Chapitre 2 - Cendres

La princesse Carminia priait. Les mains jointes, elle récitait à voix basses les prières adressées aux Régnants, qu’elle connaissait sur le bout des lèvres. Ses paroles résonnaient dans l’immense cathédrale de pierres blanches, puis venaient se perdre entre les arcs qui surplombaient la voûte. Des dizaines de bougies brûlaient sur les autels et le longs des murs, plongeant l’édifice dans une ambiance mystique, proche des sensations recherchées par la jeune femme.

            Derrière elle, de nombreux bancs en bois rouge attendaient de recevoir les Magisners de la noblesse qui ne tarderaient pas à arriver sitôt le soleil levé, en ce jour saint qui invitait chacun vouant sa vie aux dieux à se présenter et à respecter les traditions. La princesse n’avait pas besoin d’attendre ce jour précis pour leur rendre hommage. Chaque matin, avant même la venue de l’astre des jours, elle se rendait à la cathédrale, située juste derrière le palais, et s’infligeait de longues heures de prières, indifférente au froid qui régnait entre ces murs, et à ses genoux douloureux qui n’en pouvaient plus de reposer sur le sol dur. Des coussins étaient proposés pour soulager ceux venus prier (ou éviter des marques disgracieuses à ces dames), mais la princesse les refusait à chaque fois. La douleur la rapprochait encore plus de ses créateurs. Elle n’était pas comme les autres nobles, qui pour la plupart ne venaient ici et ne remplissaient leur devoir quotidien que par obligation.

            Ils se contentaient de ce qu’ils avaient déjà, et négligeaient leurs obligations envers cette église à qui ils devaient tout. Certaines familles avaient même osé l’inenvisageable : renier la religion. Renier les dieux, ceux qui leur permettaient pourtant de continuer leurs vaines petites existences. Heureusement, l’église ne l’avait pas laissé passer, et avec la bénédiction de ses membres, la princesse avait ordonné l’arrestation de ces gens pour blasphème. Puis elle les avait condamnés à la rédemption forcée dans un couvent pour les femmes, et à la pendaison pour les hommes. Cet incident avait fait grand bruit, et depuis, pas un noble ne manquait la prière du jour saint.

            Cette rigueur, Carminia la vivait depuis l’enfance. Elle récitait déjà par cœur les versets sacrés alors qu’elle ne savait même pas encore les lire, et reconnaissait chacun des cinq dieux du panthéon. Elle conservait toujours une représentation peinte sur une petite toile, gardée précieusement dans son tiroir de chevet. La princesse sourit en repensant à ce cadeau de sa mère, offert peu de temps avant sa mort. Rapidement, elle chassa ce souvenir puis récita sa dernière prière, avant de se relever avec difficulté, ses jambes refusant de la soutenir après ce douloureux traitement.

            Devant la jeune femme, sur un mur en demi-cercle, se dressaient cinq splendides vitraux. Chacun à l’effigie d’un des dieux qu’elle adorait.

            Au centre, Païos, le dieu Premier, offrant la vie sur la terre stérile qu’était Aquilion. Le dieu, dans son habit immaculé, tendait la main vers un homme nu, agenouillé, qui avait à ses côtés un renard, symbole de la vie animale, et dans sa main, une rose, représentant la flore. A sa droite, Modros et Phénone, les jumeaux de la Mort et de la Conscience, chacun sur son vitrail. Le premier, au visage caché par une ombre, tenait entre ses mains un lourd sablier de pierre grise, tandis que sa sœur possédait une robe de toutes les couleurs possibles, et insufflait des émotions et des rêves à un nourrisson au-dessus duquel elle était penchée. A sa gauche, Itolt, dieu de la connaissance et de l’artisanat, offrant un marteau de forgeron et un livre à un enfant en haillons. Enfin, Calih, la déesse aux sept visages, représentante des différents cycles de la vie d’un humain.

            – Votre dévotion ne cessera jamais de m’impressionner Votre Altesse.

            La princesse se tourna vers l’homme en soutane blanche brodée de fils d’or qui se dirigeait vers elle à pas lents. La cinquantaine bien marquée, des yeux gris acier, des cheveux noirs assortis à une courte barbe grisonnante encadrant un visage carré ; la sévérité et le charisme du Saint-Premier se lisaient sur ses traits durs.

            – Je vous en prie Votre Sainteté… Appelez-moi Carminia.

            – Pas avant que vous ne consentiez à m’appeler Abel.

            L’homme rit doucement et posa ses mains sur les épaules de la jeune femme, dans un geste presque paternel. Il lui proposa ensuite son bras, et ils se digèrent vers un banc. Quelques instants passèrent, durant lesquels le duo admira le lever de soleil sur la création des dieux, et les jeux de couleurs des vitraux qui se reflétaient sur les murs.

            – Comment avance la résolution de notre problème très chère ?

            Cette incitation implicite à prendre la parole sortit Carminia de sa contemplation.

            – J’ai tâché de faire au mieux Votre Sainteté. J’ai envoyé Venzio Salomon s’en occuper.

            – Ha… Venzio Salomon. Oui, je me souviens de lui. L’enfant possédé par un démon. Son cas a donné beaucoup de difficulté à nos prêtres-guérisseurs. Ils n’avaient jamais procédé a autant d’exorcismes de leur vie, du moins dans une si courte période. Heureusement, il est désormais guéri, grâce aux dieux et à leur miséricorde. (Le Saint-Premier fit une prière silencieuse, avant de poursuivre). Comment va-t-il ? Aucun signe annonciateur d’une rechute ?

            – Non, répondit la princesse. Il semble définitivement débarrassé de ce qui le possédait.

            – Bien, tant mieux… Ce garçon était une proie facile pour les ténèbres. Retrouvé dérivant dans l’océan, sans passé, sans nom… Juste un prénom, Venzio. Malheureusement le mal est tenace, et il a fini par quitter le rang. Au moins a-t-il fait acte de rédemption losqu’il nous est revenu.

            L’homme d’église esquissa de nouveau un rapide signe religieux a l’intention des dieux, auquel les visages de verre figé ne répondirent pas. Mais il ne faisait aucun doute pour Abel XIII DuSantos, descendant éloigné des rois d’Aquilion, que les dieux le regardaient et lui accordaient leur bénédiction.

            – J’ai envoyé Venzio trouver l’enfant. Il loge à Maranola et part ce matin même en direction de la Forêt Brune.

            – Bien, très bien. Il faut retrouver cette enfant avant que la situation ne nous échappe. Le Saint-Premier pencha la tête en arrière, et soupira longuement. Tout cela est bien fâcheux…

            La princesse hocha simplement la tête. Elle ne doutait pas un seul instant que cet homme qu’elle admirait et respectait au plus haut point, avait à cœur de surmonter chaque problème rencontré par le royaume, et n’hésiterait pas à donner de sa personne pour y arriver. La jeune femme gardait les yeux fixés sur le sol, attendant qu’il poursuive ou mette fin à la conversation.

– Et qu’en est-il de l’enquête sur l’ennemi ? Avons-nous trouvé des preuves nous assurant qu’un de leur espion se cache parmi nous ?

– Elle progresse. Nous avons déjà éliminé de l’équation la plupart de nos suspects. Aussi bien des domestiques du château, habitués à circuler dans les quartiers royaux, que des nobles un peu trop critiques envers la couronne et la religion. Toutefois, l’ennemi ne semble pas avoir fait grand usage des informations récoltées, mise à part quelques attaques sur la côte est. Concordium semble vouloir mener une guerre d’usure et non une attaque frontale.

Abel DuSantos réfléchit aux paroles de la jeune femme. Ses doigts tapotèrent frénétiquement ses genoux, et se front se marqua de profondes rides tandis qu’il analysait la situation.

– Il va falloir accélérer les choses. Cette guerre dure depuis beaucoup trop longtemps. Il est temps pour nous de gagner.

Cette soudaine envie d’attaquer de front affola la princesse.

