Chapitre 19 : Rizia

Par Isapass

Chapitre 19 : Rizia

 

Venzald

 

Grâce à l’intercession d’Albérac et de Venzald, les deux peuples avaient accepté de déposer les armes et de rétablir la paix. Le prince avait l’impression qu’ils allaient s’ignorer et se tenir éloignés les uns des autres pendant quelques lunes — au mieux — avant que leurs relations reviennent à la normale, mais quoi qu’il en soit, le bain de sang semblait évité. Ce qui laissait aux voyageurs la possibilité d’accompagner les espérites jusqu’à leur village, Rizia, pour en apprendre plus sur l’antidote au blé de cendre.

Malgré cette victoire, Venzald sentait monter en lui un sentiment de malaise alors qu’ils marchaient vers leur but. Depuis qu’ils avaient quitté les Teleriens, les espérites qui les escortaient lui lançaient des regards chargés d’incrédulité et de crainte, en prenant soin de ne pas trop s’approcher de lui et encore moins de lui adresser la parole, oralement ou en pensée. Il avait l’impression d’être atteint d’un mal contagieux et mortel. Les sourires maladroits qu’il leur distribuait restaient sans effet.

Au bout de quelques heures de marche, Rizia leur apparut au détour d’un bois de pins. Constitué des mêmes cases en terre et organisé lui aussi autour d’une sorte de hutte centrale, le village ressemblait beaucoup à Teleria, en un peu plus grand. Les habitants possédaient des caractéristiques physiques identiques à celles de leurs voisins ; leurs activités, leurs cultures, leurs vêtements étaient semblables, ils parlaient le même langage. Les raisons de s’entretuer paraissaient à Venzald de plus en plus dérisoires.

On leur attribua dès leur arrivée deux cases confortables. Pendant qu’ils s’y installaient, un des hommes qui avaient mené les négociations de paix s’adressa au prince avec déférence en demandant à Albérac de traduire.

– Il vous invite à le suivre, expliqua celui-ci. Il veut que vous rencontriez l’ancienne. Ce doit être la chef ou la sage de Rizia.

Le garçon acquiesça avec ardeur, à la fois pour montrer qu’il n’était ni malade ni dangereux et aussi pour l’opportunité de poser des questions sur ses pouvoirs. Ce qui s’était passé pendant l’attaque prouvait qu’il ne les maîtrisait pas encore. L’espérite l’accompagna jusqu’à une femme — pas si âgée que ça, malgré son titre — occupée à éplucher des tubercules violets, puis s’éclipsa. L’ancienne délaissa son couteau et se rinça les doigts dans un seau en prenant tout son temps, mais Venzald remarqua qu’elle aussi semblait perplexe et un peu effrayée même si elle essayait de le cacher.

– Tu as l’air bien jeune, pourtant.

L’entrée en matière fit monter d’un cran l’inconfort du prince qui répondit par un sourire crispé.

– Bien jeune pour quoi ?

– On m’a dit que tu avais parlé à tous les hommes en même temps, là-bas.

Venzald sentit ses oreilles s’enflammer. C’était donc ça qui lui valait la méfiance des espérites ?

– Oui confirma-t-il d’un ton hésitant. Ce n’est pas normal ?

L’ancienne réagit à sa question par un visage effaré.

– Non ! répliqua-t-elle en écartant les mains pour appuyer l’évidence de sa réponse. Ici, je suis celle dont les pouvoirs sont les plus étendus. C’est-à-dire que je parviens à déclencher des visions quand je veux et que je peux communiquer avec quelqu’un à plusieurs pas de distance. Mais je ne peux en aucun cas m’adresser à plusieurs personnes en même temps et je n’ai jamais entendu parler de quiconque qui saurait faire ça !

– Au nord, j’ai rencontré un espérite qui m’a aidé à apprivoiser la mange-pensée, dit Venzald après un instant de réflexion. Il croyait que mon lien particulier avec mon frère était un élément qui pouvait peser dans mes capacités.

– Quel lien ?

Le prince montra le haut de son bras gauche.

– Nous sommes jumeaux, nés fusionnés par l’épaule et la hanche. Nous avons été séparés à seize ans.

La femme plissa les yeux, puis hocha lentement la tête.

