. Des torches y avaient été installées pour la nuit. Cela rassura Édouard : ici au moins, les choses suivaient toujours leur cours. Il tira sur les rênes de son cheval pour le faire ralentir à l’approche de l’entrée ouest dont le châtelet constituait le seul moyen de passer les remparts.

Un juron franchit malgré lui ses lèvres lorsqu’il constata que la herse avait été abaissée. La récente ouverture des portes du palais avait perduré suite à l’audience organisée par le roi François quelques semaines plus tôt. La basse-cour et la galerie couverte étaient devenues des lieux animés, comme le palais de Castelonde du temps où il y vivait, et ce au plus grand plaisir des habitants de la forteresse. Mais, le soir venu, gardes, serviteurs et souverains se retrouvaient de nouveau cloîtrés et tout redevenait comme avant.

Édouard descendit de cheval et s’avança vers la herse. Il posa sa tête entre deux barreaux et observa l’intérieur de la cour. À son grand désarroi, celle-ci semblait déserte. Personne ne se trouvait non plus dans le châtelet. Tant pis, il devrait essayer d’attirer l’attention des gardes autrement.

Se retournant promptement, il scruta la route et le bois qui le bordait. Tout était calme. Cela n’était pas de nature à le rassurer. Il avança vers les premiers arbres, entraînant sa monture derrière lui. Lorsqu’il eut pris suffisamment de recul, il se retourna vers les remparts et leva les yeux en direction de la plus imposante des tours. Des soldats semblaient se trouver sur le chemin de ronde, voilà qui était enfin une bonne nouvelle.

Le prince inspecta le sol de la route à la recherche d’une pierre qu’il pourrait lancer à l’attention de ceux qui étaient censés monter la garde ce soir-là. Il finit par en trouver une de petite taille, se baissa et l’attrapa. Il se redressa et prit son élan avant d’envoyer le projectile en direction de la tour. Elle n’atteignit pas son objectif. Alors Édouard réitéra l’opération. Il dut s’y reprendre à plusieurs fois avant de finalement voir sa pierre disparaître derrière un créneau.

Du bruit se fit entendre et une tête apparut au sommet du rempart.

– Qui va là ? hurla le soldat.

– C’est le prince Édouard, répondit-il en s’avançant pour être parfaitement visible. Faites-moi entrer immédiatement.

– Le prince ? Vous ressemblez plutôt à un gueux qui se serait trompé de route.

– Alors descendez et venez le constater par vous-même. Où se trouve Charles ? Carl ? Hans ? Comment connaîtrais-je tous ces noms si je n’étais pas celui que je prétends être ? Faites vite, la nuit va bientôt tomber !

Le soldat poussa un grommellement sonore avant de disparaître du champ de vision d’Édouard. Le prince entraîna son cheval près de la herse et s’y pressa, espérant qu’on viendrait lui ouvrir sans plus attendre. Il ne pouvait s’empêcher de jeter des regards inquiets par-dessus son épaule. Il n’était pas rassuré de se trouver seul à l’extérieur de l’enceinte du palais.

Édouard attendit ainsi de longues minutes. La lumière baissait tout autour de lui tandis que le soleil finissait de se coucher. La pénombre s’installait, laissant bientôt place à l’obscurité de la nuit. Alors qu’il pensait avoir échoué et qu’il se résignait à passer la nuit dehors, il entendit des bruits de pas en provenance du châtelet. Des gardes approchaient. Enfin, se dit-il. Il allait pouvoir pénétrer dans l’enceinte du palais.

Celui qui l’avait traité de gueux apparut, suivi d’un autre soldat. Il tenait une torche à la main et s’approcha de la herse. Il éclaira le visage du prince avant de blêmir.

– Votre altesse, c’est bien vous. Que faites-vous ainsi vêtu ? Et cette odeur, parbleu !

Le soldat fit un pas en arrière en se pinçant le nez. Édouard avait fini par s’habituer à l’odeur mais il avait hâte de pouvoir prendre un bon bain et de s’en débarrasser.

– Faites-moi entrer, je dois voir mon père au plus vite.

– À vos ordres, votre altesse.

Les deux soldats s’éloignèrent et disparurent de son champ de vision. Puis Édouard entendit un crissement : la herse était en train d’être levée. Cette dernière attente lui parut interminable. Seul, frissonnant dans la nuit noire, il avait hâte de pouvoir informer son père de ses mésaventures et de se lancer à la recherche d’Emma. Voilà plusieurs heures qu’ils avaient été séparés et il ignorait combien de temps elle pourrait tenir livrée à elle-même. William l’avait-il seulement retrouvée ?