– Nous ne devons pas nous précipiter, hésita-t-elle. Nous sommes affaiblis, leur technologie…

– Est une hérésie ! l’interrompit le Saint-Premier. Leur « science » n’est rien de plus qu’un blasphème, un affront envers nos créateurs ! Les technologues croient se substituer à eux ! Aussi puissante soient-elles, ils ne sont rien sans leurs inventions. Mais nous, nous avons la foi, et elle ne pourra jamais être vaincue. Notre magie suffira à les repousser. Nous devons envisager d’envoyer plusieurs bataillons de soldats.

– Nous sommes confrontés à plusieurs problèmes, osa la princesse. L’assemblée des nobles refusera de nouveau cette situation, à cause de la super-arme des technologues. De plus, qui dit armée dit argent, et les relations avec le peuple sont déjà extrêmement tendues. Une milice d’agitateurs, qui prend d’ailleurs de plus en plus d’ampleur, menace de bloquer le port, pour ralentir les transactions commerciales.

– Ils n’ont pas leur mot à dire ! Tout ça, nous le faisons pour eux. Ils doivent le comprendre.

L’homme d’église laissa peser ses mots et leur signification profonde. Voyant que la princesse s’était enfin tût, il abandonna sa mine grave pour laisser place à un sourire charmeur, de quoi amadouer l’Altesse avant d’aborder le sujet qui fâche, celui sur lequel il n’avait jamais fait céder la jeune femme.

– Le Duc De Sabror ferait un parti idéal. Sa famille est lointaine cousine de la couronne, et l’une des rares à être encore entièrement fidèle à cette église. Il est un peu plus vieux que vous mais pas dénué de charme. Il est temps de vous marier très chère, le royaume d’Aquilion, terre bénie de Païos, ne peut rester sans roi éternellement. Ni sans héritier.

La princesse se crispa. Son attitude soumise disparue tout à coup, et elle redevint la jeune femme autoritaire qui la caractérisait d’ordinaire.

– Je comprends parfaitement l’enjeu du mariage Votre Sainteté. Mais le titre de reine me revient de droit, par le sang. Je ne peux y renoncer, je ne suis pas de celles qui vivent dans l’ombre de leurs époux, à getter le moindre signe d’intérêt, et qui ne sont même pas au courant des troubles dans leur propre cité, parce qu’elles ne s’y intéressent guère ou n’en sont pas informée.

Carminia ne pouvait se résoudre à renoncer au pouvoir. Elle avait dû se battre bec et ongles pour obtenir ce droit à la mort de son père, et ne pas se laisser supplanter par le premier cousin éloigné choisi par d’autres, alors qu’il n’avait jamais mis les pieds au palais, et ce, simplement parce qu’elle n’était pas née mâle. Les gens la respectaient parce qu’elle savait prendre des décisions, et s’imposer, parfois avec hargne, et non parce qu’elle était la fille ou l’épouse d’un autre. Hors de question pour elle de n’être autre chose qu’une poule pondeuse.  

– C’est la volonté des dieux. Votre Altesse.

Le Saint-Premier insista lourdement sur le titre, lui rappelant qu’elle ne portait pas encore celui de reine, et n’était par conséquent pas intouchable.

– C’est vrai, reconnu Carminia. Mais ils ne disent pas quand cette volonté doit s’accomplir. La guerre est pour l’heure notre seule priorité. J’augmenterai les taxes, comme vous me l’avez demandé, céda-t-elle.

Vaincu, mais pas encore mort, l’homme d’église laissa de nouveau la victoire à la jeune femme. Au moins avait-il atteint son but premier. L’argent viendrait bientôt financer de nouvelles armées. Il effleura soudain le bras de la princesse, et se pencha vers elle.

– Réfléchissez-y cependant. Je compte sur vous, ajouta-t-il dans un souffle.  

Puis il se leva, indiquant que la conversation s’achèverait là, quoique la jeune femme en dise. Celle-ci se leva à son tour, s’appuyant sur le banc pour ne pas tomber à cause de ses jambes encore endolories. Ses yeux verts se fixèrent sur les vitraux, à la recherche d’un signe ou d’une manifestation divine, n’importe quoi qui pouvait lui assurer que la décision prise par le Saint-Premier concernant la guerre était la bonne.

Elle l’est forcément. Après tout il est leur voix sur cette terre, comme nous autres Magisners sommes leurs bras armés.

Rassurée par ses propres pensées, la princesse quitta la cathédrale, juste avant que les autres nobles n’arrivent pour la prière officielle.

 

*

 

            – Rappelle-moi ce qu’on cherche déjà ?

            – On cherche une enfant.

            – Oui mais comment ? insista Etel. Elle a dû se tirer depuis longtemps ta gamine.

            – Merci. Je ne suis pas stupide, mais cette forêt est le dernier endroit où on l’a vu. C’est notre seule piste pour le moment, alors il va falloir s’en contenter.

            L’aurore pointait à peine quand le duo s’était mis en route. Un petit groupe de soldats d’élites gardait l’entrée de la forêt, interdisant aux curieux de pénétrer à l’intérieur. L’occasion de voir la magie à l’œuvre – et les dégâts qu’elle pouvait engendrer – était rare. Les fanatiques religieux n’avaient donc pas tardé à montrer le bout de leurs nez, prétextant devoir se recueillir sur les lieux de la manifestation, certes indirecte, des dieux. Ils furent suivis peu de temps après par les sceptiques et complotistes, qui voulaient absolument voir de leurs propres yeux « ce que leur cachait réellement le royaume ». Si les premiers étaient simplement éconduits, les autres se voyaient arrêter pour blasphème à la première occasion.

            Les gardes n’avaient même pas tenté de s’opposer à Venzio. En tant que mercenaire de la princesse, il était connu des soldats et membres de la protection civile, et ceux-ci se devaient de lui faciliter la tâche, bien qu’à contre-cœur pour beaucoup, qui estimaient mériter largement sa place.

            Il put alors entrer dans la forêt. Venzio s’enfonça jusqu’au plus profond de celle-ci, là où personne n’allait par choix. Les hauts arbres sombres s’alignaient en rangs serrés, laissant peu de place à la lumière du jour. Les mauvaises herbes et les épais buissons gênaient le mercenaire dans sa progression, l’obligeant sans cesse à faire des contournements. Un silence épais et surnaturel était à peine troublé par de rares chants d’oiseaux, et le moindre pas effectué par Venzio était étouffé par l’épais tapis d’épines tombées des arbres. Une odeur écœurante d’humus flottait dans l’air, due au passage d’une averse la veille au soir.   

– On est encore loin ?

– Je ne sais pas ! Arrête de me le demander toutes les dix minutes ! C’est moi qui marche comme un con, toi tu as juste à attendre.

Les arbres continuèrent de se succéder, jusqu’à ce qu’une odeur de brulé interpelle le mercenaire. L’horizon se dégagea soudainement. La terre calcinée et desséchée craquait violemment. De fines cendres se soulevaient dans le vent, faisant tousser Venzio, qui rabattit alors le col de son manteau sur sa bouche. Les quelques arbres qui avaient survécus au drame n’étaient rien de plus désormais que des carcasses noircies, noircies par le feu dévastateur. La catastrophe avait ravagé plusieurs centaines de mètres carrés de forêt.

– Bordel… Il s’est passé quoi ici ?

– La princesse n’avait pas parlé de dégâts d’une telle ampleur. Heureusement que la combustion a été instantanée et que ça n’a pas dégénéré en incendie.

– Pas étonnant qu’elle veuille vite retrouver la môme. A mon avis c’est pas uniquement à cause de cette histoire de coucherie avec une domestique. T’imagines une telle force de frappe ? Concordium y reviendrait pas deux fois.

Les muscles de Venzio se contractèrent tandis qu’il serrait machinalement les poings. Ses articulations blanchirent et craquèrent, mais il n’y prit même pas garde.

– Encore un gosse qui va leur servir de défouloir…

Le silence se fit entre les deux comparses. A elle seule, cette phrase lourde de sens évoquait de vieux souvenirs désagréables au mercenaire. Les heures passées à subir les tortures des exorcistes ne s’oublieraient pas de sitôt.

