Chapitre 20 - Le départ

Par Gabhany
Notes de l’auteur : Retour du côté de Oksa/Lexa et de Kiaraan. Je ne suis pas satisfaite de ce chapitre, je prends toutes les remarques, bonnes ou mauvaises, pour l'améliorer car j'ai du mal à repérer ce qui ne va pas ! Bonne lecture

Ils étaient partis depuis deux heures. Sans Rodrik, sans Pier, ils ne savaient trop qui devait commander, alors ils marchaient en groupe, se consultant régulièrement sur la direction à suivre. Ils rentraient chez eux. La plupart ne parvenaient pas encore à y croire, pourtant, à mesure qu’ils s’éloignaient de Nevadis, les cœurs se faisaient plus légers. Cependant, les Ursi se tenaient encore sur leurs gardes. Un éclaireur avait été désigné, sans qu’il ne leur signale rien pour le moment. Oksa marchait en silence, aux côtés de sa sœur, un peu en arrière du groupe. Elle se sentait incommodée, et peinée, par les regards furtifs, parfois suspicieux, que ses compagnons jetaient à sa sœur. Elle ne pouvait les en blâmer, cependant. Elle-même avait été surprise de son changement d’apparence. Ses cheveux courts faisaient ressortir les courbes de son visage, mais les rendaient plus dures aussi. Oksa se demandait ce qui avait motivé cette transformation. Elle ne ressemblait plus à celle qu’elle avait été. Etait-ce un rite de passage chez les Lupus ? Car Oksa ne pouvait ignorer qu’elle ressemblait plus à Lyria qu’à leur propre mère. À la dérobée, elle jeta un regard à sa sœur. Avant, elle aurait su voir ce qui se passait en elle. Aujourd’hui, elle ne pouvait que deviner ce que masquait son visage fermé et ses mâchoires crispées. Elle marchait en regardant droit devant elle, indifférente à ce qui se passait autour.

Attristée de constater qu’elle ne savait pas quoi lui dire, Oksa se détourna et promena son regard aux alentours. Le soleil avait commencé à réchauffer l’atmosphère, à libérer les parfums et les cœurs. Les hommes souriaient, leurs voix se faisaient volubiles, fortes et insouciantes, comme elles ne l’avaient pas été depuis leur départ de Long’Ombre. Telle une fausse note dans l’harmonie d’un chant, Oksa sonnait faux. Elle ne parvenait pas à se réjouir. Ses pensées étaient dirigées vers Kiaraan. Bien que son amie ne soit pas seule, Oksa ne pouvait se départir de son inquiétude. Depuis toutes ces années qu’elles se connaissaient, un équilibre instinctif s’était installé entre elles deux. Kiaraan l’emmenait vers ce qu’elle n’aurait jamais fait toute seule, partageant son énergie, son audace et son inépuisable créativité, surtout en ce qui concernait les ennuis. Tandis qu’elle lui servait de garde-fou, la poussait à réfléchir et à garder la tête froide. Elles étaient complémentaires, et Oksa se sentait privée de l’influence de Kiaraan, en plus d’être privée de sa présence.

La jeune fille fit la moue et poussa un long soupir. Elle n’était pas près de revoir Kiaraan, alors elle allait devoir s’habituer à ce sentiment.

- Ça va ? souffla Lexa à côté d’elle.

- Oui, oui. Je m’inquiète pour Kiaraan, c’est tout.

- Je comprends. Vous avez l’air d’être très liées, je suis navrée que tu n’aies pas pu partir avec elle.

- C’est ma meilleure amie. Mais tu le sais, ça. Elle l’était déjà avant que tu disparaisses.

Lexa baissa les yeux et resta silencieuse. Oksa décela sur ses traits, avant qu’elle ne se reprenne, une expression meurtrie qui lui fit mal. Elle n’avait pas voulu la blesser. Elle soupira à nouveau. C’était si difficile, aujourd’hui, de parler à sa sœur !

