Chapitre 2

Par Isapass

Vanhorf a été emmené vers le baraquement des contremaîtres. Il gueulait toujours tout ce qu’il savait, mais on pouvait pas tellement le lui reprocher : vu l’état de sa guibole, il devait souffrir le martyre. Ça pissait le sang. Enfin, j’ai pas regardé de trop près — j’ai jamais trop aimé ces choses-là —, mais même de loin ça sentait pas très bon pour lui.

Les hurlements avaient alerté le régisseur qui a envoyé un des gars à la grande maison pour appeler le patron. Il est arrivé rapidement, moitié furax, moitié bien embêté. En attendant le docteur qu’il avait fait prévenir, il est resté un long moment à discuter avec le régisseur et les autres contremaîtres. Aucun n’avait assisté à la scène, mais les gars avaient déjà parlé. Tout le monde nous jetait des coups d’œil en biais, à Walt et à moi. On était toujours plantés comme des piquets, à l’endroit où la poutre était tombée.

Depuis qu’il l’avait soulevée pour qu’on puisse dégager Vanhorf, Big boy avait l’air de plus être là. De temps en temps, ses lèvres remuaient, il hochait un peu la tête. Les yeux mi-clos, comme s’il regardait en dedans de lui.

Moi j’attendais le verdict. Je sentais bien que cette histoire resterait pas sans conséquence. J’étais convaincu que tout le monde, même Obard, détestait Vanhorf, mais je savais d’expérience que dans ce genre de situation, c’était plus facile de faire payer ceux qui avaient le moins de chances de faire du bruit. Et qu’il fallait toujours que quelqu’un paye.

 

Le doc est arrivé. Il a demandé que le blessé soit transporté dans une des remises où y avait une grande table. Personne a dormi cette nuit-là. Dans la grange, des groupes de quatre ou cinq gars chuchotaient par intermittence, puis se taisaient en grimaçant quand on entendait les hurlements de Vanhorf. Ses plaintes déchiraient les entrailles et donnaient la nausée. De temps en temps je me disais : Bien fait pour sa gueule, c’était quand même un beau salaud ! Mais va savoir pourquoi, ça me filait encore plus envie de vomir.

Qu’est-ce que le toubib était en train de lui faire ? Y avait peut-être pas grand-chose à sauver : ce qui était apparu sous le palan ressemblait plus trop à un pied. J’ai fini par m’asseoir dans un coin, loin des autres. Walt a tassé son grand corps à côté du mien. Il avait retrouvé son air tranquille, tout juste s’il souriait pas à ceux qui nous mataient en douce.

Peu à peu, les cris sont devenus plus faibles. Au petit matin, on avait plus rien entendu depuis un moment. Mr Obard est allé aux nouvelles. Quand il est revenu, blanc comme un linge, il a dit un mot au régisseur, soupiré en regardant ses pieds, puis il s’est approché de nous.

– Cobb, Carson, suivez-moi.

 

Dans son bureau, il s’est laissé tomber sur sa chaise, il a ouvert un tiroir d’où il a sorti une bouteille de bourbon et un quart en fer blanc et il s’est servi une dose à assommer un cheval. Il se l’est envoyée d’un trait avant de remplir encore sa timbale qu’il a contemplée un moment. J’ai cru qu’il avait oublié qu’on se tenait là, plantés de l’autre côté de la table, mais il a fini par lâcher :

– D’après le doc, il a bien supporté l’amputation. Mais c’est sans doute parce qu’il était complètement rond. Quand il va dégriser, on va l’entendre…

Il parlait plutôt à la bouteille qu’à nous. J’ai fait l’effort d’attendre sans bouger qu’il ait déchargé sa valise, même si je redoutais pas mal ce qu’il avait à nous dire, mais Walt a avancé d’un pas en triturant sa casquette.

– Mr Vanhorf a d’la chance, Patron, qu’on abatte pas les hommes comme les ch’vaux.

Oh, Big boy ! C’était pas le moment de régler des comptes, tout ce qu’y avait à faire, c’était écouter sans l’ouvrir… J’ai serré les dents en voyant Mr Obard lever des yeux sidérés sur Walter. Je m’attendais à de l’orage, pourtant le patron a refermé la bouche sans un mot. Il a avalé une lampée d’alcool en hochant la tête.

– Bien vrai, ça, il a soufflé. Il a de la chance…

Il avait compris avant moi que Walt avait dit ça sans une once d’ironie.

– Les gars, il a repris — et cette fois il s’adressait bien à nous —, je suis obligé de vous mettre dehors. Je sais bien que vous êtes pour rien dans tout ça, mais ce qui s’est passé hier soir, ça a remué tout le monde.

Il a pointé sa timbale sur Walter.

– Déjà que les garçons étaient pas tranquilles depuis ton arrivée, mon gars. Une histoire de voix, la nuit, ou je sais pas quoi…

Les rats ! Par contre, ça les avait pas dérangés que Walter leur refile sa gourde ou finisse la besogne à leur place. Dès qu’il y avait moyen de baver, la plupart résistaient pas. Et moi dans tout ça ? Moi, je faisais partie du lot parce que Big boy s’était assis à côté de moi.

– Suis pas méchant, Patron, a dit Walt d’une voix tremblante.

– Oh, je me doute bien mon gars, mais qu’est-ce que tu veux ? Faut que j’apaise les troupes pour que le boulot reprenne.

Encore une bonne gorgée.

– Et puis pour tout vous dire, Vanhorf est le cousin de ma femme. Je peux pas le virer, lui. S’il survit, vaut mieux que vous soyez loin d’ici.

Il s’est levé avec un geste en direction de la grange.

– Allez ramasser votre barda, mais traînez pas trop à vous mettre en route. S’il le faut, vous trouverez une embauche avant ce soir.

Ça, on savait tous les trois que c’était pas possible. Pourtant, autre chose me tracassait :

– Mr Obard ? Et nos gages ? Il s’est passé presque une semaine complète depuis la dernière paye.

Il a rangé sa bouteille en prenant tout son temps.

– Les frais médicaux, Carson, les frais médicaux...

Même pas foutu de me regarder en face quand tu me voles… Près de moi, j’ai vu Walt hausser les épaules et puis juste après, la charpente a émis un craquement. Obard s’est dressé d’un bond, tendu comme un arc. Dehors, le vent s’est mis à souffler en faisant rouler des boules d’herbe sèche, mais ça s’est calmé très vite, juste une rafale. Il s’est tourné vers nous avec un air mauvais.

– Allez, dégagez.

On a obéi. Qu’est-ce qu’on pouvait faire d’autre ?

 

***

 

C’est comme ça que Walt et moi, on s’est retrouvés sur la route à l’entrée du domaine, nos sacs sur l’épaule. C’était le jour le plus chaud depuis le début des moissons. Peut-être même de toute la saison. Un enfer. Il valait peut-être mieux pas bosser ce jour-là, finalement. J’ai imaginé les gars qui devaient rôtir dans les champs, et puis j’ai repensé à ma semaine de salaire envolée. De colère, j’ai donné un coup de pied dans le poteau qui portait l’écriteau « Obard farm ». Il s’est à peine incliné, juste pour me faire plaisir. Pourtant, j’arrivais toujours pas à desserrer les dents.

