Chapitre 2 : La fille de la lande

Par Luna
Notes de l’auteur : Où l'on apprend à connaître la nouvelle venue

Chapitre 2 : La fille de la lande

L'aube se levait déjà sur la lande. Après des jours de pluie, le ciel s'était enfin éclairci. Un rayon de soleil perça la vitre de la chambre et vint se déposer sur l'édredon du lit, puis glissa jusqu'au visage laiteux de la jeune fille. D'autres le suivirent bientôt, embrasant sa chevelure de blé. De la pulpe de ses doigts, elle effleura les draps rugueux qui l'enveloppaient ; une odeur entêtante de fleurs s'en dégagea. C'est à ce contact chaud, parfumé et douillet tout à la fois, que ses paupières s'ouvrirent enfin.

Un lointain son de cloche se fit entendre au-dehors. Se relevant légèrement, elle aperçut par la fenêtre une carriole attelée à une mule s'arrêter. On déchargeait sur le palier une cargaison de bouteilles de lait. Son regard s'en détacha et glissa à hauteur de ciel, là où s'élevait déjà le soleil. Une muraille d'un vert brasillant ondoyait sous la brise du petit matin : la lisière d'une grande forêt bouchait l'horizon.

Elle n'eut pas le loisir de pousser plus loin ses observations. La porte venait de s'ouvrir sur une jeune femme rousse habillée simplement : une robe de tissu commun aux rayures gris perle mais sans fioritures, d'épaisses boucles rousses ramenées en un chignon modeste, portant un tablier et un plateau garni dans les mains. Ce ne fut toutefois pas ce qui la troubla le plus. De l'autre côté de son lit se tenait un garçon, assis à tout juste un mètre d'elle ; elle venait de remarquer sa présence. Avait-il passé la nuit à la veiller ?

— Je suis heureuse de voir que tu vas mieux ! lança avec un grand sourire la jeune femme. J'apportais ça à Aaron, mais il ne m'en voudra pas de te le laisser à la place.

— Me... merci.

Sa voix était enrouée. Il n'y avait rien là de bien étonnant. Cela devait bien faire trois jours qu'elle n'avait pas parlé. Et vu ce qu'elle avait affronté la veille. La veille... À moins qu'elle n'ait dormi plusieurs jours ? Elle tenta de chercher dans sa mémoire, mais tout ce dont elle se souvint fut cette lumière vacillante au cœur d'une terrible tempête.

Avant qu'elle n'ait le temps de s'en rendre compte, le plateau se retrouva entre ses mains. Elle jeta un coup d'œil gêné au garçon qui la fixait toujours, puis se décida à avaler son repas.

Son regard se mit à vagabonder, détaillant méticuleusement chaque recoin de la chambre ; de la fenêtre où perçait le soleil, jusqu'à la porte où était entrée la jeune femme, désormais affairée à faire un brin de ménage. Elle nota au fond, près d'une grande armoire rustique en bois verni, une chaise où avaient été déposé le peu qu'il lui restait de son ancienne vie : sa robe de voyage et sa cape, lavés et pliés avec soin, ses bottines décrottées et sa valise reposant à côté. L'ensemble sentait le vieux bois, respirait le vécu et l'usure, et les draps commençaient à être rugueux sous ses doigts, loin des étoffes de soie dont elle avait l'habitude. Pourtant, elle sentit peu à peu un extraordinaire sentiment de bien-être l'envahir. Le pain chaud qu'elle trempait dans son lait frais croustillait et fondait tout à la fois dans sa bouche, lui donnant à chaque bouchée qu'elle avalait l'impression de reconquérir des forces perdues depuis longtemps. Elle ne put retenir la larme qui perlait au coin de son œil, émue toute qu'elle fut par la bonté de ces gens simples qui l'avaient recueillie après toutes ses mésaventures.

Elle voulut essuyer cette larme, mais un geste maladroit lui fit lâcher sa cuillère qui dégringola sur le plancher. Avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir, le garçon s'était précipité pour la ramasser. Il lui tendit après l'avoir timidement essuyé avec un mouchoir tout droit sorti de sa poche ; un geste qui étonna la jeune fille. Ce mouchoir brodé avec finesse semblait avoir été cousu dans une étoffe de tissu extrêmement soyeux. Voilà qui lui était plus familier. Qui plus est, un nom y était inscrit dans une élégante écriture : Eleanor. Ces usages n'étaient pas ceux d'aubergistes, de paysans ou de fermiers, non... c'étaient ceux d'une dame du monde. Il y avait là un vrai mystère : comment ce mouchoir avait-il pu se retrouver dans les mains d'un simple garçon d'auberge ?

