Chapitre 2 : Hans

Par Zoju
Notes de l’auteur : J'aimerais beaucoup avoir votre avis pour ce chapitre notamment en ce qui concerne les dialogues. En espérant que ce chapitre vous plaira, je vous souhaite une bonne lecture ! :-)

J’observe le lac qui s’étend devant moi. Toutefois, mon humeur du moment n’est absolument pas propice pour me laisser émerveiller par la beauté du lieu. Ma dernière discussion avec Anna ne s’est pas très bien passée et depuis je ne cesse de ruminer ses paroles. C’est la première fois que nous avons pu parler à notre aise depuis mon arrivée au camp qui remonte à une semaine. Durant l’assaut de la base, son supérieur a dû partir à la suite d’un message urgent d’un de ses alliés, lui léguant au passage la direction du camp rebelle le temps de son expédition. Sur le coup, je me suis demandé quel genre de chef il était pour laisser ses hommes de cette manière et puis j’ai compris que cela lui arrivait fréquemment de s’absenter de la sorte. La preuve, Anna a accueilli la nouvelle avec détachement et s’est attaquée sans plus attendre à sa tâche. « Nous ne pouvons prendre le risque de nous reposer sur une seule personne. Cela signerait notre perte », m’a-t-elle dit.

 

Aujourd’hui, elle nous avait enfin trouvé le temps pour profiter d’un moment de répit à deux. Si au début les sujets évoqués étaient légers, ils ont rapidement dévié sur ce qui me préoccupait davantage, c’est-à-dire son absence de nouvelles pendant toutes ces années. En discutant avec Louis, j’ai appris qu’elle était parvenue à s’évader de la section médicale deux ans avant que j’intègre l’armée. Face à cette réalité, je me suis senti trahi. J’en voulais à Anna pour ses silences. Un simple message aurait suffi. Tout ce que je souhaitais, c’était savoir qu’elle était vivante, qu’elle allait bien. De colère, je lui ai dit tout ce que j’avais sur le cœur. C’est avec amertume que je me suis rendu compte que j’étais toujours ce même gamin qu’elle avait quitté il y a des années. Celui qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et qui ne pense qu’à lui. Comme je m’y attendais, Anna ne s’est pas excusée. À la place, elle m’a traité d’idiot, d’inconscient, d’égoïste pour finir par me serrer contre elle les larmes aux yeux.

- Je ne pouvais pas revenir, m’a-t-elle avoué entre deux sanglots. Et Dieu sait que j’en avais envie. Je n’espérais que ça, vous retrouver, mais je ne le pouvais pas. L’armée était au courant que je m’étais enfuie et je vous aurais mis en danger. Par amour pour vous, j’ai préféré m’effacer. Mais toi, triple andouille, tu n’as pas compris mon message et pour couronner le tout, tu as emmené Nikolaï dans cette galère !

Je me suis écarté.

- Ne me reproche pas d’avoir voulu te sauver. Nikolaï a toujours été conscient de ce qu’il faisait.

- Tu sais très bien qu’il ne t’aurait jamais laissé tomber.

Sur ce, elle a tourné les talons avant de s’éloigner. Je n’ai pas eu le courage ni la force de la rattraper, car même si je ne pouvais pas l’accepter, je savais à quel point elle avait raison. Désormais, Nikolaï est piégé dans la base, livré à lui-même, et j’en suis le seul fautif.

 

Une voix plutôt aigüe me sort de ma torpeur :

- C’est donc ici que tu viens te réfugier ?

Je me retourne et découvre sans surprise Isis qui escalade le rocher, où je me trouve, pour ensuite s’assoir à mes côtés. Je me retiens de grimacer. D’habitude, j’apprécie la compagnie de la jeune fille, mais cette fois-ci, j’aurais préféré qu’elle me laisse en paix.

- C’est Anna qui t’envoie ?

Pour toute réponse, elle opine du menton. J’émets un rire bref.

- Si elle croit que je vais faire une connerie, tu peux la rassurer. Je serais de retour pour le repas de ce soir, ironisé-je.

