Chapitre 2 : Ankinée

Aspiré vers l'avant, propulsé de l'arrière. Kyan décollait du sol, perdait l'équilibre. Son visage trouva cependant un point de chute, contre le sol froid. L'atterrissage faisait atrocement mal.

—C'était pas drôle, Zoya... grogna-t-il en se redressant péniblement.

Il du se rendre à l'évidence : le bruit ambiant de la Place de la Comédie n'était plus, remplacé par un silence. Et il n'y avait plus la poubelle en face de lui. Par contre, Céleste et Zoya étaient au sol, tout comme lui.

—Où sommes-nous ? Demanda Céleste.

Bonne question. Il faisait noir, et il n'y avait pas un son autour d'eux. Instinctivement, Kyan fouille dans sa poche et en sortit son smartphone. Il activa la fonction lampe torche, et la lumière fut.

—Bien joué, le félicita Zoya en faisant de même.

À trois téléphones, ils purent avoir une vision d'ensemble de la pièce. Il y avait des tonneaux autour d'eux, empilés les uns sur les autres. La pièce avait l'air de renfermer d'autres objets, mais cela l'intéressait pas le jeune garçon.

—Comment sortir d'ici ?

L'idée de rester enfermé dans le noir ne lui plaisait pas. Il n'imaginait pas qu'une simple réponse à un email le ramènerait il ne savait où... Il fit le tour de la pièce pour l'éclairer mais tout semblait se ressembler.

— Par ici, lança Céleste.

Il leur fit signe de la main; Zoya et lui le suivirent. Entre deux piles de tonneaux, il y avait un petit escalier menant à une porte. Ils s'en approchèrent prudemment, puis Céleste pressa la poignée. La porte ne broncha pas.

—Merde, lâcha Kyan, on ne va pas y passer la nuit.
—Si on crie, quelqu'un nous entendra forcément, répondit Zoya.
—Toute idée est bonne à prendre, accepta Céleste.

Kyan haussa les épaules, puis cogna le poing contre la porte de bois :

—Ohé ! Cria-t-il. Il y a quelqu'un ?!
—Ouvrez ! Ajouta Zoya.
—On ne veut pas rester ici !

Les trois continuèrent ainsi, alternant entre cris et coups contre la porte, jusqu'à ce qu'une voix grave daigna répondre :

—Les rats gueulent maintenant ?

Les planches de bois qui servaient de marches crissèrent sous les pas de l'homme derrière la porte. Puis il y eut le bruit caractéristique de clés enfoncées dans la serrure, puis la porte s'ouvrit sur un homme trapu.

—Par les déesses ! Z'êtes qui vous ?

S'adressait-il bien à eux ? Les adolescents se regardèrent tour à tour alors que l'homme avait bien l'air de regarder plus loin que leurs visages. Sans les prévenir, il poussa Céleste et fonça vers ce qui était ses réserves.

—J'vous jure qu'si vous avez bu mon alcool j'vous noie dans le tonneau !
—On n'a rien toucher m'sieur, répondit Kyan..

Un frisson lui parcourut l'échine alors qu'il s'imaginait noyé dans un breuvage. Une minute plus tard, l'homme ré émergeait de l'obscurité, le visage patibulaire.

—Comment v'zêtes entrés ici ?
—On n'en sait rien, monsieur, répondit Céleste, la mâchoire contractée.

L'homme trapu les dévisagea un par un, puis fit un grand geste de la main, comme pour éloigner une sale bête de son visage :

—Vous n'savez rien ? Petits imbéciles ! Je n'sais pas c'que vous avez bu, et je n'aimerais pas l'boire ! Maint'nant dégagez d'ma taverne !

Voilà que l'homme se mit à les pousser vers la sortie de la dite taverne. Dans la pièce principale, les clients les regardaient avec de grands yeux. Certains étaient vêtus comme des chevaliers, d'autres portaient des tuniques. Quant à Kyan, Zoya et Céleste... ils étaient encore en jeans. Cela pouvait expliquer pourquoi ils semblaient bizarres.

Ils dûrent franchir la porte de force, sans pouvoir poser ne serait-ce qu'une question. Dehors, la rue était remplie de monde, tous vêtus des mêmes genres d'accoutrement que dans la taverne.

— Mais enfin, on est où ? Soupira Kyan.
— Il n'y a pas de réseau, constata Céleste en consultant son téléphone.
—Regardez là haut, dit Zoya. Les grandes tentures colorées, ça ne vous dit pas quelque chose ?

Kyan suivit le regard de son amie. Les tentures, dont les couleurs étaient vives, rouges, turquoises, dorées, et bien d'autres couleurs, étaient suspendus le long des murs de la rue. Les marchands criaient ça et là, et les marchandises exposées étaient de vieux ouvrages, et d'autres artefacts et objets historiques ou culturels... Cette description, il l'avait lue, et maintenant, il la contemplait de ses propres yeux.