- Alors, finit par lancer Oksa, tu … tu t’es fait des amis, là-bas, chez les Lupus ?

Lexa la regarda d’un air surpris – et un peu moqueur, lui semblait-il.

- Non. Pas vraiment. Ce n’était pas évident de s’intégrer, en fait.

- Pourquoi ? Tu n’avais pas le droit de te mêler à la vie quotidienne à cause de … c’est de la discrimination !

- Mais non. Ce n’est pas ça. Une fois que Lyria m’a autorisée à rester, j’avais les mêmes droits que les autres. Mais je ne maîtrisais pas les codes, les références, ce n’était pas mon environnement, tout me paraissait irréel. Je me sentais tellement en décalage que je ne comprenais pas grand-chose, au début. Et puis, j’avais l’impression… enfin, c’était moi qui… je n’avais pas envie de me mêler aux autres. C’était trop douloureux.

- Je comprends, dit Oksa à mi-voix après un silence.

Les deux sœurs échangèrent un sourire. Pour la première fois depuis longtemps, elles s’étaient comprises.

- Dis-moi, reprit Lexa un moment plus tard. Comment vont nos parents ? Je ne pense qu’à ça depuis que nous sommes parties. Comment vont-ils réagir ? Est-ce qu’ils seront heureux de me revoir ? Et Hansen ? Qu’est-ce que je vais lui dire ?

Lexa se tordait les mains d’angoisse.

- Nos parents vont… bien, en tout cas ils sont en bonne santé. Papa a arrêté de travailler il y a quelques semaines, il est content de ne plus aller à la mine. Maman en revanche travaille deux fois plus depuis… elle dit que c’est grâce à ça qu’elle ne vieillit pas. Mais elle sourit rarement, maintenant.

Oksa resta silencieuse un instant, les yeux dans le vague.

- Je pense que… ils vont t’accueillir comme l’enfant prodigue que tu as toujours été. En public, du moins. Ton retour va rendre le sourire à Maman. Et pour le reste… je ne sais pas. Je pense qu’ils auront du mal à comprendre…

- Et Hansen ?

- Alors là, ma vieille, autant les parents, ça me concerne, mais avec ton mari, je ne peux pas t’aider !

- Dis-moi au moins comment il est depuis…mon départ.

- Tu la veux décorée ou brute, la vérité ? fit Oksa avec un sourire acide.

- À ce point-là ?

- Il … Quelques jours à peine avant que je parte avec les Chasseurs, je l’ai vu sangloter au beau milieu de la Clairière, parce qu’il venait de récupérer un de tes vêtements chez la tisseuse. Ce n’est pas pour te faire culpabiliser encore plus, mais… il ne s’est pas remis de ta disparition. Je ne sais pas du tout comment il va réagir.

Oksa se tut quelques instants, puis reprit :

- Comme tu n’as pas été déclarée officiellement perdue, vous êtes toujours appariés, selon nos lois.

Du coin de l’œil, elle vit Lexa pâlir et prendre sa tête dans ses mains. Oksa était persuadée qu’elle songeait, tout comme elle-même, à la scène qui s’était déroulée entre sa sœur et Rodrik au moment du départ. Mais elle se reprit rapidement et son visage se ferma de nouveau.

- Et que disent les lois quand l’un des deux appariés appartient à un clan différent ? ricana Lexa. Cela va créer un sacré problème, tu ne crois pas ?

- Alors ça y est ? Tu as choisi ton clan ?

- Je n’ai rien choisi du tout, répliqua-t-elle brusquement. J’essaye simplement de m’adapter à ce que je suis devenue. Je n’ai pas d’autre solution.

Oksa dévisagea sa sœur d’un regard scrutateur mais ne dit rien. Lexa esquissa une moue désabusée. Les deux sœurs continuèrent à marcher en silence, le visage de Lexa s’assombrissant à mesure qu’ils approchaient de Long’Ombre. Oksa observa ses yeux anxieux, ses traits déterminés, ses épaules tendues. Elle soupira, avec l’impression de se jeter dans les bras d’ennuis bien plus épineux que ceux qu’ils laissaient derrière eux.