Réussir à en réchapper, tenait du miracle. La voix n’avait pourtant jamais tenté de le pousser à commettre des atrocités, Venzio en était donc venue à croire qu’elle n’avait rien d’un véritable démon. Elle était simplement là, depuis ce jour où il s’était réveillé sur cette plage, il y a vingt-quatre ans, sans souvenir de son passé. Simplement cette voix qui lui avait alors soufflé son nom, et lui avait tenu compagnie jusqu’à ce qu’il soit retrouvé, errant dans ses habits sales et déchirés, par des pêcheurs, avant d’être conduit dans l’église la plus proche.

Etonnement, Venzio n’avait jamais songé à lui demander la raison de sa présence dans sa tête. Ni même son identité réelle. Peut-être parce qu’il n’avait pas envie de savoir. Car c’était soit bel et bien un démon, soit un trouble mental (peut-être dû au même évènement qui l’avait rendu amnésique). Dans un cas comme dans l’autre, ce n’était rien de bon, alors autant garder le mystère entier. Le jour où la dernière heure de Venzio arriverait, peut-être lui demanderait-il.

– J’aurais mieux fait de rester à Karsagoth il y a trois ans. Au moins les souvenirs restaient ensevelis par la poussière des mines.

– Venzio…

– Je n’ai pas envie d’en parler Etel.

– Venzio !

– Ecoute, tu commences à…

– MAIS ON NOUS ATTAQUE ESPECE D’ABRUTI !

Venzio évita de justesse le coup d’épée qui arrivait dans son dos. Un homme en habits sombres se tenait face à lui, muni de deux cimeterres.

– Bon sang ! Comment est-ce que j’ai pu le rater ? Je deviens vraiment de plus en plus rouillé ! Comment tu l’as repéré ?

Il sortit à son tour ses propres armes.

– J’ai entendu les branches craquer, et aperçu une ombre sur le côté, répondit Etel.

Le fracas de l’acier contre l’acier résonna à travers les bois. L’ennemi s’était jeté sur Venzio, espérant ainsi le prendre au dépourvu. Mais le mercenaire était rapide. Ses nombreuses années d’apprentissage au sein de l’armée royale lui revinrent rapidement en mémoire, et son corps bougea de lui-même pour parer et encaisser les coups de son adversaire. Ce dernier se figea soudain. Il ne s’attendait visiblement pas à tomber sur un adversaire aussi redoutable.

Venzio en profita pour analyser ce que leur échange lui avait appris : l’homme possédait certes de puissantes armes, qui suffiraient à faire pâlir des novices dans le domaine du combat. Mais revers de la médaille, elles étaient lourdes et encombrantes, et l’homme en était clairement ralenti. Venzio n’aurait aucun mal à se débarrasser de lui.

Il choisit d’en terminer rapidement. L’ennemi, surpris par cette audace, leva son cimeterre juste à temps pour s’éviter une blessure grave. Les armes s’entrechoquèrent de nouveau. Venzio parvint à faire reculer son adversaire, et à l’acculer contre un arbre. Un sourire cruel traversa soudain son visage. Venzio ne comprit que le piège que trop tard, lorsque l’extrémité de la lame du cimeterre s’enfonça dans son épaule. Il serra les dents pour ne pas donner la satisfaction d’un cri de douleur à son adversaire, et se força à reprendre une contenance, avant de lui assener un puissant coup de pied dans le bas ventre. La manœuvre échoua, mais laissa le temps à Venzio pour reculer et ainsi échapper à l’emprise de l’arme dans son épaule.

– Putain ! Tu t’es fait avoir comme un bleu ! reprocha Etel.

– Tu n’y as pas pensé non plus ! renchérit Venzio. Tu es censé m’aider dans des cas comme ça !

Le mercenaire s’en voulait de ne pas avoir flairé la ruse employée par l’homme. Se faire passer pour plus faible qu’on ne l’était en réalité était une technique courante dans l’armée, bien que Venzio ait toujours rechigné à s’en servir. Non pas qu’il souhaitait fanfaronner et montrer qu’il était le plus fort, mais si l’adversaire était plus fort que lui, il ne l’affrontait pas, et laissait ce combat à d’autres plus compétents. Servir son royaume oui. Mais le servir intelligemment, c’était mieux, un soldat mort étant un soldat en moins.

Venzio plaqua sa main sur sa blessure. Ses doigts se couvrirent aussitôt d’un mince filet de sang chaud. La blessure était douloureuse, mais sans gravité du moment qu’il la soignait sans tarder.

Un grognement attira son attention. Son ennemi s’était relevé du coup infligé par Venzio, et une lueur de rage brillait dans ses yeux. Il frottait encore son ventre endolori, mais se tenait en position d’attaque. Il chargea. Maintenant qu’il donnait son plein potentiel, Venzio commençait à douter de ses chances de réussites. Les cimeterres étaient plus rapides que jamais, fendant l’air sans discontinuer. Le mercenaire ne devait sa survie qu’à ses prodigieux réflexes. Un nouveau coup l’atteint à la cuisse, entaillant cette dernière qui laissait déjà échapper un filet de sang. Venzio en perdit l’équilibre et se retrouva un genou à terre, à la merci de son adversaire qui levait déjà son arme pour l’achever. Ce dernier s’offrit le luxe de savourer l’instant, durant lequel sa victime gisait au sol. Il n’aurait pas dû. Son regard surpris lorsque Venzio se releva d’un bloc et lui enfonça son sabre dans l’épaule valait tout l’or du monde. Le cimeterre tomba à terre sans bruit, amortit par les cendres. Le mercenaire donna un coup de pied dedans, et l’expédia plusieurs mètres derrière lui, loin de son propriétaire.

Celui-ci prit aussitôt ses jambes à son coup.

– Courageux mais pas téméraire.   

            Venzio renonça à le poursuivre. D’une part, sa blessure à la cuisse le ralentirait, et d’autre part, l’autre venait de rejoindre deux camarades qui se tenaient jusque-là embusqués, attendant sûrement un signe de leur chef. Le mercenaire vit leurs silhouettes disparaitre derrière les arbres.

            – Des guetteurs. Sinon ils seraient venus combattre eux aussi, déduisit Venzio.

            Essoufflé, il prit appui contre un arbre et inspecta ses blessures. Excepté celle à l’épaule qui saignait abondamment, il n’avait miraculeusement écopé que de quelques coupures légères. Il s’empara d’un petit sac accroché à sa ceinture, qu’il gardait toujours sur lui, et contenait le minimum pour soigner les blessures ne nécessitant pas l’intervention d’un médecin.

            – Hé Venzio…, intervint Etel. Ces mecs… On aurait dit…

            – Ouais. J’ai eu la même idée. J’avais un doute au départ, mais je crois que c’étaient les gars de Lochras, répondit Venzio pendant qu’il recouvrait sa blessure de bandage.

            – Mais pourquoi ils t’auraient attaqué ? Ils te connaissaient ! Ils savent qui tu es !

            – C’est peut-être de nouvelles recrues. Ou alors ils sont sur un gros coup, et ne font pas de quartiers.

            – Tu crois que leur présence ici peut avoir un rapport avec la gamine ?

            – J’y avais pensé. Pour quelle autre raison seraient-ils venus au fin fond de la forêt ? Il n’y a rien ici. S’ils sont là pour ça, on a de gros problèmes. L’existence de la gamine peut avoir été découverte, peut-être même l’implication de la couronne. Je vais aller voir Lochras, je dois en avoir le cœur net.

            Venzio apporta la touche finale à son pansement de fortune puis rassembla ses affaires.

            – Tu vas prévenir la princesse ?

            – Non, pas avant de savoir ce qu’il se passe. En plus, ce serait prendre le risque de révéler l’existence de la guilde. Pour le moment, je vais simplement lui dire que la petite est partie.

            Les deux comparses abandonnèrent la forêt et sa sinistre clairière. Ils repartirent à Maranola, chercher des réponses auprès de la guilde des Arpenteurs.

 

*

 

            Le soleil avait décliné depuis deux heures, laissant place à la lune ronde et bleutée du ciel nocturne. Le bourg de Maranola était désert. La ville ne possédant pas de réelles activités nocturnes, elle était plutôt le lot de familles de travailleurs venues chercher du calme dans ce coin reculé de la campagne. Les quelques âmes que l’on pouvait apercevoir étaient celles des ouvriers venus passer une soirée entre collèges dans l’une des petites auberges de la ville.

