Chapitre 20. (partie 2)

Par dcelian

Lorsque la nuit tombe enfin, Gaëlle est prête. Elle a retrouvé des forces, elle a rassemblé ses affaires soigneusement rangées dans un coin, elle a bu le cataplasme immonde et elle n'en peut officiellement plus de tourner en rond, du moins en esprit, parce qu'elle n'a pas une goutte d'énergie à gaspiller. Alors il va falloir partir.
Dehors, la nuit se fait, le silence prend place alors qu'une légère brise fait danser les arbres. Dedans, il règne un calme plat. La maison s'agite toujours, elle semble vivre tout autour, mais le reste s'est tu. De l'autre côté de la porte désormais fermée, plus aucun signe de Hameline. Est-ce qu'elle s'est endormie ? C'est probable.
Demain, lorsqu'elle viendra prendre de ses nouvelles, Gaëlle sera déjà loin. Mais partir ne lui fait pas aussi mal qu'elle l'aurait cru. Peut-être est-ce là tout l'intérêt des adieux ?

C'est alors que Gaëlle entend gratter à sa porte. Elle se sent mieux, vraiment mieux, alors elle tente de se lever, il ne faudrait pas que ce foutu chat titanesque gâche son départ minutieusement planifié. Elle fait un pas vers la porte, puis un deuxième, et elle grimace parce qu'elle a perdu l'habitude, elle n'a pas marché depuis près de trois jours maintenant, et ses jambes sont terriblement faibles, elle est terriblement faible, mais il y a ce grattement de l'autre côté, alors elle se motive et elle avance. Sous elle, la maison grince doucement, elle l'encourage dans un murmure.

Elle atteint finalement la porte après un effort qui parait démesuré, et elle s'empresse d'abaisser la poignée pour laisser entrer le monstre poilu.
Il se faufile habilement dans la pièce et vient s'allonger sur le lit, face à elle.
D'une voix aiguë et chantante, très enfantine, comme si rien n'était plus banal, le chat brise soudainement le silence :

"Et moi, j'ai même pas droit à un merci ?"
Gaëlle reste un instant sans comprendre. Les séquelles de sa blessure seraient donc plus graves que ce qu'elle envisageait ? C'est une hallucination, ou bien cet animal vient de lui parler, et avec insolence, qui plus est ?

"Bon allez, on y va ou quoi ?"
Gaëlle s'est pincée, pourtant, très fort même. Elle s'est mordue la langue, aussi. Mais le chat est toujours là, et il attend visiblement que quelqu'un prenne la parole, quelqu'un d'autre que lui.
Mais Gaëlle n'a pas encore suffisamment perdu la raison pour répondre à un chat.
A moins que... ?
Et puis, c'était quoi, son nom, déjà ?

"Comment ça, "on" ? T'es un démon, non ? J'ai pas pour habitude de voyager en votre compagnie."
Il décide visiblement d'ignorer la pique et reprend d'un ton enjoué :

"Ben oui, "on". Je t'accompagne, évidemment ! Tu pars à l'aventure, pas vrai ? J'ai toujours rêvé de partir à l'aventure, alors je t'accompagne, ça paraît logique pourtant !"
Gaëlle soupire un grand coup, elle soupire comme pour dire, non mais c'est quoi ce délire ? Et puis, elle soupire aussi pour remettre ses idées en place. Elle est sur le départ, il faut se mettre en route, elle n'a pas de temps à perdre.

"Non. Je voyage seule, et j'ai vraiment pas besoin d'un chat pour me tenir compagnie. Si tu savais te changer en canne, à la rigueur... ou mieux, en calèche !" ricane-t-elle avec amertume. "Alors là, j'aurais peut-être pu changer d'avis. Mais en l'état actuel des choses, j'ai envie de tout sauf de ça, crois-moi.
— Je te crois pas. Et puis, tu pourras pas m'empêcher de te suivre, de toute façon ! Vu comme t'es blessée, tu iras beaucoup moins vite que moi.
— Bon, écoute le matou, je pars pas "à l'aventure", là. C'est un peu plus compliqué que ça, tu vois ? Je vais sauver un... un garçon qui s'est fait enlever. Et celui qui l'a enlevé est très dangereux, donc c'est très risqué, y a qu'à voir l'état dans lequel il m'a mise."
Remarque, je l'ai pas épargné non plus, complète Gaëlle mentalement.