Walter était planté sur le croisement. La route passait devant, y avait pas trente-six choix : partir à droite ou prendre à gauche. Eh ben lui, il regardait tout droit, où y avait rien que des blés, avec son sacré sourire collé sur la bobine. Quand il a fini par se tourner vers moi, j’ai vu une question dans ses yeux. En fait, il m’attendait. J’en revenais pas : le type venait de me coûter ma place et mes gages, pourtant il avait l’air de croire qu’on allait rester ensemble.

J’ai contemplé sa grande carcasse de haut en bas en me demandant où je pouvais le cogner pour le faire réagir, mais j’ai senti toute ma colère qui fuyait. Comme si quelqu’un avait ouvert une vanne. Vraiment. Je me vidais. J’ai même jeté un œil sous mes pieds au cas où j’aurais pu la voir s’écouler sur la poussière du chemin. J’en voulais pas à Walt, finalement. C’est contre tout le reste que j’étais en rogne : les gros fermiers qui foutaient les hommes à la porte en leur disant qu’ils y étaient pour rien, les contremaîtres ivrognes et méchants comme des teignes, les étés trop chauds et les hivers gelés, les mères qui mourraient en laissant leurs gamins sur les routes…

            Walt y pouvait rien, bien sûr. Il subissait tout ça, lui aussi. N’empêche que sa présence risquait de me rappeler sans cesse les journées de boulot interminables pour zéro, la mort de ce pauvre cheval et le pied de Vanhorf écrabouillé par ce foutu palan — comment ce machin avait pu se décrocher, c’est dingue ! Et puis quelque chose me disait qu’à tailler la route avec lui, j’allais récolter des emmerdes.

– Tu pars vers où, Big boy ? j’ai demandé.

Il a pointé son doigt vers la gauche en prenant tout son temps.

– Je suis venu de là.

L’index a glissé jusqu’au côté opposé.

– Alors je continue.

J’ai ramassé mon barda, je l’ai calé sur mon épaule.

– Je vais dans l’autre sens. Adieu, Walt.

Je l’ai salué d’un coup de casquette et j’ai tracé sans le laisser répondre. Quand je me suis retourné, quelques minutes plus tard, je n’ai vu que son dos qui s’éloignait. J’étais sûr qu’il souriait toujours.

 

Il m’a fallu plusieurs heures à rôtir au soleil, les pieds cramés dans le cuir de mes godasses, pour dépasser les terres de Obard farm. Ensuite la route traversait d’autres champs à perte de vue. J’ai suivi un chemin vers une ferme. Moins grande que celle de Obard, mais ils devaient quand même avoir besoin de beaucoup de monde. Un jeune gars — le fils du propriétaire, peut-être — m’a dit qu’ils avaient embauché assez de journaliers pour finir les moissons, mais il fixait ma jambe avec une moue narquoise.

Le soleil touchait déjà les blés quand le pays est devenu plus vallonné. La route, qui avait pas viré d’un iota depuis des miles, serpentait maintenant entre des collines basses. J’ai dépassé plusieurs carrefours où des panneaux indiquaient les noms des fermes du coin. C’étaient sûrement des petites exploitations ; y avait peu de chance pour qu’ils embauchent, mais ça valait le coup d’essayer. J’en ai tenté deux sans succès, une où ils avaient pas besoin de moi et l’autre où j’ai trouvé personne. Le troisième chemin, je l’ai choisi parce que le nom sur la pancarte me plaisait : « Green grass farm ». Ça m’a fait rigoler : en cette saison, ils devaient pas en avoir beaucoup, de l’herbe verte. Le soleil avait sucé la moindre goutte d’eau à la terre, aux arbres, aux plantes. Les champs crissaient comme des nuées de sauterelles tellement tout était sec. Pourtant, j’ai pas pu m’empêcher d’espérer une jolie maison blanche bordée par un ruisseau, un verger qui donnerait de l’ombre et quelques bêtes calmes qui brouteraient une herbe épaisse d’une belle couleur vert foncé. Encore un dessin que j’avais dû voir dans un livre, parce qu’en vrai, j’étais jamais tombé sur une merveille comme ça. Peut-être un des albums de Mrs Cutler qui parlait du paradis.

De repenser à mes deux petits vieux — ça m’était pas arrivé depuis une éternité — j’ai parcouru le sentier avec le sourire aux lèvres, jusqu’à ce que j’aperçoive la ferme. Aussi étonnant que ça puisse paraître, dans le crépuscule, l’endroit ressemblait un peu à mon image. La maison était fatiguée, mais les fauteuils sous la véranda donnaient envie de se balancer en sirotant du café. Y avait bien un ruisseau et quelques arbres. Surtout, les bâtiments étaient construits au creux de trois collines. Comme dans la paume d’une main. Même le silence était doux, et calme.

Comme toutes les fermes, celle-ci avait son chien. Je me suis préparé à faire demi-tour en courant quand il a foncé sur moi. Les clébards, c’est la plaie des journaliers. Je comptais plus le nombre de fois où je m’étais fait mordre en arrivant sur une propriété. Celui-là m’a reniflé les godasses avant de repartir se coucher sous la maison. Pas un très bon gardien, quoi. Ou alors mon odeur lui avait plu ? Pourtant, mes pieds devaient pas sentir les fleurs après une journée à macérer dans le cuir.

Le joli paysage, le chien, le souvenir des Cutler qui m’accompagnait, tout ça c’était bon signe. Quand j’ai frappé à la porte, j’y croyais dur comme fer. Je m’attendais presque à voir Mrs Cutler.

La femme qui m’a ouvert était beaucoup plus jeune. Trente, trente-cinq, peut-être. Sur la route, j’avais vite appris à détecter à qui j’avais affaire. Au premier regard, je pouvais sentir sur quelle corde il fallait jouer pour donner la bonne impression. J’aurais mis ma main au feu qu’il y avait pas d’homme à Green grass farm. Cette femme prenait les décisions ; ça se voyait au menton relevé, aux yeux fixés sur moi qui n’avaient pas cherché d’approbation ailleurs. Personne ne trancherait à sa place. C’était probablement une veuve. J’ai tourné un peu plus mon pied vers l’intérieur, tout en redressant les épaules. Je devais lui montrer que j’étais assez fort pour abattre de l’ouvrage, mais qu’elle avait rien à craindre de moi, un malheureux jeune infirme.

– Vous avez besoin de quelqu’un ? j’ai demandé en ajoutant un bon sourire franc à mes atouts. Pour la ferme ou des réparations ?

Son air méfiant a disparu quand elle m’a regardé de haut en bas — en s’attardant un peu sur ma jambe tordue. Elle a réfléchi un instant avec une jolie moue, la main sur la hanche, et puis elle a hoché la tête :

– Possible. Ma moissonneuse est cassée et je dois attendre que mon voisin ait terminé avec la sienne pour qu’il me la prête. Si tu parvenais à la réparer, ça me rendrait bien service.

