Chapitre 2 : Présentation

Par Kieren

Je ne vous dirai pas mon nom.

Pourquoi ? Déjà parce que je n 'en ai pas envie. Est-ce que vous m'avez donné le vôtre, vous ?

 

De toute façon, qu'est que c'est qu'un nom ?

Un son ? Une prophétie ? Quelque chose qui vous définit ? Un ami ? Ce qui vous rappelle votre caractère unique au monde ?

Un nom, c'est précieux.

 

Moi, j'ai perdu mon nom.

 

Je ne sais pas non plus quel âge j'ai. Cette fois-ci, je l'ai oublié. Je ne pensais pas à compter quand je vivais. Lorsque j'étais jeune, je ne pensais pas que cela aurait pu être important.

 

On peut dire que l'on est vieux quand vos amis quittent ce monde.

J'en ai perdu beaucoup avec le temps.

On peut dire que l'on vieillit lorsqu'on adopte un chiot pour ne pas se sentir seul.

On se sent encore plus vieux lorsqu'il commence à vous précéder dans la mort.

 

Actuellement, je vis avec mes moutons et ma chienne en haut de ma colline.

Il y a un village en bas, je leur vends de la laine, ils me vendent de la nourriture.

Je m'occupe de mon potager. Je produis des tomates, des pommes de terre, des groseilles, et d'autres trucs au fil des saisons.

La journée je garde mes bêtes, et je pêche, je fais mes exercices pour me maintenir en forme ; le soir j'écoute de la musique et je lis un livre devant la Lune.

Je m'ennuie un peu mais j'ai déjà connu pire. Alors je pars au village. Il y a une taverne, j'y bois quelques verres. Je discute avec les villageois. Des fois il y a des nouvelles têtes. Je parle peu.

 

Certaines nuits, je me réveille et je ne dors plus. Alors je sors, j'entasse du bois et je fais un feu. Des fois je lis. Des fois je regarde les flammes et les étincelles qui se mélangent aux étoiles. Ça me rappelle des souvenirs.

 

Certains jours, des marchands arrivent en ville. C'est rare.

Plus rare encore, certains viennent me dire bonjour en haut de ma colline.

Les nouvelles du monde extérieur me paraissent sans saveur en ce moment. Un arrière-goût de mélancolie me reste dans la gorge, mais je continue d'en prendre. La force de l'habitude.

 

Le monde change. Comment ne pourrait-il pas ?

Mais je n'y participe pas.

 

Le monde change sous la roue du temps. Il fond, puis il se cristallise et se solidifie, pour finir par fondre à nouveau.

Toujours d'une façon différente. Toujours pareil. Sans moi.

 

Jeune, je fendais l'air, la roche, la rouille et le temps. Je voulais laisser ma marque. Je l'ai laissée, sans me montrer.

J'ai changé le monde. Drastiquement. Bien plus que le paysan que je suis aujourd'hui !

Mais il fallait être discret pour le changer. Alors je suis parti, sans laisser de trace.

 

J'ai fendu le monde ! Mais personne ne m'a vu. C'était ma fierté à l'époque. C'est ma honte aujourd'hui.

Mais j'ai promis. Je ne dirai rien. Et je ne reviens jamais sur une promesse.

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Zoju
Posté le 23/05/2020
Salut ! Ta plume est vraiment agréable à lire. Ce passage est plus calme, plus mélancolique. Cela change du côté plus brute du premier chapitre et de la partie sur le nom de ce début de chapitre. J'aime bien la manière dont tu décris ses journées. La fin nous fait poser beaucoup de questions. Mine de rien, je commence déjà à m'attacher au personnage. En tout cas, je suis curieuse de connaitre la suite. Courage :-)
Kieren
Posté le 23/05/2020
Aaah.... Moi aussi je suis curieux de savoir la suite =)
Enfin... Dis toi bien que je peux être très dur à certains moments, comme très tendre. Et je ne préviendrai pas à l'avance.
Merci de me lire en tout cas =) Je suis content que ce début arrive à t'accrocher.
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