"Un garçon ?"
Le démon marque un léger silence, comme s'il ne comprenait pas. Finalement, il reprend :
"Et puis, pourquoi tu me parles comme à un enfant ? Je suis pas un enfant, et je m'appelle Hollis ! Bon allez, on y va ? Il faut pas perdre de temps !"

Gaëlle écarquille les yeux et se tait un instant, comme si ce simple chat venait de lui couper l'herbe sous le pied. Visiblement, Hollis – puisque c'est son nom – a plus de ressources que son apparence ne le laisse deviner. Mais...
Soudain, elle est comme parcourue d'une décharge qui électrise tout son être. Non mais qu'est-ce qu'elle fait, là, au juste ? Elle a perdu trois jours, il n'en reste donc que deux devant elle, s'il y a bien quelque chose qu'elle ne peut plus se permettre de perdre, c'est son temps.

"De toute façon, t'as besoin de moi."

Ben voyons. Gaëlle soupire. L'instant n'est plus aux débats, alors elle enfile sa cape, elle sangle sa longue faux dans son dos, elle enroule sa chaîne autour de sa cuisse, elle noue ses bottes en cuir et la voilà enfin prête. La dernière fois, elle a perdu. Cette fois, ce sera différent. Elle le sent.
Ce soir, alors que le noir se fait et que l'atmosphère se remplit de mystères, elle le sait : la Traque reprend. Et elle ne s'arrêtera que lorsque sa mission sera accomplie.

Elle se dirige vers la porte en verre, celle qui conduit au petit jardin, celle qui conduit dehors, dans le froid et l'incertain, vers l' "aventure", celle qui conduit à Soa. Elle le retrouvera. Elle n'en a jamais été aussi convaincue. Ça ne fait aucun doute. Elle le retrouvera, et elle le ramènera. Pour Grégor, mais aussi pour elle, pour lui, parce qu'il ne s'est pas excusé. Et parce qu'elle ne s'est pas excusée non plus.

Alors elle ouvre la porte, et ses côtes la font encore souffrir, ses jambes sont faibles, son crâne résonne et tournoie, elle est prise d'un vertige incontrôlable et incessant, évidemment. Mais elle est inarrêtable.
L'air frais du dehors chasse ses maux, il chasse tous les doutes, toutes les incertitudes. Il fait frémir le silence nocturne en agitant les grands arbres, là-bas, un peu plus loin.
Gaëlle se laisse bercer un instant, elle s'abandonne au vent et à la nuit sombre, elle respire simplement. Un sourire se peint alors sur son visage, parce que c'est bien l'un des trucs stupides que Soa serait capable de faire, ça.
Soa.
Il l'attend.

Elle s'élance dans la nuit sans étoiles, grimaçant de douleur mais fermement décidée à ne plus ralentir, à ne plus s'arrêter avant d'avoir atteint son objectif. Elle n'a aucune idée ni de l'endroit où elle se trouve, ni de celui où elle va, mais le temps viendra. C'est certain. L'ennui, c'est qu'il ne lui reste que deux jours, à compter de maintenant. Alors il va falloir qu'il vienne rapidement, qu'il ne se fasse pas trop désirer.

Soudain, un bruissement retentit et une ombre rapide la dépasse, la faisant sursauter brusquement.

"Bah alors, tu m'ignores ? Le trajet va être long si tu fais déjà la tête."
Hollis.

A vrai dire, elle l'avait déjà complètement oublié. Bah ! elle peut s'accommoder de sa présence. Il faudra juste qu'il se taise, sinon ça deviendra vite intenable. Mais le petit est plutôt bavard, alors mieux vaut ne pas trop compter là-dessus. Peut-être qu'en ne répondant pas, ça le contraindra au silence ? Il n'oserait quand même pas se faire la conversation à lui-même, si ?

