Chapitre 2 : L'Hermine et la Herse

Par Mary

II

L’HERMINE ET LA HERSE

 

 

 

 

 

            Le soleil amorçait sa descente à l’ouest, voilé par de nombreux nuages apportés de l’océan, qui annonçaient sans aucun doute de la pluie pour la nuit. L’air était chargé d’une odeur acide d’algues séchées et de bois trop humide. Alban voyait la ville au loin, le bras d’eau à marée basse et les bateaux amarrés dans la baie ou le long des quais. Le vent lui arrivait en pleine face, le rire des mouettes était assourdissant.

            La route n’avait pas présenté de difficulté particulière, mais la marche lui avait donné chaud. Il ne s’était presque pas arrêté, juste un instant pour manger, et au bord d’un ruisseau pour se rafraîchir. Alban inspira à pleins poumons.

            En chemin, il avait eu tout le loisir de réfléchir aux révélations du Père Louis. Il savait qu’il avait raison. Il avait envie de partir depuis des années, mais à part le frustrer davantage, cette clé ne lui aurait été d’aucune utilité. Ce qu’elle ouvrait contenait toutes les réponses à ses questions, certes, mais il n’allait quand même pas essayer toutes les serrures qui lui tombaient sous la main. Il devait forcément y avoir autre chose.

            Alban resserra les doigts autour son sac, et reprit sa marche. La route devenait de plus en plus animée. Des voyageurs, des artisans croulants sous les marchandises, des familles à la recherche d’opportunités, tous se retrouvaient sur la large voie principale, qui menait à l’entrée de la ville. Il avait plu, la veille, et de profondes flaques boueuses entravaient le chemin.   

            Alban arriva aux portes de la cité. Plus il s’approchait, plus le bâtiment qui lui faisait face s’agrandissait. Il s’arrêta, en proie à un sentiment étrange, qui tenait à la fois de l’angoisse et de l’excitation. Il ne s’était jamais senti ni aussi libre, ni aussi perdu, mais l’instant était beau. La terre sous ses pieds, le murmure de la vie populaire, le vent chargé d’odeurs, la lueur dorée du soleil rasant sur la muraille, tout se réunissait en un émouvant tableau de fin d’été. Il contempla l’édifice devant lui. 

La Porte Saint-Vincent venait tout juste d’être achevée. En pierre de taille, elle était constituée d’une arche admirablement arrondie, surmontée de créneaux qui continuaient à gauche vers le sud, le long des nouveaux remparts. Il restait encore çà et là des traces du chantier, d’autant que des travaux supplémentaires étaient prévus, à en juger par les tas de remblais qui s’amoncelaient à côtés de longues poutres. Alban avait entendu parler des grands projets du roi Louis XIV, mais il ne s’attendait pas à quelque chose de cette envergure. La construction avait débuté des années auparavant, et on suivait son évolution jusqu’à Combourg. Maintenant, en 1710, les travaux étaient bien avancés et une fois terminés, Saint-Malo deviendrait une véritable citadelle, intimidante et imprenable. Alban observa plusieurs minutes la large tenture suspendue aux créneaux, aux couleurs de la ville, et les armoiries gravées au-dessus du passage.

            Il revint à lui lorsqu’on le bouscula par-derrière. Il s’écarta vivement pour laisser la place à un homme et sa mule chargée de plusieurs énormes sacs. Si l’animal avait l’air avenant, son maître semblait passablement de mauvaise humeur :

— Pousse-toi de là, gamin ! Tu vas pas rester ici à gober les mouches, non ? Y en a qui travaillent !

— Pardon ! s’exclama Alban. Je ne vous avais pas vu.

— T’es nouveau toi. La nouvelle porte, il y a tout le temps du monde. Soit tu rentres, soit tu sors, mais reste pas au milieu.

— Oui, euh… merci.

Il s’engouffra sous l’arche. L’homme maugréa dans sa barbe, et engagea sa mule à la suite.

Alban explora les premières rues. La ville avait tellement changé. Les marchands s’étalaient en devantures alléchantes, de petites venelles s’échappaient en tous sens des grands axes. Première chose à faire, retourner chez lui, mais pas ainsi, fatigué, les bottes crottées par la route, alors que la lumière ne tarderait pas à décliner. De toute façon, il n’avait reconnu aucun endroit. Il aurait pu demander, mais le brouhaha des habitants qui se croisaient commençait à embrouiller ses idées. Peut-être quelqu’un avait-il reconstruit une maison par-dessus, un commerce, comment savoir ? Il se souvenait d’un grand mur presque sans fenêtres en face de la boutique… Il chercherait demain, c’était le choix le plus raisonnable.