– Je suis assez calé en mécanique, Madame, je peux essayer, oui.

Un petit garçon s’est montré derrière elle et s’est accroché à sa main en me dévisageant.

– Voilà ce que je te propose : tu peux dormir dans la grange et demain matin, tu vois ce que tu peux faire pour la machine. Si tu n’as pas mangé, tu peux partager notre dîner.

C’est ce qui s’est passé : je me suis décrassé dans le ruisseau avant de m’asseoir à la table familiale. Elle s’appelait Kate Green – d’où le nom de la ferme – et le petit, Joshua. Autour du ragoût de mouton, elle m’a posé quelques questions. Pas beaucoup, pour ne pas se montrer indiscrète, mais elle a écouté les réponses avec sincérité. Le petit continuait à me reluquer en silence avec ses yeux tout ronds en piochant ses haricots avec les doigts. Quand je suis sorti pour rejoindre la grange, j’ai entendu la mère barrer la porte, mais je ne me suis pas vexé. Elle m’avait fait entrer, c’était déjà beaucoup. C’était une bien gentille femme et une jolie petite ferme, bien tenue. Le matin, je n’aurais pas parié très gros sur une chance pareille, même si ce n’était que pour un ou deux jours.

 

Malheureusement, le lendemain, j’ai déchanté. J’ai vite identifié ce qu’il y avait à réparer sur la moissonneuse : une des lames de faux s’était détachées et coinçait la roue dentelée. Mais c’était une vieille machine ; toutes les pièces métalliques étaient couvertes de rouille. Si bien que j’étais pas fichu de les démonter : les écrous étaient collés par la corrosion. J’ai eu beau sauter à pieds joints sur la clé, taper dessus à coups de marteau, rien n’y a fait. J’ai pris une suée de tous les diables — il faisait aussi chaud que la veille, l’air lourd était à peine respirable —, mais il a bien fallu que je reconnaisse ma défaite. Et surtout que j’aille avouer à la dame que je pouvais rien pour elle.

– C’est ce que je craignais, elle m’a dit.

Je lui en ai un peu voulu de pas m’avoir averti. Elle cherchait à me tester ou quoi ? Comme elle semblait aussi déçue que moi, je lui ai vite pardonné.

– Viens, je vais te donner quelques provisions.

Non, vraiment pas moyen de rester fâché.

Une fois dans la maison, elle a enveloppé de la viande séchée, du pain et des biscuits dans un torchon. Elle était pas obligée : après tout, j’avais pas réussi à la dépanner.

Je la remerciais pour la troisième fois quand la porte a claqué violemment. On a regardé tous les deux par la fenêtre ; à l’ouest, le ciel avait tourné au gris fer. J’ai senti un goût de poussière sur ma langue tandis que des rafales soulevaient des nuages bruns entre la maison et la grange. Un drap emporté par le vent s’est pris dans les branches des pommiers qui semaient leurs fruits mûrs, avant de repartir dans l’autre sens. On a couru dehors en espérant encore que ce n’était qu’un gros orage en formation, mais le grondement trompait pas : à un mile derrière la grange, le cône de la tornade avait déjà touché terre et fonçait droit vers la ferme. Dans quelques minutes, il serait sur nous.

– Joshua ! a hurlé la dame en se tournant dans tous les sens.

J’ai repéré le gamin près de la moissonneuse, sous l’auvent de la grange. Il avait dû me voir en train de m’acharner dessus et, du haut de ses quatre ou cinq ans, il essayer de faire mieux que moi. J’ai couru jusque là, je l’ai calé sous mon bras, puis je suis revenu vers la maison en cachant la tête du petit et mes yeux dans ma manche. On entendait déjà plus rien que le sifflement infernal du tube et les chocs des branches arrachées qui venaient s’écraser un peu partout. À travers le sable qui me giflait la figure, j’ai distingué la mère qui s’agitait frénétiquement en montrant le dessous de la maison. Je me suis jeté par terre et j’ai rampé sur le dos entre les pilotis en serrant toujours Joshua dans mes bras. Je me suis arrêté près du chien qui s’était déjà réfugié aussi loin que possible. Le gamin bougeait pas, le nez enfoui dans ma chemise. Sa mère s’est collée contre moi, elle a posé une main sur le dos de son fils et l’autre sur sa propre tête. Je sentais son corps secoué de tremblements. J’étais pas bien vaillant non plus ; au-dessus de nous, le bois de la maison gémissait si fort qu’on l’entendait malgré le grondement de la tornade. Dans l’interstice entre le sol et le plancher, j’apercevais que de la poussière et des débris qui volaient en tous sens et s’écrasaient partout. J’ai repensé à ce que j’avais vu la veille en arrivant : qu’est-ce qu’il allait rester de cette jolie ferme ? Qu’est-ce qu’allaient devenir cette femme et son petit garçon quand tout serait rasé ? Parce qu’à entendre l’intensité du sifflement, la tempête allait pas épargner grand-chose. Mes oreilles menaçaient d’éclater, mais je ne voulais pas lâcher Joshua pour me les boucher. Je percevais les vibrations que le tourbillon imprimait à la terre et qui remontaient le long de mes côtes. La tornade était là. J’ai rentré la tête entre les épaules et je crois que j’ai prié.

 

J’attendais tellement le grand fracas que je n’ai pas remarqué tout de suite le silence. C’est le « Mais… » stupéfait de la mère de Joshua qui m’a sorti de mon brouillard. J’ai renversé la tête en arrière ; sous les lattes, je n’ai vu que du sable qui retombait dans un rayon de soleil orangé. J’ai lâché le gamin qui s’est accroché à sa mère et j’ai rampé vers les pilotis. Plus un souffle, pas croyable. Je suis sorti prudemment de l’abri, mais j’étais convaincu qu’il y avait plus rien à craindre. Des déchets, surtout du bois, traînaient un peu partout, et l’air sentait toujours la poussière, mais plus rien ne bougeait. C’est pour ça que j’ai vite repéré le mouvement sur le chemin d’accès. Une grande silhouette, qui avançait du pas tranquille d’un bon cheval de trait, sac sur l’épaule et casquette sur la tête : Walter Cobb.