            Venzio se faisait le plus invisible possible. Assis sur un banc sur une petite place, connue et appréciée pour son beffroi en bois, il cherchait à se donner l’air de celui qui avait abusé de la bière et attendait de reprendre ses esprits avant de s’en aller retrouver sa maison. Il se fit attentif lorsque l’horloge sonna minuit, cherchant une silhouette bien précise parmi les ombres.

            – J’ai toujours trouvé ça foireux, comme système pour demander à entrer. C’est vrai, quelqu’un a bien dû remarquer leur manège depuis le temps non ? Sauf si Lochras a su graisser la bonne patte parmi la police locale.

            – Mets-la en veilleuse ! chuchota Venzio dans son col.

            Un homme massif en habits sombres vint se poster quelques instants devant le beffroi, avant de disparaitre dans une petite rue adjacente. Venzio se leva et le rejoignit, jetant de discrets coups d’œil autour de lui, pour s’assurer que personne ne le surveillait. A son approche, l’inconnu se crispa. Le mercenaire se pencha alors vers lui.

            – J’aimerai un festin de roi.

            L’homme hocha la tête, et fit signe à Venzio de le suivre. Ils enchainèrent les rues les unes après les autres, de manière illogique et désordonnée pour quelqu’un ne connaissant pas les mœurs des Arpenteurs, mais qui s’avérait être faite pour brouiller les pistes en cas d’éventuel pisteur. Ils débouchèrent facilement sur une petite cour, à l’arrière d’une auberge. Une trappe dissimulée sous des feuilles permettait de descendre une échelle jusqu’à un tunnel étroit, où passait les eaux usées de la ville.

– Pouah, ce que ça pue là-dedans ! Y’a vraiment des jours où je regrette de partager tes sens. D’ailleurs puisqu’on en parle, ça m’arrangerait si tu pouvais arrêter les tomates. C’est infect.

La trappe se referma dans un bruit sonore, obligeant Venzio à avancer à la seule lumière de la lune qui filtrait par de rares ouvertures.

– Estime-toi heureux de ne partager que mes sens. S’il y avait également mes émotions et souvenirs, tu finirais par ne plus être toi. Et pour les tomates, tu peux toujours courir.  

La voix se tût, ne trouvant rien à répliquer. Soudain, Venzio s’arrêta. Il apercevait une porte en métal sur sa droite. Il frappa alors trois coups. Attendit, puis frappa de nouveau ; signe qu’il était connu de la guilde et autorisé à entrer. Un homme balafré et armé lui ouvrit.

– Salut Lucas. Lochras est là ? demanda Venzio.

– Dans son bureau. Tu connais l’chemin.

Venzio s’engouffra immédiatement dans le couloir, qui déboucha sur une vaste salle bruyante. Des tables chargées de bières s’entassaient devant un bar, lui-même dissimulé par des Arpenteurs assoiffés. L’ambiance était toujours festive lorsqu’on se trouvait au quartier général, on en oubliait presque que l’endroit pullulait de truands et voleurs en tout genre. Une belle jeune femme au corps plantureux s’approcha doucement de Venzio, et commença à lui faire du charme dans l’espoir de lui vendre ses services. Il déclina poliment l’invitation, et bifurqua vers un escalier qui s’enfonçait encore plus sous terre.

– Franchement Venzio quel gâchis. Un si joli derrière.

On n’est pas là pour ça imbécile, renchérit le mercenaire.

Autrefois, les guildes comme celle-ci avaient pignon sur rues dans le royaume d’Aquilion. Hommes comme femmes étaient embauchés et vendaient des services divers et variés au plus offrant. Pendant longtemps, la couronne avait fermé les yeux sur ces activités, car l’économie générée rapportait gros aux caisses du royaume, les guildes devant payer un loyer exorbitant pour exercer leurs professions.

Puis le roi Cywald, secondé par le Saint Premier de l’époque, avait jugé la pratique trop vulgaire et dégradante pour la nouvelle capitale qu’était devenu Pont-Rouge et son florilège de commerciaux venus des royaumes voisins. Malheureusement, on ne chasse si facilement de tels établissements aussi bien implantés dans le décor et les coutumes. Les loyers avaient donc monté au fils des ans, atteignant des sommes record, poussant ainsi les guildes à fermer leurs portes d’elles-mêmes. Les plus têtues se plongèrent dans la clandestinité la plus totale, se dissimulant dans les bas-fonds des villes. Mais c’était sans compter sur la ténacité de la couronne et de l’église, qui donnèrent la chasse aux guildes, et arrêtèrent leurs membres. Ces criminels d’un nouveau genre finirent par quitter les grandes villes, pour s’installer dans des cités de campagne, mais en veillant à rester joignable pour quiconque se décidait à braver les interdits pour s’offrir leurs services.

Les Arpenteurs étaient parmi les plus anciens et respectés. Bien que leur exil jusqu’à Maranola leur ait fait perdre une partie importante de leur clientèle, celle toujours fidèle ne manquait pas de porter la qualité de leurs services aux bonnes oreilles.

Les escaliers débouchèrent sur une nouvelle porte. Venzio toqua, et entra lorsque la voix de l’autre côté l’y invita. Lochras Guilmard reposait dans son fauteuil, les pieds posés sur un bureau en acajou. Ses yeux étaient rivés sur un rapport de mission, qui semblait le préoccuper au vu des profondes rides qui marquaient son front. Il portait l’uniforme des Arpenteurs, des vêtements de cuir sombre, assortis d’une touche de couleur, peu habituelle sur quelqu’un de sa position, qui consistait en une chemise de soi rouge. Petit, trapu, avec une longue tignasse noire un peu dégarnie sur le sommet du crâne qui venait parfaire son portrait.

– Venziooo !

Le chef de guilde écarta les bras et sourit de toutes ses dents en reconnaissant le mercenaire de la princesse. Il se leva et le prit chaleureusement dans ses bras, faisant tinter la dizaine de couteaux de lancer pendus à sa ceinture.

– Ça faisait longtemps ! s’exclama-t-il. Tu bosses toujours pour l’autre nobliarde ?

– Exploité conviendrait mieux.

– « Bosser » est un bien grand mot. Mais oui, je suis toujours à son service.

Lochras tapa l’épaule de son invité, puis lui proposa de prendre place sur un canapé. Le maitre de guilde revint quelques instants plus tard avec deux pintes de bières, puis prit place dans un fauteuil à sa droite.

– Cela fait quoi… Cinq mois qu’on s’est pas vu ? demanda Lochras. Depuis qu’on t’a aidé à détruire une guilde rivale !

– Exactement. Encore merci pour votre aide Lochras. Seul, je n’aurais rien pu faire face à tous ces types armés. C’est à croire que la princesse veut ma mort par moment.

– Ou peut-être qu’elle est plus finaude que tu le penses et qu’elle savait que tu demanderais de l’aide aux Arpenteurs… J’dis ça j’dis rien hein.

– Ne va pas croire que c’était uniquement par pure générosité, rappela Lochras. Ces types débordaient un peu trop sur notre terrain à mon goût… Ils nous piquaient les clients sans arrêt. Une guerre aurait fini par avoir lieux entre nous de toute manière, tu nous as juste fourni un prétexte.

– Je ne suis pas un idiot Lochras, répondit Venzio.

Ce dernier esquissa un sourire un coin. Lochras avait beau être un allié précieux, le mercenaire n’oubliait jamais à qui il avait affaire en réalité. Un chef de guilde clandestine, prêt à tout pour servir et protéger ses intérêts. Il ne rendait des services à Venzio que si cela lui convenait. Les autres faveurs accordées précédemment n’avaient que peu d’importance, de même que leur « amitié ». Seul comptait l’instant présent. Au moindre faux pas, Venzio pouvait se retrouver avec des dizaines d’Arpenteurs aux trousses, puis au fond d’un ravin, un poignard planté dans le dos, à peine quelques heures plus tard.

– Alors dis-moi…commença Lochras avant d’avaler une grande gorgée de liquide. Qu’est-ce qui t’amène dans notre humble repaire ? J’ai cru comprendre que tu avais croisé le chemin d’une de mes nouvelles recrues.