*

Un silence incertain, rempli de questions et d’hésitations, reliait le petit groupe. Au début, la descente à travers la forêt, les ronces et les halliers plein d’épines avait requis toute leur concentration. Aucun d’eux ne pensait à faire la conversation. Rodrik et Kiaraan, totalement désorientés, n’avaient pu que suivre les deux Lupus. Malgré la fraîcheur du matin, les deux Ursi étaient en nage. Essoufflé, Rodrik grommelait indistinctement dans sa barbe en jetant des regards plein d’animosité aux Lupus qui eux, louvoyaient tranquillement entre les troncs, l’air aussi frais que la première rosée.

Aussi, quand les arbres s’espacèrent et que la pente se fit moins raide, Rodrik, comme Kiaraan, poussa un soupir de soulagement. Quelques mètres plus loin, la forêt s’arrêta brusquement, et ils débouchèrent sur un large plateau herbeux, désert. Une grande chaîne de montagnes se dressait au loin devant eux. Kiaraan et Rodrik s’arrêtèrent quelques instants, les yeux écarquillés. Aucun d’eux n’avait jamais contemplé quelque chose d’aussi dégagé, d’aussi nu. Loin sur leur droite, les pans des montagnes se resserraient sur une forêt dense tandis qu’à gauche,  la roche laissait la place à une grande étendue d’herbes hautes ondoyant sous une brise légère. Aucune vie autre que les leurs. Aucune trace humane pour s’immiscer dans le spectacle de la nature omniprésente. Pour la première fois depuis leur départ, Kiaraan sourit. Cependant, le poids qu’elle ressentait dans la poitrine s’intensifia. La séparation avait été rude. Oksa n’était plus là pour faire barrage à ses doutes et à sa culpabilité. Elle s’ébroua brutalement. Il fallait juste qu’elle continue. Qu’elle franchisse ce pas qui l’éloignait encore plus de sa sœur. Car c’était pour la bonne cause. Quand elle reviendrait à Long’Ombre, saine et sauve, tout serait pardonné.

Largo et Lorel s’étaient arrêtés quelques mètres devant eux et se désaltéraient, buvant à petites gorgées au goulot d’une outre de cuir. Avec sa grâce un peu étrange, Lorel leur fit signe de les rejoindre. Kiaraan se demandait comment elle savait où diriger son geste. Elle se promit de lui poser la question.

- Nous sommes dans la vallée de Samarra, c’est beau, n’est-ce-pas ? Vous sentez tous ces parfums de fleurs?

- Quels parfums ? Je ne sens rien, s’étonna Kiaraan.

- C’est drôle… cette vallée est imprégnée de l’odeur du pavot et des bleuets. Regarde bien, il y en a partout ! Tu ne les sens pas ?

Kiaraan inspira une grande bouffée d’air vivifiant, mais parfaitement inodore pour elle.

- Non, du tout. Attends, j’en vois une.

Kiaraan fit quelques pas et alla cueillir une fleur d’un bleu tendre, aux pétales triangulaires et ciselées. Elle l’approcha de son nez, mais aucune odeur fleurie ne vint emplir ses narines. Elle allait la jeter quand Lorel, d’un geste d’une précision fulgurante, la lui prit des mains.

- Mais … souffla Kiaraan éberluée, comment …

- Je te l’ai dit, je les sens. Et je t’entends bouger. Ma cécité n’est pas le handicap insurmontable que les autres voient. J’ai appris à vivre avec et à m’adapter. Parfois, j’ai même l’impression que je vois mieux que vous.

Sur un sourire sibyllin, Lorel se détourna, laissant Kiaraan confuse.

 

- Vous devriez vérifier vos paquetages , intervint Largo en leur jetant un coup d’œil. Cette vallée est grande, ce sera la première étape de notre périple. Nous allons faire une halte ici avant de repartir. Nous ne pourrons pas nous ravitailler, rien ne pousse ici, et il n’y a aucune source d’eau.