– Maintenant que tu le dis, j’ai connu des jumeaux, il y a longtemps. Ils se ressemblaient trait pour trait, ne se quittaient jamais et finissaient les phrases de l’autre, comme s’ils partageaient le même esprit. Malheureusement, ils ont été emportés par les fièvres alors qu’ils étaient encore jeunes, mais leurs pouvoirs s’annonçaient étonnants. Pas exceptionnels comme les tiens, mais au-dessus de la moyenne. Sans doute que cette proximité de pensée depuis leur toute petite enfance constituait un terrain propice.

Elle désigna l’épaule atrophiée du prince et se pencha en avant, les yeux soudain brillants.

– Dans le cas de jumeaux fusionnés, cette communion d’esprit est sûrement bien supérieure encore.

– Je le suppose, en effet. Nous savions ce que ressentait l’autre sans avoir besoin d’en parler. Nous partagions chaque seconde de notre vie, par la force des choses. La séparation m’a beaucoup affecté, j’ai d’ailleurs cru que je n’y survivrais pas.

Le visage de l’ancienne s’éclairait à mesure de la conversation.

– Et ton frère ? interrogea-t-elle d’une voix passionnée. Est-il capable des mêmes prouesses que toi ?

– Je l’ignore. Mes pouvoirs se sont révélés après notre séparation. Avant cela, je ne me doutais pas que j’étais un espérite. Lui, il se trouve toujours sur le continent de l’est. Je sais seulement qu’il est en vie, d’après une vision que j’ai eue il y a quelques jours.

– Tu as vu ton frère de l’autre côté de la mer ? répéta-t-elle, époustouflée.

Le prince acquiesça, un peu gêné. L’ancienne hocha la tête un long moment, absorbée par ses pensées.

– Je me demande, reprit-elle enfin, de quoi vous serez capables, à vous deux, quand vous vous retrouverez…

Venzald ouvrit la bouche de surprise ; il ne s’était jamais posé la question — à vrai dire, il ignorait si Themerid possédait des pouvoirs, même si cette femme n’avait pas l’air d’en douter —, mais cela ouvrait de vastes horizons. Restait juste à trouver lesquels.

Il profita du silence pour aborder un autre sujet d’interrogation :

– Récemment, j’ai déclenché une vision au cours de laquelle je me suis retrouvé dans le corps d’une delphe, mais j’ai eu l’impression que je ne parvenais pas à revenir à la réalité ensuite. Est-il dangereux de plonger dans l’esprit d’un animal ?

– L’esprit d’un an…

La mâchoire de l’ancienne se décrocha avant qu’elle réussisse à finir sa phrase. Elle fixa le prince en cherchant son souffle.

– Comment veux-tu que je le sache, mon garçon ? s’exclama-t-elle avec de larges mouvements des bras lorsqu’elle l’eut retrouvé. Je n’imaginais même pas que c’était possible ! Je n’ai que de minuscules pouvoirs, moi, contrairement à ce que je croyais jusqu’à aujourd’hui !

Venzald remercia et préféra s’éclipser.

 

***

 

Alix

 

Lorsque Venzald revint de son entrevue avec l’ancienne, il se laissa tomber sur un siège disposé devant la case, l’air absent, en proie à une intense réflexion. Il fallut qu’Alix l’interpelle plusieurs fois avant qu’il lève les yeux et fixe péniblement son regard sur elle.

– Pardon ?

– Qu’est-ce qu’elle te voulait, cette femme ?

– Juste me voir, en fait. Apparemment, mes pouvoirs sont… exceptionnels.

– Bien sûr qu’ils le sont, confirma Pique-Cerle fermement, comme s’il mettait quiconque au défi de le contredire. Ça fait des lunes que je le répète.

Venzald sourit tendrement en le regardant.

– C’est vrai, j’aurais dû mieux vous écouter, admit-il d’une voix douce.

– Et votre opinion n’a rien à voir avec le fait qu’il est votre petit-fils… ironisa Ensgarde avant de s’engouffrer dans la case qu’elle partageait avec Alix pour y ranger ses sacs d’herbes.

Le pêcheur haussa les épaules avec une moue bougonne.

– Moi je suis d’accord avec vous, lui murmura Alix. J’en étais sûre.

Albérac s’assit entre elle et Venzald.

– L’homme avec qui j’ai discuté sur le trajet, annonça-t-il, m’a indiqué quelqu’un qui devrait pouvoir répondre à nos questions sur le blé. Il m’a offert de nous l’envoyer.

– Enfin ! s’exclama la jeune fille. Nous allons être fixés !