Elle attrapa enfin la cuillère et le remercia furtivement d'un sourire embarrassé. Oui enfin, ce n'était pas là le tableau auquel elle était habituée ! Dans son monde, aucun garçon ou homme hormis son père ne l'avait jamais vu autrement parée de sa toilette, les cheveux attachées en un élégant chignon, et jamais, au grand jamais, allongée dans un lit à peine vêtue d'une chemise de nuit ! Aurait-il été un petit garçon que cela ne l'aurait pas gênée, mais celui-là semblait avoir à peu près son âge...

La fille rousse dut percevoir son malaise, car elle s'approcha de lui, posa sa main sur son épaule et lui chuchota :

— Peut-être vaudrait-il mieux la laisser seule maintenant.

Après l'avoir fixé d'un regard indéchiffrable, il saisit le livre qui était resté ouvert sur l'accoudoir du fauteuil, tourna les talons et disparut de la pièce comme un renard en fuite.

*

Qui était cette inconnue apparue dans la lande comme une chimère ? Une jeune fille de son âge ne voyageait pas seule et encore moins en-dehors des sentiers battus. S'était-elle perdue ? Et cette valise... Était-ce une fugueuse ? Qu'est-ce qui avait bien pu la pousser à abandonner son foyer et sa famille ? Avait-elle seulement une famille et un foyer ? Si Aaron ne connaissait rien du monde mis à part ce qu'il avait déjà vu de ses propres yeux, ce qu'il avait entendu au détour de quelques conversations à l'auberge et ce qu'il avait pu lire dans ses livres, quelque chose au fond de lui était obnubilé par elle. Mais il ne s'agissait pas de ces fascinations qui font s'éprendre deux jeunes gens. Non... Ses cheveux, son regard et même sa voix résonnaient dans son esprit comme un écho lointain dont il ne discernait pas encore le sens.

Une impression de déjà-vu le hantait.

Le soir venu, la jeune fille avait recouvré assez de force pour descendre souper. Le repas avait lieu dans une petite pièce attenante à la cuisine qui ne donnait pas directement sur la salle commune où l'on servait les clients. Aussi les aubergistes soupaient-ils toujours à dix-huit heures tapantes de manière à pouvoir s'occuper de leurs pensionnaires à partir de l'heure qui suivait.

Cette salle à manger, qui faisait aussi office de petit salon, s'accommodait bien au reste de la demeure : mêmes parois boisées à l'odeur piquante, même cheminée en pierres grises, même ambiance chaleureuse. Elle y réunissait toutefois les objets les plus chers aux Feginn et était – il est bon de le remarquer – sans doute l'une des pièces les plus garnies en tapis que l'on eût jamais vu. Si l'aubergiste avait exilé quelques portraits de famille qui lui déplaisaient dans la salle commune aux pensionnaires, il avait accordé une place de premier choix à celui de son père, au-dessus de la cheminée de leur pièce privée. Ce tableau, tout aussi austère que les autres aux yeux d'Aaron, dépeignait un grand homme, copie conforme du M. Feginn qu'il connaissait, quoique ses traits fussent beaucoup plus sévères et sa bedaine moins ronde.

La pendule sonnait tout juste dix-huit heures quand Aaron et Elouan arrivèrent, trempés jusqu'aux os, les cheveux en bataille et le nez rouge.

— Où diable êtes-vous encore allés traîner ? maugréa Mme Feginn, se débarrassant vivement de son tablier pour essuyer sans délicatesse le visage du petit garçon.

Pour toute réponse, Aaron émit un reniflement sonore ; ce qui eut l'effet immédiat d'arracher un éclat de rire à Maïwenn à côté de laquelle il s'assit. M. Ferrec grommela quelques mots incompréhensibles tout en s'installant au plus près du feu qui ronronnait dans son foyer. On avait beau rouspéter à la tenue d'Aaron, l'homme à tout faire ne donnait certainement pas l'exemple avec ses vêtements sales qui empestaient la pluie et la boue et ses manières rustres. Elouan gloussa de plus belle en se tordant dans tous les sens. Lasse, la cuisinière se laissa tomber sans grâce dans son siège.

