Chapitre 2 : Le concours

Par Mary

Chapitre 2

Le concours

 

 

 

 

Quand j’ouvre les yeux, je me souviens immédiatement : aujourd’hui nous retournons à Rosewood Manor. Une semaine que je ne pense qu’à ça. Je me lève à toute vitesse et laisse la lumière inonder la pièce dès que je tire les rideaux. La matinée s’annonce radieuse ! Je m’apprête pour le petit déjeuner, mais je réfléchis déjà à ma toilette pour cette après-midi. Je termine de discipliner mes épaisses boucles brunes à grand renfort d’épingles, l’esprit plein de fleurs, de thé, de pâtisseries et de discussions scientifiques enflammées, lorsque Miss Davies frappe trois coups légers à la porte pour me faire savoir qu’on m’attend en bas. Mon rêve éveillé s’estompe, je reprends mon sérieux. Pas de faux-pas avant notre départ, sinon mes parents me mèneront la vie infernale malgré toutes les protestations de la gouvernante.

— J’arrive.

Miss Margaret Davies est à notre service depuis huit ans. Outre sa position de gouvernante, elle remplit également le rôle de dame de compagnie de ma mère, conseillère en couture et autres divertissements féminins auxquels je n’accorde guère d’importance. Pour moi, Miss Davies est bien plus que cela ; elle est mon ange gardien. Sans elle, j’aurais dépéri depuis de nombreuses années déjà. Constatant que mon appétit pour les sciences ne faisait que croître, et devant la réaction de mes parents à ce sujet, elle a imaginé un subterfuge talentueux. Prétextant qu’il serait plus avantageux pour moi d’observer comment se comportent les femmes du monde en société — dans les grands magasins, les jardins botaniques, et tous les lieux où il serait de bon ton que l’on me voit — elle m’a prescrit entre deux et quatre heures de sortie tous les deux jours. Mère a trouvé l’initiative excellente et a fortement encouragé la démarche, sauf que Miss Davies n’avait aucunement l’intention de suivre ce programme. À la place, elle m’a emmené droit dans un endroit où je n’aurais jamais rêvé de mettre les pieds : la London Library. Son frère y travaille comme petite main. Il m’a fourni presque tous les ouvrages et traités que je voulais, les périodiques comme l’Astronomical Journal américain, ou les essais sur la philosophie des sciences, qui sont d’ordinaire dans une section spéciale inaccessible au public. Voilà comment j’ai construit ma propre éducation : j’ai emprunté des livres d’une réserve interdite, travaillé mes démonstrations mathématiques sur un pupitre bancal de la cave sous la London Library, appris mes théorèmes sur les bancs du Kew Garden, tout cela avec la bénédiction de ma gouvernante. C’est notre petit secret, notre petit rituel.

Nous habitons Chester House depuis plusieurs semaines ; j’ai le sentiment qu’on m’a déracinée.

Je prends place à la table du petit déjeuner, où Mère se ressert une tasse de thé. Père a disparu derrière le Times, comme d’habitude. Miss Davies m’apporte mon assiette de toasts et profite qu’elle m’installe ma serviette sur les genoux pour me murmurer « Dans le journal. Page 8. ». J’acquiesce silencieusement et entame la première tartine, mais Père replie le journal dans un froissement de papier et semble remarquer seulement maintenant mon arrivée.

— Agathe, tu es levée. Parfait. Nous t’attendions. J’ai reçu un courrier du cabinet, je dois me rendre à Londres dès demain matin. 

Un billet de retour, éphémère, à la bibliothèque ?

— Ta mère m’accompagnera. Nous serons absents une semaine et logerons chez Euphemia et Eric. Tu resteras ici avec Miss Davies et nous comptons sur toi pour travailler tes manières.

La voilà, la punition pour avoir pris la parole la dernière fois.

— Ne fais pas cette tête-là ! s’agace Mère. Estime-toi déjà heureuse d’intéresser suffisamment Lord Stone pour qu’il supporte suffisamment ton impertinence pour nous inviter une deuxième fois.

Au moindre mot de travers, je peux dire adieu à la visite de cette après-midi.

— Je comprends.

Devant ma réponse si soumise, Père se détend un peu et se tourne vers Mère.

— Je ne saurais que trop vous conseiller de sortir tes tenues, Katherine, que la bonne ait le temps de les empaqueter pendant que nous irons prendre le thé à Rosewood Manor.

— Tu as raison, j’y vais de ce pas. Je prendrais également ma boîte à broder, Euphemia m’a dit qu’elle travaillait sur de nouveaux coussins.

Tout compte fait, il est peut-être préférable que je reste à la maison. 