 

Une heure plus tard, en effet, ils virent arriver un vieillard marchant courbé sur sa canne, qui leur adressa de chaleureux saluts tout le long des trente derniers pas qui le menaient vers eux. Il s’installa sur le siège que Venzald lui céda, ses yeux ridés fixés sur le garçon dont les capacités hors du commun lui étaient sans doute parvenues aux oreilles. Il posa de nombreuses questions sur les voyageurs, leur périple, leurs terres d’origine, en se montrant curieux de tout et en accueillant chaque réponse avec des exclamations ravies. Tandis qu’Albérac servait patiemment d’interprète, Alix trépignait. À présent que le but de leur expédition leur tendait les bras, son goût pour les relations sociales, aussi sympathiques soient-elles, diminuait. Elle aurait voulu secouer ce vieux bavard pour en arriver au sujet qui les préoccupait tous depuis des lunes et des lieues.

– Ainsi, vous vous souvenez de l’épidémie du blé ? demanda enfin le précepteur en profitant du premier silence.

Il montra les croquis de son carnet de voyage à l’espérite. Suivit un long échange dans la langue de ce dernier, pendant lequel tous deux frottaient leur pouce contre la pulpe de leurs autres doigts, sans doute pour mimer les grains qu’on réduisait en poudre grise d’une simple pression. Le vieil homme finit par hocher la tête en désignant d’un geste circulaire les environs de Rizia.

– C’est bien la même maladie, traduisit Maître Elric, la voix vibrante d’une excitation contenue qui contrastait avec son habituelle pondération. C’était il y a une vingtaine d’années. Toutes leurs cultures ont été touchées. Le village a été presque entièrement décimé par la disette.

L’espérite reprit la parole en une longue tirade que le précepteur écouta attentivement. Le vieillard montra le nord en même temps qu’il parlait, puis plaça une main devant son visage comme un écran.

– Intéressant ! s’exclama Albérac quand il eut terminé. Il raconte qu’ils ont mis longtemps à comprendre que la maladie venait du sol. Ils ont d’abord cru que leurs réserves de grain avaient été empoisonnées, car des étrangers avaient séjourné à Rizia quelques lunes avant les semailles, l’année précédente. Trois hommes portant des masques et habillés de vert, qui sont partis précipitamment dès qu’ils ont compris que leurs hôtes étaient des devineurs, non sans s’être montrés très insultants…

– Ça alors ! s’écria le prince. Le Haut-Savoir ! Ça correspond à ce que le Marmanien que vous avez rencontré vous a dit : il situait leur passage il y a dix-sept ou dix-huit ans, non ? Mais quel est le lien avec l’épidémie en Cazalyne ?

– Ils ont pu prélever du blé infecté, pour ramener la maladie sur le continent de l’est, suggéra Ensgarde. Ou bien de la terre, puisque cet homme semble dire que ça vient du sol.

L’aventurier demanda des précisions.

– En effet, confirma-t-il, les riziens ont compris que l’épidémie avait commencé avant l’arrivée des Érudits parce que certains d’entre eux avaient déjà remarqué des épis malades l’année d’avant.

– Et le remède ? s’écria Alix en sautillant sur place. Est-ce qu’il en a parlé ?

Dans son impatience, elle agrippait frénétiquement la manche de Venzald qui la força à se rasseoir après qu’elle l’eut pincé deux fois par inadvertance.

Albérac interrogea de nouveau le vieillard. Celui-ci répondit en illustrant ses propos de nombreux gestes, mais la figure de l’aventurier devenait de plus en plus perplexe.

– Il me parle d’une poudre qu’ils ont répandue sur les champs après bien d’autres essais infructueux, mais je ne connais pas le mot par lequel il la nomme.

Après encore plusieurs instants de conversation, l’homme se leva en souriant et leur fit signe de le suivre.

– Vous pouvez sans doute rester ici pour vous reposer, proposa Alix à Ensgarde et Pique-Cerle.

– Et manquer le plus important ? Tu me prends pour qui, gamine ? la rabroua la rebouteuse.

Ils cheminèrent environ une heure vers le sud, sans pour autant s’éloigner beaucoup du village. La démarche arthritique du vieil espérite et le dandinement d’Ensgarde qui marchait comme toujours sans plier les genoux manquèrent d’anéantir les dernières réserves de patience d’Alix. Malgré sa propre excitation, elle remarqua les sourires difficilement contenus de ses compagnons.