- Si je ne me trompe pas, cette vallée conduit sur le territoire des Felids… Est-ce qu’ils nous laisseront passer ? Nous n’avons que très peu d’échanges avec eux, je ne sais pas comment ils réagiront.

Largo dévisagea l’Ursi.

- C’est là que nous allons. J’ai un sauf-conduit de la main de Lyria. Nous nous rendons à la Griffe, leur village. De là, nous pourrons accéder au Col de Dun et passer de l’autre côté du massif de l’Uzum où nous nous trouvons.

Lorel se racla la gorge bruyamment, et le jeune homme ajouta :

- Sauf si tu as une autre suggestion …

Les deux hommes se mesurèrent du regard un bref instant.

- Non. Mais la route est longue jusqu’au Lac Hanté, et il nous faudra en plus le contourner.

Largo plissa les yeux et soupira imperceptiblement. Puis, en roulant des épaules, il fit tomber son paquetage à ses pieds et s’accroupit pour y fouiller. Il en sortit un grand morceau de vélin  épais qu’il déroula à leurs pieds. Intriguée, Kiaraan s’agenouilla et contempla la carte avec de grands yeux. Elle sentit ses joues chauffer. Elle ignorait encore tant de choses sur leur pays ! Sans quitter la carte du regard, elle s’efforça d’écouter ce que disait Largo.

- …et donc, si nous empruntons la rivière Ithil, nous pourrons descendre son cours jusqu’au Lac Hanté, ce qui nous permettra d’éviter les postes de garde du Marmur.

Son doigt suivit un trait qui partait de la montagne la plus au nord, pour rejoindre, en bas à droite de la carte, un cercle sur lequel on avait repassé plusieurs fois. Dézdirim. Comme le voyage paraissait facile, dessiné sur cette carte ! Mais en regardant autour elle, Kiaraan se demandait s’il serait si aisé d’arriver jusqu’au bout. Le règne de la Mère, toute puissante et omniprésente, la faisait se sentir toute petite. Est-ce qu’Elle les laisserait parvenir à leur destination ? Les yeux de Kiaraan revinrent sur le nom inscrit en tout petit sur le vélin. Elle s’efforça de se représenter le trajet, même si elle n’avait aucune idée des distances. Combien de temps cela leur prendrait-il ? Qu’allaient-ils rencontrer pendant ce périple ? Kiaraan se sentait prête à tout affronter, pourvu qu’ils arrivent à leur destination.

- Et ensuite ? continua Rodrik. Tu comptes nous faire traverser le Lac Hanté ?

- Si besoin est, oui. J’ai entendu toutes sortes de rumeurs sur ce lac, mais je ne sais pas jusqu’à quel point elles sont vraies.

- Et moi, j’ai entendu plus que des rumeurs, assura Rodrik. J’ai entendu dire que les pêcheurs qui vont sur le lac ne reviennent jamais. On ne retrouve que leur barque, vide.

- Des rumeurs, donc.

- Je les ai entendues aussi, intervint Kiaraan par solidarité.

- Bien sûr, railla Largo, car c’est le genre d’histoires qu’on raconte au feu de camp, pour donner le frisson aux villageois confortablement installés, en sécurité. Des histoires qui font peur, pour faire trembler les filles.

Le Lupus esquissa un sourire goguenard. Haïssant la lueur moqueuse dans son regard, Kiaraan resta coite quelques secondes, ne sachant quoi répondre.

- On dirait que tu les connais bien, ces histoires. Peut-être parce que c’est toi qu’elles ont fait trembler ?

Le sourire de Largo s’accentua, et ses yeux se plissèrent.

- Mais c’est qu’on se défend bien ! Un peu trop bien même, tu n’aurais pas quelque chose à cacher ?

Kiaraan ouvrit la bouche pour répliquer, mais elle n’en eut pas le temps.