Alban traversa à grand-peine la place où s’érigeait la cathédrale, envahie de monde à cette heure-ci. Il avait désespérément besoin d’espace et de calme pour que son cerveau arrête de penser de façon aussi désordonnée. En évitant les travaux, il contourna le clocher pointu et arriva sur la plage, au nord. La marée avait remonté, poussé par de hautes vagues qui venaient s’étaler langoureusement sur le sable. Une nuée de petits oiseaux, qui voulaient sans doute débusquer leur repas du soir, s’aventuraient au bord de l’eau. À chaque fois que les vagues menaçaient de toucher leurs pattes, ils rebroussaient chemin à toute vitesse dans un même mouvement. Alban s’amusa un peu de leur manège, s’adossa à un rocher et posa enfin son bagage. Son regard se perdit à l’horizon, loin sur la mer, avant de revenir sur ses cicatrices.

Demain. Demain, il reverrait sa maison. Pas aujourd’hui, il en avait l’envie, mais pas encore le courage. Le plan était clair dans sa tête depuis des années. D’abord, subvenir à ses besoins. Pour cela, le Père Louis lui avait facilité le départ. Il commencerait par s’adresser à l’auberge qu’il lui avait indiquée, L’Hermine et la Herse, mais il n’aurait guère les moyens de s’y installer durablement. Il devrait travailler ; ce n’était pas le plus préoccupant, il était dur à l’ouvrage. Ensuite, essayer de savoir si quelqu’un se souvenait de quoi que ce soit au sujet de l’incendie. C’était peu probable, plus de dix ans après, mais il devait s’en assurer. Peut-être retrouverait-il une des brodeuses qui aidaient sa mère, ou une connaissance de ses parents. Pour son oncle, avec son nom, Alban pourrait demander directement après lui. L’homme à l’étoile poserait beaucoup plus de difficultés, et cela l’inquiétait plus que tout le reste. Qui mieux que lui pourrait répondre à ses questions ? Comment ferait-il s’il ne le trouvait jamais ?

Les oiseaux s’envolèrent d’un coup et Alban tourna vivement la tête en entendant des cris derrière lui. Deux enfants en culotte courte, chausses à la main, se précipitaient vers les vagues en hurlant de rire, fuyant une jeune fille qui peinait à les suivre dans le sable.

— Florent ! Mathurin ! Attendez ! On n’a dit que les pieds, vous allez attraper froid ! Vous êtes intenables !

Les deux garçonnets sautèrent à pieds joints dans l’eau en piaillant, et Alban ne put réprimer un sourire devant le découragement manifeste de la jeune fille. Elle s’arrêta au milieu de la plage, dépitée.

— On ne reste pas longtemps, Maman a dit que le souper serait bientôt prêt ! leur cria-t-elle une dernière fois. Elle aurait pu tout aussi bien se mettre à jouer du tambour que les garçons ne lui auraient pas prêté plus d’attention. Ils s’éclaboussaient l’un l’autre dans les rayons du soleil couchant. 

Alban détourna son regard d’eux et s’aperçut que la demoiselle l’observait d’un air circonspect. Elle portait un tablier marron sur une robe couleur rouille, et était enveloppée d’un châle. Elle devait avoir son âge. Il hocha la tête pour un bref salut, et à sa grande surprise, elle se dirigea vers lui.

— Bonsoir, lança-t-elle d’une voix fluette.

— Bonsoir.

— Je ne t’ai jamais vu ici, qui es-tu ?

C’était direct, il ne s’y attendait pas. Elle s’assit sur le rocher près du sien, et ne quittait pas les petits des yeux, qui jouaient à présent sur le sable.

— Je m’appelle Nora, et eux, ce sont mes petits frères, Mathurin et Florent. Et toi ?

— Alban.

— Tu viens d’arriver en ville ?

— Je…, oui, mais comment est-ce que… ?

— Ton sac, répondit Nora comme si c’était l’évidence même. D’où tu viens ?

— De Combourg, pourquoi ?

— Je suis curieuse, c’est tout.

Nora étira ses lèvres en une moue amusée et tourna la tête vers Alban qui ne savait plus où se mettre. Qui était cette fille ? Elle ne manquait décidément pas d’aplomb. Elle avait un joli visage ovale, les traits doux, des yeux noisette en amande, et un air un peu farouche. Ses longs cheveux formaient une épaisse crinière de la couleur d’une châtaigne en plein cœur de l’automne.

