Chapitre 19 : Noctis

Par Mary

Chapitre 19

Noctis

 

 

 

 

Je pleure sans retenue dans les bras de Lucy. Toute la tension accumulée ces deux derniers jours s’évacue douloureusement. Couplé à cette ultime lettre, cela fait trop. Pour finir, je m’allonge et somnole à moitié sur la banquette du jardin d’hiver. Toutes mes pensées s’emmêlent.

Ces lettres m’étaient donc destinées depuis le début. Adrian me les envoyait. Comment s’y prenait-il pour les glisser entre les pages sans que je m’en rende compte ? J’ai trouvé la première à la fin de mon séjour avec Miss Davies, la veille de mon affrontement avec Père. Adrian aurait-il eu des sentiments pour moi dès le départ ? N’était-ce pas un peu précipité ?

J’ai relu ces mots un nombre incalculable de fois, je les connais par cœur. Dans celle-ci, il n’est question que d’une sensation étrange, d’un trouble. Il n’évoque pas l’amour avant la deuxième : « Laissez-moi vous aimer, même de loin. » Cette phrase m’a toujours fascinée.

Je repense à tout ce que nous avons partagé, nos lectures, les promenades, le bal, la musique. Cette lueur qu’il avait dans les yeux lorsque nous avons joué ou dansé ensemble, cette manière qu’il avait de me serrer dans ses bras sous la colonnade. Dire qu’il m’a écrit tout ceci et que je n’avais aucune idée que cela venait de lui !

Et si, sans le vouloir, dans des gestes ou des paroles, j’avais été cruelle ?

A-t-il cru que j’ignorais délibérément ses missives ?

Voilà des mois que je me débats avec ce que je ressens pour lui. Quelle idiote ! J’aurais dû écouter Lucy et tout lui avouer avant que nous soyons frappés par cette avalanche de catastrophes ! J’aurais dû prendre mon courage à deux mains. Il l’a bien fait, lui, en m’écrivant tout ça et en me laissant ce billet alors même que Bancroft l’arrachait à cette maison.

Maintenant, c’est mon tour.

Je me relève avec une détermination inédite, et me dirige vers ma chambre avec la ferme intention de lui renvoyer la pareille. En passant devant la salle de musique, tristement silencieuse, je m’arrête en voyant les partitions sur le piano. Est-ce moi ou… oui, elles ont quelque chose de changé. Je m’approche.

Elles ont un titre. Adrian a enfin baptisé le morceau.

Noctis.

Ce mot, qui semble n’avoir aucune signification propre, résonne pourtant en moi. Est-ce la calligraphie ? Le son des syllabes ? Il m’évoque une nuée d’étoiles dans la nuit froide, le cuir des reliures sous mes doigts et, peut-être, une odeur de genièvre. Tout cela en six lettres.

C’est un beau nom pour une musique.

J’abandonne là les feuillets pour remonter et m’asseoir devant mon secrétaire, et soupire en attrapant mon papier à lettres, celui qu’Adrian m’a offert. Faut-il que je sois aveugle ! Tout cela est tellement évident, désormais.

Je cherche quoi écrire, essaie quelques phrases, rature, chiffonne. Je n’ai définitivement pas son éloquence, mes mots sont faibles, mes tournures empotées et mes images désespérément ternes et sans saveur. Tout cela me semble niais et sans aucune poésie.

De la poésie. Cela pourrait être une solution. Je me souviens d’un chant de Robert Burns dont la mélodie se joue également au violon, « A Red, Red Rose ». Mais n’est-ce pas un peu trop ? C’est une déclaration pour le moins enflammée. Ne va-t-il pas trouver que je vais trop loin ? Est-ce vraiment convenable, est-ce… Non ! Je ne me censurerais pas de cette manière, hors de question ! Je n’en suis pas arrivée là en respectant les convenances, alors pour ce qu’il m’en reste, j’ai bien le droit d’être honnête.