- Donc … intervint Lorel. Une fois au Lac Hanté, soit il est possible de le traverser, soit nous le contournons par le nord. Ensuite on remonte en bateau et on suit la rivière jusqu’à Dézdirim. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Rodrik garda le silence tout en examinant la carte. Kiaraan fit de même, espérant cacher ses lacunes en matière de géographie. Le chemin vers les Plaines sous le Vent, au sud, leur était barré par l’Epine de Brume, une grande faille qui coupait la région en deux et qui remontait presque jusqu’à la rivière Ithil. Tout au Nord, le Marmur, frontière naturelle entre le territoire des Clans prédateurs et le reste du pays, leur interdisait le passage. Les membres des Clans prédateurs n’avaient pas le droit de franchir cette limite. Au-delà du Marmur s’étendaient des plaines et des forêts qui étaient l’habitat des Clans mineurs.

- J’en pense que c’est la seule route possible pour nous, si nous voulons passer inaperçus, finit par dire Rodrik.

- Combien de temps nous faudra-t-il pour atteindre Dézdirim ? s’enquit Kiaraan.

- Si tout va bien, un peu moins de deux semaines. Nous avons des vivres pour quelques jours, réparties dans nos sacs, mais il nous faudra sûrement chasser en route.

- Chasser ? Vous mangez les Purs ? s’étonna Kiaraan.

Largo et Lorel penchèrent tous deux la tête sur le côté et arborèrent la même mimique déroutée.

- Eh bien… oui, évidemment. Pas vous ? Vous ne mangez jamais de viande ?

- Non.

- Mais … pourquoi ? demanda Lorel

Kiaraan et Rodrik échangèrent un regard circonspect.

- Parce que nous n’en ressentons pas le besoin. La Mère nous fournit tout ce qu’il nous faut, et nous apprend à ne pas exister aux dépens des autres espèces.

- Mais … encore plus sous la Mue, c’est dans l’ordre des choses ! Que ce soit sous notre enveloppe humane ou animale, nous sommes des prédateurs.

- Non. Nous ne sommes pas que ça. En tout cas, c’est ce que nous, nous pensons.

- Mais… la Mue fait partie de nous, ce que nous sommes. Nous sommes autant animaux qu’humans.

- Oui, je connais cette…vision des choses, répondit Rodrik avec un léger sourire. Chacun a le droit d’avoir ses propres croyances, n’est-ce-pas ?

- Tout à fait ! conclut Lorel gaiement. Cela laisse entrevoir d’intéressantes discussions pour égayer notre route !

- En parlant de route, nous devrions repartir, fit Largo en empoignant son sac. Voyons si vos pieds bougent aussi vite que vos langues !

Tout en s’engageant dans les pas de Largo, Kiaraan retint un soupir et leva les yeux au ciel. Toutes ces histoires autour de la Mue, leurs différentes croyances, l’intéressaient au plus haut point. Cela lui donnait un autre éclairage sur son propre cas. La façon dont les Lupus vivaient la Mue était fascinante. Rien que le fait qu’ils aient une autre vision des transformations qui affectaient leur espèce était captivant. Cela signifiait que ce qu’on avait appris à Kiaraan, pendant toute son enfance, n’était pas forcément l’entière vérité. On lui avait enseigné que la Mue était la réponse inexorable de la Mère aux faiblesses de leur espèce, une espèce de châtiment divin, une dette que leur espèce toute entière devait à la Mère. Aujourd’hui, ses certitudes vacillaient. C’était le cas depuis son arrivée chez les Lupus, d’ailleurs. S’il était possible de vivre la Mue autrement, peut-être que ce qui lui arrivait à elle n’était pas si impossible et anormal que cela ? Peut-être d’ailleurs que parmi les Lupus, ce genre de capacités était répandu ? Elle avait l’impression que son esprit s’élevait au dessus d’un nuage d’angoisse et de tourments. Elle inspira profondément, soulagée d’avoir trouvé une façon plus satisfaisante, plus en accord avec elle-même, d’envisager ce sujet.