— Qu’est-ce que tu viens faire à Saint-Malo ?

— Oh, je… Je dois, enfin, il y a quelque chose dont je dois m’occuper.

Il vit le regard de Nora glisser sur son bras jusqu’aux premières lignes claires qui couvraient sa main et son poignet gauche, avant d’esquisser un sourire et de sauter de son rocher.

— Tu n’es pas vraiment causant, c’est le moins qu’on puisse dire ! Je dois rentrer. Les garçons !

Elle fit de grands gestes pour attirer leur attention, puis ses frères revinrent à pas lents vers elle et ils se dirigèrent vers la ville.

            Alban soupira. Le soleil s’était presque totalement couché. Comme d’habitude, il avait été incapable d’articuler plus de trois mots. Dès qu’il était un tant soit peu déstabilisé, il perdait tous ses moyens. Et puis, que croyait-elle ? Il n’allait tout de même pas raconter sa vie à la première venue ! Quel diable de fille ! On n’interrogeait pas les gens comme ça.

            Il devait trouver l’auberge. Il rabattit par réflexe les manches de sa chemise sur ses poignets, et frissonna quand il se remit en marche. Le bruit de ressac derrière lui, il remonta à son tour vers la cité. Le Père Louis ne lui avait pas précisé l’adresse, et il était tellement préoccupé à cause de cette histoire de clé qu’il avait oublié de demander. Ça ne devait pas être trop compliqué, la ville n’était pas si grande.

            À quelques pas devant lui, Nora s’échinait à renfiler leurs chausses aux petits. Une idée traversa la tête d’Alban, une idée intéressante et très pratique, mais se sentait-il capable d’affronter le tempérament impulsif de la jeune fille une deuxième fois ? D’un autre côté, il ne voulait pas non plus passer des heures à tourner en rond dans des rues qu’il ne connaissait pas. Plus qu’une solution.

— Excuse-moi de te déranger.

Nora se retourna, mais ne dit rien, attendant la suite.

— Pourrais-tu me dire comment me rendre à L’Hermine et la Herse ? C’est une auberge.

Un large sourire illumina son visage

— Tu sais donc parler ! Et en plus tu connais les bonnes adresses. Ce n’est pas très loin d’ici, tu vois la rue qui part à droite, là ?

Alban décida de ne pas relever la pique et suivit des yeux la direction qu’elle indiquait.

— Une fois dans cette rue, prends la troisième à gauche, continue jusqu’à la petite place, et l’auberge est au coin.

— Merci beaucoup, c’est très gentil. Bonne soirée.

— Je t’en prie. Allez, venez, les garçons, il est temps de rentrer.

Alban s’éloigna, et entendit les frères lui lancer quelques instants après deux « À bientôt ! » enjoués.

            Il se tint aux instructions de Nora et arriva devant l’auberge en un rien de temps. Elle était percée de petites fenêtres rectangulaires dans les étages et de deux plus grandes en arc de cercle à hauteur de rue, chacune pourvue de volets massifs. Une enseigne en fer forgé se faisait balloter par le vent au-dessus de l’entrée sous un panneau de bois peint. Une hermine y bondissait, une sorte de rouleau dans la gueule, derrière une herse à moitié relevée.

Alban poussa la porte et pénétra dans une vaste salle de terre battue. Des bancs et quelques tabourets encadraient une longue table en plein milieu de la pièce. Dans le fond, une serveuse aux cheveux bruns apportait des chopes à une assemblée de marins à la barbe broussailleuse et à l’allure patibulaire. L’un d’eux éclata d’un rire sonore et tapa si fort du poing que la miche de pain, déjà bien entamée, se souleva de plusieurs pouces au-dessus de sa planche. Il entendit soudain dans son dos :

— Fais pas attention à eux, mon gars. Ils sont bourrus et bruyants, mais parfaitement inoffensifs !

L’homme à qui appartenait cette voix rocailleuse était sorti d’une ouverture qu’Alban n’avait pas remarquée au premier abord, aménagée derrière le comptoir.

— Bienvenue à l’auberge, l’ami. Je suis Roger, c’est moi qui tiens la barre ici, se présenta-t-il avec un sourire aussi large que son ventre.

— Merci, je m’appelle Alban.

— Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Si tu cherches une chambre, j’ai tout ce qu’il faut ici, mais je te préviens, ce n’est pas gratuit. C’est quinze sous la nuit.

En terminant sa phrase, il fronça imperceptiblement les sourcils. Nul doute que s’il n’avait pas de quoi payer, Alban se ferait gentiment raccompagner.