M. Feginn ignora la scène, se contentant de s'installer en sifflotant afin de servir les assiettes ; car, comme son père le lui avait si sagement appris, il est toujours bon de ne pas se reposer entièrement sur la maîtresse de maison – d'autant plus lorsque l'épouse est de nature à s'enflammer à la moindre contrariété. Néanmoins, Aaron soupçonnait M. Feginn d'avoir arrangé à sa sauce ce soit-disant principe.

Ce ne fut qu'à ce moment-là que le garçon la vît, ses cheveux blonds brossés et tirés en arrière tombant en cascade sur ses épaules. Propre, les joues roses, vêtue d'une robe couleur ciel que Maïwenn avait ajusté à sa taille. Il se sentit soudain furieusement honteux de son attitude et se tassa sur son siège pour disparaître.

— Te voilà enfin sur pieds ! lança M. Feginn avec entrain. Tu nous as fait une belle frayeur tu sais.

— Je ne sais comment vous remercier pour m'avoir accueillie et soignée.

Elle lui adressa un sourire empreint de timidité.

— En reprenant des forces, et en allant mieux, fit Maïwenn avec douceur. Evanna, c'est bien ça ?

La jeune fille manqua bien d'en perdre sa fourchette. Elle la fixa l'air interdit.

— Comment...

— J'ai vu ton prénom brodé sur une couture de ta cape quand j'ai lavé tes affaires. C'est très joli !

Evanna esquissa un nouveau sourire maladroit, voulut répondre, mais aucun mot ne parvint à se former distinctement. Aaron se releva pour observer sa réaction curieuse. À bien y regarder, ses mains tremblaient. Il se demanda si les autres l'avaient remarqué.

Après avoir englouti une bouchée de son ragoût d'un air songeur, Mme Feginn s'adressa à elle en la vouvoyant, comme elle s'obstinait à le faire avec quasiment tout le monde, y compris son mari :

— Mon enfant, il va falloir nous dire où écrire à vos parents. Il doivent se faire un sang d'encre...

— Non !

Evanna avait crié. Tout mouvement se suspendit et un silence de mort s'abattit sur la tablée. Interloqué, Herbert, le vieux labrador, releva même la tête l'air ahuri.

— Je veux dire que... ce n'est pas la peine, reprit-elle d'une voix plus mesurée. J'ai... je ne saurais vous indiquer aucune adresse, ni parent ou relation. Je... voyez-vous, je n'ai pas la moindre idée de la manière dont je suis arrivée ici.

M. et Mme Feginn échangèrent un regard abasourdi, tandis qu'Aaron fronçait les sourcils, plus alerte que jamais.

— Tu veux dire que tu as perdu la mémoire ? demanda Maïwenn.

— Ce... c'est bien possible...

Maïwenn lui prit la main d'un geste compatissant et lui murmura quelque chose qu'Aaron ne parvint pas à entendre. Evanna sourit avec maladresse et continua à manger, découpant sa viande avec une grâce étonnante. Le silence s'installa de nouveau, seulement rompu de temps à autre par le ronronnement de la cheminée. Mme Feginn échangea un regard avec son mari et sa fille, ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis se ravisa.

De son côté, Elouan observait leur convive d'un œil curieux. La bouche encore dégoulinante de sauce, il lança :

— En tout cas maintenant je sais que c'est pas toi la Dame blanche.

— Ne raconte pas de sottise voyons, répliqua Mme Feginn d'un air agacé en lui assenant une tape sur le crâne.

— Mais c'est vrai ! protesta le petit garçon. C'était comme dans les histoires d'Aaron !

À cette précision, l'intéressé s'affaissa encore plus sur son siège, comme si le pichet de céramique qui trônait devant son assiette avait la prodigieuse faculté de le faire disparaître aux yeux des autres.

— Voilà qui est malin, marmonna M. Feginn à son intention.

— Excusez-moi, mais... qui est la Dame blanche exactement ? intervint Evanna, à toute évidence ravie de changer de conversation.

Elouan ouvrit des yeux ronds comme des billes dans une moue scandalisée.

— Quoi ? Tu la connais pas !

— Tout le monde connaît cette histoire par chez nous, affirma Maïwenn. C'est une légende au moins aussi vieille que cette auberge.