 

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aranck
Posté le 20/04/2021
Excellent ! J’ai adoré ce chapitre ! As-tu passé ta vie dans la campagne pour parler aussi bien le "patois" ?
Je suis trop contente que l’autre Vanhorf s’en soit tiré avec une guibole en moins, ce n’est que justice, comme ça la prochaine fois, il évitera de se moquer du handicap de Samuel.
Quant au patron, c’est un beau lâche ! Mais là, il risque d’être perdant à virer Walt... Et c’est bien fait pour lui !
Samuel a pris du corps dans ce chapitre, j’ai vraiment apprécié ses introspections et ses réactions, c’est un sacré petit bonhomme ! Et toutes ces expressions qu’il a, certaines sont très poétiques et d’autres tellement vraies : (ex : « je savais d’expérience que dans ce genre de situation, c’était plus facile de faire payer ceux qui avaient le moins de chances de faire du bruit. Et qu’il fallait toujours que quelqu’un paye. » « C’était pas le moment de régler des comptes, tout ce qu’y avait à faire, c’était écouter sans l’ouvrir… » « j’ai senti toute ma colère qui fuyait. Comme si quelqu’un avait ouvert une vanne. Vraiment. Je me vidais. »)
Une chose m’étonne cependant : il semblerait que tous pensent que Walt est coupable (ce que je pense aussi d’ailleurs, car ton personnage me fait penser à John Coffey dans la ligne verte, surtout dans le passage où il regarde dans le vide, et aussi parce qu’il est aussi doux et puissant que lui), or il a pris une gifle sans broncher (pas de quoi se faire virer) et plus loin, quand la charpente craque, le patron accélère le mouvement pour qu’ils s’en aillent comme s’il avait peur, comme s’il savait que c’était Walt le responsable, or ce phénomène est tout de même assez surnaturel pour qu’ils comprennent tous aussi vite. D’ailleurs, Samuel n’a pas pigé; lui, même s’il se pose des questions. Ce qui fait qu’on se demande un peu pourquoi le patron les vire aussi rapidement, même si Vanhorf ne peut pas saquer Walt et même si Walt parle bizarrement en dormant. Ou alors il faut grossir le truc. Bref, ce n’est pas gravissime, mais ça m’a un peu étonnée.
Sinon, je suis ravie que Walt réapparaisse dans cette mignonne petite ferme, ça me rassure. Et m’est avis qu’avec les dégâts de l’ouragan, il devrait y avoir du travail pour deux ! :-))
Ton écriture, quoique différente dans la forme est toujours aussi imagée, avec de belles descriptions, qui bien que courtes posent immédiatement le décor. Je perçois aussi la même sensibilité que dans les PL, et c’est ça qui m’envoûte le plus, je crois bien, toutes ces émotions pleines de pudeur. Bravo !
qq coquilles :
« et, du haut de ses quatre ou cinq ans, il essayer de faire mieux que moi. » essayait ou avait essayé
« les mères qui mourraient » un seul « r à mourir, sauf au futur
« une des lames de faux s’était détachées » détachée
Isapass
Posté le 21/04/2021
Non je n'ai pas passé ma vie à la campagne, je suis même plutôt citadine :)
En effet, Vanhorf et Obard ne sortent pas grandi de cette histoire ! Et l'amputation de Vanhorf, c'est effectivement un écho à la jambe boiteuse de Sam, mais aussi à la jambe cassée du cheval. D'où la phrase de Walt : "il a de la chance qu'on abatte pas les hommes comme les chevaux" ;)
Les expressions de Sam, j'avoue, je les aime bien aussi (moi ma préférée c'est "les bâtiments étaient construits au creux de trois collines. Comme dans la paume d’une main." C'est pour garder cette inspiration, d'ailleurs, que j'écris cette fiction si lentement. Je ne veux pas forcer, je laisse un peu faire les choses (sans compter que je n'ai pas fait de plan et que si j'ai la trame dans la tête, le déroulement n'est pas encore très clair).
Ta remarque est très intéressante. Pour moi, il y a déjà une "aura" un peu étrange autour de Walt, due aux voix dans son sommeil, mais aussi au fait qu'il est différent des autres journaliers qui sont des jeunes assez impressionnables. Et tout ça, c'est revenu aux oreilles du patron, qui y est sensible malgré lui.
Mais du coup, il faudrait effectivement que je développe ça dans le premier chapitre : montrer que malgré sa gentillesse, les jeunes se méfient de lui. Sauf Sam qui du coup, est englobé dans le même sac et se fait virer juste parce qu'il est le seul à lui parler.
Merci pour ta lecture, tes compliments et tes remarques ! J'espère que la suite te plaira.
aranck
Posté le 21/04/2021
Oui, le coup de la paume de la main est bien sympa, mais il y en a plein des trucs sympas.
Sinon, oui, tu peux insister sur la méfiance que provoque Walt, je pense que ça suffira à faire comprendre la décision du patron.
Makara
Posté le 26/09/2020
Coucou ! Me revoilà, j'ai bien aimé ce chapitre. La véritable force de cette histoire c'est ton écriture ! Elle nous emporte totalement ! T'écris vraiment bien <3
J'ai adoré les descriptions et les introspections de ton personnage !
On ne sait pas trop où on va, c'est pas hyper gênant pour le moment mais j'avoue que j'ai l'habitude d'avoir un fil rouge qui débute vite. Après, c'est plus un roman adulte ici donc je ne pense pas que ça soit embêtant.
J'ai bien aimé la réaction du patron, ça montre bien qu'il est pas un mauvais bougre (un peu voleur quand même) et qu'il doive composer avec les conséquences de l'accident. Je suis étonnée que personne n'ait essayé de comprendre la chute de la poutre...
Je ne m'attendais pas à ce que Walt et Samuel se séparent mais ça semble logique.
Quand Samuel rencontre la veuve avec son fils, je me suis dis que c'était vraiment risquée pour elle - si elle habite seule- d'ouvrir comme ça à un inconnu. Ce serait bien qu'elle lui ouvre avec un fusil parce que franchement, être seule en 1910 à gérer une ferme, je suis à peu près sûre que ça attirerait les loups du coin. Elle doit montrer qu'elle sait se défendre...

