Chapitre 19 - Pier

Par Gabhany
Notes de l’auteur : Après réflexion et au vu des premiers retours, ce chapitre sera en fait le premier de la deuxième partie. On retourne du côté de Long'Ombre voir ce qui s'y passe ... J'espère que cela vous plaira ! Bonne lecture

Le combat dans ma peau d’ours n’a pas d’égal. J’ai vaincu si facilement mes premiers adversaires. D’autres m’entourent.

Bazil m’avait dit de n’utiliser les Gouttes qu’en dernier recours. Mais pourquoi ? C’est grisant. Je possède à la fois la puissance de l’ours et la pensée de l’human.

Je me dresse sur mes pattes arrière. Je gronde si fort que mes ennemis reculent. Je hume l’odeur acide de leur peur. Elle attise ma férocité, mon instinct d’animal dominant. Je montre les crocs et je me laisse tomber, faisant trembler la terre de ma voix et de mon poids. Un feu s’est allumé dans mon sang. J’avance vers eux, prêt à n’en faire qu’une bouchée.

D’autres gardes arrivent. Peu importe. Ma puissance n’a aucune limite, tout comme mon envie de tuer. C’est pour ça que je suis fait.

Je distingue une odeur étrangère. Familière. Je m’immobilise et tourne la tête, toujours grondant. Je reconnais leurs odeurs sans même les distinguer. Kiaraan. Et Oksa. Prisonnières.

D’un coup, je me reprends. Je me mets à reculer, même si tout en moi me porte vers le combat. Mais je reste maître de moi.

Fuir. M’échapper pour sauver ma vie et celle de mes compagnons. Ignorer l’instinct qui me fait rugir et trembler. Je suis le seul encore capable de m’évader. Il faut que je retourne au village. Il le faut !

Après un dernier rugissement, je me détourne. Je mets toute ma puissance dans la fuite. Oreilles à l’affût, nez au vent, je m’enfonce dans la forêt.

Mon corps a mal, l’instinct de l’ours blessé hurle dans mon esprit, mais je l’ignore. J’ai une mission à accomplir. Tant que l’ours me portera, je ne m’arrêterai pas.

*

Au fil de ma course, les odeurs diffèrent et me guident. La menthe fraîche remplace peu à peu l’épicéa. Je suis sur la bonne voie. Je voudrais m’arrêter, soigner mes blessures, mais je ne peux pas. Ils ne doivent pas me rattraper. Je dois rentrer à Long’Ombre le plus vite possible. La vie de mes compagnons dépend de ma vélocité. J’accélère. L’odeur de mon propre sang me poursuit comme un sillage.

*

Le soleil est levé depuis longtemps quand mon corps me force à ralentir. L’odeur métallique, de plus en plus prégnante, du sang m’indique que mes blessures se sont aggravées. Mais je dois continuer ! Si je m’arrête, je ne pourrai pas repartir. Si je m’arrête, je meurs. Je me contrains à reprendre ma course, mais l’ours en moi est à bout de forces. Il va bientôt disparaître. Je dois à tout prix arriver à Long’Ombre avant que la Mue ne s’arrête.

*

Mon cœur bat à toute vitesse. J’ai mal, partout. Mes pattes s’arrêtent d’elles-mêmes. Non ! J’y suis presque, je le sais. J’ai reconnu le parfum des saules-à-soie. Tout mon corps brûle, mes muscles ne m’obéissent plus. Je tombe, secoué de frissons, de convulsions de plus en plus violentes. Je tente de me relever, de continuer encore un peu. Une secousse plus forte que les autres me rejette à terre. Ma vision s’obscurcit. Appeler. Avertir. Tant que je suis encore ours. Je force la gueule de l’ours à s’ouvrir. L’homme qui crie pousse l’ours à rugir de toutes ses forces. Je hurle aussi longtemps que je le peux, et bientôt ma voix a remplacé celle de l’ours. Je réalise à peine que je suis redevenu un homme. J’ai froid. Si froid. La seule pensée qui surnage dans ma conscience qui s’éteint est que j’ai échoué…

*

Recroquevillée dans un coin de sa chambre, Diorann contemplait la poussière soulevée par ses allées et venues frénétiques. Les bras étroitement enroulés autour de ses jambes, elle fixait d’un œil vide chaque particule virevoltant dans les rayons du soleil matinal. Le désordre qui régnait dans la pièce répondait à son chaos intérieur. Elle n’était pas sortie de sa chambre depuis deux jours. Depuis qu’elle avait découvert l’absence de sa sœur. Elle se releva d’un bond et se remit à faire des allers-retours entre les deux lits. Rester immobile lui était insupportable. Rester dans cette pièce lui était insupportable, là, le nez sur le l’abandon de Kiaraan.

Diorann se laissa tomber sur son propre lit, encore intact, et enfouit sa tête dans son oreiller pour hurler. Avant de lancer de toutes ses forces l’oreiller à travers la pièce. À la grande surprise de la jeune fille, il atterrit aux pieds de Maxel.

- Si cela te fait te sentir mieux, s’amusa-t-il, j’en ai d’autres dans ma chambre.

Diorann n’eut pas l’ombre d’un sourire. Elle le fixa d’un air sombre, désabusé. Il lui tendit la main.

- Viens. Allons dehors. Tu étouffes ici.

- Non.

- Tu comptes rester ici à attendre que ta sœur revienne ?

- Non. Je ne veux pas l’attendre. Je ne veux plus.

- Alors viens avec moi.

- Et si elle ne revenait pas ? Je suis une terrible sœur. Je devrais l’attendre là. Qu’est-ce qu’elle pensera si je ne suis pas là ?

- Que tu l’attendes recroquevillée ici ne changera pas grand-chose.

- Mais si. Si je suis là, ici, elle le saura.

Maxel leva les yeux au ciel. Autant de contradictions dans une seule personne, cela dépassait son entendement.

- Dio. Kiaraan n’a pas besoin d’une sœur qui tremble. Elle a besoin d’une sœur qui la fait trembler. Arrête de vouloir la ménager, juste parce qu’elle risque de disparaître un jour ! Ce n’est pas parce que c’est ta sœur aînée que tu n’as pas le droit de lui dire ses quatre vérités. Même maintenant, même alors que tu t’inquiètes pour elle, tu as le droit d’être en colère !

- Je ne suis pas en colère !

- Si tu l’es ! Tu es dans une colère noire, ça te dévore, ça te bouleverse et tu ne veux pas l’accepter car tu as peur de t’en vouloir si jamais elle ne revient pas.

- JE NE SUIS PAS EN COLERE ! JE VEUX QU’ELLE REVIENNE POUR LA TUER DE MES PROPRES MAINS POUR AVOIR OSE M’ABANDONNER À NOUVEAU !!!

Diorann s’interrompit brusquement en réalisant ce qu’elle disait. Elle plaqua ses mains sur sa bouche, horrifiée.