De plus, Louis ne doit pas être loin, pensé-je amère. Depuis que ma sœur lui a ordonné de me surveiller, il ne me quitte pas d’une semelle. Il faut dire que bien qu’étant de la famille d’Anna, je reste un ancien militaire. Nombreux sont les rebelles qui me considèrent comme une menace. Je les comprends aisément. Il est difficile d’accorder sa confiance à quelqu’un qu’il y a peu appartenait à l’ennemi, victime du projet ou non. De plus, je sais que ma sœur craint à tout moment que je retourne à la base. Elle ne me l’a pas dit concrètement, mais je la connais assez pour saisir les sous-entendus de cet ordre. Je soupire. Je voudrais tant affirmer qu’elle se trompe, mais ce serait lui mentir. Elena, depuis qu’elle a disparu sous mes yeux, je ne pense qu’à elle, à ce qu’elle doit subir, aux personnes qui me l’ont enlevée. Cela me hante. Pourquoi a-t-il fallu que nous échouions de la sorte ? Pourquoi a-t-il fallu que je sois aussi faible ? Honnêtement, depuis que je suis arrivé au camp rebelle, je ne cesse de me torturer l’esprit. Cela serait me voiler la face que de déclarer que je ne regrette pas de ne pas avoir abattu Tellin lorsqu’il était inconscient. La prochaine fois que je me retrouverais devant lui, j’ignore si je parviendrais à retenir mes coups, quand bien même, je décevrais de nombreuses personnes. J’attrape une pierre et après l’avoir fait rouler entre mes doigts la jette dans l’eau.

- Ne sois pas trop dur avec elle. Elle tient à toi, lâche mon interlocutrice après un court silence.  

J’éloigne les sombres pensées où je m’engluais de plus en plus pour revenir à Isis. J’ai l’impression d’entendre un léger reproche dans le ton de sa voix. Je grimace face à sa remarque et un sentiment de culpabilité pointe au fond de moi. Il est vrai que depuis mon arrivée dans le camp rebelle, je n’ai pas toujours été très tendre avec ma sœur et aujourd’hui confirme la donne. Je passe une main sur mon crâne presque chauve en soupirant.

- Je sais qu’elle tient à moi, dis-je. C’est également mon cas. Mais honnêtement depuis nos retrouvailles, je suis complètement perdu. Dis-moi, Isis. Qu’aurais-tu fait à sa place ? Maintenant que tu en as la possibilité, ne voudrais-tu pas donner de tes nouvelles à ta famille ?

Ma remarque semble jeter un froid entre nous. Si au début, je ne saisis pas pourquoi, je me rappelle alors les paroles d’Elena à propos de la venue de la jeune fille à la base. Je regrette immédiatement ma demande. On peut dire que j’ai mis les pieds dans le plat en beauté. Je m’apprête à m’excuser, mais me tais en apercevant l’expression qu’aborde Isis, un mélange de tristesse et de résignation. Après un moment pesant, elle finit par lâcher d’un ton neutre :

- On me l’a interdit, et puis même si j’en avais l’occasion, je pense que cela ne servirait à rien. Ils ont déjà dû m’oublier.

Elle baisse ses yeux pour contempler ses mains croisées devant elle. Je n’ose rien rajouter de peur de m’enfoncer davantage. Les secondes s’écoulent avant que son regard se pose à nouveau sur moi. Elle me surprend en m’empoignant la manche de ma veste.

- Mais pour toi, Hans, c’est différent ! s’exclame-t-elle dans un souffle. Tellement différent. Je t’envie. Sincèrement. Tu as une famille qui tient à toi. Tu as une sœur et un frère qui te soutiennent.

Remarquant qu’elle me secoue, elle relâche son emprise et recule quelque peu gênée.

- Pardon, s’excuse-t-elle. C’est juste… J’ai également un grand frère. James qui s’appelle.

- Je l’ignorais.

Elle me sourit tristement.

- Le contraire m’aurait étonné. Je n’en ai jamais parlé à quiconque à la base.

Elle se tait un moment avant de poursuivre :

- Cela a toujours été compliqué entre nous. Nous ne nous sommes jamais bien entendus. Je n’ai jamais compris pourquoi d’ailleurs. Même aujourd’hui, je continue de lui en vouloir.

- Pourquoi ? ne puis-je m’empêcher de demander.

Le regard de la jeune fille se perd à son tour dans les eaux du lac.

- Parce que je persiste à croire que c’est par sa faute que j’ai été vendue à l’armée, que j’ai failli crever dans la section médicale, lâche-t-elle d’un ton impassible. Mais depuis que je t’ai vu te disputer avec Anna, je dois avouer que j’ai des regrets. Car au fond de moi, je me dis que tout ça n’est pas aussi simple que je voudrais l’imaginer. Je t’envie d’avoir pu parler à ta sœur.