— Je suis ici de la part du Père Louis, de Combourg. Il m’a adressé à vous.

Immédiatement, l’aubergiste se détendit et lui donna une tape amicale sur l’épaule.

— Louis ? Cette vieille grenouille ? Elle est bien bonne celle-là ! Ça me fait toujours bizarre quand les gens l’appellent « mon Père » ! Heureusement que tu me le dis, petit ! Je ne sais pas si je peux vraiment t’aider, mais je peux au moins te dépanner pour ce soir. Après, il faudra te débrouiller tout seul. Viens, je te montre ta chambre, mais c’est juste pour une nuit. Madenn ! appela-t-il en se dirigeant vers l’escalier. J’amène le jeune homme à sa chambre, je te confie la salle !

            La serveuse brune hocha la tête et retourna à la cuisine. Incrédule, Alban le suivit. À partir du moment où il avait mentionné le Père Louis, l’attitude de Roger avait changé du tout au tout. Il lui prêtait même une chambre ! Alban se sentit soulagé tout à coup. Au moins pour cette nuit, il avait un toit, ce qui voulait dire qu’il allait pouvoir réfléchir posément à ce qu’il allait faire et dans quel ordre.

            Ils montèrent à l’étage, dans un couloir étroit qui comptait quatre portes. Roger ouvrit la première à gauche, et entra dans la pièce exigüe qui contenait un lit sommaire ainsi qu’une commode surmontée d’une cruche et d’une cuvette en bois. Une lucarne donnait sur la cour de l’auberge, où l’on apercevait deux box à chevaux. Apparemment, l’établissement servait aussi de relais de poste.

— Ce n’est peut-être pas très luxueux, mais c’est confortable. Tu peux aller te chercher de l’eau au puits, par la porte de derrière. Pose tes affaires et repose-toi un peu. Je vais te préparer de quoi manger et tu me donneras des nouvelles du Père Louis, ajouta-t-il avec un léger sourire.

            Alban se délesta de son sac, alluma la bougie posée sur le rebord de la fenêtre, et se laissa tomber sur le matelas, médusé. Une chambre et un couvert ? Cette journée n’avait pas fini de le surprendre. Il sentit son corps se délasser, mais son esprit n’était pas au repos. Il attrapa son couteau et sortit la clé de l’étui. Il la fit tourner entre ses doigts, l’observa dans tous les sens. Il n’y avait aucune inscription, aucune date, rien, juste une petite clé dorée.

— Qu’est-ce que tu peux bien ouvrir ? demanda Alban tout bas.

Il songea à ce matin, le départ, l’église, la route. Il avait hâte d’être au lendemain, revoir son ancienne maison. Où commencer à chercher, sinon là ?

Ses paupières s’alourdissaient, mais ne voulait pas dormir, et la promesse d’un repas avait réveillé sa faim. Alban se redressa en s’étirant et jeta un coup d’œil à la fenêtre. La ville s’étendait devant lui, entourée d’eau. L’homme à l’étoile dînait-il sous un de ces toits ? Son oncle aussi ? Il observa brièvement son pâle reflet dans la vitre, et y croisa son regard gris clair. Ça y est, tu l’as voulu, tu y es. Le plus dur reste à faire. Ça ne va pas être facile. Il y a de fortes chances que tu ne trouves rien, et tu finiras tout seul ici, et… Alban secoua la tête et tenta de se maîtriser. Un rien suffisait à raviver l’angoisse. Il se savait sensible et prenait cela pour une faiblesse. C’était une des choses qu’il n’aimait pas chez lui.

Son estomac gronda. Il souffla la bougie, sortit et descendit l’escalier pour arriver dans la salle principale. Il s’installa à une table à l’écart. Un jeune homme élancé, à la tignasse brune et guère plus âgé qu’Alban, discutait avec Roger. Lorsque ce dernier le vit, il adressa un signe à la serveuse.

            Le plateau que Madenn lui apporta comportait une soupe fumante aux légumes, un bon quart de pain accompagné d’un morceau de fromage et une bolée de cidre. Voilà qui s’appelait un repas ! Revigoré, il entamait son souper avec appétit lorsque Roger vint s’asseoir en face de lui. Le jeune homme de tout à l’heure avait disparu.

— Alors ? Ça va mieux avec quelque chose dans le ventre, non ?

— Vous pouvez le dire ! fit Alban en buvant une gorgée de cidre. Je suis parti tôt ce matin et je n’avais pas emporté grand-chose. Alors comme ça, vous connaissez le Père Louis ?