J’ouvre le recueil qu’Adrian m’avait prêté il y a plusieurs mois, qui est toujours posé sur ma table de nuit. Alors que je recopie les quatre strophes, un sourire se dessine malgré moi. Oui, c’est exactement ce que je ressens, et peu importe si cela paraît trop intense.

Lucy entre alors que j’achève ma rédaction avec un « À vous, à jamais » qui me fait remonter un délicieux frisson le long de la colonne vertébrale. 

— Ah, Agathe, je vous cherchais !

Je me retourne sur ma chaise, fébrile :

— Des nouvelles d’Adrian ?

Lucy baisse les yeux et secoue la tête :

— Non, toujours pas. En revanche, Stone veut vous voir.

— Attendez, un instant.

Je plie soigneusement ma lettre et la glisse dans une enveloppe, avant de la tendre à Lucy :

— Pouvez-vous vous rendre au village et tenter de savoir si Adrian est ici ou à Londres ? Je dois absolument lui faire parvenir cette lettre.

La jeune fille me regarde d’un air étonné, avant de sourire :

— Serait-ce ce à quoi je pense ?

J’acquiesce et elle demande :

— Vous n’avez donc plus peur ?

Ma confiance en moi vacille et je réponds :

— Non. Ou plutôt, si, je suis terrorisée, mais je n’ai plus le luxe d’avoir peur, pas après tout ce qui est arrivé. Prenez-la… avant que je ne change d’avis.

Ravie, elle m’arrache presque la missive des mains.

— J’y vais de ce pas.

— Merci.

Je dois me faire violence pour ne pas lui courir après et lui dire que je n’aurais pas dû lui écrire cela. Du courage, Agathe, du courage ! Quand j’entends la porte d’entrée claquer, je sais qu’il est trop tard pour reculer.

Dans le miroir, je réarrange mon chemisier et ma jupe, vérifie mon teint — je ne veux pas que Stone s’aperçoive que j’ai pleuré. Je prends les lettres d’Evelyn dans le sac et me dirige vers sa chambre. L’aristocrate est allongé sur sa méridienne, le dos calé par trois gros coussins, une couverture sur les genoux et Lancelot par-dessus, couvant son maître avec une sérénité absolue.

— Agathe, vous voilà ! s’exclame-t-il en me désignant le fauteuil près de lui. Comment allez-vous ?

— Et c’est vous qui me demandez ça ?

Je prends place à côté de lui et lui rends les lettres d’Evelyn :

— Je crois qu’elles vous appartiennent.

Il les récupère tendrement et les pose sur le guéridon, visiblement ému. Quand il se retourne, il tourne son regard bleu vers moi. Si sa lèvre va un peu mieux, le contour de son œil en aura pour quelques jours encore avant de retrouver une couleur normale. Je refoule ma colère lorsqu’il me dit :

— Merci beaucoup, Agathe, pour tout ce que vous avez fait. Je crois que vous ne vous rendez pas compte de l’importance que ça a pour moi. Pour Evelyn. En protégeant ceci, vous avez protégé nos existences mêmes.

Je reste silencieuse. Ça ne devrait pas être ainsi, c’est injuste. Quand je vois ses blessures, je n’ai pas l’impression d’avoir vraiment réussi à le protéger. Il doit se douter de ce que je pense, car il ajoute :

— Croyez-moi, j’ai eu de la chance de n’avoir que quelques contusions. Certains de mes amis ont eu bien pire, et si la police avait trouvé ces lettres, je serais déjà en route vers un procès que je serais certain de perdre, entraînant Evelyn dans ma chute. Avez-vous eu vent d’un poème terrifiant que l’on appelle « C.C.3” ?

— Non. Qu’est-ce que c’est ?

— Il a été écrit sous pseudonyme et a circulé dans certains milieux depuis un an. Son auteur n’est autre qu’Oscar Wilde. Il y raconte sa captivité à la prison de Reading, les conditions d’emprisonnement, les travaux forcés. Les morts. C’est un texte à la fois saisissant de beauté et si brutal que je n’ai pas pu le lire sans trembler.

