Chapitre 2 - Mystérieux Inconnu

Notes de l’auteur : Bonsoir ou bonjour à tous et à toutes !
J'espère que vous vous portez bien, moi, fort bien !

On se retrouve aujourd'hui pour la suite du Tombeau de Themeris !
Je suis vraiment contente de pouvoir partager cette histoire, car elle me tient énormément à coeur et j'espère avoir la motivation pour la continuer et la terminer.

Sur ce, bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire ^^

Pleins de bisous sur vous ♥

~~ Tetrixaz ~~

Les cadavres s'entassent un à un sur le sol coloré par le sang de toutes les âmes perdues. Ma respiration se fait haletante et irrégulière malgré tous mes efforts pour économiser mon énergie dans de faibles attaques. Je sens que tous les muscles de mon corps commencent à m'abandonner doucement à chacun de mes mouvements. Sur mes joues se mélangent ma sueur et mes larmes salées. Larmes qui ne cessent pas de couler depuis la chute de mon premier camarade.

J'en ai connu des douleurs épouvantables, mais celle de voir nos compagnons jonchés la plaine comme s'ils n'étaient plus rien me déchire le cœur. Ils donnent leur vie pour la patrie et c'est ainsi qu'ils sont remerciés, écrasés sans pitié, ni dignité. Je ravale ma rage difficilement et continue d'arpenter le champ de bataille pour tomber nez à nez avec l'homme que je cherche.

« — On se croise enfin, dis-je en empoignant fermement mon fer maculé de sang. C'est la fin pour ton armée et toi, je vais terminer ce massacre une bonne fois pour toute !

— Voyez-vous cela, répond-il en ricanant. Je t'attends. »

Il dégaine l'immense faux qui décore son dos pour donner un signal de départ à ce combat. Je recule par réflexe et prends une seconde pour examiner la scène. Le chef de l'armée Valaraukienne se tient devant moi, à cet instant précis. Son être et son aura dégagent un sentiment de mépris et d'égocentrisme. L'obscurité m'empêche de connaître son visage, même si ces cornes, imposantes, se démarquent du reste. Il me surplombe facilement de deux têtes et je suis loin d'avoir fière allure face à ce monstre. 

Les paroles du capitaine Rendhal me reviennent en mémoire. Cet homme n'a rien d'humain. Ses mains ont arraché la vie à des milliers de personnes, femmes et enfants. Il est le mal incarné et notre porte direct pour faire tomber son roi. Je haïs tous les êtres de son espèce, tous autant les uns que les autres. Ils m'ont arrachée ce que j'avais de plus chère et je ne pourrais jamais l'oublier.

« — C'est pour aujourd'hui ou demain ? s'agace-t-il. Restes encore immobile et ton cas sera bien plus rapide à expédier. »

Son impatience m'arrache un râle d'énervement et je fonds sur lui comme une flèche. Je tente une première attaque de front, mais il la pare aisément en étirant un sourire satisfait. Je souffle exaspéré d'être prise pour une moins que rien et réitère mon coup avec plus de puissance. Cependant, il pare à nouveau en me narguant. Je suis agacée par tant de condescendance et laisse la rage m'emporter.

Mes attaques se font plus violentes et rapides. Malheureusement, idiote que je suis, la fatigue finit par prendre le dessus et mon ennemi profite de cette absence pour venir trancher mon flanc gauche avec sa faux. Un cri de douleur s'échappe de ma gorge me faisant lâcher mon arme. Mes jambes s'affaissent ne pouvant plus tenir et les larmes coulent abondamment sur mes joues. Est-ce ainsi que se termine mon histoire ? Est-ce ainsi que je te rejoins père ?

« — Je ferais savoir que tu t'es battue bravement, Rùmil, annonce-t-il avant de me décapiter. »

Dans un crie de terreur, je me redresse le front suant et le cœur battant à mille à l'heure. Je porte mes mains à mon visage pour tenter de me calmer, mais cela est vain. Ce même cauchemar me hante depuis plusieurs nuits maintenant et je n'en dors plus.