Ses pensées de nouveau en harmonie, elle releva le nez de ses pieds et contempla la vallée autour d’elle. Elle avait ralenti sans s’en rendre compte, et les hautes herbes, sous les pas de ses compagnons, s’étaient couchées, formant des sillons plus clairs sur le sol. Tout en accélérant l’allure, Kiaraan distingua une myriade de petites fleurs bleues, dissimulées sous les épis qui formaient la crête des herbes folles. Certaines lui arrivaient à mi-cuisse, mais elles étaient légères et souples et lui cédaient le passage sans protester. La jeune Ursi y laissa courir ses mains, les pointes des tiges lui chatouillant la paume. De chaque côté de son corps, le tapis vert ondoyait, comme animé par une brise invisible. Tout était tranquille, et Kiaraan ne put s’empêcher de déceler, dans cette image de sérénité, une réponse à ses questions. Tout comme les petites fleurs cachées parmi les herbes folles, qui finiraient par teinter de bleu toute la vallée, la vérité finirait par s’élever.

 

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Tac
Posté le 01/07/2020
Yo Gabhany !
Il faut que je me remette dans le bain de ton histoire, j'ai lu les coms des autres lectrices pour m'aider un peu et aussi voir s'il y avait des aspects que je n'avais pas vus, puisque tu dis n'être pas satisfaite de ton chapitre.
Personnellement je n'ai pas grand chose à dire, il ne m'a rien déclenché de virulent (que ce soit en positif ou en négatif). Il m'a fait l'effet d'une respiration, et j'ai bien aimé le pdv de Kiaraan, qui m'a semblé assez rafraîchissant.
Bon, évidemment, j'ai relevé certains trucs qui m'ont fait tiquer, mais c'est plus sur la forme que véritableemnt du fond :
Dans la forme, j’ai trouvé que tu allais trop dans l’explicite, si bien que je trouve que le chapitre manque de subtilité, de finesse, notamment ces phrases m’ont paru de trop ou un peu « tractopelles » : Oksa se détourna et promena son regard aux alentours. ; Telle une fausse note dans l’harmonie d’un chant, Oksa sonnait faux. ; Elle ne parvenait pas à se réjouir. ; C’était si difficile, aujourd’hui, de parler à sa sœur ! ; Pour la première fois depuis longtemps, elles s’étaient comprises.
Tes personnages soupirent tout le temps (mais c’est pas que dans ce chapitre) et je pense que tu n’as pas besoin de le préciser à chaque fois, je trouve que ça fait vite lourd (ex Elle soupira, avec l’impression de se jeter dans les bras d’ennuis bien plus épineux que ceux qu’ils laissaient derrière eux : le soupir se ressent avec ce qui vient ensuite, je trouve)
La scène avec Lorel : c’est une préparation pour quelque chose qui viendra plus tard, j’imagine ? Car ça m’a semblé assez cliché (j’ai un sens en moins donc les autres sont décuplés, et vazy que je t’en fais la démonstration dans une grande leçon d’humilité – même si Renarde a raison, le manque de réactivité de Kiaraan par rapport à sa propre insensibilité est assez bizarre) et, tu l’auras compris dans ma parenthèse (qui grossit le trait, hein), j’ai trouvé que la façon dont c’était écrit manquait de subtilité et de délicatesse.
Clan mineur/clan prédateur… je me serais attendue à une autre appellation pour les clans mineurs, car c’est pas vraiment une opposition, mineur/prédateur.
Cela dit je trouve ça très cool d’en apprendre un peu plus sur le monde et justement je me demandais s’il n’y avait que des Mues avec des prédateurs ; j’espère qu’on en apprendra bientôt sur l’histoire de ce monde (comment ils en sont arrivés à décider que tous les prédateurs resteraient dans leur coin, comment ça a été accepté par les différents clans etc). Comme l’a souligné Makara tu peux peut être te calmer dans tous les noms géographiques, ça a aussi le désavantage de noyer (selon moi) les infos vriament importantes. Surtout que si Kiaraan est nulle en gréographie, ben..à nous décrire la carte comme elle le fait, j’ai du mal à y croire. Ç’aurait été plus crédible qu’elle ait du mal à comprendre la carte et à la déchiffrer.
« Tout en s’engageant dans les pas de Largo, Kiaraan retint un soupir et leva les yeux au ciel. Toutes ces histoires autour de la Mue, leurs différentes croyances, l’intéressaient au plus haut point » : la seconde phrase est inattendue étant donné la première…
Enfin, je suis d’accord avec Arabella sur l’aspect discrimination, qui semble un peu hors de propos et, outre les arguments d’Arabella, j’ajouterais que quand Oksa en parle, elle m’a semblé vraiment sauter aux conclusions car sa sœur ne lui a rien dit, en fait. Ça m’a donné un peu la sensation que tu voulais absolument caser le mot et le quiproquo. Autrement, j’ai trouvé assez touchante la conversation entre les deux sœurs ; en dépit de la forme qui m’a relativement peu convaincue, le fond transmet bien la maladresse qu’elles ont à communiquer.
Je n’ai rien de très fondamental qui ferait que je comprendrais ton insatisfaction liée à ce chapitre… des fois on est juste insatisfaite et puis c’est tout, j’imagine :’)
Plein de bisous !
Renarde
Posté le 11/06/2020
Coucou Gabhany,