— Ça oui ! Il habitait plus près des quais, en descendant la rue. On était copains comme cochon avec un autre type qui s’appelle Hoël, et crois-moi, avant de rentrer dans les ordres, ton Père Louis a fait plusieurs farces dont on se souvient encore ! Mais en tout bien tout honneur, attention ! ajouta-t-il d’un ton badin.

— J’imagine que vous devez connaître pas mal de monde ici, non ? demanda Alban.

— En effet. Je tiens cette auberge de mon père, qui la tenait de son père avant lui. On croise pas mal de gens, même des fois quelques personnes de la haute qui pensent être ici incognito. L’Hermine et la Herse est réputée pour son honnêteté et sa discrétion, et les gens se confient souvent facilement quand ils sont dans un endroit agréable— avec quelques verres, cela va sans dire ! D’ailleurs, t’es encore un jeune gaillard, qu’est-ce que tu viens faire par ici ? Si je peux me permettre bien sûr.

Tout en mâchant, Alban réfléchit à comment présenter sa situation.

— Mes parents sont morts il y a des années dans un incendie, ici, à Saint-Malo. Je suis venu pour essayer de savoir ce qui s’est passé.

— Bon sang, c’est toi le petit que la grenouille a emmené avec lui quand il est parti dans sa campagne ?

Alban hocha la tête. Roger continua :

— C’est quoi ton nom de famille ?

— Taleg.

— Voilà, c’est ça. Tes parents étaient tailleurs ?

— Vous avez une très bonne mémoire, constata Alban, surpris.

— Mon métier est aussi de tout savoir sur ce qu’il se passe en ville, après tout, glissa l’aubergiste avec un clin d’œil. Les incendies, ça arrive souvent, malheureusement, mais Louis m’avait parlé de toi. Comment ça se fait que tu ne reviennes que maintenant ? Excuse-moi, je suis trop curieux, je vais te laisser finir de manger. Tu n’as peut-être pas envie de parler.

« Voilà pourquoi le Père Louis m’a envoyé ici, comprit Alban. Il savait que Roger pourrait m’aider, son auberge est au cœur de la ville ». Il reprit la parole.

— En fait, je cherche quelqu’un.

— Tiens donc.

— Je ne sais presque rien sur lui, mais c’est un homme qui porte un manteau avec une étoile coupée en deux brodée dans son dos.

À voix haute, cette phrase était encore plus ridicule que dans sa tête. Sérieusement, il pensait vraiment arriver à le retrouver avec aussi peu d’indices ?

En face de lui, Roger afficha un air contrit.

— Rien d’autre ? C’est peu commun, mais ça ne suffit pas pour retrouver quelqu’un.

— Je le sais bien, soupira Alban. Je ne sais même pas s’il est encore ici.

— C’est un miracle que tu espères. Je veux pas te décourager, mais…

— Il y a aussi quelqu’un d’autre, coupa le jeune homme en vidant ce qui restait de son cidre. Mon oncle, il travaille dans la marine. Il s’appelle Yann Le Guirec.

Roger écarquilla les yeux, avant d’éclater d’un rire tonitruant. C’était comme faire trembler une montagne.

— Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ?

— Ah, s’exclama Roger en reprenant son souffle. Merci, petit, ça faisait longtemps que j’avais pas ri comme ça ! Je vois bien qui est ton oncle, ça fait un moment qu’on ne l’a pas vu traîner par ici, mais vraiment, il ne travaille pas du tout dans la marine. Il est plus du genre à jouer du sabre qu’à faire dans l’échange de bons procédés, si tu vois ce que je veux dire !

Devant l’air interdit d’Alban, il poursuivit :

— Il est corsaire !

 

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Jowie
Posté le 04/02/2020
Oh mais les personnages que tu nous présentes sont si vivants et dynamiques ! Et les lieux, aussi. On s'y croirait vraiment et les détails que tu fournis sur l'époque sont un délice. D'ailleurs comment t'y es tu prise pour faire des recherches historiques :) ?
Entre cette fabuleuse Nora qui n'a peur de rien et Roger qui connaît tout le monde, on ne s'ennuie pas. Les recherches s'annonçent difficiles, mais au moins Alban a appris que son oncle est corsaire ! C'est trop cool ! Je ne m'y attendais pas, mais ça explique pourquoi il ne voulait pas le garder.