Lorsque la herse fut à hauteur suffisante, Édouard se baissa et s’engouffra dans la cour, son cheval à sa suite. Il ferma les yeux un instant, soulagé d’être enfin à l’abri. Il se dirigea vers l’écurie et confia sa monture au palefrenier qui se trouvait là. Celui-ci ne posa pas de questions, quoiqu’il fût visiblement incommodé par l’aspect visuel et olfactif du prince.

Sans attendre un instant de plus, il se dirigea vers le donjon. Son père devait certainement finir de souper à cette heure-ci. Édouard emprunta le passage menant à la galerie couverte, déserte en cette heure tardive, puis il bifurqua dans le passage secret caché par la vieille tapisserie. Il gravit les marches quatre à quatre et prit la direction des appartements royaux dans ces corridors obscurs qu’il connaissait par cœur.

Il ne s’arrêta que lorsqu’il atteignit le couloir qui longeait l’antichambre du roi. L’orifice qui lui permettait de voir et d’entendre ce qu’il s’y passait n’avait par chance pas été rebouché depuis la dernière fois qu’il s’en était servi. Il marqua une pause, reprenant son souffle, puis approcha l’œil. L’antichambre, plongée dans l’obscurité, semblait déserte.

Le prince reprit sa route et rejoignit la sortie qui donnait sur le couloir jouxtant les appartements du roi. Il s’assura que personne n’était en vue puis poussa le panneau qui le dissimulait et le remit en place avant de se retourner. C’est alors qu’il entendit des bruits de pas qui se rapprochaient. Plusieurs gardes apparurent quelques instants après, Charles à leur tête.

– Édouard ! s’exclama celui-ci. Que fais-tu ici ? N’étais-tu pas censé rejoindre Grand-Baie pour prendre le bateau et rencontrer ta fiancée ?

Le prince se remémora les paroles d’Emma. « Vous ne pouvez faire confiance à personne en dehors de votre père. Personne. » Pouvait-il réellement ne se fier à personne, pas même à son plus vieil ami ? La surprise de Charles n’était pas feinte, il ne s’attendait pas à voir le prince au palais : Édouard le voyait clairement dans ses yeux. Il lui était impossible de savoir avec certitude si la mise en garde de la voleuse impliquait son ami, il pouvait néanmoins lâcher une information et observer sa réaction.

– En effet, nous étions en route depuis à peine deux heures lorsque nous sommes tombés dans une embuscade. Les gardes qui m’accompagnaient doivent toujours se trouver quelque part entre Flammenuit et le palais. Où se trouve mon père ? Je dois lui parler de toute urgence.

La surprise avait fait place à la stupeur sur le visage de Charles.

– Une embuscade ? Mais que s’est-il passé ?

– C’est précisément ce dont je dois parler à mon père.

Sur ces paroles, il poussa la porte de l’antichambre sans prendre la peine de se faire annoncer. Comme il avait pu le constater, le feu n’avait pas été ravivé par les domestiques et la pièce, plongée dans l’obscurité, était déserte. Le prince se dirigea à toutes jambes vers la chambre de son père et ouvrit la porte.

Vide.

Il n’y avait là aucune trace de souper ni d’activité récente. Le feu mourant de l’après-midi était en train de consumer ses dernières braises. Il n’y avait aucune trace de lutte non plus. À défaut de mieux, cela rassura quelque peu Édouard. Il se retourna et vit Charles qui l’avait rejoint, quoique posté en retrait. Il n’avait pas pour habitude de pénétrer dans les appartements du roi sans son autorisation.

– Où est-il ? demanda Édouard.

– Je l’ignore. Il est parti quelques heures après toi avec une escorte restreinte. Vas-tu me dire ce qu’il t’est arrivé ?

Charles se tenait toujours à bonne distance de lui. Lorsqu’Édouard s’approcha, le capitaine de la garde porta aussitôt sa main à son nez.

– J’ai demandé à ce qu’on te prépare un bain. Désolé, mais tu sens vraiment trop le bouc !

 

Emma était allongée au sol, les mains attachées dans le dos, recroquevillée sur elle-même. Des heures avaient passé depuis qu’elle était arrivée ici mais elle ignorait combien exactement. L’obscurité qu’elle entrevoyait à travers son bandeau lui laissait penser qu’il faisait encore nuit. Mais pour combien de temps ?

L’homme à la cicatrice avait tenté de la faire parler. Des heures durant, il l’avait menacée, l’avait rouée de coups, appuyant avec délectation sur chacune de ses blessures. Il l’avait torturée jusqu’à ce qu’elle n’ait plus la force de hurler. Mais elle avait tenu bon. Elle n’avait rien dit.

Il le fallait.