Elle se concentre plutôt sur le trajet à parcourir, d'autant qu'elle atteint maintenant les premiers grands arbres, et qu'il va falloir faire attention à sa trajectoire. Il fait sombre, il fait même très sombre, et toute collision, toute chute est inenvisageable. Rien que d'y penser... Elle serre la mâchoire pour faire partir la douleur.

Coup d'œil en direction de Hollis. Il s'est tu, finalement. Gaëlle n'est pas particulièrement habituée aux conversations avec un familier, mais elle ressent l'enthousiasme de la créature jusqu'ici. Elle ressent une forme de chaleur et d'insouciance, aussi, il se dégage de lui une aura mystérieuse, comme réconfortante et douce, loupiote dans la nuit noire et silencieuse.

Gaëlle n'avance pas bien vite, mais elle entend le vent qui siffle à ses oreilles alors qu'elle progresse entre les arbres. Ils sont seuls, seuls au monde. Il n'y a rien ni personne, et elle avance sans vraiment savoir où elle se rend, elle avance à l'aveuglette.
Tout autour, pas un oiseau ne chante. Gaëlle tente de se rappeler le soir de son affrontement. Est-ce que tout était aussi silencieux ? Elle est bien incapable de le dire. Le sang battait contre ses tempes, il recouvrait tout le reste, la nuit lui avait rarement paru aussi bruyante. Ce soir, pourtant, à part leurs pas lourds et retentissants – enfin, les siens surtout –, rien ne vient perturber le silence. C'est à croire que la forêt tout entière s'est endormie sous la toile sombre.

Elle lève les yeux vers là-haut, au-delà des arbres. Le ciel doit être couvert, parce qu'on ne distingue aucune étoile, il n'y a que la lune au milieu de l'infini, au milieu du ciel et de ses mille teintes de nuit, éternelle. Elle veille silencieusement sur les arbres. Gaëlle espère qu'elle veille sur eux, aussi.

Leurs pas les enfoncent toujours plus profondément au cœur des arbres, et la Traqueuse croit deviner qu'ils se dirigent au Nord. C'est bien plus compliqué de se repérer, de nuit, mais c'est cette direction qu'elle avait prise lorsqu'elle a rattrapé Soa pour la première fois, alors c'est cette direction qu'elle prendra pour le secourir cette fois encore.

*

Les minutes défilent, et puis les heures, elle sent la fatigue monter en elle, et une forme de désespoir aussi. Parce que, plus elle avance et plus elle a le loisir de réfléchir. Or, vu sa situation, ne pas trop réfléchir aurait été préférable, mais c'est trop tard, maintenant.
Arrivera-t-elle à temps ? Plus que jamais, elle en doute. Deux jours pour une telle mission, c'est à la limite de l'impossible, même avec toutes ses capacités. Et on ne peut pas dire qu'elle soit en mesure de déployer toutes ses capacités en l'état actuel des choses.
Elle court, certes, mais sa course est mal assurée, son souffle est rauque et lourd, ses côtes sont encore salement amochées, tout son corps est lent et faible, elle le sent bien, elle l'entend dans la résistance qu'il lui oppose.
Pourtant, et ça faisait bien longtemps que ce n'était pas arrivé, elle ne peut plus se permettre de l'écouter, elle ne peut plus se permettre de s'écouter. Alors elle écoute la forêt. Mais la forêt n'a pas grand-chose à lui dire, ce soir, la forêt est calme et silencieuse. Peut-être est-ce une mise en garde ? Gaëlle décide de ne pas en tenir compte.

Pour la première fois depuis longtemps, depuis très longtemps, depuis un peu trop longtemps, même, elle ne voyage pas seule, et la présence de Hollis à ses côtés, étonnamment apaisante, la rassure beaucoup plus qu'elle n'oserait l'avouer.

"On se rapproche."
Gaëlle s'arrête net. Elle s'était promis de ne pas s'arrêter, mais là, elle n'a pas le choix, la stupeur a pris le dessus sur tout le reste. Comment ça, "on se rapproche" ?

