Chapitre 19 : Au feu, les pompiers!

Sandy vidait son chargement de linge sale à la buanderie lorsque son portable vibra dans sa poche. Le texto était bref : « Revenu! » Elle finit de bazarder serviettes et draps en vitesse puis rangea son chariot. Elle gagna ensuite le couloir des bureaux de l’administration d’un pas faussement calme. Se trouvaient là le standard, le secrétariat et la comptabilité, ainsi que le bureau de Nelson, le chef de la sécurité et un minuscule local où Doris rangeait ses dossiers et faisait ses plannings.

À cette heure-ci, le secrétariat était vide mais il y avait toujours quelqu’un au standard. Tout était calme, à part les appels habituels. Sandy fit un coucou à la standardiste en agitant une feuille de papier pliée en deux.

« Doris m’a demandée de remplir ça et de l’ajouter à mon dossier. Ça fait des jours que j’arrête pas d’oublier. Ça t’ennuie si je m’installe dans son bureau pour boucler ce truc? »

La standardiste mit la main sur son micro pour répondre.

« Pas de problème mais fais gaffe à tout laisser comme tu l’as trouvé, sinon elle va faire la gueule. »

Sandy eut un rire de connivence et se glissa dans la petite pièce. Elle regarda sa montre. Elle se donnait quelques minutes, moins d’un quart d’heure dans tous les cas. Si rien ne se passait, elle avait prévu de se poster pas trop loin des ascenseurs pour voir passer Nelson, puis dans le couloir du quatrième... L’essentiel était de ne pas rester trop longtemps au même...

Du remue-ménage se fit entendre du côté du standard. La préposée, dont la voix était censée rester calme en toute circonstance ne pouvait pas finir ses phrases tellement son interlocuteur avait l’air à bout de nerfs. Sandy colla son oreille à la porte.

« Si vous me permettez... Je comprend monsieur mais... Mr Nelson... Tout de suite. Je m’en occupe. »

Sandy n’avait même pas eu le temps de s’assoir. Elle resta à côté de la porte pour s’assurer de la suite des évènements. Dès qu’elle eut raccroché, la standardiste appela le chef de la sécurité.

« Mr Nelson? J’ai Mr Cutter, de la 48, qui vient de m’appeler. Il est furieux, il ne peut plus ouvrir son coffre. »

Silence.

« Non, reprit-elle. Il n’a pas fait de fausse combinaison. Il dit que ça marchait sans problème ce matin. Il a besoin de son ordinateur tout de suite. »

Silence.

« J’ai peur que ça ne puisse pas attendre, Mr Nelson. Il est vraiment énervé. »

Silence.

« Merci, Mr Nelson. »

Sandy appuya sur la touche « envoi » de son téléphone puis sortit du local. Elle fit un signe amical à la standardiste au passage. Dans son dos, elle entendit une porte s’ouvrit et se fermer sèchement. Elle prit soin de ne pas se retourner et de continuer son chemin d’un pas tranquille.

 

***

 

William Nelson se fichait comme d’une guigne du Super Bowl. Ça ne l’ennuyait pas vraiment de travailler un dimanche soir. Il était même plutôt heureux d’avoir une bonne excuse pour éviter l’hystérie collective. Par contre, devoir se déplacer pour l’emmerdeur de la 48 lui sciait véritablement les nerfs. Ce type se prenait pour le roi de l’hôtel sous prétexte qu’il en avait fait sa résidence à l’année. Il fallait satisfaire ses moindres caprices dans la seconde, sous peine de le voir foncer faire un scandale dans le bureau du directeur. Nelson ne comptait plus les femmes de ménage qui étaient venues se plaindre de la surveillance qu’elles devaient supporter pendant leur travail.

De toute façon, Cutter était louche. Nelson pouvait sentir un truand à des kilomètres. Même planqué sous un costume sur mesure.

Il marchait volontairement sans se presser. Cutter devait tourner comme un lion en cage en attendant la clé de sécurité qui pourrait ouvrir son fichu coffre. Ça lui ferait les pieds. Nelson tapota la poche de sa veste pour s’assurer qu’il avait bien le précieux sésame. Il ne manquerait plus qu’il la perde. Tout de même, c’était curieux que le coffre se soit bloqué comme ça. Normalement, une alarme avertissait quand la batterie faiblissait...