Venzio sentit comme une tension se rependre dans l’air. Lochras avait abandonné toute courtoisie et toisait son invité du coin de l’œil, les doigts serrés sur la hanse de sa chope.

– Oui, et à ce propos je suis désolé d’avoir blessé l’un des tiens. Mais il m’a attaqué, et n’avait visiblement pas entendu parler de moi.

Le mercenaire espérait que ses excuses sonneraient assez sincères aux oreilles du chef de guilde. Non pas qu’elles ne l’étaient pas, mais Lochras veillait sur les siens comme un banquier sur le contenu de son coffre-fort. Celui-ci leva la main vers son invité, montrant qu’il comprenait et acceptait les excuses de Venzio.

– Il guérira. Ça ne lui fera pas de mal de souffrir un peu. J’avais ordonné à cet idiot de ne pas se faire remarquer, et il ne trouve rien de mieux que d’attaquer le premier venu ! Heureusement qu’il s’agissait de toi, et non d’un policier ou d’un soldat.

Il termina sa chope, dont une partie du contenu coula un mince filet le long de son menton. Il essuya celui-ci du revers de la main, et reposa la chope vide sur la table.

– Et toi ? Que faisais-tu là-bas ? demanda-t-il l’air de rien, mais avec une réelle tension dans la voix.

– C’est moi ou il y l’air prêt à te sauter à la gorge ? A mon avis vas-y subtil.

– Tes hommes étaient sur les lieux d’un incident sur lequel j’enquête de manière confidentielle. Il faut que je sache comment vous avez pu avoir accès à ces informations, et ce pourquoi on vous a embauché.

– Putain c’est vraiment pas ton truc.

Lochras esquissa un sourire narquois qui dévoila ses dents jaunies par des années d’excès. Il soupira longuement.

– Ha Venzio… Venzio. Venzio. (Il fit une pause et se laissa aller contre son fauteuil, avant de se redresser subitement). Tu sais tout le respect que j’ai pour toi ? Je veux dire…tu nous as rendu de fiers services en nous couvrant durant toutes ses années, et en échange, j’ai eu la bonté de t’assister pour certaines missions trop difficiles pour un homme seul.

– Je n’avais pas l’intention de…

– Non ! coupa Lochras. Laisse-moi terminer s’il te plait. Au vu de notre passé commun, je t’ai toujours accueilli chez moi avec plaisir, tu es presque l’un des nôtres maintenant ! Alors de voir que tu te permets de m’interroger ainsi sur des affaires aussi privées… Ca me chagrine énormément, conclu-t-il.

– Tu ne comprends pas Lochras. Cette affaire peut vous faire courir un grave danger. Tu as vu l’état de la clairière ? Il ne reste plus rien ! Elle…

– Je crois que c’est toi qui ne comprends pas !

L’homme posa violemment sa chope sur la table, aspergeant la surface de liquide ambré. Il se leva, et fit les cent pas devant un Venzio tendu. Celui-ci avait toujours composé avec les coups d’éclat du chef de guilde. Jusqu’à présent, les deux hommes n’avaient jamais eu besoin d’en venir aux mains, mais le mercenaire redoutait que cela change, et rapprocha subtilement sa main de l’un de ses sabres.

– Nous sommes peut-être des voleurs, des assassins, des prostitués, et j’en passe, mais nous avons un code d’honneur ! Nos clients se mettent dans l’illégalité pour faire appel à nos services, la moindre des choses est de préserver leur anonymat, car s’ils tombent à cause de nous, nous tomberons avec eux.

– Je comprends parfaitement, assura Venzio. Mais pourquoi te mettre dans un état pareil ?

Lochras sembla hésiter à répondre. Mais quelque chose – peut-être une pointe de culpabilité – le poussa à s’expliquer.

– Ce client…est quelqu’un d’important. De très haut placé. Ou qui du moins à de sérieux contact au sien de la couronne. Il a promis que si les Arpenteurs remplissaient cette mission, il ferait en sorte de plaider pour la cause des guildes comme la nôtre, pour que nous ne soyons plus dans la clandestinité.

– Et tu lui fais confiance sur de simples paroles ? Ça ne te ressemble pas.

– Bien sûr que non ! Mais imagines un seul instant que ça soit vrai ? Nous pourrions retrouver notre gloire d’antan ! Et au pire, même s’il a menti, il a versé une très grosse somme à la guilde, de quoi nous mettre à l’abri durant des mois.

» Je suis navré, mais sur ce coup-là, tu es seul. Les intérêts de la guilde passent avant tout, et tant pis si tu te trouves dans notre sillage.

– Je comprends.

Venzio se leva, et sans plus de cérémonie, quitta le bureau du chef de guilde. Il sentit son regard dans son dos jusqu’à ce qu’il disparaisse dans la salle commune. Les yeux de dizaines d’Arpenteurs le suivirent, s’assurant qu’il quitte bien les lieux sans faire d’histoires.

– On va nous surveiller.

– Evidemment, répondit Venzio une fois de retour dans les rues de Maranola. Mais juste le temps que l’on quitte la ville. Lochras sait que je ne les dénoncerais pas à la couronne malgré notre altercation. D’une part, parce que je peux encore avoir besoin d’eux, et d’autre part, parce que je suis aussi coupable qu’eux d’avoir frayé avec une guilde clandestine. Pas sûr que la princesse apprécie.

– Elle ferait bien de s’occuper de ses affaires. Apparemment, l’un de ses copains nobles est au courant pour la gamine. Peut-être le père ? Enfin si cette histoire a encore un sens.

– On va partir du principe que oui pour l’instant. Mais il est évident que l’on nous cache des choses, alors on ne parle pas du fait que quelqu’un d’autre pourchasse l’enfant.

De retour à l’auberge, Venzio accueillit avec plaisir le lit de sa chambre. Il commanda un repas tardif au cuisinier, qui lui apporta un plateau où il avait entassé ce qui lui venait en premier sous la main. Puis il reparti en maugréant.

– Et maintenant c’est quoi la suite ? demanda Etel tandis que le mercenaire dégustait un morceau de fromage.

Venzio ne répondit pas. Il continua de manger machinalement sa nourriture, les yeux dans le vague. Sa poitrine se leva et s’abaissa doucement, tandis qu’il essayait de se plonger dans ses réflexions. Lasse, il finit par abandonner les restes de son diner, et s’effondra sur le lit.

– Je ne sais pas, admet-il. On n’a que dalle. Pas de piste, personne à interroger, pas un indice… La petite pourrait aussi bien être un fantôme. (Il ferme les yeux et instant et reprend :) La nuit porte conseil. Je vais dormir, et on verra demain.

Puis il souffla la bougie, et se réfugia sous ses draps, sans même prendre la peine d’enlever ses vêtements.

 

*

 

L’air était glacial. Le garçon se frotta les bras, et replia davantage ses jambes contre son torse, dans l’espoir de se réchauffer un peu tandis que la cruelle morsure du froid s’acharnait contre lui. Sa toge sale et usée, bien trop grande pour lui, ne suffisait pas à le couvrir correctement. Le sol de pierre sur lequel il était assis était irrégulier et lui causait des douleurs au dos. Son ventre se mit soudainement à gronder. Il n’avait rien mangé depuis plus d’une journée, ou seulement un peu d’eau et du pain sec, et la faim commençait à se faire sentir. Il était amaigri et l’hypoglycémie lui causait des tremblements parfois violents.

            « Pour affaiblir le démon, il faut que son hôte le soit aussi », lui avait-on dit.

            Son corps chétif souffrait des nombreuses ecchymoses et brulures qui le parcouraient, notamment dans le dos. Des semaines, sinon des mois, que les supplices s’enchaînaient, des mois qu’il subissait des rituels, était aspergé d’eau bénite glacée, au point parfois de ne plus sentir ses membres, que ses tortionnaires devaient ensuite réchauffer avec de grandes quantités de bouillottes chaudes pour qu’ils ne soient pas nécrosés. Les coups de fouets étaient les plus fréquents. Leurs manipulateurs s’acharnaient contre le garçon, donnant des coups de toutes leurs forces, persuadés que cela ferait fuir le mal qui l’habitait. En à peine trois ans, le garçon semblait avoir connu plus d’épreuves que n’importe qui d’autre, quand bien même n’avait-il que treize printemps.