- Comment ai-je pu dire une chose pareille ? Oh, Max, comment j’ai pu !

- Parce qu’il fallait que tu le dises. Maintenant que c’est sorti, on va pouvoir passer à autre chose.

- C’est-à-dire ?

- Déjà, un bain et un bon repas. Rien de mieux pour te remettre d’aplomb.

Diorann haussa les épaules et le suivit dans l’escalier. Il avait raison, quelque chose d’était relâché au creux de sa poitrine. Accepter son ressentiment lui faisait du bien. Il équilibrait l’angoisse. Ce n’était pas glorieux, mais c’était mieux que rien.

La jeune fille descendit dans la cuisine à la suite de Maxel. Ilsa y était déjà, préparant le petit déjeuner. En silence, mais avec un sourire soulagé, sa tante posa devant elle un bol de lait tiède et des tranches de pain. Diorann mâchonna lentement, la tête posée dans la main. Elle se sentait épuisée. Physiquement, et moralement. Pour respecter son silence, ni Maxel ni Ilsa ne disaient rien, eux non plus. La jeune fille n’avait pas envie de croiser leurs regards soucieux. Elle avait déjà bien assez d’angoisse et de peurs à gérer.

Quelques instants plus tard, Arnen descendit l’escalier d’un pas pesant. Depuis la découverte de la fugue de Kiaraan, deux jours plus tôt, l’atmosphère avait été proprement irrespirable. Diorann n’avait jamais vu son oncle dans une telle fureur. Chez lui, la colère se manifestait par une contraction de sa physionomie tout entière, qui rendait son corps roide, son visage dur et ses yeux froids. Cela semblait beaucoup plus impressionnant à Diorann que d’éclater en cris et en imprécations. Il passait depuis tout son temps au Conseil, et quand il revenait, il arborait une expression revêche et préoccupée. Les consignes du couvre-feu s’étaient durcies, à tel point que plus personne n’était censé se trouver dehors après le coucher du soleil.

Ce matin, son visage, alors qu’il entrait dans la cuisine, était las, ses traits tirés. Il avait pris dix ans en quelques jours.

Tandis qu’Ilsa lui versait une tasse de chicorée, des coups frénétiques retentirent à la porte.

- Arnen ! appela une voix d’homme, Arnen, viens vite !

Celui-ci se précipita à la porte et l’ouvrit à la volée. Lohim se tenait là.

- C’est Pier ! On l’a trouvé inconscient dans la forêt. Bazil s’occupe de lui, mais il te demande. C’est grave, apparemment…

Sans même mettre de chaussures, Arnen fila à sa suite, laissant les trois autres figés, abasourdis devant leurs tasses.  Diorann se mit à trembler.

*

Arnen ne revint pas. Quelques temps plus tard, incapable de tenir en place, Diorann descendit avec Maxel jusqu’au village. On voyait des gens aller les uns vers les autres, discuter à voix basse, l’air inquiet. Les Chasseurs faisaient les cent pas devant l’office. On les informa qu’Arnen et Vikash s’y étaient enfermés et ne laissaient entrer personne. Diorann s’avança tout de même, espérant apercevoir quelque chose, mais un des Chasseurs s’interposa.

- Tu ne peux pas entrer, Diorann. Bazil a interdit a quiconque d’entrer.

- Son état est si grave que ça ?

- Il est grièvement blessé, oui. Et il est inconscient, malgré la régénération.

- Que s’est-il passé ?

- On l’a trouvé ce matin assez loin d’ici, après avoir entendu un cri en fin de nuit. Une équipe est allée en reconnaissance et l’a trouvé inanimé et blessé.

- Et les autres ?

- Nous n’avons vu aucune trace de qui que ce soit… apparemment, il était seul.

- Mais … pourquoi ? s’inquiéta Diorann. qu’est-ce qui est arrivé aux autres ?

- Nous n’en savons rien, hélas. Il faudra attendre que Pier se réveille pour en savoir plus.

- Et alors ? insista Diorann d’un ton pressant. Que dit Bazil ?

- Pas grand-chose pour le moment, conclut le Chasseur d’un air sombre. Il a sa tête des mauvais jours.

Diorann remercia le Chasseur d’un signe de tête et recula, le cœur serré. Son regard resta fixé sur la porte un long moment. Il fallait que Pier se réveille. Une partie d’elle-même mourait d’envie d’avoir des nouvelles, s’inquiétait de ce qui avait pu arriver à sa sœur, et une autre songeait que Kiaraan n’avait que ce qu’elle méritait. Elle savait dans quoi elle se lançait, après tout.

Le pas lent, lourd, elle remonta le chemin de la maison tandis que Maxel restait sur place au cas où il y aurait du nouveau. Cette situation était tellement insupportable ! L’impuissance, l’ignorance la paralysaient. Que faire d’elle-même alors que sa sœur s’était volontairement mise en danger?  Comment était-elle censée réagir ? Diorann était déchirée entre la peur de ce qui pouvait arriver et une colère irrationnelle, provoquée par l’intensité de son sentiment d’abandon.

Et en plus de tout cela, malgré tout, Kiaraan lui manquait. Terriblement. C’était peut-être ça le pire. Sa sœur avait beau être responsable de cette solitude qui l’étouffait, elle lui manquait tout de même.

La jeune fille essuya rageusement les larmes qui coulaient sur ses joues, tapa dans un caillou du chemin, se trouva puérile et parcourut la fin du chemin en courant. Elle ignora Ilsa qui venait à sa rencontre, monta les marches quatre à quatre et s’enferma dans sa chambre pour laisser libre cours à sa peine.

*

Le soir venu, Diorann guetta en vain le grincement de la porte d’entrée. Son oncle n’avait pas reparu de la journée. Même Ilsa ne savait pas exactement ce qu’il faisait et où il était. Diorann se fit la réflexion que ce simple fait montrait toute la gravité de la situation. Jamais son oncle, quel que soit le problème qui l’occupait, n’avait manqué de les prévenir de ses allées et venues. Il devait probablement être en discussion avec Vikash et le chef temporaire des Chasseurs, pour décider de la suite des évènements. Mais sans les informations de Pier, que pourraient-ils bien faire ? Ils ne savaient même pas où se trouvait le reste du groupe. Tout n’était que pures suppositions. Diorann s’efforçait de ne pas penser à ce qui se passerait si Pier ne se réveillait pas. Elle refusait même de penser qu’il pourrait ne pas se réveiller. Il fallait qu’elle aille voir. Elle avait tant besoin de lui parler, de s’assurer que Kiaraan n’avait rien, qu’elle n’était pas… qu’irrationnellement, elle imaginait que sa présence aiderait Pier à revenir.