En entendant, Isis évoquer son frère, une boule grossit au creux de ma gorge. Je me sens stupide et honteux. Mon interlocutrice reprend la parole et je remarque que sa voix est beaucoup plus vacillante :

- Tu sais, je ne cesse de me demander pourquoi je n’ai pas cherché davantage à comprendre James. En y repensant, j’ignore beaucoup de choses de lui et cela m’attriste. Pour moi, c’est un sale type et rien d’autre. Mais qui peut souhaiter ça pour un membre de sa famille. Je ne saurais probablement jamais qu’elle est vérité.

Ses doigts s’agrippent à nouveau à mon bras.

- Alors, je t’en prie Hans. Ne fais pas comme moi. Ne te comporte pas comme l’idiote que j’ai été. S’il te plait, n’en veut pas à Anna.

Hésitant, je pose ma main sur la sienne. Nous restons un moment sans bouger, avant que je me lève. Isis a raison, je ne peux pas réagir de cette manière. C’est pour Anna que je me suis engagée dans l’armée. Pour la retrouver. Je ne dois pas l’oublier. Bien que de nombreux doutes persistent, j’ai les idées beaucoup plus claires. Je croise le regard d’Isis.

- Je vais aller lui parler. Merci, Isis.

À peine suis-je descendu du rocher où j’étais que Louis se dirige vers moi. Mes yeux se lèvent d’eux même vers le ciel. Mon chien de garde est de retour. Toutefois, je remarque directement après qu’une certaine excitation s’est emparée de lui.

- Hans, Isis. Je viens d’avoir des nouvelles d’Anna, s’exclame-t-il. Le chef est revenu et souhaite vous rencontrer.

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annececile
Posté le 21/09/2020
C'est un bon chapitre et on retrouve Hans et Isis avec plaisir, dans ce nouveau contexte! Les dialogues sont bien amenes et le dilemme evoque est poignant pour chacun : comprendre nos proches, ou essayer, ou juger leur conduite parce qu'elle nous a fait souffrir et les rejeter...

En meme temps, dans un chapitre ou Hans a le temps de penser et de reflechir, le fait qu'il n'evoque pas Elena une seule fois et qu'il n'ait pas l'air inquiet pour elle surprend. Elle a ete kidnappee par leur pire ennemi sous ses yeux! Je suppose qu'Anna craint que son frere retourne au Centre pour la secourir, mais c'est une allusion extremement discrete.

Et aussi, on se demande comment il va. Il semblait avoir pas mal de symptomes et l'effet de la drogue qu'on lui a injecte etait irreversible, c'est ce que j'avais compris. La, il a l'air en forme et pas du tout preoccupe de ce qui va advenir a son organisme.

"lui léguant au passage la direction du camp" > lui laissant? Leguer donne l'impression de qqchose de definitif apres la mort de quelqu'un.

deux ans avant que je N’intègre l’armée

Nombreux sont les rebelles qui me considèrent comme une menace. Toutefois, je les comprends aisément. > Je crois que "toutefois" est de trop. Il est d'accord avec les rebelles. "Toutefois" indique un avis contraire.

après l’avoir fait relouer > rouler?

Je ne saurais probablement jamais qu’elle est vérité. > quelle est la verite?

Bon courage pour la suite!
Zoju
Posté le 21/09/2020
Merci pour ton commentaire ! Je suis contente de voir que les dialogues marchent bien. Quand j'ai commencé à réfléchir à ce chapitre, j'ai eu beaucoup de mal à trouver la manière de commencer la partie d'Hans. En ce qui concerne les réflexions d'Hans, je reconnais qu'Elena est très peu évoquée et je pense que cela serait intéressant de rajouter quelques lignes là-dessus. Toutefois, le sujet centrale de ce chapitre est avant tout, sur la familles et leurs choix. Pour la maladie, je vais également rajouter un mot, mais cela sera davantage traiter dans les prochains chapitres. Je vais également corriger les petites fautes de frappes et d'inattention. Encore merci pour tes retours, ils m'aident toujours beaucoup surtout pour cette deuxième partie ! :-)
annececile
Posté le 21/09/2020
Oui, tout a fait! C'est un chapitre centre sur Hans et Anna. Il a fait un choix de vie majeur pour la chercher, cette confrontation est indispensable. Mais Elena ne peut pas etre completement absente, meme si il ne s'agit pas d'elle ici. Il est forcement tres inquiet pour elle aussi. Quelques mots suffiraient, comme tu le dis.
Zoju
Posté le 22/09/2020
J'ai rajouté la petite partie sur Elena ;-) Le prochain chapitre arrive bientôt.
annececile
Posté le 22/09/2020
C'est parfait!
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