Bon, je rejoins la team "je ne vois pas de gros problème en particulier"... J'ai l'impression que la fin de ton chapitre est plus fluide et se lit mieux que le début, sans pour autant y trouver quelque chose de rédhibitoire.

Alors la géographie, ce n'est pas mon truc. Mais cela n'a rien à voir avec ton texte ! Cela me fait pareil pour toutes les œuvres, je fais partie des lecteurs qui ne regardent pas les cartes et lisent ce type de passage en diagonale. Je suis une ancienne traumatisée des cours de géo, je crois XD.

Il y a juste une chose qui m'a dérangée : Kiaraan n'a l'air de plus rien sentir (j'ai pensé tout de suite "elle a le covid19 !", ça devient grave...) mais cela ne l'affole pas plus que ça. Perso, j'aurais un peu paniqué à sa place. Là elle est juste en mode "ah, je sens rien, ok". Je trouve ça un peu léger comme réaction.

J'aime également beaucoup les différentes interprétations de la Mue. Tu penses bien que ça me parle ;-)

Et même si je ne suis pas fan de géo, j'ai hâte de voir ce fameux lac !

à bientôt !
Gabhany
Posté le 21/06/2020
Coucou Renarde ! Merci pour ton avis, je suis rassurée, l'avis général est plutôt positif ! Je note pour le côté trop "cours de géo", je pense que je verrai comment rendre ça plus digeste à la réécriture. Pour Kiaraan en fait je voulais mettre l'accent sur les sens exacerbés de Lorel et non pas sur le fait que K ne sente rien, ce qui n'est pas le cas ^^
Ah bon, ça te parle le passage sur la Mue ? ça m'étonne beaucoup XD ;)
Merci de ton passage et à bientôt !
Arabella
Posté le 31/05/2020
Coucou Gabhany ! me revoilà

Alors comme Makara je te trouve dure avec ton chapitre qui est très bien, nous permet de souffler après beaucoup d’aventures et révélations. J’adore ces moments de « voyages » et cela est très agréable. D’ailleurs tes descriptions de la plaine et de la montagne sont super (notamment avec le dialogue sur les parfums !)

Je trouve que le regard porté par Oksa sur sa sœur est très intéressant et bien fait. Décrire Lexa à travers son regard de sœur rend le portrait touchant ! de même j’aime beaucoup la relation Kiaraan/Oksa ! (pour Lexa : j'ai un peu tremblé en songeant à son mari..trop triste)

Je trouve en revanche (contrairement à Makara) que cette géographie de l’appel de la Mère est super ! On a très envie de découvrir ces espaces, ce lac…on est très intrigués par ces mythes, on perçoit une géographie physique et une géographie mentale de ton monde, cela donne beaucoup de profondeur au récit.