Elle se leva de son lit, où elle était restée allongée, les yeux grands ouverts, depuis le matin, et descendit l’escalier. Dans l’entrée, elle dressa l’oreille. Un silence total lui répondit. Personne. La jeune fille s’étonna un instant que Maxel ne soit pas encore rentré, elle se demanda où était Ilsa. Mais elle s’en préoccuperait plus tard. Elle se sentait fébrile, le trac lui enserrait le ventre et son cœur battait la chamade.

Diorann sortit de la maison, claqua la porte et courut tout le long du chemin. Quand elle arriva devant l’office de soins, il n’y avait plus personne, la Clairière était vide. À ce moment-là seulement, Diorann se remémora le couvre-feu, mais il n’était plus temps de s’en soucier. Le cœur tambourinant jusque sous son crâne, elle s’avança jusqu’à la porte et frappa.

- Entrez, fit la voix fatiguée de Bazil.

Diorann s’avança, les yeux immédiatement attirés par le corps allongé sur un lit à sa droite.

- Qu’y-a-t’il, Diorann ? Arnen veut des nouvelles ? Il ne peut pas venir lui-même et prendre ma place, tant qu’à faire ?

- N..Non, je… je suis venue seule, sans que…

L’expression irritée de Bazil disparut, et il passa une main lasse sur son visage étroit.

- Excuse-moi. Je veille Pier depuis ce matin, je ne sais pas s’il va se réveiller, ni même s’il va survivre. Et je ne peux confier ça à personne, vu que mon apprentie s’est éclipsée sous mon nez, sans m’en parler. Mais tu n’as pas à supporter ma mauvaise humeur.

Diorann lui sourit gentiment, pour montrer qu’elle ne lui en voulait pas. Ils faisaient tous les deux les frais, eux, du comportement de Kiaraan. Elle ne connaissait pas beaucoup le GuériSage, mais elle se sentit brusquement plus proche de lui.

- Je voulais juste savoir… comment il allait, reprit-elle en désignant Pier.

- Mieux, en tout cas physiquement. Ses blessures étaient graves, mais j’ai bon espoir de parvenir à les guérir. Normalement, la régénération aurait déjà du nous le ramener, c’est cela qui m’inquiète.

- Que veux-tu dire ? Il n’arrive pas à se guérir tout seul ?

- C’est un peu ça, oui. La guérison se fait, mais très lentement, comme si son corps était en hibernation. Je n’ai jamais vu ça, et je ne sais pas si c’est normal ou pas. on dirait que … que son corps a subi trop de choses, et que le flux de la vie est comme suspendu. Il était très faible, quand ils me l’ont amené. Il a perdu beaucoup de sang. J’ai fait tout ce que j’ai pu. J’ai peur que… Enfin, maintenant, son sort n’est plus entre mes mains.

- Mais il va se réveiller, n’est-ce-pas ?

- Je ne peux pas répondre à cette question, Diorann.

- Mais … mais il faut qu’il se réveille ! Il le faut !

- Je sais. Tu t’inquiètes pour ta sœur, n’est-ce-pas ?

Diorann ne put retenir un reniflement irrité et répondit d’une voix sèche :

- Je voudrais juste être sûre qu’elle va bien.

Bazil l’observa un instant en se grattant la joue.

- Bien sûr, c’est normal. Ecoute, je connais bien Kiaraan, elle est tout à fait capable de se défendre. Tu sais, entre nous, je ne saisis pas vraiment ce qui l’a poussée à partir avec les Chasseurs, mais je suis persuadé qu’elle avait ses raisons.

- Mais quelles raisons ? répliqua Diorann d’un ton brusque. Elle est allée se mettre dans les ennuis, encore, en me laissant derrière, encore ! Que suis-je, en fait, pour elle ? Un bagage importun qu’on abandonne derrière soi parce qu’il est trop encombrant ?

- C’est ce que tu penses ? Qu’elle t’a abandonnée ?

- Oui ! Comme quand elle a Mué. Depuis la disparition de notre mère, je n’ai plus qu’elle. Si elle disparaît, elle aussi, je ne sais pas ce que je ferai.

- Diorann. Tu n’es pas seule. Tu as ton oncle et ta tante, ton cousin et…

- Mais ils ne font que s’inquiéter pour Kiaraan, et encore, quand ils n’admirent pas son courage d’être partie avec les Chasseurs ! Et moi alors, dans tout ça ? Je suis toujours celle qui attend, celle qui reste, la fille sage, sois mignonne et ne fais pas d’histoires, ceux de ta sœur nous suffisent.

- Tu peux te confier à moi aussi, Diorann. C’est mon rôle d’écouter ceux qu’on laisse de côté, ceux dont on attend trop, ceux qui se cachent pour pleurer. C’est mon rôle de veiller sur ceux qui font bien illusion, comme toi.

- Oh, non, je suis navrée, Bazil. Tu n’avais pas à entendre ça, fit la jeune fille mortifiée. Je me suis laissée emporter… je suis fatiguée, je crois… je ne dors pas très bien.

- Pour ça, je peux t’aider, déjà.

Il se leva alors et disparut dans l’arrière-pièce, où la jeune fille l’entendit farfouiller. Il revint quelques instants plus tard en lui tendant un petit paquet de tissu. Il en sortit ce qui ressemblait à un pétale de fleur bizarrement rigide.

- C’est de la fleur de tilleul confite. Tu en prends une le soir trente minutes avant de te coucher. Je te garantis que tu dormiras comme un bébé.

- Merci !

- Et si jamais tu as besoin de parler, ma porte t’est toujours ouverte. Tu ne le sais peut-être pas, mais je connaissais bien ta mère. Elle venait souvent aider ton père dans ses consultations, son art faisait beaucoup de bien aux pati…

Le Guérisage s’interrompit brutalement et se tourna vers Diorann, les yeux agrandis.

- Quoi ? fit-elle sans comprendre

- Mais bien sûr ! s’exclama Bazil. La solution est là !

- Mais quoi !

- Diorann, écoute. Tu as le don de ta mère. Je sais, pour l’avoir vu de mes yeux, que ta mère réussissait là où tout le savoir de ton père avait échoué. Elle a aidé certains patients à guérir alors que Iarn et moi nous les pensions condamnés. Je pense que tu pourrais aider Pier à revenir, comme Silène avant toi !

Diorann eut une seconde de silence stupéfait.

- D’accord, répondit-elle sans hésiter. Je suis prête à t’aider. Que faut-il faire ?

Elle contourna le lit et s’approcha de Pier sans attendre la réponse de Bazil.

- Je ne sais pas exactement, répondit le Guérisage après un silence. C’est toi la Chantâme, après tout.

- Que faisait-elle ? Il faut que tu m’en dises plus !

- Eh bien …

Bazil ferma les yeux et son expression se fit distante et concentrée.