Mère monte à l’étage. Je me force à manger lentement un toast qui me paraît désormais sans saveur. Finalement, Père se lève à son tour, abandonnant le journal sur la table. Je le récupère et grimpe jusqu’à ma chambre où Miss Davies m’attend déjà. C’est une grande dame toute fine et anguleuse, les cheveux châtains clairs et des yeux sans couleur vraiment établie, qui pour tout le monde respire le calme et la maîtrise de soi.

— Alors, alors ? Vous avez regardé ?

Sauf pour moi. Elle ne partage pas ma passion des sciences, mais elle part du principe que, fille ou non, j’ai le droit de creuser les sujets qui m’intéresse. Je lui soupçonne un tempérament farouchement rebelle derrière son indéfectible optimisme.

— Pas encore.

— Page 8 !

J’étale le papier sur mon lit et tourne les pages couvertes de petits caractères. Page 8, un encart discret titre :

 

 

 

La Royal Society organise pour cette fin de siècle un concours inédit de sciences naturelles !

Il aura pour but de mettre en valeur le savoir accumulé au cours des dernières années pour faire du XXe siècle à venir une ère de progrès scientifique inégalée !

 

Veuillez trouver les règles du concours ci-après :

 

— Le concours est ouvert à toute personne souhaitant soumettre un projet, sous réserve d’une lettre de référence par un membre de la communauté scientifique.

— Vous devrez remettre un projet de recherche de votre choix sur un sujet précis. Aucune théorie généraliste ne sera acceptée.

— Votre projet devra comporter trois parties principales : vos références bibliographiques, les théories proposées ainsi que des pistes de réflexion pour en démontrer la véracité et/ou la faisabilité.

— Sont admises les recherches en histoire naturelle, biologie, médecine, chimie, physique et leurs différents sous-domaines d’expertise.

— Le projet sera à déposer en personne, dans une enveloppe scellée, à nos locaux de Burlington House à Londres. Aucun projet envoyé par courrier ne sera accepté.

— La date butoir de dépôt est le 30 avril 1899 à minuit. Les propositions seront examinées par le conseil des Pairs avec le soutien des différentes sociétés académiques de Burlington House. Le gagnant du concours recevra une bourse de recherche à la hauteur de mille livres sterling débutant au 1er janvier 1900 pour mener à bien le projet choisi par le conseil.

 

NULLIUS IN VERBA

 

J’en reste sans voix. À côté, Miss Davies trépigne.

— Ne serait-ce pas formidable ?

À regret, je bredouille ce que je sais être la vérité :

— Personne n’acceptera de parrainer une femme. Et si par miracle je trouvais quelqu’un, jamais mes parents ne me laisseront participer. Nous sommes si loin de Londres ! Il me faudrait tous les rayonnages de votre frère rien que pour la première partie du projet !

— Je peux lui envoyer une lettre. Faites-moi une liste des premiers livres dont vous aurez besoin !

Ça vaut la peine d’essayer.

J’acquiesce avec un sursaut d’espoir :

— Je vous préparerai ça ce soir. Elle partira demain matin et mes parents seront déjà dans le train quand nous la posterons.

— Oh, que c’est excitant !

J’aimerais avoir autant d’enthousiasme, mais quelque chose me retient. Tout cela, bien qu’amusant, me semble infaisable. J’arpente Chester House sans but, rongée d’impatience, ce qui a le don d’exaspérer Mère qui m’ordonne de faire mes exercices de violon. C’est le seul instrument qui trouve grâce à mes yeux — mon piano est d’une pauvreté sans nom. Je joue quelques morceaux et très honnêtement, je les bâcle un peu. Je n’ai pas la tête à ça, mais au moins, cela amène un peu de vie dans le rez-de-chaussée. Je le constate de plus en plus : nous vivons dans une maison triste. Aucune passion, peu de sentiments, encore moins de mots, plus aucune histoire à raconter. Nous nous trouvons simplement là ensemble, par un hasard malencontreux.

Arrive enfin l’heure du déjeuner, où Mère ne peut pas s’empêcher d’insister :

— J’ignore comment, mais tu intéresses Monsieur Stone, et tu devrais en être honorée. Ce n’est certainement pas pour tes qualités d’invitée.

— J’en suis honorée ! J’ai été la première surprise de l’invitation et je suis ravie d’y retourner !

Lord Stone , corrige Père. Au moins, tu es consciente de ta chance, alors ne la gâche pas. C’est l’occasion de renforcer nos appuis dans la région, de nous faire un nom, et pourquoi pas de gagner des clients au cabinet. Les informations circulent. Plus vite nous nous en ferons un ami, mieux ce sera.

Même si ça implique de se servir de ce qu’il déteste le plus chez moi. Je ne suis pas dupe, mais pour le moment, la situation est à mon avantage.

— Donc, continue-t-il, tu te comporteras bien, tu répondras à ces questions s’il t’en pose. Ne fais pas étalage de tes connaissances, quelles qu’elles soient, outre mesure. Lord Stone a été professeur, après tout !