J'ai trouvé que l'ouragan arrivait bien vite ! Tu pourrais un peu mentionné avant que les nuages sont de plus en plus nombreux, que le ciel s'assombrit.
Je n'ai pas trop compris où ils se cachaient. Sous la maison ? Généralement, et dès le XVIIIème siècle, les colons construisaient des abris sous terre pour se protéger des tornades. Je pense que tu pourrais le rajouter et qu'ils se réfugient dans l'abri.
Du coup, au moment où Walt arrive, la tornade disparait ?
Etrange...
Bon je file lire la suite :p
Isapass
Posté le 28/09/2020
Oh la la merci beaucoup pour tes compliments sur mon écriture !
Le fait qu'on ne sache pas où on va, c'est un peu typique des road trip : les personnages ne savent pas où ils vont, donc le lecteur non plus. Il faut donc que le fil rouge soit autre que l'action ou le trajet. Ici, j'essaie de faire en sorte que ce soient les relations entre Sam et Walt.
Je ne sais pas si c'est pour un public adulte, aucune idée...
Il fallait que Sam et Walt se séparent, sinon ça aurait été trop facile ;)
Pour ta remarque sur l'accueil à coup de fusil, je ne suis pas forcément d'accord : elle a dû prendre l'habitude de vivre seule avec son fils et donc, de voir régulièrement des gens passer chez elle. Or, elle n'est pas spécialement en danger. Elle doit rester méfiante, en particulier dans ce cas parce que Sam va être amené à dormir sur sa propriété, mais pas au point d'y aller au fusil. Mais je suis d'accord que la question se pose, c'est d'ailleurs pour ça que Sam s'efforce de prendre une attitude rassurante parce qu'il se doute qu'elle doit se méfier des inconnus. Mais Kate semble plutôt d'une nature ouverte.
Oui, il faudra que je reprenne ce qui concerne la tornade. Au moins pour qu'ils soupçonnent qu'un orage se prépare, même s'ils ne savent pas forcément qu'il va créer une tornade. Je sais que les tornades se ferment vite, mais là j'ai peut-être un peu exagéré XD
Ah je ne savais pas du tout qu'ils avaient des abris. Je peux peut-être m'en souvenir en effet. Là, ils se réfugient sous la maison qui est construite sur un genre de vide, sur des piliers.
Je vais répondre à tes comm suivants !
Jowie
Posté le 23/08/2020
J’aime bien la voix du narrateur avec ses petites remarques humaines et drôles du style : « Ça pissait le sang. Enfin, j’ai pas regardé de trop près ». ça rend le texte très savoureux !
Le fait que Vanhorf perde sa jambe n’est pas anodin, n’est-ce pas. C’est comme si on lui faisait subir la même chose que Goldy (sans se faire abattre évidemment). Du coup, la réplique de Walt prend tout son sens ! Moi aussi, comme Samuel, j’avais d’abord compris la phrase autrement, puis tout s’est mis en place dans ma tête. *cerveau explose*.
Je croyais respecter Obard mais s’il garde Vanhorf et vole ses employés, en plus de les mettre à la porte du jour au lendemain, c’est un gros NON de ma part ! J’ai bien rigolé quand il a sursauté parce que la charpente a craqué xD Je comprends pourquoi Walt est si paisible ; il peut faire passer des messages très clairs sans s’énerver 😊
Le moment où Samuel dit qu’il marcherait dans l’autre sens que Walt était comique, surtout parce que je sens qu’ils vont finir par se retrouver je ne sais pas comment et que oui, ils seront à nouveau dans le pétrin !
J’aime déjà Kate Green, si indépendante, respectueuse et généreuse. J’ai eu un pincement au cœur quand j’ai compris que Samuel devrait partir. Et puis, la tornade est arrivée. D’un côté j’étais contente dans le sens où je me disais qu’après ça, il resterait sûrement pour aider à reconstruire ; de l’autre, je paniquais : à leur place je n’aurais pas su où me mettre pour me protéger ! Le drame de la situation rend la fin tellement épique. La silhouette de Cobb, au milieu de la poussière et la lumière en arrière-plan… Pour moi, Cobb est déjà une légende de l’Ouest xD Dire qu’il m’intrigue est un euphémisme. Je ne sais pas quelle est la limite de ses pouvoirs, mais calmer (ou créer ?) les tornades, eh bien, ça me semble plutôt pas mal xD Dois-je déduire que Walter Cobb est une sorte d’ange ? Dans ce cas, que fait-il sur Terre ? Quelle est sa mission, son devoir ?
Bref, je suis accrochée à cette histoire, je me réjouis de découvrir la suite et de savoir ce qui arrivera à tes charmants personnages !

Remarques :

Il s’est à peine incliné, juste pour me faire plaisir. Pourtant, j’arrivais toujours pas à desserrer les dents. -> Le « à peine » me fait penser que l’écriteau n’a pratiquement pas bougé. Du coup, j’ai interprété le « juste pour me faire plaisir » comme de l’ironie. Je ne sais pas si c’était comme ça que tu l’entendais ? Si oui, alors le « Pourtant » dans la phrase qui suit est en trop, à mon avis ^^

Un jeune gars — le fils du propriétaire, peut-être — m’a dit qu’ils avaient embauché assez de journaliers pour finir les moissons, mais il fixait ma jambe avec une moue narquoise. -> je ne comprends pas bien le sens du « mais » dans cette phrase. Si elle avait été tournée autrement, par ex : « ils recherchaient des journaliers, mais il fixait ma jambe », j’aurais compris, mais là ce n’est pas très clair pour moi.

une des lames de faux s’était détachées -> détachée
Isapass
Posté le 23/08/2020
Non, tu as bien vu : Obard n'est pas beaucoup moins mauvais que Vanhorf :) La vie n'est pas facile pour les journaliers, c'est ce que je voulais montrer : s'ils se font arnaquer ou maltraiter, ils n'ont pas vraiment de recours et doivent se contenter d'accepter.
Ça a surpris tout le monde, le fait que Sam et Walt ne partent pas dans le même sens. Mais je ne voulais pas que ça soit trop facile, même si je ne les ai pas séparés très longtemps :) Après tout, le titre c'est Walter Cobb (provisoirement, je pense), donc on se doute que Walt ne va pas disparaître du paysage !
Moi aussi j'aime bien Kate Green, mais au risque de te décevoir, c'est un petit rôle.
Je suis très contente que l'histoire et le personnage de Walter t'embarquent !
Je note tes remarques, bien sûr.
Merci pour ta lecture et tes deux commentaires !
A bientôt
Luna
Posté le 06/05/2020
La suiiiite !

Oh la la, même si Vanhorf est vraiment un sale type, vu que je suis une vraie chochotte dès qu’il s’agit de blessure, je n’ai pas pu m’empêcher de frissonner au début. Et ça c’est une fois encore grâce à ta maîtrise de cette narration à la première personne, je suis décidément séduite, ça fonctionne si bien !

Tes descriptions de la campagne et des petites exploitations où Sam tente de trouver du boulot sont vraiment superbes. J’ai eu un coup de cœur pour celle -ci en particulier : « Les champs crissaient comme des nuées de sauterelles tellement tout était sec. » Il y a tout pour nous mettre dans l’ambiance. On a l’impression de ressentir la chaleur écrasante du soleil, d’entendre les insectes, de visualiser les touffes d’herbe toutes sèches. Bref, en une phrase, tu arrives à convoquer au moins trois des cinq sens, et encore, j’avais presque l’impression de sentir cette odeur particulière qui pique le nez durant l'été dans les régions très sèches. D’une manière générale, l’ensemble de ce paragraphe est une petite pépite à mes yeux, puisqu’on y a même un souvenir du narrateur qui s’y articule à merveille, le tout dans une économie de mots, sans rien épurer, mais en utilisant pile ce qu’il faut.

J’ai été un peu « déçue » au début quand Sam et Walt de sont séparés, mais en fait c’était plus que logique et sans doute le meilleur choix que tu pouvais faire. Ça ne fait que mettre en exergue encore une fois le mystère qui plane autour de Walt. Et puis c’était en fait tout à fait crédible que le narrateur lui en veuille un peu quelque part, même si dans un coin de sa tête, il a conscience que c’est aussi une injustice pour Walt de perdre son job. Je sens qu’ils vont former un duo du tonnerre, bien qu’on ne sache pas encore comment ça va prendre forme ! J’ai hâte de voir ça !

Deux petites remarques :
>> J’ai repéré encore pas mal de répétitions de « mais », rien qui ne soit franchement insurmontable pour toi à la relecture je pense, tu arriveras aisément à les contourner ;) (mieux que je ne saurais le faire d’ailleurs haha)
>> « Je lui en ai un peu voulu de pas m’avoir averti. » : je pinaille un peu, mais de quoi lui en veut-il vraiment, de ne pas l’avoir averti que le mécanisme était rouillé ? Personnellement ça ne me surprend pas forcément, si la femme n’est pas calée en mécanique, elle ne sait pas forcément que c’est compliqué, non ? À moins qu’elle ne lise l’idée que d’autre s’y sont cassés les dents ou un truc comme ça.