- Je me rappelle qu’elle se plaçait à côté du patient, elle lui prenait la main, non, le plus souvent elle posait la main sur la poitrine, le plus proche possible du cœur. Elle mettait son autre main sur son sternum à elle. Elle demandait à Iarn de faire brûler de l’orthia, c’est une plante grimpante dont la feuille est en forme d’étoile. Silène nous poussait dans un coin de la pièce et se mettait à chanter tout bas, dans l’oreille du patient. En général, quelques heures après, il allait mieux.

Bazil rouvrit les yeux. Son visage arborait une expression détendue, marquée d’une nostalgie heureuse. Diorann resta quelques instants silencieuse. Elle visualisait parfaitement la scène. La présence éthérée de sa mère semblait flotter autour d’eux. Elle la sentait presque lui caresser le visage et lui murmurer d’être sage avec sa sœur, comme ce matin funeste où elle avait disparu. Elle se racla la gorge et revint à l’instant présent. Bazil était retourné dans son officine,  les chocs qu’elle entendait témoignant de son empressement à trouver de l’orthia.

- Pourquoi de l’orthia ? l’interrogea-t-elle

- C’est une plante extrêmement nourrissante, répondit-il machinalement. Elle sert à équilibrer l’énergie dans l’organisme et c’est aussi un stimulant naturel assez efficace. Mais ses effets étaient bien plus puissants une fois liés au chant de Silène. Ah, ça y est ! Tu vois, je ne l’ai plus utilisée depuis que ta mère n’est plus là.

Il sortit à grands pas avec dans les mains un petit bol d’argile fumant, dans lequel se trouvaient déjà les feuilles dentelées d’un vert foncé. Bazil laissa tomber le bol sur une petite tablette à côté du lit de Pier et se lécha les doigts.

- Pour aller plus vite, j’ai mis le bol dans mon fourneau pendant que je cherchais. Il est encore brûlant, précisa-t-il avec un sourire penaud.

En effet, les feuilles commençaient déjà à fumer, diffusant dans la pièce un parfum floral, suave, qui ne tarda pas à monter à la tête de Diorann. Etourdie, celle-ci secoua la tête mais ne put s’empêcher de respirer à nouveau. L’odeur saturait son odorat, lui donnant mal au crâne, mais l’effet sur son organisme était incroyable. Ses pensées étaient plus claires, plus rapides, son sang battait plus vite, toutes les barrières de son esprit s’ouvraient, la mettant en symbiose parfaite avec son environnement. Suivant scrupuleusement les instructions du GuériSage, elle posa la main sur le torse de Pier, l’autre sur son propre sternum, se pencha à son oreille et se mit à chanter. Les notes s’écoulaient, délicates et harmonieuses, communiquant leurs vibrations au corps de Pier. Diorann ne décidait de rien, elle ne maîtrisait rien, elle était juste le vecteur d’un pouvoir puissant et séculaire. Les sens exacerbés, ses perceptions exaltées, elle avait l’impression que toutes les matières vivantes, jusqu’aux arbres de l’extérieur, lui prêtaient leur force et leur sagesse pour alimenter et guider son pouvoir. Elle se sentait apaisée. Enfin à sa place. Elle vibrait à l’unisson de la forêt, de la nature, de la Mère. Ses propres tourments avaient été dissouts par l’intensité de ce lien avec la Mère. Tant qu’elle pourrait chanter, tout irait bien. Elle resterait maîtresse d’elle-même.

Quand le chant cessa, Diorann rouvrit les yeux et chancela un instant, désorientée et épuisée. Elle se laissa tomber sur une chaise derrière elle et passa une main sur son visage. Elle sentait encore sur sa peau l’essence de la forêt. Ou peut-être n’était-ce simplement que la fumée d’orthia. Elle se mit à rire toute seule, exaltée. Elle ne savait pas si elle avait réussi ou non, mais elle n’avait jamais expérimenté un tel pouvoir.

Un froissement lui fit tourner la tête. Assis sur une chaise, Bazil se tenait penché vers elle, la tête dans les mains, les yeux clos et la respiration paisible. Profondément endormi. Comme elle se levait, il rouvrit les yeux et se redressa souplement, en lui offrant un sourire alangui.

- Merci pour cette sieste improvisée, Diorann, plaisanta-t-il en s’étirant. Tu n’es pas la fille de ta mère pour rien, j’ai l’impression.

- Tu crois que ça va marcher ?

- Je l’espère. Le jour nous apportera la réponse. Rentre chez toi, maintenant. Tu l’as bien mérité ?

- Tu veux que je le veille ?

- Non, je te remercie, grâce à toi je suis bien reposé !

Tous deux échangèrent un sourire complice qui réchauffa le cœur de Diorann. Bien plus joyeuse qu’à l’aller, elle reprit le chemin de la maison et s’y glissa discrètement. Sans même penser aux fleurs de tilleul de Bazil, elle s’endormit la tête à peine posée sur l’oreiller.

*

En se réveillant le lendemain matin, Diorann se sentait sereine, comme elle ne l’avait pas été depuis… depuis la Mue de Kiaraan. Elle se sentait reposée, apaisée. Le bien-être provoqué par le chant de la veille rayonnait encore dans tout son corps. Penser au départ de sa sœur n’était plus aussi douloureux, et elle se surprit à espérer à nouveau son retour.

Elle se rendit dans la cuisine d’un pas bien plus alerte que les jours précédents. Qu’avait dit Maxel ? Que Kiaraan avait besoin d’une sœur qui la remette à sa place ? Eh bien, elle s’y attellerait dès qu’elle reviendrait.

D’un air enjoué, elle salua Maxel, son oncle et sa tante qui étaient déjà attablés.

- Où étiez-vous, tous les trois, hier soir ? demanda la jeune fille en s’emparant d’une tranche de pain encore tiède.

- Maxel était avec moi au Conseil avec Faris, le commandant temporaire des Chasseurs. Sous l’influence de Vikash, de nombreux jeunes ont demandé à rejoindre les Chasseurs et il fallait veiller à ce que leurs motivations soient…saines. Je ne veux pas d’une troupe irréfléchie qui ne cherche que la vengeance.

- Mais que veut Vikash ?

- Pour le moment, rien. Mais de nombreux jeunes, motivés par l’exemple de Kiaraan je suppose, veulent en quelque sorte faire leurs preuves, s’intéresser aux affaires internes du Conseil et donner leur avis sur tout. Je soupçonne Vikash de les y pousser, tout en restant dans l’ombre. Sans Pier, le Conseil est déséquilibré, et j’ai peur que ce cher Vikash ne cherche à en profiter pour son compte personnel.

- C’est la raison pour laquelle je te suggère de nommer un remplaçant pour Pier, au Conseil, intervint Ilsa d’un air exaspéré. Comme je te le disais hier, tu …

- Et toi, Ilsa, où étais-tu hier ? l’interrompit Diorann.

Il y eut un instant de flottement, puis Ilsa sourit d’un air mi-amusé, mi-exaspéré.