Alors qu’il appuyait sur le bouton d’appel de l’ascenseur, une sonnerie stridente retentit dans tout l’hôtel. Nelson se figea. L’alarme incendie. Au lieu de prendre l’ascenseur, il fonça à l’accueil, dans le hall. L’hôtesse regardait en l’air avec un air effaré.

« Ne restez pas plantée là! Il faut évacuer!

— Maintenant? Mais, Mr Nelson...

— Pas quand l’hôtel aura cramé! Passez le mot! Tous les clients et le personnel doivent être dehors dans cinq minutes! »

L’hôtesse bondit sur le téléphone. De la porte derrière le comptoir sortirent plusieurs personnes qui toussaient. Si Nelson se fiait à leurs tenues, il s’agissait des cuisiniers. Il en attrapa un au passage.

« Je ne sais pas ce qui a pu prendre feu, balbutia le cuistot, mais il y a plein de fumée dans la cuisine! »

Nelson claqua des doigts vers l’hôtesse d’accueil.

« Appelez les pompiers et confirmez la nécessité d’une intervention. Ensuite, dehors! »

Les clients commençaient doucement à se regrouper dans le hall. Certains sortaient de l’ascenseur, ce qui fit fulminer Nelson. Il se dirigea vers le centre du hall d’un pas martial mais ne vit pas une des femmes de ménage qui arrivait en sens inverse. Ils se percutèrent sans douceur. La fille faillit se flanquer par terre, il fut obligé de la retenir.

« Faites attention, bon sang!

— Excuse-moi Mr Nelson. Vous pouvez me dire ce qui se passe? C’est sérieux l’évacuation?

— Oui, c’est sérieux! Vous filez dehors sans discuter! »

Il la repoussa vers la porte et se désintéressa de la question. Sa priorité était les clients. Il devait s’assurer que pas un seul de ces andouilles ne resterait calfeutré dans sa chambre.

 

***

 

Sandy se massa les côtes. Entre l’autre débile qui lui avait déboité le bras et Nelson qui était apparemment fait en briques, elle allait finir couverte de bleus des pieds à la tête. Elle ouvrit son poing et regarda la clé qui reposait sur sa paume. Elle avait du mal à le croire : jusque là, le plan marchait!

Au lieu de sortir de l’hôtel, elle profita de la cohue grandissante pour se glisser derrière l’accueil. Elle couvrit son visage avec son tablier et s’engagea dans le couloir qui menait aux cuisines. La fumée avait gagné du terrain mais Sandy n’était pas inquiète. Elle savait que l’incendie n’en était pas un. Elle avait placé les bombes fumigènes elle-même. Aidée par sa connaissance des locaux, elle traversa la cuisine quasiment à l’aveugle. Arrivée à la porte du fond, elle l’ouvrit sans hésiter. Dans la ruelle, Rémi l’attendait. Il entra sans dire un mot, en se protégeant la bouche et le nez.

Sandy le prit par la main et le remorqua jusqu’au couloir qui donnait sur la réception. Elle lui désigna l’autre côté du hall, à présent plein de gens affolés que Nelson orientait avec sang-froid vers la sortie.

« Les escaliers sont là-bas. »

Elle lui tendit la clé qu’il prit, avant de s’avancer dans la direction qu’elle lui avait indiquée. Sandy attendit que l’attention de Nelson soit concentrée sur une dame imposante qui semblait au bord de la crise de nerfs pour sortir. Dehors, elle retrouva des collègues qui, loin de paniquer, commentaient l’évènement de la soirée avec un certain intérêt. Quelques personnes avaient migré vers le café de l’autre côté de la rue. D’autres se pressaient les unes contre les autres en partageant les maigres informations qu’elles avaient pu obtenir.

Sandy, elle se contentait de regarder la façade de l’hôtel. La fenêtre du quatrième étage. Elle n’avait pas encore vu Cutter parmi les évacués. Au loin, elle entendit des sirènes. Si les pompiers clôturaient l’incident avant que Cutter ne soit sorti...

Elle porta son index à sa bouche et commença à se ronger l’ongle.