Un sursaut me prend lorsqu'une main rentre en contact avec mon épaule dénudé. Dans un coup d'œil discret, je reconnais Barlen et les souvenirs de la veille me reviennent trop rapidement en tête. Après avoir insisté toute la semaine comme un forcené pour qu'on discute tranquillement autour d'une chope de bière, j'ai fini par accepter sa proposition.

Je m'y suis rendue à contre-cœur me disant qu'il me laisserait en paix lorsqu'on aurait mis les points sur les - i -. Cependant, il a passé toute la soirée à me demander pardon et de lui octroyer une seconde chance. Sous les effets de l'alcool, et peut-être aussi parce que j'étais totalement désespérée, j'ai lâché prise et lui ai offert ce qu'il désirait. Seulement, je regrette amèrement cette décision. Je n'aurais jamais dû me laisser aller la veille du concours. Quelle abrutie je fais.

« — Tout va bien Rùmil...? me demande-t-il inquiet.

— Oui, seulement un mauvais rêve. »

Il m'attire doucement contre lui dans le but de me réconforter et me calmer. Il y a quelques années en arrière, je me serais sentie à l'aise et en sécurité, mais ce n'est plus le cas à présent. J'essaye pourtant, j'essaye de passer outre sa tromperie. Malheureusement, c'est bien trop dur pour moi. L'angoisse et la peur qu'il recommence me tord l'estomac d'une douleur indéfinissable.

« — C'était une mauvaise idée Barlen, je n'arrive pas à faire comme si il ne s'était jamais rien produit. C'est au-dessus de mes forces, dis-je d'une voix faible.

— Hier soir, tu m'as dit...

— Hier soir, j'étais sous l'emprise de l'alcool et... Et j'étais désespérément seule ! je le coupe avant qu'il retourne mes paroles contre moi-même.

— Désespérée ?

— Tu ne peux comprendre, laisse tomber. Je vais rentrer chez moi. »

Je ramasse rapidement mes affaires et enfile simplement ma tunique. La nuit est encore bien noire, alors je ne risque pas de croiser qui que ce soit. Je m'éclipse rapidement avant que Barlen m'interrompre dans ma fuite.

Les rues de Pelendul sont vides, même pas un chat qui miaule ou un rat qui grignote des restes de nourriture. Le silence commence à être pesant après plusieurs ruelles aussi terrifiantes les unes que les autres. J'ai beau connaître la ville par cœur, elle n'est que angoisse durant la nuit.

Mes pieds sur les pierres froides me rappelle, enfant, lorsque je courais dans tous les sens pour échapper à mon père le vilain loup. Cette pensée me fait sourire bêtement. C'était un homme formidable prêt à tout pour sa famille. Je l'admire encore aujourd'hui. C'est pour cela que je suis ses traces. Je veux le rendre fier de mes exploits et de la femme que je suis devenue, même si pour le moment cela ne doit pas être le cas.

Je passe la grande porte familiale aux pas de l'oie. Ma mère est certainement en train de dormir et il ne faudrait pas que je la réveille. Dans la chambre, j'ôte m'a tunique et m'approche de ma petite bassine d'eau pour me rafraîchir et évaporer les derniers événements de mon esprit.

Mon visage se reflète dans le liquide transparent, mais ce dernier est flou comme mes sentiments. Je soupire ne sachant plus quoi penser de ma - relation - avec Barlen. Je l'ai aimé d'un amour passionné, mais il s'est brisé d'une manière tellement violente que recoller les morceaux me dépasse. Je pourrais totalement le faire, mais je n'ai pas envie de subir à nouveau la même déception. Cela m'oppresse bien plus que je ne l'aurais cru.

J'attrape une nouvelle tunique et m'en apprête. Je ferme le tiroir de la commode et en relevant la tête, je croise mon propre regard dans le miroir. Mes yeux noisettes sont inexpressifs et ne ressortent aucunement avec mes longs cheveux roux. Je tiens cette chevelure de ma mère et j'en suis vraiment fière. Je passe une main dedans en esquissant un léger sourire, mais mes yeux finissent par s'arrêter sur mes - tatouages -.