- J’étais à la taverne, à discuter avec les femmes du village, avec les mères surtout, pour tenter de contrebalancer, par le pouvoir des mères, les effets de la campagne de Vikash.

- Et j’espère que ce sera suffisant. Mais …

Des coups sourds interrompirent Arnen. Cette fois, toute la famille se leva et se précipita à la porte. Un jeune garçon haletant se tenait là.

- Bazil m’envoie. C’est Pier. Il s’est réveillé.

 

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Makara
Posté le 29/05/2020
Coucou ma petite Gabhany !
Comme je te le disais hier, c'est un très bon chapitre, bien mené, pas ennuyant, bien écrit ! J'ai beaucoup apprécié revoir Diorann et de voir comment elle fait face à la disparition de sa soeur. C'est sûr qu'elle n'a pas de chance, tout le monde disparaît ! Je trouve globalement qu'elle le prend plutôt bien, enfin elle a des réactions rationnelles (colère, haine...). Peut-être que ce c'est même un peu trop rationnel ? (genre tu pourrais dire qu'elle est restée cloîtrée chez elle pendant X temps tellement elle est sous le choc ou alors qu'elle passe son temps à pleurer ou à hurler^^). Après tu souhaites aussi peut-être nous montrer que ces réactions non démesurées montrent un contrôle d'elle-même ? Dis moi :p
En tout cas j'ai trouvé ça très intéressant qu'on la voit utiliser ses pouvoirs, ils sont différents de ceux de Kiaraan et ça ouvre sur quelque chose d'assez mystique très intrigant !
Bon allez je file lire le prochain :p
Gabhany
Posté le 04/06/2020
Coucou Makara <3 alors ce n'est peut être pas clair au début du chapitre, mais Diorann est en effet restée cloîtrée dans sa chambre depuis qu'elle a découvert la fuite de sa sœur ;) après en effet son pouvoir lui donne un certain contrôle d'elle-même… merci pour ta lecture ma belle !
Gabhany
Posté le 04/06/2020
Coucou Makara <3 alors ce n'est peut être pas clair au début du chapitre, mais Diorann est en effet restée cloîtrée dans sa chambre depuis qu'elle a découvert la fuite de sa sœur ;) après en effet son pouvoir lui donne un certain contrôle d'elle-même… merci pour ta lecture ma belle !
Gabhany
Posté le 04/06/2020
Coucou Makara <3 alors ce n'est peut être pas clair au début du chapitre, mais Diorann est en effet restée cloîtrée dans sa chambre depuis qu'elle a découvert la fuite de sa sœur ;) après en effet son pouvoir lui donne un certain contrôle d'elle-même… merci pour ta lecture ma belle !
Gabhany
Posté le 04/06/2020
Coucou Makara <3 alors ce n'est peut être pas clair au début du chapitre, mais Diorann est en effet restée cloîtrée dans sa chambre depuis qu'elle a découvert la fuite de sa sœur ;) après en effet son pouvoir lui donne un certain contrôle d'elle-même… merci pour ta lecture ma belle !
Gabhany
Posté le 04/06/2020
Coucou Makara <3 alors ce n'est peut être pas clair au début du chapitre, mais Diorann est en effet restée cloîtrée dans sa chambre depuis qu'elle a découvert la fuite de sa sœur ;) après en effet son pouvoir lui donne un certain contrôle d'elle-même… merci pour ta lecture ma belle !
Gabhany
Posté le 04/06/2020
Coucou Makara <3 alors ce n'est peut être pas clair au début du chapitre, mais Diorann est en effet restée cloîtrée dans sa chambre depuis qu'elle a découvert la fuite de sa sœur ;) après en effet son pouvoir lui donne un certain contrôle d'elle-même… merci pour ta lecture ma belle !
Gabhany
Posté le 04/06/2020
Coucou Makara <3 alors ce n'est peut être pas clair au début du chapitre, mais Diorann est en effet restée cloîtrée dans sa chambre depuis qu'elle a découvert la fuite de sa sœur ;) après en effet son pouvoir lui donne un certain contrôle d'elle-même… merci pour ta lecture ma belle !
Gabhany
Posté le 04/06/2020
Désolée pour les réponses multiples, je ne sais pas ce qui s'est passé !
Renarde
Posté le 16/05/2020
Coucou Gabhany,

Il se passe beaucoup de choses dans ce chapitre !

J'apprécie de me retrouver du côté de la sœur, et son pouvoir est décidément très intéressant et j'ai beaucoup apprécié que tu t'attardes dessus. Pour tout te dire, cela m'a fait basculer dans mes week-ends chamaniques, lorsque les chants de guérison se mêlent aux odeurs de sauge et de Palo Santo...

Un grand merci pour cela <3

Sinon, j'ai quand-même un peu peur que Pier se réveille et ne déclenche vraiment la guerre entre les deux clans. J'espère que les autres arriveront à calmer le jeu avant, car la situation est plus que tendue en ce moment...
Gabhany
Posté le 28/05/2020
Coucou Renarde !
Oh merci pour tes gentils mots, ça signifie que j'ai atteint mon but avec cette scène <3 Week-end chamanique hein ? on se demande d'où vient un certain personnage féminin de ton histoire ;) j'aimerais beaucoup expérimenter ça.
Quant à Pier … affaire à suivre ^^
Merci pour ton passage !
Aliceetlescrayons
Posté le 15/05/2020
Entre ce chapitre et le précédent, j’ai l’impression qu’on découvre beaucoup de nouvelles notions (les Gouttes, le fait que les Humans ont un processus d’auto-guérison, je ne crois pas que tu en avais parlé clairement quand Kiaraan était blessée)
Je me demande s’il ne faudrait pas y faire allusion un peu plus tôt dans l’histoire. J’ai l’impression d’avoir loupé des trucs par rapport à ton univers si riche ><
Sinon, c’est vraiment un super chapitre. Le pouvoir de Diorann est très intéressant et si poétique! Il soulève aussi des questions sur la nature de sa mère. Le père était exceptionnel mais la mère aussi semble avoir ses secrets, vu que Bazil était étonné de la façon dont elle utilisait ses pouvoirs pour guérir.
Bref, j’ai hâte d’avoir la suite ^^
A bientôt!
Gabhany
Posté le 28/05/2020
Hello Alice ! Je n'avais jamais parlé encore des Gouttes, mais j'ai mentionné les capacités de guérison des Ursi dans le chapitre où K est blessée en effet. Si tu ne t'en souviens pas ça mérite que j'insiste un peu dessus ^^
Je suis contente que le chapitre t'ait plu :) je publie la suite juste après ;)
A bientôt !
Arabella
Posté le 27/04/2020
Super entrée en matière ! J’adore entrer dans les pensées des persos en pleine mue. Je trouve ça dingue !
Le début est top avec l’écriture rapide, les phrases courtes, pour moi ça fonctionne super bien.
L’odeur de mon propre sang me poursuit comme un sillage. => J’adore cette phrase.