Venzald aida leur guide à descendre un raidillon qui les mena au pied d’une falaise noire, percée de plusieurs galeries. À l’entrée de l’une d’elles, il ramassa un petit bloc de roche qu’il effrita en partie entre ses doigts. Il leur tendit sa paume recouverte de poudre sombre. Ensgarde en prit une pincée qu’elle porta à son nez et huma plusieurs fois. Maître Elric l’imita, puis son visage s’éclaira.

– C’est… c’est ça le remède ? souffla la rebouteuse interloquée en regardant Albérac.

Les coins de la bouche frémissant comme s’il s’efforçait de ne pas rire, il hocha la tête. Puis il céda à son hilarité, tandis que la guérisseuse affichait le sourire le plus large qu’Alix ait jamais vu sur son visage. Les trois autres échangeaient des regards inquiets.

– Ça les a rendus fous ! s’exclama soudain Alix en se bouchant le nez. Ne respirez plus !

 

***

 

Venzald

 

Les yeux fixés sur l’étroite ouverture dans la paroi en terre de la case et sur les étoiles qui scintillaient dans le carré de ciel bleu nuit, le prince attendait le sommeil qui ne venait pas. Son corps moulu par la marche et les chevauchées protestait comme chaque soir depuis plusieurs lunes, mais ça ne l’avait jamais empêché de dormir ; il savait bien qu’au matin, sa jeunesse aurait débarrassé ses muscles de toutes leurs tensions. Comment Pique-Cerle et Ensgarde qui ne bénéficiaient pas de cet atout supportaient-ils la fatigue de cette longue aventure ? Pour la millième fois depuis le début du voyage, il admira leur cran. D’autant qu’ils auraient pu rester en Cazalyne. Ils auraient eu à se cacher pendant un certain temps pour se faire oublier, certes, mais rien ne les obligeait à se casser le dos ou à se mettre en danger, eux.

Et lui d’ailleurs, qu’est-ce qui l’avait poussé à se retrouver là ? Il n’était pas vraiment parti par choix, il était trop perdu pour ça quand Albérac avait eu l’idée de les entraîner à la recherche de l’antidote. Pourtant, il réalisait à présent que depuis qu’ils avaient quitté Cazalyne, il s’était approprié cette quête sans même s’en rendre compte. Plus encore maintenant qu’il détenait la preuve que le Haut-Savoir était à l’origine de l’épidémie. C’était son devoir, parce que c’était son peuple qu’on affamait, son royaume qu’on attaquait. Seule sa naissance en avait décidé ainsi, pourtant il ne lui était pas venu à l’idée de refuser le destin que le hasard lui avait attribué. Et puis finalement, malgré l’angoisse engendrée par le sort de Cazalyne, il aimait ce voyage. Les découvertes, les paysages nouveaux, la faune, les rencontres… Ce qu’il partageait avec ses compagnons, surtout. Il avait déjà une profonde affection pour Alix, mais à présent, il savait de quoi elle était capable, son courage, son abnégation, son indéfectible volonté. Si cela annonçait l’adulte qu’elle allait devenir, alors il se promettait de ne jamais perdre son amitié. Son admiration sans bornes pour Albérac s’était un peu diluée petit à petit, car il avait bien fallu admettre que le maître d’étude n’était finalement qu’humain. Comme tout le monde, il avait ses secrets, ses peurs, qui détournaient ses actions du chemin exemplaire sur lequel Venzald l’avait toujours imaginé. Il avait perdu un modèle, peut-être ; il avait cependant gagné un ami. Le voyage lui offrait aussi de rattraper toutes les années où il n’avait pas connu son grand-père. Il savait que c’était pour cela que le pêcheur avait suivi l’expédition. Cette raison seule aurait suffi à lui valoir son amour, mais ça ne s’arrêtait pas là. La confiance aveugle que le vieil homme plaçait en lui, sa personnalité sans fard, dénuée de toute vanité, sa faculté à deviner les humeurs du garçon ; tout ça parce qu’il était la chair de sa chair. Étranges liens que ceux du sang… Quant à Ensgarde, il avait compris très vite que ses perpétuels ronchonnements dissimulaient un esprit acéré, une quantité de savoir impressionnante et de la générosité.

Qu’est-ce qui faisait fuir le sommeil, alors ? À ses côtés, Albérac et Pique-Cerle dormaient profondément, après les émotions de la journée. Pourquoi pas lui ? La réponse lui apparut soudain. Ce soir, plus que jamais, il brûlait de parler avec Themerid pour lui annoncer ce qu’ils avaient découvert. Il avait tellement envie d’entendre sa voix que des larmes lui montèrent aux paupières.