Je hoche la tête tout en prenant une résolution majeure. Peu importe ce qui arrivera, j’ai bien l’intention de discuter avec Lord Stone de la manière dont je l’entends. De toute façon, mes parents ne comprendront pas la moitié de ce que je raconterai, autant jouer là-dessus.  

Je compte chaque minute, je me prépare avec soin, et quand le fiacre se poste devant la maison, je suis la première prête. Le temps, beaucoup plus clément que la semaine dernière, nous épargne le port de manteaux. Je me contente d’une veste verte assortie à ma jupe, qui met en valeur mes yeux.

 Sur le chemin de Rosewood Manor, je contemple la magnifique arrière-saison du Suffolk pendant que mes parents échangent au sujet de leurs activités une fois à Londres. La lumière de l’automne embrase le domaine, caresse le toit du hangar à droite du portail, près d’un potager où s’affairent deux hommes en tenue de travail. Le soleil inonde la pelouse et le feuillage foncé du rosier qui encadre l’entrée du manoir ressort sur les pierres.

Monsieur Blackwood a déjà ouvert la porte. J’attends que Père sorte, puis Mère, mais ce protocole me frustre comme jamais auparavant. Nous passons les présentations, Lord Stone est toujours aussi charmant et courtois.

— Miss Agathe, c’est un plaisir de vous revoir ici.

— Merci pour votre invitation, Lord Stone. Le plaisir est partagé, croyez-le bien.

Du coin de l’œil, je vois Mère se redresser la tête. Elle doit certainement se féliciter pour ma bonne éducation.

— Le thé nous attend, nous aurons tout le loisir de discuter. Monsieur et Madame Langley, par ici. Adrian, voudriez-vous escorter Miss Agathe ?

Une étrange expression glisse sur le visage du jeune homme, sans que je puisse l’identifier. Il me tend alors son coude, que je saisis poliment, même si je ne comprends vraiment pas pourquoi j’aurais besoin d’une escorte pour faire vingt pas dans un couloir. Une fois dans la salle à manger, Lord Stone ne laisse aucune échappatoire à mes parents et m’installe en face de lui. La qualité du service est aussi somptueuse que la dernière fois ; notre hôte passe les mondanités d’usage avec efficacité pendant que nous dégustons chacun une part de tarte aux pommes. À peine ses couverts posés, il plonge ses yeux bleus dans les miens et s’éclaircit la voix :

— Alors, Miss Agathe. Depuis quand êtes-vous intéressée par la physique ? Avez-vous un domaine de prédilection ?

Sans malice, sans ironie. Ce que j’ai à dire semble vraiment l’intéresser.

— J’ai vraiment commencé à étudier il y a sept ans, Lord Stone, mais mon intérêt a commencé bien avant cela. Quand j’étais petite, je souffrais d’insomnie et pour m’occuper, je regardais les étoiles à travers ma fenêtre. Mon précepteur de l’époque m’a ensuite enseigné les rudiments de l’astronomie, ce qui a définitivement confirmé mon intérêt.

— Agathe, me coupe Père, je t’en prie, Lord Stone n’a pas forcément envie de connaître tous les détails !

Respire. Garde ton calme.

— Au contraire ! proteste notre hôte avec un sourire. Je trouve cela absolument fascinant. Vous verrez, cher ami. Les laboratoires se multiplient dans le monde, les musées attirent chaque année plus de visiteurs, nos mesures se précisent. Si les hommes ont un tant soit peu de bon sens, la science du XXe siècle ne s’envisagera plus sans l’expertise féminine, à n’en pas douter.

Merci.

J’ai un élan soudain d’affection pour ce personnage, mais je crois que Père ne partage pas mon opinion :

— Voilà qui est amusant, très amusant. Vous êtes… très amusant, complète-t-il avec difficulté en se tapotant le front de son mouchoir.

— Revenons-en à vous, Miss. Vous vous dirigeriez donc vers l’astrophysique ?

— Oui. Je m’intéresse beaucoup à la mécanique céleste, pour tout vous avouer, depuis que j’ai lu les travaux de Monsieur Bessel sur le calcul des distances. Ses équations sont brillantes et si en avance sur son temps !

— Tant d’enthousiasme fait plaisir à voir ! Je suppose donc que vous avez également connaissance des travaux de Messieurs Lane et Emden ? Il y a presque trente ans, ils ont mis au point…

Je voudrais que toutes mes journées ressemblent à celle-ci.

— L’équation de Lane-Emden qui permet de calculer la pression et la densité des objets célestes, en se basant sur les théories émises par Monsieur Ritter ! Cette démonstration m’a donné du fil à retordre pendant des jours, je dois dire !

Lord Stone a un mouvement de surprise. Père et Mère se retournent immédiatement vers moi, inquiets à l’idée que j’ai pu commettre l’impair qui les fera dégringoler de l’échelle sociale.