Je trouve que ton écriture gagne en habileté (sans jeu de mots), en aisance, en fluidité et je trouve ça vraiment bien. La lecture était agréable, on rentre très très bien dans les pensées de Doriann et c’est chouette de retrouver le village et la sœur. Elle grandit, trouve sa voie, s’autonomise par rapport à Kiarann…C’est un chapitre sur la maturité un peu pour moi. On est plein de curiosité pour la suite. Bravo !

comme si son corps était en hibernation. => super bien trouvé, bien oui !!! évident l’hibernation !

D’accord, répondit-elle sans hésiter. Je suis prête à t’aider. Que faut-il faire ? => J’ai été étonnée que Doriann ait si foi en ses capacités. Elle accepte de suite (oui elle veut aider) mais plutôt en mode je gère.

Diorann ne décidait de rien, elle ne maîtrisait rien, elle était juste le vecteur d’un pouvoir puissant et séculaire. => super bien dit ! bravo ! la scène de chamanisme est très puissante !

J’ai vaincu si facilement mes premiers adversaires. D’autres m’entourent.  peut-être, « mais déjà d’autres m’entourent » car je n’ai pas compris le lien. J’avais du mal à savoir s’il parlait au passé ou était au cœur de la bataille.
La seule pensée qui surnage dans ma conscience qui s’éteint est que j’ai échoué… => Dans la rédaction, cette phrase me semble un peu lourde, et peut-être pas nécessaire, mais ce n’est que mon avis.