            Soudain, des pas se rapprochèrent. Le garçon les entendit glisser sur le sol, puis se diriger de part et d’autre de la pièce. Des bougies furent allumées, dévoilant le haut plafond de la vieille église, ainsi que les six hommes en soutanes qui se rapprochaient du garçon. L’un d’eux traça des cercles concentriques composés d’étranges symboles sur le sol autour du garçon. Un autre se plaça en retrait, et chercha dans les pages jaunies de son livre, le chapitre qui l’intéressait. Les derniers se placèrent autour du garçon, pour ensuite se pencher sur lui. Leurs yeux, en partie dissimulés par l’ombre de leurs capuches, tentaient de percer l’âme du malheureux, à la recherche d’une reddition, fût-elle la sienne ou celle du démon.

            – S’il vous plait, supplia le garçon d’une voix éraillée et faible. Pas encore…

            L’homme en face de lui ne laissa transparaitre aucune émotion. Il le regarda froidement. Sa voix dure et grave résonnait contre les murs de la chapelle, donnant au garçon l’impression qu’un millier de voix venaient l’agresser.

            – Nous en avons déjà parlé Venzio. Ce mal qui t’habite doit être éradiqué ! Tu as été choisi par les Régnants pour endurer cette terrible épreuve. Je sais que cela doit te paraitre barbare et cruel, je peux comprendre cela. Mais tu as été touché par leur grâce, et tu t’apercevras bien vite qu’au bout de ce chemin de souffrance, tu trouveras une paix incommensurable.

            Venzio acquiesça. Il n’en croyait pas un mot. Comment des dieux soi-disant si miséricordieux pouvaient accepter de faire souffrir un enfant ? Certains le mériteraient plus que lui. Comme cet homme qui lui récitait des paroles qui n’étaient même pas de lui. Il les avait tirés d’un des Livres Sacrés, se contentant d’en changer la formulation pour que cela ait l’air de paroles inspirantes venant de lui.

            Venzio sentit les larmes perler au coin de ses yeux. Il les refréna aussitôt. Pas question de montrer à ces ordures une nouvelle once de faiblesse. Soudain, un des hommes derrière lui s’empara de ses bras, et les coinça derrière son dos pour l’empêcher de bouger.

            Celui en retrait entama alors la récitation des vers sacrés. Deux autres l’accompagnèrent en chœur. Quant au dernier, il s’empara d’un seau d’eau glacée, et le versa sur Venzio. Celui-ci se mit alors à haleter, le froid intense l’empêchant de respirer correctement. Il essaya de se débattre, mais sentit aussitôt la main du religieux se refermer davantage sur son bras, lui arrachant un gémissement.

            Un second seau lui fut jeté au visage. Ses poumons se mirent à brûler, à cause de l’eau entrée dans sa bouche encore ouverte. De violentes quintes de toux le secouèrent, mais il lui était difficile de se mouvoir à cause de ses vêtements détrempés. Il chassa l’eau comme il le put, en se penchant le plus possible. Pour être aussitôt ramené en arrière, en étant tiré par les cheveux. Il se mordit les lèvres pour ne pas crier quand des mèches furent arrachées de son cuir chevelu.

            Il s’écoula quelques instants durant lesquels il fut autorisé à reprendre son souffle. Puis le religieux qui l’avait arrosé s’approcha avec une coupe en or. Venzio paniqua en reconnaissant la mixture noirâtre et encore fumante qui s’en dégageait. Il serra les lèvres du mieux qu’il put, jusqu’à en avoir mal à la mâchoire. Mais les exorcistes avaient l’habitude. On lui pinça le nez pour le priver d’air, l’obligeant ainsi à rouvrir la bouche.

            Le contenu de la coupe lui donna la nausée. Le mélange pâteux de plantes écrasées – et des dieux savent quoi d’autres – collait sur son palais et le long de sa gorge, menaçant de l’étouffer pour de bon. Le goût était aussi infect que la texture. Il n’était pas sans rappeler celui de la viande avariée, assortie à l’arrière-gout métallique de la coupe. Venzio en vomit une bonne partie sur le sol. Le liquide coulait sur son manteau, et salissait ses habits de tâches sombres. Le garçon dut se faire violence pour garder le reste, mais s’il ne le faisait pas, il serait forcé d’en boire davantage.

            L’effet fut immédiat.

            Venzio sentit la tête lui tourner et sa vision se brouiller, tandis que ses autres sens se firent au contraire plus aigus. Il lui semblait que les voix des hommes d’églises s’intensifiaient encore, qu’elles devenaient assourdissantes. Au même moment, des fourmillements gagnaient ses doigts et ses orteils, pour remonter le long de ses membres. Mais les effets de la drogue ne s’arrêtèrent pas là, et laissèrent désormais place à de violents spasmes, qui secouèrent le corps chétif de Venzio. Incapable de se tenir droit plus longtemps, il s’effondra au sol, et sentit la bile couler de sa gorge vers le sol crasseux. Sa vue se troubla davantage encore, mais il avait peur de fermer les yeux. Et s’il ne les rouvrait pas ? Cette pensée lui faisait peur, mais la perspective de se retrouver enfin loin de toute cette souffrance le tentait cependant inexorablement.

            Indifférents quant à sa douleur, les exorcistes continuèrent leurs chants macabres, destinés à chasser le démon hors du corps de l’enfant. Le démon… pourquoi voulaient-ils le chasser ? se demandait souvent Venzio. Il ne faisait rien de mal, il était juste là, et lui tenait compagnie. Si seulement le garçon était capable de leur mentir ! Mais les religieux détectaient le moindre mot qui sonnait faux, et s’en servaient comme prétexte pour continuer leurs actes ignobles, prétendant que Venzio ne mentait que parce que la chose l’y obligeait.

Nouvel effet de la drogue. Cette fois, il avait des hallucinations, à moins qu’il ne s’agît simplement de la lumière divine venue l’amener là où reposaient les morts. C’était la première fois que ce genre de réaction se faisait sentir.

            Le silence envahit soudain les lieux. Les chants se turent. Son corps cessa également de trembler, et ses sens revinrent à la normale. Bien qu’il se sentît fatigué, Venzio parvint à relever la tête dans un effort qui lui sembla surhumain. Il fronça les sourcils pour tenter de distinguer l’étrange forme qui se dressait en face de lui. L’exorciste et le mur de la chapelle avaient disparu. A la place, il y avait une maison de pierre, qui se tenait plusieurs mètres devant lui. Il avait dû mal à la distinguer, à cause du ciel rendu sombre par la pluie. Venzio se rendit alors compte qu’il s’était redressé, et était à présent à genoux dans l’herbe. Celle-ci était trempée et boueuse à cause du mauvais temps.  

Le mercenaire observa attentivement la maison. Il avait envie d’en franchir la porte. Il retira la boue sur son manteau et se redressa, en prenant bien garde à ne perdre ses sabres courts. Venzio avança vers la maison, puis après quelques instants, s’arrêta. Il remarqua que la distance entre lui et la porte, qu’il voulait désespérément franchir, ne s’était pas réduite. Il recommença, cette fois en courant, mais glissa sur l’herbe, et se retrouva de nouveau face contre terre. La distance le séparant de la porte était restée la même. Le mercenaire voulut retenter sa chance, mais à peine eut-il relevé la tête qu’un flot s’abattit sur lui. La pluie était devenue violente, et le rideau de gouttes si épais qu’il n’était plus possible de distinguer la maison. Le sol ne parvenait plus à l’absorber, si bien que le niveau monta inéluctablement. Venzio vit l’eau atteindre son menton, et gagner rapidement sa bouche. Il tenta de se relever pour échapper à la noyade, mais le poids de l’eau sur son dos était bien trop puissant.

Il eut à peine le temps de hurler que sa tête se retrouva immergée. Son cri se perdit au milieu du torrent qui l’emporta au loin.

Puis il se brisa lorsque le mercenaire ouvrit les yeux sur le plafond de sa chambre.