Je ne sais pas ce qu'Alban fera ensuite, mais je compte bien le suivre :D

Petite remarque: "Alban s’éloigna, et entendit les frères lui lancer quelques instants après deux « À bientôt ! » enjoués." -> Je mettrais une virgule avant et après "quelques instants après", ça faciliterait la lecture de cette phrase ^^

à bientôt !
Mary
Posté le 04/02/2020
Merciii <3 Pour les recherches ça a été beaucoup de livres, d'internet, de sites touristiques et photos, et pour Saint Malo il me manquait pas mal de trucs et je pouvais pas me rendre sur place alors j'ai envoyé un mail au musée de la ville et le conservateur adorable m'a fait une réponse aux petits oignons ! Les recherches initiales ont pris plusieurs semaines, sans compter toutes les petites phases ponctuelles au fil de l'écriture.

À très vite pour la suite de l'aventure et merci de ta lecture !
Edorra
Posté le 29/10/2019
J’ai envie d’aller à St-Malo !
Ton univers prend plus corps dans ce chapitre. On en apprend plus sur la période avec la mention de Louis XIV et l’année précise quelques mots plus loin. Tes descriptions sont prenantes, on se croirait sur place. J’avais envie d’être dans ces rues, sur cette plage.
Cette auberge m’a l’air bien chaleureuse. Alban est bien tombé car ce n’était pas souvent le cas à l’époque ! Roger semble sympathique. J’espère qu’il l’est réellement et qu’il n’y a pas anguille sous roche avec le jeune homme avec qui il discutait vers la fin du chapitre.
Nora et ses frères promettent du dynamisme et de la fantaisie. J’espère les revoir.
Et en apprendre plus sur l’oncle d’Alban, le fameux corsaire !
A bientôt !
Mary
Posté le 29/10/2019
C'est parce que c'est le Père Louis qui l'envoie ;) Merci beaucoup pour tes commentaires, ils me font très plaisir !
GaelleLuciole
Posté le 22/09/2019
Yann Le Guirec ne travaille pas dans la marine, il est corsaire... XD
J'imagine la tête d'Alban. Ce garçon vient de tirer le bout d'un énorme paquet de noeuds!

Est-ce que les garçons facétieux de la plage ne seraient pas eux, et leur soeur, les enfants de Roger. Pauvre Alban. Il n'est pas au bout de ses surprises, si c'est le cas.

Je connais Saint Malo, et là je m'y suis retrouvée sans me taper les éternelles heures de route. Merci ;-) Tes descriptions sont très bien menées. J'ai vraiment plaisir à les lire. J'étais comme connectée à l'odeur du bord de mer, au vent marin et aux bruits de cette ville.
Mary
Posté le 22/09/2019
Haha mais derien ! T'es pas bien loin de la vérité pour Nora et ses petits frères, tu vas vite en apprendre (beaucoup) plus !
Oui, le coup du corsaire, c'est une vraie pelote d'emm*** mais sans ça, il n'y aurait pas d'histoire, pas vrai? :p
GaelleLuciole
Posté le 22/09/2019
ah zut! je m'en suis rendue compte en cours de lecture. Des fois... Souvent je tape à côté quand j'essaie d'anticiper. ça va arriver encore.

Et oui, sans emm*** pas d'histoire! mais alors là, je vois le truc XXL se profiler. j'ai hâte... la fille sadique tu sais! XD
Renarde
Posté le 21/07/2019
Je l'aime bien ce Roger ! Ton récit est vraiment très agréable à lire. Il y a juste ce qu'il faut de contexte historique pour qu'on situe le tout sans que cela alourdisse le récit. C'est vraiment très très bien dosé. 
La ville est vivante, on s'y croirait.  
Mary
Posté le 21/07/2019
Pareil que précédemment, j'ai fait pas mal de recherches aussi pour savoir à quoi la ville ressemblait à cette époque. Le musée de Saint Malo m'a beaucoup aidé :D
peneplop
Posté le 07/05/2019
Coucou !
Les descriptions sont toujours aussi bien menées ! J'ai vu et j'ai même senti plein de choses pendant la lecture ;) Chaque chapitre offre sa découverte pour faire avancer l'intrigue donc j'ai toujours envie de continuer à te lire !!! Beau passage où il se regarde dans la vitre de la fenêtre.
J'ai été un peu surprise par la réaction d'Alban au début. Certes il est moins en colère mais comme tu le dis, toutes les questions à ses réponses tiennent à cette clé. Je le trouve presque trop désabusé pour quelqu'un qui nourrit le projet de comprendre son passé depuis toutes ces années. 
Détails : 
"On le poussa par derrière" : on le bouscula ? Le mot derrière peut peut être arrivé dans la phrase suivante ? Je ne sais pas...
Répétition de "vivement" ;)
La jeune fille retrousse les lèvres... Que veux-tu dire ? Car j'ai eu en tête le cheval qui soulève sa lèvre supérieure...  
:) 
Mary
Posté le 07/05/2019
Hello ! 
Merci pour le retour :D J'essaie effectivement de révéler chaque fois quelque chose, faire en sorte qu'aucun chapitre ne soit là pour rien - même si je peux être trèèès discrète, mouhaha.  
 De quelle réaction parles-tu précisément ?  N'hésite pas à me laisser un message dans le JdB ;)
À bientôt !
  