— Vous voulez dire que… vous n’étudiez pas seulement la théorie ? Vous maîtrisez également les équations ?

— Autant que faire se peut, je n’aime pas apprendre à moitié. Et je dois bien reconnaître qu’il n’y a rien de meilleur que le sentiment de fierté qui m’envahit quand la solution s’avère juste !

Je ne peux pas m’empêcher de sourire. Je dois avoir l’air idiote, mais tant pis, je suis ravie.

— Vous m’impressionnez ! Je comprends votre fascination : observer les étoiles est une distraction qui peut vite tourner à l’obsession, tant elle confine à l’émerveillement total. 

— Je n’ai pas eu cette chance. Heureusement pour moi, l’Astronomical Journal publie quelques gravures parmi ses schémas.

Surtout, je doute de trouver un seul homme dans toute l’Europe qui me laisserait son fauteuil, ne serait-ce que pour une minute.

— Où avez-vous réussi à trouver tous ces ouvrages ?

Zut. Je ne dois pas trop en dire, sinon Miss Davies sera certainement remerciée ce soir.

— Je me rends de temps à autre à la London Library.

Je jette un coup d’œil discret à mes parents qui semblent au bord de l’apoplexie. Lord Stone retrousse le coin de ses lèvres en me dévisageant. Il sait. Il sait que les ouvrages scientifiques sont soumis à autorisation, il sait que je triche pour me les procurer, et il sait le nombre d’heures que j’ai passé à m’esquinter les yeux en recommençant mes démonstrations encore et encore jusqu’à ce qu’elles soient parfaites. Pourtant, il garde mon secret :

— Monsieur Langley, vous ne savez pas la chance que vous avez. Votre fille rivalise avec certains de mes plus brillants élèves.

— Je… je vous crois sur parole, hésite Père.

— Vous aimez donc les livres, Miss Agathe ? me demande Adrian.

Cette voix.

— Qu’aurais-je pu faire sans eux ? Les livres sont une bénédiction !

Les deux cousins se regardent. Comploteraient-ils quelque chose ?

— Venez, chers amis, j’ai quelque chose à vous montrer.

Intrigués, nous nous levons et suivons Lord Stone à travers le couloir et le vestibule. Il s’arrête devant la porte à double battant qui donne sur l’annexe que j’ai remarquée la semaine dernière.

— Après vous, ma chère, m’invite-t-il en l’ouvrant.

L’odeur m’est familière et quand je réalise où je suis, les larmes me montent aux yeux. Les rayonnages de la bibliothèque grimpent jusqu’au plafond. Je m’avance, le souffle court. Des placards vitrés protègent les plus vieux ouvrages, d’autres reposent à l’air libre. Les dorures des titres, sur la tranche, ressortent sous le soleil qui pénètre dans la pièce en petits losanges, à travers les croisées des grandes fenêtres. Physique, biologie, chimie, poésie, philosophie, littérature, en français, en anglais, en allemand… Il y a là plus de livres que je n’en ai jamais vu de toute mon existence ! J’ai cru que ma vie s’arrêterait en quittant Londres, mais avec un pareil trésor à portée de main, tout redevient possible !

— MIIAAAAAAW !

Le miaulement rauque me sort de ma contemplation. Sur un bureau d’étude, un chat gris à poil long s’étire langoureusement avant de porter son regard ambré sur moi.

— Ah, et voici Sir Lancelot, indique Lord Stone. Un membre éminent de la maisonnée s’il en est, grand paresseux devant l’Éternel et voleur de beurre frais à ses heures !

J’ai l’impression que ce chat me juge.

Je reporte mon attention sur la bibliothèque, encore muette, pendant que Père accapare notre hôte pour une conversation superficielle. Je n’en reviens toujours pas, et si j’essaie de parler, je crains que ma voix ne tremble. Adrian vient se mettre à mon niveau et s’incline légèrement vers moi pour me chuchoter :

— Rosewood Manor regorge de surprises, si vous lui laissez sa chance.

Je me retourne vers lui, interdite. Qu’entend-il par là ?

— J’oubliais ! s’exclame soudain Lord Stone en se frappant le front. Savez-vous que la Royal Society organise un concours de sciences ?

Le concours ! Je l’avais oublié, celui-là !

— Oui, j’ai lu ça dans le journal ce matin.

— Comptez-vous participer ?

Malgré moi, je jette un œil à mes parents. Leur expression n’est pas franchement engageante.

Je voudrais tellement dire oui.

— Je ne sais pas.

Mon interlocuteur fronce rapidement les sourcils.

— Je vois.

Un silence pesant s’installe pendant quelques secondes, bientôt rompu par Lord Stone :

— Monsieur Langley, j’aurais une immense faveur à vous demander.