Je me souviens de l’affaire Wilde, il y a quelques années. Seigneur, quand je repense à Père qui commentait les articles de journaux, les horreurs qu’il a pu déclarer !

Je souffle :

— Je suis désolée, Stone, j’aurais aimé pouvoir faire plus.

— Vous n’y êtes pour rien. Viendra peut-être un temps où je pourrais aimer Evelyn ouvertement, mais je crains que cela ne soit pas encore pour tout de suite. Au siècle prochain, qui sait ?

Lancelot se réveille et s’étire, avant de s’approcher doucement. Il lève son museau vers moi et ronronne dès je lui caresse affectueusement la tête, en lui promettant :

— Je veillerai à ce qu’Hazel te réserve une motte entière de beurre frais. Tu l’as bien mérité.

— En quel honneur ? rit Stone.

Je fixe les prunelles ambrées du chat et murmure :

— C’est entre lui et moi.

Stone me laisse savourer encore un peu l’instant, puis s’éclaircit la voix et demande :

— Avez-vous eu des nouvelles d’Adrian ?

— Pas la moindre, mais je… je lui ai écrit une lettre. Lucy est partie au village pour savoir où l’envoyer.

— C’est bien. Vous savez, je maintiens ce que j’ai dit à Iris ce matin. Je pense que tout ceci n’était qu’une manœuvre pour récupérer Adrian. Tant que j’étais là, je servais de rempart, en quelque sorte. Si Peter me mettait hors-jeu, Adrian n’avait plus aucun appui.

— Mais pourquoi ?

— Il ne reste plus qu’un mois avant la naissance de l’enfant. Peut-être veut-il parer à toute éventualité, mettre à jour les papiers, ce genre de choses.

— De ce qu’il m’a confié, Adrian ne veut rien de tout ça.

— Je crains que le choix ne lui appartienne pas, du moins en ce qui concerne la succession. Vous connaissez les règles de la noblesse.

— Hélas, oui, maugréé-je en fixant le tapis.

— Qu’en est-il du concours ? Avant que… tout cela n’arrive, vous me parliez d’avancées ?

Je prends une grande inspiration et déclare :

— Oui. Connaissez-vous le phénomène de résonance orbitale ?

— De nom, seulement. Vous le savez, la mécanique céleste n’était pas ma première spécialité.

Je lui explique alors ce que j’ai appris sur les lunes de Jupiter. Petit à petit, le visage de l’aristocrate s’éclaire :

— C’est absolument fascinant !

— Il faut que je relise mes notes et que je me penche plus avant sur la question, néanmoins je crois que c’est une piste sérieuse. Cela doit pouvoir s’appliquer dans le cas de ma planète mystérieuse, avec le Soleil comme référence, bien entendu. Si c’est le cas, imaginez-vous les ordres de grandeur, les échelles démesurées, ce que ça dirait de notre système solaire ! Cela expliquerait les perturbations orbitales de Neptune.

— Celles d’Uranus également ?

— C’est là que le bât blesse. Je n’en suis pas sûre, mais étant donné que Neptune a été découverte grâce aux projections des perturbations d’Uranus, tout est possible. En attendant, je dois voir si je peux adapter le raisonnement de Laplace à mes paramètres.

— N’auriez-vous pas besoin de la masse du corps céleste ? Ou de ses dimensions, au moins ?

— Je pensais en donner une estimation à plus ou moins dix pour cent de la masse terrestre, en me basant sur les dernières estimations de Medenhall. Cela devrait faire une moyenne acceptable par rapport aux autres planètes.

— C’est prudent, mais ne craignez-vous pas les approximations ?

Je soupire :

— Malheureusement, je n’ai que ça, des approximations. Stone, tout cela se trouve tellement loin de nous ! Je pousse la théorie dans ses derniers retranchements.