 
Liné
Posté le 27/03/2019
Ah, c'est donc comme ça qu'on pénètre dans l'univers des corsaires ! Je me demandais comment cela allait être amorcé :-)
Je n'ai pas grand chose à dire sur ce chapitre, je trouve tout très bien : le rythme de l'intrigue, l'introduction des personnages, le style...
Je n'ai repéré que deux trois fautes très bêtes : quelque part dans un dialogue, un verbe à l'impératif conjugué avec un "s" en trop ; dans la narration, deux "poser/posé" dans la même phrase et, plus loin, pareil avec "trouve/trouvera".
S'il faut pinailler histoire d'êre un tant soit peu constructif, j'aurais tendance à dire que la plupart des personnages suivent des schémas déjà connus : le jeune garçon héros, le tavernier bon vivant au grand rire... Mais je me doute que nous n'en sommes qu'au début et que leurs personnalités vont se développer ! D'autant qu'Alban m'a tout l'air de se diriger droit vers des corsaires ;-)
À très vite pour la suite !
Liné 
Mary
Posté le 27/03/2019
Merci pour ton commentaire ! 
Oui, Alban fonce tout droit vers les corsaires, tu l'as dit ! Si tu repère un motif trop cliché qui persiste, surtout dis-le moi, j'aimerai vraiment les éviter dans la mesure du possible :D 
À très vite !
Toluene
Posté le 06/03/2019
T'as l'air d'aimé cette ville. La Bretagne ca vous gagne ^^
Une romance, déjà? Enfin bon, on retourne vite dans le vif du sujet. 
Mary
Posté le 06/03/2019
En fait, je ne suis allée à Saint-Malo qu'une fois quand j'étais petite ;) Ceci dit j'en garde un très bon souvenir ! 
 
Litchie
Posté le 02/03/2019
 Hello ! :) ça se précise ! Voici mes commentaires sur ce nouveau chapitre. Les détails d'abord :  "L’homme maugréait dans sa barbe, sans qu’on puisse comprendre quoi que ce soit."Je ne suis pas fan de cette phrase à cause du "on". La question qui se pose est la suivante : qui est ce "on" ? Le narrateur ? Le lecteur ? Ou les personnages? ça peut paraître évident (les personnages) mais je le trouve à la fois trop neutre, trop flou et trop inclusif. Tu peux facilement t'en passer :D "Elle portait un tablier marron sur une robe orange foncé, et était enveloppée d’un grand châle." et "Elle avait un joli visage ovale, les traits doux, des yeux noisette en amande, et un air un peu farouche. Ses longs cheveux formaient une épaisse crinière qui avait la couleur d’une châtaigne en plein cœur de l’automne."Un vrai détail, mais je n'aime pas trop le terme "orangé foncé" pour décrire la robe. Je trouve qu'il vaut mieux utiliser une métaphore plutôt que de préciser le dégradé, comme ocre, rouille...  (dans le même genre, je préfère voir le mot "épuisé" au lieu de "très fatigué", je ne sais pas si je me fais bien comprendre). Mais surtout je trouve bizarre que les deux descriptions ne soient pas l'une à côté de l'autre. Ses vêtements pourraient être détaillés par Alban en même temps qu'il observe son visage.<br />Sur la forme de manière générale, je trouve que tu utilises pas mal de verbes faibles (surtout des "être") dans tes descriptions. Et enfin sur le fond, le tout est bon, on sent le "calme avant la tempête", tu termines sur un bon "cliffanger". En revanche tu pourrais peut-être rajouter une ou deux phrases qui appuyent le changement d'attitude de l'aubergiste à la mention du Père Louis. Disons que ça manque un peu d'enjeu (ou alors tu te passes du "Alban n'avait pas les moyens" qui peut laisser supposer une difficulté, aussitôt désarmorçée.) Voilà pour ce chapitre 2 :D
Mary
Posté le 02/03/2019
Merciiii mille fois. 
 