 

***

 

Concentré sur l’évacuation, Nelson avait complètement oublié le problème de coffre d’Aaron Cutter. Aaron Cutter, lui, n’avait pas oublié. Et ce n’était pas un misérable incendie de casserole qui allait l’empêcher de récupérer son ordinateur. Il déboula de l’escalier de secours, prêt à en découdre. Derrière lui trottinaient ses deux gardes du corps habituels et le demeuré qu’il avait laissé pour surveiller la suite. C’était irrationnel mais il ne pouvait se sortir de la tête l’idée que ce crétin était responsable du blocage du coffre. Ou, en tout cas,  que quelque chose ou quelqu’un oeuvrait pour le piéger, lui, Cutter. Autant d’évènements inhabituels dans un laps de temps aussi court ne pouvaient pas être une coïncidence. Et si l’explication rationnelle qui résoudrait cette énigme impliquait une maladresse de Jerry, celui-ci servirait d’exemple pour tous les autres imbéciles qui le prenaient pour un paranoïaque en les forçant à garder la suite. La paranoïa et le rationalisme étaient les clés de sa réussite. Dans le genre de métier qu’il faisait, ces qualités pouvaient faire la différence.

Il avisa Nelson à côté des portes, aux prises avec une grosse vache hystérique.

« Monsieur, nous devrions sortir. C’est une vraie alerte. »

Le garde du corps désigna les flocons de fumée qui s’échappaient de derrière le comptoir de l’accueil..

« Raison de plus pour aller chercher mon ordinateur », répliqua Cutter sèchement.

Il fonça droit sur le chef de la sécurité. Sans prêter la moindre attention à la bonne femme qui pleurnichait sur ses affaires restées dans sa chambre, il attaqua :

« La clé! Tout de suite! Je dois aller récupérer mon ordinateur! »

Nelson le considéra, bouche bée. Il se reprit instantanément mais Cutter comprit que cette histoire de clé lui était complètement sortie de la tête. Cette idée le remplit d’une rage froide.

« J’étais en train de parler... » s’indigna la grosse femme.

Cutter tourna vers elle deux yeux métalliques qui exprimaient un mépris total, épicé par l’envie de l’attraper par les cheveux pour lui frapper la tête contre l’encadrement de la porte. Elle se pétrifia et battit en retraite vers la sortie. Nelson resta immobile. Il était visiblement d’une autre trempe. Pas encore assez trempé pour Cutter.

« La clé! »

Les deux mots tombèrent entre les deux hommes, comme du plomb fondu.

« Mr Cutter, dit Nelson d’une voix lente, ceci est une évacuation. Vous ne pouvez en aucun cas remonter dans votre chambre tant que nous n’avons pas reçu l’autorisation des pompiers...

— ... Qui ne sont pas là, Mr Nelson. Donnez-moi cette clé où je demande à mes hommes de vous la prendre de force.

— J’aimerais bien voir ça. »

Quatre hommes se tenaient à présent derrière Nelson, rendus encore plus massifs par leur combinaison anti-feu et les bouteilles fixées sur leur dos. Deux camions de pompiers stationnaient dans la rue. Le pompier qui avait parlé était le seul à avoir le visage découvert et menait visiblement les opérations. Il gardait son regard fixé sur Cutter, comme on tient à l’oeil une bête sauvage aux réactions imprévisibles.

« Mr Nelson? C’est ça? continua-t-il. Les personnes à l’extérieur nous ont adressé à vous pour les questions de sécurité. Je vais avoir besoin de faire le point avec vous sur l’évacuation et l’organisation du bâtiment. Mes collègues vont accompagner ces messieurs en sécurité. »

Les poings de Cutter étaient si serrés qu’il sentait ses ongles s’enfoncer douloureusement dans sa chair. Pourtant, il les contracta encore plus fort. Reconnaitre la défaite pour pouvoir repartir au combat ensuite faisait partie des principes qu’il suivait à contrecoeur. Il adressa un signe de tête poli au chef des pompiers.

« Ce ne sera pas nécessaire. Nous pouvons parfaitement sortir tous seuls. »

Ce qu’il fit, suivi par toute son équipe.

Une gouttelette de sang tomba de sa main crispée et s’écrasa sur le carrelage.

 

***

 

Nelson avait beau avoir un certain sang-froid, il avait vu le moment où la situation allait lui échapper totalement. Sans l’arrivée providentielle des pompiers, il était certain que Cutter aurait lâché ses chiens sur lui. Il devenait urgent de débarrasser l’hôtel de ce type.