— C’est peut-être ce qui fera votre succès, hésite l’aristocrate en haussant les épaules. Parfois, des idées un peu farfelues se sont avérées tout à fait vérifiables, et ce uniquement parce qu’elles se basaient sur des modèles mathématiques connus. Malgré un chaos apparent, l’Univers ne laisse rien au hasard.

— Et il y a aussi cette constante qui n’a pas de sens !

Je me lève et arpente la pièce en long et en large :

— Enfin, pas vraiment une constante, mais ces nombres que je retrouve à plusieurs endroits, toujours compris entre 14 et 21. Je pense que cela doit avoir un rapport avec cette erreur d’angle que j’ai faite il y a des semaines. Depuis tout ce temps, je n’arrête pas de me dire que j’ai raté quelque chose, mais quoi ? Un angle par rapport à quoi ?

Stone fronce les sourcils :

— Je me souviens de cela, c’était peu avant Noël. Si cela vous cause encore du souci, il vous faut lui accorder un minimum d’attention.

Il se redresse, retape ses coussins et déclare :

— Il vous manque aussi un élément essentiel.

Je m’arrête net, perplexe :

— Lequel ?

— Il vous faudrait un nom, pour votre planète inconnue. Les explorateurs baptisent bien leurs découvertes, pourquoi pas vous ? Avez-vous déjà une suggestion à faire ?

Le mot franchit la barrière de mes lèvres avant que je ne le retienne :

— Noctis.

Légèrement surpris, l’aristocrate finit par hocher la tête en souriant :

— Assurément, c’est un bien joli nom.

Le rouge me monte aux joues. Sait-il seulement d’où il vient ?

— Agathe, je sais qu’il est encore tôt, mais je vous propose un sherry pour fêter ce baptême. Auriez-vous la gentillesse de nous servir ?

Je m’empare de la bouteille, posée sur une table dans un coin de la pièce, et verse un peu de liqueur dans deux minuscules verres, quand j’entends des pas pressés dans le couloir. La peur revient au galop et me pétrifie sur place, mais la porte s’ouvre à la volée sur…

— Evelyn ? s’exclame Stone. Mais je te croyais en Cornouailles, qu’est-ce que…

Evelyn s’est précipité sur lui. Il saisit son visage entre ses mains et l’embrasse maintenant avec une tendresse folle, avant de le serrer dans ses bras et je ne peux retenir un sourire.

— Hum…, fait l’aristocrate, à la fois gêné et ravi.

Evelyn me remarque à ce moment-là et s’éloigne de son amant avec une pudeur touchante.

— Oh. Bonjour, Agathe. Veuillez m’excuser pour ce moment quelque peu… embarrassant.

Je dois avoir l’air parfaitement stupide, plantée là avec mes deux verres de sherry, mais je ne me démonte pas :

— Ne vous excusez pas. Stone, je suppose que c’est un peu de notre faute, à Iris et à moi, nous l’avions prévenu de ce qui était arrivé. Vous avez fait vite, depuis les Cornouailles !

— J’ai peu dormi, murmure Evelyn, la voix nouée.

Je dépose le sherry devant eux avant de déclarer :

— Je vous laisse. Je vais remettre de l’ordre dans le bureau et si j’en ai le courage, relire mes notes sur la résonance orbitale.

Je sors en refermant bien la porte derrière moi pour préserver leur intimité. Que cela a dû être éprouvant pour Evelyn ! Je n’ose imaginer son angoisse depuis hier soir. Ce que m’a raconté Stone sur ses amis… Je le soupçonne d’être resté volontairement évasif pour me dissimuler la laideur du monde.

Le bureau est un véritable capharnaüm. Tout est sens dessus dessous, les tiroirs vidés, les étagères toutes en désordre. La maquette, que j’avais laissée sur la table, gît à moitié tordue sous une pile de livres qui s’est effondrée. Des feuilles volantes parsèment le sol et la lunette astronomique est couchée par terre — heureusement, elle ne semble pas abîmée.