Eh bien, qu’attendait-il ? L’ancienne ne lui avait-elle pas dit qu’il était doté de facultés exceptionnelles ? Et il avait déjà réussi à voir par les yeux de son frère — avec l’aide de l’herbe-à-voler, certes, mais il y était parvenu. Il devait pouvoir lui parler.

Il sortit sans bruit de la case, puis du village, juste assez pour admirer le ciel sans aucun obstacle. Il inspira profondément les deux pieds plantés dans la terre. Des vibrations infimes le traversaient, comme un courant qui l’aurait parcouru des pieds à la tête pour gagner les étoiles. Il se tourna vers l’est en souriant ; il savait qu’il allait réussir. Il lança son esprit vers l’horizon, dressé sur la pointe des pieds comme si son corps aussi se tendait vers son but. Il y était.

– Themerid ?

Il n’obtint aucune réponse.

– Themerid ?

Il était pourtant certain que son frère l’entendait.

– Themerid, c’est Venzald !

Rien.

Son pouls accéléra. Peut-être que son jumeau n’était pas un espérite ? Il ne pouvait pas comprendre les mots qui arrivaient dans sa tête ? Ou bien il n’avait pas appris à se servir de ses pouvoirs ? Et si son cœur avait à nouveau lâché, qu’il était inconscient ? Le prince fut tenté de rompre le lien pour recommencer avec une vision. S’il plongeait dans le corps de Themerid, il saurait pourquoi il ne répondait pas.

Soudain, il perçut un murmure ténu, très lointain. Il écouta de toutes ses pensées.

– Venzald ! Oh, mon frère !

La voix de Themerid ! Un sanglot mêlé de rire jaillit de sa gorge et il se sentit léger comme s’il avait repris de l’herbe-à-voler.

– Je suis si content de t’entendre ! Parle-moi ! Raconte-moi tout ! Dis-moi n’importe quoi pour que je profite de ta voix ! Tu me manques tant !

– Je ne peux pas. Mon cœur.

– Ah… Et ça te fait mal quand c’est moi qui parle ?

– Non.

– Bien. Alors écoute : nous avons trouvé le remède contre le blé de cendre !

Themerid ne répondit pas, mais Venzald sentait la joie de son frère. C’était si bon de vibrer à nouveau à l’unisson. Comme si le morceau de lui qui manquait était venu le compléter.

– Et attends, ce n’est pas la seule nouvelle ! Tu te souviens des paysages de Nerfer ? Le noir, partout ? Les collines à perte de vue aussi sombres que de la suie ? Elles sont de cette couleur parce qu’elles sont constituées d’un minerai appelé yérélithe. Chez nous, on le considère comme un déchet d’extraction du fer. Eh bien, la yérélithe, c’est l’antidote à l’épidémie, Themerid ! Nous en avons autant que la terre peut en donner ! Assez pour en répandre sur le royaume entier !

 

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Luna
Posté le 02/02/2021
Un chapitre qui fonctionne très bien à mes yeux ! Du coup je ne vais pas avoir beaucoup de choses à dire.

J'ai adoré la dernière partie où Venzald parvient enfin à communiquer avec Themerid, c'était très émouvant ! On sent que leurs deux parcours vont se rejoindre bientôt et que les deux frères seront peut-être enfin réunis !

Décidément j'adore tes personnages secondaires. Ensgarde et Pique-Cerle sont magiques xD

La cheffe espérite m'a fait bien rire, je ne m'attendais pas à ses réactions. On s'attend à ce qu'elle explique tout ce que Venzald veut savoir et en fait tu prends le contre-pied de ce qu'on pourrait imaginer et elle l'envoie carrément balader xD