—Nous sommes... Au grand marché de Silenis.

À Aradæïa, Silenis était la ville réputée être celle des sciences et de la sagesse. Les érudits, les savants, les inventeurs et les médecins y vivaient et y menaient leurs recherches. Il avait lu cette description dans la célèbre série de Célian Pankraz.

—Au voleur ! Cria soudainement une voix. Au voleur ! On m'a volé mon encyclopédie !

Aussitôt aperçut-il dans la foule une femme courir avec un grand livre entre les mains. Estimant qu'elle était trop pressée pour être une acheteuse, Kyan se lança à sa poursuite.

—Bordel, Kyan, reviens ! Criait Céleste derrière lui.

Il savait que son meilleur ami devait couvrir son nom de jurons. Mais il s'en fichait. Il accéléra le pas, puis bondit sur la voleuse alors qu'elle passait près de lui. Il l'écrasa de tout son poids, en serrant les dents. Il atterrit tant bien que mal contre le sol, sentant son visage cogner le sol pour la seconde fois. C'était pas son jour.

Autour de lui, les passants s'étaient amassés et formaient un cercle. Puis la voix resurgit :

—Mon encyclopédie !

Deux hommes se saisirent de la voleuse et l'embarquèrent avec eux. Kyan se redressa de lui-même, en sentant ses jambes trembler. Devant lui, la jeune fille à longue tunique blanche ramassait son ouvrage.

—Vous m'avez sauver la vie ! Si j'avais perdu son encyclopédie ma professeur ne m'aurait pas pardonner.
— En même temps, un ouvrage aussi lourd écrit à la main, répondit-il, tu m'éton...

Ses lèvres demeurèrent entrouvertes, tant il était choqué de la vision.

—Kyan, enfoiré, hurla Céleste. On ne se sépare pas quand on ne connaît pas un endroit !

Il entendit le rire clair de la jeune fille, alors que les lèvres de cette dernière s'étiraient en un beau sourire. Elle passa une main dans sa natte brune pour la poser sur son épaule. En aucun moment ses yeux d'argent ne s'étaient éloignés de ses yeux.

—Kyan, dit-elle. C'est un prénom d'une nation étrangère ?
—O-on peut dire ça comme ça, répondit-il, évasif, sentant le rouge monter dans ses joues.
— C'est joli. Je m'appelle...

Il était inutile qu'elle dise son prénom. Il l'avait reconnue dés le début.

—... Ankinée.

Il sentit son coeur fondre dans sa poitrine en entendant sa voix. Elle était là. En face de lui. Alors qu'elle devait être morte. Comment cela était-il possible. Tandis qu'il demeurait immobile, il regardait Zoya et Céleste se présenter à elle.

—Vu vos vêtements, vous devez venir de loin, poursuivit Ankinée. Avez-vous fui un pays en guerre ?
—Non, répondit Kyan, gêné.
—Ici, vous êtes libres et en sécurité. Aradæïa est un royaume en paix. Tous ceux qui y pénètrent ne subiront aucune représailles.
—Nous sommes des réfugiés, répondit Zoya. Nous avons fait un long chemin pour arriver ici.

Avant que Kyan ne puisse ajouter quoi que ce soit, Zoya lui intime du regard de se taire. Elle avait l'air de savoir ce qu'elle faisait. Il soupira en baissant la tête. Il lui poserait la question plus tard.

—Venez vous reposer chez ma professeur, leur dit Ankinée. Nous vivons à deux dans une petite maison, mais je pense qu'il y a assez de place pour trois invités.

Soudain, avant que quiconque put répondre, elle leva l'index vers eux :

—Vous ne pouvez pas refuser ! Je vous dois bien ça, n'est-ce pas ?

Tour à tour, les trois adolescents hochèrent la tête. Puis ils suivirent Ankinée à travers les rues de Silenis. Kyan profita de la situation pour se pencher vers Zoya :

—Pourquoi tu as dit que nous étions des réfugiés ?!
—C'est une bonne couverture. Et puis, c'est plus raisonnable que de dire que nous venons d'un autre monde.
—Comment on en est arrivé là ?! Soupira-t-il.
—On se souciera de ça plus tard, répondit Céleste. Pour l'instant, on la suit. On a trouvé un endroit où dormir pour la nuit.

Ses amis avaient raison. Dehors, les premières lumières étaient allumées, et le soleil se faisait de moins en moins visible à l'horizon, s'évanouissant dans le ciel rose orangé couchant. Il n'y avait pas d'autre solution que de suivre un personnage, qu'il ne pensait que couché sur papier mais qui était bel et bien réel, jusque sa demeure.