            Les ténèbres épaisses le firent d’abord paniquer. Venzio se croyait revenu dans la chapelle, entouré des exorcistes et de leurs maudites prières. Puis il distingua la lumière orange de la lune qui filtrait à travers les voilages de la fenêtre. Le mercenaire se passa une main dans les cheveux, et la retrouva couverte de sueur. Les draps n’étaient pas en meilleurs états, Venzio nageait dans une âpre humidité tiède et collante. Il se leva, retira ses draps et les roula en boule, avant de les jeter dans le couloir, indiquant ainsi qu’il voulait qu’ils soient changés. Le mercenaire ouvrit ensuite sa fenêtre et mit ses vêtements à suspendre, pour que la brise fraiche de la nuit les sèche. Il s’accorda ensuite un bain d’eau glacial. Le minimum pour soulager son corps qui semblait en proie à une terrible fièvre.

            Ce rêve… Venzio avait réussi à faire abstraction de son passé durant des années, au point d’en oublier certaines parties pourtant traumatisantes. Le fait que l’une d’entre elles lui revienne d’un bloc dans un songe… Un frisson parcouru sa colonne vertébrale. Puis soudain, il se rappela la maison de pierre, et le torrent qui avait failli l’emporter.

            – Venzio ? Qu’est-ce que tu fous à cette heure-ci ? Et dans de l’eau froide en plus ?

            – C’est maintenant que tu réagis ? releva le mercenaire.

            – Je dormais figure toi !

            Venzio eut un instant de doute.

            – Parce que tu dors toi ?

            – Ho Venzio… Tu me connais vraiment pas ! s’exclama Etel d’un air faussement accablé. Bien sûr que je dors ! Enfin non, ce n’est pas vraiment dormir au sens propre du terme. Disons plutôt que je suis en veille… Bah oui t’imagine sinon ? Rester dans le noir et le silence durant des heures, à attendre que tu te réveilles… Je serais obligé de te parler pour…

            – J’ai fait un cauchemar. J’ai revu les exorcistes, et ce qu’ils me faisaient dans la chapelle. Quand ils me torturaient pour te faire partir.

            La voix de Venzio n’exprimait aucune animosité. Etel n’avait jamais cherché à lui faire du mal. Mieux, il avait été le seul compagnon de l’enfant torturé qu’avait été Venzio, et le rassurait dans ces moments de terreur. Le silence se fit pesant entre les deux compagnons. Le mercenaire jouait distraitement avec l’eau de son bain, puis il se ressaisit sans prévenir.

            – Demain nous irons voir Jonas.

            – Ho non…

            – Oui je sais, il est pénible, admit Venzio. Mais il reste malgré tout compétent. Nous irons le voir. J’ai potentiellement une piste.

            – Ha bon ? Depuis quand ? s’étonna Etel.

            – Depuis cette nuit. Appelle ça l’instinct ou une prémonition, comme tu veux, mais le fait est qu’il ne faut rien négliger.

            – Pfff… Jonas. Il va encore essayer de te passer la bague au doigt.

 

*

 

            Maranola commençait son éveil. Les bucherons terminaient d’harnacher leurs attelages pour entreprendre le trajet jusqu’à l’extrême sud de la Forêt Brune, là où ils avaient encore l’autorisation de travailler, suite à l’incident impliquant les élèves de l’école des Magisners. Haches sur l’épaule, les bûcherons du convoi constitué d’une trentaine de charriots se préparaient à une heure de route par mauvais temps. Le ciel de l’aube était encore orange, mais de sombres nuages semblaient se profiler à l’horizon, et suivre la même direction que les travailleurs. Les hommes moins forts, aidés de quelques rares femmes, se chargeaient des troncs ramenés de la veille, pour les tailler en planches et autres pièces destinées aux chantiers navals de moindres importances.

            Venzio se faufilât entre les charriots, et rallia le cœur du centre-ville. Il arpenta les rues jusqu’à trouver une impasse, au fond de laquelle se trouvait une porte en bois massif, marquée des armoiries d’Aquilion : un bateau à voiles, symbole du commerce fluvial, situé devant une montagne imposante, visible partout depuis le royaume, et qui aurait abrité les premiers colons venus s’établir en Aquilion.  

Situé dans un petit bâtiment sans prétention, le commissariat de Maranola était pourtant réputé parmi les plus efficaces du royaume. Ses hommes ne rechignaient jamais à la tâche. Et contrairement aux soldats qui veillaient exclusivement sur la capitale et la famille royale, ils avaient toutes libertés de mouvement et d’action, et étaient moins soumis à la discipline que leurs confrères qui étaient susceptibles de côtoyer la noblesse.

Venzio poussa la porte du commissariat. Une légère odeur de tabac flottait dans l’air. Le poste était désert en cette heure matinale. Seul Jonas devait être présent, probablement en train de s’occuper dans la réserve. En tant que dernier arrivé, il se devait d’assurer les gardes de nuit. Le mercenaire s’avança et fit sonner la clochette qui trônait sur le comptoir. Il fut étonné de l’ambiance qui régnait. Plusieurs pots de fleurs colorées venaient garnir la salle, et pas un grain de poussière ne vint se coller sur la main de Venzio quand ce dernier s’appuya au comptoir. Ces policiers-ci faisaient sans aucun doute preuve d’un grand attachement au protocole, qui leur apprenait à s’occuper eux-mêmes de leur lieu de travail. Les fleurs leurs venaient probablement de leurs épouses respectives.

            Des pas se firent soudain entendre. Ils remontaient énergiquement les escaliers qui menaient au sous-sol. Une silhouette svelte, en uniforme pourpre de la police, jaillit dans la salle d’entrée. Jonas braqua ses yeux gris acier sur le visiteur venu quérir de l’aide, et son sourire s’illumina en reconnaissant la crinière sombre et le manteau noir dont le mercenaire ne se séparait jamais. Le policier se retint de courir jusqu’au comptoir, sur lequel il s’appuya de manière timide.

            – Et c’est parti, lança Etel.

            – Venzio ! Je suis content de te revoir !

            Il observa timidement le mercenaire, en quête de la même joie dans son regard. Hélas pour lui, Venzio ne laissa rien paraitre.

            – Salut Jonas, j’aurais besoin de ton aide.

            Un peu refroidi par le manque d’enthousiasme de son visiteur, le jeune homme retrouva rapidement une contenance en se rendant compte qu’il avait là une chance unique d’aider son idole.   

            Les deux hommes s’étaient rencontrés l’an dernier, à Pont-Rouge. A l’époque, Jonas était encore un cadet de la police, et Venzio enquêtait sur une affaire d’enlèvement et de chantage entre deux familles nobles rivales. Par un impressionnant concourt de circonstances, Jonas s’était retrouvé mêlé à l’affaire, obligeant Venzio à devoir le garder auprès de lui pour le protéger. Des semaines de cohabitations étroites, ainsi que le fait que le mercenaire avait plusieurs fois sauvé la vie du cadet maladroit, avait rendu ce dernier béat d’admiration pour son sauveur. Admiration qui s’était rapidement changé en un amour non-réciproque. Depuis, Venzio faisait tout pour éviter de fréquenter le jeune homme et ne pas subir ses demandes à la fois insistantes et timides.

            – Je suis à la recherche d’une maison, continua le mercenaire. Isolée, de taille modeste, en pierre, et peut-être située près d’un lac et d’un ruisseau.

            Le policier réfléchit intensément. Puis son regard sembla reprendre vie tandis qu’il revenait à la réalité.

            – Il y a une maison qui me vient à l’esprit. Ta description est vague mais ça pourrait correspondre. Elle est à une quarantaine de minutes à pieds de Maranola, vers le sud, et est construite près d’un étang. En revanche je suis incapable de te dire qui vit ici. Personne n’a jamais répondu lors des recensements, ni pour aucune autre visite. Certaines personnes se contentent juste d’apercevoir de temps à autres de la lumière derrière les fenêtres. Mais généralement ils évitent de s’en approcher. Elle a fini par donner naissance à des histoires de fantômes, ou d’autres choses dans le même genre…   

            Le jeune homme approcha alors doucement sa main de celle du mercenaire, toujours appuyé sur le comptoir.

            – Tu sais je peux t’y emmener si tu préfères…

            – C’est gentil Jonas, coupa Venzio. Mais je suis en mission confidentielle pour la princesse. Ce que je pourrais découvrir là-bas doit rester confidentiel.