Bref, un super chapitre ! Je m'attèle à la suite :D
Isapass
Posté le 03/02/2021
Ton commentaire me fait plaisir : je me demandais si l'arc de Venzald n'était pas trop facile par rapport à celui de Terce qui est beaucoup plus complexe et noir. D'un côté, ça permet de souffler un peu, mais d'un autre côté, j'ai un peu peur que ça fasse trop de différences. Les retours sur ce point ont été un peu partagés et ne m'ont pas permis de trancher.
Pique-Cerle et Ensgarde, je les aime beaucoup aussi. Ils sont souvent là pour dédramatiser un peu les choses (tout en ayant un rôle propre quand même, surtout Ensgarde).
Quant à la cheffe espérite, la seule chose que j'attendais d'elle, c'était qu'elle montre à Venzald que ses pouvoirs étaient hors du commun. Du coup ça aurait été un peu ennuyeux que ce soit un énième personnage très solennel. Alors elle épluche des légumes et avoue son ignorance, ça change un peu :)
Bon, ceci dit, est-ce que tu ne trouves pas que tout va trop bien pour Venzald et ses amis ? Tu te doutes peut-être que ça ne va pas durer, n'est-ce pas ;)
Merci pour ta lecture et ton commentaire, à très vite !
Luna
Posté le 15/03/2021
Coucou Isa ! (oui une revenante ha ha !)
Pour répondre à ton interrogation sur l'arc Venzald & cie, j'ai vu effectivement dans certains commentaires qu'il était parfois jugé un peu trop facile pour les personnages. Alors si j'adhère totalement à l'idée qu'il faut du conflit régulièrement pour rajouter de la tension et des difficultés aux protagonistes, je ne suis pas convaincue pour le moment que leur périple ait été trop facile. Ils ont quand même fait face à un certain nombre de difficultés, même si elles peuvent paraître moins périlleuses à côté de ce que vit Themerid (en même temps, dur de rivaliser). Je pense que j'aurai une réponse plus tranchée quand j'aurais terminé de lire ce tome 2.
Pour l'instant, ça ne me pose pas de souci :)
Notsil
Posté le 27/06/2020
Ah, un chapitre plus positif pour se remettre de nos émotions :)

Venzald prend confiance en ses pouvoirs, tout en réalisant que sa puissance n'est pas tout à fait normale, et que même chez les espérites, trop de différence fait peur...

Ils découvrent enfin le remède contre le blé de cendres, youhou !

Et il parvient à communiquer avec Themerid et à lui donner le nom du remède !!

Tout ça me parait bien trop beau pour durer :)

Du coup, si Themerid vend la mèche, va-t-il y avoir interception de Venzald pour le liquider ?
Albérac, va-t-il abandonner son amant une nouvelle fois ?

Je pressens qu'ils vont déguster, prochainement ^^
Isapass
Posté le 29/06/2020
Oui, c'est vrai que l'arc de Venzald est un peu plus joyeux que celui de Themerid. Peut-être trop, d'ailleurs. Enfin, pas trop joyeux mais trop facile ? J'hésite à le faire monter en tension, mais je ne veux pas non plus qu'ils aient à résoudre un conflit sanguinaire. Bref, je m'interroge encore sur cette partie.
Est-ce que tu as compris qu'Ensgarde et Albérac n'étaient pas du tout devenus fous contrairement à ce que croyait Alix ? Ils rient juste parce qu'ils découvrent qu'ils ont l'antidote à portée de main, à Cazalyne.
"Si Themerid vend la mèche" ? A propos de l'antidote ? Ou à propos du retour de son frère ?
Bien sûr qu'ils vont déguster, ahah, sinon il n'y aurait pas autant de chapitres restants XD
Notsil
Posté le 29/06/2020
Oui j'avais compris qu'ils riaient parce que la solution était toute bête et tellement à portée de main, alors qu'ils se sont imposés quasi 1 an de voyage pour ça, au final ^^
Je pensais pour l'antidote, parce que dès que ça se saura l'Ordre perd sa main mise sur la bouffe donc sur le contrôle total des gens ^^
Jowie
Posté le 03/05/2020
J’ai vraiment cru que la chef allait sauter sur Venzald et l^égorger pour avoir des pouvoirs plus complexes que les siens. Vu que sa position sociale semble être basée sur ses pouvoirs, à mon avis, elle a vu Venzald comme une menace politique : un rival qui pourrait théoriquement lui prendre sa place.
Ah donc oui, c’est bien le Haut-Savoir qui est derrière le blé noir, il me semblait ! Je n’aurais pas su qui accuser d’autre xD Quant au remède, je suis contente qu’ils l’aient trouvé mais je sens que ça va être compliqué de le manipuler… J’adore le fait que les deux personnages les plus sérieux du groupe sont les premiers à sentir les symptômes xD ça y est, ils ont perdu toute dignité hahah

J’ai peut-être loupé une info mais comment Venzald est-il si sûr de pouvoir communiquer avec Themerid ? Il a plus de confiance en ses pouvoirs après sa discussion avec la chef espérite et se sent plus puissant !
J’ai beaucoup aimé sa discussion avec son frère, on ressent leur connexion, malgré les kilomètres qui les séparent et malgré le fait que Venzald ne peut pas beaucoup répondre. Ce chapitre plus léger et plein d’espoir contrebalance bien la noirceur du chapitre précédent :D Bravo !