Elle n’était plus tout à fait sûre que son silence et sa présence ici aient une quelconque importance. Qu’avait-elle réussi à faire exactement ? Elle avait permis au prince de s’enfuir, c’était certain. Mais s’en était-il seulement sorti ? Les hommes qu’elle avait combattus et blessés – à l’exception peut-être de l’homme à la queue de cheval et des deux cavaliers – étaient certainement pour la plupart déjà sur pied alors qu’elle-même aurait la plus grande peine à se tenir debout.

On avait fini par lui retirer la flèche qui avait transpercé son mollet. Cela lui avait arraché un cri qu’elle n’avait pu retenir. Le garrot de fortune qu’on lui avait fait lui avait évité de se vider totalement de son sang, ne lui épargnant toutefois pas la douleur causée par sa blessure. Emma sentait à présent le sang chaud qui en avait coulé et qui avait recouvert sa jupe.

Elle ne pouvait plus fuir, elle le savait. Elle ne pouvait plus qu’espérer que le prince ait réussi à rejoindre le palais en toute sécurité et qu’il lui envoie de l’aide. Mais comment pourrait-il la retrouver ? La tâche s’annonçait délicate voire impossible.

Ne pas renoncer. Jamais. Tel était ce que les épreuves qu’elle avait subies lui avaient enseigné. Tant qu’elle serait en vie, elle aurait une chance de s’en sortir. Aussi infime fut-elle.

La fatigue la tiraillait de toutes parts. Son corps entier lui réclamait un repos auquel elle ne pouvait pas céder. Elle devait rester vigilante, les sens alertes à ce qui l’entourait. Elle savait l’homme à la cicatrice non loin d’elle, la surveillant de près. Elle ne bougeait pas. Lui en revanche ne tenait pas en place. Il avait échoué à lui faire avouer qui elle était et pourquoi elle avait délivré le prince. Il devrait certainement payer le prix de ce revers.

Emma tendit l’oreille et réalisa qu’il n’était pas seul. Quelqu’un d’autre se tenait à ses côtés. Ils parlaient si bas qu’elle percevait à peine leurs murmures entre les crépitements du feu. Elle devinait à leurs intonations qu’ils se disputaient. Elle ignora tout le reste, retenant sa respiration, et se concentra sur eux.

– … comment as-tu pu le laisser s’échapper ?

– Le plan ne prévoyait pas qu’elle vienne s’interposer, grommela l’homme à la cicatrice.

– Comment a-t-elle su où vous trouver ?

– Je l’ignore, elle a refusé de parler.

– Es-tu si incapable que cela ?

– Il y a tout de même une chose que je peux vous dire. On ne sait quoi en penser mais tout de même. Lorsque nous sommes arrivés près du carrosse pour emmener le prince au lieu de rendez-vous, elle avait détaché un cheval et lui tendait les rênes. Mais il n’est pas parti tout de suite. Oh non. Il l’a embrassée.

Le silence se fit. Son interlocuteur ne s’était de toute évidence pas attendu à cette information.

– En es-tu certain ?

– Aucun doute là-dessus, nous l’avons tous vu de nos propres yeux.

– Il n’en a pas parlé. Cela doit cacher autre chose. Il faut que tu l’interroges de nouveau.

Le cœur d’Emma fit un bond dans sa poitrine. L’inconnu parlait-il du prince ? Se pouvait-il qu’il ait été arrêté par une autre troupe de la Ligue ? Elle s’évertua à calmer les palpitations de son cœur pour ne pas rater la suite de la conversation.

– Et comment ? La torture est sans effet sur elle. On dirait que vous l’avez un peu trop bien formée.

Elle entendit la gifle déchirer le silence de la nuit. Cette plaisanterie n’avait pas été du goût du deuxième homme. Emma se reconcentra sur lui. Il y avait quelque chose qui l’intriguait. Comme si elle le connaissait.

– Coups. Amputation. Brûlure. Strangulation. Noyade. Essaye tout ce que tu voudras mais il faut la faire parler. Nous ne saurons à quel point tu nous as compromis que lorsqu’elle nous aura avoué ce qu’elle a dit au prince.

– Mais et vous alors ? Pourquoi ne pas le tuer au palais dès ce soir ? Vous dites que le roi est sorti, c’est le moment idéal !

– Le palais est bien trop surveillé, nous ne pouvons prendre le risque d’y être démasqué. Je préfère garder un œil sur lui. Fais-la parler et préviens-moi dès que ce sera fait. Puis débarrasse-toi d’elle. Elle est devenue trop encombrante.

Emma sentit son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine meurtrie.

Le prince était vivant.

Et il se trouvait au palais.

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