Chez lui, la colère se manifestait par une contraction de sa physionomie tout entière, qui rendait son corps roide, son visage dur et ses yeux froids. => Son corps « raide », non ? J’aime beaucoup cette phrase (juste petite faute de frappe), cela permet de dépeindre de façon habile le perso !
Gabhany
Posté le 27/04/2020
Oh merci Arabella pour ton commentaire <3 je suis contente que le chapitre et le retour à Long'Ombre t'ait plu :) je note tes remarques, en effet Diorann est un peu trop en mode je gère à ce moment là, je vais corriger ça. Et pour le début du passage de la Mue de Pier, ça ne m'étonne pas, j'ai eu beaucoup de mal à trouver une phrase d'accroche, alors j'ai fait un peu l'impasse sur la relecture au moment de le publier, je n'aurais pas du XD
Merci pour ta lecture <3
Tac
Posté le 27/04/2020
Salut Gabhany !
Ton chapitre se tient, je pense que c’est une bonne base, mais comme tu le verras il y a quelques points assez gros qui me dérangent. J’ai apprécié la lecture et tout, pas de souci à ce niveau-là, mais j’ai l’impression qu’il y a certaines choses que tu as prises à l’envers. Ça reste extrêmement subjectif donc n’hésite pas à n’être pas d’accord, je suis de toute façon là pour en parler :)
Si je puis me permettre, les ours ne sont pas fait pour tuer. Ils ne se battent que pour manger ou pour se défendre quand ils sont acculés. Que Pier répète que l’envie du sang vienne de l’ours me turlupine ; cette envie de vengeance vient, selon moi, de l’humain, pas de l’ours. Un ours qui sait qu’il ne peut pas remporter un combat fuit, or ce n’est pas ce que fait Pier sur le coup. Il se bat même s’il sait que c’est perdu d’avance. Selon cette logique, durant la fuite, l’ours ne veut pas retourner en arrière continuer à se battre, c’est Pier. L’ours devrait vouloir se carapater. La seule explication qui pourrait contredire cela serait le réflexe Maman ourse lorsque Pier voit que Kiaraan et Oksa sont faites prisonnières, mais ça me débecte un peu : pourquoi il ne capte pas que d’autres de sees soldats sont aussi pris ? Je trouve ça très patriarcal : les pauvres petites filles fragiles ne peuvent pas se défendre et sont mille fois plus vulnérables que les autres soldats qui sont eux aussi en fâcheuse posture mais on ne les mentionne même pas parce que eux c’est normal et puis, ce sont des hommes. Que dis-je, des Chasseurs !
Pourquoi seule l’odeur du sang lui indique que ses blessures se sont aggravées ? au bout d’un moment l’adrénaline redescend et il devrait ressentir de la douleur ou au moins une difficulté à marcher (enfin ça dépend d’où est la blessure après).
Je trouve en fait que toute la partie qui se déroule durant la Mue est trop racontée, j’ai du mal à ressentir l’immédiateté des choses, comme s’il y avait un intérmédiaire qui me racontait les événements. Justement, pendant la Mue, cet intermédiaire devrait s’effacer un peu plus, pour mieux ressentir tout l’instinct qui domine durant la Mue. Je sais que cette Mue est différente de celles qu’a l’habitude de vivre Pier, mais je trouve ça quand même dommage.
Je trouve intéressante la colère de Diorann, mais je suis frustrée que ça soit clot aussi simplement. Il suffisait de le dire pour l’accepter ? Pardon, mais cela me donne envie de rire : le dire n’est pas forcément suffisant, et vu les pensées qui surgissent dans la tête de Diorann après qu’elle l’ait dit, j’aurais plutôt misé sur un retour en force du déni : mettre ses mots sur la colère que Maxel a encouragée en elle et se convaincre de nouveau qu’elle n’éprouve aucun sentiment négatif à l’encontre de sa sœur. Je trouverais mille fois plus intéressant que cette colère reste au fond d’elle sous une couche de déni bien vernis, cela complexifierait en plus la relation diorann/kiaraan, sachant en plus que leurs émotions se répondent, finalement. En plus, la colère peut être un formidable moteur ; je serais plutôt d’avis que ça lui laisse quelque chose à quoi se raccrocher pour ne pas sombrer dans l’angoisse. Actuellement, la résolution de cette colère dans la discussion me fait l’effet d’une baguette magique. Même si tu n’es pas d’accord avec mon interprétation de la colère, ce qui est tout à fait possible, je te conseillerais de réviser cette résolution qui me dérange franchement. Cette colère s’ancre dans une peur profonde de l’abandon, je peux sans mal imaginer que Diorann a été traumatisée par la disparition de ses parents : que sa sœur parte, ça doit être le pire de ses cauchemars. Voilà pourquoi à mes yeux, c’est impossible que cette scène se déroule de cette façon.
Surtout que tu le dis ensuite ! tout ce que j’ai écris là est dans le texte ! Alors ma seule question, c’est : pourquoi ? Pourquoi dire que sa colère s’en va alors que c’est absolument pas le cas ? Là, par contre, c’est, selon moi, une incohérence. Si tu prends le parti que sa colère est partie, dissoute dans sa discussion avec Maxel, alors tu ne peux pas dire ensuite qu’elle est encore en colère.
« Et je ne peux confier ça à personne » : alors pourquoi Bazil le confie à Diorann ? Cette réponse arrange bien ton scénario mais je trouve que ce n’est pas cohérent. C’est trop facile comme moyen d’obtenir les informations, d’avoir un personnage qui dit des choses qu’il ne devrait pas dire à la personne qui n’est pas censée les entendre. C’est un trope agaçant que je trouve injustifié ici tel qu’il est formulé actuellement. En réorganisant les informations, par exemple en mettant avant que les deux persos présents font les frais du départ de Kiarann, en mettant un peu plus de discussion qui pourrait justifier que de fil en aiguille le guérisage se confie à Diorann, ça pourrait être bien plus cohérent.
J’ai énormément râlé dans mon com, mais toute la discussion entre le guérisage et diorann et jusqu’à la fin du chapitre je trouve que c’est très chouette. La fin de la scène entre les deux est ultra juste et touchante (et ça me frustre d’autant plus vis-à-vis de ce que j’ai écrit plus haut). Diorann a vraiment du potentiel en tant que perso et je suis contente qu’on la découvre plus en profondeur. C’est extrêmement personnel, mais je te conseillerais de prendre ton temps avec les évolutions émotionnelles de Diorann qui seraient passionnantes et pourraient aussi complexifier et donc enrichir ton histoire à termes (en complexifiant les relations entre les personnages).
Plein de bisous !
Gabhany
Posté le 27/04/2020
Coucou Tac ! Alors …(retrousse ses manches)
Par rapport au passage sur la Mue de Pier > je note toutes tes remarques sur ce que fait ou ne fait pas un ours, très sincèrement, ça me sera très utile car je n'ai pas fait de recherches poussées. J'ai eu du mal à rentrer dans ce passage, du mal à retrouver le rythme que j'avais avec les Mues de K, ce qui doit expliquer pourquoi tu ne l'a pas ressenti pareil. Après, tu l'as deviné, cette Mue est différente de celles de K, mais aussi de la Mue habituelle de Pier. Car il a utilisé une substance spéciale (que je ne fais que mentionner dans le chapitre, les explications viendront plus tard) qui lui permet de garder plus de contrôle de sa Mue que d'ordinaire. L'équilibre n'était pas évident mais de toute façon je comptais retravailler ce passage.
Par rapport à la colère de Diorann : alors peut-être que je l'ai mal exprimé mais elle est encore en colère, même après la discussion avec Maxel, même après être allée voir Bazil. La discussion avec Maxel a permis qu'elle en prenne conscience, et elle en a un peu honte aussi, elle a l'impression de trahir sa sœur, comme sa sœur est en danger elle pense ne pas avoir le droit de lui en vouloir, mais elle est en colère. tellement d'ailleurs que comme tu le dis, ce sentiment lui servira de moteur pour la suite. Elle s'en sert, comme tu dis, pour ne pas tomber dans l'angoisse, mais en même temps elle a honte d'en vouloir à ce point à sa sœur. En fait j'ai l'impression qu'on est quand même à peu près d'accord toutes les deux sur l'évolution de Diorann, simplement j'ai l'impression que tu ne l'as pas perçu dans le texte ^^
Et par rapport à Bazil, je n'ai pas trop compris ce qui te dérange ? La façon dont ils se parlent te paraît trop "facile" c'est ça ? Ca va trop vite ?
Merci pour ton commentaire ;)
Plein de bisous
Tac
Posté le 27/04/2020
Recoucou !
J'ai tout à fait conscience que cette Mue est extraordinaire pour Pier, radicalement différente, j'avais compris l'affaire des substances, c'est selon moi assez clair dans le texte.
Concernant Diorann, j'ai un peu relu et je me suis peut-être un peu emballée, mais il n'empêche que la fin de la discussion avec Maxel m'embête quand même. Comme tu le dis on est d'accord sur l'évolution de Diorann. Si tous les éléments sont dans le texte, il y a pour moi une rupture à un moment, qui est la fameuse fin de discussion avec Maxel. Je pense qu'en fait il y a quelques maladresses dans les tournures de phrase. je me demande si tu n'es pas un peu trop explicite : Diorann fait finalement beaucoup d'introspection durant ce chapitre, et je trouve qu'elle est quand même ultra lucide avec elle-même. Peut-être qu'en mettant un peu d'implicite et en en disant moins, ça réduirait la radicalité de son passage du déni vers la conscience d'elle-même ? En fait ce qui m'a fait bondir ça a été la phrase de Maxel, lorsqu'il dit qu'il suffit d'un bon bain et d'un bon repas ou je sais plus précisément. Diorann a l'air d'être d'accord avec lui, et j'ai cru en première lecture que du coup elle était en mode princesse disney, je suis guérie simplement d'avoir chanté ma chanson (en l'occurrence, crié son cri). Je pense qu'il faudrait soit changer la phrase de Maxel, soit la contredire ou la tempérer dans la narration, en mode "ça pourrait aider à l'apaisement mais ça ne guérira pas magiquement la colère".
Ce qui me dérange avec Bazil est cette phrase : "Je veille Pier depuis ce matin, je ne sais pas s’il va se réveiller, ni même s’il va survivre. Et je ne peux confier ça à personne, vu que mon apprentie s’est éclipsée sous mon nez, sans m’en parler.", et c'est littéralement la troisième chose qu'il dit, après que DIroann en ait dite une. Je trouve ça très bizarre qu'il se confie à elle alors qu'il dit clairement qu'il ne devrait pas le faire, c'est pour moi absurde. Selon moi pour que ça marche ça signifierait qu'ils étaient déjà proches avant, auquel cas il faudrait sans doute le repréciser, ça expliquerait qu'il outrepasse son interdiction de se confier au.à la premier.ère venu.e, soit il faut qu'ils se disent des choses avant qui les rapproche (d'où ma suggestion de parler de la disparition de Kiaraan en premier).
Jespère que c'est plus clair maintenant !
Gabhany
Posté le 01/05/2020
Re ! Tes remarques par rapport à Diorann et au fait qu'elle est trop lucide sur elle-même m'ont fait pas mal cogiter. Je me rends compte que je fais ça un peu avec tous mes personnages en fait XD du coup cette histoire de déni va être intéressante à mettre en place, et pas seulement pour Diorann. Je vais modifier un peu la scène avec Max en conséquence.
Par rapport à Bazil, ok je vois c'est dans les tournures de phrases que ça bloque. Ils n'étaient aps proches avant, donc je vais modifier un peu tout ça pour que ce soit plus cohérent. Merci en tout cas pour l'échange c'est très intéressant !
Tac
Posté le 01/05/2020
J'adooooooore les histoires de déni ! Tu vas faire mon bonheur :D Ravie d'avoir pu aider !
Isapass
Posté le 26/04/2020
Ah, je ne m'attendais pas à ce qu'on retourne du côté de Long'Ombre, mais c'est très bien puisqu'on y avait laissé des personnages très intéressants !
Alors déjà, la première partie est aussi efficace que les passages où s'était Kiaraan dans son corps d'ursi qui parlait. Mais on distingue bien la différence : là, Pier semble avoir un instant beaucoup plus "dangereux" que celui de Kiaraan, beaucoup plus tueur. Et on apprend que Bazil lui a donné des gouttes ! Donc, au moins Bazil connait le pouvoir de Pier de se transformer à la demande ! D'ailleurs, est-ce qu'il ne peut faire ça que grâce aux Gouttes, au contraire de Kiaraan chez ça a l'air d'être inné ? Ca soulève encore de nouvelles questions, mais en tout cas, ça prouve qu'il y a des trucs pas nets chez les ursi.
Moi perso, je garde un oeil sur Arnen qui me paraît pas très clair... En revanche, Bazil, j'ai envie de lui faire confiance, masi l'histoire des gouttes est troublante.
Ensuite, on suit Diorann. C'est très bien, ça : j'avais justement très envie d'en savoir plus sur son pouvoir de Chantâme dont on a un aperçu ici. Je suis également curieuse de voir comment elle va évoluer et s'émanciper. C'est très bien vu, la colère contre sa sœur. D'ailleurs, il a l'air très fin Maxel : il la comprends mieux qu'elle ne se comprend elle-même. Mais je ne pense pas que la colère reste : il faut juste que Diorann trouve son domaine d'action, et elle aussi sera prête à en découdre. Surtout avec les magouilles politiques qui semblent se mettre en place. Décidément, depuis le début, on a pas envie de l'aimer, ce Vikash, mais il n'est peut-être que l'arbre que cache la forêt. Lui, il magouille pour son compte, mais je sens qu'il y a un complot plus vaste...
Un excellent chapitre, encore : rien à dire sur la forme ou le rythme : c'est encore un plaisir !
Quelques pinaillages :
"Je dois à tout prix arriver à Long’Ombre avant que la Mue ne s’arrête." : avant que la mue s'arrête (pas de négation)
"Rester dans cette pièce lui était insupportable, là, le nez sur le l’abandon de Kiaraan." : il y a un "le" en trop
"Il avait raison, quelque chose d’était relâché au creux de sa poitrine." : s'était relâché
"La jeune fille essuya rageusement les larmes qui coulaient sur ses joues, tapa dans un caillou du chemin, se trouva puérile et parcourut la fin du chemin en courant." : répétition de chemin. Trajet, pour le second ?
"- Mais ils ne font que s’inquiéter pour Kiaraan, et encore, quand ils n’admirent pas son courage d’être partie avec les Chasseurs !" : Ah bon ? C'est pas tellement l'impression que j'avais jusque là. J'imagine que ce n'est pas le cas d'Arnen, puisque tu dis avant qu'il est en colère. Ce serait donc Ilsa ou Maxel qui pensent ça ? Il faudrait le faire apparaître avant, alors, peut-être.
"Je suis toujours celle qui attend, celle qui reste, la fille sage, sois mignonne et ne fais pas d’histoires, ceux de ta sœur nous suffisent." : celles de ta sœur (les histoires)
"Elle venait souvent aider ton père dans ses consultations, son art faisait beaucoup de bien aux pati…" : alors je dois être débile (c'est fort possible), mais j'ai eu du mal à deviner le mot coupé, parce que je le lisais en prononçant le t "t" et non "ç" (comme dans pâtisserie XD). Du coup, je ne couperais pas à cet endroit là (mais je suis peut-être la seule débile, hein ;) )
A bientôt !
Gabhany
Posté le 27/04/2020
Coucou Isa ! Merci de ton passage ! Ah je suis contente que le passage de la Mue de Pier t'ait plu ! EN effet la Mue de Pier, en tout cas à ce moment-là, est différente de celle de Kiaraan, et les Gouttes y sont pour quelque chose … =D d'ailleurs sur Arnen vs Bazil, je ne dirai rien mais je ricane toute seule derrière mon écran XD Ravie que le chapitre t'ait plu en tout cas, ça me donne du courage pour le commentaire de Tac un peu plus haut XD
Je note les coquilles et pinaillages, en effet pour le "patients" maintenant que tu le dis ça ne fait pas très naturel XD je vais modifier ça, parce que bien sûr que non tu n'es pas débile ;)
A bientôt !
Joke
Posté le 26/04/2020
Coucou Gab!