— Et même plus.

Tout le monde se tourna vers M. Ferrec. Il parlait en de si rares occasions que l'entendre était toujours une surprise. L'homme bourra sa pipe et, lorsqu'il eut fini, plongea, sombre, son regard dans celui d'Evanna qui cilla légèrement.

— La Dame blanche est la messagère de la Mort, la compagne du Faucheur de vie. Elle fut fiancée autrefois, mais son promis disparut avant le mariage, l'abandonnant à une vie de solitude et de regrets. Certains disent qu'il mourut, d'autres qu'il l'abandonna. Depuis lors, elle erre, habillée de sa toilette de mariée, dans la lande et près des chemins pour annoncer de funestes messages aux malheureux qui ont l'infortune de croiser sa route.

Sa voix rocailleuse mourut dans le crépitement du foyer. Elouan acquiesça vigoureusement. Les autres ne disaient mot. Le silence s'abattit de nouveau sur la pièce, tandis que M. Ferrec reprenait ses impénétrables méditations.

*

Evanna s'était éclipsée à la fin du repas prétextant être encore éprouvée par la fatiguée et qu'un peu de repos ne lui ferait pas de mal. De retour dans sa chambre, elle s'enferma à double-tour avant de se précipiter sur l'armoire. S'abaissant jusqu'au sol, elle glissa sa main derrière le meuble à hauteur de plancher.

Pas d'inquiétude. Il n'avait pas bougé.

La jeune fille se laissa tomber sur le lit moelleux sans même se changer, ni prendre la peine de glisser son corps sous les couvertures. Elle tâcha de faire le vide dans son esprit pour goûter au son du silence. Rien ne bougeait. Et aucun bruit ne vint troubler sa torpeur.

Elle prit une profonde inspiration. L'odeur du bouquet de fleurs séchées qui trônait sur sa table de nuit flottait dans l'air. Ces fleurs, Evanna les connaissait bien. Les heures passées le nez fourré dans les gros volumes de sa Flore continentale du Pays Vert sauvage lui avaient apportées des connaissances pointues sur les plantes qui parsemaient toute cette partie du pays ; ils lui avaient aussi usé les yeux jusqu'à la contraindre à porter des lunettes. Bien sûr, depuis, elle les avait perdues, comme bien des choses de son ancienne vie qu'elle avait dû abandonner derrière elle. Sentant des larmes lui piquer les yeux, elle se força à ne plus songer au passé et ferma ses paupières épuisées. Elle se roula en boule avant de sombrer dans un sommeil léger.

Un son lointain renvoyant de très faibles échos jusqu'à sa chambre la tira de sa sieste quelques heures plus tard. Un coup d'œil à la fenêtre lui apprit que la nuit devait être déjà bien avancée. La lune s'était levée et s'adonnait à un jeu de cache-cache avec de gros nuages d'encre. Elle se concentra quelques instants, aux aguets. Un fredonnement lancinant se dégagea bientôt distinctement.

Sans réfléchir, Evanna s'échappa de la pièce et descendit à pas de loup au rez-de-chaussée.

Quelques clients étaient toujours là malgré l'heure tardive, tournés vers la cheminée de la grande salle commune où se tenaient deux silhouettes voûtées qui fredonnaient. Sans surprise, Ferrec fumait sa pipe au coin du feu, les jambes croisées aux côtés de son chien qui somnolait. Près de lui avait pris place Mme Feginn et le petit Elouan, serrés l'un contre l'autre, tous deux bercés par le mouvement régulier de leur chaise à bascule. L'aubergiste, lui, dodelinait de la tête en nageant au milieu de ses papiers qu'il avait étalés en pagaille sur une table – certainement des feuilles de compte. Aaron était là lui aussi, la tête posée avec tendresse sur l'épaule de Maïwenn. Chacun écoutait ce vieil homme et cette vieille femme fredonner avec mélancolie.

L'évidence la frappa : elle les avait aperçus plus tôt dans la soirée arriver à l'auberge, lourds d'une fatigue engourdissant leurs vieux os ; celle d'avoir passé toute une existence à arpenter les chemins, allant de bourg en bourg, défiant le mauvais temps et les aléas de la vie. Voilà ce qu'ils étaient : des conteurs ambulants qui chantaient le soir en échange du gîte et du couvert.