À bientôt :D
Isapass
Posté le 08/05/2020
Oh la la ! Ça me fait très plaisir tout ce que tu dis ! Effectivement, je voulais que ça "sente la terre", que la nature ait une influence sur l'histoire (comme avec la tornade, mais là c'est évident). Et puis c'est un exercice intéressant de faire des descriptions sans langage très littéraire. Il faut que ce soit évocateur avec des mots et des métaphores simples et si possible, qui touchent les lecteurs.

Ca aurait été trop facile que Sam et Walt partent ensemble direct ;) Ce sont plutôt des solitaires et puis Sam est un peu en colère. Du coup, j'ai préféré les séparer, c'était plus logique. Pour mieux les réunir ensuite, bien sûr !

Les répétitions de "mais" : tu as absolument raison et je me suis noté d'y travailler en correction. Le problème c'est que ça impose de changer la construction des phrases, parce que je ne peux pas simplement remplacer "mais" par autre chose. Je varie de temps en temps avec "pourtant", mais je ne peux pas tellement mettre des "cependant" ou "néanmoins" dans la bouche de Sam (c'est une des limites du langage parlé : je me bats beaucoup avec les répétitions, en cherchant des synonymes qui restent abordables et pas trop littéraires).
Pour ton autre remarque : il comprend qu'elle savait qu'il allait galérer et que c'était une espèce de test. Il aurait préféré qu'elle l'avertisse qu'il n'allait sans doute pas y arriver. Ceci dit, c'est pas fondamental.
Je vais répondre à ton autre comm !
Liné
Posté le 22/03/2020
J'aime décidément beaucoup cette fiction.

Et je suis très impressionnée par ta maîtrise, dès les premiers mots. Tu as réussi à créer un décor, une ambiance, une voix et un ton, et à t'y tenir à la perfection. Le tout est jusqu'à présent très réaliste et cohérent ! D'autant que ce style-là est assez nouveau pour toi, non ? Comment tu l'as travaillé - tu as fais des "essais" ?

Les personnages sont toujours aussi réalistes, encore une fois, et attachants. Tu n'as pas besoin de tomber dans des descriptions à rallonge, ni des lieux ni des gens, le personnage principal et son point de vue s'en chargent à merveille. Au final, des "couleurs" ressortent très facilement de ces deux premiers chapitres.

A très vite ! (le chapitre 4 arrive bientôt ?)
Isapass
Posté le 22/03/2020
Rhooo ça me fait plaisir !
En effet, c'est la première fois que j'écris à la première personne. Je voulais vraiment essayer de travailler sur le fameux "show, don't tell" et j'ai eu la sensation que la première personne m'y aiderait. Quand on est dans la peau du narrateur, c'est plus naturel de ne pas se perdre en introspections ou en analyses et de rester plus proche des sensations brutes. Et j'essaye de me concentrer là-dessus, sur les sensations.
Je n'ai pas fait d'essais, justement parce que j'ai démarré ce projet comme une "récréation" par rapport aux Princes liés qui sont hyper planifiés. Je voulais redevenir un peu jardinière en écrivant au fil de la plume.
En ce qui concerne les "couleurs", je pense qu'elles sont visibles facilement par le lecteur parce que ce sont des images que tout le monde a à travers des films ou des romans qui se passent à la même période. Du coup, des évocations suffisent à invoquer le décor. Comme je ne suis pas très forte pour créer un univers de toutes pièces, je fais appel à des références plus ou moins universelles. C'est un peu de la triche XD Mais j'assume et je préfère me concentrer sur l'intrigue et le développement des personnages. Tant mieux si ça marche !
Pour ce qui est de la suite, je n'annonce rien parce que c'est selon l'inspiration : le chapitre 4 n'est même pas commencé, mais si ça se trouve, je vais l'écrire en deux heures... Je ne sais pas pourquoi, je le "sens" bien ce roman, (il faut dire que les premiers commentaires sont encourageants !). Du coup, je préfère ne pas forcer et laisser venir.
En tout cas, merci pour ta lecture et ton commentaire qui fait chaud au cœur !
Mary
Posté le 19/03/2020
Hellooo !

Bon, j'aime toujours autant !

Carson est vraiment un type bien. Il a vraiment une vie, la première personne passe toute seule et le registre de langage sonne toujours aussi juste.
On sent qu'il a un sens aigu de la justice : son "Les rats!" indigné résonne encore ! En attendant, il reste réaliste et ne se mets pas naïvement en danger au nom d'un idéal de justice. Il est conscient que le patron le vole, mais suffisamment intelligent pour laisser couler malgré sa colère (justifiée).
Quant à Walter, on sent l'émotion dans sa voix : non, il est pas un mauvais gars. Il a l'air résigné, on suppose que ça se passe toujours plus ou moins comme ça pour lui et ça me rend un peu triste (même si, objectivement, je suis certaine qu'il n'est pas blanc comme neige).
Alors le patron....est un connard, oui, MAIS. Je comprends un peu son point de vue. Dans un pays aussi vaste, isolé, une ferme, et tout, je comprends qu'il puisse pas le virer parce que virer un membre de sa famille, tu peux être sûr que ça fera partie des rancunes séculaires si ça arrive. Donc bon... (du coup ton perso est crédible et réussi :D )

Qu'il ne soient pas ensemble tout de suite, c'est à fait crédible. J'irais même plus loin en te disant que si tu les avait fait compagnons tout de suite, j'aurais été un peu déçu. Là, c'est parfait, surout qu'ils ne sont pas séparés très longtemps au final.
Tes descriptions de paysages sont toujours aussi admirables, en si peu de mots, et pourtant je sens presque le soleil d'été sur ma peau, la chaleur qui se dégage de la terre et l'odeur des champs le soir. Vraiment.
Le seul passage qui me dérange un peu, c'est la tornade. Je ne saurais pas exactement mettre le doigt dessus, mais... Peut-être qu'elle arrive trop vite, je ne sais pas. Il me semble que les tornades sont des formations météorologiques rapides, mais ce serait à vérifier. Si c'est le cas, peut-être pourrais tu glisser avant quelques signes avant-coureurs.
Pour la chute...c'est génial. Je suis sûre qu'il y a un rapport avec Walter, déjà dans le bureau du patron, le vent se met à souffler.

"– Mr Vanhorf a d’la chance, Patron, qu’on abatte pas les hommes comme les ch’vaux." C'est tellement bien vuuuu ! Pan dans ta faace !

"Le troisième chemin, je l’ai choisi parce que le nom sur la pancarte me plaisait : « Green grass farm ». Ça m’a fait rigoler : en cette saison, ils devaient pas en avoir beaucoup, de l’herbe verte."
Une précision élégamment amenée pour les non-anglophones.