"Ben alors, pourquoi tu t'arrêtes ? Je te dis qu'on se rapproche. Bon, d'accord, j'exagère un peu, mais je pensais que ça te motiverait, c'est tout ! Pas la peine de bouder."
Gaëlle observe Hollis sans comprendre. Il a cette voix niaise et guillerette, il a ces intonations joyeuses et innocentes.
Et il sait où ils vont depuis le début.
Alors elle sourit. Elle n'est même pas certaine que Hollis s'en rende compte, elle se sourit à elle-même, elle sourit à la nuit.
Sans plus tarder, elle se remet en route. Hollis se tait à nouveau, il n'a pas l'air de comprendre, mais il semble heureux de voir que l'aventure continue. Il s'élance à ses côtés.

A mesure qu'ils avancent, Gaëlle perd la notion du temps et des directions. Elle trottine simplement, Hollis toujours à ses côtés, elle trottine sans se soucier de rien d'autre que ses jambes, ses deux jambes qui la soutiennent malgré leur fébrilité, malgré la course incessante. Etonnamment, elle n'est plus fatiguée. Peut-être grâce à l'adrénaline ? Si c'est le cas, il faut à tout prix continuer, il ne faut pas s'arrêter, parce que si elle le fait, tout est fini, elle ne repartira pas, elle en sera bien incapable.

Elle ne sent plus ses pieds, mais elle les entend qui battent le sol avec force et sans mesure, et elle sait qu'elle gaspille une énergie folle avec ses pas pesants, mais elle est bien incapable de faire autrement. Elle entend son souffle, aussi, lourd et irrégulier, qui ne parvient pas à se caler sur sa démarche mal assurée. Et puis, elle n'en est pas certaine, sans doute à cause de la nuit qui recouvre tout, mais il lui semble que sa vision se brouille. A s'écouter, elle croirait une vieille dame, une très vieille dame en fin d'existence. Mais, si vieille soit-elle, elle continue. Chaque avancée est à prendre, peu importe la méthode et les ressources, elle est prête à tout mettre en jeu s'il le faut.

Elle évite de justesse les arbres sur son chemin, elle trace sa route sans se soucier du reste, sans même se soucier de Hollis. Il est toujours là, pourtant, il est à ses côtés et il semble vouloir y rester. Dans le tumulte de sa propre course, elle a du mal à le percevoir, mais elle le sait.
Eh bien, lui qui rêvait d'aventures, le voilà embarqué dans une épopée loin d'être épique aux côtés d'une jeune femme à la constitution de grand-mère. Il faudra s'en contenter, à défaut de mieux. Elle en rirait si ça ne provoquait pas de telles douleurs dans ses côtes.

Tout autour, la forêt se tait toujours, et Gaëlle a la désagréable impression de faire suffisamment de bruit pour la réveiller tout à fait. Pourtant, il n'y toujours que la lune qui les observe depuis son perchoir. Personne d'autre. Rien d'autre. Alors elle continue de courir. Mais le chemin se trouble, les arbres semblent se dédoubler, tout devient flou et indiscernable. Gaëlle ferme les yeux. Elle sent ses jambes qui continuent de la porter plus loin, elle ne peut pas les arrêter, elle ne le veut pas non plus, elle est lancée, c'est trop tard maintenant. Etonnamment, elle se fait suffisamment confiance pour savoir qu'elle ne percutera aucun obstacle dans cet état.
Elle tâche de calmer son souffle et de ralentir un peu l'allure, elle se concentre sur le ciel dégagé, sur le regard mystique de la lune qui la regarde se débattre contre elle-même, qui l'éclaire dans sa lutte. La lune et ses mille étoiles.

Ses mille étoiles ?