L’esprit préoccupé par l’agression à laquelle il avait échappé de peu, il suivit les pompiers jusqu’à leur quartier général d’urgence pour répondre à leur question avec toute la précision voulue. Mécaniquement, sa main se porta à la poche de sa veste qu’il tapota. Soudain alarmé, il se mit à fouiller redans, puis dans l’autre, dans celles de son pantalon. Une fine pellicule de sueur glacée se forma au-dessus de sa lèvre.

« Quelque chose ne va pas, Mr Nelson? demanda le chef des pompiers. Vous êtes blanc comme un cadavre.

— Non. Tout va bien. Le contrecoup, sans doute. »

Nelson se félicita intérieurement. Sa voix n’avait même pas tremblé. Il se retint de fourrer  nouveau ses mains dans ses poches. C’était inutile.

Cette putain de clé avait disparu.

 

***

 

Cutter était dehors! Mais pourquoi ce casse-pieds avait-il été aussi long à évacuer?! Pourvu que Rémi ait suffisamment de temps pour faire sa partie du boulot. Maintenant que les pompiers étaient arrivés, il ne faudrait pas longtemps avant de comprendre que l’incendie était bidon. La main de Sandy s’éleva jusqu’à sa tête mais elle la bloqua au vol. Avec ce fichu chignon, impossible de secouer sa tignasse comme elle en avait l’habitude en situation de crise. Ce qu’elle pouvait détester ce chignon. Elle agita les mains pour se détendre un peu. Plus que quelques minutes à attendre et Rémi et elle pourraient profiter de la cohue des clients regagnant l’hôtel pour remettre la clé dans la poche de Nelson.

Elle aperçut ce dernier avec les pompiers. Il avait une tête de déterré. Un groupe de soldats du feu sortit du bâtiment. L’un d’entre eux tenait une des deux bombes fumigènes qu’elle avait placées dans les cuisines. Un conciliabule plus tard, le chef des pompiers d’adressa à la petite foule massée sur le trottoir.

« Mesdames et messieurs, vous allez pouvoir regagner vos chambres. Je suis au rejet de vous annoncer que tous vos désagréments sont dus à une mauvaise plaisanterie. »

Un bruissement de protestation balaya l’assemblée qui se mit lentement en mouvement vers l’hôtel redevenu sûr. Sandy ne bougea pas. Elle ne pouvait regagner son poste avant d’avoir la clé, pour pouvoir la rendre à Nelson. Pas de trace de Rémi pour le moment mais ce n’était pas encore trop grave. La situation mettrait un peu de temps avant de revenir à la normale...

C’était sans compter sur l’impatience de Cutter. Sandy le vit fendre la multitude sans rencontrer de résistance, grâce à l’aide efficace de ses trois gardes-chiourmes. Il filait droit sur la groupe de pompier avec lesquels le chef de la sécurité trainait encore. Celui-ci aperçut également ce qui menaçait de lui tomber dessus. Sandy se pétrifia à l’idée qu’il aille vers Cutter pour régler le problème du coffre. Tout au contraire, Nelson jeta un regard traqué autour de lui et prit la poudre d’escampette.

Sandy en resta bouche bée. Et terriblement soulagée. Cela ne réglait pas son problème pourtant, elle ne crachait pas sur quelques minutes de répit. Cutter arriva auprès des pompiers alors que sa proie s’était déjà envolée.

La jeune fille allait piquer un sprint vers l’hôtel pour vérifier si Rémi était encore à l’intérieur lorsqu’elle se sentit saisie par le bras.

« Tiens! Tu vas avoir besoin de ça! »

Rémi lui fourra la clé dans la main.

« Bon sang!! Mais tu étais passé où?!

— J’ai du jouer à cache-cache avec les pompiers pour sortir, figure-toi. Tu vas pouvoir la remettre en place? »

Sandy grimaça.

« Je ne sais pas. Je crois que Nelson s’est rendu compte qu’il l’avait perdue. Je vais y aller au culot. »

Alors qu’elle s’élançait, Rémi, qui la tenait toujours par le bras, la tira en arrière.

« J’ai eu ce qu’on voulait. Jette la clé dans un pot de fleurs et on se tire.

— Pour que Cutter flippe et se mette à fouiner partout? Je ne veux pas prendre de risque. »

Elle dégagea son bras d’une secousse pour filer vers l’hôtel. À l’accueil, Cutter traumatisait l’hôtesse pour qu’elle lui trouve le chef de la sécurité. La pauvre, pourtant habituée aux clients pénibles, était au bord des larmes. Sandy se glissa par la porte qui menait aux bureaux. Arrivée devant celui de Nelson, elle hésita. Serait-il prêt à gober qu’elle avait trouvé la clé par hasard?