À très vite pour la suite !
Isapass
Posté le 21/03/2020
Ah ! Ca me fait plaisir que ce second chapitre te plaise encore vu ton enthousiasme pour le premier ! J'avoue que les retours très encourageants que j'ai eus pour le début, j'avais un peu la pression :)
Le patron... comme j'écris en jardinière, j'avoue que le personnage s'est développé de lui-même à travers se dialogue que je n'avais pas vu venir ! Tant mieux s'il est crédible, même si ce n'est qu'un personnage très secondaire (on ne va pas le revoir, a priori), autant qu'il participe à l'ambiance.
Ah tiens, tu es la première à dire que tu soupçonnes Walt de ne pas être blanc comme neige... Intéressant ! Mais je ne commenterai pas plus ton hypothèse, bien sûr ;)
Tu as vu juste : je ne voulais pas que Sam et Walt soient amis tout de suite, ni que ça coule de source. Sam est plutôt un solitaire et probablement que Walt aussi, alors ça paraîtrait bizarre qu'ils partent ensemble sans se poser de questions. Mais ça ne m'intéressait pas non plus qu'ils soient séparés trop longtemps !
Tu n'es pas le seul à le dire que la tornade arrive trop vite : je reprendrai ce passage pour ajouter des signes avant-coureur.
Quand à la chute en rapport avec Walter... je laisse à l'interprétation du lecteur ;)
Merci pour ta lecture et ton commentaire !
Des bisous !
Gabhany
Posté le 07/02/2020
Hello Isapass !
Quel con*ard le patron ! Sam montre une certaine intelligence et maturité en ne protestant pas, il a bien compris qu'il faut que quelqu'un paye… mais je m'attendais à ce que Walter proteste tout aussi vigoureusement qu'avec l'abruti du premier chapitre ^^
Le fait qu'ils partent chacun de leur côté est logique, et d'ailleurs le retour de Walter après la tornade est super classe. C'est drôle car pour le moment tu ne nous donnes pas d'indices sur la responsabilité ou non de Walt dans la chute du palan et dans la tornade … j'ai hâte de savoir ce qu'il en est.
J'ai bien aimé aussi la rencontre avec la fermière. L'expression "comme dans la paume d'une main" est très jolie. Est-ce que la maison est encore debout ? Je parie que oui, grâce à Walter ^^
A bientôt pour la suite !
Isapass
Posté le 08/02/2020
Oui le patron est un connard, on est d'accord ;) Ah bon, tu t'attendais à ce que le patron prenne aussi une poutre sur la tête ? Ben non, faut que je varie les plaisirs, quand même !
Oui, ils se séparent d'abord, mais c'est pour mieux se "trouver" !
La fermière est sympa : je voulais montrer qu'il n'y avait pas que des pourris sur leur chemin !
La maison encore debout ou pas, on le verra au prochain chapitre (faut juste que je l'écrive XD)
Merci pour ta lecture et ton commentaire.
Renarde
Posté le 28/01/2020
Coucou Isapass,

Un bel enfoiré le patron ! Mais c'est tellement logique, et Sam l'explique d'ailleurs très bien "il fallait toujours que quelqu’un paye.".

J'aurais presque pu le comprendre, jusqu'au coup de la paie. Là, fini terminé, c'est un salaud également.

J'ai trouvé très bien la séparation, parce que je ne m'y attendais pas ! L'histoire s'appelle Walter Cobb, donc Sam va le suivre, non ?

Non XD.

La tornade par contre, j'étais confuse. J'ai lu que tu t'étais renseigné et que cela arrive effectivement très vite dans la réalité, mais pour les béotiens dont je fais partie, peut-être qu'une explication dans le texte même serait un plus. Genre "Une tornade. La terreur de tout fermier. Un monstre qui arrivait sans crier gare et qui dévastait tout sur plusieurs centaines de miles le temps d'un battement de cil". Bref, le tout bien mieux écrit avec une image poétique forte, mais là c'est pour illustrer mes propos confus.
Au passage, j'ai adoré "les bâtiments étaient construits au creux de trois collines. Comme dans la paume d’une main".

Et le retour de Walter au bout du chemin, tranquille, c'était top comme fin de chapitre !
Isapass
Posté le 29/01/2020
C'est ça : le patron est un enfoiré. Il profite du fait que Sam et Walter ne peuvent pas dire grand chose...
Comme je disais à Rachael, j'ai séparé Sam et Walt parce que je ne voulais pas que ça ait l'air de couler de source qu'ils partent ensemble. Sam n'est pas habitué à voyager avec quelqu'un et même si c'est un bon gars, il a dû apprendre à éviter les emmerdes, ce que Walt risque de lui apporter (du moins c'est comme ça qu'il le sent).
Oui, je retravaillerai le passage de la tornade. Même si c'est soudain, il faudrait que je rajoute quelques signes précurseurs. Et puis je pense que je peux ajouter un peu de force à la scène.
J'avoue, moi aussi j'aime bien l'image de la ferme dans la paume d'une main géante (#autosatisfaction)
Et le retour de Walt... je n'allais pas les laisser séparer longtemps, hein ;)
Merci pour ton commentaire encourageant !
Sorryf
Posté le 28/01/2020
Le pinaillage !
Tu dis que tes persos sont payés à la semaine, mais plus loin tu dis que ce sont des journaliers (enfin maintenant que j'y pense pas vraiment, tu dis que les chiens c'est un cauchemar pour les journaliers, j'en ai déduit qu'ils étaient journaliers) du coup ils devraient être payés à la journée non ? Bon après j'imagine que si on est payé à la semaine on s'appelle aussi des journaliers ? C'était vraiment histoire de t'enquiquiner XD Pardon pardon je le ferai plus. Dans le Steinbeck que je relis en ce moment ils sont payés à la journée.

Je trouve que la tornade arrive un peu brutalement ! Attention, j'y connais rien ! mais comme le héros a bossé dehors tout le long, il aurait du remarquer le temps à orage, non ? La veuve s'apprêtait a lui donner des provisions et le laisser partir, ça donnait l'impression que la météo était relativement ok, et une seconde après, la tornade ! Mais peut-être qu'en vrai c'est aussi soudain et imprévisible ? je pense que tu pourrais insister sur l’atmosphère orageuse en amont, peut-être meme des la veille (quand tu dis qu'il fait super chaud etc... tu peux ajouter que ç'est une chaleur qui annonce que ça va péter... mais j'ai peur de te dire de la merde parce que je confond orage et tornade)

Sinon, j'aime beaucoup le ton de la narration ! je constate que toi aussi tu préfères le passé composé ! J'ai beaucoup aimé comment le héros et Walt se séparent : "moi je vais par là et toi tu vas par la" xDD Et le retour de Walter, super classe ! Est-ce que la maison a tenu le coup ? Et le chien ? Je te préviens Isapass si tu tues le chien je, euh.... je rage ! En caps lock è.é