Le murmure se répandit dans l'assemblée comme une traînée de poudre, chacun reprenant du fond de sa gorge la mélodie lancinante – à l'exception de M. Feginn qui s'était désormais tout à fait écroulé dans ses papiers. Envoûtée, Evanna s'approcha, sans toutefois sortir de l'ombre qui la dissimulait aux yeux des autres. Le bruissement d'un violon s'emballa, bientôt rejoint par la mélopée plaintive d'un violoncelle qui martelait l'air d'un rythme retenu.

Quand le murmure se tut, les deux voix rattrapèrent les notes en les parant de mots :

Sous les vents, les vents levants,

Il était une fille et son amant,

Qu'un malicieux korrigan

Avait fait s'éprendre tendrement.

Sous les vents, les vents dansants,

Fleurissait cet amour insouciant

Des deux jeunes gens imprudents,

Embrasés par leurs baisers ardents.

Sous les vents, les vents tournants,

La marée engloutissait l'estran,

Et de la mer se languissant,

Il quitta sa belle et son enfant.

Sous les vents, les vents fuyants,

Des flots déchirés de l'océan,

Il vogua des années durant

Vers des airs embaumés de safran.

Les instruments retinrent leur souffle. Pendu à ces voix gutturales, mais étonnamment douces, le rythme se modéra.

Sous les vents, les vents hurlants,

Ô rude Mer, tisseuse de tourments,

Qu'as-tu volé à ces jeunes gens

Pour tes rives du lointain Orient ?

Sous les vents, les vents d'antan,

Insensible et sourd s'écoule le temps,

Des jours passés et riants

Aux vestiges du soleil couchant.

Et au loin, au loin des terres

De son pays et des bruyères,

Et au loin, au loin il erre,

Loin de son amour de naguère.

Lorsque violon et violoncelle s'éteignirent, la dernière syllabe sembla rester suspendue dans l'air un court instant. Puis tout le monde siffla et l'on applaudit les musiciens. Très vite s'y substitua une gigue entraînante que les quelques spectateurs accompagnèrent de joyeux battements de mains.

Mais Evanna resta figée, comme si elle ne parvenait pas à se remettre de ce dont elle avait été témoin. Ces usages ruraux n'avaient toujours été pour elle que de simples légendes d'un autre temps ; des légendes qui n'existaient que dans les contes et les livres d'histoire jusqu'à ce soir-là. C'est sans doute la raison pour laquelle elle ne vit pas arriver Maïwenn. Elle sursauta. Sans s'en rendre compte, Evanna avait quitté sa cachette pour entrer tout à fait dans la pièce.

— C'était beau, n'est-ce pas ?

Evanna acquiesça timidement.

— Qui est-elle ? demanda-t-elle au bout d'un moment. La fille de la chanson ? La fille de la lande ?

— Elouan te dirait que c'est la Dame blanche !

Maïwenn pouffa en regardant le petit garçon avant de reprendre, mélancolique :

— Pour moi, c'est simplement une pauvre âme dont l'homme qu'elle aimait a mis trop de temps à prendre conscience de ses propres sentiments. Et il a laissé passé sa chance.

— C'est tellement triste...

Maïwenn lui adressa un sourire plein d'une tendresse maternelle. Gênée d'avoir laissé échapper cette dernière phrase, Evanna le lui rendit mais détourna les yeux, rougissante. De l'autre côté de la pièce, Aaron croisa son regard, faisant mine d'écouter les musiciens. Quelque chose dans ses yeux qui la fixaient sans ciller la déstabilisa ; forma un nœud dans le fond de son estomac.

Pourquoi avait-elle le sentiment incongru qu'il avait la faculté de lire au fin fond de son âme et de percer son secret ?