Père se rengorge, dans l’expectative :

— Laquelle ?

— Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, j’aimerais inviter Miss Agathe à la maison, accompagnée bien entendu d’une personne en charge de la chaperonner.

Pardon ?

— Je… Je ne sais pas si c’est… très convenable, bégaye Père.

— Loin de moi l’idée de nuire sa réputation ou quoi que ce soit de ce genre-là, mais voyez-vous, votre fille est tout à fait fascinante. Voilà longtemps que je n’avais pas pu discuter de physique avec quelqu’un de sa trempe — et que la conversation soit agréable, cela va sans dire. Miss Agathe, je vous prie, par égard pour un vieux professeur qui n’a plus d’élève, acceptez ! Ma bibliothèque sera entièrement vôtre. Nous pourrons également rediscuter de ce concours, si vous le désirez. Ce serait l’affaire d’une semaine, pas plus  

"Rosewood Manor regorge de surprises, si vous lui laissez sa chance."

Je tente le tout pour le tout :

— Père, pourquoi pas ? Vous partez à Londres demain. Miss Davies pourrait venir ici avec moi, je ne risque rien avec elle. Nous rentrerions en même temps que vous à la maison, la semaine prochaine.

Je retiens mon souffle.

— Je suppose que…, murmure Père qui réfléchit intensément.

D’un côté, il ne supporte pas mon tempérament insolent et mon inclination pour la science, de l’autre, il ne peut se soustraire à refuser une proposition aussi généreuse que celle-ci. Le dilemme se joue entre son rôle d’éducateur et ses intérêts à long terme. Inutile de tergiverser, je sais déjà ce qu’il choisira.

— Bien. Dans ce cas, c’est d’accord.

— Formidable ! Kenneth ! appelle l’aristocrate.

Monsieur Blackwood apparaît quelques secondes plus tard par une porte latérale.

Qui appelle ses gens de maison par leur prénom ?

— Miss Langley se joindra à nous à partir de demain, et ce pour une semaine. Pourriez-vous dire à Mar… Miss Cherry d’apprêter la chambre bleue ainsi que son annexe pour sa dame de compagnie ?

Le majordome roux réprime un sourire avant de répondre cérémonieusement :

— Avec joie, Monsieur.

Juste avant de refermer la porte, il incline brièvement la tête vers moi.

— Parfait, absolument parfait ! s’extasie Lord Stone. Miss Agathe, montez-vous à cheval ?

— Cela fait quelque temps, mais je crois avoir de bons restes.

— Excellent. Amenez-donc votre tenue, nous profiterons des derniers beaux jours pour faire le tour du domaine. L’automne s’annonce magnifique, cette année.

Est-il sérieux ou dit-il cela pour moi ? Cet homme est décidément bien étrange.

 

Nous repartons moins d’une heure après et je n’y crois toujours pas, pas même quand Adrian me gratifie d’un « À demain » des plus courtois. Mes parents et Lord Stone ont convenu que j’arriverai en fin de journée, pour laisser le temps à tout le monde de s’organiser. Mère m’assomme de conseils que je n’écoute que d’une oreille. Lorsque le fiacre passe le portail, Père marmonne :

— Je comprends qu’il se soit éloigné de Londres. Il a des idées pour le moins saugrenues…

Je savoure ce moment, les yeux perdus dans le crépuscule automnal. Je ne saurais dire pourquoi, mais j’ai le sentiment que ma vie est en train de prendre un tournant inattendu.

 

 

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Elf
Posté le 23/06/2020
Aaaaah c'est génial ! J'adore cette époque qui commence doucement à changer les codes sociétaux... Et tu écris super bien, je suis happée par l'histoire ! Ce petit Adrian m'intrigue aussi :) tandis que j'aime trop Lord Stone très décontracté, appellant ses employés par leur prénom ! <3
Bon, moi, je me replonge dans le récit !
Mary
Posté le 23/06/2020
Ah, merci beaucoup <3
Je suis contente que l'histoire te plaise autant !
Petit, petit...c'est qu'il a 22 ans le garçon héhé :p

À très vite !
Hinata
Posté le 22/06/2020
Coucou Mary !!
Alors, et bah j'ai enchaîné les trois premiers chapitres que j'ai lus à voix haute pour moi et ma mère qui conduit la voiture (il est très tard et ça nous tient très efficacement éveillées c'est parfait ^^) Le rythme est super, à la fois tranquille avec les descriptions tout à fait exquises des lieux et du "thé-banquet" (ça m'a fait saliver !), et l'histoire qui ne traîne pas !
On retrouve vraiment du Jane Austen, mais en plus dynamique quand même je trouve (ce qui me va très bien !) Tous les noms propres sont super chouettes, et je te suis reconnaissante de ne pas les avoir accumulés outre mesure haha (damn, j'utilise des mots super soutenus du coup, je suis trop influencée XD)