Au début, le patron qui est gentil et compatissant et tout... puis qui leur gratte leur salaire ! Quelle honte ! il vaut pas mieux que l'affreux cousin de sa femme è.é j'étais trop choquée et déçue xD
Isapass
Posté le 28/01/2020
Oui je pense que le terme de journaliers peut s'appliquer ici. En tout cas j'ai pris la liberté ! Et je t'avoue aussi que je ne suis pas très sûre de moi pour la paye à la semaine. Au pire, je pourrai dire que ce n'est pas habituel.
Tu relis Les raisins de la colère ou Des souris et des hommes ? Je crois qu'il faudrait que je les relise aussi, voire que je lise d'autres romans qui se passent à cette époque (genre On achève bien les chevaux). Est-ce que tu saurais me dire combien ils sont payés, à la journée ?
La tornade, il faut que je regarde encore un peu, mais j'ai fait quelques recherches et il semble que ce soit vraiment très soudain (ça fait partie des raisons qui expliquent le danger). Mais je vais continuer à me renseigner, pour pas raconter de bêtise.
Oui, le passé composé, ça m'a paru évident : je me voyais mal le faire parler au passé simple, mon petit Sam Carson ! Ça va quand même mieux avec le langage parlé.
T'inquiète, l'état de la maison, je vais en parler (sans m'étendre) dans le prochain chapitre ;) Comme ça tu verras si le chien est vivant ou empalé sur un pieu.
Oui, le patron aussi salaud que son contremaître, je me suis régalé (#auteuredeplusenplussadique)
En tout cas, merci pour ta lecture et ton commentaire ! ♥
Sorryf
Posté le 28/01/2020
Ni l'un ni l'autre, je relis "en un combat douteux" qui raconte une grève chez les cueilleurs de pommes. je n'ai pas du tout noté les salaires ! Je le relis pour gratter des infos sur la mise en place des grèves, pour un projet de fiction, je fais moins gaffe a la partie "amérique", mais maintenant que j'ai découvert Walter Cobb je vais être attentive !
En attendant je suis allée voir un peu sur internet si y avait pas des extraits des raisins de la colère qui donnaient les chiffres, et j'ai trouvé ça : ils sont pas payés a l'heure mais à la quantité récoltée (c'est pareil dans en un combat douteux), en coton c'est 90cents les 100 livres (avant que ça commence à dégringoler :s je me demande si a la fin c'est pas 45c mais je veux pas dire de connerie. En tout cas dans l'extrait il est question que ca descende a 80, puis 60). une cote de porc = 30c/ livre. Et donc a la fin de la journée, ça doit tourner autour de 3$. 3,5$ a l'air d'être une bonne journée. En sachant qu'ils bossent par famille, avec les femmes et les gosses qui aident, dans l'extrait ils disent " la famille machin a gagné 4$ mais ils sont plus nombreux". Je sais pas si ça t'aide, je vais essayer d'ouvrir l'oeil en lisant, si je trouve des indices sur la valeur de l'argent je te les noterai (j'hésitais a aller au bout de ma lecture ou non (j'aime pas relire) tu m'as motivée a continuer !)

On achève bien les chevaux je l'ai lu (*fière*) il me semble que c'est assez loin de ton histoire, (a part peut être une certaine connivence commune pour l'abattage de chevaux...)(je deconne, je me rappelle pas qu'ils tuent des chevaux, EUX) je sais pas si ça t'aidera concrètement, mais c'est un roman super alors si t'as l'occasion, vas-y !

je pense pas que ce soit obligé de signaler que c'est inhabituel de payer a la semaine. ça devait bien se faire ici et la.

Si le chien finit empalé sur un pieu je vais le prendre comme une attaque personnelle è.é

Isapass
Posté le 29/01/2020
Ah ben tu m'étonnes que ça m'aide ! Génial, merci beaucoup ! Tu as fait quoi comme recherche pour trouver exactement le bon extrait ?
Je n'ai pas lu "en un combat douteux", mais je note ! Et je note aussi que "on achève bien les chevaux" est à lire ! Je pense que je vais ancrer l'histoire vers 1910 (sans le préciser). Je ne me sens pas forcément de traiter du sujet de la dépression. On verra bien... Merci en tout cas !
Rachael
Posté le 27/01/2020
Décidément, j’aime ton narrateur, avec sa verve populaire,sa façon empathique de voir les choses et son sens de l’observation. C’est ça, il est très observateur (en même temps, c’est mieux, pour un perso important…) et nous décode ce qui se passe autour, en nous faisant partager ses émotions. J’aime beaucoup le passage où il se vide de sa colère par exemple.
J’ai eu peur quand ils se sont séparés, mais je suis déjà rassurée, tu as prévu des retrouvailles rapides. La petite ferme avec la femme seule est une belle trouvaille, elle apparait comme une oasis dans le désert, un petit miracle mais qui ne fait que montrer que rien ne dure…
Un petit détail technique : comment se fait-il que la moissonneuse soit rouillée, hein ? Normalement, ces gens-là devaient y tenir comme à la prunelle de leurs yeux et veiller sur le matériel (bon, c’est histoire de chipoter…)
Je ne vois rien de plus à dire pour l’instant sur ce chapitre, il se lit avec plaisir et on se demande vers quoi tu vas nous emmener.
Détails
les mères qui mourraient en laissant leurs gamins sur les routes : mouraient
une des lames de faux s’était détachées : détachée
il essayer de faire mieux que moi : essayait
Isapass
Posté le 27/01/2020
Ouf ! Je t'avoue que suite aux retours enthousiastes du premier chapitre, j'avais un peu la pression pour celui-là ! J'ai eu l'impression que mes phrases se rallonger et je n'étais pas sûre que le ton était conservé. Mais si ça ne t'a pas choquée, c'est que j'ai pas dû trop me rater.
Oui, c'est ça : je voulais un perso qui raconte, qui laisse passer ses émotions, mais pas d'interprétations pseudo psychologiques ou d'analyses des situations ou des autres personnages. Je me surveille à fond pour travailler le show don't tell ! Avec quelques images un peu originales (et j'espère, un peu poétiques) comme celle de la colère qui s'écoule et celle de la ferme dans la paume d'une main.
Par contre, le rendu ne me convient qu'à moitié sur la scène de la tornade. J'ai l'impression qu'on ne sent pas assez la force du truc, ni son côté inexorable. Je rebosserai ce passage.
En effet, je n'allais pas les laisser séparer longtemps :) Le titre, c'est quand même Walter Cobb (même si je pense que je ne le garderai pas). Mais je ne voulais pas que ça paraisse si évident, comme s'ils étaient "destinés" à se rencontrer ou un truc comme ça.
La moissonneuse, dans ma tête elle est cassée depuis plusieurs années, ce qui explique qu'elle soit rouillée. Je peux le préciser, en effet.
Je vous emmène bien quelque part, t'inquiète ;) Je ne sais pas tous les détails, encore, mais l'essentiel est bien dans ma tête.
Rhooo la la les grosses coquilles moches ! Lamentables !
Merci pour ta lecture et ton retour !
Et de ton côté, tu avances comme tu veux ?
Des bises !
Isapass
Posté le 27/01/2020
*se rallongeaient (mes phrases) pfffff
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