 

 

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Isapass
Posté le 11/06/2018
Coucou Luna !
Me voilà de retour pour la suite de ton Fils du vent, et je vais essayer d'être plus assidue (j'ai terminé d'autres lectures PA).
Je suis toujours aussi charmée par ce second chapitre. L'atmosphère chaleureuse, rustique et simple de l'auberge est toujours là, ainsi que ses habitants décidément sympathiques. 
Evanna est à la fois mystérieuse et attachante. Tu donnes le bon dosage d'introspection pour qu'on l'aime déjà et qu'on se pose plein de questions. 
On s'en pose aussi sur le lien qui semble exister avec Aaron, bien sûr. 
J'aime bien les "tableaux" que tu peins : cette fois la scène des chanteurs ambulants qui portent tout le monde à la nostalgie. On sent la fatigue de la journée qui devient rêverie. La chanson est vraiment très jolie ! Je m'y suis essayée dans les Princes liés, et je sais que c'est difficile, comme exercice ;)
Pour l'instant, le rythme est plutôt lent, mais parfaitement assorti à la vie de l'auberge. Et en même temps, les premiers ressorts de l'intrigue se mettent en place. 
Et ta plume est décidément très subtile. J'aime beaucoup. Elle me donne l'impression que tu écris comme si tu racontais à l'oral, en veillant à un rythme un peu musical. Comme une valse. Et tu dois parfois passer longtemps à chercher pile le bon adjectif ou le bon verbe pour être tout à fait satisfaite de ta phrase. Je me trompe ? Je te l'ai déjà dit mais je trouve qu'il y a des points communs avec ma propre façon d'écrire. Du coup, ton écriture me parle beaucoup.
Bref, tout ça donne très envie de continuer ! 
Détails : 
"émue toute qu'elle fut par la bonté de ces gens simples" : toute émue qu'elle fut, non ?
"qui est la Dame blanche exactement ? intervint Evanna, à toute évidence ravie de changer de conversation. " : il me semble qu'on dit plutôt "DE toute évidence"
A très bientôt ! 
Luna
Posté le 11/06/2018
Coucou Isa !Rholala je te réponds avec tout plein de retard, j'en suis désolée ;__; merci beaucoup de ta lecture et de ton commentaire !
Je suis très contente que l'histoire continue à te plaire et que tu t'attaches à Evanna. J'avais peur qu'elle soit moins attachante qu'Aaron car j'avais eu cette remarque par quelqu'un qui m'avait lu et c'est vrai que j'ai personnellement toujours beaucoup de mal à rentrer dans une lecture où je ne m'attache pas à tous les personnages. Me voilà donc rassurée sur ce point-là :)
C'est marrant que tu utilises ce terme de "tableaux" pour certaines scènes. C'est exactement ce que j'essayais de rendre !
Ah oui, les chansons sont un vrai casse-tête à écrire ! J'y ai passé beaucoup de temps pour celle-ci, donc je suis ravie qu'elle te plaise :) et tu attises ma curiosité, Les Princes liés étaient déjà dans ma PAL, mais maintenant ça devient une urgence ^^ (j'adore l'inclusion des chansons dans un récit, je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que ça donne de la substance à l'univers, une sorte d'authenticité).
Wahou je suis trop contente qu ma manière d'écrire t'évoque cette oralité ! C'est vrai que j'écris de multiples jets d'une même phrase très souvent, la lisant et relisant à haute voix pour être sûre qu'elle passe bien. Même si c'est rare que je sois complètement satisfaite du résultat final. Mais je trouve que la relecture à voix haute est vraiment un bon outil. Elle permet de débusquer ce qui peut être un peu bancal dans une phrase.
Un grand merci pour ta lecture et tn relevé de coquilles (je ne les avais pas vues celles-ci aie aie aie... !)
À bientôt ;)
Luna
Mlle Aze
Posté le 08/03/2017
Hello,
J'aime beaucoup ton style, l'ambiance celtique et l'atmosphère que tu offres! Jadore la chanson, j'me demande si c'est une vraie vieille chanson ou c'est toi qui l'a inventé?
J'attends la suite en tout cas! 
Luna
Posté le 08/03/2017
Coucou !
 
Je réponds bien tard, j'en suis désolée...
Ton commentaire est très gentil, merci ! Je suis ravie que mon histoire te plaise :)
La chanson c'est effectivement moi qui l'ai créée, tout en essayant de lui donner une authenticité. Pour ça j'ai passé des heures et des heures à me plonger dans de vieilles chansons bretonnes, gaéliques et anglaises.
Merci encore de ta lecture, et à bientôt Mlle Aze ;)
 