Petites remarques en vrac :
J'ai bien aimé que l'origine du prénom d'Agathe soit souligné dans l'intrigue
Je suis très intriguée par la relation entre Stone et ses domestiques... Oh my, je crois que mon cerveau vient de faire le lien entre des spoiler Insta que j'ai sciemment regardé et ce que je viens de lire... De toute manière je ne vais rien dire ici évidemment... We shall see..
Je suis pas hyper convaincue de l'utilité de l'italique pour transcrire les pensées d'Agathe, étant donné qu'on est tout le temps en point de vue interne, et donc le choix de l'italique ou non me semble un peu arbitraire... (à part quand c'est la réplique mot pour mot qu'elle voudrait dire, et du coup le contraste avec ce qu'elle dit vraiment et poliment a un bon effet !)

Bon bah voilà, il nous reste deux trois heures de route, alors on va avancer cette délicieuse histoire !
Un grand bravo, l'écriture est impressionnante, ça fait très pro ^^

La bise !
Mary
Posté le 22/06/2020
Aaah ça me fait trop plaisir de te voir ici !! <3

Oh tu l'as lu à haute voix, c'est trop chou !
Alors en fait...j'ai pas lu les Jane Austen, donc c'est totalement involontaire haha. Merci pour les noms propres (je les aime d'amour, un peu quand même)/

Pour l'italique, je l'allège au niveau du chapitre 6 pour ne le garder que pendant les dialogues et garder le décalage entre ce qu'elle pense vraiment et ce que la politesse veut qu'elle dise XD Je reporterai les mêmes changements sur les premiers chapitres aux corrections.

Un grand merci de ta lecture et de ton retour, je m'en vais répondre au suivant !
Hylla
Posté le 04/06/2020
Super ce chapitre! Comme les autres, on avance petit à petit dans la vie d'Agathe et on commence à se poser des questions qui nous donnent vraiment envie de cliquer sur "suivant" pour continuer la lecture toute suite !

J'ai été étonnée ici de la réaction d'Agathe quand elle lit pour la première fois l'annonce du concours. Bien sûr, je ne peux que m'imaginer qu'elle meurt d'envie d'y participer, mais les faits jouent en sa défaveur: elle connaît la réaction de la société à son égard, symbolisée dans sa maison par ses parents, et même si elle a eu un intérêt certain dans sa conversation la semaine passée avec Lord Stone... je me suis dit qu'à ce stade, rien ne pouvait la pousser à se sentir en mesure de faire ce concours. Même si elle en a très très envie. Et justement, puisque Lord Stone lui en parle plus tard dans la journée, on a vraiment l'impression que ça lui simplifie les choses et que tout arrange bien tout le monde.

Mais si, à la lecture du papier, elle en avait envie mais se refusait d'y participer? Elle a toutes les raisons de croire qu'elle ne sera pas en mesure de le faire à ce stade-là, alors pourquoi accepte-t-elle la proposition de Miss Davies de parler à son frère pour les livres? Si c'était le cas, elle ressentirait davantage de frustration et d'injustice, et quand Lord Stone lui en parlerait plus tard ce serait vraiment plus libérateur qu'arrangeant. Ca renforcerait encore davantage l'empathie?

C'est juste une idée comme ça... car il y a déjà de nombreuses choses qui font qu'on s'identifie et qu'on adhère déjà à 100% à ce personnage, et qu'Agathe est suffisamment assez rebelle pour faire cela !
Mary
Posté le 08/06/2020
Coucou !

Haha Agathe est du genre à foncer dans le tas. Le problème vient de la société, mais sur ce sujet, elle ne manque pas de confiance en elle. La seule chose qui la freine, c'est qu'elle ne connaît pas la communauté scientifique (donc pas de parrainage) et la réaction de ses parents. L'important, c'est de se dire qu'elle a essayé, c'est pour ça qu'elle accepte la proposition de Miss Davies.

J'ai vu que tu avais laissé un autre commentaire, je m'en vais te répondre de ce pas !
Cléo
Posté le 04/05/2020
J'ai adoré ce chapitre (et les précédents que je n'ai pas commenté, n'ayant rien à ajouter de plus que les lecteurs précédents). Je trouve que tu écris formidablement bien, ton héroïne est attachante, tes descriptions efficaces, et le rythme du scénario bien mené. Franchement, chapeau !

L'enthousiasme de Lord Stone par contraste avec l'attitude étriquée des parents m'enchante, et je ne sais pas exactement expliquer pourquoi. Je dois compatir un trop avec Agathe et savoure sa revanche avec un peu trop d'intensité haha !

Je m'amuse beaucoup à lire ton récit et j'ai hâte de découvrir ce que tu nous réserves pour la suite (et d'en savoir plus sur ce mystérieux Adrian à la voix de basse).