La porte s’ouvrit sur un Nelson presque hagard. Derrière lui, le téléphone carillonnait à tout va. Il faillit percuter Sandy de plein fouet.

« Qu’est-ce que vous foutez là, vous?! »

Prise de court, la jeune fille se rabattit sur la maigre excuse qu’elle avait préparée. Elle tendit la clé à Nelson.

« Euh... J’ai trouvé ça par terre, dans le hall. J’ai pensé que... Hé! »

Nelson lui arracha la clé. Avant qu’elle puisse réagir, il lui saisit le poignet pour la tirer à l’intérieur de son bureau. Sandy trébucha et manqua s’étaler. Elle entendit la porte claquer.

« Où avez-vous trouvé ça, dites-vous?! »

Il lui brandit la clé sous le nez. Sandy avala sa salive.

« Dans le hall. En revenant de l’évacuation.

— Et comment saviez-vous que cette clé m’appartenait? »

Sandy se traita intérieurement de triple conne. Son cerveau tournait à plein régime, pourtant elle avait l’horrible impression d’avoir la tête pleine d’air. Nelson ne la quittait pas du regard. Il tenait toujours son poignet. À dire vrai, il commençait à lui faire plutôt mal.

« Mais... balbutia-t-elle. Je ne savais pas. J’ai juste pensé... »

Elle s’arrêta là. En fait, elle n’avait aucune idée de ce qu’elle aurait pu penser. Elle aurait du mettre la clé dans la boite des objets trouvés et s’en tenir là. Nelson la tira vers une chaise et la jeta quasiment dessus pour la faire assoir.

« Ma petite, lui cracha-t-il au visage, cette soirée a été un peu trop riche en évènements inhabituels et en coïncidences à mon goût. Je vais m’assurer de ce pas que la disparition de cette clé n’est pas l’origine d’un problème plus grave. En attendant, vous allez rester là jusqu’à ce que je revienne. »

Sandy n’eut pas le temps de protester, il était déjà sorti. Elle entendit la porte se verrouiller. Pendant quelques instants, elle resta hébétée par la tournure qu’avait pris la situation. Son premier réflexe fut d’envoyer un message à Rémi mais elle renonça. À quoi bon? De toute façon, Cutter allait récupérer son ordinateur sans une égratignure. Nelson serait bien obligé de la laisser partir.

Elle prit une longue inspiration. Combien de temps fallait-il pour monter au quatrième et ouvrir un coffre? Il lui semblait déjà qu’elle attendait depuis des heures. Elle fut tentée de se lever pour bouger, faire les cent pas, ou quelque chose, n’importe quoi! Pourtant, elle resta assise sur sa chaise, immobile, tendue. Un moment passa. Sandy regarda sa montre. À peine quelques minutes s’étaient écoulées depuis le départ de Nelson. Le genou de la jeune fille commença à tressauter, d’abord doucement puis avec frénésie. Est-ce qu’il allait revenir à la fin?!

Lorsque Nelson réapparut, Sandy était passée de l’énervement à l’abattement le plus complet. En entendant le bruit de la porte, elle se redressa d’un bloc. Nelson s’approcha d’un pas tranquille et jeta la clé de sécurité sur son bureau d’un geste négligent.

« J’en suis quitte pour changer une pile. L’autre fêlé a retrouvé son ordinateur. Sa pression artérielle a du redescendre de plusieurs crans. Il va pouvoir profiter du match ce soir », dit-il.

Il prit place derrière la table, croisa les mains dessus en un geste professoral. Enfin, il leva un sourcil interrogateur vers Sandy qui n’avait pas bougé.

« Autre chose? demanda-t-il comme si de rien n’était.

— Euh... c’est tout? Je peux y aller?

— Bien sûr. Il ne manquait rien dans le coffre de Mr Cutter, il n’a pas été forcé non plus. Je n’ai aucune raison de vous retenir. Ni de vous accuser. »

Il agita la main vers la porte. Sandy se leva avec lenteur, puis se dirigea vers la sortie au même rythme. Au moment où elle atteignit la porte, Nelson reprit.