Remarques :
Venzald remercia et préféra s’éclipser. -> la remercia ?

Vivement la suite 😊 ! à bientôt
Isapass
Posté le 04/05/2020
Oui la chef du village est un peu jalouse, mais elle n'a pas peur pour sa place : après tout, Venzald n'est que de passage. La discussion avait surtout pour but de souligner que les pouvoirs de Venzald étaient exceptionnels (au cas où on aurait pas encore compris, et d'ailleurs Venzald lui-même ne l'avait pas compris XD).
Le Haut-Savoir est bien derrière l'épidémie du blé, en effet. Et pour l'antidote, non non, non, pas de danger à le manipuler ! C'est juste une blague : Alix croit qu'Albérac et Ensgarde sont devenus fous parce que d'habitude, ils ne rient jamais, justement. Là c'est juste la bonne nouvelle qui les fait rire, mais pas du tout, la poudre ! Ah mince, il faudra que je vois si les autres lectrices comprennent comme toi...
"J’ai peut-être loupé une info mais comment Venzald est-il si sûr de pouvoir communiquer avec Themerid ? Il a plus de confiance en ses pouvoirs après sa discussion avec la chef espérite et se sent plus puissant !" : ben voilà tu réponds à ta propre question ;)
Globalement, en effet, les chapitres côté Venzald sont plus légers pour contrebalancer ce qui se passe à Terce. Mais aussi, je voulais que la vie sur l'autre continent paraisse plus facile que chez eux. C'est pour ça que les obstacles qu'ils rencontrent son assez softs, finalement. Je ne voulais pas créer de gros enjeux de ce côté-là, en plus de leur recherche du remède au blé de cendre et du développement des pouvoirs de Venzald.
Merci beaucoup pour tes lectures toujours aussi assidues et tes commentaires !
A très bientôt en Opyrie ;)
Tac
Posté le 03/05/2020
Hallo !
Je n’ai pas grand-chose à dire sur ton chapitre, il se tient très bien. Il déclenche un peu moins les passions que les péripéties de Flore, je t’avoue. En fait, pour moi, les aventures côté Venzald forment une sorte de contrepoint plus léger voire humoristique à ce qui se passe à Terce. Entre l’herbe-à-voler, Alix qui crushe sur Albérac, Pique-Cerle… Je ne dis pas que c’est mal, au contraire, c’est agréable. Je t’en parle parce que tu disais craindre le manque d’importance (en termes de quantité de chapitres) du côté Venzald par rapport au côté Themerid (je réduis aux deux princes par commodité mais j’englobe les autres pdvs dedans bien sûr). Je pense que ce n’est pas très important de rajouter du texte côté Venzald. En revanche, pour contrebalancer la quantité plus petite, tu pourrais augmenter la tension dans ces chapitres. S’ils sont peu nombreux mais sur la corde raide, l’intensité émotionnelle compensera le plus petit nombre de chapitres. (enfin ça marcherait sur moi, car ma mémoire est très liée à mes émotions) Tu vas me dire : c’est fort aimable, comme remarque, mais concrètement comment je fais ? 1) c’est toi l’autrice donc tu te débrouilles, 2) c’est tout personnel mais cette affaire de guéguerre entre Rizia et l’autre village, ça ne m’a vraiment pas convaincue. Je pense sincèrement que soit il faudrait que tu aggraves l’affaire, ou du moins qu’elle ne soit pas résolue aussi simplement, soit il faudrait que tu la retires, carrément. Mais si tu choisissais de l’accentuer, ça pourrait être l’occasion de mettre en scène l’intensité émotionnelle dont je parlais.
J’ai conscience de faire cette suggestion en n’ayant pas la bigger picture en tête et qu’il y a certainement quarante mille arguments qui iraient contre, en termes de correspondances de temporalités entre l’évolution des choses à Terce et ici, par exemple, ce n’est donc vraiment qu’une pitite proposition très humble.
J’ai dit que le chapitre se tenait, cependant je n’ai pas été très convaincue par la cheffe de Rizia. En fait j’ai globalement du mal à donner de la crédibilité à tout ce qui se passe depuis cette affaire de dispute entre Rizia et l’autre village. Peut-être que je m’étais trop emballée avec le twist de l’arrivée à Teleria (j’espère que je ne me plante pas dans le nom du village) où les habitants avaient disparus, mais depuis que Venzald &co ont retrouvé les habitants, je dois dire que je suis relativement déçue.