P.S.: séquence mini-pinaillage. Dans cette phrase "D’un côté, il ne supporte pas mon tempérament insolent et mon inclination pour la science, de l’autre, il ne peut se soustraire à refuser une proposition aussi généreuse que celle-ci", je pense que le verbe "soustraire" n'est pas le bon et que tu voulais plutôt dire "résoudre"?
Mary
Posté le 05/05/2020
Re ,

Merci beaucoup <3 Je suis contente que ça te plaise autant, toutes tes remarques me font très plaisir !

Je pense que je n'aurais simplement pas dû coller soustraire et résoudre qui ne vont pas bien ensemble. Je verrai ça aux corrections, merci de l'avoir souligné !

À bientôt pour la suite, j'espère !
Cléo
Posté le 05/05/2020
Déformation professionnelle à force de parler maths et physique ;)
SalynaCushing-P
Posté le 05/04/2020
Mais j'adore tellement les parents. Ils sont ridiculement drôle. Attention peut être de ne pas les rendre trop antipathique (ce n'est pas le cas pour le moment).
C'est très agréable à lire, on voit que tu as fais du beau travail de recherche. Les concours scientifiques étaient courants. Surtout en mathématiques à ma connaissance, mais l'astronomie c'est aussi des math !
D'ordre tout à fait personnel (donc en sachant que j'ai des goûts tout pourri) je trouve que Adrian fait trop "3e pour le triangle amoureux" (et j'ai une sainte horreur des triangle amoureux (goût perso pourri tout ça tout ça). Ce que je trouve est barbant. Pour le moment je ne vois pas l’intérêt de ce personnage. Surement que ça viendra par la suite. (Donc ne prend pas mal cette remarque, c'est un gout perso que personne ne semble partager XD)
Mary
Posté le 05/04/2020
Hahahaha ne t'excuse pas, il n'y aura AUCUN triangle amoureux dans cette histoire XDD Je n'aime pas ça non plus ! Adrian est trèèèès discret pour le moment, il est comme ça, c'est dans sa nature - en vrai, je le surkiffe, mais je peux pas trop en dire pour le moment. Ca viendra petit à petit.
J'ai vu que tu avais déjà commenté le chapitre suivant, je m'en vais voir de ce pas !
Alice_Lath
Posté le 02/04/2020
Eh ben, ça c'est de la belle invitation et tu m'étonnes que les parents soient perturbés huhu leur fille seule chez un inconnu et son cousin à cette époque. Mais je suis contente pour Agathe, je suis certaine qu'elle réussira à faire ses preuves. Maintenant, je suis surtout curieuse d'en savoir plus sur ce qu'elle compte présenter au concours. Et pourquoi Adrian et Lord Stone s'intéressent autant à elle? Pck s'ils voulaient faire le concours, ils s'en tireraient très bien seuls je pense huhu.
Mary
Posté le 02/04/2020
Elle est chaperonnée, tout de même ^^
Toutes tes questions trouveront une partie de leurs réponses dans les prochains chapitres ;)
À très vite !
Cocochoup
Posté le 01/04/2020
Ça semble si beau, que ça semble irréel.
Hate de découvrir l'installation au château et comment la relation avec Mr blackwood va évoluer!
Et surtout je suis très intriguée par Adrian...
Mary
Posté le 01/04/2020
Tu veux dire Monsieur Stone, l'aristocrate ? Monsieur Blackwood, c'est le majordome XD
Héhé :D

À très vite pour la suite !
Mary
Posté le 01/04/2020
Tu veux dire Monsieur Stone, l'aristocrate ? Monsieur Blackwood, c'est le majordome XD
Héhé :D

À très vite pour la suite !
Cocochoup
Posté le 01/04/2020
Ah oui désolé j'ai un souci avec les prénoms... 😱
Je vois bien les perso dans ma tête mais je retiens jamais les prénoms ni les noms😂
Mary
Posté le 01/04/2020
Après il est gentil Blackwood hein ^^
Isapass
Posté le 30/03/2020
Bon, ça s'enchaîne trop bien tout ça, à mon avis ça cache des (mauvaises) surprises... Lord Stone et Adrian sont trop parfaits pour être honnêtes, c'est pas possible. Ils doivent avoir besoin d'elle pour... pour je sais pas quoi. En tout cas, c'est quand même bizarre qu'il ait flashé à ce point sur elle alors qu'ils se sont croisés une seule fois... Et puis les domestiques qui sourient en coin, le chat... tout ça c'est très bizarre. Ceci dit, je ne vois pas pourquoi ils peuvent avoir besoin d'une jeune fille... En tout cas, comme tu vois, ça attise ma curiosité et j'ai très envie d'en savoir plus !
J'ai d'abord trouvé que le chapitre avait l'air long, mais je suis arrivée au bout sans m'en apercevoir ! Preuve, encore une fois, que ta plume se lit avec beaucoup de plaisir ! C'est bien dosé entre les infos sur le background d'Agathe et l'avancement de l'intrigue. Et j'aime bien ses réflexions en italique : elles sont efficaces pour donner sont état d'esprit, et elles sont souvent drôles.

