Chapitre 2: Jeudi 5 Septembre 2019

— Mais, t’es folle Olympe, en rit encore Lionel, l’assistant de Christine, Quand on dit fleur, on pense pas nécessairement à effeuillage. Je crois que Chris est bon pour la thérapie.

 

Toujours ce sourire impertinent aux lèvres, Olympe recale la bretelle de son haut. C’est le moment que choisit Duncan pour lever sa pinte de bière irlandaise. 

 

— À la reprise du théâtre, tonne-t-il, Et à la pièce de cette année.

 

Vous le suivez tous dans son enthousiasme en un chœur si bruyant qu’il couvre un bref instant les commentaires sportifs du match de rugby à la télé.

 

— Vive Salomé ! 

 

Puis, tu plonges tes lèvres dans la fraîcheur amère de la bière. Son côté grasseyant dégouline dans ta gorge desséchée par les répliques et exercices effectués. Pétronilla en profite pour se tourner vers toi, la seule à être aussi sérieuse malgré les quelques pintes déjà égrenées. 

 

— Je voulais te dire, bravo pour ta prestation avec ce blaireau de Duncan, dit-elle, Je ne m’attendais pas vraiment à un exercice d’acrosport.

 

Un bref sourire moqueur illumine son visage, avant de bien vite retomber.

 

— Je suppose que c’est son idée à lui.

 

Ivre mort, Duncan s’affale à moitié sur les épaules musclées de Pétronilla et lui souffle son haleine chargée au visage :

 

— Bravo, Petro, la taquine-t-il, Toujours aussi perspicace.

 

La jeune femme est sur le point de répliquer quand Lionel repose bruyamment la chope de bière vide sur la table. Il sort un billet, puis attrape son manteau encore humide de l’ondée automnale. 

 

— Bon, je vous aime bien, les enfants, salue-t-il alors qu’il ramasse son sac à dos plein de notes, Mais ma copine m’attend. Amusez-vous et ne faites pas trop de bêtises.

 

— Tu plaisantes ? Les enfants ? l’alpague Olympe, de plus en plus braillarde à mesure que l’alcool monte, T’es à peine plus vieux que nous !

 

Lionel se contente de vous sourire une dernière fois et disparait dans le courant d’air chargé de pluie de la porte d’entrée. Tu as remarqué ce petit début de fossette à la commissure de ses lèvres quand il taquine un des étudiants. Une virgule, un rien de prime abord... Mais tu sais aussi combien une simple virgule peut bousculer le phrasé d’une vie.

 

Ton portable vibre alors. Tu décides de jeter un rapide coup d’œil à la pièce jointe envoyée sur la messagerie.

 

— C’est quiiii ? demande Olympe, décidemment bien attaquée, Tu as un copain ?

 

Tous les regards se fixent alors sur toi, y compris ceux d’Iris et d’Armand, qui ont à nouveau les mains entrelacées au bout de la tablée. Comme seuls au monde dans ce groupe d’irréductibles célibataires.

 

— Non, ris-tu pour masquer ta gêne, C’est Dayamayee, ma meilleure amie. Elle est au beau milieu d’un concours de créateur de mode, elle m’envoie son avancée.

 

— Montre ! s’exclame Duncan, qui t’arrache le téléphone des mains, C’est incroyable, elle est vraiment super douée.

 

Tu es sur le point de réclamer ton dû quand le garçon le passe à Arnaud. Tu vois ses yeux en amande se froncer délicatement à mesure qu’une étincelle d’admiration croît dans ses yeux. Alors, sans même le remarquer, tu te tais.

 

— Elle est vraiment très douée, dit-il doucement, Regarde Petro, à ton avis, on pourrait passer un contrat avec elle pour les costumes ?

 

Pendant que Petronilla fixe le téléphone avec attention, Olympe attrape Christophe pour le traîner sur le bref espace libre pour danser. Le match fini, la télévision s’était en effet mise à crachoter un vieux tube des années 80. Le sol collant fait couiner leurs semelles tandis que les exclamations gênées de Christophe attirent l’œil des habitués. 

 

— Fais pas attention, marmonne Iris sans même les regarder, Olympe est toujours comme ça. 

 

Tu regardes à nouveau la jeune femme, tourbillonnante dans son teddy de soie brodé trop grand pour elle. Elle rit mais elle hurle. Elle t’appelle mais elle se cherche. Et à chacun de ses pas décidés, elle trébuche. Elle est belle. 

 

Puis tu regardes tous tes nouveaux camarades, qui s’exclament à mesure que Chris tente de s’échapper de la danse déchaînée, tous en dehors de Petronilla, concentrée sur la photo du patron de Dayamayee. 

 

Enfin, la chanson s’arrête, aussi brutalement qu’elle avait commencé. Tu te lèves pour aller chercher un verre au comptoir. Olympe t’accompagnes, et, du coin de l’œil, tu vois Christophe sortir fumer une cigarette en douce. 

 

— Bonsoir, demande timidement un garçon aux joues rouges, Vous êtes accompagnées ?

 

Derrière lui, son ami vous regarde également à la dérobée, ce feu battant allumé par l’alcool dans le regard. Tu ne sais plus trop ce qu’il se passe, Olympe discute avec chaleur avec eux. Armand et Iris s’éclipsent, Pétronilla te rend ton portable pour ensuite retourner bavarder avec Arnaud. Tu regardes et remarques que Bianca a essayé de t’appeler deux fois.

 

— Un souci ? demande un des garçons, Un message de ton copain ?

 

Tu ris, un peu gênée.

 

— Pas du tout, te sens-tu obligée d’expliquer, C’est ma belle-mère qui veut encore me couver. Je la rappellerai quand j’en aurai envie.

 

Le portable finit dans ton sac avec tes soucis et tes émois. Ce soir, tu vis au présent, dans ce pub irlandais qui se remplit à mesure que les minutes défilent. Ici et maintenant, sans regrets.

 

Mais tout le monde ne partage pas ton avis. Car, lorsque tu suis les coups d’œil rapides d’Olympe vers l’extérieur, tu aperçois Christophe en pleine discussion avec une femme fort élégante, autour de l’incendie allumé par les bouts incandescents de leurs cigarettes respectives. 

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Mandragor
Posté le 11/02/2020
J'ai mis du temps, mais me revoilà !
Je dois avouer que personnellement, j'ai eu un peu plus de mal à suivre que dans le premier chapitre ! Les sursauts de temps m'ont un peu faite bugger haha

L'histoire m'emballe toujours autant ceci dit. Saurons nous qui est "Tu" ? Olympe est envoûtante à souhaits !

Ton style est vraiment très agréable à lire, c'est un peu comme un ruisseau tortueux qui sortirait de son lit mais à la verticale, qui s'envolerait en fait, et serpenterait comme ça.

J'ai vraiment hâte de lire la suite !!
Alice_Lath
Posté le 11/02/2020
Merci pour ton commentaire haha et je ne répondrai pas pour le tu ;)
Cette image me touche beaucoup en tout cas, elle résonne et je t'en remercie davantage encore
Les sursauts de temps? Que veux-tu dire?
Mandragor
Posté le 11/02/2020
Je suis contente que tu aies pu décortiquer ma métaphore alambiquée ! ;-;

Je pensais aux brusques changements de temps dans la conjugaison du récit !
Alice_Lath
Posté le 11/02/2020
Une métaphore poétique ne se décortique pas toujours, elle s'écoute avec les sentiments huhu
Et là, je vais casser la magie: merde, j'ai encore laissé des verbes pas au présent traîner, c'est ça? Ou tu veux dire le passage au présent de manière générale?
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