Ça ne dure qu'un instant infime, mais elle se déconcentre.
C'est le moment précis que le destin choisit pour la cueillir et lui rappeler son infaillible ponctualité. Parce qu'elle ne file pas à vive allure, mais elle avance suffisamment vite pour ne la remarquer que trop tard. Parce qu'elle se méfiait des arbres mais beaucoup moins de ce qu'il y avait au sol. Parce qu'elle s'est pris le pied dans cette racine pas plus large qu'un poignet et qu'elle sent le temps se figer alors qu'elle chute inévitablement, qu'elle voit le sol qui se rapproche encore et toujours plus.
Ses réflexes sont engourdis par les efforts, et ses mains ne se placent pas là où elles auraient dû, là où elle aurait voulu. Elle s'effondre au sol, elle s'effondre de toute sa hauteur, et ses côtes prennent le choc de plein fouet. Elles font un bruit sinistre qui résonne en elle comme la douleur.
Elle voudrait hurler mais elle ne hurle pas. Elle voudrait respirer mais elle ne respire pas. Elle est vide, vidée, et la souffrance profite de ces failles pour s'y engouffrer, elle s'engouffre partout, elle achève les espoirs.

Un silence étonnamment doux l'enveloppe alors, comme si la forêt pouvait enfin s'endormir, maintenant qu'elle s'est tue. C'est étrange, ce silence. La dernière fois qu'elle s'est retrouvée dans cet état – il y a trop peu de temps, elle prend décidément le mauvais pli –, son sang bouillonnait, elle se sentait étouffer de colère, mais cette fois, rien. Aucun sang, aucune colère. Aucun bruit. Rien. Elle n'entend même plus Hollis.
Alors elle est prise d'un doute.
En puisant dans ses maigres réserves, elle tente de bouger son bras droit contre le sol terreux. Rien. Toujours rien. Le choc l'a rendue sourde. Quelle ironie. Elle en rirait si ça lui était encore possible, mais elle préfère ne pas s'y essayer.

Elle est étendue au sol, là, et alors, puisqu'elle n'entend plus, elle décide au moins de voir, de voir pour être sûre, au moins de ça. Elle lutte pour rester consciente encore un instant. Elle rassemble toute l'énergie qui lui reste. Oh, c'est trois fois rien. Peut-être deux. Mais deux feront l'affaire, il faut que ça fasse l'affaire.
Elle pose sa main droite à plat contre la terre, juste à côté de son visage. Chaque mouvement propage en elle des ondes qui crispent ses muscles et qui menacent de la faire lâcher. Mais elle ne lâche pas. Elle tâche de se retourner. Elle n'a plus aucune force, mais elle veut contempler le ciel. Elle pousse sur cette main, et alors, tout ne tient plus qu'à ça, à cette main qui pousse et qui la sauve dans ses efforts. Elle grimace parce qu'elle ne devrait pas et qu'elle le sait pertinemment, ça lui fait mal, mal à en crever, mais elle continue, oh, elle n'est plus à ça près, alors elle continue encore, elle pousse plus fort, elle se soulève, elle manque de glisser mais elle tient bon, elle ne lâche pas, elle ne lâchera pas, elle sent son corps qui pivote peu à peu, elle est sur la bonne voie, elle faiblit mais c'est bon, ça va le faire, c'est certain, elle pousse encore et son bras tremble, il tremble comme sa conscience, il veut en rester là, mais Gaëlle ne veut pas, alors elle continue, allez, encore un effort...
Dans une dernière vague d'épines, elle se retourne enfin tout à fait, et son dos vient heurter le sol.

Sa satisfaction est telle qu'elle a l'impression d'avoir déjà retrouvé Soa, d'avoir même décroché une étoile. Peut-être deux.
Une étoile, hein ?
Sauf que voilà. Elle en était presque certaine, pourtant elle n'y a pas prêté attention. Elle pensait le ciel couvert. Mais comment aurait-elle pu voir la lune, s'il y avait des nuages ?! Elle se frapperait si elle le pouvait encore, mais mieux vaut remettre ça a plus tard.
Une présence chaude et rassurante vient alors se frotter contre elle. Hollis. Est-ce qu'il pourra faire quelque chose ? Rien n'est moins certain. Mais Gaëlle est heureuse qu'il soit là, qu'il ne l'ait pas abandonnée pour son aventure, elle est heureuse qu'il soit resté.

Elle se sent étonnamment bien. Oh, elle a affreusement mal, c'est certain. Elle ignore si elle pourra se relever, maintenant ou plus tard. Mais elle est là, allongée au sol, vide, elle est là et elle contemple le ciel dans son grand calme, le ciel dégagé.
Le ciel sans étoiles.

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