Je retrouve mon carnet et mes notes intacts. Quand j’y pense, j’ai eu chaud. Bancroft aurait très bien pu s’en emparer, s’il l’avait voulu. Enfin, à la réflexion, je crois qu’il est tout de même trop honnête pour cela — en tant que scientifique, s’entend, car en tant qu’être humain, il s’est révélé tout à fait déplorable. Cela ne lui aurait servi à rien, Mark Selby est biologiste ; il n’aurait pas compris la moitié de ce que j’ai écrit.

Devant l’ampleur de la tâche, je me masse longuement les tempes en me demandant par quoi je vais bien pouvoir commencer. Je remonte mes manches et attaque par les étagères pour remettre les livres et les instruments de mesure à leur place.

L’esprit naviguant entre Adrian et les perturbations orbitales, peu à peu, le ciel s’assombrit et ce n’est que lorsqu’Evelyn vient me chercher pour dîner que je réalise que la nuit est en train de tomber. Je range cette pièce depuis plusieurs heures !

— Je termine ce tiroir et je descends, lui lancé-je.

J’entends la porte se fermer et je le suppose parti, mais en fait, il s’approche de moi et déclare :

— Merci mille fois, Agathe.

Décidément, c’est une manie ! 

— Je vous en prie. Vous restez au moins pour dîner, j’espère ?

— Je reste tout court, pour le moment, affirme-t-il d’un ton sans appel.

Est-ce vraiment prudent ?

Je le dévisage et il reprend :

— Quoi que N… Stone en pense, je reste. C’est peut-être dangereux, je le sais et je prends le risque. Il m’a toujours tenu éloigné du scandale, mais cette fois, je ne peux le laisser seul alors que… C’est au-dessus de mes forces.

— Je comprends. Au pire, nous n’aurons qu’à prétendre que je vous ai fait venir pour m’aider à parachever mon projet pour le concours.

— Mais… Je travaille dans la chimie des matériaux et vous, sur l’astronomie !

Je le regarde et précise avec malice :

— Certes, mais cela, la police ne le sait pas.

Evelyn laisse échapper un petit rire :

— Rien ne vous arrête ! Merci.

— Arrêtez de me remercier. Cela finit par devenir gênant.

Il acquiesce et nous descendons enfin dîner, après que j’aie récupéré mes notes. Je compte les relire ce soir pour me mettre au travail dès demain matin. Je ne laisserai aucun répit à Bancroft, je rendrai mon projet, dussé-je passer une semaine sans dormir. Je ne renoncerai pas.

Lucy m’amène du thé dans la bibliothèque après le dessert et en profite pour partager ce qu’elle a appris. Apparemment, toute la maisonnée de Bancroft a déménagé à Londres pour la saison il y a près d’un mois. Cela correspond à ce qu’avait dit Iris sur la grossesse difficile de sa femme. Ma lettre a donc été envoyée à Burton Crescent. Maintenant je n’ai plus qu’à patienter — et c’est une torture.

Dehors, une fine pluie de printemps ruisselle le long de la baie vitrée dans un murmure feutré. Les braises rougeoient paisiblement dans le foyer et diffusent une douce chaleur sur mes jambes. Je feuillette mon carnet, compare les remarques du début de mes recherches avec celles dans les dernières pages, les brouillons d’équations et les schémas parfois sans queue ni tête. Une langueur me gagne soudainement, écrasante et implacable. Je résiste un temps, vainement, et ferme les yeux.