Détails :
"sinon mes parents me mèneront la vie infernale malgré toutes les protestations de la gouvernante." : une vie infernale
"Estime-toi déjà heureuse d’intéresser suffisamment Lord Stone pour qu’il supporte suffisamment ton impertinence pour nous inviter une deuxième fois." : deux fois "pour" dans la phrase, pas terrible. "en nous invitant une deuxième fois" ? "et nous invite une deuxième fois ?"
"— Je ne saurais que trop vous conseiller de sortir tes tenues, Katherine," : vous/tes, du coup on ne sait pas trop à qui il s'adresse
"Ne fais pas étalage de tes connaissances, quelles qu’elles soient, outre mesure. " : je mettrais "outre mesure" après "étalage"
"Du coin de l’œil, je vois Mère se redresser la tête." : je vois Mère redresser la tête
"D’un côté, il ne supporte pas mon tempérament insolent et mon inclination pour la science, de l’autre, il ne peut se soustraire à refuser une proposition aussi généreuse que celle-ci. " : "il ne peut se résoudre à refuser une proposition" ou "il ne peut se soustraire à une invitation..."

A bientôt !
Mary
Posté le 30/03/2020
Alors, celle-là, je ne m'y attendais pas ! Trop parfaits XD Bon, ils ont chacun leurs secrets, mais là, j'ai l'impression que tu t'imagines un sacrifice rituel haha. Tu auras certaines explications, notamment au sujet des domestiques, dans le chapitre suivant ;) J'espère que tu ne seras pas déçue... c'est que...c'est un peu plus calme que le Lotus, quoi ^^# Merci pour les passages en italique, j'aime beaucoup les travailler, mais il faut que je les dose bien - et pour l'humour, si tout marche comme je veux, j'espère pouvoir augmenter encore un peu la dose.

Merci pour les pinaillages !
Des bises et à bientôt pour la suite !
Prudence
Posté le 30/03/2020
Ça avance, ça avance... J'ai hâte de découvrir la suite et, par la même occasion, les péripéties et les difficultés qui vont s'imposer aux personnages principaux ! Adrian est intriguant, très effacé... Lord Stone, également...
Bon, eh bien, à bientôt pour le prochain chapitre ! :-)
Mary
Posté le 30/03/2020
Hello ! Oui, tout ce petit monde se met tranquillement en place ! À très vite pour le prochain chapitre (j'espère!)
Eulalie
Posté le 29/03/2020
Coucou,
j'ai dévoré ce chapitre. C'est un enchantement. J'ai tellement envie d'avoir la suite ! Si c'était un livre j'aurais tourné la page sans faire de pause.
Le manoir est mystérieux mais j'adore surtout ses habitants. Jusqu'au chat qui semble une copie du mien (gris, aimant les livres et le beurre).
J'ai trouvé le rythme de ce chapitre plus soutenu que les précédents, et c'était agréable. Les parents d'Agathe sont bien dosés, sans caricature, et elle commence à se donner un peu de confiance ce qui fait chaud au coeur.

J'ai été surprise par la typographie de l'article de presse. Est-ce dû au format sur FPA ? J'ai aussi trouvé deux "ces" qui auraient dû être des "ses" mais je ne sais plus où. Je te les retrouverai peut-être plus tard mais là les enfants m'appellent.
Bises !
PS : Agathe violoniste, décidément, je vais faire du bovarisme à fond !
Mary
Posté le 30/03/2020
Merci Eulalie <3
Je commence à trouver mon rythme, oui, et on entre dans le vif du sujet. Je ne voulais pas que l'intrigue mette plus de temps à s'installer (enfin, le début...héhé)
Ses parents sont odieux XD mais la confiance, comme tu dis, commence à arriver doucement.
Je n'avais pas fait attention pour la typo de l'article, je vais essayer de voir comment je peux arranger ça.

À bientôt pour la suite !
peneplop
Posté le 29/03/2020
Coucou Mary ! J'ai "bouffé" tes trois premiers chapitres sans rien trouvé à redire ! C'était si bien ! Je me retiens depuis la lecture du prologue à ajouter Noctis dans ma PàL parce que je ne sais pas si je serais capable de tenir la cadence... Elle déborde déjà en tout sens...! Bravo pour ce début très prometteur !
Mary
Posté le 30/03/2020
Haha merci beaucoup ! Ca me fait très plaisir ! J'espère te recroiser ici, je vais essayer d'avancer ces prochaines semaines. À bientôt j'espère !
Vous lisez