            – Je comprends, répondit Jonas, visiblement déçu.

                Venzio préféra mettre fin à la discussion d’un bref au revoir.

                – Je sens ton dégoût au travers de notre connexion, dit-il à Etel lorsqu’ils furent seuls dans la rue. Tu n’exagères pas un peu ? Il ne fait rien de mal, reprocha Venzio.

            – Toutes ces mièvreries m’insupportent.

            – De toute façon tu ne supportes rien.

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arno_01
Posté le 19/07/2020
Très bon récit, qui démarre vite.
J'accroche assez bien avec Venzio, qui pour je ne sais quel raison me fait penser à Benevuto dans Gagner la guerre de Jaworski (avec un vocabulaire mon fleuri).
Tu mets rapidement assez de chose en place pour qu'on devine un monde assez vastes avec plein d'éléments à découvrir. (les mines, la technologie, ou le passé de Venzio).
Ca n'a jamais été simple pour une reine de garder son pouvoir. Et je me demande bien comment la princesse s'en sortira.

Les deux cimeterres de l'attaquant ne me paraissent pas très crédible. Je ne suis pas expert en arme, mais pour moi c'est la même taille que les épées classique, qui certes se manient d'une main, mais une seule à la fois. (la seconde ayant un bouclier parfois, mais servant également à l'équilibre.)

Je file lire la suite.
Benebooks
Posté le 19/07/2020
Merci pour ce commentaire !
Concernant le personnage de la princesse, j'espère que son évolution te plaira 😃
Je note ta remarque sur les cimeterres. Je les remplacerai par une épée classique je pense
Filenze
Posté le 12/07/2020
Bonjour Benebooks,

J'ai vraiment apprécié ce second chapitre. L'univers se précise et les personnages aussi.
Les scènes d'action sont réussies, j'ai lu le combat d'un trait!
Les dialogues Princesse et chef de l'église ainsi qu'entre Venzio et le chef des Arpenteurs sont bien rythmés, avec des changements d'attitudes et de postures qui rendent le tout vivant.
J'ai trouvé très peu de coquilles. Par contre, certaines phrases sont un peu longues dans le sens où elles contiennent trop d'idées d'un coup (j'ai le même soucis, je fais aussi des phrases à rallonge). Mais ça, il faut laisser mijoter le texte et y revenir plus tard pour le voir je crois.

Voilà les éléments qui ont attiré mon attention :

Lorsque la Princesse parle des nobles dans l'Eglise:
- se contentaient de ce qu’ils avaient déjà, et négligeaient leurs obligations envers cette église qui leur devait tout = plutôt à qui ils devaient tout?

Renier les dieux, ceux qui leur permettaient pourtant de continuer leur misérable petite existence = on sent qu'on est dans la tête de la princesse et qu'elle n'a pas beaucoup de compassion pour les "religieux de convenance et les infidèles"... mais je trouve que cela contredit les oppositions entre nobles et miséreux que tu as construit au chapitre précédant lorsque tu qualifie ces fameux nobles de "misérables" ... Peut être pourrais-tu remplacer "misérables" par "vaines" petites existences? (vraiment ça n'engage que moi).

Heureusement, l’église ne l’avait pas laissé passer, et avec la bénédiction des membres de ses membres = petite coquille avec "membres"

Elle récitait déjà par cœur les versets sacrés alors qu’elle ne savait même pas encore les lire, et reconnaissait chacun des cinq dieux du panthéon, dont elle conservait toujours une représentation peinte sur une petite toile, gardée précieusement dans son tiroir de chevet = Cette phrase distille beaucoup d'informations. Peut être la couper en deux après Panthéon?

la sévérité et le charisme du Saint-Premier se lisait sur ses traits durs = lisaient

Cette autorisation implicite (à prendre la parole) = incitation?

J’ai taché de faire au mieux Votre Sainteté = tâché

Malheureusement le mal est tenace, et il a fini par quitter le rang. Au moins a-t-il fait acte de rédemption et nous est revenu. = la seconde phrase, je remplacerai le "et" par "lorsqu'il".

Un peu plus vieux mais pas dénué de charme. = Il est un peu plus vieux que vous mais pas dénué de charme. (la phrase me semblait incomplète pour un dialogue... après je suis pas la reine des dialogues ^^', donc je te laisse juge :)

La description de la foret fonctionne bien et je ne la trouve pas bateau contrairement à ce que tu disais dans un commentaire. L'aspect de la forêt n'est pas un élément de l'intrigue, donc tu n'as pas besoin d'en faire des tonnes je pense :).

L’horizon se fit soudainement vide = se dégagea?

Des cendres se soulevaient au passage de l’air = dans le vent?

Les quelques arbres qui avaient survécus au drame n’étaient rien de plus désormais que des coquilles vides = c'est un avis très personnel, mais je trouve que les coquilles vides est une image un peu étrange pour parler des arbres calcinés. Peut être remplacer par des serres calcinées? des carcasses noircies?

Elle n’avait pourtant jamais tenté de le pousser à commettre des atrocités, Venzio en était donc venue à croire qu’elle n’avait rien d’un véritable démon. = Peut être remplacer le premier Elle par "la voix".?

celle toujours fidèle ne manquait pas de porter la qualité de leur services aux bonnes oreilles = leurS services

Petit, trapu, et une longue tignasse noire un peu dégarnie sur le crâne venait parfaire l’ensemble.= sur le sommet du crane? les cotés? :) cette phrase me semble terminer de façon un peu abrupte, j'enlèverai le "et", et je replacerais "l'ensemble" par "son portrait".

Lochras tapa l’épaule de son invité, puis l’invita = invité est un peu répétitif, lui tapa l'épaule et l'invita?

C’était la première fois que ce genre de réaction se faisait sentir. Le silence se fit sans prévenir. = tu as dans deux phrases successive la construction avec "se faire", peut être mettre une variation?

Il remarqua que la distance entre lui et la porte, qu’il voulait désespérément franchir, n’avait pas changé. = ne s'était pas réduite?

Le mercenaire voulait retenter sa chance, = le mercenaire voulu retenter sa chance?

Le moment où le souvenir des tortures (les scènes que tu décris sont très réussies et haletantes! j'ai tout lu d'une traite et je maudis l'église persuadée de faire le bien en infligeant le mal) bascule dans la vision de la maison de pierre m'a un peu perdue. ça s'éclaire dans la suite du récit... mais ce qui s'est passé pour moi c'est que j'étais tellement obnubilée par le fait de comprendre si Etel l'avait téléporté pour qu'il se sauve (après Venzio avait ses sabres donc j'ai compris qu'il était adulte) ou si il était un mage en réalité... que j'ai un peu perdu le fil. Je ne sais pas si tu as eu d'autres retours de lecteurs sur cette transition là, ou si je suis la seule... (?)

Les coupeurs de bois terminaient de sceller = les bucherons? seller? (pour un attelage ont dirait plutôt harnacher)

pour les transformer en planches et autres pièces destinées aux chantiers navals de moindres importances. = les débiter en planches? les tailler?

visiteur venu en quête d’aide = venu quérir de l'aide?

En revanche je suis incapable de te dire qui vit ici = qui vit là-bas

Voilà. Je trouve que l'histoire devient plus sérieuse et plus sombre avec l'arrivée de la guerre, de cette arme et le poids de l'Eglise. Le personnage de Venzio est très intéressant et j'ai hate que son lien avec Etel soit plus exploré, j'aime beaucoup leur relation. Je vais lire la suite avec plaisir.
Benebooks
Posté le 12/07/2020
Merci pour ton retour très pertinent ! Il confirme mes propres remarques
Effectivement la scène du rêve m'a posé quelques soucis mais tu es mon premier retour à ce sujet. L'idée dans cette scène, c'est simplement que Venzio passe d'un endroit à un autre, comme ça sans transition, un peu comme il nous arrive de le faire quand on rêve !
Comme je l'avais dit la dernière fois les chapitres 1 à 4 ont besoin d'un retravail, du coup je prends note de tes remarques !
Je m'en vais de ce pas traquer les fautes restantes !
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