 

Je me trouve toujours dans la bibliothèque, devant ce que je sais être des traités d’astronomie et d’autres ouvrages scientifiques. Mais là, en bas à droite, il y a un revers, comme une tapisserie qui se décollerait. J’attrape le petit bout de papier, tire un peu dessus. Les livres sur leurs rayonnages ondulent et s’effacent et j’ouvre un voile sur… le système solaire. J’avance d’un pas, je tombe, je vole ; je suis un oiseau dans l’Univers. Le soleil est radieux, les planètes étrangement colorées, les anneaux de Saturne resplendissants et Jupiter me fixe de son œil rouge. Je vais au-delà. Je dépasse Uranus, je m’éloigne et croise Neptune, et encore plus loin, plus bas…

 

Je me réveille brusquement, surprise par l’intensité du songe. Mon regard se porte vers l’horloge ; je me suis assoupie un petit quart d’heure pas plus, pourtant, je me sens aussi alerte que si j’avais dormi une journée entière. Je me ressers une tasse de thé, ravive le feu et prends place à une table de travail. Je dois absolument profiter de cette foudroyante clarté d’esprit. Est-ce le rêve ou la réalité ? Aucune idée, mais une certitude s’impose : je touche au but. La réponse est là, dans ce carnet !

Armée d’un crayon et d’une feuille de brouillon, je repose des hypothèses et des données, mes pensées et mes questions saisies au vol. Je n’ose même pas aller chercher les livres de peur de perdre le fil. À trois heures du matin, Lucy apparaît, tout ensommeillée et en robe de chambre, se demandant ce que je fais encore là. Je prends encore quelques notes et monte enfin me coucher.

Cela n’a rien de rationnel, c’est instinctif, mais je suis sur une piste, je le sens, je le sais.

 

 

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Nolwenn
Posté le 01/07/2020
Toujours agréable à lire et de superbes idées ! "Noctis" quelle belle explication, bien amenée!
J'ai vu ton post sur Instagram, voici des petites questions ;-)
- es-tu musicienne, experte en astrophysique et/ou une réincarnation de l'époque victorienne ? Car sortir des émotions d'une connaissance théorique n'est pas chose facile et tu y arrives haut la main comme si tu avais une longue expérience...
(pour jouer du violon et avoir redigé un certain nombre de mémoires de géographie, je dois dire que ce suis bluffée par ton réalisme)
-combien de temps t'a pris tes recherches et ton travail préparatoire, où trouves-tu ton inspiration ? (Écrire un roman historique est un sacré challenge, et tu nous immerges totalement comme pour le lotus noir)
Bref, je vais arrêter là sinon ce n'est plus un commentaire mais un début de roman ^^
Nolwenn
Posté le 01/07/2020
petites coquilles repérées:
-"Je cherche (de) quoi écrire"
-les guillemets ne sont pas identiques pour CC3
Mary
Posté le 01/07/2020
Bonjour,

Aloooors, euh...
- Autant j'écoute beaucoup de musique, autant je n'ai jamais joué d'instrument. J'apprivoise un violon depuis trois semaines (merci Agathe), ça se passe pas si mal, mais ça s'arrête là.
- Experte en astrophysique, non plus. J'ai un bac S pas plus, le reste c'est de la recherche. Par contre, j'ai une licence d'anglais et toute une partie de la deuxième année (ou troisième?) était consacrée aux Victoriens et j'avais adoré ce semestre juste pour ça.
Pour Lotus Noir, les recherches ont été trèèès longues, je connaissais RIEN DU TOUT à la navigation et aux pirates. Pour Saint Malo, j'ai carrément écrit au musée de la ville XD Après, il y a beaucoup de trucs que je cherche quand j'en ai besoin, au fil de l'écriture. Pour Noctis, c'est plus le travail préparatoire autour des persos et de l'intrigue qui a pris du temps, et il faut savoir que j'ai mis en gros 3 ans pour le Lotus et quelques mois pour Noctis XDD
Pour l'immersion, je pense que c'est en grande partie une forme d'empathie qui se fait avec les persos et qui se mélange avec ce que j'ai appris pendant les recherches, les lectures, etc... Je n'ai pas d'autre explication :D mais je suis contente que ça marche aussi bien.