Luna
Elia
Posté le 12/12/2017
Coucou !
J'aime décidément beaucoup ta plume ! Et puis cet univers... Ça me rappelle les Hauts de Hurlevent (en un peu plus joyeux pour le moment hahha) 
Hormis une coquille (rattrapée par la fatiguée ou quelque chose comme ça) c'est toujours aussi bien écrit !
Idem pour les chansons.
Voici mes remarques/questions : Evanna ne mentirait-elle pas lorsqu'elle prétend avoir perdu la mémoire ? En tout cas j'ai cette sensation après avoir lu ce chapitre !
Ensuite, même si la famille se préoccupe d'écrire à ses parents (Evanna) je trouve qu'ils sont tous bien sereins. Ils viennent de recueillir une inconnue et leur réaction, même si la gentillesse fait plaisir à voir, m'intrigue. J'ai eu le sentiment qu'ils ne se préoccupaient pas plus que ça de savoir ce qu'il lui était arrivé, qu'ils n'insistaient pas (malgré sa perte de mémoire). Je chipote bien sûr mais ce détail me surprend un peu ^^  (ou même : le voisinage aussi doit poser des questions hahha)
Autrement c'était très bien :) 
Luna
Posté le 12/12/2017
Salut Elia !
 
Pardon d'avoir mis tant de temps à te répondre, je n'avais pas vu ton commentaire :(
Merci pour cette lecture et tes remarques, je prends note des coquilles et les corrige :)
J'ai longuement réfléchi à ce que tu dis par rapport aux Feginn qui ne réagissent pas trop. Effectivement il faudrait que je mette davantage l'accent dessus, car je ne le montre pas mais ils enquêtent comme ils le peuvent pour comprendre qui elle est. Du coup, après réflexion je pense introduire une scène supplémentaire qui l'évoquerait. Tu as vraiment bien fait de me pointer ça, car je n'avais pas réalisé que cela pouvait poser problème, mais maintenant que tu le dis, je pense que ça pêchait à ce niveau-là.
Merci encore Elia <3
 
Luna
Elka
Posté le 10/04/2016
Me voici définitivement charmée par ton histoire <3
Tu as une façon de semer des indices au travers de petits riens qui me plaît énormément. Le mouchoir brodé d'Aaron qu'on découvre parce qu'Evanna lâche sa cuillère. Ca donne l'impression d'avoir plusieurs petites informations qui passent hyper bien compte-tenu de la scène !
Evanna a donc fui la haute-société. J'ai l'impression que M et Mme Feginn ne sont pas dupes quant à sa soit-disant perte de mémoire. Son "non" était un peu trop pressé pour ça... Ou alors ils la croient mais pensent qu'il ne vaut quand même mieux pas contacter sa famille si la réponse instinctive d'une amnésique est un refus aussi catégorique.
Mais pourqwa ?? Je me retrouve à supposer tout et n'importe quoi ! Du mariage arrangé au meurtre !
Maïwenn est décidément un excellent personnage. Quelle douceur dans ses paroles et ses actes ! Je l'adore vraiment. Et les réactions d'Aaron sont juste adorables <3 On a du mal à lui donner 15 ans, j'avoue. Ca le rend adorable !
J'espère que tu posteras la suite <3 Merci pour cette histoire !
Luna
Posté le 10/04/2016
Elka ! Quelle belle surprise de trouver un deuxième commentaire de toi <3
Pourquoi donc Evanna fuit-elle ainsi ? Héhéhé, voilà une question pour laquelle il faudra attendre encore peu. Mais promis, la réponse viendra assez rapidement dans l'histoire ! M. et Mme Feginn ne sont effectivement pas dupes, mais Aaron non plus...
C'est vrai qu'on m'avait fait la remarque pour Aaron, certains lecteurs le voyaient plus jeune. Mais j'avais envie d'un personnage masculin qui assume pleinement sa sensibilité, parce que dans ma tête il a grandi dans un paysage très poétique et avec Maïwenn lui a transmis beaucoup de la douceur qu'elle a dans sa propre personnalité. Sans elle, il n'aurait pas ce trait de caractère si affirmé.
Oui le suite viendra bientôt, promis ! J'avais dû mettre entre parenthèses mes travaux d'écriture pendant un an à cause de mon concours de cette année, mais maintenant que l'été est arrivé, je peux enfin reprendre. La correction des premiers chapitres était déjà bien entamée (et j'arrive enfin, presque, au bout de ce roman), donc je vais tâcher de reprendre tout ça rapidement :)
Merci à toi de m'avoir suivie jusque-là, pour ton soutien et tes commentaires entousiasmes ! On se retrouve très vite sur PA <3
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