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Salut Les Confi
Posté le 25/12/2020
Salut je n'ai pas forcément de remarques à faire juste que j'adore ton histoire j'ai commencé le 1er chapitre dès que c'est sortie et depuis je ne peux plus m'en détacher j'avais hâte de voir la suite bah maintenant je sais. Trop contente pour Kyan qui peut enfin rencontrer son personnage préféré, je connais cette sensation décevante parce que oui j'ai déjà lu un livre dans lequel je m'attache beaucoup à un personnage en particulier puis il meurt, dommage moi aussi j'aurai bien aimé qu'un portail magique apparaisse devant moi mais malheureusement je n'ai pas eu la même idée que Kyan d'envoyer un message à l'auteur bref tout ça pour te dire que ton récit est très bien et qu'il faut que tu continues comme ça !!
Troian.Leroy
Posté le 23/08/2020
Très bon 2e chapitre ! J'ai à nouveau apprécier la lecture, et comme pour le précédent, je vais te faire une liste des bons points et des points que tu pourras revoir.

Ce que tu peux améliorer :
- l'usage du verbe être à nouveau, ce qui donne parfois un côté un peu redondant
- tu es passé 2 fois au présent ("Kyan fouille dans sa poche" et "lui intime du regard de se taire" alors que le reste est au passé
- pour le coup je trouve ce chapitre un peu rapide, on veut en savoir plus sur le monde, sur ce à quoi il ressemble, donc ça serait chouette d'avoir quelques descriptions
- aussi songe à travailler l'atmosphère, les sons, les odeurs, les couleurs, ça aide ton lecteur à se plonger dans l'histoire

Les bons points :
- déjà rien que le concept de se plonger dans le monde, j'adore !
- a nouveau tu as une bonne chute et ça donne vraiment envie de continuer
- Ankinée est très intriguant, on a envie de savoir ce qu'il va se passer avec elle
- et tu as tout de même un vocabulaire assez riche et un style fluide, ce qui rend très agréable la lecture

Voilà pour ce chapitre ! Je m'en vais lire le prochain !
Hugo Melmoth
Posté le 29/07/2020
Bravo pour ce second chapitre ! Je continuerai ma lecture dès le prochain...
J'ai seulement remarqué quelques coquilles en conjugaison comme "On n'a rien toucher m'sieur", où "toucher" devrait plutôt être "touché"...Ce n'est pas le seul endroit où ce petit problème arrive, mais ce n'est ni grave, ni très important...
Je lis la suite dès qu'elle parait !
Au plaisir de te relire ;)...
Encre de Calame
Posté le 29/07/2020
Merci beaucoup pour ce commentaire !
En effet, j'ai laissé des coquilles par inattention, c'est noté.

J'espère que la suite te plaira :)
Notsil
Posté le 28/07/2020
Ah ah, l'arrivée dans la cave ;) Bon, pour ta phase de réécriture, j'avoue que j'aurais aimé + de descriptions sur le tout début de leur arrivée ^^ Un simili vortex ? ^^
L'odeur, l'humidité éventuelle du sol, pourquoi ils arrivent tête en avant...

J'aime bien le réflexe du smartphone, même si je doute que leur batterie tienne très longtemps ;)

"Il n'imaginait pas qu'une simple réponse à un email le ramènerait il ne savait où... " -> comment il fait le lien ? Car ils étaient sur la place pour l'email, certes, mais ils ne s'approchent pas de la poubelle en disant "l'email disait de prêter attention à un machin scintillant" , non ? ^^

Qu'ils se fassent jeter dehors et pas aider direct, c'est bien. Encore une fois, tu peux je pense étoffer de quelques descriptions (genre ils ne voient pas bien le tavernier car il est à contre-jour).

J'aurais aimé un peu plus de stupéfaction quand ils voient la bannière de Silenis. Un ptit côté "c'est pas possible / pourquoi / alors ça existe vraiment ?"

D'ailleurs, s'ils se placent dans le lieu, ils se placent comment dans le temps ? On fait le lien avec Ankiné rapidement (ce qui est chouette je trouve ^^), mais du coup, c'est avant le tome où elle meurt, j'imagine ?

La question du "comment on est arrivé là ?" vient certes à la fin, j'espère qu'ils auront des réponses (ou pas :p).

J'imagine qu'ils vont ensuite discuter : s'ils connaissent les évènements du livre, donc le futur potentiel, vont-ils essayer de sauver Ankiné ? Ou réaliser qu'elle doit mourir pour que les conséquences ne soient pas catastrophiques pour ce nouveau monde ?

En tout cas ça reste intéressant et intriguant ;)
Encre de Calame
Posté le 29/07/2020
Coucou !
Et oui, c'est un genre de portail qu'ils ont traversé. J'ai un peu de mal avec les descriptions, mais ce sera revu dans la réécriture, merci !

Pour l'email et les événements, c'est juste une réflexion qu'il se fait, mais en effet, rien ne permet de rapprocher les deux faits.

Par rapport aux événements du livre, la réponse sera présente vers les chapitre 3 - 4 !

Encore merci pour tes remarques, j'espère que tu apprécieras la suite :)
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