Depuis ma naissance, ma peau est marqué par des formes, tout juste plus foncé que mon épiderme, qui recouvrent la totalité de mon corps. Je ne sais pas ce que ces dessins signifient et pourquoi je les porte, mais je finirais par y trouver un sens.

En me dirigeant vers mon lit, j'aperçois le reflet d'une silhouette dans la vitre qui se tient derrière moi. Je soupire pensant que j'hallucine pour ne rien arranger à mon cas. Cependant, lorsque je regarde une nouvelle fois dans le reflet, la silhouette est toujours présente. J'attrape doucement le couteau déposé sur ma table de chevet et me tourne vivement vers l'intrus.

« — Sortez de l'ombre sans aucun geste brusque !

— Aucunement la peine d'en venir aux mains. »

Cette voix masculine m'est inconnue et suis d'autant plus méfiante. L'homme s'avance dans la lumière et je resserre mon emprise sur mon arme lorsque je peux le dévisager. C'est un Anrakon. Il est grand et plutôt imposant. Ses yeux d'un jaune vif, dont la sclère est noire, me transpercent comme des aiguilles. Son sourire en coin est davantage démarqué par sa peau grise. Cependant, un détail me titille, ces cornes sont tordues et s'échappent dangereusement de ses courts cheveux noirs comme si elles étaient prêtes à pourfendre quelqu'un. De plus, sa barbe mal taillée me laisse croire qu'il a passé un long moment sur la route. Ou qu'il a une mauvaise hygiène.

Je secoue fébrilement la tête pour sortir de mes pensées et me concentrer sur un problème plus important que sa propreté. Que fait-il ici ? Je n'avais jamais rencontré d'Anrakon auparavant et le sourire mesquin sur ses lèvres me fait davantage haïr son espèce. De plus, savoir que mon père est mort à cause d'un monstre tel que lui me met hors de moi.

« — Si vous comptiez assassiner quelqu'un pour faire passer un message, vous auriez dû mieux choisir votre cible ! je tente de lui faire peur, mais mes menaces l'amuse plus qu'autre chose.

— Qui a dit que j'étais ici pour vous assassiner ?

— Que feriez-vous ici autrement ? »

Le rire nerveux qui se déploie de sa gorge me rends perplexe.

« — C'est incroyable de voir à quel statut nous sommes rabaissés par chez vous. C'est vrai qu'il est bien plus facile de croire les histoires contées plutôt que de chercher la vérité par soi-même, son sourire disparaît pour laisser place à un regard de mépris. 

— Vos tentatives de manipulation ne fonctionnent pas sur moi. Je ne suis pas faible, je rétorque pensant qu'il tente d'embrouiller mon esprit.

— Laissez moi deviner, ils vous ont appris que nous étions les méchants monstres à anéantir à tout prix ? Comme c'est pathétique.

— Vous voudriez me faire croire que vous êtes les gentils certainement ?

— Non. Il n'y a ni méchant, ni gentil dans ce monde. Mon peuple a commis des crimes, comme le vôtre. À la différence que votre peuple rejette les siens sur le miens comme les autres pays pour ne pas assumer leurs erreurs.

— Je... Je ne comprends pas pourquoi vous me dites tout cela, et surtout à moi. »

Mon esprit commence à se brouiller et à traiter bien trop d'informations. Pourquoi m'avoir choisi moi pour discuter de cela ? Je suis dans l'incompréhension totale face à ce dangereux inconnu. Quoiqu'il advienne, je dois rester vigilante. Qui sait dont il est capable ? 

« — Je viens vous proposer un marché. Cela fait plusieurs jours que je vous espionne, vous et vos semblables, dans le but de... Comment dire... Faire la paix ?