« Une dernière chose, mademoiselle. Je n’ai aucune certitude sur ce qu’il s’est passé ce soir mais je sens dans l’air une odeur de coup fourré. Ce soir, je n’ai aucune chance d’obtenir le moindre renseignement sur vous, mais demain à la première heure, je décrocherai mon téléphone pour découvrir si vous êtes bien la gentille petite étudiante que vous prétendez être. »

Sandy s’était retournée pour lui faire face. Il se pencha sur son bureau en pointant un doigt sur elle.

« Réjouissez-vous que Cutter soit un bougre de connard à qui je souhaite des emmerdements. Si ce n’était pas le cas, j’aurais déjà collé un de mes vieux copains flic à vos petites fesses. »

Il frappa la table du plat de la main.

« Je ne veux plus jamais vous voir dans cet hôtel. Vous allez vous trouver une bonne excuse pour démissionner dès ce soir. Et ne vous avisez plus jamais de me prendre pour un con, c’est compris? »

Sandy envisagea de jouer l’innocence mais renonça aussitôt. Elle hocha la tête affirmativement.

« Bien. Maintenant, dehors! », conclut Nelson.

Elle ne se le fit pas dire deux fois.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Gwenifaere
Posté le 25/08/2020
Ouh comme c'était bien mené tout ça ! J'étais au bord de ma chaise. Et je compatis avec ce pauvre Nelson, j'aimerais pas avoir son job ! En tout cas, il était très bien écrit - et Sandy qui décide de s'acharner et d'y aller au culot alors qu'elle aurait mieux fait d'écouter Rémi, c'était vraiment très bien fait aussi, bien dans son caractère ! Comme quoi, et je n'aurais pas cru dire ça un jour, mais... il faut toujours écouter Rémi ?
... Ouais, c'est pas très crédible XD
Aliceetlescrayons
Posté le 02/09/2020
Oui alors, si Rémi peut avoir raison de temps en temps, il ne faudrait pas prendre trop l'habitude :D
Le problème, c'est qu'il n'y en a pas un pour rattraper l'autre ;p
merci pour tes commentaires, Gweanifare!! <3
Alice_Lath
Posté le 30/05/2020
Eh bien, Nelson est vraiment loin d'être bête, ça fait super plaisir à voir haha. Je sais pas pourquoi, mais j'ai trouvé sa réaction par rapport à la clef retrouvée hyper vraisemblable et bien rédigée. D'ailleurs, c'est peut-être bizarre, mais c'est ce que j'ai préféré dans toute cette histoire d'incendie huhu, et Cutter qui devient comme un fou. À sa place, devant autant de coïncidences, j'aurais viré à moitié givré moi aussi haha. Bref, encore une fois une super partie, tu nous régales vraiment avec Gumbo Street!
Aliceetlescrayons
Posté le 01/06/2020
Et encore une fois, je saute de joie en lisant ton commentaire ;)
J'avais vraiment peur que le plan de Sandy et Rémi ne fasse pas très réaliste...
MbuTseTsefly
Posté le 07/04/2020
Bonjour Alice, je continue sur ma lancée:

- Doris m'a demandée de - pas de -e, le participe passé ne s'accorde pas

- pas un seul de ces andouilles - une seule, andouille est féminin

- fouiller redans - dedans

- le chef des pompiers d'adressa - s'adressa

- je suis au rejet - au regret

Proposition: la foule proteste avec un bruissement, il me semble que c'est trop faible, trop discret. Une clameur?

J'ai eu un peu de difficulté à comprendre le paragraphe où Cutter sort - il est fâcher contre Nelson mais il veut aussi s'en prendre à Jerry. Pourquoi?

Voilà, c'est tout. Un très bon chapitre par ailleurs, je me demandais vraiment comment ils allaient réussir leur coup.
Aliceetlescrayons
Posté le 08/04/2020
Ah! Je suis toujours très dubitative concernant mes "plans de cambriolage" ou d'arnaque. C'est dur de rester crédible tout en ne rentrant pas dans des détails trop techniques (auxquels je ne connais rien...) Alors, si ça te semble crédible, je suis ravie ^^

Concernant la colère de Cutter, c'est quelqu'un qui a besoin d'explications et de trouver des responsables pour chaque situation. Là, Jerry risque de prendre parce que c'est lui qui surveillait la chambre alors que le coffre s'est bloqué. Ce n'est pas forcément rationnel mais Cutter est du genre à passer ses nerfs sur lui simplement parce qu'il était au mauvais endroit, au mauvais moment...
Vous lisez