D’ailleurs (désolée mon commentaire est en joyeux bord*l) j’ai beaucoup aimé également toute cette fin sur la nourriture, sur le rapport à la Mue ! J’ai tellement hâte d’en apprendre plus !

Des bisous :)

Quelques petites remarques :
- Peut-être qu’il serait plus agréable pour le lecteur de faire des paragraphes plus fins, moins long.
-Un éclaireur avait été désigné, sans qu’il ne leur signale rien pour le moment. ==> peut etre que la phrase est un peu maladroite. « Un éclaireur désigné ne distinguait rien à l’horizon. »
- Pourquoi ? Tu n’avais pas le droit de te mêler à la vie quotidienne à cause de … c’est de la discrimination ! ==> l’idée de discrimination ne me semble pas convenir ici, cela fait un peu anachronique. Même si ton monde est complètement fictionnel, je ne les vois pas parler de discrimination. Je dirais même que cela me semble logique qu’elle ait des difficultés à s’acclimater. De même la réponse de Lexa me semble un peu trop « moderne ». Peut -être pourrais-tu utiliser plus des termes « claniques » genre « je ne suis pas du même sang », « pas les mêmes traditions », « je reste une étrangère ».
-Rodrik, comme Kiaraan, poussa un soupir de soulagement ==> poussèrent ?
Gabhany
Posté le 04/06/2020
Coucou Arabella ! Merci de ton passage ! Je suis rassurée de voir que finalement ce chapitre n'est aps si mal. Comme je disais à Makara, c'est plus au niveau des interactions entre les persos que j'ai eu du mal, donc je suis contente si ça te paraît fonctionner ! Toute la partie avec Oksa et Lexa a été difficile à doser justement. Et je note que toi ça ne te gêne pas l'enumération de leurs étapes de voyage, tant mieux !
Merci pour les remarques et ta lecture <3 Plein de bisous ma belle !
Makara
Posté le 29/05/2020
Me revoilà pour la suite !
Alors , je te trouve bien dure avec ce chapitre ! Il est très bien !
Oui, il n'y a pas d'action ou de rebondissements mais ce n'est pas grave ! On souffle car il me semble que les trois derniers en étaient pas mal dotés ?
Toute la première partie était très intéressante avec le dialogue entre Oksa et sa soeur, j'étais même un peu frustrée qu'on les laisse car j'avais envie de lire directement les retrouvailles ! Ils vont être choqués de la revoir^^!!!
La deuxième partie sur le Kiaran se lit très bien. On sent le début de l'aventure pour le groupe, la place de la nature, les différences d'opinions... Tout est bien écrit. Après tu as placé pas mal de noms de lieux, j'avais l'impression que tu voulais rentabiliser ta carte dessinée XD. Je pense que tu peux réduire !
Bon j'attendais un plus grand rapprochement entre Largo et Kiaraan maintenant :p
Le dernier paragraphe est très poétique, j'adore <3
Allez oust, va écrire la suite !
Bisous volants !
Gabhany
Posté le 04/06/2020
Merci merci merci pour ton avis ma poulette <3 ça me rassure. En effet les trois derniers chapitres étaient riches en action, celui ci ne l'est pas, mais c'est plus au niveau des relations entre les personnages que j'avais l'impression de sonner faux.
Oui la pauvre Lexa est sur des charbons ardents ...
Mais tout à fait je voulais rentabiliser ma carte, si j'avais pu la placer au milieu j'aurais été ravie XD je verrai pour réduire et replacer à un autre endroit à la limite. Mais il me semblait importer de montrer, alors qu'ils viennent juste de partir, quel périple serait le leur.
Ahaha pour K et L, ça viendra en temps voulu ^^ LA suite est en cours =D
Plein de bisous !
Vous lisez