Super chapitre, j'adore Dioran! Elle est très attachante et c'est un plaisir de la découvrir un peu plus dans ce chapitre.
On voit bien qu'elle a un caractère différent de Kia, et en même temps sur certains points elles se ressemblent: de vraies sœurs, quoi :)

Bon j'ai été un peu surprise juste quand elle dit "je veux la tuer de mes mains", ça m'a semblé trop extrême comme réaction...Même si bien évidemment on sait bien qu'elle ne le pense pas, ça m'a semblé un peu trop... Enfin bon tu verras les retours des autres lecteurs.

Cela dit j'ai beaucoup aimé le passage sur l'acceptation de la colère quand quelqu'un nous a abandonné.
J'ai vraiment adoré le passage où Dio soigne Pier par le chant, c'était magnifique.

Et ce que j'ai préféré et que j'ai trouvé très juste, c'est la façon dont tu montres qu'elle se sent mieux après avoir fait ça, j'ai trouvé ça très vrai.

Deux mots m'ont semblé étrange: "un sourire alangui", je sais pas pourquoi, je rattache alangui au vocabulaire sensuel, donc là ça ne me sembe pas bien coller à ta situation.
Et "l'odeur de mon propre sang me poursuit comme un sillage" : l'expression sonne bizarre, je trouve. Un sillage c'est ce que tu laisses derrière toi, ça ne te poursuit pas.. peut-être faudrait-il trouver autre chose, je sais pas.
Gabhany
Posté le 27/04/2020
Coucou Joke ! Merci d'être passée, je m'inquiétais pour toi, j'ai vu que tu as enlevé ton histoire !
Je suis vraiment contente que le chapitre et Diorann t'aient plu ! J'avais un peu peur justement qu'on ne la différencie pas trop de K, de ne pas réussir à la définir assez, donc je suis rassurée !
Je note pour la réaction de Diorann, je verrai les autres retours. Le terme "alangui" n'est pas le bon alors en effet, je voulais dire endormi, donc nope XD
merci de ton passage ! Des bisous !
Joke
Posté le 28/04/2020
Oh c'est super gentil, ne t'inquiète pas pour moi :)

C'est vrai que j'ai enlevé mon histoire, je me sens plus à l'aise en étant seulement lectrice en ce moment, je fais une pause dans l'écriture,mais qui sait de quoi demain sera fait :)
Et tous vos coms m'ont énormément aidée, merci encore!

Bisous :)
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