— Faire la paix ? un ricanement s'échappe de ma gorge. Après toutes les horreurs que votre peuple a commis, vous osez demander la paix ? De plus, à moi ? Vous auriez dû aller voir le roi pour cela.

— Je me suis adressé à vous, car d'après mes recherches, vous sembliez être la plus sensée de votre peuple. La preuve, vous ne m'avez pas encore attaqué. »

Ses mots ne trouvent pas de sens dans ma tête. Qui est-il ? Que me veut-il ? Ses intentions m'inquiètent et savoir qu'il nous espionne depuis plusieurs jours, voir semaines, est un problème encore plus grave.

« — Qu'attendez-vous de moi démon ?

— J'ai cru comprendre que demain serait désigné le prochain chef de votre garde. J'ai donc cherché, qui parmi-vous, seraient les plus aptes et je suis resté sur un certain Barlen. Cependant, il me paraissait intellectuellement limité, alors je me suis rabattu sur vous. Ce que j'attends donc est très simple, je vous aiderai à écraser ce Barlen durant l'épreuve et en échange, vous m'aiderez à renouer des liens entre nos deux pays. »

De cette manière, ses intentions paraissent bonnes et saines, mais ce n'est qu'une façade. Il tente de me manipuler et je ne me laisserai pas faire.

« — Vous avez un certain talent d'éloquence, mais vos belles paroles de fonctionnent pas sur moi. Je sais ce que vous attendez de ce rapprochement, nous voler les parchemins qui mènent au Tombeau de Themeris. Navrée, mais vos ruses sont vaines. »

Je reste déterminée face à lui, mais une question me ronge. Qui est-il ? Certainement quelqu'un de haut placé qui doit pouvoir correspondre aisément avec son roi. Pour demander l'aide d'un futur chef de garde, il doit forcément être...

« — Vous... Vous êtes le démon de Valaraukar, mes membres se tétanisent lorsque ses mots sortent de ma bouche. »

Le responsable de mes cauchemars incessant se trouve juste devant moi. C'est cet homme qui me tue alors ? Un frisson d'effroi me parcourt de toute part et me paralyse. Je sais pertinemment qu'il ne s'agit que de rêve, mais voir mon bourreau de cette manière me perturbe au plus haut point. Pourquoi ne l'ai-je pas deviné plutôt ? Comment n'ai-je pas pu deviner que c'était le meurtrier de mon père ? La colère prend le dessus sur ma raison.

Ni une, ni deux, je lui saute dessus pour le planter à l'aide de mon couteau, mais il pare avec facilité mon coup. Il me maintient en bloquant mon propre bras dans mon dos. Je sens son souffle chaud caresser mon oreille, puis ma joue. Je frémis de dégoût et tente de me libérer.

« — Comme tu l'as si bien précisé, ton peuple est à la recherche du Tombeau. C'est pour cela que je suis ici, il relâche son emprise et poursuit. Si tu deviens chef, c'est toi qu'ils enverront pour récupérer les mystères que renferme le temple. Cependant, je viens te raisonner par avance espérant que tu raisonnes ton peuple par la même occasion.

— Me raisonner ? Vous voulez seulement récupérer les parchemins et les garder pour vous !

— Je connais déjà le contenu de ces parchemins, comme tout le reste de mon peuple.

— Foutaises ! Vous ne me manipulerez pas ! j'enrage intérieurement et tente de me contenir pour ne point réveiller ma mère. Partez à présent, lorsque l'on se croisera se sera pour tâter de nos fers et faire tomber votre tête.

— Soit. Restons ennemis alors. Je languis d'avance notre prochaine rencontre, Rùmil. »

Il s'évapore instantanément et je tombe dénue. Mon cerveau essaye de trouver un sens et une logique à ce qu'il vient de se produire, mais il n'y parvient pas. Cette soirée est la plus perturbante que je n'ai jamais connu. Barlen, puis lui. Lui... Dire que ses mots ont failli me faire douter un instant. Quelle idiote puis-je faire.

Je souffle et garde une seule chose en tête : notre prochaine rencontre sera sanglante.

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