Ai-je répondu à tes questions ? N'hésite pas si jamais je ne suis pas claire !
Merci également pour avoir relevé les petits erreurs :)
À bientôt !
Nolwenn
Posté le 01/07/2020
Merci d'avoir partagé le côté coulisse ;-) et bonne découverte du violon (tu peux jeter un œil à la méthode Suzuki, la chaîne YouTube ilcremonese1 est bien aussi)
Au plaisir de te lire
Isapass
Posté le 30/06/2020
C'est toujours aussi agréable à lire et je reste décidément pantoise devant la fluidité de ta plume, qui réussit la performance d'allier simplicité et sophistication, je ne sais pas comment...
Le chapitre est évidemment moins intense que les précédents, mais il faut bien des transitions ! Donc, j'ai certes moins vibré qu'en lisant les déboires de Stone, mais je n'ai aucune critique car c'est très bien mené.
Tes références sont impeccables et très bien trouvées, comme d'habitude, et parfaitement utilisées et mises en valeur. Mine de rien, Agathe se lâche enfin sur ses sentiments et la façon de les exprimer. Et je trouve très bien qu'Evelyn décide de rester, malgré le risque.
Quant au projet, on sent bien que la tension monte, mais que l'éclair de génie n'est pas loin !
Allez, tout de même une minuscule remarque : j'ai trouvé la dernière phrase un peu cliché : "Je le sens, je le sais !". Je pense qu'il y a moyen de le dire de façon moins... convenue ? ;)
Ah j'ai la flemme de rechercher, mais il y a une phrase avec "retourne" et "tourne le regard" : peut-être que la répétition pourrait être évitée ?
En tout cas, félicitations pour la régularité, la rapidité de ton avancement, sans aucun accroc dans la qualité !
Des bises !
Mary
Posté le 30/06/2020
Euh..ben merci, mais je t'avoue, au fil des chapitres, l'écriture devient assez naturelle, j'y réfléchis moins que dans les deux ou trois premiers chapitres. Tant que ça sonne juste, c'est le principal!

Pour Stone, vu que Noctis est quand même à destination des ados, j'ai pensé que c'était intéressant et important d'en parler encore un peu.

Merci beaucoup beaucoup de ton adorable commentaire <3
(j'ai vu passer le tourne retourne, je corrigerai! )

Des bises et à bientôt pour la suite !
Palmyyre
Posté le 30/06/2020
Bonjour Mary ! Ce chapitre fait désormais partie de mes favoris (oui j’apprécie les situations dramatiques mais avec modération xD), la mention d’Oscar Wilde me réjouit à elle seule, de plus j’ai trouvé les retrouvailles de Stone et d’Evelyn très touchantes et surtout merci de nous avoir expliqué le titre (j’allais te le demander mais maintenant j’ai ma réponse) ! Te lire est presque devenu un rituel matinal hebdomadaire, j’attend la suite de pied ferme !
Mary
Posté le 30/06/2020
Bonjour !

Merci beaucoup comme d'habitude <3
Oui, on en a déjà discuté, mais Wilde c'est teeeellement le meilleur !
Haha pour le titre, oui, vous noterez que j'ai mis le temps à l'expliquer XD

À bientôt pour la suite !
Visaen
Posté le 29/06/2020
Bonsoir,

J'ai passé la soirée à dévorer tes 18 chapîtres, et qu'elle synchronisation que tu postes celui-ci quelques secondes après la fin de ma lecture.
Tu as un réel talent pour les descriptions et la fluidité de l'écriture rend la lecture franchement agréable.
Tes personnages principaux sont également attachants, et je suis ravies qu'outre la dimension scientifique, y soit entremélé une dimension sensible grâce à la romance.

Vivement la suite !
Mary
Posté le 30/06/2020
Bonjour !

Les 18 chapitres en une fois, mon dieu XDD Merci beaucoup pour ce retour :D Ca me fait très plaisir.

À bientôt pour la suite !
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