Pour de vrai, cette fois, je n’ai rien à redire aux deux derniers pdvs, j’ai eu l’impression que tu étais plus dans ton élément que dans le premier pdv. Ce qui est quand même chouette c’est que l’antidote existe en assez grande quantité et que Venzald & co n’ont pas à transporter à la force de leurs petits bras des litres d’antidote. Je t’avoue que je n’avais jamais pensé que ça pouvait être problématique, je ne m’étais pas posé la question. Mais c’est judicieux car souvent, la nature dispose l’antidote à proximité de la chose qui te rend malade, donc je trouve que c’est cohérent. Et tu l’as assez bien amené pour que ça ne me fasse pas un effet de rage quit en mode « tout ça pour ça ! ».
Et encore une fois, je suis impressionnée de la persistance de l’Ordre, qui est venu des années auparavant chercher le blé de cendre. Ça donne une impression de machinerie immense, avec dix coups d’avance, ça rappelle que les princes et leurs allié.e.s ne sont pas sortis de l’auberge.
Bref. En dépit de ce que j’ai dit, ton chapitre n’est pas mauvais, c’est juste que de mon point de vue très personnel, la dernière péripétie de Venzald ne m’a pas convaincue du tout. Passé cela, il n’y a pas de souci, je pense que c’est aussi pour cela que j’ai raccroché les wagons après le premier tiers du chapitre.
Plein de bisous !
Isapass
Posté le 03/05/2020
Bien évidemment, tes retours me donnent beaucoup à réfléchir. J'ai bien compris que tu n'avais guère été convaincue par le désaccord entre les deux villages, et pourtant, je ne peux absolument pas supprimer cet élément. Pour la simple et bonne raison que si je supprime ça, en fait, côté Venzald et ben... il n'y a plus rien. Il n'y a que la maladie d'Alix, mais sinon, ils ont un bol de dingue et leur voyage se passe comme dans un rêve, finalement. Donc dans ce cas, c'est inutile de le raconter, hein :)
Donc en effet, la solution serait de renforcer un peu la tension. Mais je ne veux pas non plus qu'ils aient besoin de résoudre une guerre mondiale : ce n'est pas l'enjeu. D'ailleurs, je pense qu'inconsciemment, j'ai dû rester soft sur cet arc, justement parce que je ne veux pas que ça devienne un enjeu majeur. Eux, ils veulent seulement trouver le remède et repartir, ce qui les oblige à résoudre ce truc. (Et accessoirement, que Venzald développe son pouvoir petit à petit, aussi, et il lui faut quand même deux trois trucs qui lui en donnent l'occaz).
Et puis je voulais aussi que l'autre continent semble plus facile à vivre que le leur. Sinon, pourquoi Albérac y serait rester si longtemps ? Pourquoi Venzald kifferait autant son voyage ? Pourquoi... (ah non, ça je peux pas le dire, c'est du spoil ;) ). C'est pour ça que les gens sont plus sympas, se prennent moins la tête (d'où la chef du village en train d'éplucher des patates et pas assise sur un trône) et c'est pour ça aussi que Venzald and co n'ont pas beaucoup d'adversité.
Evidemment, il faut quand même qu'on y croit, donc je prends tes remarques très au sérieux et je verrai aussi les autres commentaires. Ma sœur ne va pas du tout dans ton sens, par exemple, ce qui ne me facilite pas les choses !
Bon, je vois quand même que je t'ai récupérée in extremis avec la fin de chapitre ;) Pourtant, à chaque fois que je dois montrer les pouvoirs de Venzald, j'ai teeeellement peur que ça ait l'air tarte !
Pour ce qui est de l'antidote, je suis à peu près sûre que personne ne se pose la question, parce que j'ai bien fait exprès de braquer l'objectif sur le fait de TROUVER le remède, mais surtout pas de le ramener en Cazalyne, ni de l'utiliser. Justement pour que le fait de découvrir qu'ils l'ont à portée de main reste un petit scoop.
Merci pour ton commentaire (et pour ton conseil de me débrouiller toute seule parce que je suis l'autrice XD)
Bisous !
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