Tu as diablement raison pour les descriptions, je m'en rends pas compte, je vais voir ce que je peux améliorer.  
Pour la robe de Nora, j'avais hésité à mettre rouille, je vais corriger. 
Si tout va bien dans le fond et dans le rythme, alors c'est déjà ça. 
 Encore merci ! 
Sorryf
Posté le 02/03/2019
Saint Malo ! j'y suis allée deux fois dans ma vie (dont une ou je suis restée coincée comme une idiote sur l'île de Chateaubriant à cause de la marée T.T) et c'est super agréable de lire la description dans un roman d'un endroit qu'on a déjà vu ! j'ai adoré toute la partie en ville a cause de ça !
La rencontre avec Nora est super chouette, j'aime déjà ce perso un peu dépassé par sa fratrie mais qui n'a pas l'air d'avoir froid aux yeux ! 
Madenn : quel joli prénom !
J'ai noté le jeune de l'age d'Alban, a qui il n'a pas eu l'occasion de parler J'espère qu'on le reverra, ce serait chouette qu'Alban se fasse des amis !
Quelque part, en partant d'absolument rien (une ville et une clé), Alban commence déjà a avoir un début de piste ! C'est super !
Mary
Posté le 02/03/2019
Je n'y suis allée qu'une fois, quand j'étais petite, et j'en garde un super souvenir ! Au moins l'ambiance y est :D Pour ce qui est de la géographie de la ville et l'architexture à l'époque, j'ai fini par aller demander au Musée ! 
Ah Nora <3 Je l'aime beaucoup aussi. Elle a sacré caractère, mais elle ne peut rien refuser à ses petits frères. Je ne t'en dis pas plus, tu verras !
Je suis contente que ce chapitre t'ai plu, ça me file une pêche d'enfer !  
Rachael
Posté le 01/03/2019
Premier contact avec la ville du jeune Alban. Le prêtre l’a en effet bien dirigé, vers cette aubergiste qui connait tout le monde. Alors comme ça, son oncle est corsaire ? pas étonnant qu’il n’ait pas pu s’occuper de lui…
Je trouve ce chapitre sympa, avec l’arrivée en ville, la rencontre de la jeune fille, puis celle de l’aubergiste. Je ne sais pas trop quoi penser de cette première rencontre. Reverra-t-on la jeune fille, Nora ? Si on ne la revoit pas, alors la scène est probablement un peu longue. C’est différent si on la revoit.
 
Détails
Alban se ragaillardit : il reprend des forces, mais comment ?
le brouhaha des habitants qui se croisaient commençait embrouiller ses idées : à embrouiller
Il se souvenait du grand mur presque sans fenêtres devant la boutique, et que l’océan n’était pas loin : pas très jolie, cette construction
c’était le choix le plus difficile, : je ne comprends pas trop pourquoi c’est difficile
quoi que ce soit : répété trois fois dans le chapitre, cherche peut-être à varier ?
Il n’est pas marin, il est corsaire : je vois l’idée, mais un corsaire, c’est quand même un marin, non ?
Mary
Posté le 01/03/2019
Je ne peux pas trop en dire, mais oui, on reverra Nora :wink: 
Je rectifierai les détails plus tard , sauf le dernier sur " Il n’est pas marin, il est corsaire" que j'ai corrigé tout de suite, il me semblait l'avoir enlevé pourtant. Bref. 
Merci beaucoup pour ton retour, c'est toujours aussi agréable !
Elia
Posté le 19/03/2019
Quelle révélation ! Se pourrait-il qu'il y ait un lien avec le prologue ? Ce chapitre est vraiment bien, les dialogues semblent plus naturels que dans le premier et je ne trouve pas grand-chose à redire. Je pense qu'en retravaillant le premier chapitre, ton début sera vraiment bien.J'ai encore du mal à cerner Alban pour le moment et à sentir sa détermination. Mais comme je viens de te le dire, je pense qu'avec plus d'indices dans le chapitre 1, les choses passeront toutes seules. A bientôt :) 
Mary
Posté le 19/03/2019
Mouahahaha mystère, mystère que tout cela ! Tu vas vite en apprendre plus, rassure-toi. 
Comme je te le disais (aussi) je sais que le premier chapitre est entièrement à reprendre. Ce chapitre-là est en fait l'ancien premier chapitre, dans les précédentes versions. 
A très vite, et merci de tes retours ! 
Vous lisez